Colonel D. Schuster : « La robotique est une évolution et pas une révolution »

Colonel D. Schuster : « La robotique est une évolution et pas une révolution »

Officier référent robotique au sein de l’état-major de l’armée de Terre, le colonel Schuster revient sur les évolutions et ambitions dans ce domaine, sur fond d’actualité.

 

par IHEDN – publié le 4 mai 2023

https://ihedn.fr/2023/05/04/colonel-d-schuster-la-robotique-est-une-evolution-et-pas-une-revolution/


Que change pour l’instant la robotique dans « le champ de bataille » ? Et dans un futur proche ? Quelles ambitions ?

 La robotique apporte trois nouveautés importantes sur le champ de bataille. Premièrement, la substitution : la robotique peut se substituer à l’humain pour certaines tâches de la mission. Il ne s’agit pas de remplacer l’homme, mais de le décharger de certaines tâches répétitives, dangereuses ou pour lesquelles les robots sont plus performants. Cette approche est fondamentale pour trouver la meilleure synergie entre homme et systèmes automatisés. L’un des fantasmes liés à la robotisation du champ de bataille, c’est la déshumanisation ou la guerre par procuration. Ce ne sont pas les directions vers lesquelles l’armée de Terre s’engage. Deuxièmement, l’augmentation de la profondeur de délivrance des effets : les systèmes automatisés vont permettre de réaliser des effets de plus longue portée et durée. En ce sens, ils vont changer les « métriques » du champ de bataille. A l’avenir, un groupe de combat « robotisé » pourra délivrer les effets réalisés à l’heure actuelle par une section. Enfin, les phénomènes de saturations : les systèmes automatisés sont porteurs de « masse » et de « nombre » sur le champ de bataille. Ils permettent ainsi de travailler les phénomènes de saturation en utilisant éventuellement des systèmes sacrifiables. L’ambition portée par le projet Vulcain est que l’armée de Terre dispose et maîtrise des systèmes automatisés choisis pour conserver sa supériorité opérationnelle sur le champ de bataille. 

Comment la démarche Vulcain structure-t-elle le développement des systèmes automatisés ?

La démarche Vulcain structure le développement des systèmes automatisés en privilégiant une approche opérationnelle et pragmatique de la robotique. Le mot d’ordre est : nous pouvons tout robotiser, mais de quoi avons-nous réellement besoin ? La France dispose d’un outil de défense très complet. Il s’agit donc de voir si les apports de la robotique remettent en cause certains de nos systèmes actuels ou viennent les compléter. La réponse est claire : à l’heure actuelle, la robotique est une évolution et pas une révolution. Néanmoins, cette évolution est majeure. Le projet Vulcain nous permet, avec la direction générale de l’armement (DGA), l’agence de l’innovation de la défense (AID), le Battle Lab Terre (BLT) et sa section exploratoire robotique d’explorer le champ des possibles. Nous identifions des pistes prometteuses qui nous permettent également d’écarter les “fausses bonnes idées“. Le projet Vulcain, c’est tester, accepter de se tromper pour pouvoir finalement mieux choisir. 

Quels enseignements opérationnels peut-on tirer de son utilisation sur les terrains “réels” les plus récents, comme les conflits au Haut Karabagh et en Ukraine ?

Le Haut Karabagh a consacré l’usage des munitions téléopérées. Ce nouveau type d’équipements permet à des pays ne disposant pas nécessairement d’un spectre capacitaire complet (notamment dans la partie aérienne) de bénéficier de certains effets jusqu’ici non accessibles (frappe dans la moyenne portée). Il faut cependant faire attention à ne pas transposer trop brutalement les enseignements d’un conflit contextualisé par les belligérants, à l’armée française. Nous souhaitons néanmoins aujourd’hui doter nos capacités de ce type d’équipements. 

Pour l’Ukraine, le constat “robotique“ est plus mitigé. Si les drones sont employés en masse, c’est principalement en tant que jumelles déportées, pour l’acquisition de renseignement de contact. Il y a peu de systèmes automatisés déployés. Cet enseignement est très important : il ne faut pas oublier que dans un conflit dit symétrique, la masse est importante. Le char de bataille, l’obus et le fantassin restent au cœur de la bataille. Il faut donc réfléchir à la synergie future entre ces acteurs de la guerre et les systèmes automatisés. 

