Les « yeux d’or » du renseignement militaire s’affrontent lors d’un défi étonnant à Brest

Les « yeux d’or » du renseignement militaire s’affrontent lors d’un défi étonnant à Brest

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La 27e édition du défi « identification automatique de navires et d’aéronefs » s’est tenue à Brest, mercredi 5 juin 2024. © CFIAR


par Julia Toussaint – Ouest-France  – publié le 6 juin 2024

https://saint-malo.maville.com/actu/actudet_-les-yeux-d-or-du-renseignement-militaire-s-affrontent-lors-d-un-defi-etonnant-a-brest-_fil-6322382_actu.Htm?utm_source=RSS_MVI_saint-malo&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS

Hélico, frégate, char d’assaut, drone… ils connaissent le matériel militaire sur le bout des doigts. Une centaine de passionnés ont participé au défi « identification automatique de navires et d’aéronefs », ce mercredi 5 juin 2024, à Brest (Finistère). L’occasion de tester leurs connaissances, et d’entretenir une compétence tactique indispensable au renseignement.

Ambiance studieuse et concentration maximale dans la salle d’examen. Assis face à un écran, feuille et stylo en main, une bonne centaine de militaires, venus des trois armées (de terre, de l’air et Marine nationale), scrutent les photos de sous-marins, d’avions de chasse, de missiles ou de frégates qui défilent devant eux.

But du jeu : déterminer de quel équipement il s’agit, en 10 secondes chrono. Ce véhicule blindé est-il un Stryker, un Griffon, un EE-11 Urutu ou un Serval ? Et ce navire de guerre, est-ce un destroyer américain, sud-coréen, ou espagnol ?

Ils ont eu six mois pour plancher sur les 700 équipements susceptibles de tomber à l’examen. «C’est des soirées entières de révision!», lance une participante en uniforme de l’armée de terre.

Environ 500 dans l’armée française

La 27e édition du défi « identification automatique de navires et d’aéronefs » s’est tenue ce mercredi 5 juin 2024, au Foyer du marin de Brest (Finistère). Un challenge qui met à l’épreuve les connaissances des « analystes images » du renseignement miliaire.

photo la 27e édition du défi « identification automatique de navires et d’aéronefs » s’est tenue à brest, mercredi 5 juin 2024. © ouest-france

La 27e édition du défi « identification automatique de navires et d’aéronefs » s’est tenue à Brest, mercredi 5 juin 2024. Ouest-France


On connaissait les « oreilles d’or », ces marins à l’ouïe fine capables d’identifier n’importe quel bruit sous l’eau, eh bien voici les « yeux d’or ». Ils sont environ 500 en France, et leur connaissance encyclopédique du matériel de guerre participe au renseignement militaire, parfois même aux décisions stratégiques. 

« On peut analyser des images de bases aériennes, de zones portuaires, de théâtres de guerre… », liste l’adjudant Thomas, vainqueur de l’édition précédente.

« Il faut être passionné »

Savoir distinguer un canon ennemi sur une photo satellite est une chose, mais l’expertise va plus loin : « Est-ce que sa présence dans cette zone est normale ? Ce canon s’apprête-t-il à tirer ? On doit être multitâches », précise-t-il.

Pour être un bon analyste image, « il faut avoir de bons yeux et être passionné », estime le lieutenant-colonel Raphaël, qui chapote l’exercice.

photo l’insigne des interprètes d’images de l’armée française. © ouest-france

L’insigne des interprètes d’images de l’armée française. Ouest-France


Repérer les leurres

Y compris à l’heure de l’intelligence artificielle (IA). « La masse d’images à traiter est démentielle, poursuit le lieutenant-colonel. L’IA nous aide pour des tâches répétitives, mais l’intelligence humaine reste indispensable ».

Notamment pour détecter les leurres, un stratagème militaire vieux comme le monde, mais « toujours d’actualité ». En ce 80e anniversaire du D-Day, on ne peut s’empêcher de penser aux chars gonflables déployés par les Alliés pendant l’opération Fortitude, pour tromper les Allemands sur le lieu et la date du débarquement… !

Après relecture des copies, les gagnants sont… Dans la catégorie expert : l’adjudant chef Emmanuel, du centre de formation et d’interprétation interarmées de l’imagerie. Dans la catégorie junior : le second maitre Bryan, de la flottille F24 de Lann-Bihoué.

La Flottille de réserve spécialisée “Formation” a son premier commandant

La Flottille de réserve spécialisée “Formation” a son premier commandant

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 1 er juin 2024

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


La première flottille de réserve spécialisée a vu le jour à Toulon (à ne pas confondre avec les flottille de réserve côtière). 

Les flottilles de réserve spécialisées (FRS) constituent des pools d’experts apportant l’appui nécessaire dans les domaines transverses ou communs à l’ensemble de la Marine nationale. Ces unités rassemblent majoritairement d’anciens marins d’active et des experts issus de la société civile. L’objectif pour 2030 est de constituer une communauté de plus de 6000 réservistes supplémentaires pour la Marine nationale au sein des différentes flottilles de réserve, qui verront leur nombre augmenter progressivement pour couvrir l’ensemble des besoins.

En 2023, trois flottilles de réserve spécialisées ont été créés: l’une “Numérique et Cyber”, l’autre “Formation” et la dernière “SSF”. Comme l’explique la Marine nationale, elles sont placées respectivement sous la direction d’EMM/BNUM (implantation à Balard et antenne à Toulon), de DPM/FORM (implantation au Fort Lamalgue à Toulon) et sous la direction du DCSSF (implantation à Balard avec des antennes à Toulon et Brest).

Les FRS ont vocation à fournir des experts en appui des différents besoins de la Marine dans ces domaines spécialisés. A titre d’exemple, la FRS “formation” vient en appui du Pôle Ecoles Méditerranée (PEM) et des autres écoles de la Marine avec un nombre croissant d’intervenants réservistes venant du monde civil, dans des domaines parfois très technologiques comme les radars ou la construction navale ou pour du renforcement de l’enseignement académique. Cette contribution a représenté pas loin de 1000 heures d’enseignement en mai 2024 et est en croissance. Elle permet par ailleurs des échanges extrêmement profitables entre les marins des forces et des experts venus d’autres horizons.

