Pour le général [2S] Charles Beaudouin, l’armée de Terre a besoin d’une « force Leclerc plus importante »

Pour le général [2S] Charles Beaudouin, l’armée de Terre a besoin d’une « force Leclerc plus importante »

https://www.opex360.com/2024/06/24/pour-le-general-2s-charles-beaudouin-larmee-de-terre-a-besoin-dune-force-leclerc-plus-importante/


Ayant occupé le poste « stratégique » de sous-chef d’état-major « plans et programmes » de l’armée de Terre avant ses adieux aux armes, en 2020, le général [2S] Charles Beaudouin assure désormais la présidence de Coge Events ainsi que la fonction de commissaire général du salon d’EuroSatory. Aussi est-il un observateur averti des tendances et des évolutions en matière d’armement terrestre.

Sollicité par La Tribune pour faire le bilan de l’édition 2024 d’EuroSatory, le général Beaudouin a dressé un constat sévère sur l’état de l’armée de Terre qui, « en trente ans continus d’engagement en opérations extérieures, est passée insensiblement mais inéluctablement d’un corps blindé mécanisé au spectre complet à un corps expéditionnaire légèrement blindé à roue, à la mobilité très opérative ».

Évidemment, les fameux « dividendes de la paix » évoqués après la fin de la Guerre froide ne sont pas étrangers à cette évolution, l’armée de Terre ayant dû faire « des impasses capacitaires majeures », au point de devenir « échantillonnaire », a déploré le général Beaudouin. Ce qui, a-t-il continué, n’est pas sans conséquence sur le stock de munitions et la préparation opérationnelle qui, selon lui, s’est « effondrée ».

«A Lorsque j’étais lieutenant en 1988, […] face au Pacte de Varsovie, nous manœuvrions 150 heures par an avec nos AMX-30B2 et tirions une cinquantaine d’obus. Aujourd’hui, nos équipages d’engagés réalisent 60 heures de Leclerc et tirent une vingtaine d’obus par an. On peut parler de simulation pour remplacer ce manque, mais nous avions déjà la simulation à l’époque », a-t-il rappelé. Et d’ajouter : « Certes, nos soldats sont aptes à la rusticité et expérimentés mais la masse en hommes, en matériels, surtout sur le haut du spectre, et l’entrainement à haut niveau manquent ».

Entre 1990 et 2017, les armées ont perdu « une à deux annuités d’un effort déjà insuffisant [c’est-à-dire inférieur aux 2 % du PIB], prélevées au profit d’autres budgets de l’État », a poursuivi le général Beaudouin. Aussi, selon lui, et à cause de cette contrainte budgétaire, l’armée de Terre « n’a eu d’autre alternative que de devenir une armée d’emploi en combat asymétrique » et si, « facialement », elle est une « armée de haute intensité », elle « n’en a que le squelette » étant donné qu’on « lui a enlevé une grande partie de ses muscles ».

Or, actuellement, l’armée de Terre « n’est pas taillée en termes de caractéristiques militaires, d’entraînement des forces, d’évacuation des blessés et de complétude pour affronter, dans une action centrale, le combat de haute intensité », a jugé le général Beaudouin, qui a cependant adouci son constat en rappelant que « l’armée française interviendra en coalition » et que « l’ultima ratio du président restera toujours le nucléaire si véritablement la France est acculée à certaines situations ».

Sans aller jusqu’à remettre en cause le programme SCORPION, dont il a été un promoteur, le général Beaudouin considère que les Griffon, Serval et autres Jaguar auraient toute leur place dans un conflit de haute intensité… mais qu’ils ne pourraient pas « encaisser le choc central », comme cela fut le cas pour les VAB [véhicules de l’avant blindé] et les AMX-10RC lors de l’opération Tempête du Désert, menée en Irak, en 1991.

« Ce ne sont ni des chars ni des véhicules de combat d’infanterie. De surcroît leur conception à roue limite leur aptitude à être surblindés et à évoluer avec une mobilité tactique pleine et entière dans l’environnement d’un théâtre d’opération centre européen où la chenille est reine. Le choc sera concentré sur les [chars] Leclerc et les VBCI [Véhicules Blindés de Combat d’Infanterie] », a-t-il fait valoir. Aussi recommande-t-il de « reconstruire une force Leclerc plus importante à partir des chars retirés du service et ‘upgrader’ [mettre à niveau, ndlr] le VBCI ». Sauf que, s’agissant des Leclerc, on n’en prend pas le chemin…

Pour rappel, l’armée de Terre compte 200 chars Leclerc. Selon le dossier de presse sur EuroSatory 2024 publié par le ministère des Armées, 130 [au lieu de 160] seront portés au nouveau standard XLR d’ici 2030 et 40 autres le seront avant 2035.

Seulement, pour que l’armée de Terre puisse faire cette transformation, il faudrait consentir un effort budgétaire supplémentaire… qui n’est pas d’actualité au regard de l’état des finances publiques. D’autant plus que d’autres priorités doivent être financées [dissuasion, nouveaux champs de conflictualité, etc.]. Un autre obstacle identifié par le général Beaudouin serait la réticence à s’écarter du modèle tel qu’il a été défini.

« L’armée de Terre n’a pas de système de supériorité unique. Elle fonctionne par combinaison des effets et génération de forces en fonction de la nature du conflit. Or certains effets ont été réduits aux acquêts. Trente ans de corps expéditionnaire impriment les mentalités à tous les échelons. […] Il faut changer d’état d’esprit et prendre résolument le virage du retour, équilibré, à un corps blindé mécanisé complet. Même si l’action sera très longue », a-t-il conclu.

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

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En outre, le texte indique également que des « travaux de rénovation et de pérennisation du char Leclerc seront complétés par ceux portant sur un démonstrateur de char, dans le cadre plus global du système de combat terrestre du futur » [ou MGCS].

Pour rappel, s’inscrivant dans le cadre du programme SCORPION [Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation], la modernisation du char Leclerc consiste à le doter des capacités nécessaires pour le combat collaboratif, ce qui passe par l’intégration du Système d’information du combat SCORPION [SICS] et celle de la radio CONTACT. Il s’agit aussi de renforcer sa protection contre les mines et d’améliorer sa conduite de tir. Enfin, il recevra un tourelleau téléopéré de 7,62 mm, de nouveaux capteurs optroniques et un viseur PASEO.

Pour le moment, la Direction générale de l’armement [DGA] a commandé 100 Leclerc XLR en deux temps, avec un premier contrat portant sur les 50 premières unités notifié à KNDS France [ex-Nexter] en juin 2021, suivi d’un second, confirmé en janvier 2022. Le premier char « rénovés » a été remis à l’armée de Terre en novembre dernier. Depuis, 19 autres ont suivi, à en croire le dossier de presse [.pdf] diffusé par le ministère des Armées à l’occasion de l’édition 2024 du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory.

Mais ce document recèle une surprise. « Conformément à la Loi de programmation militaire 2024-2030, 130 chars Leclerc seront rénovés d’ici la fin 2030 et quarante autres le seront fin 2035 », y lit-on. Sauf que la LPM en question donne d’autres chiffres et si l’on se fie à ceux donnés de ce document, il en manque 30… Erreur de transcription ou changement dans les plans initiaux de l’armée de Terre ?

Par ailleurs, le dossier de presse précise également que les « dix premières collections de kit de surprotection ventrale contre les mines et les engins explosifs improvisés et de kit de surprotection latérale contre les roquettes [anti RPG] ont été livrées mi-avril [soit un taux d’équipement prévu à 50 %] ».

En attendant, KNDS France a dévoilé, comme annoncé, le Leclerc Évolution [ou EVO] lors du salon EuroSatory. Ce char est doté d’une tourelle armée du canon ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], pouvant tirer des obus de 120 ou de 140 mm, d’un tourelleau ARX30, d’un viseur PASEO couplé à une mitrailleuse de 7,62 mm, d’un système de protection active Trophy et d’une capacité à mettre en œuvre des munitions téléopérées.

 

Quant à sa motorisation, elle repose sur le groupe motopropulseur MT883 KA-500 de l’allemand MTU, qui équipe le Leclerc « tropicalisé » utilisé par les forces émiriennes. Un avis budgétaire publié en octobre dernier recommandait justement d’intégrer ce dernier sur les Leclerc de l’armée de Terre afin de pouvoir les maintenir en service jusqu’en 2040.

