» La « rentrée parlementaire » : un saut dans  l’inconnu ?  » : Lettre ASAF du mois d’octobre 2022

 » La « rentrée parlementaire » : un saut dans  l’inconnu ?  » : Lettre ASAF du mois d’octobre 2022

 

Souvenez-vous : « Nous allons entrer dans un monde nouveau. Rien ne sera plus comme avant ». Voici le leitmotiv que des oracles autoproclamés nous ressassaient à l’envi, en 2020 et 2021, à longueur de confinements. …

" La « rentrée parlementaire » : un saut dans  l’inconnu ? " : Lettre ASAF du mois d'octobre 2022

La « rentrée parlementaire » :
un saut dans  l’inconnu ?

Quand vous lirez ces lignes, nous serons en pleine « rentrée parlementaire ».  Le mot rentrée, jadis, ne s’appliquait qu’au monde scolaire et marquait le retour des élèves dans les classes après les congés d’été que l’on nommait « les grandes vacances ».  Aujourd’hui, ce terme s’applique à toutes les catégories de la  société, chacune effectuant « sa rentrée », et donc, en particulier, à la classe politique et au Parlement. Il est temps, en effet, que le calendrier  politique « normal »  reprenne ses droits car, depuis l’élection présidentielle d’avril et les élections législatives de juin, nous avons assisté à une foire d’empoigne parlementaire qui n’a, en aucune façon, éclairci le débat. Quel sera le cap poursuivi  lors de ce  nouveau quinquennat alors que nous sommes, sur fond de guerre, au bord de l’inconnu ?

Ainsi, souvenez-vous : « Nous allons entrer dans un monde nouveau. Rien ne sera plus comme avant ». Voici le leitmotiv que des oracles autoproclamés nous ressassaient à l’envi, en 2020 et 2021, à longueur de confinements. Parmi eux, nombreux étaient les laudateurs de la mondialisation, du libéralisme effréné, du supranationalisme européen qui, devenus les émules des devins de la mythologie grecque,  n’avaient pourtant jamais envisagé que le monde dans lequel ils se complaisaient puisse un jour disparaître.

Mais, à la vérité, ces pythies se trompaient. Après la pandémie qui, bien qu’atténuée, est toujours active, nous ne sommes pas  entrés dans un nouveau monde, mais dans le monde ancien, celui de la guerre, d’une politique internationale faite de sanctions et de rétorsions, d’une résurgence « du sang, de la  sueur et des larmes ».

Après avoir subi les effets destructeurs du productivisme et de la marchandisation, nous allons devoir nous réapproprier notre autonomie dans de nombreux domaines à commencer par notre capacité à nous protéger et à nous soigner, mais aussi à nous alimenter, à nous chauffer et à faire tourner nos usines sans dépendre de l’approvisionnement en matières premières ou en énergie de l’étranger.

Il nous faut entrer dans une véritable  économie de guerre et pratiquer un retour à une souveraineté nationale « à l’ancienne » qui devra s’accompagner, bien évidemment, d’un contrôle aux frontières. Il faudra aussi reconquérir une complète indépendance dans les domaines militaire et diplomatique ce qui loin d’affaiblir notre pays lui permettra, au contraire, de mieux faire entendre sa voix dans le concert des nations. Seuls des projets communs avec des alliés européens sûrs devront être privilégiés.

Cela est d’autant plus prégnant que le conflit de haute intensité, tel que nos penseurs éclairés disaient qu’il n’en existerait plus jamais,  qui a surgi en Ukraine, fait renaître la Guerre froide. Il faut donc d’urgence  relocaliser sur notre territoire toutes les industries concourant à un contrôle national  sur les secteurs vitaux pour la vie de la Nation et sa défense, comme les médicaments, l’énergie, la libre utilisation des moyens et infrastructures de transport et l’industrie d’armement.

C’est dans le domaine militaire qu’il faudra faire feu de tout bois  en procédant  à un réarmement massif de notre pays. En effet, aujourd’hui, notre armée est en situation de faiblesse ce qui la rend incapable de mener seule une opération militaire dans la durée contre une puissance régionale. Or, beaucoup de pays qui comptent dans le monde renforcent leurs moyens militaires et nous redécouvrons, à l’occasion  de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, que ce sont toujours les rapports de force qui régissent les relations internationales.

Dans l’affaire ukrainienne, le combat de haute intensité auquel nous assistons avait été pressenti par  le chef d’état-major des Armées qui ne cesse de répéter qu’il faut être capable de  « gagner la guerre avant la guerre ». Cette forme de dissuasion « classique » nécessitera de notre part  un effort considérable comme ce fut le cas pour la mise en place de notre dissuasion nucléaire dans les années soixante.

C’est bien là, aussi, un retour au monde d’hier où, au sortir de la Guerre froide, l’Occident a gagné la 3e guerre mondiale de la meilleure façon qui soit, c’est-à-dire en ayant évité de  la faire, mais après avoir consenti de très importants efforts pour sa défense.

Faute de n’avoir pas, collectivement, poursuivi cet effort après l’effondrement de l’URSS et afin d’engranger au plus vite « les dividendes de la paix », nous demeurons aujourd’hui tétanisés devant le président russe qui, lui, dans une situation économique plus défavorable que la nôtre, a fortement augmenté le  budget destiné à ses armées.

Dans son allocution du 14 juillet dernier, le président de la République, chef des Armées, s’est engagé à consentir l’effort nécessaire : dont acte. Mais, nous aurions préféré que les faits ne nous donnent pas raison et que cet effort fût engagé plus tôt.

La Rédaction de l’ASAF

https://www.asafrance.fr/item/la-verite-du-temps-lettre-asaf-du-mois-d-octobre-2022.html

Témoignage sur le SNU (Service National Universel)

Témoignage sur le SNU (Service National Universel)

 

par Laurent Morissaud (*) – Esprit Surcouf – publié le 23 septembre 2022
https://espritsurcouf.fr/defense-temoignage-sur-le-snu_par_laurent-morissaud/



Piqûre de rappel : le SNU vise essentiellement à impliquer la jeunesse française dans la vie de la Nation. Il n’est pas encore obligatoire mais le sera bientôt. Il a immatriculé cette année quelques 40 000 volontaires et concerne les jeunes entre 15 et 17 ans. Dans sa première phase, il comporte un séjour de cohésion de deux semaines et une mission d’intérêt général de 84 heures, réparties au cours de l’année. Les activités du séjour de cohésion sont structurées autour de 7 thématiques : activités physiques et sportives – autonomie, connaissance des services publics, accès aux droits – institutions nationales et européennes, citoyenneté – culture et patrimoine – Défense, sécurité et résiliences nationales – Développement durable et transition écologique – découverte de l’engagement.  Les missions d’intérêt général se déroulent dans le cadre d’associations, de collectivités locales, d’institutions, d’organismes publics, de corps en uniforme.
 

Qu’est-ce que le SNU ? Pour répondre à cette question, approchons-nous de l’accroche officielle sur le site du gouvernement : « Vous avez entre 15 et 17 ans, vous êtes de nationalité française, vous souhaitez participer à la construction d’une société de l’engagement, bâtie autour de la cohésion nationale, ne ratez pas les inscriptions du Service national universel ! »

Eh oui, le SNU est l’un des moyens pour retrouver cette cohésion nationale en prenant comme ciment la jeunesse de notre pays, tout en lui permettant de s’engager plus facilement au sein de la société sur la base du volontariat ! Avant de s’engager, ne faudrait-il pas avoir conscience de notre État-nation qui découle de notre histoire commune ? Cette notion mériterait d’être abordée.

La montée en puissance de mon centre

La planification, gage de réussite, prend tout son sens dans la préparation, l’organisation et le déroulement du séjour de cohésion. Si nous voulons qu’une mission soit un véritable succès, il faut se donner des moyens. Le directeur devrait être recruté plus en amont pour être en mesure de mettre en place l’équipe la plus pertinente afin d’avoir un projet pédagogique le plus finalisé possible.

Tout commence par le recrutement, par l’Homme. Malgré les difficultés de recrutement, j’ai réussi à créer cet esprit de cohésion, de bienveillance et de camaraderie, aussi bien au sein de l’équipe d’encadrement que des jeunes volontaires. Nous ne faisons qu’un et nous veillons aux mêmes valeurs. Les retours positifs faits en direct ou à l’issue du séjour (lors de rencontres ou sur les réseaux sociaux par exemple) en sont la preuve.

