La nouvelle frégate antiaérienne néerlandaise, une opportunité pour la France ?

La nouvelle frégate antiaérienne néerlandaise, une opportunité pour la France ?

Voilà qui est fait ! Le Parlement néerlandais a avalisé, ce 11 juin, l’acquisition des quatre sous-marins de type Blacksword Barracuda du Français Naval Group, pour remplacer les sous-marins de la classe Walrus actuellement en service dans la Marine néerlandaise. Le dernier obstacle pour que la commande officielle, est dorénavant le recours juridique porté par TKMS devant la cour de La Haye, et qui doit être jugée le 26 juin.

Si les parlementaires bataves font majoritairement confiance à l’offre française, il n’en demeure pas moins vrai que certaines des interrogations qui ont émergé lors des débats, méritent une prise en compte proactive de la part de Paris, et de l’industriel français.

En particulier, la question du partage de l’activité industrielle avec l’industrie navale néerlandaise, et plus spécifiquement avec Damen, représente un point particulièrement sensible et clivant, qu’il conviendrait de traiter avant que le nouveau gouvernement de La Haye, prenne les manettes du pays.

À ce sujet, la Marine néerlandaise a lancé, il y a peu, l’étude préalable d’une nouvelle frégate antiaérienne lourde, inscrite sur un calendrier proche de celui qui va s’imposer à la Marine nationale pour remplacer les frégates Horizon de la classe Forbin.

Dans ce contexte, serait-il pertinent, et efficace, pour la France, comme pour Naval Group, de rejoindre le programme néerlandais confié à Damen, pour réduire les couts de developper d’une nouvelle frégate de defense aérienne française, et pour donner aux autorités néerlandaises, des garanties de coopération pertinentes pour son industrie navale, sur le moyen et long terme ?

Sommaire

Le Parlement néerlandais approuve officiellement l’acquisition des Blacksword Barracuda de Naval Group

Il y a un peu plus d’une semaine, le programme ORKA pour remplacer les sous-marins de la classe Walrus de la Koninklijke Marine, la Marine royale néerlandaise, avait franchi une étape déterminante.

Blacksword barracuda Naval Group
Le Blacksword Barracuda de Naval Group est plus proche que jamais de trouver son chemin vers la Koninklijke Marine.

Après que le gouvernement sortant avait annoncé la victoire de Naval Group, avec le modèle Blacksword Barracuda, lors de la compétition qui l’opposait à l’allemand TKMS, et au couple Saab-Damen, le programme devait, en effet, recevoir l’aval du nouveau Parlement néerlandais, à majorité nationaliste depuis les élections législatives de l’automne 2023.

Loin d’être une formalité, le ministre de la Défense sortant, Christophe Van der Maat, a, en effet, dû répondre à de nombreuses interrogations et attaques qui avaient émergé dans la presse néerlandaise dans les semaines ayant précédé l’audition parlementaire, en particulier concernant les garanties quant au prix proposé par l’industriel français, 25 % moins cher que ses autres concurrents, et au sujet des engagements d’investissements de Naval group dans l’industrie locale.

Les réponses apportées par le ministre de la Défense et ses équipes, aux questions des parlementaires, avaient semble-t-il fait mouche, puisqu’à la sortie de cette session, les parties majoritaires annoncèrent qu’ils soutenaient le programme. Il fallait toutefois atteindre qu’une série de motions déposées par le Chris Stoffer du Parti politique réformé (SPG), ne représentant que 3 des 150 sièges de la nouvelle chambre, soient votées pour poursuivre.

C’est désormais chose faite. En effet, les trois motions déposées par M Stoffer ont été rejetées, ouvrant la voie à la signature officielle de la commande, qui doit intervenir avant la fin du mois de juillet 2024. Il faudra cependant attendre que la plainte déposée par l’allemand TKMS, au sujet de l’appel d’offre lui-même, soit statuée par al justice néerlandaise, le sujet étant présenté le 26 juin devant la cour de justice de La Haye.

2 des 3 grands programmes de la Marine néerlandaise attribuée à Naval Group

Sachant que depuis le 4 juin, et les conclusions non officielles du débat parlementaire, Damen et Saab, pourtant particulièrement véhéments avant cela, ont, semble-t-il, jeté l’éponge pour se tourner vers d’autres combats plus porteurs, on peut penser que les chances que le recours engagé par TKMS, n’a que peu de chances d’aboutir, et qu’il sert surtout à faire peser un certain doute sur la validité du prix proposé par Naval group, dans les compétitions à venir.

rMCM programme guerre des mines
Les six grands batiments de guerre des mines néeralndais auront été conçu et fabriqués par Naval Group et ECA.

Quoi qu’il en soit, avec cette décision parlementaire, et en anticipant une décision de justice favorable à l’arbitrage gouvernemental néerlandais, il apparait que la Koninklijke Marine aura confié deux des trois grands programmes navals du moment, au français Naval Group, que ce soit directement, avec les sous-marins Blacksword Barracuda du programme ORKA, ou indirectement, avec les grands navires de guerre des mines du programme rMCM.

Dans ces conditions, on peut comprendre les différents avis publiés dans la presse spécialisés Batave, au sujet des contreparties que la France pourrait faire à l’industrie de défense néerlandaise. Ce d’autant que la confiance de La Haye dans les équipements français a connu une nouvelle jeunesse ces derniers mois, comme la commande de 14 hélicoptères de manœuvre H225M Caracal pour les forces spéciales en octobre 2023.

Toutefois, la chose apparait plus simple à dire qu’à faire. En effet, l’industrie de défense néerlandaise excelle particulièrement dans deux domaines. Le premier est celui des radars et senseurs navals, avec Thales Nederland.

En 1990, le spécialiste néerlandais des radars Signaal a été racheté par le Français Thomson-CSF, devenu, depuis, Thales. L’entreprise produit certains radars navals et les systèmes IR les plus efficaces et largement répandus dans les marines mondiales, comme la gamme SMART-S et le NS-100. Difficile de toucher à cette coopération déjà parfaitement huilée et mutuellement bénéfique au sein du groupe Thales.

Frégate défense aérienne Forbin
Le radar S1850 des frégates Horizon de la classe Forbin est une evolution du SMART-L de Thales Nederland.

Le second domaine d’excellence de la BITD néerlandaise, et celui de la construction navale, avec les chantiers navals du groupe Damen. Celui réalise, chaque année, un chiffre d’affaires de 2 à 2,5 Md€, et dispose de 32 chantiers navals. Il a récemment remporté d’importants succès dans le domaine militaire avec les corvettes de la famille SIGMA, acquises par les marines indonésiennes, marocaines, mexicaines et colombiennes.

