En Afrique, décrue historique en vue pour l’armée française

En Afrique, décrue historique en vue pour l’armée française

Les bases militaires françaises au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Tchad et au Gabon devraient être réduites à quelques centaines de soldats. Exception notoire : celle de Djibouti.

Le Monde avec AFP – Publié 17 juin 2024

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/17/en-afrique-decrue-historique-en-vue-pour-l-armee-francaise_6240888_3212.html


Dans la base militaire française de Port-Bouët, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en décembre 2019.

Paris prévoit de réduire à quelques centaines d’hommes sa présence militaire en Afrique de l’Ouest et centrale, dans le cadre de partenariats « rénovés » et plus discrets annoncés par le président Emmanuel Macron après de cuisantes déconvenues au Sahel, a appris l’AFP de trois sources concordantes.

Selon le plan envisagé par l’exécutif, actuellement discuté avec les partenaires africains, la France prévoit d’abaisser drastiquement ses forces dites « prépositionnées » sur des emprises militaires.

Elle ne gardera en principe qu’une centaine de militaires au Gabon (contre 350 aujourd’hui), une centaine au Sénégal (contre 350), une centaine en Côte d’Ivoire (600 aujourd’hui) et environ 300 au Tchad (1 000 actuellement), d’après deux sources proches de l’exécutif et une source militaire.

Sous réserve d’un changement de cap, alors que la France connaîtra sous peu des élections législatives anticipées à l’issue incertaine pour le camp présidentiel, le dispositif devrait ainsi compter à l’avenir aux alentours de 600 militaires, mais sera appelé à croître ponctuellement au gré des besoins exprimés par les partenaires, expliquent ces trois sources proches du dossier. Contacté par l’AFP, l’état-major a décliné tout commentaire.

Un commandement dédié à l’Afrique

Il s’agit d’une décrue historique. Il y a encore deux ans, outre quelque 1 600 forces prépositionnées en Afrique de l’Ouest et au Gabon, l’ancienne puissance coloniale comptait plus de 5 000 militaires au Sahel dans le cadre de l’opération antidjihadiste « Barkhane ». Mais elle a été progressivement poussée dehors par les juntes arrivées au pouvoir à Bamako (2022), Ouagadougou et Niamey (2023), au profit notamment du nouveau partenaire russe.

Le Tchad est le dernier pays du Sahel à héberger des soldats français. Mais entre Centrafrique, Soudan, Libye et Niger, il est désormais encerclé par des pays accueillant, à divers titres, des forces paramilitaires russes issues de la réorganisation du Groupe Wagner d’Evgueni Prigojine, mort dans un mystérieux accident d’avion en août 2023.

Emmanuel Macron a missionné en février l’ancien ministre Jean-Marie Bockel pour échanger avec les partenaires africains sur les nouvelles modalités de la présence militaire française sur leur sol. Ses conclusions sont attendues en juillet. Mais les grandes lignes du projet sont déjà prêtes.

La France souhaite aujourd’hui « une présence visible moindre, mais maintenir un accès logistique, humain, matériel à ces pays, tout en renforçant notre action qui réponde aux aspirations de ces pays », a fait valoir à la mi-mai au Sénat M. Bockel. L’armée prévoit de se doter cet été à Paris d’un commandement dédié à l’Afrique, a appris l’AFP de deux sources proches du dossier. Le général censé prendre sa tête a déjà été désigné.

Mutualisation des bases militaires

En Côte d’Ivoire, l’un des plus solides alliés de la France en Afrique l’Ouest, la baisse des effectifs militaires a déjà commencé, passant de 900 à 600 ces derniers mois. Au Sénégal, la décrue a également débuté, tandis que le nouveau président panafricaniste de gauche, Bassirou Diomaye Faye, élu fin mars, insiste sur la souveraineté du pays.

Son premier ministre, Ousmane Sonko, a réaffirmé mi-mai « la volonté du Sénégal de disposer de lui-même, laquelle volonté est incompatible avec la présence durable de bases militaires étrangères au Sénégal ». Très critique envers Paris, qu’il accuse d’avoir soutenu la répression contre son camp sous l’ancien président Macky Sall, il a toutefois précisé ne pas remettre « en question les accords de défense » bilatéraux.

Les emprises françaises en Afrique « et leur visibilité sont devenues difficiles à gérer » alors que la France cristallise aisément les critiques des opinions locales, relevait fin janvier en audition parlementaire le chef d’état-major français, le général Thierry Burkhard, estimant qu’il faudrait « sans doute modifier notre schéma d’implantation ».

Ainsi, l’armée française n’exclut pas de « mutualiser » ses bases « avec les Américains ou d’autres » partenaires européens, a-t-il précisé. Mais l’état-major pourrait aussi finir par les rétrocéder.

Les missions de combat sont finies

Ce futur dispositif resserré devra permettre d’« entretenir des relations avec les autorités militaires locales », « garantir des accès stratégiques par voie maritime et aérienne », mais aussi « recueillir du renseignement » et « poursuivre les actions de partenariats opérationnels », selon le général Burkhard.

Les missions de combat sont finies : les soldats français apporteront essentiellement de la formation et des capacités aux pays partenaires, à leur demande. Paris compte par ailleurs adopter une posture plus désinhibée en matière de ventes d’armes, après avoir longtemps rechigné à leur livrer du matériel offensif.

La base française de Djibouti, qui accueille 1 500 militaires français, n’est pour sa part pas concernée par cette réduction de voilure. La France veut conserver un point d’appui stratégique dans ce petit pays situé face au Yémen, à la sortie de la mer Rouge, dans le détroit de Bab-el-Mandeb où transite une grande part du commerce mondial entre Asie et Occident.

L’impact du terrorisme sur les paysages urbains : un chantier géopolitique

L’impact du terrorisme sur les paysages urbains : un chantier géopolitique

par Daniel Dory – Revue Conflits – publié le 15 juin 2024

https://www.revueconflits.com/limpact-du-terrorisme-sur-les-paysages-urbains-un-chantier-geopolitique/


Les actes terroristes étant souvent commis en ville, ils entraînent des répercussions sur l’aménagement urbain et la façon d’appréhender l’espace. Plots anti voiture-bélier, poubelles évidées, ces aménagements servent autant à protéger qu’à montrer à la population que les autorités s’occupent de leur sécurité.

Daniel Dory, Docteur HDR en géographie. Spécialisé en analyse géopolitique du terrorisme. Membre du Comité Scientifique de Conflits.

Photographies réalisées par Anne-Laure Bonnel, Réalisatrice de productions audiovisuelles.

Cette note vise à explorer une question encore peu traitée à l’intersection entre la recherche géopolitique (ici urbaine) et les études sur le terrorisme. Alors que depuis quelques années dans le domaine francophone on assiste à une multiplication de travaux qui intègrent une perspective géographique et géopolitique à l’analyse du terrorisme[1], de vastes chantiers restent encore à explorer ou à consolider. En particulier, outre l’indispensable contribution à l’effort interdisciplinaire qui structure les études sur le terrorisme (ou terrorism studies), et aboutit à des avancées théoriques significatives[2], une approche des effets territoriaux des actes terroristes reste à approfondir. Et sachant que le terrorisme, en tant que technique violente de communication (surtout) politique, est avant tout un phénomène urbain, la fécondité d’une démarche qui s’intéresse aux impacts des différents complexes terroristes sur les composantes paysagères des villes est peu discutable.

Dans le but de structurer préliminairement la réflexion sur cette problématique, cette note se compose de deux parties. La première offre un bref aperçu (non exhaustif) de la littérature existante en la matière. Ensuite, en recourant à cinq documents photographiques on proposera quelques éléments d’analyse de paysages urbains parisiens où les effets du terrorisme se donnent clairement à voir.