Les constats sont assez simples. Nous n’avons que peu de postulants pour l’encadrement,  plutôt jeunes, avec un profil d’étudiant, et ils sont déjà tous engagés dans la société française en tant que bénévoles dans le monde associatif (étudiant, sportif, culturel, humanitaire …). Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Que ce soit dans l’encadrement ou chez les jeunes volontaires, les filles sont majoritaires !

 

55,9 % des volontaires du SNU sont des filles. Photo DR

Avoir des encadrants engagés pour une mission « jeunesse engagée » est un atout non négligeable. Cela donne du sens à ce séjour. C’est pourquoi j’ai organisé lors de ce séjour une soirée pendant laquelle l’ensemble des membres de l’équipe a témoigné afin de partager leurs investissements divers et variés dans la société.

Nous devrions être sur un triptyque Éducation nationale, éducation populaire et Armées. Malheureusement peu de détenteurs de BAFA ou BAFD postulent. Et cette année, je n’avais aucun représentant de l’Éducation nationale au sein de mon équipe, sachant que l’an passé il n’y avait qu’un seul enseignant, mon adjoint pédagogique. Le manque de postulants peut s’expliquer par la méconnaissance du parcours SNU ainsi que par les conditions d’emploi, de rémunération et de considération humaine.

Une des forces a été de conserver, d’un stage à l’autre, quelques membres de mon encadrement. Il faudrait réussir à conserver une plus grande partie de l’encadrement d’un stage à un autre et avoir, parmi les membres de l’encadrement, des jeunes issus d’un SNU passé.

Le SNU, une source d’inclusion et d’émancipation

La tenue ou l’uniforme permettent de supprimer toute différence, quelle qu’elle soit. Tous les participants des stages de cohésion portent la même tenue. Elle est uniquement différenciée entre les jeunes volontaires et l’encadrement par la couleur de certains éléments.

Cours de secourisme, dispensé par des pompiers.
Photo de l’auteur

Un regret selon moi, mais pas uniquement pour l’uniformité : la non-fourniture des chaussures. En 2019, nous avions tous la même tenue de la tête aux pieds ! Les chaussures étaient fournies. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Certains jeunes n’arrivent qu’avec une seule paire de chaussures et d’autres avec plusieurs paires de grandes marques. Ces chaussures fournies permettaient d’avoir une uniformité totale et, par conséquent, de supprimer tout signe de richesse extérieure et d’origine sociale. Il me semble donc dommage de ne pas conserver cette absence de marqueur social et sociétal.

Les jeunes sont accueillis avec toutes leurs différences physiques, intellectuelles, sociales, … Tout est fait pour leur permettre de vivre pleinement ces deux semaines en inclusion totale,  qu’ils soient valides, en fauteuil roulant ou avec certaines faiblesses.

Quelques moments forts

Les rituels républicains sont l’un des piliers de ce stage de cohésion. La levée et la descente des couleurs marquent le rythme quotidien. Je mets un point d’honneur à ce que tous les jeunes y participent ainsi que tout l’encadrement. Nous pourrions faire un parallèle avec les écoles primaires dans lesquelles les jeunes sont accueillis le matin à un endroit spécifique de leur classe afin de découvrir leurs missions en classe, leurs activités de la journée, de faire le point sur le repas du midi. C’est un moment fort pour la cohésion d’une classe, d’un groupe et un point clé pour l’organisation avec, entre autres, le rappel du déroulé de la journée.

Initialement, nous ne chantions La Marseillaise que le matin à la levée des couleurs. À la demande de la grande majorité des jeunes et des tuteurs, nous le faisions dès le troisième jour à la descente des couleurs. C’est dans ces moments que nous voyons que les débats entre certains adultes sont déconnectés de la réalité terrain et des désirs de notre jeunesse.

Nous avons pu profiter pleinement de la journée du 18 juin pour faire vivre les rituels républicains en dehors du centre et ainsi permettre à nos jeunes volontaires de participer à la commémoration dans trois communes différentes. C’était un moment fort en présence du sous-préfet, d’élus du peuple, de représentants de différentes associations, de citoyens, … Une chance pour certains qui participaient pour la première fois à ce type de cérémonie. Un moment enrichissant intergénérationnel à l’issue duquel beaucoup d’échanges ont eu lieu. 

Ceci donne du sens à différentes interventions dont la journée défense mémoire dite JDM qui permet à nos jeunes de découvrir l’organisation d’une cérémonie officielle, et de valider en même temps leur JDC (Journée Défense Citoyenneté). Cette journée rend les volontaires acteurs lors de ce séjour grâce aux rencontres avec des officiels.

Cette journée est aussi riche que celle dite de la sécurité intérieure qui leur permet de comprendre, et de voir, sur un accident de la route, l’intervention conjuguée des pompiers et des gendarmes .Les institutions et la jeunesse se rapprochent ainsi. C’est tout simplement de la proximité !

Nous avons vécu une soirée bivouac. Elle a permis à une partie de nos jeunes de vivre cette expérience pour la première fois : préparer un barbecue, monter et démonter une toile de tente, dormir en dehors d’un logement en dur. Ces moments forts sont aussi importants pour la cohésion des compagnies et la connaissance de soi en tant qu’individu.

 

Des jeunes volontaires en visite sur un chantier de Naval group, devant la coque tout juste mise à flot du Jacques Chevalier, le premier des quatre futurs navires de ravitaillement de la marine nationale.
Photo de l’auteur.

Ils sont acteurs de leur séjour par le biais de certains débats ou réunions tels que les conseils de maisonnée quotidiens, ceux des compagnies et du centre.

Que retenir du SNU ?

La rigueur, la discipline, le respect et tant d’autres choses exigées des jeunes et de l’encadrement permettent d’assimiler plus facilement la notion des droits et devoirs, de faire vivre et de vivre pleinement les valeurs républicaines.

Le SNU permet de renforcer la cohésion nationale grâce à la rencontre de jeunes venus des cinq départements de la région des Pays-de-la-Loire, et grâce à différentes journées de rencontre avec des administrations et institutions. Il permet aussi de découvrir la culture de l’engagement, de permettre un accompagnement de certains jeunes en insertion sociale et professionnelle grâce à la rencontre avec la mission locale et au forum des métiers.

Le plus beau cadeau à l’issue de ce séjour est le retour positif des jeunes et de leurs parents qui nous remercient de notre investissement et de l’expérience unique vécue par leur enfant.

Et demain, quel SNU ?

Pour participer actuellement au séjour, la nationalité française est une exigence. Ce point particulier est un petit regret personnel. Le SNU devrait être un véritable outil d’intégration. Les jeunes d’origine étrangère qui suivent la scolarité en France devraient avoir la possibilité de vivre cette quinzaine, qui permet d’appréhender certains principes républicains et certaines valeurs de notre société. Ne serait-pas l’une des meilleures méthodes pour intégrer les jeunes arrivant sur notre territoire national ? J’espère donc que ce critère disparaîtra rapidement.

Le SNU de demain devra aussi intégrer la notion d’État-nation dans l’instruction. Elle se situe en amont de celle de l’engagement. S’engager c’est bien, mais comprendre l’environnement c’est mieux.

Une expérience est mise en œuvre cette année par une association d’éducation populaire afin de fournir un centre « clés en main » au ministère de tutelle, l’Éducation nationale. Une partie des jeunes volontaires s’attendaient à vivre ce séjour différemment. Ils auraient aimé avoir un « côté plus militaire ». Ceci est impossible, mais ayant une appétence pour la discipline, la rigueur et l’exemplarité, je réfléchissais à une autre proposition : monter un centre avec une prédominance en management de la doctrine militaire.

Je pense que les dernières prises de paroles vont dans ce sens. En ayant plusieurs pédagogies de fonctionnement avec une finalité identique, ne serait-ce pas une preuve d’adaptation de notre société à la jeunesse actuelle ?