Selon BFMTV, ce « nouveau Leclerc sera opérationnel en 2030 » et KNDS France aurait des discussions avec « plusieurs pays ». En outre, les actuels Leclerc « pourraient même être modernisés pour se transformer en modèle Évolution ».

La fin du char de combat se dessine-t-elle dans le conflit en Ukraine ?

La fin du char de combat se dessine-t-elle dans le conflit en Ukraine ?

Selon les informations en sources ouvertes, plus de 3 500 chars de combat russes et ukrainiens ont été perdus de part et d’autres, depuis le début du conflit en Ukraine, soit plus qu’il n’y en avait engagés au début du conflit.

De telles pertes ont des conséquences importantes, notamment sur le déroulement des combats et la stagnation de la ligne d’engagement. Elles ont même amené les deux camps à s’éloigner des doctrines classiques d’utilisation du char de combat, héritées de la Seconde Guerre mondiale, qui faisaient de ces derniers, les piliers de la rupture et de la décision.

On peut, dans ce contexte, s’interroger sur l’avenir du char lourd, dans un environnement saturé de drones, de mines, et de missiles, le privant de ses capacités de manœuvre, et donc, d’une grande partie de son intérêt au combat. Ce serait, pourtant, des conclusions certainement bien trop hâtives…

Sommaire

Des pertes terrifiantes pour les unités de chars russes et ukrainiens

Si l’on en croit le site Oryx, les armées russes auraient perdu, en Ukraine, autour de 2 900 chars de combat, depuis le début du conflit en Ukraine, parmi lesquels presque 2 000 sont identifiés détruits, 500 capturés, et le reste étant abandonnés ou endommagés.

char de combat russe detruit
Les armées russes auraient perdu autour de 3000 chars de combat depuis le debut du conflit. Ces chiffres doivent cependant être pris avec certaines réserves.

À l’entame de l’offensive russe, en février 2022, les analystes estimaient que Moscou avait massé autour de 1 200 à 1 400 chars aux frontières de l’Ukraine, alors que l’ensemble de la flotte de chars en service, au sein des armées russes, était évalué de 3 200 à 3 400 blindés.

Côté ukrainien, la situation n’est guère meilleure. Sur les 1 300 chars en service parmi les unités d’active ukrainienne en février 2022, 800 auraient été perdus, dont 550 identifiés comme détruits, 130 capturés et le reste, abandonnés ou endommagés.

La précision de ces chiffres doit, évidemment, être prise avec certaines réserves. D’une part, il ne s’agit, ici, que des blindés ayant été photographiés, puis diffusés en sources ouvertes. Si l’exercice pouvait se révéler efficace, lorsque les lignes bougeaient rapidement, au début du conflit, c’est beaucoup moins le cas, aujourd’hui, alors que les lignes sont relativement figées, même si les drones apportent certaines informations dans ce domaine.

D’autre part, la méthode d’analyse appliquée par le site Oryx, et les moyens dont dispose cette petite équipe bénévole, se prête davantage à l’analyse d’un conflit limité, avec des pertes de quelques dizaines, peut-être quelques centaines de blindés, plutôt que pour un conflit de cette ampleur. Enfin, on ignore le nombre de chars et de blindés identifiés, détruits, abandonnés ou endommagés, qui ont été récupérés par les forces, pour être transportés vers des centres de remise en état.

En dépit de ces réserves, il ne fait aucun doute que les flottes de chars, russes comme ukrainiennes, ont connu des taux d’attrition tout à fait considérables. L’analyse des attritions identifiées ces derniers mois, montre d’ailleurs, que les armées russes n’alignent presque plus les modèles qu’elles avaient initialement déployé autour de l’Ukraine, laissant supposer qu’effectivement, l’essentiel de cette flotte a été éradiquée.

Les chars occidentaux aussi vulnérables que les modèles soviétiques ou russes dans le conflit Ukrainien

Si les chars de conception russe ou soviétique, comme les T-72, T-80 et T-90 russes, ou les T-64 ukrainiens, ont payé le prix fort dans ces combats, ils n’ont pas été les seuls à enregistrer des taux d’attrition catastrophiques.

Leopard 2A6 et M2 Bradley detruits
La plupart des Leopard 2A6 et M2 Bradley ukrainiens perdus lors de cet engagement du début de la contre-offensive d’été ukrainienne de 2023, auraient été récupérés et remis en état par les Ukrainiens.

Ainsi, sur les 130+ Leopard 2, toute version confondue, livrés à l’Ukraine à ce jour, le site oryx a identifié 37 blindés perdus, dont 16 détruits, et 21 endommagés, capturés ou abandonnés, alors que ces chars n’ont été livrés que progressivement, à partir de février 2023.

Le premier M1A1 Abrams américain, lui, est arrivé en Ukraine à la fin du mois de septembre 2023. Sur les 31 exemplaires livrés au 26 avril 2024, quatre sont identifiés perdus, dont deux détruits, et deux endommagés et abandonnés.

Quant aux 14 Challenger 2 livrés à Kyiv par la Grande-Bretagne, un seul aurait été perdu. Si l’excellent blindage de ce char peut expliquer cette attrition plus faible, sa cause doit probablement être recherchée davantage dans une utilisation moindre, de ce modèle particulièrement lourd, et qui s’embourbe facilement, par les forces ukrainiennes.

En d’autres termes, même s’ils se sont montrés sensiblement plus performants et résistants, en particulier pour ce qui concerne la protection des équipages, que les modèles russes et soviétiques majoritairement mis en œuvre dans ce conflit, les chars occidentaux, transférés à l’Ukraine, n’ont pas dérogé à l’importante attrition constatée.

D’ailleurs, une fois rapportés à la durée de leur présence, et au nombre d’exemplaires livrés aux armées ukrainiennes, ces chars présentent des taux d’attrition assez proches de ceux constatés pour les modèles les plus évolués des armées russes, comme le T-90M, le T-72B3M ou le T-80BV.

La fin des paradigmes hérités de la Seconde Guerre mondiale, pour le char de combat

On comprend, face à ces pertes, que les ukrainiens, et dans une moindre mesure, les russes, moins « sensibles » aux pertes humaines et matériels, aient fait évoluer leurs doctrines de mise en œuvre des chars lourds.

M1A2 Abrams
Les chars occidentaux engagés en Ukraine auraient montré des eprformances globalement supérieures à celles des chars sovéitiques et russes, sans toutefois que la différence en terme de survivabilité, soit particulièrement importante.

Alors que le front s’est stabilisé depuis un an et demi, autour de la ligne Sourovikine, ces blindés sont, désormais, majoritairement employés sous la forme de canon d’assaut, pour ajouter une composante tir tendu à l’artillerie, en soutien de l’infanterie, qui mène ou repousse les assauts.

De fait, la doctrine d’emploi du char héritée de la Seconde Guerre mondiale, fondée sur la rupture des lignes, l’exploitation des percées, mais également sur la défense dynamique, a cédé le pas à une mise en œuvre plus parcimonieuse et isolée, au profit de l’infanterie.

D’ailleurs, tout semble indiquer que la plupart des destructions de chars documentées, résulte de l’utilisation de mines, de tirs indirects d’artillerie, et surtout de missiles et roquettes antichars, ainsi que de munitions rôdeuses et drones. Les destructions par tir direct venant d’un autre char, en revanche, apparaissent minoritaires. L’époque où le char était le pire ennemi du char, parait bien révolue.

Le contexte opérationnel ukrainien ne doit pas être généralisé en matière d’engagement de haute intensité

Ce Retour d’Expérience, au sujet du plus important conflit de haute intensité depuis la guerre de Corée, pourrait amener à conclure que le char de combat est appelé à disparaitre, trop exposé qu’il est sur le champ de bataille, et n’apportant pas, avec son canon principal, une puissance de feu décisive.

Ce serait probablement une erreur, que ne font pas, d’ailleurs, les états-majors, à en juger par l’augmentation massive des commandes de chars lourds ces dernières années, en Europe, comme ailleurs. En effet, le contexte ukrainien n’est sans doute pas représentatif de ce que pourront être, à l’avenir, les engagements de haute intensité.

Drones en Ukraine
la multiplication des drones en Ukraine, a conduit à de nombreuses destruction de chars par des tirs indirects d’artillerie, ou par des frappes de drones de type Munition Rodeuse.