Un bref état de la question

Le thème que l’on se propose d’explorer ici est clairement délimité, s’agissant de l’empreinte des relations entre terrorisme et contreterrorisme sur les paysages urbains[3]. Pour l’aborder on peut commencer, par exemple, par tirer profit des quelques travaux traitant de la vulnérabilité des villes au terrorisme[4], et sur l’impact de cette catégorie de violence sur la morphologie urbaine[5]. Parmi les rares études qui proposent à la fois des considérations théoriques et des études de cas sur les aspects spécifiquement urbains du terrorisme, l’article un peu ancien de Savitch demeure indispensable[6].

Toujours à la périphérie de notre sujet, mais utile pour en comprendre les contextes sociaux et spatiaux on peut mentionner une intéressante étude sur les images qui ont rendu compte des manifestations plus ou moins spontanées qui se sont produites à la suite des attentats parisiens de janvier 2015[7]. De même, l’analyse des mémoriaux éphémères et/ou durables qui surgissent dans le sillage des attentats (et suscitent généralement des controverses variées) sort de notre propos actuel tout en ne pouvant pas être négligée[8].

S’agissant de travaux directement en relation avec la problématique de cette note, on peut tout d’abord citer la bonne étude de Coaffee sur le cas de Londres qui inclut des documents photographiques[9], et dont l’approche s’enrichit ensuite à d’autres cas[10]. Le caractère (peu ou pas) anxiogène des aménagements contreterroristes a fait l’objet d’une intéressante enquête au Danemark[11].

Malheureusement, l’absence d’études comparatives empêche de parvenir à des conclusions définitives en la matière. En l’état actuel de la littérature, on ne dispose que d’un article qui introduit aux grandes lignes de la problématique que nous explorons dans cette note[12]. Et ce même si son cadre théorique est assez éloigné de celui, à l’intersection de la géographie et géopolitique urbaines et des études sur le terrorisme, que nous mettons ici à l’épreuve. Enfin, une étude récente[13] traite, à partir des conséquences sociales et spatiales de l’attentat de Nice (14 juillet 2016, 86 morts), de plusieurs aspects qui concernent également, quoique de façon indirecte, notre propos.

Paysages urbains, images et terrorisme

Avant de procéder à l’analyse des documents qui illustrent notre démarche, deux remarques préliminaires s’imposent. D’abord, sur le plan méthodologique, il faut insister sur l’énorme utilité des documents photographiques pour l’étude des paysages urbains, tant dans leur structure que dans leurs évolutions temporelles. En effet, la photo, lorsqu’elle prise en fonction d’une problématique donnée (ici l’étude des impacts paysagers du terrorisme), permet une analyse détaillée d’un objet d’intérêt scientifique, et invite idéalement à passer de la simple vision routinière de la ville, à un regard expert sous-tendu par une problématique en voie de construction[14].

Ensuite, il est important de savoir que les objets urbains qui figurent dans les documents qui suivent correspondent à un moment, forcément daté, des relations entre terrorisme et contreterrorisme. En effet, les différents aménagements urbains dont on trouvera des représentations plus bas ont été conçus sur la base de l’analyse des modes opératoires les plus habituels des acteurs terroristes[15], ainsi que des recommandations diffusées au sein d’institutions internationales (comme les Nations Unies) pour parer à ce type de menace[16]. C’est dire qu’en cas (très probable) d’innovations même mineures et en grande mesure prévisibles (par exemple l’usage de drones, d’obusiers portables ou le recours à des agents toxiques peu sophistiqués) la plupart des mesures matérialisées dans nos photos deviendraient partiellement obsolètes.

Figure 1. Paris, mai 2024. Annexe de l’Assemblée nationale, rue de l’Université, 7e arrondissement, (Anne-Laure Bonnel).

Protection au moyen de blocs de béton dans le but d’empêcher l’intrusion d’un véhicule-bélier, et/ou le stationnement d’un véhicule piégé à proximité immédiate du bâtiment.

Figure 2. Courbevoie, mai 2024. Tour Total, quartier de la Défense, place de la Coupole, (Anne-Laure Bonnel).

On retrouve ici les blocs de béton, mais disposés de façon à obtenir un effet anti-intrusion maximal, en complément avec des bacs contenant des aménagements végétaux. Ce genre d’objets, en plus de leur (éventuelle) qualité esthétique vise à atténuer le caractère anxiogène des dispositifs contreterroristes. En arrière-plan des barrières métalliques sont installées de façon à canaliser la circulation des piétons en direction des entrées surveillées du bâtiment.

Figure 3. Mai 2024. Cirque d’hiver, rue Amelot, 11e arrondissement, (Anne-Laure Bonnel).

Trois éléments participent à la protection (notamment) antiterroriste de ce site. D’abord, les plots en béton qui constituent des obstacles au stationnement et à la pénétration de véhicules. Ensuite, les grilles préviennent principalement des intrusions de piétons. Enfin, une caméra de surveillance (bien visible à droite de l’entrée) complète la sécurisation des lieux.

Figure 4. Paris, mai 2024. Avenue Octave Gréard, 7e arrondissement. (Anne-Laure Bonnel).

 

Parmi les aménagements contreterroristes les plus répandus dans les paysages urbains figurent incontestablement les poubelles. À la suite de plusieurs attentats réussis ou déjoués à Paris au cours des années 1980 et 1990, où des explosifs furent déposés dans ce mobilier urbain banal, deux modifications décisives se sont généralisées. En premier lieu, l’extérieur des poubelles est fait de la moindre quantité de matériaux possibles, disposés de façon à laisser des surfaces vides en vue de limiter l’effet de shrapnell (diffusion de particules de métal extrêmement dangereuses) en cas d’explosion. Deuxièmement, la présence de sacs intérieurs transparents permet de localiser l’éventuelle présence d’objets suspects, et principalement d’engins explosifs improvisés.

Figure 5. Centre des Nouvelles Industries et Technologies, Place de la Défense, Puteaux, juin 2024. (Anne-Laure Bonnel).

L’utilisation de lettres géantes en matériaux résistants se retrouve dans plusieurs endroits où un dispositif anti-intrusion est jugé nécessaire. Dans ce cas il est complété par des plots arrondis qui remplissent la même fonction. Deux poubelles « contreterroristes » (à droite) s’ajoutent à ce paysage organisé dans une perspective sécuritaire.

Ces quelques exemples permettent un premier aperçu sur un chantier prometteur pour la recherche sur le terrorisme. Et à un moment où cette dernière se consolide enfin dans une perspective scientifique, les échanges interdisciplinaires tendent aussi à devenir plus fructueux. La problématique à forte composante géographique explorée dans cette note en étant une démonstration supplémentaire, cette fois en recourant à une documentation photographique qui renoue avec les pratiques habituelles de la recherche sur les paysages urbains.

Enfin, on ne manquera pas de souligner le fait remarquable que les aménagements dont il a été question répondent parfaitement à la nature communicationnelle du couple terrorisme/contreterrorisme. Car les paysages urbains transformés sont aussi porteurs de messages variés et complémentaires. Pour les autorités, il s’agit de prouver, notamment par des objets visibles plus ou moins anxiogènes, que le souci de la sécurité des populations est permanent. Les terroristes, pour leur part, transmettent dans ces paysages urbains remodelés un message omniprésent de confirmation de leur capacité de nuisance…

[1] Voir, par exemple : Dory D. 2019, « Le terrorisme comme objet géographique : un état des lieux », Annales de Géographie, n° 728, 5-36 ; Dory D. ; Théry H. 2021, Mettre le 11 septembre à sa place. Réflexions géographiques sur les réalités du terrorisme dans le monde », La Géographie, N° 1583, 40-45 ; Dory D. ; Théry H. 2022, « L’approche géographique du terrorisme : questions de méthode », L’Information Géographique, Vol. 86, 29-48.