 

Cet article a été publié dans la revue « engagement » de l’ASAF

 

(*) Laurent Morissaud, fort d’une déjà longue expérience professionnelle dans l’entreprenariat, est directeur de centre du SNU. Il ne manque pas de rappeler combien il doit aux logiques de la promotion sociale. Sur le plan militaire, il est un pur produit du service militaire pendant lequel il a occupé les fonctions de chef de peloton. Il est actuellement réserviste opérationnel au sein du Détachement militaire d’appui à la sûreté portuaire. Il a décidé de participer à l’aventure du Service national universel depuis 2019 ; il a notamment dirigé le centre du SNU à La Turballe en Loire-Atlantique en juin 2022.

ESPRITSURCOUF et l’ASAF coopèrent en procédant de manière épisodique à des publications mutuelles de certains de leurs articles respectifs. L’idée étant de favoriser, ainsi, des possibilités plus étendues de lire des analyses consacrées à des questions géopolitiques, de Défense et de sécurité.

Aussi, pour découvrir l’ASAF, si vous ne la connaissez pas encore, nous vous suggérons :  d’aller sur le site de l’ASAF. https://www.asafrance.fr/.

L’ASAF (Association de Soutien à l’Armée Française), association loi de 1901 a été créée en 1983. Elle regroupe tous les citoyens qui estiment que l’armée doit demeurer au « cœur de la Nation », c’est-à-dire une priorité pour l’État et une préoccupation pour les Français. Indépendante de tout pouvoir, sans aucun caractère politique ou syndical, ne sollicitant aucune subvention de l’État, elle s’exprime en toute liberté, avec rigueur et sans polémique, dans le seul souci de l’intérêt supérieur du Pays. Son but est de sensibiliser et d’informer tous les Français sur les questions militaires et de Défense, de défendre l’honneur de l’armée et de ses soldats s’ils sont injustement mis en cause pour des actions ordonnées par les autorités politique françaises, et d’affirmer son soutien envers eux.

 » La vérité du temps  » :   Lettre ASAF du mois de septembre 2022

 » La vérité du temps  » :   Lettre ASAF du mois de septembre 2022

 

Le 19 octobre 1950, quelques jours après que, dans la bataille de la Route coloniale numéro 4 (RC4), en Indochine, les forces françaises présentes furent pratiquement anéanties et perdirent 5 000 hommes. Ce jour-là, monsieur Pierre Mendès France, depuis la tribune de l’Assemblée, sut trouver les mots justes pour ébranler la conscience des députés …

" La vérité du temps " :   Lettre ASAF du mois de septembre 2022


La vérité du temps

Il est extrêmement rare qu’au sein de l’hémicycle de notre Assemblée nationale, les députés présents, saisis par la force morale et la rigueur intellectuelle sans faille de l’orateur se trouvant à la tribune, abandonnent momentanément les consignes de leur parti pour redevenir un court instant des personnes et non plus des « raisons sociales ».

Ce fut le cas le 19 octobre 1950, quelques jours après que, dans la bataille de la Route coloniale numéro 4 (RC4), en Indochine, les forces françaises présentes furent pratiquement anéanties et perdirent 5 000 hommes. Ce jour-là, monsieur Pierre Mendès France, depuis la tribune de l’Assemblée, sut trouver les mots justes pour ébranler la conscience des députés qui se trouvaient en face de lui. Il leur expliqua, alors, que pour sortir de la crise indochinoise, il n’y avait qu’une alternative : soit multiplier par trois les moyens militaires engagés, hommes et matériels, et donc multiplier par trois le budget des armées, soit rechercher un accord politique avec l’adversaire. Les deux options ayant été refusées, c’est pourtant la seconde que la France, gouvernée par monsieur Mendès France lui-même, fut contrainte de mettre en œuvre trois ans et demi plus tard, à Genève, après sa défaite à Diên Biên Phu.

Parfois, en effet, il peut arriver que du haut des quelques marches qui conduisent à la place de l’orateur, celui-ci, faisant abstraction de l’habituelle componction qui s’attache à l’exercice, réussisse à fendre un instant l’ordinaire dialogue narcissique auquel les élus présents à l’Assemblée se livrent habituellement. On peut alors apercevoir d’un coup, brutalement, pour la durée d’une éclipse, l’égoïsme de chacun refoulé au profit de l’intérêt général, c’est-à-dire au profit de la vérité du temps.

Les forces armées françaises sont engagées, sans discontinuer, depuis la fin de la guerre d’Algérie, dans ce que l’on nomme des OPEX (opérations extérieures). Au cours de ces cinquante dernières années, à la date du 25 juillet 2022, 779 militaires ont été tués au combat et, de l’aveu récent d’un chef d’état-major des Armées, on compte entre 250 et 300 blessés par an, dont certains très gravement atteints et nécessitant de lourdes amputations. Pourtant, depuis quand, s’agissant de l’engagement de nos soldats, n’a-t-on pas connu à l’Assemblée un tel moment ?

À notre connaissance, les dernières personnalités qui ont réussi à provoquer un frémissement de tout l’hémicycle, à générer un mouvement de houle silencieux recouvrant des visages surpris ou tendus, furent madame Simone Veil lors de son discours précédant le vote de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, le 17 janvier 1975, et monsieur Robert Badinter lors de sa présentation du projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981.

Quand, au sujet de nos soldats qui font la guerre tous les jours, y aura-t-il un homme ou une femme qui, par le seul magnétisme de son verbe, saura nous faire revivre un tel moment d’exception ? Certes, l’exercice n’est pas facile et l’orateur, homme ou femme, doit se sentir bien seul à la tribune dans un tel moment. Armé de sa seule conviction, il doit être animé d’une foi profonde dans laquelle puiser et capable de se renforcer à la source et au fur et à mesure des mots prononcés.

Au cours de ces trente derniers mois, on a souvent assisté à des hommages, rendus par une Assemblée debout, aux personnels soignants de toutes catégories pendant les phases aiguës de la crise sanitaire de la Covid ou, plus récemment, aux sapeurs-pompiers engagés pour lutter contre des feux de forêt ayant atteint des intensités jamais égalées dans plusieurs régions de France. De même, pour chacun de nos soldats tués au combat, une minute de silence est respectée dans l’hémicycle.

Mais ce dont nos soldats ont besoin, ce ne sont pas des hommages, en particulier lorsqu’ils sont morts. Ce sont des voix capables de convaincre le président de la République et le gouvernement de fournir à nos armées les moyens nécessaires à un réarmement massif pour soit « gagner la guerre avant la guerre », soit avoir la capacité d’être engagées dans des combats de haute intensité et dans la durée (général d’armée Burkhard).

Ce que nos soldats et ceux qui les soutiennent attendent, c’est, à la tribune de l’Assemblée, un Danton : « Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la Patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! » ou un Clemenceau : « Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre. Je fais toujours la guerre ». 

À l’aube de son second mandat, le président de la République, chef des Armées, conscient de la dégradation inquiétante de la situation internationale liée à la guerre en Ukraine, s’est engagé à réévaluer sensiblement les annuités qui restent à courir de la loi de programmation militaire 2019-2025. Nous y serons très attentifs, car il s’agit là d’un nouveau rendez-vous avec la vérité du temps.

La Rédaction de l’ASAF

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Lettre d’information ASAF – Août 2022 : L’Histoire est indéboulonnable

Lettre d’information ASAF – Août 2022 :

L’Histoire est indéboulonnable

Lorsqu’en Afghanistan, à la fin de l’hiver 2000-2001, pour des raisons plus identitaires que religieuses, les talibans détruisirent à l’explosif les Bouddhas de Bâmiyân, le monde entier exprima son indignation devant ce « crime contre la culture » perpétré par des barbares.

Pourtant, en juin 2020, à Bristol, en Grande-Bretagne,  on déboulonna des statues et, à Oxford, on menaça de le faire, cédant ainsi à une déferlante iconoclaste déclenchée par la mort de Georg Floyd, à Minneapolis, aux États-Unis. En effet, c’était à un mouvement mondial antiraciste auquel nous assistions et qui, symboliquement, réclamait la destruction de toutes les statues honorant des personnalités qui ont, de près ou de loin, pratiqué ou favorisé la traite négrière et l’esclavage.

Mais d’une part, ceux qui manifestèrent à Oxford n’avaient en aucune  manière été victimes de ce qui fut longtemps et dans beaucoup d’endroits un  système juridique et social au service de l’économie et d’autre part,  s’agissant particulièrement de la Grande-Bretagne qui le pratiqua et l’utilisa abondamment pour étendre sa puissance, un système sans lequel Oxford n’existerait sûrement pas.

