La Marine nationale a évalué un nouveau type de drone aérien à bord d’un porte-hélicoptères amphibie

La Marine nationale a évalué un nouveau type de drone aérien à bord d’un porte-hélicoptères amphibie

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Cette liste ne demande qu’à être complétée. Pour cela, encore faut-il évaluer leurs performances et les capacités qu’ils sont susceptibles d’offrir. Aligner des drones aériens sur un pont d’envol ne rime à rien si on n’a aucune idée du bénéfice que l’on peut en attendre. Il s’agit de définir et d’éprouver des concepts d’emploi en fonction de scénarios représentatifs de missions opérationnelles. Tel est d’ailleurs l’objet du projet « Perseus », mis en avant lors de la dernière mise à jour du plan stratégique Mercator de la Marine nationale.

« Facteur de supériorité opérationnelle », l’innovation technologique est « au cœur du projet Perseus », qui vise à « intégrer plus vite les idées prometteuses qui deviendront les capacités déterminantes pour les combats futurs », tout en favorisant le rapprochement entre la Direction générale de l’armement [DGA], les industriels et les unités opérationnelles de la Marine, est-il expliqué dans ce plan stratégique.

C’est donc dans le cadre de ce projet Perseus que, le 19 février, la Marine nationale a évalué un nouveau type de drone à bord d’un porte-hélicoptères amphibie. Les images de cet essai ont été diffusée par Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, via X [anciennement Twitter].

Le drone en question – de type DT46 – a été mis au point par la société haut-garonnaise Delair. Cet appareil a la particularité de pouvoir être configuré soit en version VTOL [décollage et atterrissage vertical], soit en version « voilure fixe », auquel cas il a besoin d’une catapulte pour décoller.

Pouvant être rapidement déployé [moins de 15 minutes], le DT46 présente des performances différentes selon sa configuration. En mode VTOL, il est capable de rester en vol pendant 3h30 et porter une charge utile de 5 kg tandis qu’en mode « voilure fixe », il affiche une endurance de 7 heures. Le décollage et l’atterrissage se font automatiquement. D’après Delair, sa portée de communication, « entièrement chiffrée », est de 100 km. Il peut emporter différents types de capteurs, dont une boule optronique, un LIDAR et un IMSI-catcher.

Visiblement, ce DT46 a donné satisfaction. « Expérimentation réussie sur le porte-hélicoptères amphibie, pour ces nouveaux drones 100 % français, désormais capables d’atterrir sur une zone beaucoup plus restreinte. La LPM permet des résultats concrets : nos Armées recevront leurs premières livraisons dès le mois de mars », a en effet commenté M. Lecornu.

Pour le chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], l’amiral Nicolas Vaujour, la « réussite » de cette évaluation d’un « drone léger et plus facile d’emploi » marque « une étape supplémentaire dans les démarches de Polaris [une « marine de combat », ndlr] et Perseus ».

Cependant, à en juger par les images, cet essai du DT46 a été réalisé par temps calme, dans la rade de Toulon. Probablement qu’il y en aura d’autres, afin d’éprouver ses capacités en haute mer et dans des conditions météorologiques moins clémentes.

À bord d’un PHA, on peut imaginer qu’un drone DT46 permette de reconnaître une zone avant le lancement d’une opération amphibie ou de vérifier qu’aucun navire potentiellement hostile soit en approche. En réalité, l’éventail des missions qu’il pourra effectuer dépendra de la nature de sa charge utile.

La Marine nationale va recevoir 15 systèmes de mini-drones aériens embarqués supplémentaires

La Marine nationale va recevoir 15 systèmes de mini-drones aériens embarqués supplémentaires

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Déployable en moins de quinze minutes par deux opérateurs et doté d’une propulsion électrique, l’Aliaca affiche une autonomie de 3 heures pour un rayon d’action de 27 nautiques. À bord d’une frégate ou d’un patrouilleur, il est lancé au moyen d’une catapulte et sa récupération se fait automatiquement, grâce à un filet. Les données et les images qu’il collecte durant sa mission grâce à sa batterie de capteurs sont transmises en temps réel, de jour comme de nuit.

La Marine nationale mit très vite à l’épreuve ses premiers SMDM, en menant une phase d’évaluation opérationnelle [EVALOPS] depuis le patrouilleur de haute mer [PHM] « Commandant Bouan », avec le concours du Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale [CEPA/10S].

Ces mini-drones agissent comme des « capteurs déportés », c’est à dire qu’ils permettent à un patrouilleur de surveiller une zone donnée ainsi que de repérer et d’identifier les navires qui y naviguent tout en « caractérisant » leurs activités. Et cela à distance supérieures aux portées radar. L’an passé, dans le golfe de Guinée, le PHM « Premier-maître L’Her » a démontré l’apport du SMDM lors de la saisie de 4,7 tonnes de cocaïne à bord d’un cargo et en retrouvant la trace du pétrolier Monjasa Reformer, qui avait été détourné par des pirates.

Puis, en septembre dernier, la DGA fit savoir qu’elle venait de qualifier le SMDM. « Grâce à ces performances, le potentiel d’emploi de ces drones tactiques est large : identification et prise de photos de navires inconnus, repositionnement discret de navires d’intérêt, ou encore recherche de naufragés », avait-elle alors souligné. Et d’ajouter qu’il allait « intégrer progressivement de nouvelles technologies » afin d’améliorer ses capacités.

