Grand Duc 2024 : décollage réussi pour le Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement

Grand Duc 2024 : décollage réussi pour le Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement

– Forces opérations Blog – publié le

À peine créé, le Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement (CAPR) s’est confronté pour la première fois à la réalité du terrain à l’occasion de l’exercice Grand Duc. Un exercice autant qu’une expérimentation source de premiers résultats encourageants en matière de construction des synergies et d’accélération de la boucle renseignement-feux.

Une édition inédite

Inhabituel, Grand Duc l’aura été à plus d’un titre. De par son ampleur, premièrement. Conduit du 15 au 29 mars dans le quart nord-est de la France, cet exercice annuel des unités du renseignement de l’armée de Terre a cette fois été joué entre Amiens et Belfort. Inspiré de l’exercice d’hypothèse d’engagement majeur ORION 2023, son scénario voyait l’ennemi symétrique Mercure et sa milice Tantale envahir la nation voisine Arnland. Un allié fictif de l’OTAN opposé à des ennemis tout aussi fictifs et dont l’agression entraînait la formation d’une vaste coalition, déploiement de divisions française, britannique et américaine à la clef. 

Trois divisions formant un corps d’armée au profit duquel oeuvrait un groupement de recherche multicapteurs (GRM) déployé dans la profondeur avec l’ensemble de ses moyens. Ses quelques 400 combattants provenaient essentiellement du 2e régiment de hussards, spécialiste du renseignement de source humaine et de l’infiltration à travers les lignes ennemies. Des éléments des 54e, 61e et 1er régiments d’artillerie, du 28e groupe géographique, des 54e et 44e régiments de transmissions ainsi qu’un sous-groupement aéromobile armé par le 5e régiment d’hélicoptères de combat sont venus s’y agréger. 

Ce GRM intégrait un détachement belge du bataillon ISTAR, signe parmi d’autres des liens grandissants entre forces terrestres des deux pays. Cette unité de chasseurs à cheval a pour l’occasion envoyé son escadron A renforcé d’une section radar Squire, d’une équipe drones et d’une section de génie (EARS). Une « belle unité » dont les membres « apportent une certaine philosophie et une certaine approche de la planification d’une opération. Nous avons beaucoup à apprendre de nos camarades belges tout comme, je l’espère, ils ont beaucoup de choses à apprendre de nous », soulignait le colonel Nicolas Louis, chef de corps du 2e RH et commandant du GRM. 

La mission de ce GRM à l’accent belge ? Trouver l’ennemi, comprendre ses modes d’action, déterminer des cibles et faire remonter ces informations jusqu’au corps d’armée. Par le lien direct qu’il crée avec les feux et les moyens de guerre électronique, le GRM contribue ainsi au grignotage, à l’affaiblissement de l’ennemi au profit des divisions et brigades de la ligne de contact. Dans un espace de jeu grand comme la Bulgarie, impossible de se la jouer « big brother ». Bien que dédoublée fictivement, l’envergure du GRM impliquait « de manoeuvrer, de faire des choix en utilisant au mieux les compétences de chacun », relève le colonel Louis. 

Surtout, Grand Duc constituait un premier essai grandeur nature pour le CAPR, mis en place le 1er janvier 2024 pour succéder au Commandement du renseignement (COM RENS). Organisé autour d’un état-major implanté à Strasbourg, ce nouveau commandement Alpha rassemble le centre de renseignement Terre (CRT) ainsi que trois brigades : la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC) et les futures 19e brigade d’artillerie (19e B.ART) et brigade de renseignement et de cyber électronique (BRCE). Ces unités opérant au profit de la division et du corps d’armée, focalisent leur action sur un compartiment profond de 50 à 500 km, tant au sol que dans la 3e dimension. Ce CAPR est commandé par le général de division Guillaume Danès, dont la carrière a démarré au 13e régiment de dragons parachutistes avant de se poursuivre au 2e RH puis à la tête de l’ex-COM RENS. 

Derrière l’entraînement et l’évaluation Antarès du PC du GRM, cette édition devait « mettre en synergies toutes ces compétences » qui évoluaient auparavant dans leur couloir de nage et de « tester une nouvelle organisation, de nouvelles procédures pour aller toujours plus vite et être toujours plus efficaces face à ces défis qui prennent une importance beaucoup plus grande par rapport à ce que les armées françaises ont connue ces 15-20 dernières années », résume le commandant du 2e RH. Un séminaire organisé en janvier dernier avec tous les acteurs du CAPR avait débouché sur de premières réflexions communes d’amélioration. Des idées pour la première fois mises en pratique lors de Grand Duc.

Un militaire du bataillon ISTAR belge survolé par un Tigre HAD du 5e RHC, illustration de la volonté du CAPR d’inclure dans ses réflexions tout acteur susceptible d’agir dans la profondeur, en ce y compris les unités alliées, la 11e brigade parachutiste, les forces spéciales ou encore les observateurs d’artillerie
(Crédits image : Bn ISTAR)

À l’instar de l’ensemble des armées, les unités du CAPR ont définitivement pris le tournant de la « haute intensité », cette volonté de durcissement de la préparation opérationnelle face à l’hypothèse d’un engagement majeur. Essentiel au bon déroulé d’un exercice, le réalisme de l’animation est l’une des spécialités de la major Stéphanie. « On nous demande depuis 2-3 ans de basculer vers la haute intensité », explique cette équipière « recherche au contact » (RAC) du 2e RH rattachée à la section entraînement-exercice du CAPR. 

Grand Duc n’y a pas coupé et prolongeait quelques grandes idées d’ORION 2023. C’est ainsi que la milice Tantale aura généré des actions de harcèlement et de sabotage les arrières de la force alliée pour déstabiliser celle-ci et faciliter l’avancée des divisions Mercure. Réalisme oblige, 23 « sources » ont été créées parmi la population arnlandaise, pour moitié réellement jouées. Des joueurs auxquels l’animatrice « fait dire des choses plus ou moins intéressantes à creuser ensuite ». Ces sources, additionnées aux événements conçus de toute pièce, auront atteint un volume inédit. « J’adore faire vivre l’exercice », se réjouit la major Stéphanie. Celle-ci a imaginé un monde artificiel d’associations, de médias, de réseaux sociaux alimentés à l’occasion par la petite force adverse présente sur le terrain. Jusqu’à l’écriture d’un journal quotidien : « Le Roseau », canal d’information exploitable jusque dans ses encarts publicitaires. 

Étendue d’Amiens à Belfort, la zone d’action profonde de plus de 400 km se voulait la plus représentative possible des élongations dans lesquelles les unités du CAPR sont appelées à opérer. Des distances sources de challenges, dont celui de l’accélération. « Notre objectif, c’est de réduire la boucle renseignement-feu, le délai entre la détection d’une cible et sa neutralisation quel que soit l’effecteur retenu », relève le général de division Danès. Pourquoi ? « Parce que, face à un ennemi à parité, il faut savoir saisir les opportunités. Nous n’avons pas toujours l’initiative, nous sommes contraints par les combats contrairement aux opérations extérieures conduites ces 20 dernières années ». Ces fenêtres d’action peuvent être très courtes, « d’où cette nécessité d’accélérer ». 