[2] Dory D. ; J.-B. Noé (Dirs.), 2022, Le Complexe Terroriste, VA Éditions, Versailles ; Dory D. 2024, Étudier le Terrorisme, VA Éditions, Versailles.

[3] Cette relation dialectique a notamment donné lieu à une modélisation théorique dans ce qui a été désigné comme le « modèle de Crelinsten ». Sur ce point, voir : Dory D. 2022, « L’antiterrorisme : approches critiques et avancées théoriques », Sécurité Globale, N° 29, 69-81.

[4] Notamment : Mitchell J. K. 2003, « Urban Vulnerability to Terrorism Hazard », in : Cutter S. L. et Al. (Eds.), The Geographical Dimensions of Terrorism, Routledge, New York-London, 17-25 ; Baudouï R. 2015, « La vulnérabilité de villes au terrorisme », Les Annales de la recherche urbaine, N° 110, 118-127.

[5] Bloomberg S. B. ; Sheppard S. 2007, « The Impacts of Terrorism on Urban Form », Brookings-Wharton Papers on Urban Affairs, 257-296.

[6] Savitch H. V. 2005, « An Anatomy of Urban Terror : Lessons from Jerusalem an Elsewhere », Urban Studies, Vol. 42, N° 3, 361-395.

[7] Houllier-Guibert C.-E. 2016, « La symbolique des lieux urbains en France lors des attentats de janvier 2015 », EchoGéo, (en ligne), Sur le Vif.

[8] Truc G. ; Bazin M. 2019, « Les gardiens de la mémoire : mobilisations et conflits d’appropriation autour des mémoriaux post-attentats à Madrid, Londres et Paris », Ethnologie française, Vol. 49, N° 1, 63-75.

[9] Coaffee J. 2004, « Recasting the ‘Ring of Steel’ : Designing Out Terrorism in the City of London ? », in : Graham S. (Ed.), Cities, War and Terrorism. Towards an Urban Geopolitics, Blackwell, Malden, 276-296.

[10] Coaffee J. et Al. 2009, « The Visibility of (In)security : The Aesthetics of Planning Urban Defences Against Terrorism », Security Dialogue, Vol. 40, N° 4-5, 489-511.

[11] Dalgaard-Nielsen A. et Al. 2016, « Visible Counterterrorism Measures in Urban Spaces – Fear-Inducing or Not ? », Terrorism and Political Violence, Vol. 28, N° 4, 692-712.

[12] Drongiti A ; Masson D. 2022, « Crises terroristes et ambiances urbaines : quelles marques les attentats laissent-ils aux villes ? » Revue Internationale d’Urbanisme, N°13, (en ligne).

[13] Emsellem K. et Al. 2021, « Pertes et modifications spatiales : la Promenade des Anglais après l’attentat du 14 juillet 2016 », Urbanités, N° 15, (en ligne).

[14] Dans cette perspective, le projet de recherche que nous avons entrepris concernant les impacts du terrorisme sur les paysages urbains implique une collecte systématique de documents photographiques donnant lieu à une sorte de base de données alimentée par Anne-Laure Bonnel grâce à un dispositif de financement participatif.

[15] Marret J.-L. 2000, Techniques du Terrorisme, PUF, Paris.

[16] CTED, 2019, Responding to terrorist threads against soft targets, Washington.


Daniel Dory

Daniel Dory

Daniel Dory. Chercheur et consultant en analyse géopolitique du terrorisme. A notamment été Maître de Conférences HDR à l’Université de La Rochelle et vice-ministre à l’aménagement du territoire du gouvernement bolivien. Membre du Comité Scientifique de Conflits.

Politique et sport : même champ de bataille

Lettre d’information de l’ASAF – juin 2024

Politique et sport : même champ de bataille

Le grand publiciste français, Jacques Séguéla, prédisait que le sport serait le principal support publicitaire au XXIème siècle.

Le plus grand événement sportif de la planète Terre est sans conteste les Jeux Olympiques et ce, pour deux raisons principales : il concerne d’abord 206 nations alors que l’ONU n’en reconnaît que 193, ensuite il n’a lieu que tous les quatre ans.

Juridiquement, le CIO est un défi « aux lois de la physique juridique » selon Franck Latty, professeur à l’Université Paris 13, puisqu’il est une organisation de droit privé, régie par le code civil suisse et constitué exclusivement de personnes physiques. Contrairement à l’ONU qui est une organisation internationale publique, créée par la Charte des Nations Unies du 26 juin 1945 et dont les membres sont des États.

Or le rôle du CIO, véritable ONU du sport, déborde largement du strict domaine sportif. L’impact audio-visuel des Jeux Olympiques que le CIO est chargé de faire organiser, en toute indépendance, devient tel que les dirigeants politiques de tous bords et de toutes nationalités aspirent à en faire un instrument politique de propagande nationale.

L’enjeu devient immense car hors de portée d’une seule ville étant donnée la complexité d’une telle organisation et la nature comme les moyens nécessaires à mettre en œuvre pour son bon déroulement. Surtout en période d’insécurité croissante.

C’est donc l’État qui vient au secours d’une association de droit privé. Mais en retour, il demande à cette dernière de se conformer aux choix politiques de ses gouvernants.

Statutairement, « le CIO est une organisation internationale non gouvernementale » (règle 15) à but non lucratif dont le siège est en Suisse depuis le 10 avril 1915, mais qui déroge autant que faire se peut du droit suisse, notamment compte-tenu des sommes considérables qui transitent à Lausanne !

Or le CIO a obtenu depuis 2009 le statut enviable d’observateur à l’ONU. Dès lors, il bénéficie d’un pouvoir juridique de réclamation international en faisant valoir sa position directement auprès du Conseil de Sécurité des Nations. En fait le CIO peut exercer des prérogatives de puissance publique internationale, comme par exemple d’interdire la participation de certains pays aux Jeux pour des raisons d’ingérence politique interne ou de conflit international en cours.

En résumé, le CIO est à cheval entre l’ordre juridique suisse et l’ordre juridique international.

Un véritable défi aux lois de la physique juridique !

Cette imbrication unique en son genre, qui donne une dimension et une portée mondiales au CIO par ses répercussions présente une contrepartie : une transparence et une éthique exemplaires.

Un challenge aussi permanent que risqué !

 

Colonel (h) Christian Châtillon

Délégué national de l’ASAF

La politique européenne de défense, un chantier toujours en cours

La politique européenne de défense, un chantier toujours en cours

La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne, active depuis 2007, est l’aboutissement d’un processus bien plus ancien. Indissociable de l’OTAN, elle est aujourd’hui confrontée au défi d’une industrie de défense européenne.

Visuel de représentatif de la politique européenne de défense

 

IHEDN – publié le 22 avril 2024

https://ihedn.fr/2024/04/22/la-politique-europeenne-de-defense-un-chantier-toujours-en-cours/


Cette semaine, l’IHEDN accueille à Paris un module du 19e Cours de haut niveau de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), organisé par le Collège européen de sécurité et de défense. C’est l’occasion de se pencher sur la PSDC, un outil important mais méconnu du grand public, qui s’inscrit dans une volonté ancienne de constitution d’une défense européenne.

1948, 1949 : ces deux années sont fondatrices pour la défense européenne telle qu’elle existe aujourd’hui. Le 17 avril 1948, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France signent le traité de Bruxelles, fondant l’Union occidentale (UO) qui vise à instaurer une coopération militaire, économique, sociale et culturelle entre ces États. S’y ajoute une clause de défense mutuelle. Moins d’un an après, le 4 avril 1949, c’est la naissance de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Trois quarts de siècle plus tard, la PSDC de l’Union européenne, lointaine descendante de l’UO, est toujours étroitement liée à l’OTAN.