Initialement, le SMDM devait être uniquement destiné aux patrouilleurs et aux frégates de surveillance. Cela étant, la Marine nationale indiqua qu’elle avait l’intention d’en équiper ses sémaphores – ou du moins un partie d’entre eux – à moyen terme. Peut-être qu’elle sera bientôt en mesure de mettre en oeuvre ce projet.

En effet, ce 5 février, la DGA a annoncé qu’elle venait de commander 15 SMDM supplémentaires pour environ 30 millions d’euros.

« Les premières intégrations de SMDM ayant donné pleine satisfaction sur le plan opérationnel, cette commande complémentaire permettra de répondre aux attentes de massification de la Marine Nationale. Les nouvelles livraisons débuteront dès la fin de l’année 2024 », a précisé la DGA, via un communiqué. Et d’ajouter que ce système de mini-drones pourrait disposer bientôt d’un « transpondeur ».

De son côté, Survey Copter a dit voir dans cette « commande additionnelle » la confirmation de « la relation de confiance » nouée avec la DGA et la Marine nationale. En outre, a souligné l’industriel, depuis le 4 septembre dernier, le « SMDM s’illustre dans une configuration côtière afin d’appuyer les opérations de recherche et secours dans la Manche, menées par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage [CROSS] Gris-Nez [Pas-de-Calais].

L’armée française signe pour des drones de combat taillés pour la guerre sous-marine

L’armée française signe pour des drones de combat taillés pour la guerre sous-marine

Source : Naval Group
 
La France se prépare à avoir un jour dans sa marine des drones sous-marins de combat. Un démonstrateur va être construit par Naval Group.

Après l’espace aérien, les drones envahissent de plus en plus les fonds marins. La France, avec son immense domaine maritime, entend en être. Six mois après avoir lancé des études sur l’utilisation des drones sous-marins, décision a été prise de construire un démonstrateur de drone sous-marin de combat sans équipage.

La nouvelle a été annoncée le 30 janvier 2024 par la direction générale de l’Armement, dont la mission est de préparer les futurs systèmes de défense de la France. L’engin, appelé dans le jargon un UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), sera construit par Naval Group, l’un des géants de la construction navale dans le monde.

Une capacité de traitement propre et une autonomie décisionnelle

L’UCUV français appartiendra plus précisément à la classe des XL-UUV, soit la catégorie des drones sous-marins de combat sans équipage et de grandes dimensions. Il est précisé dans l’annonce de la DGA que l’engin atteindra à terme les 10 mètres de long pour une masse globale dépassant les 10 tonnes.

drone naval group sous marin
Un prototype en essai. // Source : Naval Group

Ce drone de combat devra afficher une « longue endurance », disposer de « capacités de traitement autonomes », grâce à la présence de capteurs, et assumer une certaine « autonomie décisionnelle ». Son armement éventuel n’est pas mentionné. Sa vocation militaire ouvre toutefois la possibilité de lui octroyer des armes.

L’autonomie décisionnelle sera partielle, avec le souci d’avoir toujours un humain dans la boucle. Le cerveau embarqué des drones restera sous la supervision des marins pour planifier et réaliser des missions. En somme, la France doit suivre la doctrine déjà observée avec les drones aériens : les engins agissent sous l’œil et sous la décision d’un opérateur.

Un nouveau champ de conflictualité : le fond des mers

Ce développement reflète la volonté des puissances d’investir un nouveau milieu, les fonds marins, déjà en partie occupés par les sous-marins. Ces dernières années, l’état-major et le gouvernement insistent sur la nécessité de se déployer dans ces nouveaux champs de conflictualité : cyber, espace, informationnel et le fond des océans.

Pour les États ayant un accès à la mer, cela devient un enjeu stratégique, pour protéger les approches maritimes d’un pays, ou sécuriser les abords d’une force navale déployée. Ces drones, de petite taille et pensés pour être très discrets, peuvent aussi servir à des actions offensives, ou bien faire du renseignement et de la surveillance.

Naval Group, qui équipe depuis longtemps la Marine nationale, travaille depuis 2016 sur des drones sous-marins, lui permettant d’accumuler déjà de l’expérience et de l’expertise dans ce secteur. Des développements sur fonds propres qui devraient ensuite se concrétiser avec la signature de contrats avec l’armée française.

La France veut se tourner vers le Saab GlobalEye suédois pour remplacer ses avions Awacs

La France veut se tourner vers le Saab GlobalEye suédois pour remplacer ses avions Awacs

L’acquisition possible, par la France, du système d’alerte aérienne avancée Saab GlobalEye suédois, pour remplacer les AWACS E-3F Sentry de l’Armée de l’Air et de l’Espace, sera incontestablement un des sujets majeurs abordés par le Président français, à l’occasion de sa visite officielle en Suède, qui débute de 30 janvier, alors que Paris et Stockholm vont approfondir leurs coopérations industrielles en matière de défense.

Mais les enjeux de cette visite, pourraient bien dépasser de beaucoup ce seul cadre pourtant déjà stratégique. En effet, tout indique qu’à cette occasion, le président français va aborder la possible participation suédoise au programme SCAF, et peut-être même d’autres coopérations ambitieuses, comme dans le domaine des drones de combat. Car, en bien des aspects, la France et la Suède partagent la même vision en matière de défense et de coopération industrielle européenne, mais aussi des besoins proches.

Sommaire

La Suède, une grande nation militaire et industrielle Défense en Europe

Bien qu’attachée à sa neutralité pendant longtemps, ou peut-être à cause d’elle, la Suède a été, au long de la Guerre Froide, et après, l’un des pays européens partageant le plus les positions de la France en matière de Défense.