Le CAPR a en effet cela d’utile qu’il permet de « faire des choix un peu innovants en matière d’équipements » grâce au dialogue renforcé entre acteurs d’un même monde. Durant Grand Duc, la focale aura surtout porté sur les transmissions. L’acquisition rapide de systèmes disponibles sur le marché et en partie civils est ainsi venu soutenir le concept d’hybridation, cette combinaison de moyens civils et militaires privilégiée pour éviter les ruptures de communication et compenser les éventuelles perturbations adverses. 

« Comment j’utilise internet, le réseau GSM, les satellites à orbite basse en complément des satellites et liaisons radios militaires, c’est un sujet que l’on travaille à l’occasion de l’exercice Grand Duc », pointe le général de division Danès. L’armée de Terre a, entre autres, acheté des boîtiers GSM sur lesquels elle intègre un chiffrement « maison » pour pouvoir les relier à ses propres systèmes d’information. « Nous avons mis en oeuvre des passerelles automatiques et intelligentes qui nous permettent de faire basculer une information d’un niveau de classification à l’autre tout en en interdisant la redescente vers le niveau inférieur », confie le colonel Louis. Les transmetteurs auront par ailleurs réussi à pallier à l’absence de liaison 16 sur les cinq hélicoptères du SGAM, facilitant par là le positionnement ami et la coordination dans la 3e dimension. 

Résultat parmi d’autres des expérimentations, la patrouille de recherche opérant à Vesoul a pu transmettre ses informations en moins de deux minutes au poste de commandement du GRM installé à Mourmelon-le-Petit. Soit près de 300 km parcourus sans anicroches ni intervention technique. Certes, le processus n’est pas encore instantané, mais « gagner deux minutes, c’est déjà énorme », assure le général de division Danès. Ce petit gain de temps devient effectivement précieux lorsqu’il s’agit d’avoir un impact sur la manoeuvre ennemie. « Nous sommes sur une très bonne voie, car nous réussissons à prendre des décisions de tirs en quelques minutes », constate le colonel Louis. « Le pari de création de ce CAPR incubateur et laboratoire est donc gagné », estime pour sa part le général de division Danès.

Crédits image : armée de Terre

Face à un ennemi puissant et protéiforme, la réduction des délais de la boucle renseignement-feux n’est pas le seul enjeu. Repenser certains modes d’action, en concevoir de nouveaux et faire évoluer les matériels en sont d’autres. Hormis l’écriture doctrinale, il s’agira par exemple de déterminer quel sera le meilleur « pion multicapteurs » à déployer selon le contexte. Une compagnie de recherche humaine ? Une compagnie de guerre électronique ? Une section, voire une patrouille ? L’intégration de plusieurs capteurs est-elle nécessaire ? Quel est la combinaison offrant le meilleur équilibre en termes d’efficacité et de discrétion ? Bref, où placer les différents curseurs pour obtenir « un renseignement précis, fiable » ? 

Laboratoire à ciel ouvert, Grand Duc offrait le terrain idéal pour tester de nouveaux équipements. « Nous avons mis en oeuvre un certain nombre de matériels assez innovants dans le domaine du renseignement électromagnétique », explique le colonel Louis. Des systèmes de guerre électronique qui auront conduit à la capture anticipée d’un chef de la milice Tantale infiltré à proximité du PC du GRM. Un fait inattendu mais sans réelle conséquence pour le travail de la major Stéphanie, car le cadre scénaristique de Grand Duc n’a rien de figé et évolue tout au long de l’exercice. Le conflit russo-ukrainien influence certainement ce travail d’écriture mais « je me sers du monde entier », assure celle qui, à l’heure où nous la rencontrons, planche déjà sur la prochaine action de Tantale : l’attaque d’un aéroport à coup d’engins explosifs improvisés et de drones. 

Si la porosité d’un front – ou son absence dans le cas sahélien – facilite l’infiltration, celle-ci se trouve complexifiée lorsque ce front s’avère dense, parsemé de capteurs, de champs de mines, fortifications et autres obstacles présents dans les trois dimensions. La relative stabilité du front russo-ukrainien et les difficultés éprouvées par les belligérants pour le franchir en sont des rappels quotidiens. 

Traverser la ligne pour s’enfoncer dans le dispositif adverse, c’était déjà la préoccupation principale de Chamborant quand le général de division Danès était à sa tête, il y a plus d’une décennie. Pour ce dernier, « il y a toujours des moyens de passer, il faut être audacieux » et « chercher les espaces lacunaires, en espérant qu’ils existent ». Quitte à remettre au goût du jour des savoir-faire passés au second plan au cours des dernières décennies afin de « faire très mal, dès ce soir, à un ennemi disposant de capacités équivalentes », indique le colonel Louis. Grâce à Grand Duc, « nous avons pu mettre en oeuvre des savoir-faire spécifiques dans les conditions les plus réelles possibles », poursuit-il. Exemple avec ces VB2L engagés dans une phase de franchissement d’ « un cours d’eau assez profond qui allait contraindre notre manoeuvre », un procédé exceptionnellement joué de nuit.

Le défi est tout aussi prégnant pour les hélicoptères de la 4e BAC, vecteurs de mobilité, de reconnaissance, de destruction d’objectif et d’escorte par excellence mais confrontés aux capacités d’interdiction de l’adversaire. Aux équipages d’à leur tour chercher et exploiter le trou dans la raquette adverse tout en comptant sur leur maîtrise du vol tactique et sur le renouvellement progressif des parcs d’hélicoptères. De là à agir jusqu’à 500 km ? « Nous pourrions, car nous sommes capables de réaliser des FARP [Forward Arming and Refueling Point] pour pouvoir aller plus loin. C’est ce que nous avons fait durant cet exercice », précise le lieutenant François, officier contrôleur de circulation aérienne au sein du 5e RHC. Couramment déployés lors des opérations au Sahel, ces FARP sont autant de points de ravitaillement avancés permettant d’accroître l’élongation des machines, au prix d’une exposition accrue. 

Plus encore, la transparence du champ de bataille qu’amène la combinaison de satellites, drones et autres capteurs suppose un risque d’érosion de la discrétion chère au 2e RH. « D’ores et déjà, on voit les Russes comme les Ukrainiens s’adapter à cette situation. On le voyait sur les autres théâtres d’opération aussi, les gens s’enterrent », remarque le général de division Danès. Mais chez les hussards, l’effort relève plutôt du camouflage, à l’instar de cette bâche en aluminium à mémoire de forme « remontée » du 13e RDP et de solutions atténuants le rayonnement infrarouge. Faute de pouvoir traverser, d’autres voies subsistent pour le renseignement d’origine humaine, à l’image des sources disséminées sur les arrières par l’équipe animation de Grand Duc et susceptibles d’être en lien avec les populations situées au-delà du front. 

Le retour d’un ennemi à parité pose, enfin, la question de la maîtrise du ciel. Le défi est surtout prégnant pour les hélicoptères de la 4e BAC, vecteurs de mobilité, de reconnaissance, de destruction d’objectif et d’escorte par excellence mais confrontés aux capacités d’interdiction de l’adversaire. Aux équipages d’à leur tour chercher et exploiter le trou dans la raquette adverse tout en comptant sur leur maîtrise du vol tactique et sur le renouvellement progressif des parcs d’hélicoptères. De là à agir jusqu’à 500 km ? « Nous pourrions, car nous sommes capables de réaliser des FARP [Forward Arming and Refueling Point] pour pouvoir aller plus loin. C’est ce que nous avons fait durant cet exercice », précise le lieutenant François, officier contrôleur de circulation aérienne au sein du 5e RHC. Couramment déployés lors des opérations au Sahel, ces FARP sont autant de points de ravitaillement avancés permettant d’accroître l’élongation des machines, au prix d’une exposition accrue. 