Ces deux entités sont nées dans un contexte tendu : fin de la Seconde Guerre mondiale, début de la guerre froide, bientôt la guerre de Corée… Après l’échec du projet de création d’une armée européenne sous commandement de l’OTAN dans le cadre de la Communauté européenne de défense (CED) en 1954, l’Alliance atlantique apparaît comme la solution préférée des États membres de l’UE pour leur défense commune. Ce qui ne les a pas empêchés de se doter d’outils communs.

UNE STRATÉGIE CAPACITAIRE, OPÉRATIONNELLE ET INDUSTRIELLE

En effet, la chute du bloc soviétique au début des années 1990 a conduit l’UE à renforcer largement sa capacité de défense. En 1992, le traité de Maastricht instaure l’Union européenne et la base sur trois « piliers », dont la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Dans ce cadre, le traité de Nice en 2001 lance la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), à laquelle succède la PSDC après le traité de Lisbonne, signé en 2007.

Placée sous l’autorité du Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, actuellement l’Espagnol Josep Borrell, la PSDC constitue une avancée conséquente dans la construction d’une Europe de la défense. À compter de 2016, elle est encore consolidée quand le Conseil européen valide la stratégie globale de l’Union. Trois axes sont identifiés pour l’approfondir :

  • Capacitaire : un examen annuel coordonné en matière de défense est instauré : en examinant les plans de défenses des États membres, il vise à mieux les coordonner. Surtout, la coopération structurée permanente (CSP) permet désormais aux membres qui le souhaitent de développer des projets en commun ;
  • Opérationnel : création d’une capacité militaire d’opération et de conduite puis, pour les membres qui le souhaitent, d’une initiative européenne d’intervention ; les groupements tactiques de l’UE, créés en 2007, peuvent en être l’instrument ;
  • Industriel et financier : adoption du plan d’action européen de la défense, visant à renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE).

24 OPÉRATIONS EN COURS ACTUELLEMENT

Depuis 2021, l’UE travaille aussi à la mise en place d’une boussole stratégique. La PSDC est aujourd’hui dotée d’un comité militaire (UEMC), d’un état-major (EMUE), et de plusieurs entités comme l’Agence européenne de défense (AED), le Fonds européen de la défense (rattaché à la Commission), un institut d’études et de sécurité (ISS), une agence de renseignement (le Centre de situation et du renseignement de l’Union européenne) et même d’une agence de satellites (le Centre satellitaire de l’Union européenne). À l’heure actuelle, pas moins de 24 opérations sont menées dans le cadre de la PSDC, dont 10 strictement militaires et une civilo-militaire, en Ukraine, Bosnie-Herzégovine, en Libye, en mer Rouge, en Somalie, au Mozambique…

Reste que parmi les 27 membres de l’UE (tous impliqués dans la PSDC depuis que le Danemark l’a rejointe en 2022), 23 sont aussi membres de l’OTAN. Or, « dans un contexte de guerre en Europe, guerre d’agression russe menée « sous voûte nucléaire », l’intuition de la vaste majorité des États membres est de s’engager davantage au sein de l’OTAN », constate Johanna Möhring, chercheuse associée au Centre Thucydide de l’université Paris II-Panthéon Assas et au Center for Advanced Security, Strategic and Integration Studies (CASSIS) de l’université de Bonn (Allemagne). Ils entendent donc « renforcer ses capacités militaires, en dépit des fragilités potentielles de la garantie de sécurité, nucléaire et conventionnelle, des États-Unis au cœur de l’Alliance ».

Cette tendance se traduit aussi du côté de la BITDE, selon la chercheuse : « Malgré de nouvelles initiatives et des outils d’incitation financière encourageant l’achat d’armement et l’investissement dans le domaine de la défense européenne, on constate une baisse des achats conjoints entre Européens, et une hausse spectaculaire d’acquisitions d’armements extra-européens, notamment américains, dans les dernières années. »

JOHANNA MÖHRING : « L’ENJEU CENTRAL ACTUEL EST L’INDUSTRIE DE DÉFENSE »

Alors que certains spécialistes prédisent qu’une élection de Donald Trump en novembre pousserait les membres de l’UE à renforcer la PSDC, Johanna Möhring n’est pas de cet avis : « Une présidence Trump 2 augmentera encore les efforts européens d’investissement au sein de l’OTAN. »

Pour elle, le dossier le plus crucial reste la dimension industrielle : « L’enjeu central actuel est la question de l’industrie de défense, qui conditionnera notre capacité à agir de façon autonome à l’avenir. Beaucoup dépend donc d’une dynamique se saisissant des outils UE existants et futurs et d’un soutien des capitales-clés pour une politique industrielle de défense européenne, ce qui est loin d’être une certitude. »

En attendant, relève la chercheuse, « la dissuasion et la défense conventionnelle » de l’UE sont « exclusivement pensées dans le cadre de l’OTAN ».

Défense européenne : Emmanuel Macron sous le feu des critiques après ses propos sur l’arme nucléaire

Défense européenne : Emmanuel Macron sous le feu des critiques après ses propos sur l’arme nucléaire

Les propos d’Emmanuel Macron ont largement fait réagir, à droite comme à gauche.
Les propos d’Emmanuel Macron ont largement fait réagir, à droite comme à gauche. AFP POOL – LUDOVIC MARIN / POOL
Midi -Libre avec AFP – Publié le

Vendredi, au cours d’un entretien avec douze jeunes réunis par les journaux du groupe Ebra, le chef de l’Etat a estimé qu’il fallait rouvrir le débat d’une défense européenne qui profiterait de l’arme de dissuasion nucléaire française. Une petite phrase qui a fait réagir nombre de ses opposants.

“Mettons tout sur la table”. En proposant d’inclure les armes nucléaires dans le débat sur une Europe de la défense en construction, le président français Emmanuel Macron a déclenché une pluie de critiques parmi les oppositions qui lui ont reproché de “brader” la souveraineté nationale.

Dans le sillage de son discours sur l’Europe de La Sorbonne, le chef de l’État rencontrait vendredi à Strasbourg une douzaine de jeunes, un entretien organisé par les journaux régionaux du groupe Ebra (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) qui l’ont publié samedi soir.

Quand nos intérêts vitaux sont menacés…

La France est-elle donc prête à européaniser sa capacité de dissuasion nucléaire ?”, lui demande un de ses interlocuteurs, Linus. Emmanuel Macron reprend l’argumentaire développé jeudi dans son discours, celui en faveur d’une défense européenne “crédible”. Il évoque ensuite le déploiement de boucliers antimissiles – “mais il faut être sûr qu’ils bloquent tous les missiles”-, les armes à longue portée, puis l’arme nucléaire.

La doctrine française est qu’on peut l’utiliser quand nos intérêts vitaux sont menacés. J’ai déjà dit qu’il y a une dimension européenne dans ces intérêts vitaux”, a-t-il poursuivi. “Je suis pour ouvrir ce débat qui doit donc inclure la défense antimissile, les tirs d’armes de longue portée, l’arme nucléaire pour ceux qui l’ont ou qui disposent sur leur sol de l’arme nucléaire américaine. Mettons tout sur la table et regardons ce qui nous protège véritablement de manière crédible”, a-t-il encore déclaré.

Un chef de l’État ne devrait pas dire ça”

François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains (LR) aux élections européennes du 9 juin a dénoncé une déclaration d’unegravité exceptionnelle parce que là nous touchons au nerf même de la souveraineté française“. “Un chef de l’État français ne devrait pas dire ça”, s’est-il emporté au “Grand Rendez-Vous Europe1/CNews/Les Echos”.

