L’Allemagne envisage de rétablir un service militaire d’au moins six mois sur la base du volontariat

L’Allemagne envisage de rétablir un service militaire d’au moins six mois sur la base du volontariat

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Aussi, depuis qu’il a pris ses fonctions, M. Pistorius souhaite revenir sur la mesure prise il y a maintenant treize ans, en cherchant l’inspiration dans les pays scandinaves, en particulier la Suède, qui a rétabli la conscription, sept ans après l’avoir suspendue. A-t-il trouvé la bonne formule ? L’avenir le dira…

En tout cas, selon les orientations dévoilées le 12 juin, l’idée maîtresse est de présenter ce « nouveau » service militaire comme une opportunité et non plus comme une « contrainte ». Ainsi, tous les jeunes allemands ayant l’âge d’être appelés sous les drapeaux devront retourner un questionnaire censé évaluer leur degré de motivation et leur aptitude physique. Celui-ci sera facultatif pour les femmes.

« Actuellement, il n’est pas possible d’exiger des femmes qu’elles remplissent et renvoient le questionnaire. Elles ne peuvent pas non plus être soumises à des tests contre leur gré, cela nécessiterait une modification de la Loi fondamentale », justifie le ministère allemand de la Défense.

Ce recensement a deux objectifs : susciter l’intérêt des jeunes pour les forces armées [lequel sera encouragé par des « campagnes d’informations numériques »] et sélectionner les plus motivés, ceux-ci devant être ultérieurement convoqués pour un entretien. Ensuite, la décision d’effectuer un service militaire d’une durée de six mois [et pouvant être prolongé jusqu’à 23 mois] leur appartiendra. Du moins, « dans un premier temps ».

« La Bundeswehr offrira des possibilités de formation continue à ceux qui s’engageront pour plus de six mois », souligne par ailleurs le ministère. À l’issue de leur service, les appelés seront admis dans la réserve, avec l’éventualité d’avoir à effectuer au moins une période par an.

Cette formule présente l’avantage d’une « sélection ciblée selon des critères définis » dans la mesure où la Bundeswehr pourra ne retenir que le nombre de conscrits dont elle a besoin et, surtout, qu’elle sera en mesure de former. Or, actuellement, ses capacités d’accueil et de formation ayant été en grande partie démantelées après la suspension de la conscription, il lui faudra du temps pour remonter en puissance. Aussi, seulement 5000 appelés pourront être sélectionnés dès la première année de ce « nouveau service militaire », probablement à partir de 2025.

Photo : Ministère allemand de la Défense

Selon la Cour des comptes, le ministère des Armées est celui qui a perdu le plus de postes en 2023

Selon la Cour des comptes, le ministère des Armées est celui qui a perdu le plus de postes en 2023

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Ainsi, note le rapport, de « nombreux crédits ont fait l’objet de reports depuis 2022 et vers 2024 ». Par exemple, s’agissant du programme 178 « Préparation et emploi des forces », 2 milliards d’euros d’autorisations d’engagement ont été reportés à l’exercice 2024, en raison de « marchés de maintien en condition opérationnelle [MCO] dont la préparation connaît des difficultés »… Ce qui représente 7,4 % des ressources budgétaires de la loi de finances initiale [LFI].

Autre exemple : la Cour des comptes a peu goûté le fait que des crédits de paiement d’un montant de 1,6 milliard d’euros aient été l’objet « d’un gel immédiat » pour ensuite être reportés à 2024. En outre, l’enveloppe de 200 millions d’euros destinée au « fonds spécial pour l’équipement de l’Ukraine », votée en loi de finances rectificative pour 2022 puis « en loi de finances de fin de gestion pour 2023 avec l’objectif de les reporter respectivement aux exercices 2023 et 2024, plutôt qu’en lois de finances initiales pour ces exercices, constitue une autre entorse au principe d’annualité des crédits », a-t-elle relevé.

Enfin, s’agissant de la loi de finances de fin de gestion pour 2023, qui a ouvert 2,6 milliards d’euros d’autorisations d’engagement et 2,3 milliards d’euros de crédits de paiement, elle aurait permis de couvrir des « dépenses nouvelles à hauteur de 3,3 milliards d’autorisations d’engagement et de 3 milliards de crédits de paiement » ainsi que l’annulation de dépenses mises en réserve pour 700 millions d’autorisations d’engagement et 700 autres millions de crédits de paiement.

Parmi ces nouvelles dépenses, la Cour des comptes a relevé les surcoûts afférents au soutien à l’Ukraine « sous toutes ses formes » [déploiements militaires renforcés sur le flanc oriental de l’Otan , financement direct ou indirect de cessions d’équipement], un surcoût des opérations extérieures [pour 200 millions de plus par rapport à l’enveloppe initialement prévue] et les hausses du coût des carburants opérationnels à hauteur de 300 millions.

« L’ouverture de certains crédits, par cette loi, a été très tardive par rapport au fait générateur qui leur est associé : les déploiements militaires sur le flanc Est de l’Otan, soit 600 millions d’euros, connaissaient leur forme actuelle dès la préparation de la loi de finances initiale, à la mi-2022. Il en va de même pour les coûts du carburant opérationnel qui n’ont pas été ajustés, alors qu’ils avaient déjà occasionné un besoin de financement supplémentaire en 2022 », expliquent les magistrats de la rue Cambon.

Ceux-ci ont également pointé l’allocation de 1,5 milliard d’euros supplémentaires à la mission Défense, dans le cadre de la préparation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30. « En l’absence d’une loi de finances rectificative déposée en même temps que le projet de LPM, les évolutions des dépenses correspondantes ont donné lieu à un suivi spécifique pendant la majeure partie de l’exercice et ont contribué à contraindre son exécution », soulignent-ils.

Or, selon eux, de telles « pratiques semblent motivées par la volonté de présenter en loi de finances initiale des ouvertures de crédits conformes ‘à l’euro près’ à la programmation militaire ». Mais elles ont surtout « contribué à l’analyse de l’exécution budgétaire pour 2023 et à réduire l’information du Parlement ».

Sur ce point, le rapport déplore le fait que plusieurs indicateurs budgétaires – comme les reports de charge ou les restes à payer – ne soient plus communiqués aux parlementaires, qui, là encore, ne peuvent pas exercer leur mission de contrôle de manière efficace. Même chose pour les indicateurs mesurant l’activité opérationnelle, mis sous le boisseau pour des « raisons de confidentialité ». Pour la Cour des comptes, leur confidentialité « réduit significativement l’intérêt de la partie ‘performance’ » des « publications budgétaires pour le Parlement ».