Pour assurer la protection de son immense territoire, en dépit d’une population relativement faible de seulement 8 millions d’habitants en 1980, Stockholm avait développé un puissant outil militaire, ainsi qu’une importante industrie de défense lui permettant de produire l’essentiel de ses équipements, du sous-marin à l’avion de combat.

Sous-marin A26 Blekinge
La Suède est l’un des rares pays capables de concevoir des sous-marins conventionnels à hautes performances, comme le nouveau A26 classe Blekinge.

Comme tous les pays européens, la Suède a baissé la garde dans les années 2000, avec un budget défense à ce point réduit que les armées suédoises n’alignaient plus que 2 bataillons d’active opérationnels en 2015, contre 15 brigades en 1990. Toutefois, Stockholm n’a jamais cessé de soutenir son industrie de défense, produisant certains équipements particulièrement réussis comme le chasseur JAS 39 Gripen, le véhicle de combat d’infanterie CV90, ou le sous-marin A-19 de la classe Götland.

Surtout, la Suède a pris, dès 2016, la mesure de l’évolution de la menace en Europe de l’Est, réintroduisant un service militaire obligatoire, mais partiel, en 2017, adossé à une nouvelle doctrine dite de Défense Globale, conçue pour dissuader un éventuel adversaire de vouloir s’emparer militairement du pays.

Son implication budgétaire a évolué proportionnellement sur la même durée. Alors que Stockholm ne consacrait que 1 % de son PIB à ses armées en 2015, soit 55 milliards de couronnes (5 Md€ 2015), celui-ci a été amené, en 2024, à 115 Md de couronnes (10 Md€ 2024) et 2,1 % de son PIB, lui permettant de faire progresser son dispositif défense jusqu’à 3 brigades, ainsi qu’une vingtaine de bataillons auxiliaires, prêts sous 48 heures d’ici à 2025.

Ainsi, si la Suède va prochainement rejoindre l’OTAN, après l’accord donné par le Parlement turc, elle continue, de manière évidente, à s’investir pleinement dans sa propre défense, et dans la défense collective régionale et européenne.

La visite d’État d’Emmanuel Macron en Suède pour approfondir les liens industriels de défense entre les deux pays

C’est dans ce contexte que le président français, Emmanuel Macron, va entamer, ce 30 janvier, une visite d’État en Suède. Si de nombreux sujets vont être discutés entre le président français, et son homologue suédois, Ulf Kristersson, la coopération franco-suédoise en matière de défense européenne, et d’industrie de défense, sera en tête de liste.

Missile MMP Akheron Jaguar
Paris et Stockholm vont entamer une coopération visant à étendre les performances et capacités du missile antichar Akheron de MBDA.

En effet, si, à son habitude, Paris avait tancé Stockholm, en 2018, après que la Suède a arbitré en faveur du système antiaérien et antimissile américain Patriot, au détriment du SAMP/T Mamba franco-italien, les relations se sont rapidement normalisées par la suite, avec plusieurs coopérations industrielles de défense efficaces, qu’il s’agisse des munitions antichars (roquettes VT4, missile Akheron, obus Bonus), de systèmes de détection (radar giraffe, avion Awacs GlobalEye…), et d’autres.

Car si les industries françaises et suédoises sont souvent en compétition, comme dans le cas du Rafale face au Gripen, du sous-marin Blekinge face au Scorpene ou Marlin, ou du canon CAESAR face à l’Archer, elles savent aussi très bien collaborer, comme dans le cas du programme Neuron ou du missile Meteor.

Surtout, Paris et Stockholm partagent des positions proches concernant la coopération industrielle européenne de défense, et le renforcement de l’autonomie stratégique européenne, même si la Suède demeure un partenaire proche, en particulier dans le domaine de l’industrie de défense, des États-Unis (motorisation du Gripen, avion d’entrainement T-7A…).

La France envisage le Saab GlobalEye pour remplacer ses 4 avions radar AWACS E-3F

Pour entamer la discussion, Emmanuel Macron n’arrivera pas, en Suède, uniquement avec de belles paroles. En effet, plusieurs programmes de coopération industrielle Défense vont être lancés à l’occasion de cette visite, en particulier concernant l’évolution du missile antichar Akheron de MBDA, qui sera doté de nouvelles capacités avec Saab.

Mais le gros dossier, de cette visite, sera incontestablement les discussions qui seront entamées entre les deux pays, pour remplacer les 4 avions de veille aérienne avancée AWACS E-3F Sentry de l’Armée de l’Air et de l’Espace, par le GlobalEye suédois.

le Saab Globaleye suédois va t il rempalcer les E-3F français ?
Un E-3F SDCA du 36e Escadron de Détection et Contrôle Aéroportés. © A. Jeuland / Armée de l’air

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Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, l’artillerie est maintenant la « reine des batailles »

Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, l’artillerie est maintenant la « reine des batailles »

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« Si l’appellation de « reine des batailles » a été donnée à l’infanterie durant le premier conflit mondial, il aurait été plus exact de l’accorder à l’artillerie, ne serait-ce que par la place prépondérante qu’elle occupe peu à peu dans les opérations, au point de représenter le tiers des effectifs des armées belligérantes de 1918. Point d’artillerie, point d’offensive! », fait ainsi valoir le colonel [ER] Henri Ortholan, historien et auteur de « L’artillerie de la grande guerre 1914-1918 – Une arme en constante évolution« , paru en 2020.