Du côté des flottilles de réserve côtières

En métropole, trois flottilles de réserve côtières vont voir le jour, chacune rassemblant 10 escouades de 6 à 8 réservistes. Hors de métropole, six autres escouades seront installées à la Réunion, en Guyane, en Polynésie, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et dans les Antilles. Soit un total de 36 escouades dont le déploiement devrait être achevé en 2027.

Elément de base de la flottille, l’escouade comportera un semi-rigide côtier de moins de 8m avec deux moteurs, le véhicule et sa remorque, ainsi qu’un micro-drone.

La première flottille de réserve côtière sera installée en Atlantique “à l’été 2024” avec à terme un état-major de 120 hommes à Brest. Une seconde flottille verra le jour en Méditerranée (à Toulon) un an plus tard et une troisième en Manche (Cherbourg) à l’été 2026. Les deux premières escouades d’outre-mer verront le jour l’été 2025.

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Le français Naval Group continue de faire la promotion du SMX-31, un concept de sous-marin révolutionnaire

Le français Naval Group continue de faire la promotion du SMX-31, un concept de sous-marin révolutionnaire

https://www.opex360.com/2024/05/20/le-francais-naval-group-continue-de-faire-la-promotion-du-smx-31-un-concept-de-sous-marin-revolutionnaire/


De tous les concepts présentés par Naval Group au cours de dernières années, seul le SMX Ocean a donné lieu à des développements ultérieurs afin de répondre aux appels d’offres lancés par l’Australie et les Pays-Bas. En effet, dévoilé en 2014, il consistait à développer une version à propulsion classique du sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] Barracuda [ou classe « Suffren »].

Le concept SMX-31 va-t-il suivre la même voie ? Présenté lors de l’édition 2018 d’Euronaval, il représentait un sous-marin particulièrement innovant dans la mesure où il ne disposait pas de kiosque, ce qui lui donnait la forme d’un cachalot à la forme hydrodynamique « presque parfaite ».

Pour le bureau d’études de Naval Group, l’idée était alors de concevoir un sous-marin très discret. D’où l’absence de kiosque, pour réduire la signature acoustique, et le remplacement de l’hélice traditionnelle par deux propulseurs latéraux. Ayant la capacité de se poser facilement sur les fonds marins, un tel navire devait être optimisé pour collecter du renseignement, grâce à de puissants capteurs acoustiques, optroniques et électromagnétiques intégrés, pour certains, dans son revêtement.

Avec un déplacement de 3000 tonnes, pour une longueur de 70 mètres et une largeur de 13 mètres, le SMX-31 était censé mettre en œuvre des drones, des robots et jusqu’à 46 armes, dont des missiles de croisière et antinavires. Quant à sa propulsion, elle devait reposer sur des piles à combustible et des batteries basées sur la technologie lithium-ion.

Cela étant, depuis 2018, il n’a plus été question du SMX-31. Enfin presque, car lors d’Euronaval 2020, Naval Group présenta une évolution de ce concept, appelée SMX-31E [E pour électrique]. Mais les ambitions capacitaires avaient été revues à la baisse, notamment au niveau de l’armement. En outre, l’idée d’intégrer des capteurs dans le revêtement anéchoïque avait été abandonnée. Mais l’évolution portait surtout sur l’autonomie, laquelle devait se rapprocher de celle d’un sous-marin nucléaire.

Visiblement, le concept SMX-31 n’a pas été remisé dans les tiroirs… car Naval Group en a de nouveau fait la promotion à l’occasion du salon DSA & NASTEC Asia, qui s’est tenu au début de ce mois à Kuala Lumpur [Malaisie]. C’est en effet ce que suggèrent des photographies diffusées via les réseaux sociaux.

 

 

 

On peut parier, sans prendre de risque, que les opérations navales se caractériseront bientôt par une multiplication de moyens de surveillance encore plus performants [drones, observation satellite, bouées acoustique, hydrophones, sonars, etc.]. D’où l’intérêt que peut présenter le concept SMX-31… et la promotion qu’en fait Naval Group.

Photo : SMX-31 – Naval Group

La Marine nationale veut gagner la guerre acoustique

La Marine nationale veut gagner la guerre acoustique

Par Franck Alexandre  – RFI – Publié le


L’Intelligence artificielle s’invite dans tous les segments du combat moderne : notamment pour une meilleure lecture du champ de bataille et désormais l’IA s’impose aussi sous l’eau… La Marine nationale les appelle les oreilles d’or, ce sont les analystes capables d’identifier les sons captés sous la surface de la mer, l’IA va bouleverser leur métier, l’objectif : aller vite pour gagner la guerre acoustique.

Les oreilles d'or sont des analystes capables d'identifier les sons captés sous la surface de la mer.
Les oreilles d’or sont des analystes capables d’identifier les sons captés sous la surface de la mer. © kittiyaporn1027 / iStock / Getty Images / Montage RFI

Tac tac tac tac tac tac… Ce son régulier, c’est le bruit d’un pétrolier tel qu’on l’entend sous l’eau, un bruit caractéristique. L’oreille d’or d’un sous-marin pourrait dire que l’hélice de ce navire est composée de cinq pales et que sa ligne d’arbre tourne à 120 tours/minutes. Des informations cruciales pour la Marine de guerre, en particulier pour la sous-marinade, souligne le capitaine de frégate Vincent Magnan, commandant du centre d’interprétation et de reconnaissance acoustique, le Cira à Toulon.

« Il se passe énormément de choses sous le dioptre, comme on dit dans notre milieu. Pour vous donner des exemples très précis, un bâtiment de commerce est entendu par le sonar d’un sous-marin d’une frégate, notamment par ce qu’on appelle le bruit rayonné, qui peut être composé de plusieurs types de sons. Un des sons caractéristiques, c’est ce qu’on appelle le nombre de Tours Minute d’arbre, c’est-à-dire la vitesse de rotation de la ligne d’arbre qui propulse le navire auquel est aussi associé à un nombre de pales. Et lorsqu’on maîtrise cette information-là, on sait quelle est la vitesse du bateau que l’on recherche. Et en fonction de la vitesse de ce bateau, on est capable de mettre en place une idée de manœuvre. Et donc la vraie réflexion, c’est de se dire que la guerre acoustique passive permet en toute discrétion, sans élever le niveau de crise, de capter des informations techniques dont découlent des conclusions tactiques décisives pour les opérations. »

Et c’est d’autant plus important pour un sous-marin qui par définition est aveugle, or les capteurs acoustiques sont de plus en plus puissants et par conséquent les oreilles d’or sont confrontées à une inflation de données, souligne le commandant Magnan.