Au-delà de ces pratiques comptables, le rapport a pointé une autre anomalie… Alors que, en 2023, le ministère des Armées devait créer un peu plus de 1500 postes, il en a finalement perdu… alors que les dépenses de personnel de l’ensemble des structures de l’État ont augmenté de 6 milliards d’euros [hors pensions], en partie à cause de l’augmentation de 1,5 % de la valeur du point d’indice, mais aussi et surtout au recrutement de nouveaux agents.

« Conformément aux priorités gouvernementales, les missions régaliennes devaient être fortement renforcées avec des effectifs en hausse au sein des ministères de l’Intérieur [+ 2978 ‘équivalents temps plein’ sur un effectif de 296’097 emplois], de la justice [+ 2253 ETP sur un effectif total de 92’753 emplois] et des Armées [+ 1500 dans le seul champ du ministère, hors service industriel de l’aéronautique », rappelle la Cour des comptes.

Si les ministères de l’Intérieur et de la Justice ont respecté leurs schémas d’emplois respectifs, ce n’est pas le cas de celui des Armées.

« Alors que le ministère des Armées prévoyait 1547 créations nettes de postes en LFI, l’année 2023 s’est finalement conclue par une baisse de – 2 515 ETP, s’imposant comme le premier ministère contributeur à la baisse des effectifs, contrairement à ce qui était prévu. À l’inverse, alors que la LFI prévoyait une création nette de 2000 postes au ministère de l’éducation nationale, ses effectifs ont crû de 6027 emplois en 2023, soit un écart au schéma d’emplois présenté en LFI 2023 de 4027 ETP », constate la Cour des comptes.

Pourtant, la « dynamique » des recrutements a été soutenue en 2023, avec « 27’164 entrées nouvelles externes ». Mais elle a toutefois été inférieure aux objectifs du ministère des Armées [avec un déficit de 1813 ETP]. Et cela d’autant plus que le rythme des départs n’a pas faibli, avec 25’309 « sorties » en 2023 qui sont venues s’ajouter aux 24’957 départs constatés en 2022. « Les départs sont à leur plus haut niveau depuis 2017 », note le rapport. En particulier chez les sous-officiers et les militaires du rang.

Photo : Ministère des armées

Général François Lecointre : “Notre armée a été réduite à l’extrême”

Général François Lecointre : “Notre armée a été réduite à l’extrême

Le Général François Lecointre, ancien Chef d’Etat-Major des armées et Grand chancelier de la Légion d’honneur est l’invité du Grand Entretien de ce lundi 22 avril. Il publie “Entre Guerres” aux éditions Gallimard.

Avec

François Lecointre, ancien Chef d’état-major des armées – France Inter – publié le 22 avril 2024

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-22-avril-2024-7558689


L’idée était de dire aux Français qui l’ont oublié ce qu’est la réalité du combat.” Le Général François Lecointre, grand chancelier de la Légion d’honneur et ancien chef d’État-Major des armées (2017-2021) et chef du cabinet militaire du Premier ministre (2016-2017) publie “Entre Guerres”, récit autobiographique de sa carrière, jusqu’à sa retraite, prise quelques mois avant le début de la guerre en Ukraine. “Le terme guerre est toujours un terme très compliqué qui peut appeler beaucoup de sémantiques et d’explications différentes alors que ce dont je parle, c’est la façon dont tous nos soldats sont confrontés à cette réalité qui s’impose à eux et comment elle les amène à vivre une forme d’humanité particulièrement dense”, explique-t-il. “Cette vie très intense, très humaine, très fraternelle que vivent nos soldats est de nature à inspirer notre société”, estime encore l’ancien militaire.

“On ne peut pas penser les armées sans pensée à la communauté des armées, les épouses, les enfants : des familles qui vivent face à l’indifférence de la société”, souligne le Général François Lecointre. “C’est quelque chose que nous ressentons tous et que j’ai ressenti très fortement”, estime-t-il. “La solitude du conjoint du militaire qui est parti est complètement ignorée.”

Notre armée a été réduite à l’extrême

Je ne suis plus chef d’Etat major des armées, mais oui, notre armée a été réduite à l’extrême, estime encore François Lecointre, interrogé sur les capacités actuelle de l’armée française. “Les armées ont essayé de préserver un modèle qui autoriserait la remontée en puissance, sans perdre certaines compétences particulières, mais elles sont aujourd’hui réduites dans une armée petite.” Répondant aux questions posées par le récent ouvrage du spécialiste des questions militaires Jean-Dominique Merchet, “Sommes-nous prêts pour la guerre ?”, le général Lecointre estime que nous ne serions pas aujourd’hui en situation d’un engagement de masse dans la durée, autrement qu’en coalition ou avec une alliance.

Le ministère des Armées veut réduire le délai moyen de versement de la solde de ses réservistes de 79 à 65 jours

Le ministère des Armées veut réduire le délai moyen de versement de la solde de ses réservistes de 79 à 65 jours

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Alors que, actuellement, un réserviste opérationnel sur deux est salarié, le concours des entreprises et des administrations est évidemment crucial. Cela passe par la signature de conventions entre la Garde nationale et les employeurs, à l’image de celle qui a été officialisée le 17 avril dernier par le groupe Renault, lequel s’est engagé à faciliter la disponibilité et la réactivité de ses employés réservistes, en allant au-delà des dispositions prévues par la loi.

« Cette convention accorde en outre une autorisation d’absence de 15 jours ouvrés par année civile au titre de ses activités dans la réserve opérationnelle [soit 5 jours de plus que le minimum légal] », s’est ainsi félicité le ministère des Armées.

Grâce à ce système de conventions, « nous arrivons en moyenne à multiplier par deux le nombre de jours. Autrement dit, au lieu d’effectuer dix jours chaque année dans la réserve comme le prévoit la loi, le salarié-réserviste pourra en réaliser une vingtaine sans avoir à piocher dans ses congés ou ses RTT », a par ailleurs expliqué le général Louis-Mathieu Gaspari, le Secrétaire général de la Garde nationale.

En outre, a-t-il continué, « de plus en plus d’employeurs décident même de maintenir tout ou partie de la rémunération de leurs employés-réservistes. Car dans une entreprise, le soutien apporté aux réserves opérationnelles est de plus en plus perçu comme un outil de fidélisation, voire de recrutement ».

Ces mesures produisent des effets positifs puisque, selon les derniers chiffres, 2000 réservistes opérationnels supplémentaires ont été recrutés depuis septembre 2023 [et donc la promulgation de la LPM 2024-30].