Par bien des côtés, la guerre en Ukraine rappelle les combats de 1914-18. D’ailleurs, c’est le constat établi par le général Valeri Zaloujny, le commandant en chef des forces ukrainiennes. « Tout comme lors de la Première Guerre mondiale, nous avons atteint un niveau technologique qui nous met dans une impasse », a-t-il en effet expliqué dans les pages de l’hebdomadaire The Economist, en novembre dernier.

Dans ce contexte, l’artillerie est [re]devenue incontournable, alors que, avec la fin de la Guerre Froide et les « dividendes de la paix », elle a été « ringardisée », pour reprendre le mot du général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], qui a fait part de ses réflexions sur ce sujet via Linkedin, cette semaine.

« Les armées n’ont pas été épargnées par la ‘fin de l’Histoire’ théorisée après la chute du mur de Berlin. Dans le sillage de la Guerre Froide, des savoir-faire, des capacités, des gammes de matériels ont été écartés comme obsolètes, ‘ringardisés’ voire oubliés », a ainsi rappelé le général Schill. Et avec les réductions budgétaires qui marquèrent cette période, « le besoin de disposer d’une artillerie puissante était discutable », a-t-il ajouté. D’autant plus que la puissance aérienne était censée « faire le travail », face à des adversaires supposés être technologiquement inférieurs.

Cependant, l’artillerie démontra qu’elle restait pertinente lors des opérations menées contre l’État islamique [EI ou Daesh] en Syrie et, surtout, en Irak. Entre 2016 et 2019, le détachement français Wagram, doté de quatre CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie de 155 mm], assura environ 2500 missions de tirs [soit 18’000 obus tirés], notamment au cours de la bataille de Mossoul.

Quoi qu’il en soit, pour le CEMAT, la guerre en Ukraine « met en évidence le point suivant : dans un environnement tactique où la supériorité aérienne n’est plus acquise, où les volumes comptent encore plus que la technicité, l’artillerie est la ‘reine des batailles’ », avec des « duels d’artillerie » qui « paralysent le champ de bataille » et provoquent « l’essentiel des pertes ».

En outre, poursuit le général Schill, « l’intérêt et l’efficacité de l’artillerie sont décuplés par l’omniprésence des drones, conférant ce qu’il est désormais convenu d’appeler la transparence du champ de bataille, démultipliant les capacités de la ‘chaîne’ artillerie ».

« Plus que jamais, ‘l’artillerie conquiert, l’infanterie occupe’, ce qui conduit au paradoxe suivant : dans l’environnement très technologique de la guerre en Ukraine, c’est possiblement le volume d’obus disponibles qui fera pencher le cours de la guerre », constate le CEMAT.

Sur ce point, les forces russes ont l’avantage, comme l’a souligné Cédric Perrin, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, à l’occasion de la présentation d’un rapport rédigé après un déplacement en Ukraine, le mois dernier.

Selon lui, l’armée ukrainienne « tire entre 5000 et 8000 » obus de 155 mm par jour… soit près deux fois moins que les Russes [entre 10’000 et 15’000 coups quotidiennement, ndlr]. « Les autorités ukrainiennes ont fait de la production de munitions la priorité. Si la production locale de munitions a été multipliée par vingt depuis 2022, cela reste très insuffisant », affirme le rapport.

Et celui-ci de relever que, « entre mai et décembre 2023, le nombre de soldats russes aurait augmenté de 20% sur le front, tandis que les nombres de chars et de pièces d’artillerie déployés auraient chacun augmenté de 60% ce qui illustre combien la ‘masse’ demeure du côté russe. Ces chiffres contrastent brutalement avec l’essoufflement des livraisons occidentales à l’Ukraine ».

Dans le même temps, la promesse de la Commission européenne de livrer 1 million d’obus à Kiev tarde à se concrétiser. Pour autant, le commissaire Thierry Breton a assuré, cette semaine, que l’Union européenne aurait la capacité d’en produire 1,3 million d’ici la fin de cette année. « Nous sommes à un moment crucial pour notre sécurité collective en Europe, et, dans la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine, l’Europe doit et continuera à soutenir l’Ukraine avec tous ses moyens », a-t-il fait valoir.

En attendant, « la pénurie de munitions est un problème pressant auquel nos forces armées sont actuellement confrontées. […] Nous devons renforcer les capacités de défense ukrainiennes pour protéger le monde libre contre le danger russe », a affirmé Rustem Umerov, le ministre ukrainien de la Défense, lors du lancement de la coalition « Artillerie pour l’Ukraine », dirigée par la France.

Celle-ci devrait se traduire par la livraison de 78 CAESAr supplémentaires aux forces ukrainiennes dans le courant de année. Quant aux obus de 155 mm, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a assuré que la France serait en mesure de leur en fournir 3000 par mois d’ici la fin janvier.

Or, dans leur avis budgétaire sur le programme 146 « Équipement des forces », publié en novembre, les sénateurs Hélène Conway-Mouret et Hugues Saury, ont expliqué que « l’ambition affichée par le ministère des Armées en matière de munitions demeure très insuffisante au regard des exigences des combats de haute intensité » étant donné que, pour les obus de 155 mm, les « livraisons devraient être de 20’000 unités en 2024 soit l’équivalent de quatre jours de consommation des armées ukrainiennes ».