En premier lieu, l’essentiel des armées russes et ukrainiennes, est composée de militaires mobilisés, n’ayant pas l’entrainement, par exemple, des militaires américains, britanniques ou français, et ce, dans de nombreux domaines.

L’une des conséquences de ce manque de formation, ne pouvant être compensé par l’aguerrissement incomparable de ces troupes, s’observe dans l’incapacité des deux armées à mettre en œuvre des doctrines articulées autour des unités interarmes, susceptibles d’apporter la plus-value requise pour débloquer une situation figée.

À ce titre, les deux armées qui s’opposent, sont encore fortement influencées par les doctrines soviétiques, ce qui rend le conflit peu représentatif d’un engagement, par exemple, qui opposerait des membres de l’OTAN, appliquant une doctrine occidentale, à la Russie.

Enfin, et surtout, ce conflit se caractérise par la quasi-absence de l’aviation tactique sur la ligne de front, et par l’utilisation massive de drones, sans que ni l’une, ni l’autre des armées, dispose de systèmes de commandement et d’information numérisés permettant, justement, la mise en œuvre de capacités interarmes.

Là encore, on peut anticiper que l’un comme l’autre de ces aspects, seraient très différents, s’il s’agissait de forces occidentales, qui font de l’aviation tactique la composante clé de la puissance de feu opérationnelle, et de la communication et du partage d’information, le pilier des systèmes en cours de déploiement, comme SCORPION en France.

Une nouvelle génération de chars, plus spécialisés, différemment protégés, est à l’étude

L’ensemble de ces aspects peuvent suffire à transformer le rôle du char de combat, pour en faire, à nouveau, un moyen de rupture destiné à détruire et déborder les lignes adverses, à exploiter les brèches créées pour pénétrer la profondeur de l’ennemi, et ainsi, de refaire du char de combat, le pilier de la guerre de mouvement.

MGCS
Le programme MGCS ne portera pas sur un unique remplaçant des Leopard 2 et Leclerc, mais sur une gamme de vehicules spécialisés destinés à porter l’action blindé lourde dans les decennies à venir. Notez le char porte-missiles à droite.

L’arrivée des systèmes de protection actifs et passifs pour redonner de la survivabiltié aux chars

Toutefois, l’arrivée de nouvelles technologies, destinées précisément à accroitre la survivabilité des chars au combat, va très certainement rétablir ceux-ci, dans leur fonction première. D’abord, les systèmes de protection passifs, comme les détecteurs de visée laser, les brouilleurs électromagnétiques, les leurres infrarouges, et les fumigènes d’obfuscation, qui équipent déjà les chars les plus modernes en occident, ont le potentiel de diminuer sensiblement la vulnérabilité de ces blindés, en particulier face aux missiles antichars.

Les systèmes hard kill, comme le désormais célèbre Trophy israélien, permettront, quant à eux, d’étendre cette capacité de protection contre les roquettes antichars, tout en renforçant la défense antimissile. Les systèmes les plus modernes, comme l’ADS de Rheinmetall, permettront également de protéger les chars contre des menaces plongeantes, comme certains missiles antichars, ainsi que contre les munitions rôdeuses.

En diminuant sensiblement la vulnérabilité des chars à ces menaces, ces systèmes devraient aider à en accroitre la survivabilité, suffisamment pour leur redonner le rôle qui était le leur, pour empêcher, précisément, qu’un conflit ne s’enlise, comme c’est le cas en Ukraine.

Il n’est donc pas surprenant que la conception des chars à venir étudie ces constats, qu’ils soient de génération intermédiaire, comme le K2, le M1E3 ou le Leopard 2A8, et surtout celle des chars de la génération à venir, dont le programme MGCS est aujourd’hui le principal représentant.

Plus légers, plus mobiles et avec un armement spécialisé, les chars nouvelle génération retrouveront leur prédominance dur le champ de bataille.

Ainsi, tous ces chars seront équipés de ces systèmes de protection actifs et passifs. Ils seront, de plus, plus légers que les chars actuels, visant pour la plupart une masse au combat autour de 50 tonnes, pour préserver leur mobilité, même en terrain difficile. Cette évolution est, d’ailleurs, rendue possible par l’arrivée de ces mêmes Active Protection Systems, Soft ou Hard-kill.

AbramsX
Le démonstrateur AbramsX préfigure probablement ce que sera le futur M1E3 américain, un char plus léger, plus numérisé, et faisant reposé sa protection en grande partie sur ses APS.

Paradoxalement, l’arrivée de ces APS, tendra, enfin, à remettre l’armement principal du char, son canon lourd, au cœur du système. En effet, si les APS s’avèrent efficaces contre les roquettes et missiles, ils le sont beaucoup moins contre un obus flèche filant à 1 700 m/s.

Pour autant, on observe dans le programme MGCS, qu’un char spécialisé, mettant en œuvre non plus un canon lourd, mais une batterie de missiles, est également à l’étude. En effet, au-delà des capacités antichars du canon, le char doit aussi se doter, pour être efficace, de capacités de feu à plus longue portée, y compris en tir indirect, pour lequel le missile à l’avantage sur l’obus.

Conclusion

On le voit, il est probablement très prématuré, comme c’est pourtant souvent le cas, d’annoncer la fin du char de combat, sur la base des pertes enregistrées par les armées ukrainiennes et russes, depuis février 2022. Même les changements de doctrines appliqués par ces deux armées, consécutifs des pertes enregistrées, sont davantage liés à des éléments spécifiques à ce conflit, qu’à une évolution profonde de la guerre de haute intensité.

Toutefois, tous les enseignements, venant d’Ukraine, ne doivent pas être ignorés, sur la seule base des spécificités de ce conflit. On voit, ainsi, que les industriels, en particulier en Europe et aux États-Unis, s’en inspirent pour conserver le potentiel opérationnel du char, et ainsi, éviter qu’un conflit ne s’enlise, comme c’est le cas, en Ukraine.

KF-51 Panther Rheinmetall
Avec l’APS StrikeShield et TOPS, le KF-51 Panther de Rheinmentall est certainement, aujourd’hui, le modèle de char le mieux protégé du moment, ainsi que le mieux armée, même s’il n’existe que sous la forme de démonstrateur.

À ce titre, on peut se demander s’il ne serait pas pertinent, justement, d’équiper tout ou partie des nouveaux chars lourds occidentaux qui seront transférés à l’Ukraine dans les mois à venir, de certaines de ces évolutions, comme les systèmes hard kill et soft kill, susceptibles de leur redonner cette survivabiltié indispensable à la manœuvre, pour en valider le potentiel ?

Si cela impose des délais et des couts initiaux supplémentaires, pour les en équiper, cette initiative pourrait s’avérer bien plus économique et efficace, à terme, que le transfert de chars classiques, connaissant leurs vulnérabilités.

À l’instar des Caesar français, qui consomment, semble-t-il, dix fois moins d’obus que les systèmes soviétiques, et qui ont une survivabilité considérablement plus élevée, un tel calcul peut s’avérer déterminant, dans une guerre qui se veut, aujourd’hui, structurée autour de l’attrition comparée, des matériels comme des hommes.

Article du 25 avril en version intégrale jusqu’au 1 juin 2024

Chenilles et protection active au cœur de l’action en zone urbaine

Chenilles et protection active au cœur de l’action en zone urbaine

par Blablachars – publié le 10 mai 2024

https://blablachars.blogspot.com/


Tsahal a diffusé ces derniers jours des images de blindés se préparant à entrer en action dans la région de Rafah, au sud de la Bande de Gaza. Cette vidéo permet de voir que le dispositif adopté repose sur le triptyque déjà utilisé par Tsahal dans ses opérations en zone urbaine, à savoir Génie, Infanterie et chars de bataille. Ces composantes sont représentées par des bulldozer D-9 et des engins du Génie Puma, des Namer et des Merkava.

Concernant ces derniers, il est possible que les chars engagés par Tsahal soient des Merkava V. Le premier bataillon équipé de ces engins a été le 52ème Bataillon blindé appartenant à la 401ème Brigade blindée, placée sous le commandement de la 162ème Division, unité visible sur ces images.

La Brigade qui a déjà été engagée dans la partie nord de la Bande de Gaza a été désengagée il y a quelques semaines, en vue de son déploiement dans le sud. A noter que la majorité des engins blindés sont protégés par le système de protection active Trophy qui a fait une démonstration de son efficacité dans les combats menés.