Quelles innovations issues du Battle Lab Terre pourra-t-on voir à l’œuvre lors du challenge CoHoMa II le 10 mai ?

Le 10 mai 2023, le Battle Lab Terre et la section exploratoire robotique présenteront d’un point de vue tactique les évaluations de munitions téléopérées, de drones bombardiers et d’une plateforme terrestre de combat. Il sera également possible de découvrir les systèmes utilisés par les différentes équipes participant au challenge CoHoMa-II qui sont autant de façons de faire face au défi technique et opérationnel de cet exercice. Ces systèmes vont des robots “chiens“, au mini véhicule autonome en passant par des drones intelligents. 

L’armée de Terre va créer des commandements dédiés à la « guerre hybride » et aux « guerres de demain »

L’armée de Terre va créer des commandements dédiés à la « guerre hybride » et aux « guerres de demain »

https://www.opex360.com/2023/02/15/larmee-de-terre-va-creer-des-commandements-dedies-a-la-guerre-hybride-et-aux-guerres-de-demain/


 

Dans le même temps, le format de la Force opérationnelle terrestre [FOT] restera à 77’000 hommes tout en bénéficiant d’un renforcement significatif de l’effectif de la réserve opérationnelle de niveau 1 [RO1]. Et aucune réduction de « cible » concernant le programme SCORPION [Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation] n’est prévue. Enfin, l’accent sera mis sur l’acquisition massive de drones [dont 1’800 munitions téléopérées], la robotisation [avec 300 robots « capables d’évoluer sur le champ de bataille »], les feux dans la profondeur et la défense sol-air.

Lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de Défense [AJD], le 13 février, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill en a dit un peu plus sur ce qui attend ses troupes. Ainsi, si aucun régiment ne sera dissous [pour le moment, du moins], les unités dites de « mêlée » [arme blindée cavalerie, infanterie] pourraient perdre quelques plumes… au profit des capacités devant faire l’objet d’investissements particuliers, comme le cyber, les transmissions, les drones et l’artillerie de longue portée… sans oublier le soutien et la logistique.

« Nous devons revenir à une cohérence globale de l’armée de Terre », a fait valoir le général Schill, comme le rapporte le quotidien Le Monde. Et d’annoncer que les détails de cette « transformation » seront dévoilés le 4 avril, à l’occasion du « Grand rapport de l’armée de Terre » [GRAT].

Cela étant, les changements annoncés ont d’ores et déjà commencé… En effet, en 2022, plusieurs régiments d’infanterie ont dissous des compagnies de combat qui avaient été créées en 2015, c’est à dire après la décision de porter l’effectif de la FOT de 66’000 à 77’000 soldats.

Et le ministère des Armées avait justifié ce retour à un format à quatre compagnies de combat dans les régiments de mêlée par la nécessité pour l’armée de Terre de s’investir dans de « nouveaux champs de conflictualité » susceptibles de « transformer les menaces liés aux conflits de haute intensité.  »

Une « partie des effectifs récemment attribués à la mêlée a été réorientée pour renforcer les états-majors de régiment et les capacités de numérisation et de simulation, densifier la maintenance aéronautique et terrestre, développer la capacité drone et affecter des moyens à la préparation opérationnelle, à la formation et à l’intégration des effets dans les champs immatériels », avait-il ainsi expliqué, dans une réponse à une question écrite posée par un député.

Quoi qu’il en soit, ces changements vont donc se traduire par une nouvelle organisation de l’armée de Terre, laquelle passera par la création de deux nouveaux commandements, placés sous l’autorité directe du CEMAT.

Ainsi, le « commandement des guerres de demain » aura la tâche de « mettre en cohérence un certain nombre de nouvelles capacités […] aujourd’hui éparpillées au sein des régiments, notamment dans le domaine des feux dans la profondeur, des drones, des munitions téléopérées et de la défense sol-air de courte portée, dont la lutte antidrone », résume Le Monde.

Quant au second, il sera dédié à la « guerre hybride », c’est à dire aux opérations menées « sous le seuil » du conflit ouvert. Il aura notamment à s’occuper des capacités liées au cyber [lutte informatique défensive, lutte informatique offensive et lutte informatique d’influence], lesquels relèvent actuellement du Commandement de la Cyberdéfense [COMCYBER].