« Or, malgré les déclarations du gouvernement, les volumes d’acquisition des munitions resteront dans les années à venir similaires aux moyennes constatées les années précédentes pour les munitions d’artillerie », ce qui « place dangereusement la France en décalage par rapport à ses partenaires. […] Nexter estime qu’il conviendrait de garantir l’achat de 15’000 obus pour permettre de pérenniser la filière et rendre possible une montée en puissance rapide de la production à 40 à 45’000 obus. À plus long terme le groupe KNDS/Nexter vise une capacité de production de 100’000 obus et appelle toujours de ses vœux davantage de perspectives sur les commandes de l’État », ont conclu les deux parlementaires.

Photo : TF Wagram / EMA

Mer Rouge : La Marine nationale justifie l’emploi de missiles Aster 15 pour détruire des drones bon marché

Mer Rouge : La Marine nationale justifie l’emploi de missiles Aster 15 pour détruire des drones bon marché

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Évidemment, cela a ouvert un débat sur le rapport entre le coût de ces missiles et celui des engins qu’ils ont détruits, sachant que le prix d’une munition téléopérée iranienne [MTO ou drone « kamikaze »] de type Shahed-136, comme celle probablement utilisée par les Houthis, est d’environ 20’000 dollars.

Lors du dernier point presse du ministère des Armées, le 11 janvier, le vice-amiral Emmanuel Slaars, commandant la zone maritime de l’océan Indien [ALINDIEN] ainsi que les forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis [FFEAU] n’a pas manqué d’être interrogé sur ce sujet. Pour lui, « analyser les choses » sous cet angle est un « peu court » étant donné que ce n’est pas le prix de la munition utilisée pour écarter une menace qui compte mais la valeur de ce qu’elle a permis de protéger.

« Il faut intégrer dans vos analyses le fait que le coût à prendre en compte n’est pas seulement celui du missile que l’on utilise mais également le coût de ce que l’on protège. Là, en l’occurrence, il s’est agi de protéger nos marins et leur bateau parce que, lors des attaques des 9 et 11 décembre, il n’y a aucun doute sur le fait que la Languedoc était visée. Donc, il n’y a aucun état d’âme à avoir », a affirmé le vice-amiral Slaars.

Par ailleurs, toujours selon ce dernier, le prix des drones utilisés par les Houthis seraient plus élevés que ceux généralement avancés. « Certains sont assez sophistiqués, notamment ceux utilisés […] pour repérer les bateaux. Être capable de les détruire, c’est finalement anticiper une frappe beaucoup plus létale [avec des missiles, ndlr] et plus critique », a-t-il estimé.

Cela étant, les options de la FREMM en matière de défense aérienne sont limitées. Outre ses missiles Aster 15, associés au radar multifonctions Herakles, capable de détecter et de suivre jusqu’à 400 cibles maritimes et aériennes, elle dispose d’une tourelle de 76 mm.

Si des exercices ont démontré l’efficacité de cette dernière contre les drones, encore faut-il que les conditions opérationnelles se prêtent à son utilisation. À ce jour, sur les vingt-six attaques déjouées en mer Rouge, seul le « destroyer » britannique HMS Diamond a fait usage de son canon de 114 mm contre des drones lancés par les Houthis [lors de l’attaque que ceux-ci ont mené le 9 janvier, ndlr]. Mais il ne l’a fait qu’à une seule reprise, les missiles Aster de son système Viper [ou PAAMS pour Principal Anti Air Missile System] ayant été jusqu’alors privilégiés.

Quoi qu’il en soit, la Marine nationale aura à mener une réflexion sur les capacités surface-air de ses frégates. L’intégration de missiles VL Mica NG, comme cela avait été proposé pour les futures frégates de défense et d’intervention [FDI] grecques, pourrait être une solution susceptible d’être mise en oeuvre assez rapidement.

Lors d’un colloque à l’Institut Montaigne, le 7 décembre, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Thierry Burkhard, avait mis ce sujet sur la table.

« Dans l’arsenal russe, une des armes les plus utilisées pour les frappes dans la profondeur est le drone Shahed d’origine iranienne qui doit coûter à peine 20’000 dollars. Aujourd’hui, on abat quelquefois ce drone avec des Patriot ou des Aster [Aster 30 du système sol-air moyenne portée / terrestre, ndlr] qui coûtent plusieurs millions. Quand on tue un Shahed avec un Aster, en réalité c’est le Shahed qui a tué l’Aster », avait-il expliqué, selon un compte-rendu de l’AFP.

Or, avait-il continué, « si on veut gagner la guerre il va falloir développer des armes d’usure peu chères, en parallèle des armes de haute technologie qui permettent d’emporter la décision ».

SpaceX lance un drone spatial militaire pour une mission “top secret”

SpaceX lance un drone spatial militaire pour une mission “top secret”

La méga fusée Falcon Heavy de SpaceX a lancé avec succès le drone spatial militaire américain X-37B dans la nuit de jeudi à vendredi. La mystérieuse navette, mise en service en 2010, est en route pour sa septième mission “top secret”.

Le drone spatial X-37B lors de son atterrissage au Kennedy Space Center de Cap Canaveral (Floride), `a l’issue de sa 4e mission, le 7 mai 2017. (U.S. Air Force/Handout via REUTERS)
Le drone spatial X-37B lors de son atterrissage au Kennedy Space Center de Cap Canaveral (Floride), `a l’issue de sa 4e mission, le 7 mai 2017. (U.S. Air Force/Handout via REUTERS) Handout . / REUTERS

Ressemblant à une navette spatiale miniature de la Nasa, le X-37B est un drone réutilisable et entièrement autonome de neuf mètres de long et 4,5 mètres d’envergure, alimenté en énergie par des panneaux solaires.