Surveiller et protéger l’espace aérien, c’est justement la mission principale du lieutenant Philippe. Grand Duc « permet de travailler avec tous les acteurs des brigades de la 3e dimension et, parce que nous sommes plus hauts dans la chaîne de commandement, la qualité d’information est beaucoup plus claire et précise tandis que les interlocuteurs sont moins nombreux », explique ce chef de centre de management de la défense dans la 3e dimension (CMD3D) au sein du 54e régiment d’artillerie. Son compartiment de travail s’étendait sur environ 100 km2, « ce qui est quand même assez conséquent et contient énormément de nouveaux acteurs car c’est la première fois que l’on se déploie avec le GRM du 2e RH », continue-t-il. La manoeuvre exige donc une vigilance de tous les instants. Gagner du muscle et traiter les menaces actuelles et futures demandera à la fois de la multiplicité et de nouvelles technologies. « Nous nous adapterons, et l’armée s’adapte déjà », souligne-t-il. En témoigne le rattrapage engagé sur la défense sol-air grâce à la loi de programmation militaire 2024-2030, un effort qui se traduira notamment par l’arrivée au 54e RA de véhicules Serval de lutte anti-drones (LAD) et de Serval équipés de missiles MISTRAL. 

Le CAPR tel qu’il s’organisera à compter de l’automne prochain
(Crédits image : armée de Terre)

Pari gagné

À quelques jours de la fin de l’exercice, le colonel Louis se disait « plus que satisfait et même fier de ce qui a été réalisé », ce dernier relevant « des résultats remarquables, ne serait-ce que dans le délai de transmission ». Un sentiment partagé par son supérieur, le général de division Danès. « C’est très concluant. La réorganisation autour de ces commandements Alpha, c’est déjà un pari gagnant pour le CAPR ».

Si les premières impressions sont positives, Grand Duc 2024 n’était qu’une étape préliminaire dans un vaste chantier soutenu par une LPM de « transformation ». Son enveloppe de 413 Md€ sur sept ans « apporte pas mal de choses en ce qui concerne le triptyque majeur de la défense sol-air, des feux dans la profondeur et de la guerre électronique ». Derrière les Serval LAD et MISTRAL, le CAPR bénéficiera du renouvellement des lance-roquettes unitaires (LRU), un projet pour lequel « il est bien dans les intentions des armées d’augmenter la portée au-delà des 70-80 km autorisés aujourd’hui pour aller bien au-delà, et pourquoi pas jusqu’à 500 km ».

L’hélicoptère interarmées léger (HIL), le (re)décollage du drone Patroller, les moyens radars intégrés avec l’armée de l’Air et de l’Espace seront d’autre axes d’effort à matérialiser. Sans oublier cet essai à transformer dans le champ de la guerre électronique, car « le conflit ukrainien nous montre bien que c’est un sujet d’importance face à un adversaire à parité ». Qu’importe le domaine, « nous allons essayer de tirer le maximum de la LPM en cours. Et tout ce qu’on aura pas réussi à faire, il faudra, si la situation internationale ne change pas, que ce le soit dans la prochaine », indique le patron du CAPR. 

De niveau divisionnaire, le CAPR rassemblera à terme quelque 3000 militaires. Si la 4e BAC a été créée en 2016, les deux autres brigades le seront au 1er août prochain. Le CAPR sera officiellement mis sur pied début septembre, cérémonie suivie de quelques bascules internes d’unités actées le 1er novembre. Les 1er, 61e et 54e régiments d’artillerie rejoindront la 19e B.ART, par exemple. Quelques éléments de commandement seront sensiblement renforcés, notamment au profit de la 4e BAC. Après petite année de transformation, « la réorganisation sera alors terminée », annonce le général de division Danès. 

Plusieurs rendez-vous sont déjà au programme. Après l’exercice préfigurateur réalisé le mois dernier, le CAPR contribuera aux exercices des brigades qu’il englobe, à commencer par l’exercice BACCARAT que la 4e BAC conduira à l’automne prochain. Autant de jalons qui mèneront au franchissement d’un nouveau pas, celui d’un exercice de corps d’armée baptisé DIODORE. Attendue pour l’automne 2025, la première édition visera à continuer les travaux engagés sur la coordination 3D et l’accélération de la boucle renseignement-feux. « Quand je vois les résultats de Grand Duc, je sais que nous continuerons à avancer à toute vitesse d’ici-là », se félicite le général de division Danès. 

La frégate multimissions Normandie a fictivement coulé un sous-marin allemand lors d’un exercice de l’Otan

La frégate multimissions Normandie a fictivement coulé un sous-marin allemand lors d’un exercice de l’Otan

https://www.opex360.com/2024/03/12/la-fregate-multimissions-normandie-a-fictivement-coule-un-sous-marin-allemand-lors-dun-exercice-de-lotan/


À l’image, la frégate multi-missions Normandie dans un fjord proche de la ville de Bergen (Norvège) durant l’exercice de lutte anti-sous-marine TG 20.1. Proche de Bergen (Norvège) le 12 février 2020.

 

Étant donné la proximité de la Norvège avec le passage dit « GIUK » [Groenland, Royaume-Uni, Islande], crucial pour les lignes d’approvisionnement entre l’Amérique du Nord et l’Europe, les sous-marins russes sont très actifs dans cette région. Aussi, la lutte anti-sous-marine est l’un des volets de Nordic Response.

Dans le cadre de cet exercice, la Marine nationale a déployé un avion de patrouille maritime Atlantique 2, la frégate multimissions [FREMM] Normandie, le sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] « Améthyste » et le chasseur de mines de type tripartite [CMT] Andromède. À noter qu’une section de fusiliers marins du bataillon Destroyat a pris place à bord du navire d’assaut amphibie américain USS Guston Hall.

Si l’on ne connaît pas les modalités exactes de Nordic Response, l’Associated Press a toutefois rapporté qu’un sous-marin allemand de type 212 s’est vu donner le rôle « d’attaquant ». Visiblement, il s’en est très bien acquitté puisqu’il est parvenu à « torpiller » fictivement le porte-avions italien ITS Giuseppe Garibaldi. En revanche, il n’a pas réussi à surprendre la FREMM Normandie, commandée par le capitaine de frégate [CF] Thomas Vuong.

Par souci de réalisme, l’équipage de la frégate française n’avait pas été prévenu de l’attaque que le sous-marin allemand s’apprêtait à lancer. Or, celui-ci, malgré sa discrétion [le Type 212 passe pour être très silencieux…] n’a pas échappé à sa vigilance. « Nous avons repéré son périscope […] puis il a plongé à nouveau », a confié le CF Vuong.

L’hélicoptère embarqué NH-90 Caïman a alors immédiatement décollé afin de localiser précisément le sous-marin de la Deutsche Marine avec son sonar actif basse fréquence FLASH SONICS [Folding Light Acoustic System for Helicopters].