« Il y a un réel besoin de rendre l’armée de Terre plus autonome. Elle doit avoir sous son commandement tous les domaines de lutte,
antiaérienne, cyber, informationnelle, frappes dans la profondeur… tout en demeurant interopérable avec les autres armées » car « lorsqu’on sous-traite des actions, on créé des dépendances, ce qui est risqué dans un conflit de haute intensité où on opère toujours sous contrainte des événements et de temps », fait valoir le général Pierre-Joseph Givre, le commandant du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement [CDEC].

Cette recherche d’autonomie vaudra aussi pour les sept brigades de l’armée de Terre, lesquelles devront disposer de capacités leur permettant d’agir avec un minimum d’appuis extérieurs, l’objectif étant d’accroître leur réactivité.

Derrière iMUGS, de premiers pas européens vers la robotique terrestre de demain

Derrière iMUGS, de premiers pas européens vers la robotique terrestre de demain


Le futur de la robotique terrestre européenne s’écrit en partie en région parisienne. C’est là qu’un consortium d’industriels est venu évaluer ses dernières avancées en la matière après près de deux années de réflexions conjointes sur les systèmes autonomes. Parmi les participants, les groupes français Nexter et Safran.

Un noyau français pour une robotique européenne

Le temps d’une démonstration, les blindés ont laissé place à une poignée de robots et de combattants à pied le mercredi 26 octobre sur le site de Nexter de Satory, dans les Yvelines. Ce rendez-vous était une nouvelle étape dans la poursuite du programme européen « integrated Modular Unmanned Ground System » (iMUGS) lancé en décembre 2020 et bénéficiaire d’une enveloppe de 30,6 M€ du Programme européen de développement industriel de la défense (EDIDP) de la Commission européenne. Parmi les 14 industriels d’un consortium coordonné par l’Estonien Milrem, deux Français : Nexter et Safran Electronics & Defense.

Le scénario retenu pour les trois robots employés, dont le THeMIS de Milrem ? Une mission de combat avec une phase de reconnaissance (ISR) autonome préalable suivie d’une phase d’agression menée par les seuls combattants humains. Génératrice d’effets, celle-ci a engendré d’autres actions de la part des robots, telle que l’évacuation sanitaire de soldats blessés.

La phase ISR aura permis de progresser sur la mobilité autonome en misant sur deux des nombreuses fonctions disponibles. D’une part, avec la conjonction entre la navigation par points de passage et la détection et l’évitement d’obstacles inconnus en totale autonomie. Et d’autre part, avec le suivi de personne à partir d’une colonne de deux combattants et de deux robots intercalés, chaque « paire d’yeux » assurant une partie de la reconnaissance. D’autres briques sont à l’étude, tels que le suivi de lisière en forêt, le suivi en convoi ou encore le ralliement d’amer, « c’est à dire la capacité de désigner un point éloigné dans une image et d’y asservir le cap automatiquement », nous explique Joël Morillon, directeur général délégué de Nexter Robotics

Un combattant suivi d’un robot, lui-même suivi d’un combattant, lui-même suivi d’un robot et ainsi de suite, avec pour chacun, une mission bien spécifique
(Crédits : Nexter)

Côté français, le sujet iMUGS repose sur une équipe intégrée installée chez VEDECOM, au cœur du cluster des mobilités innovantes de Satory. Ce programme clé monopolise l’équivalent de douze emplois à temps plein chez Nexter. Cette petite équipe France s’est d’emblée focalisée sur deux thématiques majeures. L’une, l’architecture système, « est une sorte de Windows appliqué à la robotique qui permet de faire fonctionner des comportements sensorimoteurs, des fonctions autonomes et d’autres capacités spécifiques ». Une brique qui met aussi l’accent sur la relation entre l’homme et le robot en terme de répartition des tâches. Entre mission spécifique et entraide mutuelle, l’enjeu est de « créer un couple dans lequel chacun va apporter le meilleur de ce qu’il sait faire afin que la performance globale soit toujours optimale ».

L’autre, ce sont les fonctions autonomes. Si, faut-il le répéter, l’humain reste maître, les armées cherchent bel et bien à « se décharger d’une partie du contrôle ». « Un robot télécommandé nécessite un militaire pour le diriger et un, voire deux autres pour le protéger ». Un format impensable au vu des contraintes qu’affrontent les armées en matière de ressources humaines. « Cette démonstration sur iMUGS visait justement à montrer un état de l’art représentatif de ces fonctions, la partie architecture systèmes étant par nature un peu ‘cachée’ ».