On sait fort peu de choses sur ses recherches passées – si ce n’est quelques expériences sur le transport de l’énergie solaire ou l’étude de l’effet des radiations sur les graines – “et cette mission s’annonce encore plus mystérieuse que les précédentes”, prévient la chaîne américaine.

Le Pentagone est en effet resté très vague sur la septième mission de son drone spatial, évoquant en des termes vagues “l’expérimentation de technologies d’avenir sur la connaissance du domaine spatial et l’étude des effets des radiations sur des matériaux fournis par la Nasa”.

Mais son lancement via le Falcon Heavy – l’une des plus puissantes en activité – “pourrait indiquer que le X-37B est destiné à des orbites plus lointaines”, comme “la Lune ou Mars”, suggère CNN. Le X-37B a effectué son premier vol en 2010 et a passé plus de dix ans dans l’espace au cours de ses six premières missions – la sixième s’étant achevée en novembre 2022.

La Chine, que le gouvernement américain considère comme son principal concurrent dans la course à l’espace moderne, a lancé son propre drone spatial le 14 décembre dernier, précise la chaîne américaine. Les informations sur l’engin chinois sont encore plus rares, mais “certains observateurs pensent qu’il s’agit d’une copie conforme du X-37B”.

Faux CAESAR et autres idées pour doter l’épée d’un bouclier

Faux CAESAR et autres idées pour doter l’épée d’un bouclier

par – Forces opérations Blog – publié le

Non, le CAESAR n’est pas invulnérable. Comme tout équipement militaire engagé dans un conflit tel que celui qui se joue depuis bientôt deux ans en Ukraine. Loin de rester les bras croisés, les industriels du secteur planchent sur un éventail de réponses, dont celle du leurre gonflable. 

Faux CAESAR

Passés 300 à 400 mètres, impossible pour l’œil peu ou non averti de distinguer ce CAESAR très particulier d’un autre. Menace parmi d’autre, un drone aurait lui aussi du mal à discriminer le vrai du faux. Du moins, c’est le pari proposé par ce leurre gonflable de nouvelle génération, une première pour le système d’artillerie français. De dimensions identiques à son pendant réel, ce leurre ne pèse par contre qu’une cinquantaine de kilos. Sa mise en œuvre ne nécessite que dix minutes à deux personnels formés. Idem pour son reconditionnement avant déplacement, démonstration à la clef lors du lancement du club CAESAR organisée le mois dernier à Canjuers (Var). 

Tactique ancienne quelque peu oubliée par la plupart des armées, le leurrage est revenu au goût du jour au cours d’un conflit russo-ukrainien où « rien ne peut se faire sans être immédiatement détecté par les yeux de l’ennemi », nous rappelle un industriel du secteur. Dans pareil contexte, protéger les armements différenciants, tromper l’ennemi sur ses intentions ou sur l’envergure de ses capacités redevient essentiel. Pour approfondir, mieux vaut se tourner vers « Les opérations de déception » du colonel Rémy Hémez, spécialiste de la question et actuel chef de corps du 3e régiment du génie. 

Apparue il y a un peu plus d’un an, l’idée nécessitait de s’adosser à un industriel expert du segment. Et qui mieux qu’Inflatech, société créée en 2014 en République tchèque, pour y répondre ? Quand l’Occident avait quelque peu perdu de vue le sujet, les pays d’Europe de l’Est ne s’en sont jamais totalement détournés. Le savoir-faire s’y est conservé et revit aujourd’hui par ce spécialiste à la fois du sur-mesure et de la série. 

Cible de haute valeur pour la Russie, l’artillerie automotrice ukrainienne repose notamment sur une cinquantaine de CAESAR 6×6 et 8×8. Il était donc naturel de rajouter cette référence à une gamme comprenant de plus en plus de systèmes occidentaux, dont le char Leopard et le lance-roquettes HIMARS. L’armée tchèque est par ailleurs un client majeur, avec 52 pièces 8×8 commandées et une production en série qui devrait démarrer d’ici à l’été 2024.

Le retour de cette technique de déception exigeait néanmoins une mise à jour pour tenir compte du développement et de la prolifération des systèmes de guerre électronique et de détection. Outil multispectral, ce CAESAR factice va au-delà du visible et intègre un système interne de diffusion d’air chaud afin d’en recopier la signature thermique. Enfin, des réflecteurs habillement positionnés participent à imiter la surface équivalente radar (SER) pour brouiller les pistes dans le champ électromagnétique. 

Inflatech détient la capacité de concevoir un leurre rapidement en partant d’une feuille blanche. Un mois de travail aura suffit pour le CAESAR. Conséquence de cette réactivité, l’entreprise engrange auourd’hui des commandes par centaines d’unités. Un pays du Golfe lui commandait récemment 400 leurres. Des volumes peu surprenants au vu du faible investissement demandé, un système factice ne coûtant que quelques dizaines de milliers d’euros en moyenne. 

Dans l’armée de Terre, le leurrage ressort progressivement des cartons à l’aune d’expérimentations ciblées essentiellement conduites par la 11e brigade parachutistes. L’an dernier, plusieurs de ses régiments avaient profité de l’exercice Manticore pour éprouver de premières idées, tel que ce camion GBC 180 camouflé en CAESAR par le 35e régiment d’artillerie parachutiste. 