Le groupe a également remporté, en janvier 2020, la conception des frégates F126 de la Bundesmarine allemande, avec les chantiers navals Blohm&Voss et Lurssen, passé de 4 à 6 navires en avril 2024, après que le ministère de la Défense a levé l’option attachée au contrat. Enfin, Damen conçoit et fabrique les unités majeures de surface de la Marine néerlandaise, et notamment les nouvelles M-fregates codéveloppées avec la Belgique.

Toutefois, Damen ayant fait le pari de l’offre conjointe avec Saab dans le cadre du programme ORKA, Naval Group n’a pas, et c’est compréhensible, intégré une coopération avancée avec ce groupe dans sa proposition et, en particulier, dans l’enveloppe budgétaire y étant attachée, celle-là même qui a été déterminante dans ce dossier.

L’opportunité de codévelopper avec Damen une frégate antiaérienne pour remplacer les frégates Horizon de la classe Forbin

Reste qu’une coopération avec Damen constituerait, certainement, l’axe le plus pertinent, pour mettre en œuvre une coopération de réciprocité avec l’industrie néerlandaise, et ce, en dépit des tensions qui ont parfois émaillé les relations entre les deux groupes.

nouvelle frégate antiaérienne marine néeralndaise
le concept de frégate antiaérienne de nouvelle génération présentée en avril au parlement néerlandais par la Koninklijke Marine. Le navire pourra emporter jusqu’à 96 silos verticaux, soit autant que les DDG(x) américains.

Justement, la Marine néerlandaise a annoncé, il y a quelques semaines, le début des travaux de conception des frégates anti-aériennes qui devront remplacer les frégates de la classe De Zeven Provincien, actuellement en service.

Les quatre frégates néerlandaises, sont entrées en service de 2002 à 2005, et devront donc être remplacées entre 2032 et 2040, selon que la durée de vie des navires s’établit à 30 ou 35 ans. Or, sur cette période, la Marine nationale, elle aussi, va devoir remplacer deux de ses frégates antiaériennes, en l’occurrence, les frégates Horizon de la classe Forbin, entrées en service en 2008 et 2009.

Pour le ministère des Armées, et la Marine nationale, l’hypothèse de codévelopper les remplaçants de ces deux navires, avec un pays européen, s’avèrerait certainement un calcul pertinent.

En effet, rapporter la conception de ces navires clés sur une flotte de seulement deux navires, entrainerait des surcouts particulièrement élevés, d’autant que les opportunités d’exportation pour ces navires lourds et très onéreux, sont évidemment faibles. D’ailleurs, ni la France ni l’Italie ne sont parvenues à exporter le modèle Horizon.

Frégate classe De zeven provincien
Le remplacement des frégates de la classe De Zeven Provincien constitue peut-être une opportunité pour la France, Naval Group et la Marine nationale.

À l’inverse, si une coopération avec les Pays-Bas, et Damen, venait à être négociée, cela ramènerait les couts de conception sur six coques, quatre pour la Koninklijke Marine, et deux pour la Marine nationale, bien plus supportables.

En outre, une coopération franco-néerlandaise, à ce sujet, permettrait peut-être d’inciter la Marine néerlandaise à se tourner vers une missilerie surface-air européenne, avec le missile Aster et son évolution du programme Hydis, auquel, justement, participent les Pays-Bas, quitte, pour cela, à accepter de faire construire les navires aux Pays-Bas, ce qui représenterait, sans le moindre doute, un geste de coopération très apprécié à La Haye.

Concevoir une classe de destroyers d’assaut outre-mer avec les Pays-Bas

Bien évidemment, l’hypothèse d’aller faire construire les deux navires de surface combattant les plus puissants de la Marine nationale, aux Pays-Bas, risque de créer une levée de bouclier auprès de Naval group et de ses sous-traitants, même s’il s’agit de promouvoir l’utilisation d’équipements français, sur l’ensemble de la classe.

Toutefois, les économies réalisées, en matière de conception et d’études, permettrait à la Marine nationale et Naval group de lancer la conception d’une autre classe de navire, plus innovante, répondant à des besoins importants non couverts, et disposant d’un potentiel export sensiblement plus important, que ne le seront les futurs frégates antiaériennes franco-néerlandaises, le cas échéant.

Il s’agirait, en l’occurrence, de developper une classe de destroyers d’assaut, comparables, dans l’esprit, au programme Multi-Role Support Ship, ou MRSS, de la Royal Navy. Pour rappel, il s’agit, ici, d’un navire hybride, disposant, à la fois, de la puissance de feu d’une frégate, que ce soit vers la terre ou pour son autodéfense, et d’un radier et d’une plateforme aérienne permettant la projection aéro-amphibie, mais de manière plus réduite que concernant les PHA Mistral.

MRSS Fearless Steller Systems Royal Navy
Le projet MRSS Fearless préfigure ler concept de destroyer d’assaut imaginé par la Royal Navy.

Comme évoqué dans un précédent article, cette configuration originale répondrait très efficacement aux besoins de la Marine nationale, et plus largement, des Armées françaises, dans la zone outre-mer, en particulier dans le Pacifique et l’Océan Indien, voire dans l’Atlantique Sud.

De fait, la conception et la construction d’une telle classe de navire permettrait largement de compenser le déficit industriel lié au codéveloppement des remplaçants des frégates Forbin, avec les Pays-Bas, que ce soit pour les Bureaux d’études comme pour le site de Lorient. En outre, rien n’empêche que d’autres partenaires européens se joignent à ce programme, bien au contraire, pour peu que le pilotage du programme reste assuré par Naval Group.

De manière intéressante, d’ailleurs, la Marine néerlandaise pourrait y trouver un intérêt, même si elle a annoncé, conjointement au lancement du développement de ses nouvelles frégates antiaériennes, celui d’une nouvelle classe de LHD compacts, pour renouveler ses capacités aéro-amphibies.

En effet, la Koninklijke Marine est l’une des rares marines européennes, avec la Royal Navy et la Marine nationale, à avoir des déploiements outre-mer, en particulier dans les Caraïbes. Et ces destroyers d’assaut apporteraient une importante plus-value opérationnelle par la polyvalence de ses capacités.

Conclusion

On le voit, bien que contre-intuitives à priori, les opportunités pour Paris, comme pour Naval group et la Marine nationale, concernant l’approfondissement des coopérations en matière de construction navale militaire avec La Haye, Damen et la Marine néerlandaise, sont nombreuses.

Naval group Lorient
la préservation des compétences indsutrielles du site de Lorient de Naval Group est un enjeu prioritaire pour le Ministère des Armées et la DGA.