Le « débat », si l’on peut parler ainsi, car bien qu’étant citoyens de pays démocratiques,  les iconoclastes en cause ne le pratiquent guère, est immédiatement arrivé en France, au cours de ce même mois de juin 2020, où il a pris pour cible la statue de Jean-Baptiste Colbert, instigateur du Code noir, cadre juridique de l’esclavage dans les colonies françaises, rédigé sous Louis XIV et  publié deux ans après la mort de son auteur. Cette statue est d’autant plus symbolique qu’elle est située devant le fronton de l’Assemblée nationale, le « temple » de la République. Le cas de Colbert est particulièrement intéressant. En effet, entièrement dévoué à son roi, symbole de la monarchie absolue, il s’est vu transformé en mythe du grand serviteur de l’État par la IIIe République, elle-même grand artisan de la construction de l’empire colonial français. Le personnage transcende donc la Monarchie et la République pour se confondre avec l’Histoire de la France.

La Révolution française s’était déjà attaquée aux statues. Elle a défiguré nombre de nos monuments en décapitant nos rois de pierre, en particulier dans nos églises et sur les façades de nos cathédrales. Pour autant, a-t-elle fait disparaître ceux-ci de notre Histoire dont ils occupèrent plus de  mille années ? Les visiteurs ne se pressent-ils pas toujours à Versailles, Fontainebleau, Chambord ou Chenonceau ?

Mais, pour revenir au seul sujet de l’esclavage, quels sont les pays qui, à un moment ou à un autre de leur histoire ne l’ont pas pratiqué ? Pratiquement tous les pays européens y ont eu recours, les États-Unis évidemment, mais aussi nombre de peuplades (plutôt que de pays) arabes, africaines ou asiatiques. Les campagnes et razzias des pirates et corsaires barbaresques se sont étendues le long des côtes européennes de la mer Méditerranée pendant des siècles (sacs d’Ostie et de la Basilique Saint-Pierre de Rome en 846, de Trogir en 1123, d’Otrante en 1480) et dans l’océan Atlantique (raids sur l’Islande en 1627), mais aussi au large  avec la piraterie contre tous les navires chrétiens. À chaque fois, une moisson d’esclaves européens était saisie et ramenée chez eux par ces pirates.

Le débat tournait-t-il vraiment autour d’une juste vision de notre Histoire quand fut détruite, le 22 mai 2020 soit avant l’épisode de Bristol, à Fort-de-France (Martinique),  la statue de Victor Schoelcher, promoteur de l’abolition de l’esclavage en 1848 ? Ou bien n’était-ce pas plutôt une vision « racialisée » de cette Histoire préférant mettre en avant des militants nationalistes plutôt qu’un député blanc ?

À Paris, toujours en 2020,  la statue de Voltaire qui trônait depuis 60 ans square Honoré-Champion, à deux pas de l’Académie française, a été recouverte de peinture rouge, tout comme celles de Gallieni et de Cuvier, personnages accusés comme Colbert d’être en lien avec l’ère coloniale. La dernière fois que la statue de Voltaire a été vue remonte au 17 août 2020. Elle aurait été retirée par la mairie de Paris pour être nettoyée. Cela fait bientôt deux ans et madame Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française,  s’en inquiète fort justement.

À Rouen, en septembre 2021, le maire de la ville proposa de ne pas remettre en place la  statue de Napoléon après sa rénovation et de la remplacer par une autre figure « emblématique », comme  celle de Gisèle Halimi, fervente défenseuse des droits des femmes mais aussi défenderesse et « porteuse de valise » du FLN algérien. Après un vote des habitants de la ville favorable à son maintien, la statue a été remise en place. Ouf !

Et puis voilà qu’en avril de cette année 2022, en Loire-Atlantique, à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, au sud de Nantes, la statue du général de Lamoricière, « vainqueur d’Abd el-Kader », fut, elle aussi, menacée de déboulonnage. Le bronze avait été inauguré en 1909 dans le centre de Constantine, en Algérie, sur le lieu même d’un assaut du général de Lamoricière. En 1962, à la fin de la guerre d’Algérie, la statue avait été rapatriée à Marseille, avant d’être revendiquée par le maire de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et d’être à nouveau inaugurée dans cette ville en 1969.

Faire la part entre l’indispensable travail de mémoire permettant la nécessaire transmission du passé quel qu’il fut et le refus de célébrer les personnages dont la pensée ou le comportement ne sont plus jugés, aujourd’hui, honorables,  ne peut résulter que d’un sérieux débat mêlant citoyens, élus, enseignants et historiens et non pas de coups de force à vocation médiatique plus que mémorielle.

Mais ce débat ne doit pas devenir l’alibi d’une  racialisation  à l’américaine. Il existe peut-être dans certains de nos paysages urbains, quelques statues  d’acteurs de notre passé colonial voire esclavagiste. On pourrait en dresser l’inventaire et, localement, si et seulement si la question se pose et après une complète et précise explication donnée au public sur leur origine, décider par des voies démocratiques (référendum local, décision du conseil municipal en séance publique ?) de leur élimination ou de leur conservation. En réalité, la clé de cette question réside dans la phrase citée dans le film documentaire de Chris Marker et Alain Resnais sur l’esclavage[1] : « Rien ne nous empêcherait d’être ensemble les héritiers de deux passés, si cette égalité se retrouvait dans le présent. »

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr

[1] Film documentaire Les statues meurent aussi de Chris Marker et Alain Resnais-1953.

« La femme, le pompier et la Justice », Lettre d’information ASAF de juillet 2022

« La femme, le pompier et la Justice »

Lettre d’information ASAF de juillet 2022

 

Lors des manifestations du 1er mai 2022 à Paris, une femme de 38 ans s’est acharnée sur un pompier qui, une lance à incendie à la main, s’efforçait d’éteindre divers matériaux entassés sur la chaussée puis enflammés par des manifestants. Cette « manifestante » voulait absolument empêcher le pompier de venir à bout  des flammes qui menaçaient les véhicules et magasins environnants.

"La femme, le pompier et la Justice" : Lettre ASAF du mois de juillet 2022

Lors des manifestations du 1er mai 2022 à Paris, une femme de 38 ans s’est acharnée sur un pompier qui, une lance à incendie à la main, s’efforçait d’éteindre divers matériaux entassés sur la chaussée puis enflammés par des manifestants. Cette « manifestante » voulait absolument empêcher le pompier de venir à bout  des flammes qui menaçaient les véhicules et magasins environnants.

Interpelée, elle a été poursuivie pour « violences sur personne chargée d’une mission de service public, outrage, rébellion, participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations lors d’une manifestation et entrave à l’arrivée des secours destinés à combattre un sinistre dangereux pour les personnes ». Elle devait être jugée en comparution immédiate le 4 mai, mais son avocat a obtenu un délai pour mieux préparer sa défense et le procès a été reporté au 1er  juin.

Les juges qui ont accepté cette demande ont fait preuve d’une inexplicable mansuétude car de nombreuses vidéos retraçant la scène ont circulé  ne laissant aucune place au doute. On y voit la « suspecte », casque orange sur la tête et sac à dos rouge, tenter d’arracher la lance à incendie du pompier. Après plusieurs essais infructueux, elle lui assène deux coups sur le casque avant d’être maîtrisée. Le pompier a porté plainte.

Le 1er juin, le verdict a été rendu en l’absence de l’intéressée : 10 mois de prison ferme et une année d’interdiction de manifester. Il faut reconnaître que, par comparaison avec bien d’autres condamnations pour divers délits, cette sentence est assez sévère. Mais rien n’est encore définitif car l’avocat de la condamnée a fait appel.

Cette nouvelle agression vis-à-vis des pompiers de Paris qui, rappelons-le, sont des militaires et dont la mission est de protéger les personnes et les biens, est incompréhensible. En outre, on voyait sur le visage et dans les attitudes de cette femme une furie, une sauvagerie qui ne peuvent susciter que du dégoût. Honte à elle !

Mais ce triste épisode n’est qu’un exemple d’un fait sociétal inquiétant. Les violences à l’encontre des membres des services de secours à la personne, médecins et pompiers, se multiplient et aucune région n’est épargnée.