De son côté, la FREMM a également utilisé ses capacités de détection, lesquelles reposent sur un sonar de coque ainsi que sur le système CAPTAS 4, constitué d’un sonar remorqué à immersion variable [VDS] et à très basse fréquence de type UMS-4249 et d’une antenne linéaire munie d’hydrophones.

La combinaison de telles capacités a donc permis de déterminer avec précision la position du sous-marin allemand et… de l’attaquer [fictivement] avec des torpilles MU-90, lancées par la FREMM Normandie.

« La frégate et son hélicoptère ont localisé le sous-marin avec suffisamment de précision pour être sûrs qu’il n’aurait pas survécu si de véritables torpilles avaient été tirées », rapporte l’Associated Press.

Selon le CF Vuong, les sous-mariniers allemands ont une meilleure connaissance des « fjords profonds et étroits » de la Norvège que les marins français. « C’est leur terrain de jeu. Donc ils connaissent les cachettes », a-t-il ajouté.

La lutte anti-sous-marine est sans doute le domaine le plus compliqué du combat naval dans la mesure où elle suppose d’avoir la connaissance la plus fine possible du milieu marin. Celui-ci varie selon plusieurs facteurs, comme la température, la salinité ou encore la topographie du fond des océans, ceux-ci étant constitué de plusieurs couches de masses d’eau dont certaines peuvent être des « cuvettes de non-détection » pour un sous-marin. « Les fjords constituent un environnement particulier, avec un profil de température différent de celui que l’on connaît dans l’Atlantique », a d’ailleurs souligné le « pacha » de la FREMM Normandie.

Photo : FREMM Normandie – Marine nationale

Steadfast Defender, premiers tours de roues à l’étranger pour les Jaguar et Serval

Steadfast Defender, premiers tours de roues à l’étranger pour les Jaguar et Serval


Après la transformation des premières unités, les véhicules Serval et Jaguar du programme SCORPION seront déployés pour la première fois à l’étranger dans le cadre de l’exercice Steadfast Defender de l’OTAN.

Des 90 000 militaires mobilisés par l’OTAN jusqu’en juin dans l’est de l’Europe, 5500 le seront par l’armée de Terre au cours de sept séquences successives. Complémentaire des déploiements en Estonie (Lynx) et en Roumanie (Aigle), l’implication française dans ce méta-exercice Steadfast Defender engagera également 1000 véhicules majeurs, dont trois des quatre véhicules du programme SCORPION. 

Par ces déploiements en cours et à venir, « l’armée de Terre témoigne une nouvelle fois de sa crédibilité et de son implication déterminée au service de la posture défensive et dissuasive de l’OTAN », a rappelé le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Pierre Schill, sur les réseaux sociaux. 

Pour le Jaguar, cette première en environnement interalliés interviendra à l’occasion de l’exercice d’entraînement de la défense estonienne Spring Storm 24, conduit du 6 au 24 mai. Un peloton du 1er régiment étranger de cavalerie, premier régiment « transformé » sur le successeur de l’AMX 10RC, y sera engagé aux côtés du sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) Lynx, doté de Griffon, et d’une compagnie d’infanterie légère. 

Si elle n’est pas reprise sur l’infographie partagée par le CEMAT, la participation du Serval au même exercice avait été évoquée plus tôt par le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, lors d’une visite en Estonie. « Tout au long de l’année 2024, la France déploiera ses capacités de pointe, dont les véhicules blindés de reconnaissance Jaguar et Serval, ainsi qu’une compagnie d’infanterie légère pour contribuer au grand exercice Spring Storm », déclarait-il fin février. 

L’armée de Terre a désormais réceptionné plus de 200 Serval sur les 978 attendus au titre du programme SCORPION. Un véhicule avec lequel le 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa) vient de franchir le jalon de la PRETS (période de restitution de la transformation SCORPION) et que le 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP) est en train de s’approprier, unité qui sera projetée en mai en Hongrie et en Roumanie pour l’exercice Swift Response. 

Crédits image : Georges Abou Mrad / Légion étrangère

La 30e Escadre de chasse a fait voler 21 Rafale ensemble lors d’un exercice de type SAPHIR

La 30e Escadre de chasse a fait voler 21 Rafale ensemble lors d’un exercice de type SAPHIR

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En juillet 2020, celle-ci disposait de 102 avions de ce type. Seulement, afin de satisfaire les commandes passées par la Grèce [janvier 2021] et la Croatie [novembre 2021], 24 exemplaires doivent être retirés de son inventaire. Cela étant, elle a théoriquement dû recevoir 13 appareils neufs en 2023. Aussi, on peut estimer à 91 le nombre de Rafale actuellement exploités par l’AAE, répartis entre les bases aériennes de Mont-de-Marsan [30e Escadre], de Saint-Dizier [4e Escadre] et d’al-Dhafra, aux Émirats arabes unis [escadron 1/7 Provence].

Quoi qu’il en soit, le 13 février, on n’avait probablement jamais vu autant de Rafale de l’AAE voler ensemble.

En effet, cette semaine, la 30e Escadre de chasse organise un exercice de type SAPHIR [Séquence d’activité et de production de haute intensité et de régénération], lequel vise à optimiser la disponibilité des avions de combat et donc à accroître le volume d’activité de ses différents escadrons pendant une période donnée.

C’est ainsi que, lors du deuxième jour de cet exercice, 21 Rafale [soit un peu plus de 20 % de la flotte de l’AAE] ont pu décoller de la BA de Mont-de-Marsan et voler en formation.

 

« Nous avons décollé à l’heure prévue avec un nombre d’appareils conséquent puis réalisé la mission planifiée. C’est un vrai succès », s’est félicité le commandant du Régiment de chasse 2/30 « Normandie-Niémen ».

Faire décoller autant d’avions en une seule fois fait évidemment penser aux exercices de type « Elephant Walk », lesquels visent à vérifier l’état de préparation d’une unité et démonter les savoir-faire de ses pilotes et techniciens. Mais là, en l’occurrence, il s’agit d’aller plus loin.

En effet, l’objectif de SAPHIR est de réaliser un total de 180 à 200 sorties aériennes entre les 12 et 16 février. Ce qui suppose, pour la 30e Escadre, d’être en mesure de faire décoller au moins 20 Rafale plusieurs fois par jour.

Un tel exercice ne s’improvise pas. Planifié depuis plusieurs semaines, il nécessite un effort particulier en matière de Maintien en condition opérationnelle [MCO] et donc un dialogue permanent avec les industriels [dont Dassault Aviation et Safran, titulaires respectivement des contrats verticalisés RAVEL et BOLERO].

Il s’agit du troisième exercice de type SAPHIR supervisé par la Brigade aérienne de l’aviation de chasse [BAAC]. Le premier avait concerné les Mirage 2000D de la 3e Escadre de chasse en décembre 2022. Le second s’était déroulé à Luxeuil, avec l’objectif de garantir une disponibilité moyenne de 12 Mirage 2000-5 du groupe de chasse 1/2 Cigognes durant près d’une semaine.