Passer de la maturité à la capacité

Derrière les démonstrations, iMUGS contribue à faire avancer une réflexion moins technologique que culturelle. Les industriels de la robotique cherchent en effet à se départir de la notion de niveau de maturité technologique, la fameuse échelle de « TRL ». « La difficulté que rencontrent les opérationnels et les industriels, c’est l’absence d’un langage commun », relève Joël Morillon. Un robot de niveaux TRL 4, 5 ou 6 est une information qui parle finalement peu au militaire, qui lui a surtout besoin de savoir ce qu’il peut en faire sur le terrain.

De même, cette notion de TRL rigide et à sens unique « sous-entend que, tant que l’on est pas dans un TRL haut, le robot est inutilisable sur le terrain. Ce qui n’est en réalité pas vrai du tout », explique Joël Morillon, rappelant que « s’il faut attendre TRL 9, les armées ne seront pas équipées avant plusieurs décennies ». De fait, les technologies actuelles confèrent aux robots des capacités certes encore limitées mais néanmoins déjà exploitables au niveau opérationnel, estime Nexter Robotics. Plutôt que de se référer à un échelon de maturité relativement abstrait et réducteur, l’idée serait donc de partir de faits établis pour caractériser un domaine de fonctionnement dans un langage exploitable par les opérationnels. « Ce qui est parlant pour le militaire, c’est de savoir ce que le robot sait faire à l’instant ‘t’, dans quelles conditions il peut l’employer, sur quel type de terrain, sous quelle météo, avec quelle autonomie, etc. ».

Exit le robot qui sait tout faire et partout, place à une démarche incrémentale dans laquelle la capacité prend le dessus sur la maturité (Crédits : Nexter)

C’est tout l’enjeu du travail de caractérisation mené actuellement par Nexter, Safran, l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) et la Direction générale de l’armement (DGA). Ensemble, ils réfléchissent à l’opportunité de basculer de la notion de TRL à celle de « Capability Readiness Level » (CRL). Un niveau de maturité capacitaire plus souple, plus réactif et mieux adapté à l’approche robotique. Les travaux sont en cours, avec l’objectif de définir une nouvelle échelle plus proche de la réalité.

Dans cette future échelle, un CRL 1 ou « bas », signifierait par exemple que le robot ne fonctionnerait que dans un environnement opérationnel permissif et « facile ». Les contraintes d’engagement que cela sous-entend – sur terrain plat, à basse vitesse et sans brouillage, entre autres – n’empêcheraient en rien d’utiliser la capacité disponible. « Aujourd’hui, toutes ces fonctions autonomes existent et fonctionnent dans un domaine qui reste simple. L’objectif, notamment en France, c’est d’étendre pas à pas le domaine de fonctionnement, donc de monter dans les niveaux de CRL pour faire en sorte que les robots puissent travailler sur des terrains plus durs, dans des conditions plus complexes et avec plus d’indépendance ». Et d’éviter dès maintenant de tomber dans le carcan paralysant du robot « qui sait tout faire, partout et sans risque ».

Des débouchés pour demain et après-demain

Que ce soit en France ou ailleurs en Europe, les besoins en matière de robotique vont croissants et requièrent des réponses rapides. Des briques issues d’iMUGS pourraient profiter à plusieurs programmes de l’armée de Terre, par exemple dans la lutte contre les mines et les engins explosifs improvisés. Placé en tête de convoi et doté de capteurs ad-hoc, le robot récupère la mission jusqu’alors dévolue à un véhicule habité. L’appel d’offres « robot d’investigation » (ROBIN), par exemple, doit fournir une première capacité d’ouverture d’itinéraire robotisée aux régiments du génie en remplacement des véhicules Buffalo. ROBIN répondrait à l’enjeu d’une étape de l’ouverture d’itinéraire, celle de la levée de doute. La consultation est attendue de pieds fermes par les industriels du secteur. Étendue au marché européen, elle devrait être publiée pour début 2023. Entre autres réponses possibles, CNIM Systèmes Industriels propose depuis un moment son système ROCUS conçu sur une base THeMIS. Mais d’autres candidats potentiels existent, à l’exemple du robot PHOBOS conçu par SERA Ingéniérie, successeur de la mule ROBBOX et présentée en juin au salon Eurosatory.