Applaudis lors des défilés du 14 juillet, les pompiers sont de plus en plus souvent pris pour cibles lors de leurs interventions : insultes, crachats, jets de pierre. Durant les dix dernières années, les actes de violences verbales et physiques à leur encontre, sur les lieux de leurs interventions, ont triplé.

Pour les pompiers comme  pour les médecins,  ces violences  ne sont plus réservées aux quartiers sensibles : les actes malveillants se déroulent désormais partout. Les soldats du feu se font agresser chez « monsieur et madame Tout-le-monde », que ce soit dans les grandes villes ou à la campagne. De surcroît, on est passé des insultes ou quolibets aux agressions physiques sur les intervenants ou sur leur matériel et même aux menaces de mort. En outre,  très souvent, ce sont les personnes auxquelles il est porté secours qui sont elles-mêmes les agresseurs et, parfois, l’appel au secours n’est qu’un stratagème pour attirer les pompiers afin de les attaquer.

Face à ce phénomène, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin,  a lancé le 20 août 2021 un nouveau plan de prévention et de lutte contre les agressions de sapeurs-pompiers. Que dit ce plan ? Il demande aux préfets d’ « élaborer des procédures spécifiques pour l’intervention dans les zones sensibles, d’évaluer régulièrement la situation dans ces secteurs, d’engager systématiquement un appui de la Gendarmerie ou de la Police  lorsque la protection physique des pompiers est en jeu, de prévoir  les conditions dans lesquelles les pompiers peuvent rester en retrait, dans l’attente des forces de l’ordre, de faciliter les relations interservices, de collaborer de manière plus active avec le SAMU et de se rapprocher des polices municipales pour définir les actions pouvant être engagées afin d’assurer une meilleure coordination opérationnelle ».

La protection des sapeurs-pompiers passe aussi par la mise en place d’équipements individuels et collectifs. Le ministre en cite certains : la protection des vitres latérales des véhicules, les caméras-piétons et le gilet pare-lames pour le personnel. Pour les caméras, l’enregistrement est déclenché en cas de tensions par le pompier qui porte le dispositif. Il a valeur de preuve devant la Justice en cas d’agression. 

Mais on compte sur les pompiers eux-mêmes pour mieux détecter et appréhender les situations pouvant se dégrader et acquérir les réflexes de sauvegarde en leur délivrant une formation spécifique. À partir d’un socle national commun aménagé en 2021, chaque service doit « dès maintenant intégrer ces axes dans le parcours de formation du sapeur-pompier, qu’il soit professionnel ou volontaire ». En un mot, « Aide-toi et le ciel t’aidera ».

Il apparaît cependant  dans tout cela que l’on ne parle guère de sanctions pénales pour les agresseurs. Il est vrai que cela n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur mais du Parlement qui fait les lois. Aujourd’hui, toutes les agressions ne font pas l’objet d’une plainte. Il devrait donc y avoir obligation pour les responsables des sapeurs-pompiers, comme cela a été fait le 1er mai par le général commandant la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, de déposer systématiquement plainte. La collaboration entre pompiers et autorité judiciaire devrait être fortement renforcée et, dès les plaintes déposées, des enquêteurs devraient auditionner les sapeurs-pompiers victimes, dans leur centre d’incendie ou de secours.

En vérité, la solution à ce problème réside dans le pouvoir des juges qui devraient appliquer le maximum des peines prévues par la loi dans tous les cas de « violences sur personne chargée d’une mission de service public ». En outre, si ces peines sont insuffisamment dissuasives, il revient au législateur de les rendre plus sévères. Dans le cas contraire, le phénomène ne fera qu’empirer et la Justice signifiera alors clairement à nos concitoyens les plus démunis, ceux  qui n’ont plus pour ultimes sauvegardes que la Police, la Gendarmerie, les pompiers et les médecins, que la République les abandonne.

La RÉDACTION de L’ASAF
https://www.asafrance.fr/item/la-femme-le-pompier-et-la-justice-2.html

À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela !  » : Lettre ASAF du mois d’avril 2022

 » À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela !  » : Lettre ASAF du mois d’avril 2022

 

Dans sa longue quête mémorielle destinée à réaliser une impossible réconciliation entre la France et l’Algérie, le président de la République a ajouté une étape le mercredi 26 janvier 2022 à l’Elysée.

" À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela  ! " : Lettre ASAF du mois d'avril 2022

Dans sa longue quête mémorielle destinée à réaliser une impossible réconciliation entre la France et l’Algérie, le président de la République a ajouté une étape le mercredi 26 janvier 2022 à l’Elysée.

Rappelez-vous, ce véritable chemin de croix avait commencé en février 2017 à Alger, lorsque Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, avait déclaré sur un média algérien que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité », que la France « devait présenter ses excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avions commis ces gestes ». 

Puis, le Président commanda à l’historien Benjamin Stora un rapport destiné à apaiser les mémoires rivales entre la France et l’Algérie autour de la guerre. Ce document, remis le 20 janvier 2021, proposait très modestement de dresser des « passerelles sur des sujets toujours sensibles » (disparus de la guerre, séquelles des essais nucléaires, partage des archives, coopération éditoriale, réhabilitation de figures historiques…). Mais, à sa lecture, il apparaît très nettement que la majorité des pas en avant attendus le sont de la France.

Le 26 janvier, la cible visée était les rapatriés d’Algérie qui, depuis l’accession à la présidence de monsieur Macron, estimaient n’avoir reçu de lui aucun message de soutien ou de sympathie. Le palliatif à ces manquements passés a consisté à revenir sur la fusillade de la rue d’Isly à Alger, dans laquelle des dizaines de partisans de l’Algérie française furent tués par l’armée le 26 mars 1962. Le Président décrivit alors cet événement tragique en soulignant que « les soldats français, déployés à contre-emploi, mal commandés, ont tiré sur des Français ». « Ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République » ajouta monsieur Macron.

 Il est vrai que pour faire bon poids et dans le cadre du « en même temps » qui lui est coutumier, le Président condamna aussi les massacres perpétués à Oran par des Algériens, le 5 juillet 1962, qui firent entre plusieurs centaines et deux mille victimes parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Mais revenons à la rue d’Isly. Alors que le cessez-le-feu ouvrant la voie à l’indépendance de l’Algérie a été proclamé le 18 mars, plusieurs milliers de partisans de l’Algérie française sont appelés par l’OAS (Organisation armée secrète) à se diriger le 26 mars vers le quartier de Bab-el-Oued, refuge de membres de l’OAS, afin de forcer les barrages installés par l’armée française après plusieurs meurtres de jeunes du contingent par cette organisation. Ils sont invités à s’y rendre « sans armes » et « drapeau en tête », alors que la manifestation est interdite par le préfet.

À partir de là, différentes versions circuleront. Cependant, selon l’une d’elles, certes contestée notamment par des familles des victimes, ce sont des tirs visant les militaires depuis une fenêtre ou un toit, rue d’Isly, qui enclenchent en retour, de la part des tirailleurs gardant le barrage, la fusillade vers la foule paniquée.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas admissible que 60 ans plus tard, un président de la République, chef des Armées, porte dans un discours politique un tel jugement sur la façon dont les soldats étaient alors commandés. Est-il utile de rappeler que les soldats « mal commandés » d’alors, étaient, comme ceux d’aujourd’hui, sous les ordres du pouvoir politique ? Faire porter le chapeau aux militaires est une coutume dans notre République dès lors que cela permet d’épargner les responsables politiques. C’est le même procédé qui a été utilisé pour fustiger les « fusilleurs pour l’exemple » de la Grande Guerre.

Le préfet avait interdit la manifestation. Le préfet, c’est le représentant local de l’État et c’est donc l’État qui, en premier lieu, a failli en ayant été incapable de faire exécuter ses directives. Alors que les historiens eux-mêmes ne sont pas d’accord sur les circonstances du drame et sur le nombre de victimes, n’aurait-il pas été préférable, plutôt que d’asséner un jugement péremptoire, d’annoncer la création d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur toutes les zones d’ombre de cette sinistre journée ?