Cela étant, pour les réservistes opérationnels qui ne sont pas salariés [étudiants, travailleurs indépendants, etc.], il est important que les soldes qui leur sont dues soient versées dans des délais raisonnables… Or, ce n’est actuellement pas le cas, comme l’a admis le ministère des Armées, dans une réponse à deux questions écrites posées par les députés Christophe Bentz et Nathalie Da Conceicao Carvalho.

« Depuis le début de l’année 2023, le délai moyen de versement de la solde des réservistes sous contrat d’engagement à servir dans la réserve opérationnelle est de 79 jours. Sur cette période [de janvier à juin 2023], environ 14 % des soldes ont été versées en moins de 45 jours et 51 % en moins de 65 jours », a en effet indiqué le ministère.

Mais ces délais varient en fonction des armées et des grades. Ainsi, en 2023, les militaires du rang réservistes de l’armée de Terre ont attendu, en moyenne, 94 jours pour percevoir leur solde. Leurs camarades de la Marine nationale et de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] sont à peine mieux lotis puisqu’ils ont dû patienter 90 jours.

Ces délais ont été de 89 jours pour les officiers réservistes du Service de santé des armées [SSA], qui sont souvent des médecins, et de 82 jours pour ceux de la Marine nationale. En revanche, les sous-officiers et les officiers réservistes de l’armée de Terre ont reçu leurs soldes au bout de 70 jours en moyenne.

« Le délai de versement de la solde est fonction du cycle de paiement des soldes mensuelles. D’une manière générale, les activités de réserve sont prises en compte mensuellement pour une mise en paiement le mois suivant, ce qui permet de fixer comme objectif deux mois pour le délai de paiement », a détaillé le ministère des Armées. Visiblement, cet objectif n’est pas atteint… car, a-t-il ajouté, « en fin d’année, les règles propres à la fin de gestion peuvent entraîner un allongement des délais de liquidation ».

Quant à la différence de traitement entre les militaires du rangs, sous-officiers et officiers, le ministère a expliqué qu’elle tenait aux fonctions et affectations des réservistes.

« Les sous-officiers et officiers exercent généralement leur période de réserve de manière isolée au sein d’états-majors », ce qui fait que la « validation de leurs jours d’activité est individuelle et transmise plus rapidement à l’organisme payeur », a-t-il avancé. En revanche, a-t-il poursuivi, « l’activité de réserve des militaires du rang est généralement collective. La transmission de leurs activités de réserve s’effectue de façon groupée pour l’ensemble de l’unité concernée, ce qui peut entraîner un allongement des délais ».

Quoi qu’il en soit, comme cette question peut influer sur la fidélisation des réservistes, le ministère des Armées, qui a reconnu que ces délais constatés restaient encore « trop importants », a dit s’être engagé « dans une démarche » visant à les réduire à moins de 65 jours.

« Fruit des actions entreprises sur certaines causes techniques à l’allongement des délais, entre novembre 2022 et août 2023, ces délais ont diminué de dix jours. Un travail d’harmonisation des processus doit permettre de continuer à les abaisser », a-t-il conclu.

NÎMES Les meilleures images du 40e anniversaire de la 6e BLB

NÎMES Les meilleures images du 40e anniversaire de la 6e BLB

6e blb nimes arenes
La 6e Brigade légère blindée a investi les arènes– Photo Yannick Pons


par Yannick Pons et Anthony Maurin – Objectif Gard – publié le 21 avril 2024

https://www.objectifgard.com/actualites/nimes-les-meilleures-images-du-40e-anniversaire-de-la-6e-blb-126726.php

Ce samedi, la “6” célébrait ses quarante ans en se déployant au son des cuivres dans les rues de Nîmes. La journée a terminé en apothéose dans les arènes par une prise d’armes, un concert et une opération militaire, devant 3 000 personnes.

Ce samedi 20 avril, la 6e Brigade légère blindée (BLB) célébrait ses quarante ans en se déployant dans les rues de Nîmes autour d’un colloque, de stands militaires et de déambulations musicales au son des fanfares militaires.

Les Nîmois ont une affection particulière pur la 6e BLB • Photo Anthony Maurin

Une journée qui s’est conclue en apothéose dans les arènes de Nîmes devant 3 000 personnes, des personnalités et une dizaines de généraux.

État-major nîmois

La 6e Brigade légère blindée (BLB) est une unité importante de l’armée de Terre qui comprend 7 régiments basés dans le sud de la France et dont l’État-major est basé à Nîmes. Deux troupes de marine, le 1er régiment de spahis et quatre régiments de Légion. 7 000 hommes et femmes sous les ordres du général Seiler.

On recrute devant les arènes • Photo Anthony Maurin

Créée à Nîmes en 1984, la 6e Division légère blindée, faisait partie de la mise en place d’une force d’action rapide en parallèle avec les bataillons parachutistes.

La 6e BLB sort les muscles • Photo Anthony Maurin

Une unité fulgurante, qui devait préparer des interventions amphibies notamment en Afrique. Dans la filiation de la cavalerie et puis des divisions blindées, elle est désormais une brigade légère blindée. Sur roues comme jaguars et griffons, ou sur l’eau avec les vedettes.

Des stands ornaient l’esplanade • Photo Anthony Maurin

Déploiement dans la ville

Le samedi matin, un colloque sur l’histoire de la « 6 » réunissait 200 personnes au carré d’art. Dans la journée, des stands militaires jonchaient l’esplanade. L’armée recrute ! Les déambulations musicales dans les rues de la ville se sont faites au son des fanfares militaires.

La 6e BLB, unité fulgurante et rapide montée sur roues • Photo Anthony Maurin

La journée s’est conclue par une prise d’armes, des décorations et une allocution du général Schill, chef d’État-major de l’armée de Terre.

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Les personnalités nîmoises Laurent Burgoa, Jérôme Bonet, Yoann Gillet, Jean-Paul Fournier, entourent le général Schill. • Photo Yannick Pons

Guerre moderne

« Les brigades blindées sont une allégorie de l’armée française. Elles peuvent aller partout. Une nouvelle ère s’ouvre et ce sera celle des blindés mais aussi de l’esprit manœuvrier. Les combats militaires à Gaza ou en Ukraine sont violents et ajoutent la technologie de l’information, la robotisation et les drones à la guerre classique », a lancé le général Schill.

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Les Musiques de la “6” ont résonné dans les arènes • Photo Yannick Pons

Après la projection d’un film sur l’histoire de la « 6 » un concert a été donné par les Musiques et les fanfares de la brigade, au son des cuivres, du fifre et du chapeau chinois.