C’est en particulier le programme de frégates lourdes antiaériennes, annoncée en avril par la Marine néerlandaise, qui représente le support le plus adapté pour simultanément optimiser les moyens de la Marine nationale, tout en anticipant les légitimes attentes néerlandaises pour un partage industriel direct ou induit, spécialement avec Damen, concernant le programme ORKA.

Pour autant, cette opportunité ne doit pas se faire au détriment de la préservation des compétences de conception et de fabrication de Naval group en matière de grands navires de surface combattants, et doit être associée à d’autres initiatives, destinée à faire d’un arbitrage initialement défavorable, un atout opérationnel pour la Marine nationale, et concurrentiel pour l’industriel français.

Pour autant, en liant les initiatives et les besoins, par exemple, en réinjectant les économies d’études réalisées au sujet du remplacement des Forbin, vers la conception d’une classe de destroyers d’assaut outre-mer, il est possible de trouver un équilibre mutuellement profitable pour l’ensemble des six acteurs concernés.

Reste que pour donner corps à une vision non linéaire comme ici développée, il est nécessaire d’accepter de concevoir la coopération de manière globale, et d’anticiper tant les besoins industriels et politiques à venir, que les besoins opérationnels émergents.

Article du 13 juin en version intégrale jusqu’au 28 juillet 2024

Industrie de la défense : Verney-Carron pourra bénéficier de l’aide de réservistes de l’armée

Industrie de la défense : Verney-Carron pourra bénéficier de l’aide de réservistes de l’armée

Par Paolo Garoscio –  Publié le 19 juillet 2024

ndustrie de la Défense : Verney-Carron pourra bénéficier de l'aide de réservistes de l'armée

Un partenariat stratégique pour la réserve industrielle

Le 17 juillet 2024 marque une date importante pour l’industrie de défense française. Emmanuel Chiva, délégué général pour l’armement, et Hugo Brugière, PDG de Verney-Carron, ont signé une convention de partenariat à Saint-Étienne, Loire. Cette collaboration pionnière permet à une entreprise de l’industrie française de défense de bénéficier pour la première fois du renfort de réservistes, mettant en lumière un nouveau modèle de réactivité industrielle en période de crise.

La convention, établie pour cinq ans, s’inscrit dans la dynamique de montée en puissance de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Le ministère des Armées joue un rôle central en avançant la rémunération ainsi que les cotisations et prestations sociales des réservistes, tandis que Verney-Carron s’engage à rembourser ces sommes. Les réservistes, mobilisables sur des missions spécifiques grâce à leurs compétences, peuvent ainsi renforcer rapidement les cadences de production lors de crises majeures, répondant ainsi efficacement aux besoins étatiques.

Emmanuel Chiva a souligné l’importance de cette convention en déclarant : « Ce partenariat inédit renforce notre capacité à répondre rapidement et efficacement aux besoins de défense nationale en période de crise » . Hugo Brugière a ajouté : « Verney-Carron est fier de contribuer à l’effort national en intégrant des réservistes au sein de nos équipes ».

La réserve industrielle de défense : un atout pour la BITD

La Réserve industrielle de défense (RID) est un dispositif innovant ouvert aux professionnels possédant des compétences industrielles, visant à renforcer les chaînes de production et le maintien en condition opérationnelle de l’industrie d’armement en cas de crise. Destinée prioritairement aux ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs, la RID englobe également des compétences en fabrication, usinage, chaudronnerie, contrôles non destructifs, et qualité produit.

Les réservistes s’engagent sur une base de 10 jours par an, avec un dépassement autorisé pour la formation, l’entretien des compétences et la mise en situation. Leur statut de militaire, avec une rémunération calculée sur la même base qu’un militaire d’active du même grade, leur permet d’intégrer les équipes de la BITD ou des industriels étatiques tels que le SMITer, le SLM, le SIAé, et le SIMu.

Le dispositif ambitionne de constituer un vivier de 3 000 réservistes industriels, prêts à être déployés chez les industriels de la BITD en cas de besoin. Pour intégrer la réserve, plusieurs conditions sont requises : être actif dans l’industrie civile ou récemment retraité des domaines industriels, être de nationalité française, être en règle avec le service national, et être apte médicalement. De plus, les candidats doivent s’engager à respecter la charte de déontologie du réserviste.


Paolo Garoscio

Journaliste chez EconomieMatin. Ex-Chef de Projet chez TEMA (Groupe ATC), Ex-Clubic. Diplômé de Philosophie logique et de sciences du langage (Master LoPhiSC de l’Université Paris IV Sorbonne) et de LLCE Italien.

Futur de la Marine française : les premiers essais pour le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville

Futur de la Marine française : les premiers essais pour le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville

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par Antoine Ducarre – Science et vie – publié le 15 juillet 2024

La livraison du bâtiment militaire est prévue pour la fin d’année 2024.

Le 12 juillet 2024, la Direction générale de l’armement (DGA), par l’intermédiaire du Ministère des Armées, annonçait que le nouveau sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Tourville avait débuté ses premiers essais en mer au large de la Normandie. 

Ces premiers tests ont eu lieu dans le cadre du programme Barracuda. Ce dernier est mené de front par NavalGroup et TechnicAtome et supervisé par l’armée française pour construire et livrer des sous-marins nucléaires à l’armée française. 

D’abord des essais en mer, puis dans l’océan

Transféré vers le “dispositif de mise à l’eau” en juillet 2023, le Tourville a démarré ses premiers tests en conditions réelles le 12 juillet 2024, comme l’annonçaient en cœur le Ministère des Armées ainsi que NavalGroup. 

Une avancée majeure dans le programme Barracuda qui devrait voir le Tourville être livré dans les temps d’ici la fin de l’année 2024. Il ne s’agissait que des premiers tests et ont “pour objectif de vérifier, de manière progressive, l’ensemble des capacités techniques et opérationnelles du sous-marin” peut-on lire sur le communiqué du Ministère des Armées du 12 juillet 2024. 

Si les tests viennent à être concluants après ses premiers pas dans la mère de la Manche, le Tourville prendra la direction de l’Océan Atlantique pour continuer ses essais en situation. 

Le Tourville en quelques chiffres

Si l’on se fie à la fiche technique qu’en donne NavalGroup, le Tourville, un sous-marin de type Suffren a de quoi impressionner : 

  • 99 mètres de long
  • 8,8 mètres de large
  • 5200 tonnes de déplacement en plongée
  • peut accueillir jusqu’à 65 personnes à bord
  • peut rester en mer plus de 270 jours par an en mer
  • bénéficie d’un armement divers : missiles de croisière navals, torpilles lourdes filoguidées (guidées par un laser), missile antinavire

Pourtant, bien qu’il soit massif, il est plus petit que les monstres marins que sont les SNLE ou sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La France en possède quatre : Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant et Le Terrible. Mis en service entre 1997 et 2010, voici leurs caractéristiques qui servent notamment à permettre la dissuasion nucléaire partout dans le monde : 

  • 138 mètres de long
  • 12,5 mètres de large
  • 14 200 tonnes de déplacement en plongée
  • pouvant accueillir 2 équipages de 110 marins
  • bénéficie d’un armement de 16 missiles stratégiques M51 de type mer-sol qui peuvent contenir jusqu’à 10 têtes nucléaires chacun et avec une portée estimée entre 9000 et 10 000 km

Un arsenal auquel viennent s’ajouter des torpilles anti-navires et anti-sous-marines. 