Surfant sur cette vague, Inflatech s’est d’emblée rapproché d’une entreprise française pour promouvoir l’idée auprès de l’armée de Terre, laquelle envisagerait d’établir un bataillon de leurrage à Lyon auprès du Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE). Si l’intérêt est marqué, reste à passer la seconde en lançant éventuellement une évaluation technico-opérationnelle. Et, pourquoi pas, ensuite élargir le spectre ? Passé le CAESAR, d’autres matériels seraient en effet éligibles de part leur rareté et leur valeur sur le terrain, à l’image du Griffon EPC, d’engins de franchissement, du successeur du lance-roquettes unitaire et, bien sûr, du char Leclerc. 

Crédits image : Inflatech

Une riposte modulaire

Ce CAESAR factice n’est qu’un pan de l’éventail de contre-mesures disponibles ou en développement présentées en novembre à Canjuers. Certaines améliorations déjà actées découlent de retours d’expérience engrangés avant le conflit russo-ukrainien. Le lancement du standard 2 du CAESAR 6×6 était officialisé cinq jours avant que les forces russes ne franchissent la frontière ukrainienne. Il amènera une cabine blindée et un moteur de 460 ch, annonciateurs d’une meilleure protection passive pour l’équipage et d’une plus grande mobilité. D’autres briques pourront concourir à sa protection, à l’instar du brouilleur anti-IED BARAGE et du détecteur d’alerte laser ANTARES de Thales. 

À l’image du leurre, le système s’entoure progressivement d’une « bulle » de survivabilité conçue en allant piocher un peu partout dans la filière. Présenté l’an dernier, l’exemple de Solarmtex a depuis lors bien progressé. Partant d’un besoin exprimé par un utilisateur CAESAR du Moyen-Orient, l’entreprise de Vierzon (Cher) mettait au point un complexe textile multicouche capable d’emprisonner de l’air pour créer des barrières thermiques. Ce qui répondait à l’origine à l’enjeu de conservation du système dans des températures maîtrisées pour en garantir les performances est aussi devenu une solution de réduction de la signature thermique.

Conduite depuis plusieurs années, cette voie parallèle doit permettre de mystifier les capteurs adverses en redéfinissant la cartographie thermique. En découle une technologie mature livrée sous forme de kit prototype à des fins de tests. Réalisés par Nexter en lien avec l’armée de Terre et la Direction générale de l’armement (DGA), ces essais sur CAESAR 6×6 ont démontré une réduction de 9° C sur le canon après un tir, ce qui est suffisant pour maintenir le système en dessous de 40° C. L’intérêt confirmé, Solarmtex se positionne aussi sur le 8×8 mais « avec des besoins potentiellement différents ».

Menaces majeures, drones et munitions téléopérées exigent des répliques précises. Là aussi, les industriels sont forces de proposition. Inutile de revenir sur cette version « lutte anti-drones » du blindé Serval, véhicule d’accompagnement que Nexter propose d’armer d’un tourelleau téléopéré ARX 30 et d’un fusil anti-drones. Côté capteurs, de nouveaux radars apparaissent en complément d’un COBRA en service depuis près de deux décennies. Exemple à Canjuers avec le Ground Master 200 Multi Mission Compact (GM200 MM/C) de Thales adopté par les Pays-Bas, la Norvège et le Danemark. 

Nexter et Thales se sont par ailleurs rapprochés pour accélérer la boucle OODA (observer, s’orienter, décider et agir). Acquisition de cible, coordination des feux, feux et évaluation sont fluidifiés grâce à de nouveaux outils « maison », que sont les évolutions du logiciel ATLAS, la jumelle multifonction Sophie Ultima ou encore le micro-drone Spy’Ranger. Résultat espéré : un gain de réactivité, un adversaire pris de vitesse et une contre-batterie contrecarrée. 

Cette accélération était au cœur d’un exercice de préparation opérationnelle conduit en novembre à Canjuers par le 40e régiment d’artillerie (40e RA). « Du 6 novembre au 5 décembre, dans le cadre d’une préparation à la projection, les artilleurs ont concrétisé l’accélération de la boucle renseignement-feux par l’action combinée de bout-en-bout des drones SMDR [Spy’Ranger 330] et de canons CAESAR », déclarait alors le ministère. Une manoeuvre de réglage des tirs par drone qui relevait jusqu’alors d’expérimentations. D’autres applications sont dans le viseur du Spy’Ranger, dont les capacités de géolocalisation sont compatibles avec la munition de 155 mm guidée Katana en cours de développement chez Nexter. 

Tout comme l’invulnérabilité, la réponse parfaite n’existe pas. Chacune ne se focalise que sur une ou, parfois, plusieurs menaces. Déployées séparément, elles seront inévitablement insuffisantes et c’est bien leur combinaison qui offrira à l’épée le bouclier le plus réactif, évolutif et résilient.

L’armée américaine mise sur des antennes micro-ondes pour abattre des drones et des missiles

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L’armée américaine compte développer des antennes micro-ondes à haute énergie pour détruire les drones et les missiles au plus près du champ de bataille.


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Depuis ses débuts, le conflit en Ukraine a démontré que les drones, même bon marché, peuvent devenir une plate-forme de reconnaissance efficace ou une arme permettant de larguer des grenades ou bien encore s’écraser sur leur cible en déclenchant une charge explosive. Il existe également les drones militaires de plus grande taille avec une grande autonomie, comme les drones suicides Shahed-136 utilisés par les Russes ou bien le nouveau Scythe ukrainien.