La robotique trouvera également tout son sens dans les missions de reconnaissance NRBC. Miser sur une combinaison de plateformes autonomes et habitées permettrait d’amener un véhicule aux limites d’une zone supposée contaminée puis d’en faire débarquer des drones et robots dotés des capteurs adéquats. Ce concept, Nexter l’a déjà présenté tant en France qu’à l’export. Selon Joël Morillon, « cela aurait un intérêt pour faire la jonction entre le VAB NRBC en fin de vie et un Griffon NRBC qui n’arrivera pas avant au moins une dizaine d’années ». L’option robotique est désormais étudiée par les opérationnels. Dans le contre-IED comme le NRBC, la complexité des capteurs rend toujours nécessaire la lecture par un opérateur spécialisé. Les solutions d’autonomie sur lesquelles planche l’équipe iMUGS participeront à surmonter ce type d’obstacle.

Plus loin, Nexter capitalise sur ces travaux européens pour intégrer les robots aux futurs systèmes de combat. « Demain, le robot sera l’une des composantes de l’ensemble des entités présentes sur le champ de bataille. Identité Nexter oblige, nous faisons dès lors en sorte que les robots puissent devenir une extension des véhicules de combat. Nous parlions il y a quelques années de véhicules augmentés, une idée qui prend à présent tout son sens ». Un véhicule augmenté qui n’est qu’une étape vers la constitution de systèmes de systèmes. Exit les capteurs rassemblés et boulonnés sur un même châssis, demain le véhicule de combat devient un système dont la bulle de protection et d’observation est constituée d’un environnement déporté autonome. Demain, ces capteurs et effecteurs pourront ainsi décoller ou sortir du véhicule pour aller étendre ses champs de vision et d’action.

Malgré les remous et retards, le futur système de combat terrestre principal franco-allemand (MGCS) reste bel et bien le point focal vers lequel convergent les réflexions sur le véhicule augmenté. « Extension naturelle du véhicule actuelle », cet ensemble de « robots équipiers » trouverait une application naturelle dans cette capacité attendue à l’horizon 2040 et dont le concept actuel sur un char habité accompagné de deux chars robotisés et d’un ensemble de drones.

Crédits : Nexter

De premières avancées en attendant iMUGS 2

« Bien sûr, cela ne fonctionne pas encore dans tous les temps et dans tous les cas. Par contre, le niveau de fonctionnement atteint est suffisant pour aborder un certain nombre de missions », indique Joël Morillon. « Il reste des choses à améliorer, mais iMUGS a permis de démontrer qu’en Europe, les industriels savent travailler ensemble et disposent collectivement de l’ensemble des capacités pour fournir dès à présent des solutions opérationnelles crédibles exploitables sur le terrain. »

iMUGS 1 sera officiellement clôturé en juin 2023. Une sixième et dernière démonstration est prévue pour début décembre en Allemagne. Les six mois restants seront davantage destinés à compiler et documenter les travaux effectués. Pour le petit écosystème en place, le prochain jalon important sera iMUGS 2, cette fois financé par le Fonds européen de la Défense avec, potentiellement, des ambitions et un budget à la hausse. Le sujet pourrait faire partie de la troisième vague d’appels à projets attendue pour l’an prochain.

En préparation des prochaines étapes, une nouvelle série d’essais auront lieu fin juin 2023 en Estonie, cette fois dans le cadre élargi du projet PESCO « integrated Unmanned Ground Systems » (iUGS). La focale portera sur les robots de la gamme 0,5 à 3 tonnes, « mais d’autres systèmes peuvent être acceptés », pointe un coordinateur estonien qui insiste par ailleurs sur le fait qu’ « aucun effecteurs et capteurs supplémentaires ne sont nécessaires ». Seules comptent la fonction mule et la capacité des plateformes à se déplacer sur différents terrains et de manière autonome.