« Au début des années 2000, un opérateur Sonar disposait d’un équipement qui lui permettait d’entendre à environ 20 km et de traiter simultanément une dizaine de contacts acoustiques. Aujourd’hui, on est plutôt sur des sonars capables de détecter jusqu’à presque 200 km et permettent de traiter simultanément presque une centaine de pistes acoustiques. Ce qui fait qu’effectivement le volume de données à traiter, s’est considérablement augmenté. La conséquence directe et que pour les oreilles d’or à la mer, pour l’analyse de tous ces contacts acoustiques, il y a un engagement humain qui est beaucoup plus important qu’auparavant. »

Les algorithmes de Preligens

L’intelligence artificielle va permettre de discriminer les sons beaucoup plus rapidement. Et c’est là qu’intervient une pépite française, Preligens, bien connue pour ses analyses d’images spatiales, l’entreprise a mis ses algorithmes au service de la guerre acoustique. Un démonstrateur a vu le jour l’an dernier, avec une première expérience. Douze jours durant, la Marine a enregistré tous les bruits de la mer au large de Toulon.

« Ces 12 jours-là ont nécessité d’être annoté pour pouvoir entraîner des algorithmes d’intelligence artificielle. Il nous a fallu presque une quarantaine de jours pour annoter ces 12 jours de travaux », souligne Vincent Magnan. « Désormais, avec l’algorithme et les démonstrateurs obtenus, on injecte 12 jours d’enregistrements acoustiques dans la machine, et en quatre heures à peu près, la machine nous sort les phases sur lesquelles les analystes peuvent aller apporter leurs compétences métier. Ce qui signifie que de 40 jours initiaux, on est passé plutôt à 5-6 jours. L’objectif, c’est être capable d’analyser de plus en plus de données. En 2020, le CIRA recevait annuellement environ un téraoctet de données. En 2024, on est plutôt sur 10 téraoctets de données acoustiques. On dépassera certainement les 100 Terra à l’horizon 2030. »

Mais l’IA ne peut pas tout, les oreilles d’or seront toujours décisives, assure Vincent Magnan. « C’est bien l’objectif de dire qu’une fois qu’on a vu un bateau, on sera capable de le revoir à chaque fois qu’il rentrera dans notre volume de détection. À la nuance près, qui est quand même très importante et qui rend l’application de l’intelligence artificielle assez complexe, c”est que le même bateau, vu en Méditerranée en janvier et vu en Atlantique Nord en décembre, ne fera pas le même bruit. Parce que l’environnement acoustique aura changé, parce que peut-être que les paliers de sa ligne d’arbre auront été abîmés ou auront été corrodés, peut-être parce qu’il y aura des concrétions sur sa coque, qui modifieront sa cavitation. Et donc le bruit rayonné ne sera pas tout à fait le même. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, si l’intelligence artificielle permet de détecter globalement les grandes caractéristiques d’un bateau, il faudra aussi le savoir-faire de l’homme pour aller chercher vraiment les éléments discordants par rapport à une interception précédente par exemple. »

Les oreilles d’or sont rares, il n’y a pas plus d’une trentaine d’analystes dans la Marine. L’IA va leur permettre de se concentrer sur les écoutes d’intérêts, quant à la machine, elle permettra d’écarter les bruits des crevettes et des cachalots.

L’État commande des prestations à longs délais d’approvisionnements pour le futur PA-NG

L’État commande des prestations à longs délais d’approvisionnements pour le futur PA-NG

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 30 avril 2024

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Comme l’avait annoncé le ministre des Armées dans un récent post sur X (voir ci-dessus), Naval Group et TechnicAtome ont été notifiés, le 26 avril par la Direction générale de l’armement (DGA) et le CEA, du premier marché dit “pré-DLR” du porte-avions de nouvelle génération (PA-NG).

Ce marché permet d’engager les premiers travaux de réalisation des chaufferies nucléaires, qui se dérouleront de 2024 à 2029. Le marché dit de “pré-DLR” (DLR : décision de lancement en réalisation) démarre en parallèle des études d’avant-projet en cours, et concerne les développements et les fabrications à long délais des chaufferies nucléaires, en amont de la décision de lancement en réalisation du PA-NG.

Deux sites de Naval Group seront particulièrement concernés par ces activités :
Cherbourg pour la réalisation des enceintes de confinement, 
Nantes-Indret pour la réalisation des capacités principales des chaufferies.

En parallèle, TechnicAtome accueillera sur le site de Cadarache les premiers prototypes d’équipements des deux chaufferies nucléaires K22. Les infrastructures industrielles et les moyens de production seront modernisés pour répondre aux enjeux industriels de ce programme.

Par ailleurs, les Chantiers de l’Atlantique (Saint-Nazaire) ont aussi été notifiés d’une commande pour les prestations à longs délais d’approvisionnements du PA-Ng. Cette commande permettra l’adaptation de l’outil industriel nazairien en vue de la phase de construction. 

Selon le ministère des Armées, “cette commande de 600 millions d’euros mobilisera largement l’industrie nationale et irriguera un vaste tissu industriel de sous-traitants de la filière nucléaire. Les travaux d’Avant-projet détaillé (APD), lancés en avril 2023, se poursuivent et conduiront au lancement de la construction du porte-avions de nouvelle génération prévu entre fin 2025 et début 2026.

Attaques des houthis en mer rouge : un rebondissement pour la Jeune École ?

Attaques des houthis en mer rouge : un rebondissement pour la Jeune École ?

The frigate “Hessen” leaves the port at Wilhelmshaven, Germany, Thursday, Feb. 8, 2024 for the Red Sea. A German Navy frigate set sail on Thursday toward the Red Sea, where Berlin plans to have it take part in a European Union mission to help defend cargo ships against attacks by Houthi rebels in Yemen that are hampering trade. (Sina Schuldt/dpa via AP)/amb808/24039359943113/GERMANY OUT; MANDATORY CREDIT/2402081126

 

par Revue Conflits – publié le 24 avril 2024

https://www.revueconflits.com/attaques-des-houthis-en-mer-rouge-un-rebondissement-pour-la-jeune-ecole/


Les attaques incessantes des Houthis sur les navires marchands en mer Rouge sont un coup dur pour le commerce mondial. Pour les protéger, les marines de guerre occidentales livrent aux rebelles une petite guerre navale, surtout défensive. Mais les opérations sont coûteuses et la stratégie des Yéménites de harcèlement à coûts faibles est fonctionnelle. Un parallèle est à faire avec les idées de la Jeune École, qui ambitionnait de révolutionner la guerre navale en pensant une marine française qui serait comme David contre le Goliath britannique.