Selon les médias israéliens, le taux d’interception du système aurait été de 85%, face aux différentes menaces présentes dans la bande de Gaza, y compris à courte et très courte portée. Grâce à ce système, seuls deux engins blindés auraient été totalement détruits sur les mille engagés et 86% des engins atteints auraient été réparés et remis en service. Ces chiffres devraient faire réfléchir tous ceux qui doutent (encore) de la pertinence de disposer de ce type d’équipement sur un blindé. Les engins visibles sur la vidéo sont pour certains équipés de cages de protection, la concentration des engins laisse cependant penser que la menace drone n’est pas considérée comme prégnante pas Tsahal, qui n’hésite pas à concentrer ses engins en phase statique et en déplacement.

Cette situation diffère de celle observée dans les premières opérations de Tsahal, après l’utilisation de ce type d’engins par le Hamas le 7 octobre.

A PROPOS DU MGCS (EPISODE…..)

A PROPOS DU MGCS (EPISODE…..)

par Blablachars – publié le 6 mai 2024

https://blablachars.blogspot.com/2024/05/a-propos-du-mgcs-episode.html


Vendredi dernier, les ministres concernés ont signé l’accord d’engagement de la phase 1A du programme MGCS. Cette “véritable étape” selon Boris Pistorius dans le développement de cet engin qui ne sera pas “le char du futur, mais le futur du char” selon Sébastien Lecornu a entrainé la publication de nombreux commentaires et vues d’artiste,  qui ont permis à l’imagination de chacun de se faire une idée de la “gueule” ce futur système de systèmes. L’accord de vendredi a également livré de nombreuses informations sur ce programme. Fidèle à ses habitudes, c’est après quelques jours de réflexion que Blablachars vous livre aujourd’hui ses commentaires sur le sujet, ajoutant ce nouveau post aux nombreuses publications du blog complétement blindé consacrées à cet engin.

Cet accord succède à une longue série de rencontres, de réunions et d’étapes décisives qui ont émaillé la vie de ce programme depuis son lancement en 2017. A cette occasion, la rhétorique employée de part et d’autre du Rhin a été quelque peu différente. Pour Sébastien Lecornu, c’est donc “le futur du char” que les deux pays veulent construire ensemble, précisant que “les Américains n’ont toujours pas commencé à réfléchir” au successeur de leur char Abrams, oubliant au passage le développement de l’Abrams X ou du M1E3, dont la mise en service précédera certainement celle du futur engin franco-allemand. Autre victime de la parole ministérielle, le T-14 avec lequel les Russes “ont essuyé des échecs” qui, en dépit de ses réelles difficultés représente une synthèse intéressante des avancées en matière de char, pour qui veut bien le considérer de façon objective, c’est à dire indépendamment de l’action des forces armées russes en Ukraine. Du côté allemand, le ton employé par Boris Pistorius est quelque peu différent, rappelant que le document signé devra passer par le comité des Finances du Bundestag et que “ce projet dépend du soutien des parlementaires“, comme tous les projets d’un montant supérieur à 25 millions, avant de rassurer son auditoire en précisant qu’il n’avait “aucun doute” sur le fait qu’il sera approuvé. Pour le ministre allemand, “il reste un long chemin à parcourir avant la mise en oeuvre, mais une étape importante a maintenant été franchie” même s’il reconnait qu’elle a été “précédée de plusieurs mois de négociations.” La différence de ton entre les deux ministres résume à elle seule la différence d’appréciation entre les deux partenaires et le futur du programme. Du côté français, on insiste sur le caractère disruptif et novateur du futur engin qui devra renvoyer dans les méandres des bureaux d’étude ses concurrents potentiels. Du côté allemand, le côté technologique est occulté au profit de l’aspect politique du programme, soumis à une indispensable approbation parlementaire. 

La signature de l’accord franco-allemand le 26 avril dernier

A côté de cette différence de commentaires, l’accord de vendredi nous apprend également que le ménage franco-allemand commencé à deux, puis élargi à trois est désormais un quatuor avec l’arrivée annoncée de Thales. La participation du géant français de la défense au programme MGCS avait déjà été évoquée il y a un an, à l’occasion des négociations sur la mise en place de la MILSA (MGCS Industrial Lead System Architecture). Pour cette étape la firme française présentait une double candidature, l’une sous son propre nom et l’autre au sein de la société TNS Mars créée en 2007 pour le programme Scorpion et au sein de laquelle on retrouvait Thales, Nexter et Safran. L’annonce de la prochaine étape du programme par le DGA (Délégué Général pour l’Armement) qui devrait intervenir dans les prochains mois nous apprend la création d’une structure chargée de conduire les activités industrielles. Si on connait la constitution de cette future entité baptisée “Project Company” qui doit réunir KNDS France et Allemagne, Rheinmetall et Thales SIX GTS, la création de cette société laisse en suspens de nombreuses interrogations relatives à la part des industriels concernés dans la réalisation des huit piliers et de l’élargissement éventuel du programme à un pays supplémentaire. Ce dernier point a d’ailleurs été évoqué par Boris Pistorius qui a indiqué que l’ouverture de MGCS à d’autres partenaires européens pourrait intervenir “sans doute plus tôt que prévu“, et “[qu’] il faut aller chercher d’autres partenaires“. On peut faire confiance à Berlin dont le leadership sur le programme a été officiellement reconnu, pour admettre dans ce projet des partenaires ad hoc, de préférence utilisateurs actuels ou futurs du Leopard et clients potentiels du futur engin, fidèle à la logique commerciale dans laquelle le MGCS doit s’inscrire. En dépit de ces interrogations, l’arrivée d’un quatrième partenaire français reste une bonne nouvelle et donne à ce projet un aspect plus équilibré, au moins sur le papier.  

Les huit piliers du programme MGCS

La communication qui a suivi la signature du MoU (Memorandum of Understanding) vendredi a permis de découvrir les huit piliers de ce programme et leur répartition entre les deux pays. Outre, le sursis accordé au règlement de l’épineuse question de de la fonction feu, la répartition présentée permet de constater que ce partage, mathématiquement équilibré recèle une importante dissymétrie dans la répartition. On s’aperçoit que les Allemands se sont appropriés deux des trois fonctions au coeur de la conception d’un char, à a savoir la mobilité et la protection, la troisième étant la fonction feu. Tous les chars sont le résultat d’un arbitrage entre ces trois fonctions effectué par les bureaux d’étude en fonction des demandes des militaires. Cette “attribution” à l’Allemagne de deux des trois fonctions essentielles du futur char n’augure rien de bon pour les arbitrages futurs, dans lesquels la partie allemande aura la primauté et pourrait ainsi imposer sa vision de la fonction feu.

RH-130 / 52 de Rheinmetall

Concernant cette dernière, il serait ici trop long de se lancer dans un comparatif entre les deux solutions proposées, Il suffit juste de se replonger dans l’histoire, pour (re)découvrir que le dernier projet de char franco-allemand avait échoué sur la question de la fonction feu, et plus précisément celle du canon. Dans ce projet initié à partir en 1956, les deux pays avaient chacun une solution, à savoir le canon de 105mm Cn-105-F1 pour la France et le canon L7 britannique pour l’Allemagne. A l’automne 1963, des évaluations placées sous la présidence  d’un colonel de l’armée blindée italienne se déroulent pour la partie tactique sur le camp de Mailly et à Bourges et Satory pour le volet technique. Le résultat de ces évaluations est résumé par le directeur de la Section technique de l’armée : “Si la supériorité du char AMX 30 a été nette et incontestable sur le plan de l’armement, il convient d’être plus prudent sur le plan du châssis, le char allemand ayant fait preuve de qualités de mobilité au moins égales à celles de son concurrent français”. En dépit de ce résultat, les Allemands accordent d’importants financements au développement du Standardpanzer (futur Leopard 1) armé du canon L7 et enterrent de facto le projet franco-allemand ! Cet éclairage “historique” doit amener à envisager avec beaucoup de prudence et de circonspection les futurs essais comparatifs annoncés pour l’armement principal du MGCS. 