Pour le noyau constitué autour d’iMUGS, il s’agira ensuite d’ouvrir le champ et d’aller chercher les compétences là où elles se trouvent, en France et ailleurs en Europe. « L’enjeu sera d’étendre le domaine de fonctionnement, à la fois dans la mobilité autonome, dans la relation homme-machine en déchargeant le plus possible l’homme des tâches de bas niveau, dans le champ des missions proprement dites. Avec l’objectif, demain, de coupler les missions et, pourquoi pas, de combiner une mission de reconnaissance et une mission de combat. C’est sur cette base que sera proposé un iMUGS 2 », annonce Joël Morillon. Il faut en tout cas faire mûrir rapidement ces premiers résultats, la réactivité étant l’une des clefs « pour être en mesure de fournir des réponses crédibles et d’être rentable ».

Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

 

http://www.opex360.com/2022/10/31/economie-de-guerre-un-depute-appelle-a-cesser-de-faire-adopter-aux-armees-des-normes-issues-du-monde-civil/


 

En effet, il ressort des auditions qu’il a menées pour les besoins de son rapport que « l’inflation normative et les contraintes entraînées par celle-ci sur le développement des programmes d’armement génèrent des coûts et des délais supplémentaires… Et cela alors que, pour la plupart, ces normes « ne sont pas nécessairement adaptées aux équipements militaires ».

Et de donner quelques exemples assez éloquents. « Est-il indispensable d’équiper le canon Caesar de la solution AdBlue, additif anti-pollution? », a ainsi demandé le député, qui s’interroge aussi sur la « certification de nature civile pour le parachutage militaire depuis un A400M » ou encore sur la qualification du drone tactique Patroller [destiné à l’armée de Terre] sous la norme dite Stanag 4671.

Sur ce dernier point, celle-ci vise à permettre aux aéronefs télépilotés d’opérer dans l’espace aérien d’autres membres de l’Otan. Ce qui n’est pas forcément inutile… En revanche, d’autres réglementations, comme l’arrêté du 24 décembre 2013, lequel impose « que tout drone de plus de deux kilogrammes soit certifié dès lors qu’il est opéré en dehors de la portée visuelle de son téléopérateur ».

Selon le M. Belhamiti, une telle exigence « conduit à devoir appliquer un processus de certification complet pour des drones dont la mission ne les conduira à survoler aucune population, telles que par exemple les drones utilisés par la marine ».

Toujours dans le même domaine, le député appelle à revoir les règles de navigabilité qui, issues du monde civil, s’imposent aux aéronefs militaires, comme le prévoit un décret publié en avril 2013 [et ayant depuis fait l’objet de six arrêtés].

« Cette réglementation est génératrice d’une grande complexité en ce qu’elle a été appliquée rétroactivement à des aéronefs qui n’étaient pas conçus initialement pour répondre à de telles exigences. Ainsi, un grand nombre de pièces d’aéronefs ne sont pas conformes aux exigences de la réglementation navigabilité », souligne M. Belhamiti.

Ainsi, s’agissant des seuls Mirage 2000, 215’000 pièces – neuves – seraient devenus inutilisables depuis que cette réglementation est entrée en vigueur. « Cette immobilisation des stocks conduit à multiplier les prélèvements des pièces compatibles avec la réglementation navigabilité sur d’autres aéronefs, ce qui affecte au final la disponibilité globale des avions », note le député.

Aussi, avance-t-il, cet exemple est « symptomatique des contraintes que nous nous sommes auto-imposées, et ce pour une faible valeur ajoutée » étant donné qu’il y a « fort à parier que le Mirage 2000 volerait dans des conditions de sécurité appropriées avec ses 215 000 pièces non reconnues par la nouvelle réglementation ».

Selon M. Belhamiti, si de telles normes pouvaient se justifier quand il s’agissait de « profiter des dividendes de la paix », elles constituent désormais un « véritable frein pour la mise en place d’une économie de guerre ». Et d’insister sur le fait que ces « contraintes auto-imposées » et souvent non justifiées, génèrent « non seulement des délais supplémentaires – plus d’une année pour la certification de certains drones par exemple –, mais constitue également un facteur de coûts non négligeable ».

Aussi plaide-t-il pour une réforme qui donnerait plus d’autonome aux « autorités d’emploi », en particulier en matière de navigabilité aérienne, les forces armées étant les mieux placées pour « décider si un aéronef est apte au vol, nonobstant le fait que certains éléments conformes dudit aéronef ne soient pas strictement conformes aux exigences de la réglementation ».