Photo : Armée de l’Air & de l’Espace / 30e Escadre de Chasse

Tramontane, scénario de lancement d’ORION 26 sous un vent de guerre froide

Tramontane, scénario de lancement d’ORION 26 sous un vent de guerre froide

– Forces opérations Blog – publié le

Ressusciter un exercice de mobilisation datant de la guerre froide, c’est l’un des premiers éléments de scénario évoqués pour la prochaine édition de l’exercice d’hypothèse d’engagement majeur ORION programmée en 2026.

Tramontane, point de départ d’ORION 26 ?

Premier jalon d’une dynamique initiée l’an dernier, ORION « sera renouvelé en 2026 et nous travaillons d’ores et déjà à sa préparation, afin de calibrer au mieux nos ambitions », confirmait le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, en octobre dernier. L’encre des premiers enseignements n’est pas encore sèche que, déjà, quelques hypothèse surgissent dans les rangs de l’armée de Terre pour la suite. Hormis une inscription dans le cadre des exercices de l’OTAN, ORION 26 pourrait débuter par un exercice Tramontane, annonce un récent rapport parlementaire citant des sources militaires. 

L’objet de ces manoeuvres réalisées durant la guerre froide et nommées d’après ce vent soudain, sec et frais venant du nord-ouest ? « Vérifier l’aptitude des unités à s’engager rapidement en faisant le point de visu de leurs personnels, matériels, et stocks », indique le député François Cormier-Bouligeon (Renaissance) dans un rapport budgétaire consacré à la préparation et à l’emploi des forces terrestres. Une « mobilisation » autant qu’une revue des détails reprenant le modèle de préparation de l’unité désignée pour armer l’échelon national d’urgence (ENU) mais cette fois porté à l’ensemble de la force terrestre. 

Quelques-uns de ces exercices ont été documentés, à l’instar de celui conduit en mars 1983 par un 1er régiment étranger de cavalerie (1er REC) doté d’AMX 10RC alors flambants neufs. Quarante ans plus tard, l’engin blindé s’efface au profit du Jaguar mais les analogies entre contextes stratégiques de l’époque et d’aujourd’hui supposent sans doute de retourner vers de vieilles méthodes pour s’assurer de mettre une unité – comme l’estimait le 1er REC – « à l’abri d’un coup de vent pour longtemps ». 

L’enjeu de la montée en puissance

Ce scénario d’un retour de l’exercice Tramontane va de pair avec la question de la réactivité des forces en cas d’engagement majeur, elle-même liée au processus dit de « montée en puissance de l’armée de Terre » (MEPAT). Conduite une première fois en février 2022 pour déployer la mission Aigle en Roumanie, la MEPAT a ensuite été jouée lors de la troisième phase dite « civilo-militaire » d’ORION avec pour enjeu de généraliser les conclusions des RETEX issus de cette projection en urgence et d’y intégrer une réserve synonyme d’épaisseur. 

« Plusieurs points d’attention ont été tirés de cet exercice, tant concernant la réactivité des forces terrestres, que s’agissant de leur capacité à tenir l’effort dans la durée », relève le député Renaissance, qui aura notamment auditionné le général de corps d’armée (2S) Thierry Corbet, responsable du RETEX ORION au sein de l’état-major de l’armée de Terre. Exercice de niveau divisionnaire, ORION 23 aura ainsi démontré la complexité de générer un volume de forces important en peu de temps en raison de la dissémination des équipements, munitions et autres ressources. 

Ce défi n’est pas sans rappeler l’expérience vécue par le 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) à la veille de son envoi en territoire roumain. « N’étant pas d’alerte, le régiment a eu besoin du renfort de 80 organismes pour constituer un bataillon prêt à être projeté », rappelle le parlementaire. Un écueil qui, si il peut être surmonté à cet échelle, « pourrait constituer un véritable frein à la mobilisation rapide d’un volume plus important de forces », complète-t-il. La transformation SCORPION apporterait dans ce sens un début de réponse, de part une dotation régimentaire en véhicules de nouvelle génération plus importante qu’auparavant. 

« De la même manière, les difficultés précitées relatives à la mobilisation des réservistes devront être surmontées », relève François Cormier-Bouligeon. Cet autre challenge intervient sur fond de transformation profonde du modèle pour parvenir à 48 000 réservistes à horizon 2030 pour la seule armée de Terre. D’ici au prochain exercice ORION, celle-ci projette d’avoir mis sur pied « 6+6 » bataillons de réserve de brigade et préfiguré une réserve territoriale. Un réservoir qui, s’il prend effectivement corps, permettrait de rehausser le niveau d’ambition et de mobiliser un volume supérieur à celui engagé, par exemple, lors de la phase 4 d’ORION. Soit environ 8% de la force ou près de 1000 combattants. Passée la question du recrutement, resteront cependant celles des conditions et du rythme de mobilisation des ressources humaines et matérielles, autant de chantiers dans lesquels avancer d’ici à 2026.

Les réservistes se mettent au vert dans l’Allier et dans le Loir-et-Cher

Les réservistes se mettent au vert dans l’Allier et dans le Loir-et-Cher

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 28 octobre 2023

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


L’édition 2023 des Journées nationales du réserviste (JNR) ont commencé le 14 octobre et dureront jusqu’au 14 novembre 2023. Dans ce cadre plusieurs exercices ont été organisés. 

VULCAIN.
Du 30 octobre au 2 novembre, 300 réservistes (issus du 28e régiment de transmissions d’Issoire, du 24e régiment d’infanterie de Paris, du 92e régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand, du 126e régiment d’infanterie de Brive-la-Gaillarde, du 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg, du 3e régiment d’hélicoptères de combat d’Étain et du 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau) seront déployés dans le cadre de l’exercice Vulcain dans le département de l’Allier (03).

Durant quatre jours, sept unités de réserve s’entraîneront sous le commandement de la 4e brigade d’aérocombat à conduire une opération sur le territoire national, en appui des autres moyens de l’État (gendarmes, pompiers, préfecture).

VEZINET II
L’armée de Terre organise Vezinet II dans le département du Loir-et-Cher du samedi 28 octobre 2023 au vendredi 3 novembre. Cet exercice est organisé par l’état-major de la 2e brigade blindée et réunira les réservistes des différents régiments de la brigade.

L’exercice commencera réellement le 29 octobre à 12h dans les environs de Vendôme. Les militaires se déplaceront en direction de Blois où ils seront présents le 1er novembre de 9h à 12h pour rencontrer la population civile. L’exercice prendra fin à proximité de Romorantin le 2 novembre. L’exercice Vezinet II fait suite à l’exercice ORION qui s’est déroulé au début de l’année 2023.

Il s’agit pour la réserve de la 2e brigade blindée de s’entraîner aux fondamentaux opérationnels, dans le but d’agir en synergie avec les militaires d’active. Près de 260 militaires réserve vont s’entraîner dans une thématique de combat tournée vers la guerre de haute intensité. Pour mener à bien cette manœuvre, une soixantaine de véhicules sera employée, dont une douzaine de véhicules blindés légers (VBL).

Le dispositif français en Europe de l’Est

Le dispositif français en Europe de l’Est

par Victor Denis – Esprit Surcouf – publié le 20 octobre 2023
Etudiant en relations internationales

https://espritsurcouf.fr/defense_le-dispositif-francais-en-europe-de-l-est_par_victor-denis_/


Le déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie le 24 février 2022 a mis en évidence la nécessité de renforcer le flan Est de l’OTAN. Si certains dispositifs préexistaient à l’attaque, la crainte des pays de l’Est de voir le conflit « sortir » de ses frontières ukrainiennes pour s’étendre en Europe a approfondi la coopération militaire des alliés.