Article de Kevin D. McCranie paru sur War On The Rocks. Traduction de Conflits.

Kevin D. McCranie est titulaire de la chaire Philip A. Crowl de stratégie comparative à l’U.S. Naval War College. Il est l’auteur de Mahan, Corbett, and the Foundations of Naval Strategic Thought (Mahan, Corbett et les fondements de la pensée stratégique navale). Les positions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur et ne représentent pas celles du Naval War College, de la marine américaine, du ministère de la défense ou de tout autre organe du gouvernement américain.

Récemment, un journaliste a interrogé le vice-amiral Brad Cooper, du commandement central des États-Unis, sur les opérations navales en mer Rouge et dans le golfe d’Aden : « À quand remonte la dernière fois où la marine américaine a opéré à ce rythme pendant deux mois ? » La réponse de l’amiral est éloquente : « Je pense qu’il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour trouver des navires engagés dans le combat. Quand je dis « engagés dans le combat », c’est qu’ils se font tirer dessus, que nous nous faisons tirer dessus et que nous ripostons ». M. Cooper a décrit les combats qui se sont déroulés depuis la fin de l’année 2023 avec des drones et des missiles houthis ciblant les navires. L’utilisation de ces armes devient de plus en plus sophistiquée, les rapports indiquant que les Houthis ont lancé au moins 28 drones en une seule journée au début du mois de mars.

Pour mieux comprendre le conflit entre les Houthis et les puissances navales qui protègent la navigation dans la région, il est important de revenir sur les idées divergentes concernant la stratégie navale à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. L’un des camps mettait l’accent sur les flottes traditionnelles et la puissance navale, tandis que l’autre, y compris un groupe originaire de France connu sous le nom de Jeune École, proposait une autre approche de la guerre navale. Elle s’appuyait sur de petites flottilles armées de torpilles pour mettre en péril les flottes traditionnelles et exposer leurs navires commerciaux à des attaques incessantes. Aujourd’hui, les États-Unis et leurs partenaires navals possèdent la flotte traditionnelle, tandis que les Houthis sont en train de réimaginer la Jeune École pour le XXIe siècle.

Approches de la stratégie navale

À l’aube du XXe siècle, beaucoup de choses ont changé depuis la dernière grande guerre comportant un élément naval important, qui s’est achevée avec la défaite de Napoléon. Les nouvelles technologies ont transformé la guerre en mer, mais les modalités de cette transformation font l’objet d’un débat sans fin. Après la publication de The Influence of Sea Power upon History (L’influence de la puissance maritime sur l’histoire) en 1890, Alfred T. Mahan est devenu le commentateur le plus reconnu des affaires navales. Dix ans et demi plus tard, Mahan affirmait : « L’histoire navale témoigne de deux courants continus de croyance, l’un dans l’efficacité supérieure des grands navires, l’autre dans la possibilité d’atteindre un moyen d’attaque bon marché qui supplantera la nécessité des grands navires ». Plus précisément, il se lamente :

« Aucune déception ne tue cette attente ; l’expérience ne peut rien contre elle, et elle est tout aussi impuissante à réprimer la théorie, qui revient sans cesse, selon laquelle une certaine catégorie de petits navires, dotés de qualités particulièrement redoutables, sera trouvée pour combiner résistance et économie, et ainsi mettre fin à la suprématie, jamais ébranlée jusqu’à présent, du grand navire de l’ordre de bataille … le contrôle de la mer passera aux mains du destructeur ».

Mahan décrit une tension palpable entre ceux qui affirment que l’histoire n’est plus un guide efficace pour comprendre l’environnement maritime contemporain, et ceux qui pensent que l’histoire, si elle est utilisée judicieusement, peut donner un aperçu des conditions contemporaines. Mahan appartenait à ce dernier groupe. La plupart des écrivains anglophones de l’époque, y compris Julian Corbett, étaient d’accord avec lui.

Mahan et Corbett ont défendu la pertinence d’une flotte équilibrée. En temps de guerre, la mission de la flotte était d’assurer la « maîtrise de la mer », définie par Corbett comme « le fait de s’établir dans une position telle que nous puissions contrôler les communications maritimes de toutes les parties concernées ». Pour ce faire, la marine doit vaincre ou bloquer les flottes rivales, puis utiliser la force brute pour réguler les activités commerciales et militaires en mer.

La Jeune École entre en scène

La Jeune École est née en France dans les dernières décennies du XIXe siècle. Ses membres sont issus de la marine, du gouvernement et de la presse. Parmi ces derniers, Gabriel Charmes a joué un rôle important dans la propagande des idées de la Jeune École. Auguste Gougeard, officier de marine à la retraite, est l’un des premiers partisans à accéder à un poste gouvernemental important lorsqu’il est nommé ministre de la marine pendant quelques mois en 1881 et 1882. La figure centrale est cependant Théophile Aube. Il atteint le rang d’amiral et devient ministre de la Marine.

Ensemble, les membres de la Jeune École reconnaissent l’Allemagne comme l’ennemi principal de la France. En raison de l’immédiateté de cette menace terrestre contiguë, l’armée française est prioritaire. En revanche, la marine française n’obtiendrait jamais suffisamment de fonds pour défier symétriquement la Royal Navy britannique pour le commandement de la mer – au lieu de cela, les partisans de la Jeune École développent une stratégie pour affronter la Grande-Bretagne à moindre coût. Contrairement à Mahan et à ses partisans qui s’appuient sur la pertinence de l’histoire, ils affirment que de nouvelles technologies relativement peu coûteuses ont révolutionné la guerre navale au point que l’histoire ne peut plus servir de guide. Faisant la promotion de petites flottilles peu coûteuses, Aube explique que « l’escadre, qui est plus ou moins une collection de cuirassés, n’est plus la garantie de la puissance navale ». Et Gougeard d’ajouter : « Il est et il sera toujours ridicule de risquer 12 à 15 millions, et même davantage, contre 200 000 ou 300 000 francs, et six cents hommes contre douze ». Le risque encouru par des navires de guerre coûtant des millions et dotés de centaines d’hommes d’équipage devrait être mis en balance avec l’utilisation agressive de navires beaucoup plus petits coûtant une fraction de ce montant et dotés d’une poignée d’hommes d’équipage. Les partisans de la Jeune École pensent pouvoir chasser la flotte britannique des côtes françaises.