Le canon Ascalon de KNDS France

Dans ce domaine, les premiers “coups” portés au canon français l’ont été par l’Office fédéral des équipements, des technologies de l’information et du soutien en service de la Bundeswehr [BAAINBw]  pour qui “le canon de 120 millimètres qui a la cote aujourd’hui n’a plus aucun potentiel de croissance“. Cet argument est exactement le même que celui présenté par Rheinmetall lors de la présentation du canon de 130mm en 2016 et repris lors de la dernière édition du salon Eurosatory, à l’occasion de la présentation du KF-51. L’organisme allemand souligne également la nécessité de ” trouver une arme puissante pour donner à des projectiles plus lourds une vitesse initiale plus élevée” reprenant sans les mentionner les arguments de la firme de Düsseldorf selon laquelle  une augmentation de calibre de 8% représente une augmentation de 50% des performances. La future compétition entre le Rh-130 allemand et l’Ascalon français pourrait être en outre être impactée par la très probable arrivée d’une ultime version du Leopard 2, évidemment équipée du canon de 130mm. Le développement de cette dernière déclinaison du best-seller allemand permettrait de combler le vide séparant le Leopard 2A8 de la mise en service du MGCS, dont les premiers exemplaires de série devraient apparaitre en 2045, soit dans une vingtaine d’années. Le développement de ce “char intermédiaire” permettrait également de démontrer les possibilités d’intégration du canon de 130mm sur les engins existants, pourrait entrainer une “généralisation” de ce calibre dans les armées européennes. Précédée par une commande de la Bundeswehr, elle permettrait d’inscrire cet engin et son canon dans le paysage blindé européen et faciliter la commercialisation du MGCS. Les seules interrogations subsistant autour de ce futur char résident dans la répartition des tâches entre les deux industriels allemands. En effet, s’il est quasiment certain que ce futur Leopard sera équipé d’une tourelle Rheinmetall, l’origine de son châssis reste plus incertaine. Pour celui-ci deux équipements sont envisageables : celui du Leopard 2 (propriété de KNDS Allemagne) et celui du Buffalo ARV (Armoured Recovery Vehicle) sur lequel Rheinmetall possède les droits de propriété intellectuelle et qui devrait servir de base au KF-51 EVOEn dépit du recul de l’échéance, le choix de l’armement principal du MGCS risque bien d’être un sujet de discorde entre les deux partenaires, à moins que l’un des deux ne capitule pour sauver le projet ! 

KF-51 EVO

Toutes ces informations relatives à “ce futur du char” ont eu le mérite de remettre (brièvement) cet engin et sono évolution sur le devant de la scène. Quelque soit l’avenir de ce programme, il est désormais urgent pour la France de réintroduire le char dans le débat et la pensée militaire. Au moment où la France s’engage de plus plus fortement dans le programme MGCS, il serait hautement souhaitable de recréer les conditions favorables à l’émergence d’une véritable réflexion “pluridisciplinaire” sur la chose blindée, qui puisse permettre à notre pays de se doter d’un “char employable” selon les termes de Marc Chassillan. L’urgence à faire émerger une telle structure est à la hauteur des défis qui se posent à notre armée et des investissement que la France se prépare à consentir pour le développement du MGCS. Celui-ci impose une véritable modernisation du Leclerc, rendue indispensable par le calendrier du programme franco-allemand et le retard que le char français est en train de prendre, malgré ses qualités fondamentales et ses performances initiales. La mise sur pied d’une telle structure répondrait également aux voeux du CEMAT pour qui ce “processus à l’œuvre derrière tout projet capacitaire : celui d’une maturation […] où ce temps consacré à préparer le projet est un gage de stabilité et de réussite, […] à l’abri du tempo et du fracas médiatiquesans oublier les rigidités culturelles qui ont empêché l’émergence de toute réflexion depuis plusieurs décennies.

MGCS : Paris et Berlin tranchent un noeud gordien

MGCS : Paris et Berlin tranchent un noeud gordien

 
– Forces opérations Blog – publié le

Pile à l’heure, ou presque. Conformément à l’engagement pris à Berlin un mois plus tôt, les ministres de la Défense français et allemand ont signé hier matin l’accord de lancement de la première phase du programme de système de combat terrestre principal (SCTP, ou MGCS). 

Trancher un noeud gordien

Signe de l’éclaircie constatée depuis juillet dernier, le soleil lui-même s’est invité à la cérémonie de signature. Exit les scénarios d’impasse et autres bisbilles par presses ou parlementaires interposés, place au changement de logiciel et à la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) actant l’entrée dans la phase dite 1A de MGCS, celle du développement de démonstrateurs technologiques. 

C’est, selon le ministre des Armées Sébastien Lecornu, « un moment important » dans le chemin vers la succession des chars Leclerc et Leopard 2 à l’horizon 2040. Paris et Berlin sont désormais alignés, résultat d’un processus centré non plus sur les solutions techniques mais sur l’identification du besoin opérationnel et l’harmonisation de la demande entre armées partenaires. 

« Nous ne discutons pas là d’un programme trivial mais du système de combat terrestre appelé à remplacer des ‘vedettes’ nationales que les guerres de demain rendront obsolètes, le Leclerc côté français et le Leopard 2 côté allemand », soulignait pour sa part le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, sur les réseaux sociaux.

Crédits image : ministère des Armées

Le document règle, entre autres, l’épineuse question du partage de la charge. « Nous avons tranché le noeud gordien sur la répartition des responsabilités industrielles », s’est félicité le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius. En résulte un partage à 50/50 des coûts et de la charge entre les deux filières qui se maintiendra tout au long des différentes phases. 

Calqué sur le référentiel du SCAF, MGCS se structure désormais selon deux niveaux et huit piliers. Ce sont le niveau 0 du système de systèmes et le niveau 1 relevant des plateformes de combat (canon, missile et appui). À chaque niveau correspondent des études conceptuelles et d’architecture qui serviront à définir progressivement les futurs systèmes.

Les huit piliers englobent les activités de R&D et de démonstration. Conduits en national ou en binational, ils relèvent des plateformes (Allemagne), des feux classiques (France-Allemagne), des feux innovants (Fr), de la connectivité (Fr-Al), de la simulation (Fr-Al), des capteurs (Fr), de la protection au sens large dont la protection active et la lutte anti-drones (Al), et des infrastructures et du soutien (Fr-Al).

Un contrat notifié d’ici 2025

Chaque pilier ayant désormais son ou ses drapeau(x), reste à y associer des champions industriels. S’ouvre une nouvelle phase, celle de la négociation et de la notification d’un premier contrat d’une durée de trois ou quatre ans par l’Allemagne, pilote du programme. Il s’agira d’aboutir d’ici début 2025, « un objectif très ambitieux », concède le ministre de la Défense allemand.

Ce futur contrat sera confié à une « Project Company » constituée par KNDS France, KNDS Deutschland, Rheinmetall et Thales SIX GTS. Évolution de la coentreprise déjà constituée ou nouvelle structure, ce quatuor aura la charge de conduire l’ensemble des activités réalisées au niveau industriel. 

À l’exception de KNDS et de Rheinmetall, tant les industriels concernés que leur répartition parmi les piliers restent des secrets bien gardés qui ne seront dévoilés qu’ « en temps utile », indique l’entourage de Sébastien Lecornu. Une once de logique permet cependant d’éclaircir le tableau. Difficile, en effet, d’imaginer un pilier des feux classiques conduit sans KNDS France, relève par exemple le cabinet ministériel. Idem pour Thales, que l’on imagine mal être écarté du pilier de la connectivité, et pour MBDA, candidat naturel au pilier des feux innovants. 

La France investira 500 M€ d’ici à 2030, l’Allemagne plusieurs centaines de millions d’euros d’ici à  2027. « Un demi-milliard d’euros, c’est beaucoup d’argent », soulignait Sébastien Lecornu. Les deux ministres ont donc donné le « la » : « vous avez en face de vous deux ministres clients ». Deux donneurs d’ordre dont la mission reste de garantir la fourniture de l’équipement demandé par leurs armées respectives. Dès lors, hors de question de dévier de l’objectif fixé, celui de parvenir à un char identique pour les deux armées en 2040. 

Ce jalon désormais franchi, l’ouverture de MGCS à d’autres partenaires européens pourrait intervenir « sans doute plus tôt qu’on ne le croit », indique Boris Pistorius. « Il faut aller chercher d’autres partenaires », ajoutait-il, mentionnant au passage l’Italie, officiellement observateur, mais aussi la Pologne, membre d’un triangle de Weimar récemment ravivé et dont le nouveau gouvernement se veut davantage pro-européen. 