Barracuda, un programme de six sous-marins

Dans le programme Barracuda, le Tourville est le troisième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) qui sera livré à la Marine nationale vers la fin d’année 2024. Avant lui, le Suffren (juin 2022) et le Duguay-Trouin (avril 2024) ont rejoint les rangs de l’armée française. Le Suffren, étant le premier sorti, c’est pour cela qu’il donne le nom de la classe des sous-marins du programme Barracuda. 

Les trois SNA qui succèderont au Tourville sont le de Grasse, le Rubis et le Casabianca et devraient être livrés d’ici 2030 pour compléter le programme Barracuda. 

Ces bâtiments militaires de haute technologie se distinguent des anciennes générations grâce à l’amélioration de leurs performances. En effet, le Ministère des Armées appuie sur le fait qu’ils sont “plus rapides, plus endurants et plus polyvalents que les SNA de la génération précédente. […] Ils représentent un bon technologique qui permet à la France de rester dans le club très restreint des nations qui mettent en œuvre des SNA modernes et performants.

Source : NavalGroup / Ministère des Armées

Les forces spéciales Terre évaluent le HUTP, le véhicule 4×4 à haute mobilité du français Haulotte

Les forces spéciales Terre évaluent le HUTP, le véhicule 4×4 à haute mobilité du français Haulotte


Ce 14 juillet, l’Agence de l’innovation de défense [AID] présente une soixantaine de projets innovants portés par les armées et les centres de recherche relevant de la Direction générale de l’armement [DGA] dans la cour des Invalides.

S’il sera beaucoup question de robots, de drones et d’intelligence artificielle, un certain nombre d’entre eux sont déjà connus, comme le canon électromagnétique de l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis [ISL], le « patrouilleur-guetteur » spatial YODA ou encore l’avion hypersonique « Espadon » sur lequel travaille l’Office national d’études et de recherches aérospatiales [ONERA].

Cela étant, certains de ces projets paraissent bien mystérieux, faute d’explications apportées par l’AID. Ainsi, le Commandemment des actions spéciales Terre [CAST] présentera un « véhicule de ravitaillement dans la profondeur » et un « vélo électrique pliable et largable dans une gaine individuelle de chuteur opérationnel » dont on ne sait que très peu de choses…

En revanche, outre le système de porte-mortier Alakran destiné au petit véhicule tout-terrain Polaris MRZR dont il a été récemment question, l’AID a révélé que les Forces spéciales Terre étaient en train d’évaluer le HUTP [Haulotte Ultralightweight Tactical Platform], un « véhicule 4×4 innovant du segment ‘haute mobilité’ ».

Là encore, les informations à son sujet sont parcellaires… Pour autant, le HUTP n’est pas un inconnu. En effet, celui-ci avait été présenté par l’entreprise française Haulotte, jusqu’alors spécialisée dans la conception et la production de nacelles élévatrices, en 2019.

Le HUTP a effectivement des atouts de taille à faire valoir. Doté d’un moteur diesel de 160 ch et d’une boîte automatique de cinq rapports, il est capable de transporter une charge utile de 1,2 tonne et rouler à la vitesse maximale de 150 km/h, pour un autonomie d’au moins 1000 km. Mais c’est surtout sa mobilité qui est intéressante puisqu’il peut franchir des pentes de 60 % et des devers de 40 %.

Aérotransportable et aérolargable, le HUTP dispose d’une électronique embarquée réduite au maximum. Celle-ci se limite à un calculateur GMP et à quatre prises USB pour son équipage. L’idée est de faciliter ainsi les opérations de maintenance.

Au moment de la présentation de son véhicule, Haulotte avait expliqué que le soutien logistique avait été intégré dès sa conception, avec un accès aux « organes principaux » facilité et un « système d’acquisition et de gestion » des pièces de rechange basé sur « des solutions rapides ». Un autre atout est que le HUTP peut se décliner en plusieurs versions : reconnaissance, logistique et « X-tra logistique ».

Si le CAST va exposer le HUTP au public, c’est sans doute parce que son évaluation a donné de bons résultats… Reste à voir s’il sera effectivement adopté par le 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine et le 13e Régiment de Dragons Parachutistes… ou par d’autres unités de l’armée de Terre. Lors de la dernière commémoration du combat de Camerone, à Aubagne, Haulotte l’avait présenté au chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, ainsi qu’au « Père Légion », le général Cyrille Youchtchenko.

Photo : Haulotte

L’ONERA et KNDS Ammo France mènent des recherches pour accroître la portée des obus d’artillerie par Laurent Lagneau · 6 juillet 2024

L’ONERA et KNDS Ammo France mènent des recherches pour accroître la portée des obus d’artillerie

https://www.opex360.com/2024/07/06/lonera-et-knds-ammo-france-menent-des-recherches-pour-accroitre-la-portee-des-obus-dartillerie/


Un réducteur de traînée de culot [ou Base Bleed en anglais] est un dispositif pyrotechnique à base de propergol qui, à la sortie de la bouche d’un canon, dégage des gaz chauds, permettant ainsi de réduire la traînée aérodynamique du projectile sur lequel il a été fixé et, donc, d’augmenter sa portée.

Si cette technologie est ancienne, la Direction générale de l’armement [DGA] entend l’améliorer, via le marché EC3B [Étude sur l’amélioration de la méthodologie de caractérisation aérobalistique du Base Bleed]. Celui-ci a été confié à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales [ONERA] et KNDS Ammo France, la filiale munitionnaire de KNDS, en 2019.

Lors de la dernière édition du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, l’ONERA a fait savoir qu’il venait de franchir une « étape importante dans le développement d’un moyen de caractérisation des Base Bleed au profit de la DGA et de KNDS Ammo France ».

Ainsi, l’ONERA a amélioré son logiciel de simulation multi-physique pour l’énergétique et la propulsion CEDRE afin de prendre en compte les « conditions de fonctionnement des Base Bleed » et a développé un banc d’essais dédié sur son site du Fauga Mauzac, près de Toulouse.