Plus généralement, le député estime nécessaire de « modifier notre culture du risque », en « passant du ‘zéro risque’ à une approche fondée sur une maîtrise raisonnée du risque ». En clair, il faudrait « réinterroger les contraintes imposées lors de la qualification du matériel à l’aune des conditions d’emploi dudit matériel », précise-t-il, soulignant que les travaux sur l’économie de guerre sont une « véritable opportunité pour changer de paradigme » et « mettre fin à cette inflation normative ».

Cela étant, le problème soulevé par le parlementaire n’est pas nouveau… Et il avait même été évoqué, en des termes plus généraux, par la Revue stratégique actualisée [en janvier 2021, ndlr], celle-ci ayant souligné que les armées étaient de « façon croissante assujetties à des normes de droit qui ignorent parfois la singularité du métier militaire ».

Drones armés : des recommandations pour faire émerger une solution française

Drones armés : des recommandations pour faire émerger une solution française


« À la bourre ». Trois mots suffisent pour résumer la position de la France dans le développement des drones armés. Pour rattraper le retard, des acteurs industriels et étatiques ont planché durant six mois sur une liste de recommandations, sous l’égide du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres  (GICAT).

La France à la traîne

La surprise fut de taille lorsque, en 2008 au cours d’une mission sur les drones, une délégation française découvrit qu’Israël maîtrisait la totalité du spectre disponible depuis près d’une décennie. Quatorze ans plus tard, les États-Unis, la Turquie, la Chine ou encore la Pologne sont venus gonfler le peloton de tête. La France, elle, est toujours à la traîne malgré quelques alertes, notamment en provenance des rangs parlementaires.

L’industrie française n’est aujourd’hui pas en mesure de répondre aux besoins opérationnels des armées qui, pourtant, disposent de capacités « bien en deçà de ce qu’elles devraient être ». Et ce retard a désormais pour conséquence d’obliger le ministère des Armées à envisager une solution américaine pour équiper les forces spéciales françaises.

Face à ce constat, le GICAT a initié une réflexion globale avec l’appui du Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CreC Saint-Cyr), « matrice de transfert entre les besoins capacitaires et l’aspect industriel ». De décembre 2021 à juillet 2022, des industriels de toutes tailles, membres ou non du GICAT, ont été invités à échanger deux fois par mois avec les représentants du ministère des Armées et du ministère de l’Intérieur.

Les objectifs de ce groupe de réflexion sur les « DRones Aériens à charges OpératioNnelles actives », (GR DRAGON) ? Contribuer à l’émergence de solutions souveraines, mettre à niveau l’ensemble des acteurs quelle que soit leur carrure et dialoguer avec les utilisateurs potentiels. Le tout, en se focalisant sur les drones de moins de 150 kg dont la charge utile génère des effets sur les personnels, véhicules et infrastructures.

Soutenir l’émergence d’une filière

Plusieurs recommandations ont émergé au terme de six mois de réflexions et ont été présentées début juillet lors d’une séance de restitution. Qu’importe l’objet, les acteurs s’accordent tous pour dire qu’il faut désormais « aller vite, très vite », le retard étant aggravé par l’évolution rapide des technologies, l’intérêt croissant engendré par les conflits au Haut-Karabagh et en Ukraine et la densification de l’offre étrangère.

Une première tentative de rattrapage émergeait dernièrement à l’initiative de l’Agence de l’innovation de défense (AID). Ce sont les appels à projets Colibri et Larinae, émis avec l’objectif de déboucher sur des démonstrateurs en 9 à 12 mois pour le premier, en 12 à 18 mois pour le second. Là aussi, il est question aboutir rapidement. Au point d’avoir dû décliner quelques demandes de report de délai. L’effort à consentir dépasse le seul périmètre de Larinae et Colibri. Pour être plus plus agile, plus rapide et créer de nouveaux matériels « non pas en cinq ou six ans mais en quelques mois », il faut donner de la liberté, de l’espace et de l’oxygène aux entreprises, estime le GR DRAGON.

Les règles de certification et de qualification, par exemple, sont « trop contraignantes et pas assez agiles au regards des bonds technologiques prévisibles ». « Le drame de ce début de siècle, c’est le principe de précaution », pointait un intervenant. Ces règles doivent devenir incrémentales et agiles. Le GR DRAGON recommande à ce titre d’établir au plus vite des groupes de travail entre l’État et l’industrie pour plancher sur les règles d’emploi et sur la problématique des zones d’essais et d’entraînement.