Une copie qui s’affine

La vision franco-allemande est connue dans ses grandes lignes. Arrivé à terme, MGCS débouchera sur un système de systèmes interconnectés et en partie robotisés. Des plateformes dotées de briques d’intelligence artificielle, de capteurs, armements et de protections de nouvelle génération. Bref, un « char du futur » qui se conçoit « en surplomb des crises, à l’abri du tempo et du fracas médiatiques », relevait le CEMAT.

D’annonce en annonce, la copie se précise mais reste à prendre avec du recul au vu de l’horizon fixé et des obstacles potentiels à surmonter. Après les armées françaises, la Bundeswher s’est à son tour essayée au jeu de la prospective. Exemple avec la mobilité, dont les performances pourraient être augmentées en privilégiant la réduction de la masse, estime l’armée allemande dans un article publié en marge de la cérémonie. 

La masse maximale du MGCS « doit être réduite par rapport aux plateformes actuelles – une exigence qui a été formulée compte tenu de l’augmentation significative du poids lors des récentes revalorisations des chars de combat principaux de l’OTAN », pointe la Bundeswehr. Cette mobilité, les deux armées la conçoivent autour d’un châssis commun à tous les systèmes et d’une motorisation innovante. « Les diesels hybrides seront très probablement utilisés pour la propulsion, un moteur électrique étant alors chargé par le diesel. Le moteur électrique silencieux peut alors être utilisé dans certaines situations tactiques », note l’article. 

Autre exemple avec l’équipage, réduit à deux ou trois membres et opérant dans un compartiment protégé placé au sein du châssis. Selon le BAAINBw, pendant allemand de la Direction générale de l’armement, « il est maintenant assumé que la tourelle du MGCS sera inhabitée ». L’avantage ? Une tourelle plus compacte malgré un système d’arme plus volumineux, mais mieux protégée et participant à réduire la silhouette. 

Quant à la fonction feu principale, aucune piste n’est pour l’instant privilégiée. Seule certitude : « le canon de 120 mm, largement utilisé aujourd’hui, n’a plus aucun potentiel de croissance », explique un expert du BAAINBw. Si le 130 mm de Rheinmetall et le 140 mm de KNDS sont tous deux dans les starting blocks, un scénario à deux voies parallèles semble maintenant exclu, une seule solution devant être sélectionnée à l’issue de tests comparatifs. 

Crédits image : EMACOM

Renforcement blindé

Renforcement blindé

Israeli soldiers carry heavy shells past battle tanks deployed at a position along the border with the Gaza Strip and southern Israel on December 31, 2023, amid the ongoing conflict between Israel and the militant group Hamas. (Photo by Menahem KAHANA / AFP)

par Blablachars – publié le 24 avril 2024

https://blablachars.blogspot.com/2024/04/renforcement-blinde.html


Après le 22 février 2022, plusieurs pays européens ont choisi de muscler leur composante blindée mécanisée en lançant des programmes (souvent ambitieux) de modernisation ou d’acquisition d’engins blindés, parmi lesquels l’achat de chars modernes figure en bonne place dans les différents processus en cours ou à venir. Cet engouement pour la “chose blindée” étant basée sur l’observation du conflit ukrainien et de la place tenue par les différents engins dans les opérations. Loin d’une Europe confrontée au retour de la guerre de haute intensité, un autre pays a également fait le choix de muscler sa composante blindée pour répondre aux menaces actuelles et futures. 

On a appris aujourd’hui que les Forces de Défense Israéliennes (FDI) avaient décidé d’augmenter le nombre de compagnies de chars dans chaque bataillon du Corps blindé. Cette décision semble être le résultat direct des enseignements tirés des opérations menées par Tsahal, depuis six mois dans la Bande de Gaza. Cette décision qui vise à augmenter le nombre d’unités blindées annule une décision prise il y a plus de dix ans, qui visait à réduire le nombre de chars dans l’armée israélienne. L’observation des engagements dans la bande de Gaza a confirmé l’utilité des chars dans la conduite des opérations en milieu urbain, au sein duquel les destructions contribuent à entraver l’action des engins. Les zones ouvertes hors des localités ont également permis aux chars de tirer le meilleur parti de leurs capacités de jour comme de nuit, comme ce fut le cas lors des premières incursions de Tsahal au mois d’octobre dernier. 

 

 Selon le Cne AMITAI, commandant une compagnie de chars au sein du 82ème Bataillon blindé “Gaash” appartenant à la 7ème Brigade blindée “Saar me-Golan, les véhicules blindés ont joué un rôle essentiel dans le conflit. Engagée aux côtés de la 188ème Brigade blindée “Barak” et de la 401ème Brigade blindée ” Ikvot HaBarzel” dans la Bande de Gaza, la 7ème Brigade blindée a été engagée le long du littoral afin de contrôler les accès sud et centre de la ville de Gaza, en vue de l’isoler. Pour l’officier israélien, les chars ont permis de protéger et de fournir des feux aux fantassins et sapeurs engagés en zone urbaine, tout en offrant une capacité de déplacement rapide en tout terrain. A la tête d’une compagnie de Merkava IV, le Cne AMITAI a évidemment souligné le rôle essentiel du système de protection active Trophy dans l’engagement des chars à Gaza, permettant de décupler l’efficacité des engins et de renforcer la confiance des équipages. Pour illustrer l’efficacité du Trophy, l’officier israélien évoque une embuscade au cours de laquelle le char du commandant de bataillon a été ciblé par deux missiles antichars, interceptés par le système de protection israélien, tout en permettant au char poursuivre son action. 

Jonathan SPYER, chercheur à l’Institut de stratégie et de sécurité de Jérusalem indique que les forces blindées ont joué un rôle central et vital dans les combats à Gaza menés au sein de dispositifs interarmes et que la décision de recréer les compagnies dissoutes s’inscrit dans le cadre de l’augmentation du budget de la défense qui devrait suivre la guerre. Selon le chercheur, l’augmentation de la capacité blindée de  Tsahal reflète l’idée selon laquelle les FDI doivent être équipées pour lutter contre des forces semi-régulières et régulières, perspective d’emploi qui qui crée des besoins différents et exige donc des moyens également différents de ceux liés aux opérations de contre-terrorisme ou de contre-insurrection.  

 

Cette augmentation de potentiel blindé, qui se traduit par la réactivation de compagnies de chars consiste à transformer la troisième compagnie de chars des bataillons blindés. Armée jusqu’à présent par des réservistes, cette unité devrait donc devenir une unité d’active, donnant aux bataillons une véritable troisième unité, dont les réservistes disponibles pourraient être engagés dans d’autres missions. Selon les FDI, trois compagnies ont déjà été réactivées au sein du 82eme, 52eme et 71ème Bataillon blindé, appartenant respectivement à la 7ème, 401ème et 188ème brigade, les prochaines pourraient l’être d’ici la fin de l’année. Cette remontée en puissance est en outre permise par l’afflux de volontaires pour servir au sein des unités blindées, avec un accroissement de 30% du volume de recrues au sein des brigades de chars par rapport aux années passées. Cette vague pourrait constituer le plus grand volume de recrutement du Corps blindé pour les prochaines années. La transformation en unités d’active des unités de chars de réserve souligne l’objectif affiché par les FDI de ne pas compter sur les réservistes pour la mise en œuvre de leurs blindés, dont plus de 300 000 furent rappelés au lendemain des attaques du 7 octobre. Selon le Times Of Israël, de nombreux réservistes ont manifesté leur volonté de ne pas rejoindre leur unité pour marquer leur opposition au projet de réforme du système judiciaire. En dépit de la signature par 6000 réservistes d’une déclaration affirmant leur engagement à servir le pays, il est probable que la décision de ne plus confier ces unités aux seuls réservistes, ne traduit pas uniquement le manque d’adaptation de l’armée israélienne à soutenir un conflit dans la durée, mais aussi la crainte de devoir composer avec d’éventuelles oppositions en cas de mobilisation massive. Avec ces nouvelles unités, Tsahal augmente donc sa capacité à occuper plus longtemps le terrain sans que cela ne se traduise par le rappel de réservistes supplémentaires ou par l’augmentation du nombre de chars en service. Au sein du 82ème bataillon blindé, la compagnie nouvellement créée sert sur des Merkava IV, à la différence des unités de réserve habituellement équipées de chars de versions plus anciennes, comme le Merkava III. Ce choix devrait donc se traduire par une plus grande homogénéité en matière de formation et d’entrainement, synonyme d’une efficacité accrue. 