« L’énergétique est la science de l’énergie. Dans le processus de combustion [simplifié], l’énergie arrive sous forme chimique, concentrée dans le carburant [kérosène, ergols, propergol], pour être transformée en chaleur [énergie thermique] et enfin se transformer en poussée [énergie mécanique] », explique l’ONERA. Aussi, poursuit-il, les modèles de CEDRE « décrivent les physiques de la chimie, de la thermodynamique, de l’aérodynamique ».

S’agissant du banc d’essais du Fauga Mauzac, celui-ci a récemment réalisé des essais « pour des vitesses de rotation du propergol jamais atteintes allant jusqu’à 12000 tours par minute », ce qui permettra désormais d’étudier très précisément les Base Bleed en « simulant l’emploi d’une munition dans les conditions réalistes [vitesse de rotation, altitude…]. Le prochain objectif est de tester un niveau de rotations de 18000 tours par minute.

De son côté, KNDS Ammo France conduit des « travaux de recherches expérimentaux et numériques complémentaires » à ceux de l’ONERA. Mais leur nature exacte n’a pas été précisée.

Ce projet EC3B, « financé par la DGA et mené à bien en partenariat avec KNDS au profit de nos armées, aboutit à un moyen d’essai unique qui va améliorer les performances de nos armements et permettre à notre industrie d’être au meilleur niveau mondial », a résumé René Mathurin, directeur de programme Défense à l’ONERA.

Photo : ONERA / Mourad Cherfi

Lutte anti-sous-marine : Le ministère des Armées envisage de se procurer jusqu’à 4000 bouées acoustiques par an

Lutte anti-sous-marine : Le ministère des Armées envisage de se procurer jusqu’à 4000 bouées acoustiques par an


En 2021, le ministère des Armées fit part de son intention de relancer une filière industrielle « souveraine » dans le domaine des bouées acoustiques, lesquelles sont essentielles pour la lutte anti-sous-marine et la surveillance des approches maritimes. Et cela alors que, encore aujourd’hui, les approvisionnements de la Marine nationalee dépendent des États-Unis.

Pour rappel, il existe deux types de bouées acoustiques. Celles dites actives émettent une impulsion sonore et reçoivent l’écho éventuellement renvoyés avant de le relayer, via un émetteur UHF/VHF resté en surface, vers un avion ou un navire. Celles tdies passives captent les signaux acoustiques avant de les transmettre à l’aéronef qui les a larguées.

Or, le projet porté par le ministère repose sur une nouvelle bouée acoustique « haute performance » développée par Thales. Appelée « SonoFlash », elle a la particularité d’être à la fois active et passive. En outre, elle est interopérable avec le sonar trempé Flash et les sonars remorqués CAPTAS des frégates multimissions [FREMM].

« La bouée acoustique SonoFlash, déployable par tout type d’aéronef de lutte anti-sous-marine, constituera un élément clé de protection face à une menace sous-marine croissante », a encore fait valoir la Direction générale de l’armement [DGA], à l’issue des premiers essais de « déploiement » de cette bouée depuis un avion de patrouille maritime Atlantique 2, en décembre dernier.

La livraison de ces bouées SonoFlash devrait commencer en 2025. Aussi, l’appel d’offres publié par le ministère des Armées, le 24 juin, a de quoi intriguer.

En effet, il est question de notifier un accord-cadre d’une durée de cinq ans pour livrer à la Marine nationale. « Il s’agit de fournir des bouées acoustiques et/ou passives, aérolargables, de type Otan. Ces bouées sont mises en œuvre par les avions de patrouilles maritimes ATL2 et les hélicoptères de lutte anti-sous-marine », lit-on dans cet appel d’offres.

« Sans engagement de la part de l’État, la quantité annuelle de bouées à approvisionner est, à titre indicatif, de l’ordre de 1000 bouées actives [de type Otan AN/SSQ62E par exemple] et de 2000 à 3000 bouées passives [de type Otan AN/SSQ 53D ou AN/SSQ 53G par exemple] », y est-il précisé. En clair, il est question d’acquérir un maximum de 20’000 bouées sur la période considérée.

Le montant de cet accord-cadre est significatif car il pourrait atteindre les 200 millions d’euros. En outre, comme le souligne le document, « cette procédure « n’est pas ouverte aux opérateurs économiques des pays tiers à l’Union européenne ou à l’Espace économique européen ». Ce qui exclut, de facto, les entreprises américaines.

« Pour l’exécution, les prestations seront réalisées dans les établissements du titulaire et de ses éventuels sous-contractants ainsi que dans les locaux du Centre d’Expérimentations Pratiques de l’Aéronautique navale [CEPA/10S], à Hyères, pour les essais de réception. La livraison des fournitures aura lieu sur la base de Lann Bihoué ou au CEPA », indique encore cet appel d’offres.

Eurosatory 2024 : Lacroix dévoile le S-KAPS Top Attack, une solution simple et pragmatique pour une protection à 360°

Eurosatory 2024 : Lacroix dévoile le S-KAPS Top Attack, une solution simple et pragmatique pour une protection à 360°


Lacroix, le grand spécialiste français des solutions d’autoprotection, a profité du salon Eurosatory pour dévoiler une évolution de sa suite d’autoprotection pour véhicules terrestres S-KAPS. Désormais, la solution soft-kill de Lacroix peut en effet prendre en compte les menaces dites « top-attack », le tout avec un minimum de modifications.

Une protection top-attack simple et efficace

Lacroix propose déjà depuis quelques années une suite d’autoprotection modulaire, S-KAPS (Soft-Kill Advanced Protection System). Constitué de lance-leurres Galix couplés à différents capteurs (détecteurs d’alerte laser, acoustique, électromagnétiques, etc.) et à une petite centrale météo, S-KAPS est capable de déployer des nuages de fumigènes autour d’un véhicule pris pour cible et de recommander un cap et une vitesse d’évasive, en fonction du sens du vent et d’autres paramètres environnementaux. Très réputé sur le marché export, S-KAPS évolue en continu et a récemment été adapté aux nouvelles menaces, notamment les munitions top-attack (missiles antichars, drones largueurs, munitions rôdeuses, obus et roquettes à sous-munitions, etc.) qui ciblent le toit des blindés, nettement moins protégé.

Pour contrer toutes ces menaces, Lacroix a procédé à une amélioration incrémentale de son système S-KAPS, qui est désormais capable de couvrir le dessus du véhicule à 360°, offrant une protection semi-sphérique plutôt que circulaire. Comme nous l’explique Éric Galvani, responsable programme pour Lacroix Defense, « il s’agit d’une solution quasiment sur étagère. Les munitions multispectrales utilisées sont celles qu’on utilise déjà sur Galix, avec juste un réglage pour les faire fonctionner un peu plus proche du véhicules, et elles sont disponibles sur étagère. Le lanceur que l’on utilise est un lanceur existant, simplement réorienté vers le haut. La centrale météo et le système d’aide à la manœuvre sont également identiques. Ce qu’il faut rajouter au système, c’est avant tout un système de détection de la menace, notamment du drone. Et pour le moment, on ne souhaite pas partir sur des designs très sophistiqués. On veut au contraire privilégier des systèmes à relativement bas coût, mais que l’on peut combiner pour avoir plus d’information sur l’environnement ».