De même, sur le 5 juillet 1962 à Oran, le Président est passé un peu vite. Il aurait pu exiger de l’Algérie l’ouverture de ses archives sur cette tragédie, la reconnaissance par celle-ci de l’existence de charniers, près d’Oran, qui renferment des centaines de corps de victimes françaises de même que leur restitution en vue de leur identification. Il faut arrêter de donner des gages à l’Algérie en espérant un retour qui n’arrivera jamais.

Quant aux rapatriés d’Algérie, leurs responsables estiment que « M. Macron a reconnu le plus simple, l’aspect mémoriel, mais n’a pas franchi le pas de l’indemnisation », évoquant une revendication toujours présente chez certaines associations en dépit de compensations financières déjà versées mais critiquées comme « partielles ». Ainsi, l’utilisation de l’armée comme bouc émissaire afin de gagner les bonnes grâces des pieds-noirs apparaît vaine. La phraséologie macronienne débouche donc sur un double échec : ses relations avec les rapatriés ne se sont pas franchement réchauffées depuis le 26 janvier pas plus que celles avec les militaires.

« Le chemin tortueux de la repentance ne peut que s’enliser dans les sables mouvants[2]. »


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« La résilience, c’est pour le jour d’après » : Lettre ASAF du mois de février 2022

« La résilience, c’est pour le jour d’après » : Lettre ASAF du mois de février 2022

 

Le 25 mars 2020, au titre de sa contribution à l’engagement interministériel contre  la propagation de l’épidémie de la Covid-19 dont nous n’étions, hélas,  qu’aux prémices, l’armée française menait une opération militaire sur le territoire national baptisée Résilience.

"La résilience, c’est pour le jour d’après" : Lettre ASAF du mois de février 2022

Le 25 mars 2020, au titre de sa contribution à l’engagement interministériel contre  la propagation de l’épidémie de la Covid-19 dont nous n’étions, hélas,  qu’aux prémices, l’armée française menait une opération militaire sur le territoire national baptisée Résilience. Cela ne fit que conforter, dans l’esprit de nos concitoyens, l’assimilation de ce terme avec l’idée de résistance, de réaction face à l’adversité dans le moment présent. Or, il s’agit là d’une acception partiellement erronée de ce mot, car la résilience, c’est surtout la reprise d’un nouveau développement, d’une nouvelle marche en avant, après un traumatisme auquel, en effet, il a fallu préalablement résister.

La résilience, ce sera donc surtout pour le jour d’après, quand nous serons sortis de l’épidémie ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.  Dès le début de celle-ci, c’est-à-dire il y a maintenant près de deux ans, nous écrivions : « Après des morts nombreux et, tant au niveau des certitudes de chacun que des relations entre le citoyen et l’État, il faudra reconstruire et réapprendre à vivre. Peut-être aussi notre société devra-t-elle inventer une nouvelle culture ? Alors, il faut s’y préparer dès maintenant. »

Pour l’heure, rien n’a véritablement changé et nous n’en sommes pas encore  là. Alors, espérons que demain, après l’épidémie dont on nous annonce chaque mois la fin pour le mois suivant, nous aurons pris conscience de nos excès souvent liés à notre individualisme pour aller vers, précisément, une résilience collective. Peut-être s’interrogera-t-on sur notre désir d’accumuler sans cesse des objets souvent venus d’ailleurs, sur nos habitudes alimentaires ayant conduit à une agriculture excessive avec des élevages industriels disproportionnés ? On y regardera peut-être à deux fois avant de sauter dans un avion pour aller passer une semaine de vacances en Thaïlande ou au Mexique. On se posera aussi certainement la question de savoir pourquoi, alors qu’en Occident les conditions matérielles de vie n’ont jamais été aussi favorables, il n’y a jamais eu autant de dépressions et de maladies psychiatriques diverses.

En France, le concept de résilience a été introduit dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale dès 2008 et repris dans celui de 2013, ce qui  a conféré à ce mot de la  visibilité voire une certaine notoriété. Dans ces documents, il est écrit  qu’au niveau de la nation entière « la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile toute entière ».

L’accroissement de la résilience sociétale a été défini comme l’un des objectifs de la stratégie de sécurité nationale française. Dans une certaine mesure, les armées peuvent y participer. Leur apport est d’autant plus intéressant que les sociétés modernes semblent avoir développé une aversion à certains risques comme  le montre le développement excessif du principe de précaution. Or, la résilience est fondée sur une modification des logiques de lutte contre les risques et les menaces ; il ne s’agit plus d’appliquer le principe du « risque zéro » en tentant d’anticiper tous les problèmes potentiels, mais bien de lui substituer une logique du risque accepté car estimé assimilable par le pays.

Face à la survenue d’événements de grande ampleur sur le territoire national, la participation des armées est souvent limitée à la mise à disposition de moyens, matériels et humains, au profit des gestionnaires de crise. Cette dimension est particulièrement importante pour trois raisons. La première réside dans le fait que les  armées et services du ministère des Armées sont parfois les seuls (ou presque) à disposer de certains équipements et compétences spécifiques. Secondement,  le statut général des militaires impose une sujétion en tout temps et en tout lieu des personnels, fort utile dans ces contextes particuliers. Enfin, et surtout, les soldats sont pour la plupart des individus habitués et préparés à agir en période de crise. Les différents plans adoptés dans notre pays prévoient ainsi la possibilité de réquisitionner personnels et matériels militaires.

Mais limiter la contribution des armées au renforcement de la résilience nationale à leur seule participation à la gestion de crises particulièrement aiguës a pour conséquence de  se priver des autres ressources dont elles disposent et qui pourraient utilement être mises au profit de la société en de nombreuses autres circonstances. Cela existe d’ailleurs déjà à travers des unités militaires spécialisées comme la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, le bataillon de marins- pompiers de Marseille, les unités d’instruction et d’intervention de la sécurité civile ou encore les hôpitaux d’instruction des Armées. Il suffirait pour cela de consentir une augmentation des effectifs et du budget des armées permettant de couvrir ces dépenses nouvelles.

 La RÉDACTION de L’ASAF
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Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

 

En cohérence avec ses statuts, l’ASAF estime de son devoir d’informer ses adhérents et sympathisants sur les orientations que donnerait à notre Défense chacun des candidats déclaré pour l’élection à la  présidence de la République  s’il était élu à la fonction suprême devenant ainsi chef des Armées.

Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

En cohérence avec ses statuts, l’ASAF estime de son devoir d’informer ses adhérents et sympathisants sur les orientations que donnerait à notre Défense chacun des candidats déclaré pour l’élection à la  présidence de la République  s’il était élu à la fonction suprême devenant ainsi chef des Armées.

Voici ci-dessous, le document qui sera envoyé aux candidats et qui a été réalisé en étroite coopération avec le Centre de réflexion interarmées (CRI) et l’association nationale des officiers de carrière en retraite (ANOCR).

 

 

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 ASAF – publié le 12 janvier 2022

https://www.asafrance.fr/item/lettre-questionnaire-aux-candidats-a-la-presidence-de-la-republique.html       


Neuf questions sur la Défense aux candidats à la fonction de neuvième  Président de la V° République. 

 Madame, Monsieur, 

          Vous avez décidé de vous porter, pour la première fois, ou une nouvelle fois, candidat à la présidence de la République. Vous vous êtes donc préparé à assumer la lourde responsabilité que vous confie la Constitution, celle de garantir la souveraineté de la France, qui, selon la place et le rôle que vous entendez être celui de notre pays dans le monde, dépend également des missions et moyens attribués à la Défense nationale. Des décisions du gouvernement, que vous aurez nommé et que vous aurez à orienter, dépendront alors la protection des Français, l’indépendance de notre pays, voire sa survie, et la vie d’hommes et de femmes qui le servent dans nos Forces Armées.

C’est pourquoi, l’ASAF, association strictement apolitique, qui regroupe des citoyens français, civils et militaires, étudiants, actifs et retraités, l’ANOCR qui rassemble les officiers de carrière à la retraite et leurs veuves, appartenant aux trois armées et à la Gendarmerie et le CRI, organisme de réflexion indépendant de militaires à la retraite, vous invitent à répondre aux questions ci-dessous, afin de pouvoir informer leurs membres, mais aussi tous les Français s’intéressant aux questions de Défense, sur vos intentions et vos objectifs relatifs à des sujets estimés essentiels, malheureusement trop peu abordés lors des débats des campagnes présidentielles.