En empêchant la Royal Navy de bloquer les ports français, les pilleurs de commerce français pourraient s’échapper vers les océans où ils pourraient infliger des chocs catastrophiques à la navigation commerciale britannique en coulant les navires avec leurs passagers et leurs équipages. Compte tenu de l’importance du commerce pour l’économie britannique, les membres de la Jeune École pensent que les effets économiques sur la Grande-Bretagne seront décisifs. Selon Charmes, « la rivalité économique sera plus chaude que la compétition militaire ». Il spécule que « la prime d’assurance contre les pertes en mer deviendra si élevée que la navigation sera impossible ».

L’obtention d’effets à partir des nouvelles technologies d’armement est au cœur de l’argumentation de la Jeune École. Pour eux, le mariage des petites embarcations de flottille avec la torpille est essentiel, voire décisif, car il permet de disposer d’un moyen rentable pour mettre en péril les navires de guerre les plus grands et les plus coûteux. Même ceux qui remettaient en question les idées de la Jeune École admettaient que le torpilleur changeait la donne. Corbett décrit comment ces petites embarcations de flottille armées de torpilles ont acquis une « puissance de combat ». Il affirme : « C’est une caractéristique de la guerre navale qui est entièrement nouvelle. À toutes fins utiles, elle était inconnue jusqu’au développement complet de la torpille mobile ».

Philip H. Colomb, officier de marine britannique à la retraite et commentateur important de la puissance navale à la fin du XIXe siècle, explique que la Jeune École « peut avoir tout à fait tort dans ses spéculations, et tout à fait raison dans ses conseils pratiques, qui n’ont pas grand-chose à voir avec ses spéculations ». Colomb est d’accord avec la Jeune École pour dire que la flotte de guerre française n’a aucune chance face à la Royal Navy, et il reconnaît également la vulnérabilité du commerce britannique. Cependant, Colomb pense que la méthode technologique de la Jeune École pour déstabiliser la position commerciale de la Grande-Bretagne sera moins efficace que ne le croient ses adeptes.

Rétrospectivement, la stratégie de la Jeune École était pour le moins prématurée. Ils avaient identifié plusieurs vulnérabilités critiques de la puissance navale dominante, mais les technologies des années 1880 s’avéraient incapables de les exploiter pour obtenir un effet décisif. Bien plus tard, le développement du sous-marin et ce qu’il a accompli au cours des guerres mondiales ont donné un nouveau souffle à la Jeune École. Lors des deux guerres mondiales, l’Allemagne, puissance navale la plus faible, avait utilisé le sous-marin en combinaison avec la torpille pour obtenir des effets plus proches de ceux postulés par la Jeune École, mais dans les deux guerres mondiales, les puissances navales dominantes se sont montrées résistantes. À l’inverse, la campagne sous-marine la plus efficace des deux guerres mondiales a été menée par la marine américaine dans le Pacifique, mais au moment où cette campagne a produit ses plus grands effets, la marine américaine était devenue la puissance navale dominante, et les sous-marins n’ont été qu’un instrument parmi d’autres pour mettre en péril la navigation japonaise.

Pertinence contemporaine

La dernière grande guerre navale s’est achevée en 1945 avec la défaite du Japon impérial. Au cours des décennies suivantes, les changements technologiques ont transformé l’environnement maritime international, mais ce que ces changements signifient pour la guerre navale reste flou.

Il est toutefois possible d’y voir un peu plus clair en étudiant les événements actuels en mer Rouge. Les Houthis, officiellement connus sous le nom d’Ansar Allah, sont un groupe militant chiite au Yémen. Le groupe contrôle de vastes zones de l’ouest du Yémen. Depuis la fin de l’année 2023, les Houthis ont utilisé divers types de technologies d’armement relativement peu coûteuses, notamment des drones aériens et maritimes ainsi que des missiles de croisière et balistiques, pour attaquer des navires de guerre et des navires commerciaux autour de l’entrée sud de la mer Rouge. On pourrait dire que les Houthis modernisent les méthodes de la Jeune École.

À l’époque où la Jeune École a écrit, le monde était devenu de plus en plus dépendant du commerce maritime pour les biens dont la société avait besoin pour survivre. Les partisans de la Jeune École ont cherché à transformer cette dépendance à l’égard du transport maritime mondial en un risque. L’interruption des lignes de communication maritimes peut toujours avoir des effets démesurés. Il suffit de penser aux coûts engendrés par le blocage du canal de Suez par un grand porte-conteneurs, l’Ever Given, en 2021. Bien que la situation du porte-conteneurs soit due à un accident, les Houthis exercent une pression similaire sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour ce faire, les Houthis mettent en péril la navigation maritime en utilisant des drones et des missiles. La Jeune École ne s’attendait pas à couler un grand nombre de navires marchands ; son objectif était plutôt de perturber le commerce et d’augmenter les coûts de transport. Les actions des Houthis semblent avoir des effets similaires.

En ce qui concerne les attaques des Houthis contre les navires de guerre, la Jeune École a identifié l’écart de coût entre les navires de guerre et les armes tueuses de navires. Depuis lors, les navires de guerre sont devenus encore plus chers et les technologies permettant de les attaquer ont proliféré. En apparence, l’argument technologique de la Jeune École semble se vérifier, bien qu’avec différents types de missiles et de drones plutôt que des torpilles et des flottilles.

Cependant, les technologies défensives continuent également de progresser, ce que la Jeune École n’a pas su apprécier à sa juste valeur. Il s’agit d’un thème récurrent. L’une des parties, souvent l’attaquant, utilise une nouvelle arme avec succès, et le défenseur exploite d’autres technologies pour la vaincre. Les événements survenus en mer Rouge au cours des derniers mois montrent l’efficacité des technologies défensives. Bien que les armes défensives se soient généralement avérées efficaces contre les armes offensives des Houthis, le coût d’utilisation de ces armes pourrait s’avérer prohibitif à long terme. La protection des navires par des missiles défensifs semble plus coûteuse que les missiles offensifs et les drones utilisés par les Houthis. Cela s’explique par le fait que la défense s’attaque à un problème plus difficile. Il est plus facile de cibler de grands navires se déplaçant à faible vitesse que des missiles se déplaçant rapidement. Les défenseurs cherchent toutefois de nouvelles solutions avec des canons et même des armes à énergie dirigée. Il reste à voir comment les risques liés à l’utilisation de ces moyens défensifs alternatifs s’équilibrent avec leur efficacité.