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Les soldats sont arrivés par le haut des arènes • Photo Yannick Pons

La journée s’est terminée en apothéose avec la simulation d’une opération militaire. Une action commando a été effectuée en direct au sein des arènes bimillénaires.

par Yannick Pons et Anthony Maurin

En cas de guerre…

En cas de guerre…

Pascal Le Pautremat (*) – Esprit Surcouf – publié le 19 avril 2024
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

https://espritsurcouf.fr/le-billet_en-cas-de-guerre_par-pascal-l-pautremat-190424/


Difficile de ne pas considérer l’année 2024 comme est lourdement empreinte de guerres, régionales et internationales, hybrides et asymétriques, en Europe, comme au Proche-Orient, sans oublier les crises sécuritaires qui frappe l’Afrique pansahélienne et celle des Grands Lacs.

Et, comme si cela ne suffisait pas, inflation et endettement majeurs trahissent, de manière intercontinentale, des crises économiques et sociales d’une ampleur quasi inédite et quasi simultanée, sur fond de marasme environnemental.

Face à ce cela, en France, on planche, depuis quelques années, sur la notion de résilience de la population mais aussi sur la posture des jeunes citoyens face aux menaces réelles ou supposées, face aux enjeux de demain et des perspectives conflictuelles.

À ce titre, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) vient de publier, en avril, une étude (N°116) de 50 pages, d’Anne Muxel, directrice de recherche émérite au CNRS, et directrice déléguée du CEVIPOF. Cette étude, intitulée Les jeunes et la guerre. Représentations et dispositions à l’engagement, synthétise le regard de quelque 2 301 jeunes citoyens, âgés de 18 à 25 ans sur les questions de sécurité et de Défense, en lien aussi avec la notion d’engagement face aux périls réels et prévisibles. L’étude a été réalisée entre juin et juillet 2023. Ses résultats s’inscrivent donc dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, débutée en février 2022.

Il peut être surprenant de constater que ce ne sont pas moins de 57% des jeunes Français qui se disent prêts à s’engager, en cas de guerre impliquant la France, outre le fait que 52% d’entre eux se déclarent intéressés par les questions militaires.

Des résultats qui raviront sans doute le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu qui a fait savoir qu’il voulait que la dimension militarisée de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) soit amplifiée afin de susciter plus de vocations pour embrasser la carrière des armes.

On sait aussi combien le pouvoir exécutif souhaite voir réapparaître le principe d’un service national (suspendu depuis 1997) via le Service national universel (SNU) qui, en 2022, a concerné 23 000 jeunes. Le Service militaire obligatoire serait vu de manière positive par 62% des jeunes qui se sont exprimés dans le cadre de l’Etude.

Un certain militarisme s’affiche d’ailleurs dans les sondages, au point que 31% de ces mêmes jeunes estiment que le pays serait mieux gouverné par les militaires que par les pouvoirs civils.

Autre surprise, guère rassurante : 49% d’entre eux se disent favorables à l’emploi de l’arme nucléaire contre un pays, « en cas de conflit majeur ».

Enfin, l’externalisation de la Défense a sensiblement évolué en 20 ans, au point que 86% de ces mêmes jeunes estiment acceptable le recours à des mercenaires. Entendons plutôt, des contractuels de sociétés militaires privées car le mercenariat est interdit depuis 2003 (loi proposée à l’époque par le ministre de la Défense Alain Richard). Le sondage aurait d’ailleurs dû faire le distinguo entre mercenaire, volontaire et contractor… Preuve, une fois de plus, de la confusion conceptuelle et sémantique à ce sujet.

Dans notre nouveau numéro (N°233) d’Espritsurcouf, nous donnons une place conséquente à des sujets de dimension géopolitique. Ainsi, tout d’abord, vous pourrez découvrir l’analyse de Yannick Harrel qui démontre pourquoi la volonté de saisir les avoirs russes, en rétorsion supplémentaire à l’encontre de la Russie pour la guerre lancée contre l’Ukraine, s’avère bien plus difficile à concrétiser que ne le prétende ceux qui l’ont exprimée : « Confiscation des avoirs russes : un profond dilemme » (rubrique Géopolitique).

Le second sujet mis en avant, par Loïc Parmentier, insiste sur la destinée tragique des Karens qui, en Birmanie, sont persécutés depuis trop longtemps, tout en continuant à combattre et à croire, néanmoins, en leur objectif d’être reconnus comme peuple à part entière. Mais la communauté internationale reste honteusement indifférente : « La lutte des Karens, en Birmanie » (rubrique Géopolitique).

Rémy Porte, pour sa part, revient sur la Bataille du plateau des Glières, en mars 1944, dont on marquait, cette année, la 80ème commémoration : celle d’un combat épique mené par quelques 500 résistants face à des milliers d’Allemands renforcés par des milliers de miliciens : « Vie et mort du plateau des Glières » (rubrique Histoire).

Enfin, pour alimenter la réflexion sur les politiques de défense, Olivier Passer souligne la difficile cohérence entre les volontés de disposer de moyens de défense gonflés tous azimuts, telles qu’elles s’expriment en France comme en Europe, et l’âpre réalité qui témoigne de lourds retards accumulés au gré des décennies passées : « Un potentiel militaire amoindri » (rubrique Défense).

Dans ce numéro, exceptionnellement, nous ne vous proposerons par de Revue d’actualité d’André Dulou, mais une vidéo d’un numéro du Journal de la Défense qui vous permettra de découvrir quelques athlètes militaires qui concourront aux Jeux Olympiques (26 juillet-11 août 2024). Vous pourrez ainsi les observer lors de leur préparation un an avant ces rendez-vous sportifs que l’on espère voir se dérouler sous les meilleurs auspices.

Quant à la rubrique Livre, elle met l’accent sur l’ouvrage que consacre Nicolas Bernard au massacre d’Oradour-sur-Glane, en juin 1944 : Oradour-sur-Glane, 10 juin 1944, Histoire d’un massacre dans l’Europe nazie (Ed. Tallandier, mars 2024, 400 pages). Une horreur totale qui le temps n’efface absolument pas. Et qui reste éternellement impardonnable…

Bonne lecture

Pascal Le Pautremat


(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF.
Son dernier ouvrage « Géopolitique de l’eau : L’or Bleu » est présenté dans le numéro 152 d’ESPRITSURCOUF.