Vos réponses seront mises en ligne sur le site de l’ASAF (www.asafrance.fr)  et publiées dans les lettres que l’association diffuse mensuellement via internet et les réseaux sociaux, ainsi que sur le site de l’ANOCR (www.anocr.org).

1- L’article 15 de la Constitution stipule que le président de la République est le chef des Armées.

Quelle réflexion avez-vous développée sur cette responsabilité de chef des Armées ?

2- Le général de Gaulle a écrit que « la Défense est le premier devoir de l’État ».

Partagez-vous cette priorité et, plus généralement, comment entendez-vous que celle-ci s’inscrive dans la politique globale de votre gouvernement ?

3- La part du PIB consacrée à la Défense était en 2020 de 1,86 % (hors pensions).

Pensez-vous que la cible des 2 % (hors pensions) pour 2025 (50 Mds d’euros) soit suffisante pour faire face à toutes les menaces suscitées par le caractère de plus en plus conflictuel des relations internationales et permettre ainsi aux armées de remplir leurs missions ? Êtes-vous déjà disposé à respecter la loi 2018-607 sur la programmation militaire promulguée le 13 juillet 2018 ?

4- À l’heure où les cinq puissances officiellement dotées de l’arme atomique s’engagent dans une déclaration commune à « prévenir la poursuite de la dissémination », et affirment « qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée »

Quelle est votre position sur la dissuasion nucléaire, en particulier sur la modernisation de ses deux composantes dans la décennie à venir ?

5- Actuellement, les ventes d’armement à l’étranger se font souvent au détriment de l’équipement de nos propres forces. L’armée de l’Air et de l’Espace aura 10 à 20 avions Rafale de moins dans la période 2023-2025, par rapport aux objectifs fixés dans la loi de programmation militaire 2019-2025, et la Marine atteindra le format défini dans le Livre Blanc de 2013 seulement en 2030.

Or les menaces se sont accrues depuis 2013 et ont parfois changé de nature. Avez-vous l’intention de faire un nouveau Livre Blanc pour répondre à ce défi ou de revoir l’ambition opérationnelle 2030 fixée par la revue stratégique de défense et de sécurité nationale pour nos armées ?

6- La France, membre fondateur de l’OTAN, a réintégré son commandement militaire en 2009. Elle est aujourd’hui à la tête de la « force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation » (VJTF) de l’OTAN, et de ce fait, pourrait être placée en demeure d’intervenir malgré elle dans un conflit qui ne correspondrait pas à ses intérêts, ni à ceux de l’Europe.

Quelle position la France doit-elle adopter face au nouveau concept stratégique de l’OTAN (OTAN 2030) lors du prochain sommet de juin 2022 à Madrid? Quelle politique générale envisagez-vous pour  la France vis-à-vis de la Russie et de la Chine ?

7- L’engagement de nos troupes à l’extérieur du territoire national sans que soit défini un objectif politique clair présente le risque d’un retrait des forces dans la précipitation avec  pour conséquence une possible humiliation de nos armées.

Quelle serait la politique à conduire dans ce domaine au Moyen-Orient et surtout en Afrique où notre influence est contrecarrée  par d’autres puissances étrangères ?

8- Il existe aux États-Unis une garde nationale, véritable armée dont le budget est d’ailleurs équivalent à celui de notre Défense. La garde nationale créée en France n’est autre qu’un changement de vocable pour parler des réservistes servant au sein des trois Armées, de la Gendarmerie et de la Police.

Face aux menaces internes à notre pays (islamisme radical, zones de non-droit) qui fragilisent la cohésion de notre société, comment, selon vous, devrait être organisée la défense opérationnelle du territoire, si nos forces devaient être en même temps engagées à l’extérieur de nos frontières ?

9La conscription a été suspendue en 1997 par la volonté du président Chirac.  On en mesure aujourd’hui les conséquences sur l’état d’esprit de nos jeunes concitoyens dont certains ne respectent plus les valeurs de la France, ni de la République.

Envisagez-vous la création d’une nouvelle forme de service national obligatoire? De quelle nature, civile ou militaire ? Avec quelle finalité ? Si non, pourquoi ?

 

En vous remerciant à l’avance de l’attention que vous voudrez bien porter à ce questionnaire, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

 

 Bandeaux signatures 2022 elections      

« Ne pas subir » : Lettre ASAF du mois de décembre 2021

« Ne pas subir » : Lettre ASAF du mois de décembre 2021


Après 40 années de réduction drastique des ressources indispensables au maintien à long terme de forces armées modernes et efficaces, malgré une très timide remontée des budgets depuis 5 ans, les armées sont encore bien loin de pouvoir combler leurs insuffisances les plus criantes.

« Ne pas subir » : Lettre ASAF du mois de décembre 2021

https://www.asafrance.fr/item/ne-pas-subir.html


Restaurer notre souveraineté, réduire notre dépendance

 

Une récente prise de conscience malgré des exemples passés

Les ruptures d’approvisionnements en médicaments constatées il y a déjà plusieurs années et la crise de la Covid depuis 2 ans ont révélé aux Français notre extrême dépendance vis-à-vis de l’étranger. Déjà, dans les années 70, la crise pétrolière avait conduit la France à développer une filière complète de production d’électricité d’origine nucléaire afin de réduire sa dépendance énergétique. C’est cette filière d’excellence qui fournit encore aujourd’hui les trois-quarts de notre électricité.

Dès 1945 et malgré les ravages des 5 années de guerre, la France avait déjà compris que pour rester indépendante elle devait maîtriser l’espace et l’atome. Malgré des moyens limités, les remarquables résultats obtenus permettent à notre pays de disposer aujourd’hui de capacités indispensables à son indépendance stratégique. Ils ont aussi conforté chez les Français le goût de la grandeur et de l’excellence. Les réussites de la France, troisième puissance spatiale en 1963 et première puissance militaire nucléaire indépendante en Europe dès 1964, effaçaient dans l’esprit des Français le traumatisme de la défaite de 1940.

Notre pays bénéficie aujourd’hui des choix effectués et des efforts consentis il y a plus de 60 ans d’autant que ceux-là ont été poursuivis sans solution de continuité. La mise en orbite récente de satellites de la nouvelle génération de « la composante spatiale optique » (CSO 1 et 2) et de renseignement électromagnétique (CERES) démontre la pertinence du choix de l’accès à l’espace dès 1945.Rappelons tout de même que la part de la richesse nationale consacrée à la Défense s’établissait encore à plus de 4 % du PIB en 1967. Elle n’était plus que de 3 % en 1980 en raison des 2 chocs pétroliers des années 70. Après être descendue à 1,6 % en 2015, elle atteindra à peine 1,8 % en 2022 et devrait s’établir à 2 % en 2025 si les engagements pris dans la LPM de 2019 sont tenus…

Des défis à relever avec détermination

Après 40 années de réduction drastique des ressources indispensables au maintien à long terme de forces armées modernes et efficaces, malgré une très timide remontée des budgets depuis 5 ans, les armées sont encore bien loin de pouvoir combler leurs insuffisances les plus criantes.

Parallèlement de nouveaux champs de confrontation s’ouvrent dans des domaines de hautes technologies exigeant des ressources financières et humaines importantes dont la maîtrise est essentielle pour les armées. Il s’agit par exemple :

  • de bases de données nationales dont le stockage et les logiciels d’exploitation soient français afin de garantir la protection, l’intégrité des données et leur utilisation à des fins strictement nationales ; ce n’est pas le cas aujourd’hui avec Microsoft et Google
  • de capacités de recherche, d’exploration et d’exploitation des fonds sous-marins. La France dispose, grâce à ses DROM-COM de la 2plus grande zone économique exclusive (ZEE) avec plus de 11 millions de km2. Elle se doit également d’assurer la surveillance de certains câbles sous-marins qui assurent 95 % des échanges de données. Elle doit enfin absolument maîtriser ce milieu sous la mer où évoluent les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la force de dissuasion et les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) qui, pour leur part, contribuent avec discrétion à la dissuasion conventionnelle et au recueil du renseignement.

Il faudrait y ajouter de nombreux autres domaines déterminants dont la puissance de calcul, l’intelligence artificielle, la cyberguerre, la défense de nos satellites… sans oublier naturellement la fabrication des microprocesseurs dont la production est assurée à ce jour à  70 % par Taïwan.