La stratégie de déploiement comporte deux aspects : la dissuasion et la défense. C’est dans ce contexte de guerre et de mise en place d’une défense européenne, appuyée par les Etats-Unis, que la France déploie près de 2 000 militaires en Europe de l’Est.

EN ESTONIE, L’OPÉRATION LYNX

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Crédit photo EMA

L’opération Lynx trouve son origine en 2016, lorsque les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’OTAN se sont réunis à Varsovie afin de renforcer la posture dissuasive et défensive de l’alliance.

Quelques mois plus tard, des présences avancées renforcées (enhanced Forward Presence) sont instaurées dans les pays baltes et en Pologne. Elles consistent en le déploiement de forces otaniennes multinationales visant à renforcer la défense du flanc Est de l’OTAN contre toute attaque ou incursion. La France contribue à l’eFP en Estonie depuis 2017 par la participation d’un Sous-groupement Tactique Interarmes (SGTIA) au sein d’un bataillon britannique, dans le cadre de la mission LYNX.

Le SGTIA a également eu l’occasion d’être déployé en Lituanie en 2018 et en 2020, puis est maintenue en Estonie à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine.

Crédit photo EMA

En mars 2022, la France déploie également un sous-groupement d’infanterie spécialisé dans le combat d’usure en milieu difficile. Aujourd’hui, le détachement français en Estonie compte près de 300 soldats participant aux exercices interarmées et interalliés, issus de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère, du 3e Régiment d’artillerie de marine, du 1er Régiment étranger de cavalerie et du 1er Régiment étranger du génie, sur un total de 1 300 militaires otaniens qui y sont stationnés.

Le SGTIA dispose de 18 Griffon, 14 véhicules hautes mobilités, 12 véhicules de l’avant blindés, 5 véhicules blindés légers, 4 canons Caesar ou encore 3 AMX-10 RC. Ils sont accompagnés d’un échelon de soutien national, qui comprend trois porteurs polyvalents logistique avec remorques, et un camion lourd de dépannage.

LA MISSION ENHANCED AIR POLICING (EAP) EN PAYS BALTES

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Également située dans les pays baltes, EAP est une mission de police du ciel otanienne datée de 2014, dans la continuité des missions de police du ciel réalisées depuis 2004. Reposant sur le principe de volontariat dans le cadre d’un processus rotatif entre les membres de l’OTAN, elle a pour objectif d’assurer l’inviolabilité et la sécurisation de l’espace aérien des pays concernés.

Dans ce cadre, la France est présente en Lituanie avec des Mirages-2000 depuis 2007, et a approfondi son intervention en décembre 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine, par l’intermédiaire d’une centaine de militaires de toutes spécialités (6 pilotes, 40 mécaniciens, 15 fusiliers commandos de l’air…) et de 4 Rafales de la 30e Escadre de chasse. Il s’agit d’une présence non-agressive et non escalatoire. Les Rafales ont ainsi effectué 500 heures de vol, une quinzaine de décollages sur alertes réelles, et ont ainsi intercepté et identifié 27 aéronefs inconnus aux abords de l’espace aérien des pays baltes.

Crédit photo EMA

LA ROUMANIE ET LA MISSION AIGLE

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De plus, depuis février 2022, la présence française en Roumanie vise à renforcer la posture dissuasive et défensive de l’OTAN. Craignant que la guerre en Ukraine ne déborde sur son territoire, la Roumanie, en tant que pays frontalier, accueille des forces françaises, ainsi que belges et néerlandaises, dépêchées en tant que « Force de réaction rapide » de l’OTAN, et sous commandement multinational. Dans le cadre de cette mission AIGLE, la France déploie un bataillon, prenant la forme d’un Multinational Battlegroup, un détachement Air MAMBA, une Brigade Forward Command Element (BFCE), ainsi qu’un Elément de soutien national (ESN). C’est au sein de ce Multinational Battlegroup que les soldats belges et néerlandais sont accueillis, respectivement au nombre de 300 et de 30. Les militaires français sont quant à eux, au total, plus de 1 000. D’importants moyens sont déployés par la France : 13 chars Leclerc et deux dépanneurs de chars Leclerc, 24 véhicules blindés de combat d’infanterie, 37 véhicules de l’avant blindés, plus de 40 véhicules légers de reconnaissance, ainsi que 3 Lance-roquettes unitaires et 4 CAESAR. Le détachement Sol-air moyenne portée est mis en place à la demande de la Roumanie et de l’OTAN, et inclue un système de défense sol-air MAMBA qui assure la défense anti-aérienne.

Séquence de tirs avec un véhicule blindé de combat d’infanterie – Crédit photo EMA

ENTRE DEFENSE AERIENNE DU FLANC ORIENTAL DE L’OTAN, ET ACTION NAVALE EN MEDITERRANEE

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A l’Est, la défense aérienne est également assurée par la mission Air Shielding. A la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’OTAN a mis en place un dispositif de patrouilles aériennes, appelées enhanced Vigilance Activities (eVA) puis Air Shielding, et effectives sur l’intégralité du flanc Est (Pologne, Bulgarie, Roumanie, Croatie). Chaque semaine, deux missions Combat Air Patrol (CAP) sont conduites par la France, incluant un ou deux Rafale, ainsi que trois missions de ravitaillement et une mission de détection et de contrôle. Les Rafale et ravitailleurs de l’Armée de l’Air et de l’Espace sont engagés à partir des bases de Mont-de-Marsan et d’Istres, en France. Ces missions s’effectuent en coopération avec les alliés et sous contrôle opérationnel de l’OTAN.

Enfin, la France déploie son Groupe aéronaval (GAN) en Méditerranée et contribue à la posture dissuasive et défensive de l’OTAN sur le flanc Est de l’Europe. Le GAN soutient les missions aériennes Air Shielding et assure des missions de surveillance aéro-maritime. Il a ainsi déployé des Rafales pour une mission de défense aérienne et de surveillance dans l’espace aérien roumain, bulgare et croate. Le GAN est composé d’un porte-avions Charles de Gaulle, d’un Frégate de défense aérienne, d’une Frégate multi-missions à capacité aérienne renforcée, d’une Frégate multi-mission, d’un sous-marin et d’avions Rafales. Près de 3 000 marins y sont déployés.

L’OTAN renforce donc ses positions sur son flanc Est. Les différentes présences françaises en Europe orientale stimulent la défense otanienne, mais aussi la défense européenne. En effet, ces interventions se font certes dans le cadre de l’OTAN, mais elles révèlent également une volonté de certains pays européens, dont la France, d’assurer une autonomie stratégique en matière de défense. Le récent élargissement de l’OTAN à la Finlande, et la candidature de la Suède à l’intégration de l’alliance démontre que celle-ci accroît son importance en Europe orientale, et rassure tant, à l’Est, on s’inquiète d’un débordement du conflit.

(*) Victor Denis est titulaire d’un Master en « Conflictualités et médiation » à l’UCO. Il est également diplômé d’une Licence d’Histoire avec pour spécialité les sciences politiques. Après de premières expériences en politique et au sein d’ONG, il choisit de s’orienter vers la géopolitique et la sécurité internationale.