Le ministre des Armées souhaite « remilitariser » la Journée Défense Citoyenneté

Le ministre des Armées souhaite « remilitariser » la Journée Défense Citoyenneté

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En 2011, cette JAPD est devenue la « Journée Défense Citoyenneté » [JDC], à laquelle chaque jeune français âgé de moins de 25 ans est fortement incité à participer [sous peine de ne pas pouvoir passer le permis de conduire et le Baccalauréat], après avoir accompli les démarches [obligatoires] du recensement. Cette journée prévoit des tests d’évaluation des « apprentissages fondamentaux de la langue française » mais aussi une sensibilisation aux enjeux de défense ainsi qu’un enseignement sur le civisme et une information sur « l’égalité entre les femmes et les hommes ».

Cela étant, cette JDC est régulièrement remise en question. En mai 2015, le président Hollande avait ainsi fait part de son intention de la transformer en une « journée de formation et d’information », qu’il qualifia de « journée d’espoir » pour les jeunes gens censés y participer. Puis, il changea son fusil d’épaule en annonçant, lors de ses voeux à la jeunesse, en janvier 2016, que la JDC serait non seulement maintenue mais probablement allongée étant donné qu’elle était un « moment dans la vie de chaque citoyen aujourd’hui » et qu’elle permettait « à toute une classe d’âge […] de se retrouver pour des formations à la citoyenneté ».

À la même période, les députés Marianne Dubois et Joaquim Pueyo rendirent un rapport dans lequel ils estimaient que cette JDC « n’avait aucune utilité », alors que son coût était évalué à 100 millions d’euros par an. « Ce n’est pas en quelques heures qu’il est possible d’aborder les enjeux de la Défense, qui, par ailleurs, ne sont évoqués que succinctement pour faire la place à d’autres thématiques », avaient-ils fait observer. Et de proposer de renforcer l’enseignement sur la Défense, susceptible de faire l’objet d’une épreuve obligatoire en fin de parcours scolaire, voire de mettre au place, à l’instar du Canada, un programme de « cadets de la défense » s’adressant à tous les jeunes gens âgés de 12 à 18 ans.

Ce rapport n’a pas été suivi d’effet… Mais il a été institué un Service national universel [SNU], qui se veut un « projet éducatif d’émancipation et de responsabilisation des jeunes [de 15 à 17 ans], visant à les impliquer pleinement dans la vie de la Nation et à nourrir le creuset républicain. » Il s’effectue, pour le moment, sur la base du volontariat. Y participer dispense de toute obligation à l’égard de la JDC.

Justement, s’agissant de cette dernière, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, estime qu’elle « passe à côté de sa cible », alors que les armées ont l’ambition de doubler le nombre de leurs réservistes.

« C’est devenu une journée un peu fourre-tout, où des gens admirables s’engagent pour la faire vivre, mais au fond, elle se démilitarise un tout petit peu avec le temps », a en effet affirmé M. Lecornu, à l’antenne de LCI, le 12 avril. Aussi, a-t-il continué, « je souhaite la redurcir militairement à des fins aussi théoriques : il faut qu’à la fin de cette journée, les jeunes Françaises et les jeunes Français […] aient les idées claires sur notre système de défense et les rudiments de compréhension sur le fonctionnement de l’armée française, sur les grandes opérations auxquelles l’armée française a pu participer ces dernières années », a-t-il expliqué.

Mais les projets du ministre ne s’arrête pas là puisqu’il entend aussi « moderniser » le recensement en vue d’identifier « en continu » les compétences des personnes « volontaires » susceptibles de venir renforcer la réserve.

 

L’idée serait ainsi de faire « un vrai recensement des compétences, non seulement sur une classe d’âge, autour des 16 ans […] mais surtout d’avoir à l’heure du numérique, les moyens de faire un recensement continu régulier dans la population », sur la base du volontariat. Cela permettrait au ministère des Armées de recruter des réservistes en fonction des savoir-faire dont il aurait besoin le cas échéant.

Quoi qu’il en soit, une solution qui mériterait sans doute d’être étudiée [pour ne plus tourner autour du pot] consisterait à s’inspirer du modèle de service militaire mis en place par la Norvège, la Suède et le Danemark. Rétablir la conscription [qui n’est que suspendue, pour rappel] ne passerait pas forcément par l’incorporation de toute une classe d’âge comme c’était le cas auparavant. Ainsi, les armées ne retiendraient que les conscrits dont elles ont besoin pour une durée de 12 mois, en ne sélectionnant que les plus motivés et/ou les mieux formés.

Évidemment, ceux qui seraient appelés sous les drapeaux pourraient bénéficier de certains avantages par rapport aux autres [permis de conduire, aide à l’emploi, formation, etc.]. Grâce à un tel système, les forces armées norvégiennes retiennent, chaque année, 10’000 conscrits sur un potentiel de 60’000 jeunes en âge d’accomplir leur service militaire.

Photo : Ministère des Armées

Rejoignez la DGSE en qualité d’officier sous contrat

Rejoignez la DGSE en qualité d’officier sous contrat

Exercez votre spécialité technique ou linguistique dans un environnement unique.

Vous êtes titulaire d’un bac + 3 dans le domaine linguistique ou d’un bac + 4 dans le domaine technique et vous souhaitez exercer votre spécialité au sein du service secret français ?

Cette année, en partenariat avec l’armée de Terre, l’armée de l’Air et de l’Espace et la Marine Nationale nous recrutons des officiers sous contrat spécialistes (OSC/S) en primo-contrat dans les domaines technique et linguistique (arabe, russe, turc ou persan).

Un premier pas dans votre carrière militaire

Saisissez cette opportunité qui vous permettra de débuter votre carrière au côté de nos équipes et de vivre une première expérience passionnante et enrichissante.

Après une formation militaire initiale au sein de votre armée d’appartenance, vous serez affecté directement à la DGSE.
Votre contrat d’OSC/S initial sera d’une durée de 3 à 5 ans. La limite d’âge, à la date de la signature de votre contrat, est de 30 ou 32 ans selon l’armée d’appartenance.

 

Comment postuler ?

Vous pouvez consulter les fiches de postes OSC/S sur notre site et nous adresser votre CV actualisé avant le 10 mai 2024 par mail :

44ri-recrutement-osc.cer.fct@intradef.gouv.fr

 

Déroulement de la campagne de recrutement

Le processus de recrutement interne s’étend sur une durée de 6 à 9 mois en parallèle de vos démarches avec le CIRFA.

  1. Transmission de votre CV avant le 10 mai 2024 inclus.
  2. Invitation à participer à une présentation générale de la DGSE et du statut d’OSC/S, en parallèle de vos démarches en CIRFA.
  3. Entretiens métier, évaluation psychologique et de sécurité, et tests linguistiques ou techniques.
    Rencontre avec des professionnels du métier afin d’échanger sur vos compétences et vos motivations.
  4. Tests d’aptitude militaire
    Évaluation médicale et sportive au sein des centres de recrutement des armées, commune à tout engagement militaire.
  5. Signature de votre contrat
    Édition de votre contrat d’engagement en qualité d’officier sous contrat spécialiste sur la fiche de poste dédiée.
  6. Formation initiale militaire
    Découverte, en école d’officier du statut militaire, de vos droits et de vos devoirs.
  7. Affectation
    Prise de fonction à l’issue de la formation initiale militaire.