Une démonstration de S-KAPS avec un module top-attack a été réalisée en mars 2024 devant un panel de spécialistes de la guerre électronique de la DGA et des forces armées françaises. Cela a permis de démontrer toute l’efficacité d’une configuration incrémentale. © Lacroix

Cette amélioration de la protection vers la lutte antidrones passe par l’utilisation d’un système d’écoute électromagnétique assez standard, permettant de détecter les liaisons de données utilisées par les drones et munitions vagabondes. A cela se rajoute une solution de vision périmétrique et hémisphérique PeriSight, fournie par Bertin Technologies, composée de quatre caméras IR latérales et d’une caméra-dôme orientée vers le haut. C’est suffisant pour détecter la plupart des menaces drones et munitions-suicides. Couplé aux capteurs acoustiques type PILAR de Metravib, cette vision hémisphérique peut aussi permettre de caractériser la menace représentée par des obus à sous-munitions antichars, comme BONUS. Bertin et Lacroix travaillent également sur une amélioration des algorithmes d’analyse d’image pour que ces derniers puissent fournir une confirmation de menace via une étude de la trajectoire des munitions rôdeuses par exemple.

La menace, qu’elle que soit sa nature, est signalée à l’équipage qui déclenche alors la solution soft-kill. En moins d’une seconde et demi, les lanceurs Galix déploient des fumigènes multispectraux tout autour du véhicule ainsi qu’au-dessus de lui. Les fumées qui se dissipent avec le vent forment une sorte de tunnel de fumigène que le véhicule va pouvoir suivre grâce au système d’aide à la manœuvre intégré à S-KAPS.

Une solution déjà remarquée ?

L’intégration de cette brique top-attack sur S-KAPS se veut aussi simple que possible. Les capteurs fournis par Bertin sont assez compacts pour pouvoir prendre place sur un véhicule léger, et s’interfacent directement avec le système S-KAPS. Pour le déploiement des leurres vers le haut, il faut généralement intégrer de nouveaux lanceurs verticaux, même si certains véhicules comme certains chars Leclerc disposent déjà de lanceurs Galix verticaux actuellement inutilisés. La munition fumigène, quant à elle, est simplement modifiée pour pouvoir exploser après 0,8 secondes de vol, afin de se déployer environ 8 m au-dessus du véhicule, là où les munitions latérales portent généralement à une vingtaine de mètres. Il en résulte une solution simple, polyvalente, abordable et très simple à intégrer. Pour Lacroix, la qualification de ce système pourrait se faire très rapidement, en quelques mois.

Dans les couloirs du salon, au gré des discussions, plusieurs interlocuteurs nous ont confirmé de leur intérêt pour une telle solution. Un officier de l’Armée de Terre nous l’a ainsi décrite comme « probablement la seule solution techniquement réaliste, et qu’on pourrait obtenir rapidement et à bas-coût ». Chez Lacroix, on ne cache pas non plus l’intérêt de certains prospects au cours du salon : « On aimerait naturellement se positionner sur le marché de la revalorisation des chars et autres véhicules du GCC, où les solutions Galix et S-KAPS sont déjà très bien implantées. Nous avons aussi été contactés par des véhiculiers qui ont entendu parler de S-KAPS et s’y intéressent. Et puis bien sûr, on se positionne aussi sur le marché européen, avec une solution sur étagère disponible rapidement et à relativement bas-coût. »

bulle de protection autour d'un blindé
Le système de protection soft-kill S-KAPS repose à la fois sur les lanceurs Galix et sur une suite de capteurs intégrée multi-senseurs fonctionnant à 360°. Au-delà de la protection offerte contre tout type de menaces immédiates, S-KAPS permet aussi de renforcer la connaissance tactique en continue, notamment face à la menace drones. © Lacroix

De fait, on pourrait effectivement imaginer un tel système embarqué un jour à bord des véhicules Scorpion belges et luxembourgeois, ou sur d’autres programmes exportations portés par KNDS ou Arquus, entre autres. En France, l’horizon est un peu plus lointain, et l’objectif fixé par le projet PRONOÏA est d’obtenir une solution soft-kill avancée totalement souveraine à l’horizon 2030. Reste que certaines briques de S-KAPS, y compris dans sa version top-attack, pourraient bien un jour se retrouver sur des véhicules français.

D’ici là, force est de constater que Lacroix monte régulièrement en puissance depuis quelques années. Après avoir exporté des dizaines de milliers de munitions Galix, l’industriel toulousain s’est récemment attaqué (avec succès) au marché des systèmes d’autoprotection intégrés. En achetant le droniste Milton (voir notre papier dédié à ce point), Lacroix dispose désormais de l’ensemble des compétences lui permettant de démontrer, en interne, la pertinence des nouvelles briques anti-drones de S-KAPS, qui ont de plus l’immense intérêt d’offrir une protection top-attack globale. Au-delà de S-KAPS, les synergies entre les drones et les leurres pourrait permettre à Lacroix de développer des suites d’autoprotection complètes et à haute valeur ajoutée, aussi bien pour vecteurs terrestres que navals et aériens, notamment grâce à des leurres dronisés redéployables et de longue autonomie. Affaire à suivre.

Eurosatory 2024 : le DT46, ou comment l’armée de Terre accélère sur le déploiement de l’innovation

Eurosatory 2024 : le DT46, ou comment l’armée de Terre accélère sur le déploiement de l’innovation

par – Fprces opérations Blog – publié le

Le drone DT46 devrait bientôt atterrir dans les régiments d’artillerie de l’armée de Terre. Pour l’instant en phase d’évaluation, cette solution conçue par Delair vient répondre à un besoin immédiat des forces. Elle symbolise aussi une volonté d’accélérer sur la captation et le déploiement de l’innovation au profit des forces. 

Un nouveau « chasseur » pour les artilleurs

L’oeil affûté l’aura sans doute remarqué : un drone DT46 de Delair trônait cette semaine sur le stand du ministère des Armées au salon Eurosatory. Cette présence n’est en rien due au hasard, car cette solution dévoilée il y a deux ans est sur le point de rejoindre l’éventail de systèmes en service dans les régiments de l’armée de Terre. Deux systèmes à deux vecteurs, deux stations sol et une antenne ont été livrés à la Section technique de l’armée de Terre (STAT) afin qu’elle puisse vérifier la pertinence, les concepts d’emploi et autres « grandes idées ». « Nous sommes fiers de proposer un drone développé sur fonds propres pour les évaluations de l’armée de Terre et pour d’autres clients étrangers. Quelque part, c’est la meilleure des récompenses », commente le droniste toulousain. 