 

Même si elle constitue l’un des volets d’une probable stratégie de contournement destinée à prévenir les problèmes liés au rappel des réservistes, la nouvelle organisation traduit surtout l’importance du char et des blindés dans la stratégie de Tsahal. Comme les pays européens concernés et à la différence de la France, l’armée israélienne reste convaincue de la polyvalence du char et de son utilité dans les différents conflits potentiels. Il est important de noter qu’au moment où plusieurs armées européennes se heurtent à des difficultés accrues de recrutement, Tsahal ne semble pas connaitre de problèmes pour armer ses unités blindées en raison de l’afflux de volontaires désireux de servir dans les chars. Cet afflux qui pourrait être également  lié à l’attitude de certains réservistes est probablement motivé par le côté technologique des engins utilisés ainsi que par la protection offerte aux équipages blindés, qui peuvent se sentir moins exposés que leurs camarades fantassins ou sapeurs. Cette opération, qui ne se limite pas à une simple manipulation RH souligne également l’importance de disposer d’unités de réserve équipées et spécialisées. Dans ce domaine, l’armée française a probablement raté une occasion au moment du retrait des AMX 30B2, qui aurait pu s’accompagner de la création d’escadrons de réserve au sein des Régiments de chars. Servis par des équipages de réserve (anciens d’active ou réservistes) suivant de véritables cycles d’entrainement et de contrôle, ces unités auraient pu contribuer de façon significative aux missions des régiments de chars auxquelles elles auraient été rattachées. En outre, on peut imaginer que ces unités auraient très certainement favorisé le recrutement de réservistes, attirés par ce métier et accru le rayonnement des régiments de chars. Au moment où la spécialisation des brigades revient à l’ordre du jour avec la création d’écoles de milieu au sein de la 9ème BIMa (Brigade d’Infanterie de Marine) et de la 11ème BP (Brigade Parachutiste), la constitution d’une véritable réserve blindée pourrait contribuer à confirmer la spécificité des brigades blindées et à renforcer leur attractivité, à défaut de créer une école de milieu blindé mécanisé.

Le Canon de la discorde ?

Le Canon de la discorde ?

 

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Au cours d’un entretien téléphonique avec des analystes financiers, le PDG de Rheinmetall a annoncé que sa société avait franchi une étape importante dans le développement de son canon de 130mm avec la signature de contrats relatifs à l’arme et à ses munitions. Dans cet entretien, A. Papperger confirme le prochain montage du canon de 130mm sur le KF-51, opération qui devrait donner naissance à un “produit fantastique selon les propres termes du CEO de Rheinmetall. Toujours selon A Papperger, cette combinaison devrait constituer la base d’une future solution blindée qui pourrait voir le jour d’ici la mise en service du MGCS dans les années 2040. Ce futur engin, Leopard 2+ ou Leopard 3 pourrait utiliser un certain nombre de technologies déjà utilisées sur le KF-51. 

Au moment de sa présentation à Eurosatory en 2016 sous la forme d’un prototype, la société allemande indiquait que le passage au calibre de 130mm représentait une augmentation de 50% de l’énergie cinétique, par rapport au canon de 120mm utilisé sur le Leopard 2. Ce canon de 130mm d’un poids total de 3,5 tonnes contre 3 tonnes pour celui de 120mm utilise des munitions d’un poids moyen de 30 kg et d’une longueur de 1.30m, rendant impératif l’utilisation d’un système de chargement automatique. Rheinmetall avait indiqué en 2016 que la mise au point complète de cette nouvelle arme et de ses munitions devait encore nécessiter entre 8 et 10 ans. Selon A. Papperger, le développement du canon de 130mm et des munitions associées (programmables, explosives et d’entrainement) désormais quasiment achevé pourrait ouvrir la voie à une prochaine mise en production de l’arme et des différents composants. 

 

Le canon Rh-130

 

Le chargement automatique du futur KF-51 130 devrait contenir 20 obus, capacité identique à celle du système qui équipait le char armé du canon de 120mm présenté en 2022 à Eurosatory. On ne sait pas si ce système conservera la modularité du précédent avec la répartition des munitions dans deux caissons pouvant être remplacés par des munitions téléopérées. Cette capacité de 20 obus devrait être augmentée par l’emport de 10 obus supplémentaires dans le châssis de l’engin. 

 

Munitions téléopérées sur le KF-51

 

Selon le PDG de la firme de Düsseldorf, le futur de cette arme pourrait se décliner autour de deux grandes directions, à savoir son intégration dans les chars Leopard 2 existants, pour permettre une remise à niveau des engins encore au standard 2A4. La seconde pourrait être son utilisation éventuelle dans le MGCS à côté d’un certain nombre de composants embarqués sur le KF-51 Panther. Concernant l’armement principal, l’éventualité évoquée par A. Papperger se heurte à la volonté française d’équiper le futur MGCS du canon Ascalon dont le prototype était discrètement exposé sur le stand de KNDS en 2022. 

 

L’ASCALON à Eurosatory 2022

 

Une fois encore, la parole d’A. Papperger est précieuse pour décrypter les intentions allemandes en matière  de blindés et plus particulièrement pour la succession du Leopard. A rebours des coups de trompette médiatiques, célébrant une nouvelle étape du programme franco-allemand, A. Papperger rappelle des évidences insuffisamment prises en compte du côté français.

La première est que Rheinmetall qui s’est invité dans le projet, n’a pas renoncé à son intention de “fourguer” son canon de 130mm pour le projet MGCS. Cet équipement qui est le coeur du système, et aussi générateur des plus values les plus importantes sur un char reste donc au coeur des ambitions de la firme de Düsseldorf.

La seconde est la réaffirmation de l’arrivée prochaine de l’ultime déclinaison du best-seller allemand appuyée par la proposition de rénovation des Leopard 2 en service, la cible de cette opération étant dans un premier temps, les version 2A4 avant que les suivantes ne soient également envisagées.

Ces deux évidences doivent finir de nous convaincre que le programme MGCS qui est vu en France comme un programme politique est considéré en Allemagne comme un programme commercial. A ce titre,  son arrivée n’est envisagée du côté allemand qu’à partir du moment où le filon Leopard aura été complètement épuisé, avec la modernisation des chars existants et le développement de l’Ultima Leopard ! Cet entretien accordé à des analystes financiers, dont l’opinion reste est encore plus déterminante pour les actionnaires de Rheinmetall depuis l’intégration au Dax de la firme de Düsseldorf en mars 2023, confirme les ambitions de la direction mais aussi l’arrivée prochaine d’une solution blindée intermédiaire, destinée à assurer une transition douce entre les matériels actuels et le futur MGCS. Ce futur engin permettrait également de s’assurer dès aujourd’hui de la fidélité d’une clientèle déjà conquise, à consolider un marché export  déjà bien établi, facteur clé de la rentabilité du futur projet franco-allemand.

Le différent existant au sujet de l’armement principal du futur engin franco-allemand au coeur des négociations entre les différents acteurs du projet MGCS, traduit à lui seul le caractère mercantiliste de la vision allemande du projet, incluant les aspects commerciaux et industriels face à une vision française essentiellement politique qui essaye  de sauver le projet en imposant à son “partenaire” des décisions contraires à ses intérêts et à son calendrier.

Paris et Berlin alignés sur la prochaine phase de MGCS

Paris et Berlin alignés sur la prochaine phase de MGCS


« Viel vorgenommen ». De fait, la coopération franco-allemande a fait plusieurs bonds en avant hier à Berlin, les ministres de la Défense de chaque pays actant notamment le lancement de la prochaine phase de développement du système appelé à succéder aux chars Leclerc et Leopard à l’horizon 2040-2045. 

Progresser sur huit piliers

« Nous avons un accord », s’est félicité Sébastien Lecornu lors d’une conférence de presse conduite avec son homologue allemand, Boris Pistorius. Repris en main il y a huit mois par les deux ministres, le dossier du « Main Ground Combat System » (MGCS) franchit enfin un nouveau jalon après un temps de latence. 