Depuis le Brexit et la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la France est le seul de ses États membres à disposer de la dissuasion nucléaire. Le dialogue sur les questions de sécurité se poursuit cependant avec Londres, notamment au sein de la Communauté politique européenne (CPE), un forum nouvellement créé à l’initiative du président français.

Dans son intervention à la Sorbonne, M. Macron avait déjà abordé cette question de l’arme nucléaire française. “La dissuasion nucléaire est en effet au cœur de la stratégie de défense française. Elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du continent européen”, avait-il dit, reprenant des aspects d’un discours-clé sur la dissuasion prononcé en février 2020.

Divergences

Comme la droite, La France insoumise (LFI) a estimé dimanche, dans un communiqué de son groupe parlementaire, que M. Macron vient de porter un nouveau coup à la crédibilité de la dissuasion nucléaire française. “La doctrine nucléaire française, c’est que nous ne croyons pas au parapluie. On ne va pas déclencher un feu nucléaire pour un autre pays”, a déclaré la cheffe du groupe Mathilde Panot sur RTL/Le Figaro/M6.

Le président du MoDem François Bayrou, allié d’Emmanuel Macron, a répondu que les intérêts vitaux de la France et de l’Europe pouvaient parfois se confondre. Imaginez une menace mortelle contre l’Allemagne. Vous croyez que nous serions à l’abri ? Vous croyez que nos intérêts vitaux ne seraient pas engagés par une menace de cet ordre ?”, s’est-il interrogé sur LCI.

À l’extrême droite, l’eurodéputé RN Thierry Mariani a affirmé sur X que “Macron est en train de devenir un danger national”. Après l’arme nucléaire, suivra le siège permanent de la France au conseil de sécurité de l’ONU qui sera lui aussi bradé à l’Union Européenne, s’est-il insurgé.

Aux antipodes, la tête de liste des Écologistes aux européennes Marie Toussaint, favorable à un “saut fédéral européen“, a considéré sur France 3 que cela signifiait le “partage de cette force qu’est l’arme française, donc le nucléaire aussi”.

Un débat relancé par la guerre en Ukraine

La construction d’une Europe de la défense est depuis très longtemps un objectif de la France, mais elle s’est souvent heurtée aux réticences de ses partenaires qui jugeaient plus sûr le parapluie de l’Otan. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, et le possible retour à la Maison-Blanche de Donald Trump ont cependant relancé la pertinence du débat sur une autonomie européenne en matière de défense

Crise politique en Israël : quelles répercussions sur l’évolution du conflit à Gaza ?

Crise politique en Israël : quelles répercussions sur l’évolution du conflit à Gaza ?

Entretien avec Thomas Vescovi, chercheur indépendant, spécialiste d’Israël et des Territoires palestiniens occupés, auteur de “L’échec d’une utopie, une histoire des gauches en Israël” et membre du comité de rédaction de Yaani.fr.
 – publié le 31 janvier 2024

Désaccords au sein du gouvernement israélien, manifestation pour la libération des otages, appel à l’organisation de nouvelles élections pour remplacer le Premier ministre Benyamin Netanyahou… plus de trois mois après les évènements du 7 octobre, la société israélienne apparait divisée. Quelle est la situation politique en Israël ? Doit-on s’attendre à des changements politiques internes ? En quoi la crise politique peut-elle influencer la suite du conflit à Gaza ? Quelles sont les perspectives de sortie de conflit ? Quid de l’émergence d’un camp de la paix en Israël ? Le point avec Thomas Vescovi, chercheur indépendant, spécialiste d’Israël et des Territoires palestiniens occupés, auteur de L’échec d’une utopie, une histoire des gauches en Israël (La Découverte 2021) et membre du comité de rédaction de Yaani.fr.

Plus de trois mois après les évènements du 7 octobre, quelle est la situation politique actuelle en Israël ?

Pour évaluer la situation politique actuelle en Israël, on peut s’appuyer sur les différentes typologies des manifestations qui ont lieu en Israël chaque samedi, ce depuis plusieurs semaines. La première manifestation est ouvertement contre la guerre à Gaza et parle même de génocide sur la population palestinienne, mais elle ne rassemble que quelques centaines de personnes. La seconde rassemble des dizaines de milliers de personnes et vise Benyamin Netanyahou et son gouvernement, militant pour la mise en place d’élections. La troisième manifestation concerne les otages et on y voit converger toutes les forces d’opposition à Benyamin Netanyahou qui revendiquent un accord de négociation immédiat pour leur libération.

Alors qu’Israël s’est toujours habitué à la mise en place d’une véritable union militariste en temps de guerre et face à un sentiment d’insécurité, la société et le cabinet de guerre se sont rapidement fracturés notamment à cause de cette question des otages, estimés à 136 personnes aujourd’hui. Une division qui s’est opérée parce que la guerre à Gaza a été justifiée par la mobilisation de buts de guerre flous mais réels, c’est-à-dire libérer les otages par la force, parvenir à capturer ou à tuer des dirigeants du Hamas qui ont organisé le 7 octobre et démanteler l’appareil militaire du Hamas, notamment les tunnels. Or, aucun de ces trois buts n’est atteint aujourd’hui, menaçant chaque jour davantage la vie des otages. Résultat, l’opposition est de plus en plus mobilisée parce qu’elle estime que Netanyahou n’atteint non seulement pas ces buts de guerre, mais qu’il joue également la montre pour rester au pouvoir. Une situation insupportable pour les Israéliens qui lui sont opposés, mais surtout pour les familles des otages qui ont l’impression que le gouvernement est en train de jouer avec la vie de leurs proches.

Alors que l’ex-Premier ministre israélien Ehud Barak a appelé à l’organisation de nouvelles élections et que seuls 15% des Israéliens souhaitent que Benyamin Netanyahou conserve son poste, doit-on s’attendre à des changements politiques internes ? En quoi la crise politique peut-elle influencer la suite du conflit à Gaza ?

Pour définir plus précisément l’évolution et l’étendue des rapports de force, il faudra attendre qu’une date électorale soit fixée afin de voir les alliances se dessiner. Israël est un pays qui fonctionne sur un mode électoral particulier, avec un seul tour par liste et à la proportionnelle. Ainsi, à chaque élection, des stratégies d’alliances se mettent en place et peuvent parfois être inattendues. Rappelons aussi que les sondages qui sortent actuellement sont faits sur une société toujours traumatisée qui, chaque jour, continue de penser à ses otages, sans considération aucune pour les civils dans la bande de Gaza.

Dans l’éventualité d’un départ de Netanyahou, on voit que plusieurs figures politiques se distinguent. Par exemple au sein de la droite elle-même, notamment des personnes possédant des positions légèrement divergentes par rapport à celles du Premier ministre au sein du Likoud, le parti nationaliste conservateur, le ministre de la Défense Yoav Gallant. En annonçant ces dernières semaines un plan pour l’après-guerre à Gaza, il essaie d’exister et d’endosser une stature politique.

La deuxième personnalité, assurément la plus plébiscitée actuellement dans les sondages, est Benny Gantz, un nationaliste présenté comme “laïc”. Il est dans le cabinet de guerre, malgré son rôle d’opposant majeur à Netanyahou. L’autre figure est Yaïr Lapid, qui représente un courant centriste libéral et “laïc”. C’est aussi un opposant historique à Netanyahou, mais il a refusé d’intégrer le gouvernement d’urgence nationale pour ne pas se compromettre avec l’extrême droite toujours au pouvoir en Israël.

Cependant, parmi ces trois tendances, aucune d’entre elles n’envisage pour l’instant une solution politique claire et juste avec les Palestiniens. À l’inverse, elles sous-tendent toutes les trois le fait que la guerre contre le Hamas doit se poursuivre d’une manière ou d’une autre.