À l’heure actuelle, les combats dans la mer Rouge sont à peu près dans une impasse. Les puissances navales ont réussi à stopper la grande majorité des attaques des Houthis, bien qu’en utilisant des armes défensives coûteuses. Pourtant, les attaques se poursuivent et les coûts commerciaux augmentent. Les cas historiques concernant la protection du commerce, y compris les exemples de l’ère de la voile et des guerres mondiales, indiquent que ce type d’impasse est généralement résolu en faveur de la puissance navale la plus forte, à condition qu’elle ait la volonté et la capacité, sur le long terme, de payer les coûts de la défense.

Nous ne pouvons toutefois pas nous fier à la réponse facile selon laquelle le passé sert toujours de guide pour le présent. Il est important de se demander si le coût des transporteurs commerciaux et les dernières avancées technologiques se conjuguent pour favoriser un argument de type Jeune École ou si les marines peuvent maintenir leur présence et continuer à exercer efficacement leur commandement sur la mer.

Sur les réseaux sociaux, des posts s’alarment d’une perte de souveraineté pour la France en matière de défense : le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle passerait d’ici peu sous le contrôle de l’Alliance. C’est pourtant faux.

Sur les réseaux sociaux, des posts s’alarment d’une perte de souveraineté pour la France en matière de défense : le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle passerait d’ici peu sous le contrôle de l’Alliance. C’est pourtant faux.

par Lili Pillot, journaliste – Les Surligneurs – publié le 17 avril 2024

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

https://www.lessurligneurs.eu/vu-sur-facebook-le-porte-avions-charles-de-gaulle-bientot-controle-par-lotan/


Source : Compte Facebook, 12 avril 2024

La France va-t-elle perdre le Charles-de-Gaulle, son mythique porte-avions ? Dès l’annonce le 11 avril 2024 d’une nouvelle mission sous commandement de l’OTAN par le ministère des Armées, les réactions de certaines oppositions ont fusé : “Incroyable : soumission historique sous #Macron de la France à l’#OTAN et donc aux Américains !” s’est révolté l’ancien député européen Florian Philippot sur le réseau social X. Le président de l’Union populaire républicaine (UPR), le souverainiste François Asselineau y est également allé de son commentaire : “Macron pousse la soumission de la France jusqu’à l’humiliation.” À gauche, l’ancien candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a tweeté le lendemain matin, peiné :“Tristesse. Vassalisation affichée.”

Des réactions alarmistes qui ont également interrogé certains internautes : “Le porte-avions Charles-De-Gaulle va passer sous le contrôle de l’OTAN. Ne pourrait-on pas le débaptiser avant, par respect pour la mémoire du grand homme…“, s’inquiète l’un d’entre eux.

Oui, la France va bien participer à une mission de l’Alliance atlantique en mer Méditerranée, aux côtés d’autres nations alliées (Grèce, Espagne, Portugal, Etats-Unis, Italie). La mission, pilotée par l’état-major tactique de l’OTAN “StrikforNato” situé à Lisbonne, aura notamment pour objectif de “renforcer la posture défensive et dissuasive de l’Otan“, selon un tweet du ministère des Armées. Sauf que cette opération est temporaire et n’implique pas la perte du commandement du Charles-de-Gaulle…

Mission temporaire et réversible

En effet, dans le cadre de cette mission baptisée “Akila“, qui doit durer deux mois, le Groupe aéronoval (GAN) de l’armée française, qui comprend le mythique porte-avions, sera placé sous le commandement de l’OTAN. Mais seulement pour une “petite quinzaine de jours a expliqué le contre-amiral Jacques Mallard, commandant du GAN, en conférence de presse le 11 avril 2024. C’est-à-dire du 26 avril au 10 mai précise l’Agence France Presse (AFP), citée par plusieurs médias.

Sur cette courte période, “le Chef d’État-Major des armées renonce temporairement aux contrôles opérationels du bateau, indique aux Surligneurs Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN. Mais ce transfert de compétences relève uniquement “d’ordres opérationels militaires. Toutes les forces sont reliées à la force nationale“, abonde Michel Goya, ancien colonel des troupes marines et enseignant spécialisé dans l’histoire militaire et l’analyse des conflits. “Au final, c’est toujours la chaîne nationale qui a le dernier mot.”

En plus d’être strictement limité à une mission en particulier, “ce transfert de compétence est toujours réversible”, précise Camille Grand. “Il n’existe aucun cas où l’OTAN puisse exiger le contraire.”

Le vice-amiral français Didier Maleterre, numéro deux du commandement maritime de l’Otan, l’avait d’ailleurs déjà précisé auprès de l’AFP : “à tout moment on peut récupérer le mandat, et en un claquement de doigts récupérer le commandement national en cours d’opérations.”

Contexte de tensions

Reste que si ce type de transfert est courant, “c’est la première fois que le GAN est placé sous le commandement [de l’OTAN] dans son intégralité“, indique Camille Grand. Un moyen de montrer que la France “est un allié” mais aussi d’observer et “de comprendre comment la chaîne de commandement de l’OTAN fonctionne“, précisait le contre-amiral Jacques Mallard lors de la conférence de presse, dans un contexte de tensions galopantes avec la Russie.

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La Marine nationale a effectué pour la première fois un double-tir simultané de missile de croisière naval 

La Marine nationale a effectué pour la première fois un double-tir simultané de missile de croisière naval 

La Frégate multi-missions (FREMM) Aquitaine, positionnée au large de Quimper, et un Sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de classe Suffren, au large de Biscarrosse, ont conduit pour la première fois, le 18 avril 2024, un double tir simultané d’entrainement du Missile de croisière naval (MdCN). 

Ce tir a permis de traiter avec succès une cible terrestre, située sur le site des Landes de DGA Essais de missiles. Les deux missiles ont atteint leur cible en parfaite synchronisation.

Ce tir de munitions complexes a été réalisé grâce à l’expertise de la Marine nationale et de la DGA, qui a coordonné la préparation, avec le concours de MBDA. DGA Essais de missiles a assuré la conduite d’ensemble de l’opération, la mise en œuvre de la cible ainsi que la sécurité des biens et des personnes sur la zone d’exercice.