On voit, comme ce fut le cas en 1945 pour l’espace et le nucléaire, que ces investissements exigent une farouche volonté du pouvoir politique et non de simples déclarations d’intention. Il y faut également une grande continuité dans l’action afin que le successeur ne remette pas en question ce qui a été fait par le prédécesseur, comme ce fut le cas dans le domaine du nucléaire civil avec l’arrêt du surgénérateur Superphénix en 1997 qui nous a fait perdre des années de recherche et d’avance technique.

Urgence signalée

Il est évident qu’un effort visant à renforcer notre souveraineté dans les domaines tant civil que militaire doit être entrepris au plus tôt. Nos armées, qui font face à des menaces hybrides mêlant matériels de pointe opérant dans l’espace matériel à des actions dans les espaces immatériels ou opaques, doivent disposer des moyens de vaincre.

Il convient de rappeler sans fausse pudeur que l’industrie de Défense, domaine où la France possède un savoir-faire d’excellence reconnu, est une industrie de haute technologie dans de nombreux domaines (lasers, optique, métallurgie hautes performances, radars, transmissions de données…), peu délocalisée, et dont les exportations contribuent à réduire le déficit de notre balance commerciale.

Mais il est certain que, face aux défis nombreux, les coopérations entre États visant des objectifs convergents sont indispensables. En effet, les investissements financiers et humains nécessaires sont tels qu’il est illusoire de croire que nous pouvons tout faire tout seuls. En revanche nous pouvons, et devons, y associer des partenaires comme Dassault a su le faire avec des industriels pour réaliser le démonstrateur de drone de combat Neuron dont l’exemple est à méditer.

C’est avec une équipe de France civilo-militaire que la France relèvera ou pas le défi de la souveraineté. Elle doit absolument rassembler ses talents, sélectionner les secteurs stratégiques qu’elle juge essentiels et nouer des coopérations avec des partenaires fiables sans a priori comme elle le fait déjà avec la Russie à Kourou en Guyane. Encore faut-il que les moyens financiers disponibles soient à la hauteur des enjeux.

La RÉDACTION de L’ASAF

« Défendre le corps et l’âme de la Patrie » : Lettre ASAF du mois de novembre 2021

« Défendre le corps et l’âme de la Patrie » : Lettre ASAF du mois de novembre 2021

ASAF – publié le 17 novembre 2021

https://www.asafrance.fr/item/rassembler-ses-forces-lettre-asaf-du-mois-de-novembre-2021.html

 

 

Depuis toujours, notre peuple a combattu pour que notre Patrie, la terre de nos pères, ne soit pas amputée, ni ses frontières violées par les envahisseurs. Toutes les générations ont rempli cette mission sous l’impulsion de figures légendaires telles que Geneviève face aux Huns, Jeanne d’Arc contre les Anglais, Foch et de Gaulle repoussant les Allemands.

"Défendre le corps et l’âme de la Patrie" : Lettre ASAF du mois de novembre 2021

Le 11 novembre 2021, la France commémorait comme chaque année l’anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre. Elle honorait aussi le dernier survivant des 1038 Compagnons de la Libération avant que son corps ne rejoigne les 16 autres inhumés au mémorial de la France combattante du Mont-Valérien depuis 1945.

Dans sa très brève et dense allocution prononcée le 11 novembre 1945, le général de Gaulle évoquait la « défense du corps et de l’âme de la Patrie » comme ses enfants l’avaient assurée humblement, les armes à la main, depuis 2 000 ans.
 

Défendre le corps de la Patrie 

L’Arc de Triomphe, défiguré durant quelques semaines, reste le lieu de notre mémoire nationale où des Français viennent quotidiennement se recueillir devant le tombeau du Soldat inconnu « mort pour la Patrie ». Ce soldat sans nom rappelle l’aspect intemporel de ces sacrifices et symbolise tout le sang versé par ses enfants.

Depuis toujours, notre peuple a combattu pour que notre Patrie, la terre de nos pères, ne soit pas amputée, ni ses frontières violées par les envahisseurs. Toutes les générations ont rempli cette mission sous l’impulsion de figures légendaires telles que Geneviève face aux Huns, Jeanne d’Arc contre les Anglais, Foch et de Gaulle repoussant les Allemands. La défense collective, obtenue au prix de sacrifices individuels, a été assurée pour défendre le corps de cette patrie, la France, que nous avons aujourd’hui en héritage.

Mais défendre le corps de la Patrie c’est aussi protéger « la veuve et l’orphelin », les femmes et les enfants garants de la survie de la Nation. Alors, demain, dans 20 ans, alors que nous ne renouvelons plus naturellement notre population[1], aurons-nous les hommes et les femmes en nombre suffisant et aptes physiquement pour assurer notre défense ? Déjà, l’Angleterre et l’Allemagne ne parviennent pas à recruter les soldats nécessaires. Chez nous, l’armée peine à sélectionner ses soldats, compte tenu du peu de candidats à l’engagement.

« Le salut de la Patrie est éternellement précaire » rappelait le général de Gaulle en 1945, à l’issue de la « guerre de 30 ans » au cours de laquelle la France et l’Allemagne s’étaient affrontées. Notre indépendance est toujours menacée par les grandes puissances, tant sur le plan stratégique que dans le domaine des hautes technologies, sans parler du domaine culturel. Son intégrité territoriale est même violée dans ces zones dites de « non-droit » où un islam intégriste cherche à imposer des lois contraires aux nôtres. Elle l’est aussi par les actions subversives menées par des nations étrangères dans nos DROM-COM.
 

Défendre l’âme de la Patrie

Mais pour défendre l’âme de la Patrie, il faut d’abord connaître l’histoire et l’environnement de ceux qui nous ont précédés, chercher à comprendre les décisions qu’ils ont prises et les raisons qui les ont poussés à faire la guerre ou à conquérir des terres lointaines. Quelles furent, il y a 1 000 ans, 100 ans, leurs motivations réelles, les intérêts visés, les joies éprouvées et les souffrances supportées ?

Il faut connaître et comprendre le passé avec objectivité et tirer les leçons de l’Histoire, susciter le devoir de servir cette patrie fragile dont l’avenir est toujours menacé, plutôt que de juger et de condamner. S’inspirer des figures clairvoyantes et héroïques grâce auxquelles la France est toujours regardée et souvent admirée.

C’est pourquoi la richesse de notre Histoire et la fierté que nous pouvons légitimement en tirer ne peuvent supporter les déclarations de repentance de donneurs de leçons souvent ignares. Si l’historien a pour devoir de rechercher les faits et de tenter d’expliquer leur l’enchaînement dans un contexte du moment si différent du nôtre, il est du devoir des politiques d’assumer ce passé après l’avoir analysé finement dans ses dimensions historique et géographique afin de développer leur capacité d’appréciation de situation et de décision. À leur tour, ils ont pour mission d’assurer au mieux la pérennité de la Nation.

Le « vivre ensemble » dont il est tant question aujourd’hui est-il un lien suffisant pour susciter, si nécessaire, la défense du corps et de l’âme de la Patrie ? Vivre ensemble signifie-t-il vraiment que l’on est prêt à mourir ensemble ? La liberté individuelle tellement chérie aujourd’hui peut-elle exister sans esprit de Défense avec la perspective de sacrifices que le combat exige ? Défendre l’âme de la France passe donc par une véritable éducation des citoyens. Mais peut-on assurer cette éducation au respect, à la camaraderie, à la loyauté et à l’amour du pays quand on entend et lit « nique la France » sans que ces propos soient fermement sanctionnés ?

La Défense de la France repose sur son armée, mais elle prend ses racines dans une démographie dynamique et une solide éducation autant familiale que scolaire. Sans ces fondements, aujourd’hui fragilisés, notre pays ne pourra assurer la défense ni de son corps ni de son âme.

La campagne électorale qui s’ouvre doit être l’occasion, pour ceux qui aspirent à servir la France en devenant chef d’État, de s’engager formellement sur ces deux dimensions vitales pour l’avenir afin que dans 20 ans les Français puissent continuer à vivre au sein d’un pays libre tout en étant prêts à le défendre au prix du sacrifice suprême. Là est l’essentiel.