Quelle perspective de sortie de conflit, alors même que la solution à deux États portée par les pays européens et par les États-Unis est rejetée par le Premier ministre israélien et que des membres extrémistes du gouvernement israélien militent pour réimplanter les colonies dans la bande de Gaza ?

Il convient de rappeler que la réoccupation « matérielle » – car Gaza a toujours été occupée même lorsqu’il y avait un blocus et que l’armée n’y était plus -, c’est-à-dire le fait de réoccuper totalement la bande de Gaza et d’y installer des colonies, n’est pas qu’une volonté de quelques fanatiques.  Il s’agit d’une volonté qui est largement partagée au sein de l’électorat de la droite israélienne, qui n’a jamais accepté la décision de 2005 prise par Ariel Sharon de se désengager de la bande de Gaza au profit d’un blocus. Ainsi, cet électorat n’a absolument rien contre ce projet, qui évidemment s’accompagne de l’expulsion de tout ou partie des Palestiniens de la bande de Gaza.

Concernant l’horizon politique, 2024 sera une année décisive en raison de trois facteurs. Le premier concerne la manière dont les rapports de force politiques vont évoluer en Israël et le fait de savoir si Netanyahou parviendra à se maintenir. Que ce soient des Benny Gantz ou des Yair Lapid, les acteurs politiques à qui l’on donne la parole actuellement dans les médias en Israël la prennent en sachant que l’opinion est influencée directement par la situation de guerre. La situation serait différente pendant des prises de paroles au sein d’une campagne électorale avec un cessez-le-feu ou avec les otages qui seraient revenus par exemple.

La campagne étatsunienne sera un second facteur qui sera amené à influencer les rapports de force au Proche-Orient, en fonction de la potentielle élection de Donald Trump ou de Joe Biden. Netanyahou est soupçonné de jouer la montre parce qu’il espère assister à une victoire de Donald Trump, qu’il pense être de nouveau un soutien indéfectible, alors que personne ne connait précisément pour l’instant la position qu’il pourrait adopter sur le Proche-Orient s’il est élu.

Enfin, l’évolution d’un potentiel renouvellement du mouvement national palestinien est un troisième facteur susceptible de modifier les rapports de force dans la région. La stratégie actuelle des groupes palestiniens dans la bande de Gaza est cruelle, mais aussi rationnelle : jouer sur les otages en tant que monnaie d’échange afin de libérer les grandes figures du mouvement national palestinien toujours incarcérées dans les prisons de l’armée israélienne, le plus connu étant Marwan Barghouti. L’objectif est de s’appuyer sur ces figures pour renouveler complètement le mouvement national palestinien en se débarrassant notamment de Mahmoud Abbas.

Ces trois facteurs vont donc déterminer l’horizon politique et la suite des évènements. En effet, comme l’a affirmé Ami Ayalon dans un entretien pour Le Monde, ancien chef du Shin Bet, les services de renseignement intérieurs israéliens : « Sans accord de paix de la part d’Israël avec les Palestiniens, nous sommes condamnés à voir revivre des 7 octobre. ».  On peut imaginer que la population de la bande de Gaza, qui est en train de subir un carnage sans précédent au Proche-Orient dans une situation d’impunité totale, et surtout la génération qui va survivre à cela a de grands risques d’être attentive aux discours peut-être plus radicaux qui vont être donnés par de nouveaux groupes en passe d’émerger. Il y a là une inquiétude réelle.

Quid de l’émergence d’un camp de la paix en Israël, notamment du côté de la gauche israélienne ?

Il est évident que la société israélienne, dans son traumatisme du 7 octobre, est absolument incapable de penser à toute forme de paix. Les médias israéliens diffusent peu, voire pas du tout, d’images du sort réservé aux civils palestiniens et en règle générale, dans une logique que l’on peut qualifier de coloniale, les Palestiniens sont jugés comme étant responsables de leur propre sort. Ils ne peuvent donc s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leurs dirigeants. Dans cette logique, les voix pacifiques en Israël sont relativement faibles et même fragiles. La plus grande manifestation s’est tenue le 18 janvier dernier et elle a rassemblé 2 500 personnes tout au plus. Au sein des forces politiques de la gauche israélienne, cela est effectivement assez marginalisé, puisqu’une partie des Israéliens s’appuient désormais sur le 7 octobre pour affirmer que la gauche a été naïve pendant des décennies en vendant l’idée d’un projet de paix. Le 7 octobre symbolisant maintenant l’impossible paix avec les Palestiniens. On peut cependant peut-être espérer que certaines forces parviennent, via les ONG ou des figures politiques qui émergent, à faire entendre un autre discours. On pense notamment à certaines familles d’otages qui, depuis le 8 octobre, se mobilisent avec un discours très clair affirmant que ce n’est pas parce qu’ils ont vécu le 7 octobre que l’on doit infliger aux Palestiniens une souffrance et qu’il faut parvenir non pas à une sécurité pour Israël, mais à un accord de paix partagé pour tous. Celles-ci constituent peut-être les graines d’un futur camp de la paix ou du renouveau en Israël.

La guerre d’Ukraine, révélateur de l’incompétence stratégique et du cynisme des dirigeants du système politico-médiatique européen

Situation en Ukraine le 9 octobre 2023 © Ministère des Armées

Situation en Ukraine le 9 octobre 2023 © Ministère des Armées


Billet du lundi 09 octobre 2023 rédigé par le Général Jean-Bernard Pinatel, Vice-président et membre fondateur de Geopragma.

The Economist[1]avec la lucidité et le cynisme légendaires des britanniques, prend acte de l’échec de la contre-offensive et commande à l’Union Européenne de se préparer à une guerre longue.

The Economist est un magazine d’actualité  britannique fondé en 1843 par James Wilson et détenu par la famille Agnelli avec une participation des familles Rothschild, Cadburry et Schroders. Il est considéré comme un des plus influents hebdomadaire dans le monde.

Il vient de publier, vendredi 22 septembre 2023 sous la plume de sa rédactrice en chef Zanny Minton Beddoes, un article intitulé « Time to a rethink » qui est un modèle du genre car il met fin à un an et demi de mensonges occidentaux sur une victoire rapide de l’Ukraine et appelle désormais à penser une guerre longue[2].

Le constat est amer mais lucide : « la contre-offensive ne fonctionne pas. Malgré les efforts héroïques et les violations des défenses russes près de Robotyne, l’Ukraine a libéré moins de 0,25% du territoire occupé par la Russie en juin. La ligne de front de 1000 km a à peine changé. L’armée ukrainienne pourrait encore faire une percée dans les prochaines semaines, déclenchant l’effondrement des forces russes fragiles. Mais d’après les données des trois derniers mois, ce serait une erreur de miser là-dessus ».

Tout ce que j’ai écrit et proclamé depuis 18 mois, me faisant qualifier de pro-russe, est inscrit noir sur blanc dans l’article de ce magazine britannique qui témoigne une fois de plus de l’acharnement historique de l’Angleterre à bâtir et à diriger des alliances contre la puissance dominante en Europe : Au XIXe siècle contre la France de Napoléon, au XXe contre l’Allemagne de Guillaume II et d’Hitler, aujourd’hui contre la Russie de Poutine.

The Economist suggère des réajustements pour ne pas dire une rupture totale avec ce qui est fait depuis 18 mois.

Je cite : « Le premier rajustement à faire est militaire. Les soldats ukrainiens sont épuisés ; bon nombre de leurs meilleurs soldats ont été tués. Malgré la conscription, il lui manque l’effectif nécessaire pour soutenir une contre-offensive permanente à grande échelle. Il faut trouver des moyens et changer la donne. »

Le second est économique : « L’économie ukrainienne a diminué d’un tiers et près de la moitié du budget de l’Ukraine est payée avec de l’argent occidental. Dans une étrange maladie hollandaise en temps de guerre, la devise, la hryvnia, s’est renforcée alors même que les investissements privés ont chuté. Avec environ 1 million de personnes portent les armes et des millions ayant fui le pays, les travailleurs sont rares ».