En savoir plus : 

L’armée russe, point de situation par Michel Goya

L’armée russe, point de situation

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 31 mars 2024

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Une bonne stratégie se doit d’accorder au mieux des objectifs et des capacités. Comme ces dernières sont plus difficiles à modifier que les premiers, la stratégie s’aligne souvent d’abord sur ce que l’on peut réellement faire face à son ennemi puis on envisage comment modifier éventuellement les moyens. Essayer d’estimer les intentions de la Russie impose donc d’abord de s’intéresser à ce qu’est capable de faire son armée actuellement.

Des chiffres et des êtres

Malgré les lourdes pertes de la guerre, 315 000 tués et blessés selon un document récent de la Defense Intelligence Agency américaine, les forces armées russes sont passées dans leur globalité d’un peu moins d’un million d’hommes fin 2021 à 1,35 million aujourd’hui, en espérant atteindre 1,5 million en 2026. Cet accroissement est le résultat d’une légère augmentation du volume de la conscription, de l’appel aux réservistes fin 2022 et surtout d’une grande campagne de recrutement de volontaires contractuels. En décembre 2023, Vladimir Poutine et son ministre Choïgou annonçaient que 490 000 soldats avaient ainsi été recrutés sous contrat durant l’année. C’est un chiffre colossal, c’est en proportion comme si on avait recruté 195 000 nouveaux soldats en France alors qu’on peine à en avoir 26 000, et donc douteux. Il faut donc sans aucun doute le traduire par « contrats » plutôt que « recrutements », et inclure ainsi les renouvellements, parfois imposés, pour les soldats déjà en ligne. Pour autant, en jouant sur le patriotisme et surtout des incitations financières inédites dans l’histoire – une solde représentant trois fois le salaire moyen plus des bonus et des indemnités personnelles ou familiales en cas de blessures – ainsi que le recrutement de prisonniers ou de travailleurs étrangers en échange de passeports russes, les engagements ont effectivement été très importants en volume.

Si on ajoute les recrutements des différentes milices provinciales et corporatistes ou le renforcement des services de sécurité, on s’approche cependant du 1 % de la population d’une population qui correspond, empiriquement, au maximum que l’on peut recruter sur volontariat pour porter les armes et risquer sa vie. Au-delà il faut en passer par la conscription. Or, cet impôt du temps et éventuellement du sang est généralement très impopulaire s’il ne repose pas sur de bonnes raisons et s’il n’est pas partagé par tous. Quand la patrie n’est pas réellement menacée dans son existence, qu’il existe de très nombreuses échappatoires au service et que l’on est soucieux de sa popularité, on évite donc d’y recourir. Le souvenir de l’engagement malheureux des appelés soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 ou celui vingt ans plus tôt des Américains au Vietnam, n’est à ce sujet pas très incitatif.

La Russie avait l’ambition de professionnaliser complètement son armée à partir des réformes du ministre Serdioukov en 2008-2012, mais la contradiction entre l’ampleur des effectifs jugés indispensables – qui correspondraient en proportion à 450 000 pour la France – le nombre réduit de volontaires à l’engagement et encore plus de réservistes opérationnels qui pourraient les compléter a imposé de maintenir une part de conscription. Ce système mixte, professionnels et conscrits, a été maintenu depuis le début de la guerre en Ukraine et il y a ainsi environ 290 000 soldats appelés au sein dans l’armée russe. Toujours par souci de ne pas passer de l’impôt du temps à l’encore plus impopulaire impôt du sang, ces conscrits n’ont pas été engagés en Ukraine sauf très discrètement et ponctuellement. C’est un des paradoxes de cette guerre à la manière russe où on déclare la patrie, et donc désormais aussi les territoires occupés, agressée par toutes les forces de l’univers mais où on n’ose pas pour autant engager tous les hommes chargés de la défendre. C’est donc un actif énorme qui absorbe également de nombreuses ressources militaires pour son encadrement, son équipement et sa vie courante mais qui n’est pas utilisé directement dans la guerre. Cette armée d’appelés sert au moins à tenir l’arrière et remplir toutes les autres missions que la guerre, tout en servant de base de recrutement de volontaires et d’ultime réserve.

Au bilan, les forces armées russes utilisent environ la moitié de leur potentiel humain dans la guerre en Ukraine et un tiers dans les 12 armées du Groupe de forces en Ukraine (GFU). C’est suffisant pour obtenir une supériorité numérique sur le front mais insuffisant pour que celle-ci soit décisive.

Si on peut estimer à 1 % de la population la proportion maximale de volontaires susceptibles s’engager dans une population d’un pays européen moderne de moyenne d’âge de 40 ans, on peut également estimer à 5 % le nombre maximum d’hommes (à 80-90 %) et de femmes réellement mobilisables sous les drapeaux. C’est sensiblement le cas actuellement en Israël, sans que l’on imagine que cela puisse durer longtemps, alors que l’Ukraine est à environ 2,5 % et la Russie à 0,9 %. Pour espérer disposer de la masse suffisante pour l’emporter à coup sûr, la Russie est sans doute obligée de mobiliser un peu plus ses réservistes mais tout en ménageant la susceptibilité de la population. De fait, après le renouvellement par acclamations du mandat de Vladimir Poutine, l’introduction du mot « guerre » dans le paysage et même l’instrumentalisation de l’attentat djihadiste du 22 mars à Moscou tout le monde attend un nouvel appel de plusieurs centaines de milliers d’hommes sous les drapeaux.

Une nouvelle armée russe

Au début de l’année 2023, le GFU et les deux corps d’armée de Donetsk et Louhansk représentaient environ 360 000 hommes après le renfort des réservistes mobilisés à partir de septembre 2022. C’est alors encore un ensemble très hétérogène formé dans l’urgence après la crise de l’automne 2022. Il s’est ensuite consolidé progressivement avec la formation d’une structure spécifique de corps de formation et d’entraînement dans des camps très en arrière du front. Malgré les pertes persistantes, le volume des forces s’est ensuite accru progressivement, avec 410 000 hommes à l’été 2023 et 470 000 au début de 2024.