Réalisé dans des dispositions matérielles et humaines identiques à celles prévalant en opération, ce tir ambitieux a permis de renforcer le savoir-faire opérationnel des équipages de la Marine nationale, en mettant en œuvre une séquence particulièrement complexe.

Les enseignements tactiques et techniques de ce tir sont multiples et contribueront à développer les aptitudes au combat de nos marins, dans le cadre de la préparation opérationnelle à la haute intensité initiée par la Marine nationale.

Crédit : Marine nationale.

Focus sur le Missile de croisière naval : 

Dérivé et complémentaire du missile de croisière air-sol SCALP-EG mis en œuvre par les Mirage 2000D et les Rafale de l’armée de l’Air et de l’Espace et du Groupe aéronaval (GAN) de la Marine nationale, le Missile de croisière naval (MdCN) permet à la Marine nationale de conduire des opérations vers la terre en disposant d’une capacité de frappe dans la profondeur depuis les Frégates multi-missions (FREMM) et les Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de classe Suffren.

Marine & Océans

Marine & Océans

La revue trimestrielle “Marine & Océans” a pour objectif de sensibiliser le grand public aux grands enjeux des mers et des océans. Informer et expliquer sont les maîtres mots des contenus proposés destinés à favoriser la compréhension d’un milieu fragile. Même si plus de 90% des échanges se font par voies maritimes, les mers et les océans ne sont pas dédiés qu’aux échanges. Les ressources qu’ils recèlent sont à l’origine de nouvelles ambitions et peut-être demain de nouvelles confrontations.

Le Paseo XLR, ce QuickWin de la Marine française contre les drones Houthis

Le Paseo XLR, ce QuickWin de la Marine française contre les drones Houthis

Le 9 décembre 2023, la frégate française Languedoc (D643), en mission au large du Yémen, employait pour la première fois ses armes pour intercepter des drones aériens lancés par les rebelles Houthis. Il s’agissait de la première utilisation opérationnelle du missile antiaérien Aster, qui s’est conclue par un succès remarquable.

Rapidement, toutefois, une polémique enfla sur les réseaux sociaux. En effet, le missile Aster 15 coute sensiblement plus cher que les drones employés par les Houthis. En outre, avec seulement 16 missiles en position de tir, la Languedoc pouvait rapidement se trouver sans munition, en cas d’attaque de saturation lancée contre elle, ou les navires escortés.

La Marine nationale avait, alors, justifié l’emploi du missile, expliquant qu’il fallait comparer non pas le prix du missile, mais celui de la cible protégée, avec le prix du drone. Pour autant, les constats faits à ce moment-là, restaient valides, d’autant qu’il est impossible de placer de nouveaux missiles en silo lorsque le navire est à la mer. 

La Marine française n’est pas restée inactive, à ce sujet. En effet, la frégate Alsace, une FREMM, elle aussi, mais spécialisée dans la défense aérienne, qui a relevé la Languedoc en mer Rouge il y a quelques jours, est arrivée sur zone avec un nouvel équipement taillé pour faire face à cette menace émergente, le système de détection électrooptique Paseo XLR du français Safran.

Sommaire

La frégate de défense aérienne Alsace a détruit les drones Houthis à l’aide de son canon de 76 mm

Le rôle, comme l’efficacité du Paseo XLR, n’ont pas tardé à être mis en avant. En effet, au matin du 9 mars, la frégate française Alsace est intervenue face à trois drones d’attaque Houthis. Elle n’a pas fait usage, pour cela, de ses couteux missiles Aster, mais de son canon de 76 mm, éminemment moins onéreux, pour abattre les drones, préservant ainsi ses 32 missiles Aster 15 et 30, pour faire face à des menaces plus difficiles, ou plus distantes.

canon de 76 mm FREMM
Les drones Houthis ont été abattu par la frégate française Alsace à l’aide de son canon de 76 mm OTO-Melara

Ces succès concomitants ont été rendus possibles grâce aux informations de détection et de ciblages fournies par le Paseo XLR, positionné de part et d’autre des sabords du navire, couvrant la presque totalité du périmètre, et transmises, via le système de combat, au canon et à sa conduite de tir STIR.

Ils montrent aussi, au-delà de l’efficacité du système, la confiance de la Marine nationale dans ce système. En effet, là où un Aster 15 peut intercepter une cible jusqu’à 50 km, garantissant une distance de sécurité importante pour réagir en cas d’échec de l’interception, le canon de 76 mm ne porte, lui, qu’à 8 km.

Pour intercepter les drones Houthis, le commandant de la frégate française, a donc dû attendre que les cibles soient à portée, réduisant d’autant ses options en cas d’échec, même si les drones sont réputés peu véloces. Il avait donc toute confiance dans son système de détection, d’engagement et d’interception, pour procéder ainsi, afin de préserver ses précieux missiles surface-air, et ce, par trois fois semble-t-il.

Le Paseo XLR, un système de détection électro-optique conçu initialement pour le combat terrestre

Ce succès a été rendu possible grâce au nouveau système électro-optique Paseo XLR pour Extra Long Range. Il s’agit d’un système de détection conçu pour surveiller, détecter, identifier, suivre et engager plusieurs cibles aériennes et navales simultanément, grâce à des canaux infrarouges et vidéos d’une grande précision.

EBRC jaguar Paseo
Le jaguar EBRC est équipé du système electrooptique Paseo, notamment pour le ciblage de son canon de 40 mm CTA.

Le Paseo a été initialement conçu par la société Optrolead, une coentreprise entre Safran et Thales, pour équiper les véhicules de combat terrestre. Il constitue, ainsi, l’un des principaux senseurs et systèmes de visée du nouvel Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat EBRC Jaguar, qui remplace le char léger AMX-10RC dans les unités de cavalerie française.

À bord d’unités navales, il apporte plusieurs capacités complémentaires aux senseurs classiques, comme les radar et sonar. D’une part, il permet de détecter des cibles à faible détectabilité, comme les drones aériens et navals, souvent trop lents ou trop petits, pour être traités efficacement par les systèmes classiques. Ceci explique que, parfois, les interceptions de drones Houthis s’effectuent à très courte portée. 