Parfois âpres mais toujours maintenues, ces discussions principalement étatiques débouchent sur une clef de répartition à 50/50 de la charge de travail entre industriels français et allemands tant pour la phase de développement que pour celle de production. Exit les 13 « Main Technological Demonstrators » qui prévalaient jusqu’alors, place à une phase dite « 1A » et à une logique de piliers capacitaires, deux notions héritées de l’équivalent aérien du MGCS, le programme « système de combat aérien du futur » (SCAF).

Non détaillés pour l’instant, ces huit piliers se concentreront sur des fonctions principales telles les feux « classiques », les feux « innovants », les plateformes, les systèmes de communication et de commandement (C2) et autres clouds de combat, la simulation, les capteurs, protections et infrastructures nécessaires pour accueillir le futur « système de systèmes » en unité. À l’inverse de MTD éphémères, ces piliers sont destinés à structurer le programme tout du long. 

Le ministre des Armées l’a plusieurs fois répété, MGCS sera bien plus qu’un simple successeur des chars actuels. L’innovation s’étendra par exemple aux feux, ceux-ci comprenant potentiellement des armes lasers privilégiées pour se prémunir de la menace anti-drones mais pas seulement. « Il y aura un usage massif de l’intelligence artificielle », complète le cabinet ministériel, mentionnant une IA injectée non seulement dans les systèmes de C2 mais aussi dans les capteurs.

« Un bon accord »

L’effort à venir mobilisera plusieurs acteurs. Les deux maîtres d’œuvre du programme bien sûr, KNDS (Nexter+KMW) et Rheinmetall, mais aussi d’autres grands noms du secteur comme MBDA, Thales, ou encore Safran. Et jusqu’à quelques PME, dont au moins relevant du domaine des armes à énergie dirigée. Il s’agira pour l’équipe constituée de plancher sur un pré-démonstrateur ainsi que de répondre à plusieurs questions en suspend, dont celle du nombre et de la tailles des plateformes composant un système MGCS.

Le cabinet ministériel a salué l’obtention d’« un bon accord », non seulement « parce qu’il permet d’avancer » mais aussi parce qu’il consolide les intérêts industriels de chaque pays. Ainsi, si chaque pilier sera piloté par un industriel allemand, français, ou par un duo binational, « Nexter sera un acteur très important de la partie française, KMW sera un acteur très important de la partie allemande ». « Ce qui est important pour nous et est respecté par cet accord, c’est que le groupe KNDS est bien le centre du projet », nous explique-t-on. 

La suite ? La signature, le 26 avril à Paris, de l’engagement juridique relatif à cette phase 1A. L’alignement obtenu, les industriels retenus se verront notifier les contrats correspondants d’ici la fin de l’année par l’Allemagne, pilote du projet. Coût de la manœuvre ? De l’ordre de «  plusieurs centaines de millions d’euros ». Côté français, 500 M€ sont sanctuarisés par la loi de programmation militaire pour 2024-2030 pour abonder le sujet MGCS. Un engagement qui prend une autre dimension au vu des 30 M€ investis depuis 2017. 

Cette avancée ouvre, enfin, de nouvelles perspectives en matière d’élargissement. « D’autres pays frappent à la porte, et notamment en Europe », pointe l’entourage ministériel. Désormais observatrice à part entière, l’Italie est l’une des premières concernées par une bascule vers un « dialogue beaucoup plus étroit ». Dans un second temps, certes, mais cette fois avec un horizon bien dégagé.

Faute de soutien, seulement 50% des chars Challenger 2 livrés à l’Ukraine sont actuellement opérationnels

Faute de soutien, seulement 50% des chars Challenger 2 livrés à l’Ukraine sont actuellement opérationnels

https://www.opex360.com/2024/03/11/faute-de-soutien-seulement-50-des-chars-challenger-2-livres-a-lukraine-sont-actuellement-operationnels/


A British Army Challenger 2 Main Battle Tank (MBT)

Pour le chancelier allemand, Olaf Scholz, il fallait agir en « étroite concertation » avec les États-Unis avant de prendre une décision à ce sujet. Mais l’annonce de la livraison d’engins blindés AMX-10 français à l’Ukraine fit bouger les lignes car, peu après le Royaume-Uni se décida à en faire autant avec 14 de ses chars Challenger 2 [soit l’équivalent d’un escadron]. Puis l’Allemagne céda à son tour et alla jusqu’à encourager la formation d’une « coalition Leopard » pour l’Ukraine. De même que les États-Unis, qui acceptèrent de céder 31 M1A1 Abrams SA [Situationnal Awareness].

Cependant, malgré une demande de Kiev, soutenue par certains experts des relations internationales, considérant sans doute le classement de l’institut Kiel comme l’alpha et l’oméga de l’aide militaire fournie à l’Ukraine, la France refusa de se séparer d’une partie de ses 200 chars Leclerc. À raison.

En effet, livrer des chars est une chose… Mais encore faut-il former leurs futurs équipages, tant au niveau technique que tactique, s’assurer de l’approvisionnement en munitions et prévoir le maintien en condition opérationnelle [MCO]. Évidemment, faire cohabiter plusieurs modèles de chars, même s’ils sont conformes aux normes de l’Otan, ne peut que compliquer l’équation.

Ainsi, l’aide militaire américaine [31 milliards de dollars] étant bloquée au Congrès, le soutien des M1A1 Abrams SA, dont au moins deux exemplaires ont été perdus, devient très compliqué. Celui des Leopard A1A5 et Leopard 2 l’est déjà, comme l’a fait savoir, le député allemand Sebastian Schäfer [Alliance 90/Les Verts]. En janvier, celui-ci a en effet déploré une pénurie de pièces de rechange et l’insuffisance de la formation des techniciens ukrainiens, dont les tentatives de réparations ont parfois entraîné des dommages supplémentaires aux chars qu’ils étaient censés remettre en état.

L’emploi des 14 Challenger 2 s’avère également compliqué. Déjà, contrairement à ses homologues occidentaux, le char britannique est doté d’un canon rayé de 120 mm [le L30A1], lequel n’est pas compatible avec les munitions de 120×570 mm au standard Otan.

Selon un reportage du quotidien britannique The Sun sur une unité de la 82e brigade d’assaut aéroportée de l’armée ukrainienne, le Challenger 2 est très précis, grâce à son canon mais surtout à son système de conduite de tir. En outre, il peut toucher une cible à une distance supérieure à 4 km.

Mais il présente quelques défauts, à commencer par un rapport poids/puissance inférieur de 30 % par rapport aux chars T-80 de conception soviétique. Affichant une masse de 64 tonnes, son groupe motopropulseur [GMP] de 1200 ch n’est pas assez puissant [à masse équivalente, le Leopard 2 et le M1A1 Abrams disposent chacun d’un GMP développant 1500 ch, ndlr]. Et cela joue sur sa mobilité. « Il reste coincé dans la boue parce qu’il est trop lourd », a confié un officier ukrainien au Sun.

Aussi, les Challenger 2 ukrainiens sont rarement utilisés pour du combat « char contre char »… En revanche, ils sont sollicités dès qu’il s’agit de détruire des casemates, de soutenir les « charges » de l’infanterie ou de « terrifier les troupes ennemies ».

« Le principal problème des Challenger 2 sur le champ de bataille est un commandant qui ne comprend pas pourquoi ils ont été conçus et qui ignorent leurs avantages et leurs inconvénients », a résumé le chef d’escadron « Kayfarick » dans les pages du Sun.

Lors de la contre-offensive lancée en juin 2023, un seul Challenger 2 a été perdu au combat. Touchés, deux autres ont pu être réparés. Cependant, le MCO peine à suivre, car sur les 14 exemplaires livrés, 7 sont encore opérationnels.

« Cinq sont tombés en panne et les pièces de rechange mettent parfois des mois pour arriver de Grande-Bretagne », a confié « Kayfarick ». Et d’insister : « Il faut beaucoup de temps pour obtenir des pièces de rechange. La logistique est très complexe, tant de notre côté que des Britanniques ». Les patins des chenilles, les composants de la tourelle, les systèmes de visée « ne durent pas longtemps », a-t-il déploré.

Outre les soucis logistiques, l’escadron ukrainien manque de techniciens qualifiés pour maintenir les Challenger 2 en bon état. Par ailleurs, afin de se prémunir des munitions téléopérées russes [le seul exemplaire perdu au combat a été victime d’un drone « Lancet »], les équipages ont installé, à leurs frais, des cages de protection sur deux de leurs chars.