La quantité autorise l’augmentation de qualité. Ce volume accru et la moindre pression offensive ukrainienne permettent en effet d’effectuer plus de rotations entre la ligne de front et la structure arrière de régénération-formation. Les régiments et brigades peuvent être retirés du front avant d’être sous le seuil de pertes qui impliquerait aussi une implosion des compétences collectives. Les nouvelles recrues peuvent également être accueillies et assimilées en arrière dans les camps et non directement sous le feu, ce qui est souvent psychologiquement désastreux.

Cette réorganisation été l’occasion d’une reprise en main politique du GFU surtout après la rébellion de Wagner en juin. Wagner a été dissoute et ses soldats « nationalisés », tandis qu’on n’entend plus parler de généraux mécontents. Le risque à ce niveau est celui d’avoir remplacé des mécontents ou ses suspects par des fidèles, un critère qui n’est pas forcément associé à celui de la compétence. Pour le reste, l’armée de terre russe poursuit son retour progressif à l’organisation de l’armée soviétique sur le seul modèle simple armées-divisions-régiments plutôt que le fatras actuel de structures. Le facteur limitant est sans doute celui de l’encadrement supérieur. L’armée russe manque cruellement d’officiers compétents pour constituer les états-majors nécessaires à sa bonne organisation.

Si l’armée russe tend à revenir à ses structures classiques de grandes unités, les échelons les plus bas ont été radicalement transformés pour s’adapter à la guerre de position. Les groupements tactiques de manœuvre mobile (connus sous l’acronyme anglais BTG) associant un bataillon de combat (à dominante blindée ou infanterie motorisée) avec un bataillon d’artillerie et d’appui n’existent plus. L’emploi complexe de ces groupements a été simplifié en dissociant les deux éléments, manœuvre et appuis, dont les bataillons sont désormais regroupés dans des entités spécifiques et coordonnés à l’échelon supérieur. Avec le passage de la guerre de mouvement à la guerre de position, il y a maintenant deux ans, et la réduction du nombre de véhicules de combat, les bataillons de manœuvre sont en fait devenus des bataillons de « mêlée », presque au sens rugbystique du terme où on privilégie le choc sur le mouvement. Oubliant les grandes percées blindées-mécanisées et les assauts aériens ou amphibies, l’armée de terre russe est désormais une « armée de tranchées » largement « infanterisée » avec une proportion de chair humaine par rapport au tonnage d’acier beaucoup plus importante qu’au début de la guerre.

En coordination avec l’appui indispensable de l’artillerie russe, qui a perdu beaucoup de pièces et manque d’obus, mais a augmenté en compétences et diversifié son action, l’infanterie russe mène un rétro-combat avec des unités qui évoluent à pied au contact de l’ennemi en emportant avec elle le maximum de puissance de feu portable – mortiers légers, mitrailleuses, lance-grenades, drones – sur une distance limitée et dans le cadre d’un plan rigide. La valeur tactique de ces bataillons, très variable, est presqu’entièrement dépendante de la quantité de ses cadres subalternes, de sergent à capitaine, qui ont réussi à survivre et ont appris de la guerre. Les meilleurs bataillons sont qualifiés d’« assaut » alors que les plus mauvais se consacrent à la défense du front.

Au total, la forme des combats n’a pas beaucoup évolué depuis le début de la guerre de positions en avril 2022, mais, pour parler en termes économiques, la composante Travail en augmentation l’emporte désormais sur le Capital matériel et technique en baisse car les destructions et l’usure l’emportent sur la production. Le troisième facteur de production, l’Innovation, est en hausse jouant plus sur les évolutions humaines (nouvelles compétences, méthodes ou structures) que matérielles, hormis sur les petits objets comme les drones, mais au bilan le combinaison TCI produit un rendement plutôt décroissant. Il faut aux Russes de 2024 dépenser plus de sang et de temps qu’à l’été 2022 pour conquérir chaque kilomètre carré. Les opérations offensives russes peuvent être toujours aussi nombreuses qu’à leur maximum à l’été 2022 mais de bien moindre ampleur.

La fonte de l’acier

Outre la mobilisation partielle humaine de septembre 2022, c’est la mobilisation industrielle qui a sans doute sauvé le GFU et lui a permis de croiser à nouveau en sa faveur les « courbes d’intensité stratégique » par ailleurs déclinantes des deux côtés par la fonte du Capital. Cette fonte du Capital a d’abord été une fonte de l’acier. Près de 3 200 chars de bataille et 4 100 véhicules blindés d’infanterie ont été perdus sur un parc initial de, respectivement, 3 400 et 7 700. Les forces aériennes russes ont également perdu plus d’une centaine d’avions divers, sans compter les endommagés, et 135 hélicoptères, tandis que 36 000 tonnes de la flotte de la mer Noire sont au fond de l’eau.

Pour compenser ces pertes matérielles et payer ses soldats, la Russie fait un effort financier important représentant 6 à 7 % du PIB et 30 % du budget fédéral, la Russie peut ainsi dépenser entre 10 et 13 milliards d’euros pour son armée, dont une grande partie pour son industrie de défense ou les importations. À titre de comparaison, la France dépense 3,6 milliards d’euros par mois pour ses forces armées, dont deux pour les achats d’équipements, par ailleurs nettement plus chers. Pour autant, cet effort peut à peine être considéré comme un effort de guerre. Pendant les années 1980, les États-Unis en « paix chaude » faisait le même effort de défense en % de PIB et l’Union soviétique bien plus. L’Ukraine, qui est effectivement en économie de guerre, y consacre le quart de son PIB.

Outre sa capacité de coercition sociale qui impose une mobilisation plus intensive de son industriel que dans les pays occidentaux, le véritable atout de la Russie est d’avoir conservé en stock les équipements pléthoriques de l’armée rouge. Aussi l’effort industriel principal russe consiste-t-il surtout à réinjecter dans les forces des matériels anciens régénérés et rétrofités. L’industrie russe peut ainsi « produire » 1 500 chars de bataille et 3 000 véhicules d’infanterie par an, mais ceux-ci sont à plus de 80 % des engins anciens rénovés. Cela permet de limiter la réduction de masse, mais au détriment d’une qualité moyenne qui se dégrade forcément avec l’utilisation de matériels anciens et par ailleurs déjà usés. Les stocks ne sont pas non plus éternels, mais on peut considérer que la Russie peut encore jouer de cet atout jusqu’en 2026. À ce moment-là, il faudra avoir effectué une transition vers la production en série des matériels neufs.