La phase d’évaluation tactique (EVTA) est désormais achevée, remise d’un rapport concluant à la clef. À partir de la rentrée, la STAT orientera son effort vers la vérification des performances. Il s’agira alors de pousser le drone dans ses retranchements tout en identifiant des problématiques plus terre à terre mais essentielles de maintenance et de logistique. L’enjeu sera de livrer les conclusions finales dès cet automne, jalon préliminaire à d’éventuelles livraisons au profit des forces à compter de 2025.

La question des acquisitions n’est pas du ressort de la STAT, mais « le but est bien de transformer l’essai et de passer à l’échelle », explique le lieutenant-colonel Renault, chef de groupe drones au sein de la STAT. De fait, le DT46 se révèle être « un drone très prometteur », complète l’un de ses collègues. Repéré peu de temps après son apparition, le DT46 a pour particularité de pouvoir décoller et atterrir soit verticalement, soit de manière classique au moyen d’une rampe. Il est en effet doté de deux bras à deux rotors verticaux que l’opérateur peut monter ou démonter à loisir et qui permettront ce passage au mode « VTOL ». Son allonge atteint les 80 à 100 km, son autonomie les 5 à 6 heures en version voilure fixe tout en étant ramenée à environ 3h30 en cas de décollage et d’atterrissage vertical. Il embarque une boule optronique produite par un fournisseur français déjà mobilisé pour des démonstrations fructueuses conduites en Ukraine. Là-bas et ailleurs, « les retours opérationnels sont positifs », pointe Delair.

Autre point fort, le DT46 est certifié STANAG 4609, ce standard otanien qui combine le flux vidéo et les métadonnées issues des paramètres des capteurs embarqués et des résultats d’algorithmes. Un standard qui permettra de connecter le drone à une bulle aéroterrestre de plus en plus chargée en garantissant sa compatibilité avec le système de conduite des feux ATLAS et le système d’information du combat SCORPION (SICS). Il bénéficie, enfin, de la nouvelle station sol DRAKO (Drone Remote Access Command & Control for Operations) dévoilée à l’occasion d’Eurosatory et fournie à la STAT. Agnostique, son logiciel permet d’opérer en parallèle une dizaine de drones et de munitions téléopérées de différents types et constructeurs. Pratique pour anticiper l’intégration d’autres références dans une trame décidément loin d’être figée.

Crédits image : Delair

Compléter sans s’interdire d’accélérer

Situé un cran au dessus du SMDR dans le portfolio de l’armée de Terre, le DT46 armera en priorité les batteries d’acquisition et de surveillance (BAS) des régiments d’artillerie. Complément plutôt que remplaçant, il leur offrira une meilleure allonge, une meilleure autonomie et des capteurs plus récents. Surtout, sa capacité VTOL apporte de la souplesse d’emploi au chef tactique, qui peut maintenant s’affranchir du terrain pour aller chasser ses cibles plus longtemps et plus loin dans la profondeur. Chaque BAS serait à terme dotée de SMDR et de DT46. À l’artilleur de choisir en fonction de la nature du terrain et de sa mission.

L’acquisition envisagée passera par le vecteur contractuel récemment mis en place par la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé). Novateur, ce contrat-cadre notifié à Thales, Delair, EOS Technologie et Survey Copter permet aux forces et à d’autres acteurs étatiques d’acquérir des drones de contact certifiés et disponibles sur étagère. Il a déjà servi pour acheter les deux systèmes confiés à la STAT.

Souverain et « déjà bien déverminé », le DT46 est surtout disponible immédiatement. Rapide sans pour autant relever de l’urgence opération, la démarche engagée par l’armée de Terre préfigure un changement de posture défendu ce mercredi au salon Eurosatory par son chef d’état-major, le général Pierre Schill. Accéléré par le conflit russo-ukrainien, le cycle d’évolution du drone s’est contracté au point de se compter en semaines ou en mois et non plus en années. Face à « un monde du bouillonnement de l’innovation », il s’agit de trouver un nouvel équilibre entre les programmes structurants et de long terme et l’innovation rapide et agile. « Demain, dans deux ans ou trois ans, comment capter les équipements de demain ? », questionnait le CEMAT. L’une des réponses tient sans doute dans l’exemple du DT46, symbolique de cette logique de déploiement en lots successifs mentionnée par le général Schill. 

De fait, les rythmes de développement et les délais de livraison ne plus en adéquation avec un monde toujours plus instable et le spectre d’un engagement majeur. Il faut donc « se réaligner » pour disposer du bon équipement au bon moment. Le secteur des drones se renouvelant tous les deux ans, sa vitesse n’est plus en adéquation avec des programmes qui duraient jusqu’alors de cinq à six ans. Entre l’expression de besoin et la prise en main, le système est déjà obsolète. « Nous allons donc très vite. Nous sommes totalement dans le changement de phase que souhaite l’armée de Terre avec sa volonté d’innovation », note le lieutenant-colonel Renault. 

Et la réflexion ne s’arrête pas au seul volet matériel. Pour gagner davantage en réactivité et en souplesse et garantir la continuité de la réflexion du besoin jusqu’à la transmission dans les forces, la STAT a choisi d’intégrer des artilleurs dans l’équipe de marque chargée de l’évaluation du DT46. Bénéficier dès maintenant de la formation industrielle et de l’expérience d’autopilotage, c’est en effet constituer ce socle de connaissances avec lequel ils repartiront en régiment pour être plus rapidement opérationnels. 

« Le CEMAT ne veut pas que l’on s’interdise des choses », résume le lieutenant-colonel Renault. Message reçu cinq sur cinq. « On se rend compte qu’il nous faut autre chose. Cet autre chose, c’est le DT46. Demain, ce sera peut-être encore un autre système ». Une fois l’essai transformé, la STAT retournera à son travail de veille technologique, un avant-goût au lancement potentiel d’un nouveau cycle de captation pour des besoins encore non identifiés. Avec, qui sait, un nouvel ajout dans une trame appelée à se densifier avec l’arrivée du système de drone tactique léger (SDTL), autre effort pour lequel le document unique de besoin est maintenant « en courte finale ».

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

https://www.opex360.com/2024/06/20/le-nombre-de-chars-leclerc-modernises-va-t-il-etre-encore-reduit/


En outre, le texte indique également que des « travaux de rénovation et de pérennisation du char Leclerc seront complétés par ceux portant sur un démonstrateur de char, dans le cadre plus global du système de combat terrestre du futur » [ou MGCS].