Des militaires japonais s’entraînent pour la première fois sur le sol français

Des militaires japonais s’entraînent pour la première fois sur le sol français

– Forces opérations Blog – publié le

Depuis dix jours, l’armée de Terre et son homologue japonaise s’entraînent conjointement en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’exercice Brunet-Takamori 23. Une première sur le sol français pour la Force terrestre d’autodéfense japonaise (JGSDF).

Du 10 au 30 septembre, Brunet-Takamori 23 mobilise environ 400 militaires français et japonais autour de Nouméa, Plum et Prony. Pour les deux pays, cet exercice de niveau compagnie constitue une opportunité rare « d’accroître leur interopérabilité afin d’être en mesure d’intervenir ensemble » et « illustre le souhait commun de consolider, développer et d’enrichir ce partenariat », indiquait ce matin l’état-major des armées.

Une soixantaine de soldats du 5e régiment d’infanterie japonais ont été insérés au sein du régiment d’infanterie de marine du Pacifique Nouvelle-Calédonie (RIMaP-NC), soit une section accompagnée d’éléments de commandement et de soutien. L’ensemble est appuyé par la base aérienne 186 de La Tontouta et la direction interarmées du service de santé des forces armées (DIASS).  

« Nous avons développé nos compétences de combat individuel et amélioré la compréhension mutuelle entre le Japon et la France grâce à des exercices préparatoires », déclarait hier la JGSDF. Après un stage commando et une phase d’intégration dans la compagnie motorisée du RIMaP-NC, Brunet-Takamori 23 s’apprête maintenant à basculer dans l’exercice de synthèse interarmes et interarmées. 

Ce rendez-vous organisé pour la première fois au coeur du Pacifique sud vient s’ajouter à une coopération bilatérale jusqu’alors essentiellement orientée vers le domaine aéronaval, comme le démontrait encore l’exercice Oguri-Verny réalisé en août dernier. 

Crédits image : RIMaP-NC

ORION 23 : durcir l’ennemi et éprouver la brigade de corps d’armée

ORION 23 : durcir l’ennemi et éprouver la brigade de corps d’armée

par – Forces opérations Blog – publié le

Bien plus qu’un exercice, ORION était aussi « un laboratoire pour expérimenter de nouveaux modes d’action, de nouvelles approches », déclarait le chef d’état-major des Armées (CEMA), le général Thierry Burkhard, en clôture de la phase 4. Derrière des systèmes comme le drone Patroller, le rendez-vous était l’occasion choisie pour éprouver deux structures : une force adverse musclée et une nouvelle brigade de corps d’armée. 

 

Jouer un adversaire durci et cohérent

Ils étaient 1100 sur le terrain, en treillis noir ou désert, alliés ou français des 94e régiment d’infanterie, 2e régiment étranger de parachutistes et de la brigade franco-allemande, notamment. Avec leurs 500 véhicules inspirés de ceux en service dans certaines armées « très à l’est », ils formaient la partie visible de la force adverse (FORAD). Un opposant particulièrement musclé auquel s’ajoutaient cinq brigades manœuvrées par ordinateur (CAX) et renforcées par une division en second échelon. Soit plus de 45 000 militaires du 4e corps d’armée mercurien et miliciens retranchés face à une coalition de 70 000 alliés réels et simulés. « C’est la première fois que nous engageons une FORAD à ce niveau-là », souligne son commandant, le général de brigade en retraite Thierry Prunière.

Inédit, le volume n’était pas de trop pour former « un ennemi de haute intensité disposant d’à peu près toutes les capacités modernes, parfois embryonnaires et parfois très développées », complète le général Prunière. Un ennemi qui ne s’interdit pas d’utiliser tout l’arsenal à disposition. « Je suis le méchant, je fais certaines choses que la France ne ferait pas ». Quitte à franchir certaines limites, tel qu’un recourt aux gaz de combat, aux mines anti-personnel ou au ciblage d’objectifs situés au milieu de civils.

L’autre originalité d’ORION ? Plutôt que de se limiter à injecter des incidents « compartimentés », la logique de continuité du combat ajoutait une difficulté supplémentaire de compréhension de l’action adverse et de réactivité. Pour le commandant des forces rouges, il s’agissait de produire une « manœuvre cohérente en réaction à celle que mènent les forces de l’état-major joueur. Je conçois la manœuvre et je l’adapte ». De même, et contrairement à ce qui était la norme auparavant, ORION aura démarré avec des rapports de force favorables à l’adversaire. La maîtrise du ciel, par exemple, lui était acquise. « Nous essayons de jouer toute la gamme de situations qui pourraient survenir dans la réalité, tout ce qui pourrait perturber la manoeuvre », à l’instar de la capture de prisonniers et de certains matériels réutilisés par la suite.

« Je suis une force crédible et sérieuse. Mon état-major travaille et pose des problèmes tactiques certains ». Installé à Mailly-le-Camp, celui-ci avait la capacité de peser sur l’ensemble du spectre des menaces et des champs et domaines dans lesquelles elles s’expriment. Jusqu’à l’influence et la guerre informationnelle. Côté rouge aussi, des équipes étaient dédiées à la production de contenus sur un réseau social interne dont il faut tenir compte dans la conduite de la manœuvre. « Par le biais des réseaux, nous avons par exemple montré que nos parachutistes s’entraînaient. Nous avons bien fait voir aux bleus que nous avions un pion aéroporté super entraîné et projetable pour qu’ils soient obligés de le prendre en compte et d’étirer leur défense ». Les commandants n’ont pas été épargnés. De chaque côté, ils ont ainsi été la cible d’attaques ad hominem. 

En attendant Titan, la milice Tantale armée, entre autres, par le 2e REP aura mené la vie dure aux forces alliées engagées sur ORION

Vers l’ennemi Titan

Sissonne n’a pas été pris par la FORAD, mais, hors de tout objectif tactique, le test s’avère concluant. « J’ai réussi, en éclatant ma brigade blindée, en faisant de la guerre électronique et de la désinformation, à l’amener assez haut dans le dispositif pour conquérir mon objectif. (…) Je les ai mis en déséquilibre, forcé à réagir et à modifier leur plan », estime le général Prunière. 

Jalon plutôt qu’aboutissement, ORION aura rempli son rôle d’étape clef dans la construction d’une FORAD durcie. Mercure n’avait en effet été utilisé qu’une seule fois auparavant, lors d’un exercice Monsabert conduit en décembre dernier mais de moindre envergure. L’objectif sera de maintenir ce rythme d’une mise à l’épreuve une à deux fois par an.

Cette refonte de la FORAD, le CEMA, alors à la tête de l’armée de Terre, l’a initiée il y a plus de deux ans « de façon à durcir les PC de niveaux division et corps d’armée » dans un contexte de retour des conflits de haute intensité. Depuis, une équipe d’une trentaine de militaires d’active et de réserve conduite par le général Prunière et régulièrement convoquée par le Commandement des forces terrestres (CFT) planche dessus.

Depuis 2019, la préparation opérationnelle se construit sur base de quatre niveaux d’adversaires différents : de l’ennemi non conventionnel Deimos à l’armée étatique du haut du spectre Titan. ORION se focalisait sur les deux adversaires intermédiaires, la guérilla Tantale et l’armée étatique de second rang Mercure. 