Le troisième est politique : « Pour cela, il faut un changement de mentalité en Europe, qui a engagé autant d’armes que l’Amérique et beaucoup plus d’aide financière. Pourtant, il faut aller plus loin. Si M. Trump gagne en 2024, il pourrait réduire l’aide militaire américaine. Même s’il perd, l’Europe devra finalement porter plus de fardeau. Cela signifie renforcer son industrie de la défense et réformer le processus décisionnel de l’UE afin qu’elle puisse gérer plus de membres ».

Ce qu’il y a de merveilleux avec les anglais qui ont fait le Brexit pour rejoindre le grand large et la communauté maritime des anglo-saxons, c’est qu’ils continuent sans aucune gêne à vouloir dicter sa conduite à l’Union européenne.

L’incompétence stratégique des dirigeants européens et de la majorité des médias.

« The Economist » vient de siffler la fin de cette tragique période où nos dirigeants et les journalistes ont ostracisé tous ceux qui essayaient de leur faire prendre conscience de la dure réalité de cette guerre et de l’impossible victoire ukrainienne.

En effet, le bilan de dix-huit mois de déclarations des dirigeants occidentaux et de commentaires des journalistes européens sur la guerre en Ukraine est accablant. A l’exception de quelques grands journaux américains comme le Washington post et le New-York Times, tout le système politico-médiatique occidental n’a fait que délivrer des analyses erronées sur ce conflit et son contexte international en occultant ou en minimisant les faits déterminants qui conditionnent, depuis son origine, l’issue de cette guerre[3].

Quand la Russie est entrée en guerre en février 2022 pour défendre ce que Vladimir Poutine estimait être les « intérêts essentiels » de son pays, nos dirigeants et nos médias n’ont fait que sous-estimer la Russie et surestimer nos capacités militaires et économiques à la mettre à genoux et à emporter une victoire rapide contre Moscou. Et quand les faits ont révélé leurs erreurs, le système politico-médiatique, à quelques exceptions près que j’ai déjà soulignées, a décidé sciemment ou non de désinformer les populations européennes et, plus grave encore, les courageux soldats ukrainiens qui sacrifient leurs vies par centaines de milliers pour remporter la victoire qu’on leur promet mais qui est stratégiquement impossible.

En effet, un fait stratégique déterminant a conditionné toute la stratégie d’aide américaine à l’Ukraine. Depuis 1945, cette guerre est la première menée à ses frontières par la 1ère ou 2ème puissance nucléaire du monde en proclamant qu’elle agit parce que ses intérêts essentiels sont en jeux. C’est-à-dire, comme le prévoit sa doctrine militaire, la Russie se réserve le droit, si ses intérêts essentiels étaient menacés par une force classique (la contre-offensive ukrainienne par exemple), d’utiliser ses armes nucléaires non stratégiques. Fait essentiel qu’ont balayé d’un revers de la main tous les journalistes et consultants des plateaux TV, alors qu’il a conditionné toute la stratégie d’aide militaire américaine au régime de Kiev car au Pentagone le risque d’escalade nucléaire est pris au sérieux et personne n’est prêt à risquer Washington pour Kiev ou Varsovie.  

J’ai listé tous les faits qui en apportent la preuve depuis mars 2022 dans plusieurs analyses[4]. Et qui se résume comme me l’a déclaré un général américain : « we give Ukraine enough to survive but not enough to win », prouvant que le but de guerre des stratèges du Pentagone n’est pas la victoire qu’ils savent impossible, à moins d’accepter le risque d’un holocauste nucléaire, mais de bâtir un mur de haine entre l’Ouest et l’Est du continent européen pour affaiblir à la fois la Russie et l’Union européenne afin de  pouvoir concentrer leurs forces pour contrer la montée de la puissance chinoise.

Nos états-majors ont aussi sous-estimé la capacité d’adaptation de l’armée russe à cette guerre hybride nouvelle[5]. Mais les hommes politiques de Washington et le chef d’état-major américain le général Mark Milley, à l’image de Colin Powell en 2003, n’ont fait que mentir au monde entier notamment en surestimant les pertes russes.

Il a fallu l’intervention, le 3 mai 2023, 14 mois après le début de la guerre, du général Christopher Cavoli, commandant en chef de l’OTAN (the commander of US European Command) devant la commission des forces armées de la Chambre des représentants[6] (« the House Armed Services Committee ») pour rétablir la vérité : « The Russian ground force has been degenerated somewhat by this conflict, although it is bigger today than it was at the beginning of the conflict.”  “The Air Force has lost very little, they’ve lost 80 planes. They have another 1,000 fighters and fighter bombers,” “The Navy has lost one ship.”

Rappel de la litanie des promesses de victoire des dirigeants occidentaux qui, prenant leurs désirs pour la réalité, ont envoyé à la mort des centaines de milliers de jeunes ukrainiens.

La liste des déclarations qui surestiment notre capacité à faire plier la Russie est impressionnante.

La palme en revient à Bruno Lemaire.  Dès le 28 février 2002, il se précipite sur France info pour déclarer que la France et l’Union européenne allaient « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie », dans l’objectif assumé de « provoquer l’effondrement de l’économie russe ». « Le rapport de force économique et financier est totalement en faveur de l’Union européenne, qui est en train de découvrir sa puissance économiqueNous visons Vladimir Poutine, nous visons les oligarques, mais nous visons aussi toute l’économie russe. »  Sous-estimation aussi sur l’impact des sanctions sur l’économie européenne, le ministre a reconnu que « l’Europe aura peut-être un peu plus d’inflation, parce que peut-être que les prix du gaz vont un peu augmenter ». Alors qu’une simple étude des chiffres 2021 publiées par British Petroleum montrait que l’UE ne pouvait pas se passer de gaz russe[7].

Par méconnaissance historique ou par arrogance, les dirigeants occidentaux ont mésestimé la résilience de l’économie et du peuple russe ainsi que de son soutien à Vladimir Poutine qui lui a redonné sa fierté et une relative aisance économique après les années noires de la décennie 90.  

Les déclarations des grands dirigeants occidentaux ont atteint des sommets d’irresponsabilité vis-à-vis des Ukrainiens en leur promettant la victoire, les incitant ainsi sans relâche à sacrifier leur vie pour une victoire que je savais impossible.

En Mai 2022, la belliciste Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, avant le vote d’une rallonge budgétaire de 40 milliards de dollars (une année de PIB Ukrainien) déclarait : « Avec ce programme d’aide, l’Amérique envoie au monde entier le signal de notre détermination inébranlable à soutenir le peuple courageux d’Ukraine jusqu’à la victoire »[8] 

Le second est évidemment le premier ministre britannique Boris Johnson qui affirme le 1er juillet 2022 : « Le Royaume-Uni est avec vous et sera avec vous jusqu’à la victoire. »[9]

Le Président Macron y est allé aussi de sa déclaration guerrière en déclarant aux ukrainiens le 1er janvier 2023 : « nous vous aiderons jusqu’à la victoire [10]. »

Toutes ces déclarations sont d’un cynisme effrayant envers le peuple ukrainien et ses héroïques soldats car pas un vrai spécialiste de l’intelligence stratégique ne pouvait ignorer que la victoire de la contre-offensive ukrainienne était impossible avec le volume de forces engagée face à une armée russe retranchée, bénéficiant d’une supériorité aérienne quasi-totale, d’une puissance de feu terrestre trois fois supérieure et disposant du feu nucléaire si le hasard des combats amenait les ukrainiens contre toute logique à percer le dispositif russe et à menacer la Crimée.