Les matériels majeurs neufs ne sont pas non plus nouveaux, impossibles à inventer en aussi peu de temps du moins, sauf pour des « petits » matériels comme les drones, qui connaissent une grande extension. On se contente donc largement de produire à l’identique les équipements sophistiqués, malgré les sanctions économiques. L’industrie russe continue à fabriquer par exemple un à deux missiles Iskander 9M725 par semaine à peine entravée par l’embargo, visiblement peu contrôlé, sur l’importation de composants. Les choses sont simplement un peu plus compliquées et un peu plus chères.

La limitation principale concerne les munitions et particulièrement les obus d’artillerie, alors que la Russie a atteint en décembre 2022 le seuil minimal pour organiser de grandes opérations offensives. L’armée russe avait alors consommé onze millions d’obus, en particulier lors de l’offensive du Donbass d’avril à août 2022. Pour répondre aux besoins de 2023, la Russie a puisé dans son stock de vieux obus, souvent en mauvais état et surtout produit 250 000 obus et roquettes par mois, dont une petite moitié d’obus de 152 mm. Elle a également fait appel à ses alliés, la Biélorussie, l’Iran, la Syrie (pour des douilles) et surtout la Corée du Nord, qui aurait fourni entre 2 et 3 millions d’obus. La Russie espère produire plus de 5 millions en 2024, dont 4 millions de 152 mm et continuer à bénéficier de l’aide étrangère. Aller au-delà supposerait d’importants investissements dans la construction de nouvelles usines et l’extraction de matières premières. Autrement dit, si rien ne change radicalement les Russes bénéficieront sur l’année en cours et sans doute encore la suivante d’une production importante, quoiqu’insuffisante, mais l’année 2026 risque d’être problématique.

Que faire avec cet instrument ?

Il y a les conquêtes et il y les coups. L’armée russe peut mener ces deux types d’opérations, mais à petite échelle à chaque fois, empêchée par la défense ukrainienne et l’insuffisance de ses moyens. Sa principale est cependant que l’armée ukrainienne est encore plus empêchée qu’elle et qu’il en sera très probablement ainsi pendant au moins toute l’année 2024. Cette légère supériorité sur la longue durée laisse l’espoir d’obtenir la reddition de l’Ukraine et incite donc à poursuivre la guerre jusqu’à cet « état final recherché » tournant autour de l’abandon par l’Ukraine des territoires conquis par les Russes étendus sans doute reste du Donbass, Kharkiv et Odessa, ainsi que de la neutralisation militaire de Kiev et sa sujétion politique. Tant que cet espoir persistera, la guerre durera.

Avec les moyens disponibles actuellement et à venir, la stratégie militaire russe se traduit par une phase de pression constante et globale sur le front et l’arrière ukrainien, à base d’attaques limitées mais nombreuses dans tous les champs. L’objectif premier n’est pas forcément du conquérir du terrain, mais d’épuiser les réserves ukrainiennes d’hommes et de moyens, en particulier les munitions d’artillerie et de défense aérienne. Cette pression offensive constante peut permettre de créer des trous dans la défense qui autoriseront à leur tour des opérations de plus grande ampleur, sans doute dans le ciel d’abord avec la possibilité d’engager plus en avant les forces aériennes, puis au sol d’abord dans le Donbass et éventuellement ailleurs si les moyens le permettent.

Dans cette stratégie d’endurance où la Russie mène un effort relatif humain et économique trois fois inférieur à l’Ukraine, l’année 2025 est sans doute considérée comme décisive. Dans cette théorie russe de la victoire, l’Ukraine à bout et insuffisamment soutenue par ses Alliés ne pourrait alors que constater alors son impuissance et accepter sa défaite. Comme d’habitude cette vision russe est une projection ceteris paribus, or il est probable que les choses ne resteront pas égales par ailleurs. 

Ajoutons que si cette stratégie réussissait, Vladimir Poutine serait auréolé d’une grande victoire et disposerait en 2026 d’un outil militaire plus volumineux qu’au début de 2022 mais également très différent, plus apte à la guerre de positions qu’à l’invasion éclair. Pour autant, après un temps de régénération et de réorganisation soutenue par une infrastructure industrielle renforcée, cet outil militaire pourrait redevenir redoutable pour ses voisins et la tentation de l’utiliser toujours intacte, sinon renforcée.


Sources

Dr Jack Watling and Nick Reynolds, Russian Military Objectives and Capacity in Ukraine Through 2024, Royal United Services Institute, 13 February 2024.

Ben Barry, What Russia’s momentum in Ukraine means for the war in 2024, International Institute for Strategic Studies, 13th March 2024.

Pavel Luzin, The Russian Army in 2024, Riddle.info, 04 January 2024.

Mason Clark and Karolina Hird, Russian regular ground forces order of battle, Institute for the Study of War, October 2023.

Joseph Henrotin, « La guerre d’attrition et ses effets », Défense et sécurité internationale n°170, Mars-avril 2024.

Douglas Barrie, Giorgio Di Mizio, Moscow’s Aerospace Forces: No air of superiority, International Institute for Strategic Studies, 7th February 2024.

Journée nationale des PMM 2024 : l’esprit d’équipage au cœur d’une journée de cohésion

Journée nationale des PMM 2024 : l’esprit d’équipage au cœur d’une journée de cohésion

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 24 mars 2024

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Hier samedi a eu lieu la deuxièmejournée nationale des préparations militaires marine (PMM)“. Dans le contexte des prochaines commémorations du 80e anniversaire de la Libération, cette édition 2024 s’est déroulée autour du thème “L’engagement pour la liberté”. Pour l’occasion ont été réunies à Cherbourg les PMM “Dumont d’Urville” de Cherbourg et “Amiral Hamelin” de Caen-Epron.

La journée a débuté par une cérémonie des couleurs sur le site de l’École des spécialités du commissariat des armées (ESCA) de Querqueville. Pour le premier temps fort de la journée, des olympiades mémorielles, un temps d’accueil a permis de former les équipes mélangeant stagiaires des deux PMM et délégations de leurs unités marraines respectives. Pour l’occasion, chacun des sportifs a revêtu un tee-shirt du Bleuet de France, offert par l’établissement du service national et de la jeunesse de la zone Nord-Ouest (ESNJ-NO).

A chaque épreuve des olympiades encadrées par les moniteurs sportifs de la Marine, les équipes ont dû répondre à des questions concernant la Marine nationale et le débarquement de 1944 en Normandie.

Durant l’après-midi, le groupe s’est déplacé vers la Cité de la mer. Le VAE Marc Véran, commandant l’arrondissement maritime de la Manche et de la mer du Nord, a procédé à la lecture de l’ordre du jour établi par le CEMM, puis a prononcé une allocution pour marquer cette journée spéciale.