Demain, le niveau de difficulté sera rehaussé d’un cran. Il s’agira alors d’affronter « un ennemi plus puissant possédant l’arme nucléaire et tout le panel d’armements possible et imaginable ». Avec tout ce que cela implique en matières de compréhension des volontés et de maîtrise de l’escalade. « Les travaux sur Titan sont bien avancés mais toujours en cours. L’ennemi est à peu près défini et nous pourrions le voir arriver autant en fin de cette année qu’en fin d’année prochaine ». Titan est en tout cas pressenti pour ORION 2026, rendez-vous désormais confirmé par le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill. 

Les hélicoptères d’attaque Tigre, un pion parmi d’autres mis à disposition de la BRICA

Premier test réussi pour la BRICA

Quand, le 17 avril, Mercure relançait l’offensive, le Corps de réaction rapide – France (CRR-Fr) engageait quant à lui sa brigade de corps d’armée « pour prendre le contact avec l’ennemi dans la profondeur ». Pour cette « BRICA » aussi, ORION 2023 constituait un premier test majeur. Structure ad-hoc, celle-ci rassemblait un groupement aéromobile constitué par la 4e brigade d’aérocombat et les FAMET espagnoles (Fuerzas Aeromóviles del Ejército de Tierra), des éléments du 1er régiment d’infanterie, du 3e régiment de hussards et du 9e régiment de soutien aéromobile ainsi qu’un bataillon de soutien logistique. « Ce qui constitue une brigade particulière d’environ 3000 hommes », soulignait le général Frédéric Barbry, commandant la 4e BAC et la BRICA. 

Le rôle de cette brigade absente de l’ordre de bataille de l’armée de Terre ? « Façonner et déceler l’ennemi dans la profondeur du dispositif du corps pour pouvoir déterminer les contours, le détruire le cas échéant et pouvoir le canaliser et le livrer au dispositif ami de la 3e division ». Complémentaire de l’artillerie et de l’armée de l’Air et de l’Espace, cette unité aura su agir sur les arrières de Mercure grâce à la quarantaine d’hélicoptères déployés sur le terrain. Elle jouait également un rôle clef dans l’ultime phase de contre-attaque, en effectuant des actions sur les flancs de l’adversaire. « De façon préférentielle, la brigade de corps d’armée agit de nuit, au plus près du sol, dans la profondeur ou dans les espaces lacunaires, c’est à dire là où il y a une moindre densité d’ennemis ». 

Le choix des régiments mandatés pour mener l’expérimentation n’est pas dû au hasard. Le 1er RI de Sarrebourg, par exemple, n’est situé qu’à 20 km du 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. Une proximité des plus pratique pour s’exercer régulièrement. Entre le 1er RI et la 4e BAC, les liens sont aussi historiques. De 1985 à 1999, Picardie fut en effet l’unique régiment de combat aéromobile (RCAM) de l’armée de Terre. Son rattachement à ce qui était alors la 4e division aéromobile revit donc aujourd’hui à l’aune de l’émergence de la BRICA.  

La première édition d’ORION se conclut sur « un énorme motif de satisfaction puisque cela fait plusieurs années qu’à la suite de mes prédécesseurs, nous avons enclenché ce mouvement de ‘BRICAnisation’ ». Les phases 2 et 4 d’ORION auront pleinement validé le concept et les premiers éléments tirés d’exercices de moindre envergure comme Cormoran, Baccarat et Manticore. 

« Nous voyons en conditions proches de la réalité que ce qui avait été envisagé doctrinalement a une efficacité sur le terrain. Nous voyons que la BRICA est capable de se projeter avec des éléments au sol dans la profondeur du dispositif et avec des effets produits sur l’ennemi qui sont conséquents et apportent une plus-value au corps d’armée », poursuit le général Barbry. Un premier retour à chaud en attendant les autres enseignements susceptibles d’alimenter « un travail d’arrache-pied » mené ces derniers mois par les unités concernées.

Orion 4: les sapeurs d’Angers ont ouvert la voie aux Leclerc de la 2e brigade blindée

Orion 4: les sapeurs d’Angers ont ouvert la voie aux Leclerc de la 2e brigade blindée

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 4 mai 2023

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Ils n’étaient qu’une quarantaine sur les quelque 12 000 soldats français et étrangers engagés dans Orion 2023, le plus grand exercice militaire de ces trente dernières années; mais les sapeurs angevins du 6e régiment du génie ont rempli leur mission avec efficacité.

La phase 4 de l’exercice Orion s’est jouée ces quinze derniers jours dans l’est de la France, dans un quadrilatère de 400 km sur 250 km, en partie dans les camps de Champagne (Suippes, Mailly, Sissonne, Mourmelon, Bitche) mais aussi en terrain libre, sous l’œil intéressé des populations locales.

A Givry-sur-Aisne, un bourg de 300 habitants sur les bords de la rivière, les curieux étaient nombreux, dès le petit matin, pour observer la manœuvre des engins du génie. “Les militaires du 6e RG ? Ils sont déjà à l’œuvre et préparent le franchissement“, explique le colonel Cedric Méreuze qui commande le 31e régiment du génie. “Pourquoi ce franchissement ? Parce que les ponts sur la rivière ont été détruits ou endommagés par l’ennemi qui se replie. Parce qu’il faut faire franchir l’Aisne aux unités de la 2e brigade blindée qui a lancé sa contre-attaque”.

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Selon le scénario de la phase 4 d’Orion, l’État Mercure souhaite rétablir son influence régionale sur l’État Arnland. Il a d’abord apporté un soutien matériel et financier à la milice Tantale en lutte contre les forces gouvernementales d’Arnland. Puis il a lancé une attaque aéroterrestre pour faire reculer les forces d’une coalition rassemblée, sous commandement français et sous mandat Onu et Otan, pour protéger l’intégrité de l’État Arnland. Les brigades alliées, soutenues par l’aviation et l’artillerie, ont d’abord contenu les assaillants puis ont contre-attaqué ; d’où l’impératif et rapide franchissement de l’Aisne par les unités blindées en vue d’une action décisive.

A six heures du matin, le génie de combat a aménagé deux points de passage sur la rivière”, explique le major Patrick, le chef de la section du 6e régiment du génie d’Angers qui renforce le 31e régiment du génie de Castelsarrasin. “En 15 minutes, nous avons déployé un engin de franchissement de l’avant qui permet des franchissements continus aux véhicules jusqu’à 70 tonnes puis un pont flottant motorisé (PMF)”.

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Le major commande la quarantaine de sapeurs angevins dont le sergent Jonathan. Lui a supervisé la mise en place du PMF qui “peut être utilisé comme un pont ou comme un bac naviguant d’une rive à l’autre”. Aussitôt les engins de franchissement installés, les VBL (véhicules de combat légers) de la 2e brigade blindée ont traversé la rivière et lancé des patrouilles alors que les chars Leclerc blindés frappés de la croix de Lorraine du 12e régiment de cuirassiers franchissaient l’Aisne à leur tour en vue de la bataille de Mourmelon.

Mission accomplie pour les sapeurs : la contre-offensive franco-alliée a pu se poursuivre victorieusement.

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