Comment le ministère des Armées veut faire décoller un drone MALE français en 2026

Comment le ministère des Armées veut faire décoller un drone MALE français en 2026

– Forces opérations Blog – publié le

Faire décoller un drone MALE bas du spectre dès l’an prochain, c’est le défi proposé à la filière française par le ministère des Armées. Un pan d’une méthode adoptée pour rattraper le retard et développer une offre française « solide » dans plusieurs segments, annonçait ce matin le cabinet ministériel en amont d’une visite de Sébastien Lecornu sur le site blésois de l’entreprise Turgis & Gaillard. 

Dialoguer, stimuler et simplifier : trois ingrédients d’une recette visant à favoriser l’émergence d’une filière drone nationale. Et, au passage, à s’assurer que les retards constatés au cours de la décennie précédente ne soient plus qu’un lointain souvenir. Ce tournant, le ministère des Armées assure l’avoir engagé dès 2022 et l’éclatement d’un conflit russo-ukrainien n’ayant fait que confirmer le rôle central des drones dans la guerre d’aujourd’hui et démontrer l’étendue des besoins pour les militaires français.

Depuis, les initiatives se sont multipliées. C’est ce Pacte Drones signé en juin dernier au cours du salon Eurosatory, un mécanisme initié par le GICAT pour développer les réflexions et échanges entre le ministère, les industriels et les opérationnels. Ce sont les 5 Md€ inscrits dans la loi de programmation militaire pour 2024-2030, une envelopper à laquelle plus de 500 M€ ont été ajoutés lors du dernier ajustement annuel de la programmation militaire (A2PM). De quoi notamment passer la seconde sur les munitions téléopérées (MTO) et enclencher la première sur le drone de moyenne altitude et longue endurance (MALE) du « bas du spectre », un objet qui pourrait intéresser les trois armées. 

Après des projets COLIBRI et LARINAE précurseurs, le ministère s’est à nouveau tourné vers la filière pour monter au plus vite en gamme sur le segment MALE. Une expression de besoin s’est matérialisée début 2024. Simplifiée, centrée sur quelques spécifications, la demande a su autant attirer quelques grands noms du secteur que des petits acteurs « prêts à prendre du risque », observe le cabinet ministériel. « Aucun de ces industriels ne disposent aujourd’hui d’un drone MALE sur étagère. Il faut donc véritablement développer et innover », continue-t-il. 

Hors de question, à ce stade, de s’engager sur une acquisition. La volonté reste bien de stimuler l’innovation en soutenant les idées les plus prometteuses. Seule une ligne de 10 M€ est d’ailleurs prévue cette année pour financer entre cinq et dix solutions, des crédits de paiements non prévus en LPM mais que le ministère a su récupérer grâce aux provisions sur les retards de certains grands programmes, dont celui de l’Eurodrone. Les premières conventions de subvention seront signées en juin prochain lors du salon du Bourget, annonce l’entourage du ministre. À charge ensuite des lauréats de « trouver le chemin » vers un vol de démonstration en 2026. 

« Ceux qui ne passent pas ce jalon seront considérés comme n’étant pas sélectionnés », relève le ministère. Pour le ou les autres, la feuille de route n’exclut pas de basculer sur une commande courant 2027. Trois ans auront alors suffi pour développer et adopter une ou plusieurs nouvelles plateformes complémentaires du MQ-9 Reaper déjà en service, de l’Eurodrone en cours de développement et du Patroller en cours d’adoption par l’armée de Terre. La multiplication des moyens amènera des défis en matière de formation et de maintenance, mais cette densification n’aura rien d’un luxe pour des opérationnels disposant au final de davantage d’options pour remplir leurs missions, pointe un intervenant. 

Objet de ce déplacement ministériel sur l’aérodrome de Blois-le-Breuil, « Turgis & Gaillard est un acteur particulièrement intéressant dans le cadre de cette démarche ». Remarquée pour son drone MALE AAROK dévoilé en 2023, l’entreprise a non seulement répondu à la demande d’information pour un drone bas du spectre, mais son agilité lui permet également de participer au troisième pilier, celui de la simplification normative. Un marché d’expérimentation lui a en effet été notifié avec pour enjeu de développer un drone « certifiable mais non certifié ». Autrement dit, de démontrer la capacité de ce drone à voler dans une zone confinée sans mener à son terme un processus de certification « toujours long et pénible ». 

Le déplacement ministériel d’aujourd’hui n’a donc rien d’anodin. « Acteur particulièrement pertinent dans cet écosystème », Turgis & Gaillard envisage d’implanter une « usine AAROK » à Blois, un projet qui contribuerait à créer 50 emplois sur un site dont l’effectif a déjà quadruplé depuis 2020. Derrière le segment MALE, Turgis & Gaillard se positionne également sur celui des munitions téléopérées longue portée. Les travaux portent en partie sur les problématiques de masse et de coût. L’inspiration pourrait venir d’une industrie civile habituée aux volumes désormais exigés par les armées. De la motorisation à la soudure et du collage aux matériaux, les synergies entre filières drone et automobile, par exemple, sont en effet envisageables et à l’étude. « Rien n’est encore formalisé », indique le ministère, mais le scénario a au moins cela d’intéressant d’illustrer à son tour l’effort de prise de masse engagé depuis deux ans. 

Crédits image : Turgis & Gaillard