Pour rappel, s’inscrivant dans le cadre du programme SCORPION [Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation], la modernisation du char Leclerc consiste à le doter des capacités nécessaires pour le combat collaboratif, ce qui passe par l’intégration du Système d’information du combat SCORPION [SICS] et celle de la radio CONTACT. Il s’agit aussi de renforcer sa protection contre les mines et d’améliorer sa conduite de tir. Enfin, il recevra un tourelleau téléopéré de 7,62 mm, de nouveaux capteurs optroniques et un viseur PASEO.

Pour le moment, la Direction générale de l’armement [DGA] a commandé 100 Leclerc XLR en deux temps, avec un premier contrat portant sur les 50 premières unités notifié à KNDS France [ex-Nexter] en juin 2021, suivi d’un second, confirmé en janvier 2022. Le premier char « rénovés » a été remis à l’armée de Terre en novembre dernier. Depuis, 19 autres ont suivi, à en croire le dossier de presse [.pdf] diffusé par le ministère des Armées à l’occasion de l’édition 2024 du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory.

Mais ce document recèle une surprise. « Conformément à la Loi de programmation militaire 2024-2030, 130 chars Leclerc seront rénovés d’ici la fin 2030 et quarante autres le seront fin 2035 », y lit-on. Sauf que la LPM en question donne d’autres chiffres et si l’on se fie à ceux donnés de ce document, il en manque 30… Erreur de transcription ou changement dans les plans initiaux de l’armée de Terre ?

Par ailleurs, le dossier de presse précise également que les « dix premières collections de kit de surprotection ventrale contre les mines et les engins explosifs improvisés et de kit de surprotection latérale contre les roquettes [anti RPG] ont été livrées mi-avril [soit un taux d’équipement prévu à 50 %] ».

En attendant, KNDS France a dévoilé, comme annoncé, le Leclerc Évolution [ou EVO] lors du salon EuroSatory. Ce char est doté d’une tourelle armée du canon ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], pouvant tirer des obus de 120 ou de 140 mm, d’un tourelleau ARX30, d’un viseur PASEO couplé à une mitrailleuse de 7,62 mm, d’un système de protection active Trophy et d’une capacité à mettre en œuvre des munitions téléopérées.

 

Quant à sa motorisation, elle repose sur le groupe motopropulseur MT883 KA-500 de l’allemand MTU, qui équipe le Leclerc « tropicalisé » utilisé par les forces émiriennes. Un avis budgétaire publié en octobre dernier recommandait justement d’intégrer ce dernier sur les Leclerc de l’armée de Terre afin de pouvoir les maintenir en service jusqu’en 2040.

Selon BFMTV, ce « nouveau Leclerc sera opérationnel en 2030 » et KNDS France aurait des discussions avec « plusieurs pays ». En outre, les actuels Leclerc « pourraient même être modernisés pour se transformer en modèle Évolution ».

La DGA sélectionne le système de contrôle aérien mobile de Collins pour l’Armée de Terre

La DGA sélectionne le système de contrôle aérien mobile de Collins pour l’Armée de Terre

Avec cette signature, l’Armée de terre française disposera bientôt d’un système moderne capable de guider des avions et hélicoptères vers une piste improvisée ou encore un aéroport aux installations détruites. En plus d’être un système moderne, il peut être aérotransporté vers le dit aéroport à l’aide d’un seul avion de transport tactique C-130 ou A400M.


Ce 17 juin, à l’occasion du salon Eurosatory 2024, la Direction Générale de l’Armement a annoncé avoir sélectionné Collins Aerospace, filiale de RTX, pour fournir des tours de contrôle mobiles. Dénommé Air Traffic Navigation Integration and Coordination System (ATNAVICS), ce système se concentre uniquement sur deux véhicules, à savoir HMMWV (Humvee) équipé de plusieurs capteurs et un HUMMWV de commandement et de contrôle. Le premier emporte trois capteurs placés sur une palette :

  1. Un radar de surveillance (en bande S) d’une portée de 111 kilomètres (60 miles nautiques), une altitude de 9,1 kilomètres (soit 30 000 pieds) et avec une couverture à 360° (rotation toutes les 5 secondes). Ce dernier permet d’avoir une situation générale de l’espace aérien.
  2. Un radar secondaire IFF (en bande L), placé au-dessus de l’antenne du radar de surveillance. Il dispose des mêmes capacités que l’antenne de surveillance.
  3. Un radar d’approche de précision (en bande X). Une fois place, il est situé à l’arrière du véhicule et est fixe (15° d’azimut et -1 à 8° d’élévation). Sa portée effective est de 18,5 kilomètres (10 miles nautiques). Après la détection, l’identification amie, ce dernier radar permet de guider les appareils lors de leur approche sur la piste, ou du moins, sur la zone d’atterrissage avancée.
Le Humvee de détection du système ATNAVICS avec ses radars déployés.
Le Humvee de détection du système ATNAVICS avec ses radars déployés. © RTX

L’autre Humvee permet de rassembler en un seul endroit les différentes données détectées par le véhicule radar. Elles permettent alors à deux opérateurs de gérer la zone aérienne environnante. Les deux véhicules ne doivent pas être spécifiquement l’un à côté de l’autre : ils peuvent être éloignés de 975 mètres (max).

À noter que l’énergie nécessaire à l’utilisation des systèmes emportés sur les véhicules est directement transportée par ces mêmes véhicules. Ceux-ci tirent chacun une remorque équipée d’un groupe électrogène. Le tout, véhicules et remorques, rentre dans un seul avion de transport tactique C-130 Hercules ou A400M Atlas. Cette capacité de projection aérienne était centrale dans le développement de l’ATNAVICS car ce système doit permettre de créer un aéroport a peu près n’importe où : dans le cas d’une crise humanitaire ou d’opérations militaires, un aéroport aux infrastructures détruites ou même une simple prairie pourra recevoir des avions en toute sécurité grâce aux instructions précises venues du sol.

L’US Air Force, le Corps des Marines et l’US Army disposent tous de ce type de “tour de contrôle” mobile tactique (54 systèmes produits). Au sein de l’USMC, l’ATNAVICS a permis la mise à la retraite du Marine Air Traffic Control and Landing Systems (MATCALS). En France, il est plus que probable que les jours sont comptés pour le Système Polyvalent d’Atterrissage de Recueil de Télécommunication et d’Identification de l’Armée de Terre (SPARTIATE).

Poste de commandement de l'ATNAVICS de l'USMC déployé durant un exercice (17 juillet 2017).
Poste de commandement de l’ATNAVICS de l’USMC déployé durant un exercice (17 juillet 2017). © USMC