La démarche s’accompagne aussi d’un effort de sensibilisation. Systèmes d’armes « de rupture », ces drones « kamikazes », « tueurs » et autres munitions rôdeuses jouissent, premièrement, d’une image peu reluisante aux yeux du grand public. Le déploiement de ces matériels ne pourra se faire que s’ils sont « socialement acceptés » grâce à l’usage du bon vocabulaire et à une intransigeance vis-à-vis des questions éthiques.

Une équation économique à trouver

Bien qu’elle dispose des talents nécessaires, l’industrie doit encore se structurer autour de quelques grands champions. Sans visibilité ni stratégie nationale, il reste par ailleurs difficile pour les industriels de se positionner à long terme sur un sujet exigeant des investissements majeurs en R&D. « Il est indispensable que l’État donne de la visibilité aux acteurs industriels en leur garantissant son aide financière sur la durée tout en hiérarchisant ses besoins prioritaires en termes de souveraineté », souligne le GICAT. L’amorce reposerait sur un plan d’urgence d’au moins 150 M€ sur trois ans. L’effort permettrait de dépasser le stade du démonstrateur pour expérimenter des CONOPS et offrir in fine une capacité initiale susceptible de répondre à un besoin urgent. L’intervalle serait également mis à profit pour structurer un écosystème national.

L’équation est conditionnée par le niveau élevé de R&D qu’exigent ces développements. Il ne s’agit pas seulement de combler l’écart avec la concurrence, mais aussi de plancher sur des briques naissantes ou à venir, comme le vol en essaim, la résilience des communications ou le rôle de l’intelligence artificielle. Et ne pas limiter la réflexion aux seuls conflits récents. « Ce que l’on voit en Ukraine n’est pas nécessairement ce que l’on verra dans cinq ans », pointait un intervenant.

Pour maintenir la dynamique dans la durée, l’État français devrait y consacrer plusieurs centaines de millions d’euros en moyenne par an à compter de la fin de la décennie, estime le GICAT. Si elle évolue avec un temps de retard, la lutte anti-drones se généralise et se durcit en parallèle. Désormais, aucun drone n’est indétectable, et encore moins indestructible. L’attrition est donc une donnée intrinsèque à leur emploi. Réponse parmi d’autres, la massification entraîne une réflexion sur l’équilibre à trouver entre les coûts d’acquisition et le degré de technicité. Autres paramètres clés, la normalisation et une logique de modularité doivent être privilégiées afin de réaliser des économies d’échelle.

Cette équation économique inclut aussi dès l’origine la question de l’export. À l’instar des autres filières, celle-ci ne peut se développer en ne misant que sur le marché intérieur. La clientèle étrangère s’avère cruciale en termes économiques, conformément au souhait de la BITD d’exporter 50% de sa production. Les principes d’exportation doivent néanmoins être anticipés afin de ne pas subir le veto d’un éventuel fournisseur étranger ou, pire, de devoir brider l’emploi par les opérationnels.

Armée de Terre – A propos de la prochaine sortie du bois sur le sujet robotique

Armée de Terre – A propos de la prochaine sortie du bois sur le sujet robotique

 

Mars attaque – publié le 8 septembre 2022
Le responsable du sujet robotique au sein du bureau Plans (en charge de l’avenir à moyen-long terme, pour résumé) de l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) est récemment revenu sur la construction et l’intégration progressives d’une capacité robotique au sein des forces terrestres françaises.
La grande étape à venir étant la formalisation et la présentation d’ici la fin de l’année des besoins de l’armée de Terre pour de tels équipements. Etape de « sortie du bois » sur le besoin opérationnel, le fondement de toute action, après une intense phase de maturation et d’exploration, en lien notamment avec le Battle Lab Terre, et d’expérimentation, notamment avec la section exploratoire robotique (SOR) Vulcain.
Un besoin opérationnel qui ne remet pas en cause fondamentalement les grandes réflexions actuelles quant à l’avenir des forces terrestres, mais permet à la fois d’apporter un plus sur certains facteurs de supériorité opérationnels (FSO), notamment l’endurance et la masse, ouvre de nouvelles perspectives à travailler, notamment en termes de coopération, et son lot de défis (notamment pour la compréhension).
Le tout en intégrant la responsabilité éthique, avec non pas des SAL