D’autre part, il s’agit un système entièrement passif, pour qu’il ne révèle pas la présence ni la position d’un navire sur le spectre électromagnétique, comme c’est le cas, par exemple, des radars ou des systèmes de communication. Enfin, son ADN destiné à la guerre aéroterrestre, en font un système à la fois très réactif et très discriminant, le rendant encore davantage performant contre les menaces drones, qu’ils soient aériens ou navals. 

Porte-avions, BRF, FDI : le Paseo XLR sélectionné de longue date par la Marine française

Si l’ajout du Paseo XLR à la frégate Alsace, constitue un Quickwin indéniable pour le navire français évoluant en mer Rouge, en répondant rapidement à une évolution notable des conditions d’engagement, il ne représente, en rien, une nouveauté pour la Marine nationale.

Paseo XLR PAN Charles de Gaulle
Le PAN Charles de Gaulle met en oeuvre, ddans sa mature (à droite sur la passerelle radar), un système PASEO XLR.

En effet, le système équipe déjà le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle depuis plusieurs années, précisément pour compléter la gamme de senseurs du navire amiral français. Il équipe également le nouveau Bâtiment Ravitailleur de la Flotte Jacque Chevallier, entré en service en 2023, pour assurer la surveillance et la protection du navire, et en particulier, pour alimenter le système de protection rapproché CIWS Rapid Fire.

Enfin, le Paseo XLR est intégré nativement aux cinq nouvelles frégates FDI de la classe Amiral Ronarc’h, qui entreront en service au sein de la Marine nationale de 2024 à 2030. Bien que cela n’ait pas encore été officiellement évoqué, tout porte à croire que le Paseo XLR armera par ailleurs les nouveaux Grands navires de Guerre des Mines, construits conjointement avec la Belgique et les Pays-Bas, pour remplacer les chasseurs de mines Tripartite des trois pays.

Les frégates FREMM et FDA françaises équipées en urgence du Paseo XLR, pour un cout minime

L’installation du Paseo XLR sur la frégate Alsace, en amont de son déploiement en mer Rouge, n’est pas une expérimentation. En effet, selon le site Naval news, tout indique que le système est désormais installé également sur la seconde FREMM DA français, la Lorraine.

En outre, les deux frégates de défense aériennes FDA Forbin et Chevalier Paul, de la classe Horizon, et les six frégates FREMM de la classe Aquitaine, seront, elles aussi, équipées de ces systèmes, sur un calendrier particulièrement réduit, six mois étant évoqués pour l’ensemble des installations, et pour des couts tout aussi réduits. 

FREMM Lorraine PASEO XLR Flotte de surface | Actualités Défense | Articles gratuits
Repéré par navalsnews.com, le Paseo XLR a été monté sur le sistership de la frégate Alsace, la frégate de défense aérienne Lorraine.

L’intégration des Paseo XLR sur le PAN Charles de Gaulle, et sur les FDI, ont notamment permis de parfaitement intégrer la communication entre le système électro-optique et le système de combat SETIS, qui équipe aussi les autres frégates françaises, rendant leur déploiement, sur ces navires, particulièrement aisé. 

Ce tour de force va, incontestablement, venir considérablement renforcer les moyens dont disposeront les navires de surface de la Marine nationale, pour s’engager dans une zone exposée à la menace drones, qu’ils soient aériens ou de surface. Rapide, peu onéreux et répondant très efficacement à une menace identifiée, il s’agit, sans le moindre doute, d’un Quickwin remarquable.

Article du 13 mars en version intégrale jusqu’au 20 Avril 2024

Admission au service actif du sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Duguay-Trouin

Admission au service actif du sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Duguay-Trouin


Le jeudi 4 avril 2024, l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine, a prononcé l’admission au service actif du sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Duguay-Trouin. Il est le second de la série de six SNA de type Suffren qui remplaceront l’intégralité des SNA de type Rubis à l’horizon 2030.

L’admission au service actif est prononcée après des phases d’essais à la mer débutées en mars 2023. Ces phases de Vérification des caractéristiques militaires (VCM) permettent aux équipages de tester les performances, l’endurance du bâtiment ainsi que la conformité des équipements aux spécifications demandées.

Durant ses essais, le Duguay-Trouin a navigué en eaux froides comme en eaux chaudes, avec une escale à Fort-de-France en mars 2024 ; une première pour un SNA de type Suffren. Il sera désormais déployé en opérations.

Le SNA Duguay-Trouin, à l’instar du premier de série, le SNA Suffren, assurera les mêmes missions que les SNA de type Rubis, avec des capacités supérieures. Il dispose en particulier d’une capacité de frappe contre terre avec le Missile de croisière naval (MdCN) et d’une capacité de mise en œuvre des forces spéciales par un sas nageurs et par son hangar de pont.

Les forces sous-marines et la force océanique stratégique 

  • Les forces sous-marines françaises sont composées de 3 200 marins. Elles disposent de 10 sous-marins nucléaires : 6 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et 4 sous-marins nucléaires lanceur d’engins (SNLE).
  • Chaque sous-marin est armé par 2 équipages (bleu et rouge) qui se succèdent à bord. Le métier de sous-marinier est un métier hors norme, de haut niveau, nécessitant exigence et une grande rigueur au quotidien.
  • Depuis 1972, au moins un SNLE est en mer pour assurer, n’importe où dans les mers et océans du globe, la permanence à la mer de la dissuasion nucléaire.
  • Les SNA, eux, constituent une composante essentielle des forces armées françaises. Ils sont à la fois des navires de combat et des instruments de puissance. La possession de SNA confère à la Marine nationale des capacités permettant d’appuyer l’efficacité opérationnelle (en termes d’endurance, de discrétion et de performance).
  • Les SNA ont 4 grandes missions : soutien à la dissuasion nucléaire (notamment blanchiment de zone lors des départs des SNLE) ; protection d’une force aéronavale (notamment lors des déploiements du porte-avions) ; connaissance-anticipation et intervention (frappe dans la profondeur et mise en œuvre de forces spéciales).

Les sous-marins constituent une capacité clef de la Défense française.

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La revue trimestrielle “Marine & Océans” a pour objectif de sensibiliser le grand public aux grands enjeux des mers et des océans. Informer et expliquer sont les maîtres mots des contenus proposés destinés à favoriser la compréhension d’un milieu fragile. Même si plus de 90% des échanges se font par voies maritimes, les mers et les océans ne sont pas dédiés qu’aux échanges. Les ressources qu’ils recèlent sont à l’origine de nouvelles ambitions et peut-être demain de nouvelles confrontations.