Face à ces menaces et ces bombes volantes — hormis les brouilleurs qui rencontrent des limites, des DCA, ou bien l’utilisation de très onéreux missiles sol-air pour détruire ces aéronefs bon marché —, les armées imaginent d’autres systèmes de défense. Dans leur cahier des charges, ils doivent être efficaces et peu onéreux au tir pour détruire ces cibles souvent low-cost. Pour minimiser les coûts au tir et maximiser les coups au but, les armées de plusieurs pays, comme les États-Unis, l’Allemagne, la France, le Japon et d’autres grandes puissances militaires misent sur des canons lasers ou encore des railguns. Pour moins d’un euro le tir, ils font mouche à coup sûr et à la vitesse de la lumière dans le cas du laser.

Sur le sujet, les Américains ont de l’avance. Du côté de leur armée et notamment de l’US Navy et l’US Air Force, en plus des canons laser, les militaires misent également sur des systèmes d’antennes à micro-ondes de haute puissance, pour « brûler » l’électronique de ces aéronefs.

Lors de démonstrations pour l’US Air Force, Raytheon avait pu démontrer l’efficacité de ses systèmes avancés de micro-ondes et de laser mobiles à haute énergie pour détruire des drones. © Raytheon Tech

Lors de démonstrations pour l’US Air Force, Raytheon avait pu démontrer l’efficacité de ses systèmes avancés de micro-ondes et de laser mobiles à haute énergie pour détruire des drones. © Raytheon Tech

Neutraliser un drone ou un missile à la vitesse de la lumière

Les militaires ont fait appel à Raytheon pour concevoir, construire et tester deux systèmes d’antennes micro-ondes. Des prototypes devraient être construits d’ici 2026 dans le cadre d’un programme consistant à développer un système de défense à énergie dirigée (Defend pour Directed Energy Front-line Electromagnetic Neutralization and Defeat). Les faisceaux de ces antennes pourraient couvrir une large plage dans la bande des micro-ondes du spectre électromagnétique. Raytheon n’a pas dévoilé de détails techniques sur ces antennes, mais a précisé que ces prototypes seraient robustes et transportables pour pouvoir être utilisés sur les zones de contact en première ligne contre les drones. La firme n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle avait déjà développé un système de contre-mesure électronique par micro-ondes pour protéger les bases aériennes, baptisé Chimera.

Chaque année, le Pentagone dépense en moyenne un milliard de dollars pour développer ce type d’armement à énergie dirigée. Il compte déployer ces systèmes d’armes à bord d’aéronefs, de navires de guerre et de véhicules terrestres pour abattre des drones et des missiles menaçant des positions et des installations.

L’État-major des armées diffuse les images de la destruction de drones par une frégate multimissions

L’État-major des armées diffuse les images de la destruction de drones par une frégate multimissions

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Cela étant, la marine américaine n’est pas la seule à être impliquée dans la préservation de la sécurité maritime à proximité du détroit de Bab el-Mandeb.

Ainsi, le 16 décembre, le « destroyer » britannique de type 45 HMS Diamond a intercepté un drone lancé par les Houthis grâce à son système surface-air Sea Viper, issu du programme PAAMS [Principal Anti Air Missile System]. C’était la première fois que la Royal Navy détruisait un aéronef depuis la guerre du Golfe [de 1991].

Mais le HMS Diamond avait été précédé par la frégate multimissions [FREMM] française « Languedoc ». Quelques jours plus tôt, celle-ci avait dû abattre deux drones kamikazes qui, selon le ministère des Armées, la visaient sciemment. Puis, moins de quarante-huit heures plus tard, elle fut de nouveau sollicitée pour détruire un autre engin qui menaçait, cette fois, le pétrolier norvégien Strinda.

Les drones hostiles, lancés depuis le Yémen, furent chacun abattus par un missile surface-air Aster 15, dont c’était le baptême du feu. Une FREMM en emporte 16 exemplaires qui, stockés en silos [SYLVER A-43], sont couplés au radar multifonctions Herakles, lequel est en mesure de détecter et de suivre jusqu’à 400 cibles navales et aérienne. Ce type de munition peut engager tout aéronef représentant une menace dans un rayon de 30 km et à une altitude de 13 km.

Quoi qu’il en soit, l’État-major des armées [EMA] vient de diffuser une vidéo pour rappeler les raisons de la présence de la FREMM Languedoc en mer Rouge, à savoir la lutte contre les « activités illicites » [trafics, piraterie] et le terrorisme. Et cela après avoir rappelé que plus de 20’000 navires transitent, chaque année, par le détroit de Bab el-Mandeb [soit 12% du flux du commerce maritime mondial]. Aussi, a-t-il insisté sur la contribution « active » de la Marine nationale à la sûreté maritime.

Pour illustrer son propos, l’EMA a inséré, dans son film, deux séquences montrant chacune la destruction d’un drone par un Aster 15. S’agit-il de l’épisode au cours duquel la FREMM Languedoc a abattu les deux appareils qui la menaçaient? Cela n’est pas explicitement précisé… seulement suggéré. Évidemment, la qualité des images a été volontairement dégradée, ce qui ne permet pas d’identifier les engins interceptés.

Pour rappel, même s’il a été avancé que la France participerait à l’opération « Gardiens de la prospérité », mise sur les rails par les États-Unis le 18 décembre afin d’assurer la sécurité en mer Rouge, la FREMM Languedoc reste placée sous commandement national.

Photo : copie d’écran / EMA