Les britanniques à l’Union européenne : pas de négociations et préparez-vous pour une « guerre longue. »

Désormais, après dix-huit mois de guerre, le bilan est accablant.

Des voix s’élèvent aux Etats-Unis pour l’ouverture de négociations constatant que le temps et la logistique jouent contre l’Ukraine[11] : « Les chances d’un règlement favorable pour l’Ukraine disparaissent en raison du retard dans les armements et la mobilisation de la main-d’œuvre. Le zénith de l’aide de l’Ukraine est passé, et il ne sera pas égalé dans les mois et les années à venir. La possibilité d’une paix négociée ou même d’un cessez-le-feu à des conditions favorables à l’Ukraine deviendra plus improbable à mesure que l’avantage de la Russie sur le champ de bataille augmentera. »

Un exemple parmi beaucoup d’autres de l’incapacité logistique américaine et européenne à soutenir cette guerre est fournie par l’International Institute For Strategic Studies (IISS)[12]  : « La Russie et l’Ukraine ont parfois tiré collectivement quelque 200000 obus d’artillerie par semaine. Pourtant, la production américaine totale d’obus de 155 mm tourne actuellement à environ 20000 par mois, et n’atteindra que 90000 par mois en 2024, après un récent investissement de 2 milliards de dollars de l’armée américaine. Selon les médias, les jeux de guerre ont montré que dans un conflit de grande intensité, le Royaume-Uni épuiserait ses stocks de munitions en seulement huit jours. Les médias allemands ont suggéré en 2022 que les actions de la Bundeswehr dureraient entre quelques heures et quelques jours dans un tel conflit. ».

Evaluation confirmée par le « Center for Strategic and International Studies (CSIS) » de Washington : « Même si le Pentagone atteint son objectif déclaré de fabriquer 90000 obus par mois d’ici 2024, il ne représente encore que la moitié du niveau de production actuel de la Russie. » 

Quant à la livraison des F-16, les pilotes français qui ont volé sur ces avions américains et sur les Mig29, estiment qu’il faudra au moins deux à trois ans d’entrainement avant de pouvoir être efficaces sur le champ de bataille et rivaliser avec les Russes.

Mais pour The Economist et les britanniques qui se sont retirés de l’Union européenne il ne faut pas négocier avec Poutine et se « préparer à une guerre longue ». Avec son cynisme légendaire la Grande-Bretagne demande à l’Union européenne d’en porter le principal poids sans un mot pour les ukrainiens qui continueront d’en payer le prix du sang et pour les européens qui en subiront les conséquences économiques :

« Trop de conversations sur l’Ukraine reposent sur la fin de la guerre. Il faut que cela change. Priez pour une victoire rapide, mais prévoyez une longue lutte, et une Ukraine qui peut néanmoins survivre et prospérer. » « Pour cela, il faut un changement de mentalité en Europe, qui a engagé autant d’armes que l’Amérique et beaucoup plus d’aide financière. Pourtant, il faut aller plus loin. Si M. Trump gagne en 2024, il pourrait réduire l’aide militaire américaine. Même s’il perd, l’Europe devra finalement porter plus de fardeau. Cela signifie renforcer son industrie de la défense et réformer le processus décisionnel de l’UE afin qu’elle puisse gérer plus de membres. [13]»

Sans commentaire !


[1] https://www.economist.com/leaders/2023/09/21/ukraine-faces-a-long-war-a-change-of-course-is-needed

[2] Je traiterai dans une autre analyse ce que nous recommandent de faire nos chers amis britanniques sur l’air d’ « armons-nous et partez »

[3] Cette volonté de tromper la Russie, l’Ukraine et la population de l’Union européenne n’a malheureusement pas pour origine l’agression russe de février 2022. Dès 2014 les signataires des accords de Minsk2 (qui préservaient à la fois les intérêts sécuritaires de la Russie et l’intégrité du territoire ukrainien), n’ont été signés du coté occidental que dans le but de disposer des délais nécessaires pour bâtir une armée ukrainienne capable d’écraser le Donbass et reprendre la Crimée, comme l’ont révélé deux des garants de cet accord François Hollande et Angela Merkel. Ces deux dirigeants resteront devant l’histoire comme les premiers responsables des centaines de milliers de morts de cette guerre fratricide.

[4] Quand début mars2022, Zelensky a demandé à l’OTAN d’instaurer au-dessus de l’Ukraine une zone d’exclusion aérienne, c’est à Washington qu’on lui a répondu en lui disant qu’il n’en était pas question, les Etats-Unis pour lesquels l’Ukraine n’est pas un intérêt vital ne voulaient pas prendre le risque que les pilotes des deux premières puissances nucléaires s’affrontent dans le ciel ukrainien avec les risques d’escalade que cela implique. Quand un missile S300 est tombé en Pologne, Zelenski s’est précipité pour dire que c’est un missile Russe, démenti immédiatement par le Pentagone. Quand le 23 janvier 2023, Biden a annoncé l’envoi de 31Abrams, il a précisé que c’était des armes défensives, Chars toujours pas livrés à l’Ukraine 9 mois plus tard

[5] Hybride car elle emprunte des modes d’action aux deux guerres mondiales et qu’elle intègre les nouvelles capacités modernes de la guerre (satellites, GPS, drones, cyber-attaques, etc.)

[6] https://edition.cnn.com/2023/04/26/politics/russia-forces-ukraine-war-cavoli/index.html

[7] La production mondiale de gaz en 2021 était de l’ordre de 4038 milliards de m3, les exportations mondiales de 522 milliards (environ le huitième) dont 227 milliards provenaient de la Russie (soit 44%), l’Europe en a importé en 2021 361 milliards de m3(soit 69 % des exportations mondiales). Le reste du monde hors Russie en a exporté 295 milliards de m3. Si l’UE arrivait à capter tout ce gaz hors Russie, il lui en manquerait encore 361-295= 66 milliards soit 18%. Et l’Amérique du Nord que l’on nous a dit capable de remplacer le gaz russe n’en avait exporté que 2 milliards de m3 en 2021.

[8] https://www.lemonde.fr/international/live/2022/05/11/guerre-en-ukraine-en-direct-les-etats-unis-s-appretent-a-debloquer-40-milliards-de-dollars-supplementaires-pour-l-ukraine_6125423_3210.html

[9] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/01/guerre-en-ukraine-le-soutien-de-boris-johnson-et-de-son-gouvernement-a-kiev-est-sincere-est-sans-ambiguite_6133022_3210.html

[10] https://www.bfmtv.com/politique/elysee/nous-vous-aiderons-jusqu-a-la-victoire-le-message-d-emmanuel-macron-aux-ukrainiens_AD-202212310256.html

[11] https://nationalinterest.org/feature/time-and-logistics-are-working-against-ukraine-206740

[12] https://www.iiss.org/online-analysis/survival-online/2023/06/the-guns-of-europe-defence-industrial-challenges-in-a-time-of-war/

[13] Ibid

Ce traité qui favorise l’immigration des Algériens en France: l’héritage secret du général De Gaulle

Ce traité qui favorise l’immigration des Algériens en France: l’héritage secret du général De Gaulle

Le général De Gaulle durant son dernier voyage en Algérie, du 9 au 13 décembre 1960. Sa visite provoqua de nombreuses manifestations européennes et musulmanes, pour et contre l’Algérie française. LE CAMPION/SIPA / LE CAMPION/SIPA

GRAND RÉCIT L’accord du 27 décembre 1968, qui facilite l’immigration des Algériens en France, a eu raison de ce qui avait été le cœur de la politique algérienne du général De Gaulle : éviter la submersion de la France par l’immigration.