Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, l’artillerie est maintenant la « reine des batailles »

Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, l’artillerie est maintenant la « reine des batailles »

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« Si l’appellation de « reine des batailles » a été donnée à l’infanterie durant le premier conflit mondial, il aurait été plus exact de l’accorder à l’artillerie, ne serait-ce que par la place prépondérante qu’elle occupe peu à peu dans les opérations, au point de représenter le tiers des effectifs des armées belligérantes de 1918. Point d’artillerie, point d’offensive! », fait ainsi valoir le colonel [ER] Henri Ortholan, historien et auteur de « L’artillerie de la grande guerre 1914-1918 – Une arme en constante évolution« , paru en 2020.

Par bien des côtés, la guerre en Ukraine rappelle les combats de 1914-18. D’ailleurs, c’est le constat établi par le général Valeri Zaloujny, le commandant en chef des forces ukrainiennes. « Tout comme lors de la Première Guerre mondiale, nous avons atteint un niveau technologique qui nous met dans une impasse », a-t-il en effet expliqué dans les pages de l’hebdomadaire The Economist, en novembre dernier.

Dans ce contexte, l’artillerie est [re]devenue incontournable, alors que, avec la fin de la Guerre Froide et les « dividendes de la paix », elle a été « ringardisée », pour reprendre le mot du général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], qui a fait part de ses réflexions sur ce sujet via Linkedin, cette semaine.

« Les armées n’ont pas été épargnées par la ‘fin de l’Histoire’ théorisée après la chute du mur de Berlin. Dans le sillage de la Guerre Froide, des savoir-faire, des capacités, des gammes de matériels ont été écartés comme obsolètes, ‘ringardisés’ voire oubliés », a ainsi rappelé le général Schill. Et avec les réductions budgétaires qui marquèrent cette période, « le besoin de disposer d’une artillerie puissante était discutable », a-t-il ajouté. D’autant plus que la puissance aérienne était censée « faire le travail », face à des adversaires supposés être technologiquement inférieurs.

Cependant, l’artillerie démontra qu’elle restait pertinente lors des opérations menées contre l’État islamique [EI ou Daesh] en Syrie et, surtout, en Irak. Entre 2016 et 2019, le détachement français Wagram, doté de quatre CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie de 155 mm], assura environ 2500 missions de tirs [soit 18’000 obus tirés], notamment au cours de la bataille de Mossoul.

Quoi qu’il en soit, pour le CEMAT, la guerre en Ukraine « met en évidence le point suivant : dans un environnement tactique où la supériorité aérienne n’est plus acquise, où les volumes comptent encore plus que la technicité, l’artillerie est la ‘reine des batailles’ », avec des « duels d’artillerie » qui « paralysent le champ de bataille » et provoquent « l’essentiel des pertes ».

En outre, poursuit le général Schill, « l’intérêt et l’efficacité de l’artillerie sont décuplés par l’omniprésence des drones, conférant ce qu’il est désormais convenu d’appeler la transparence du champ de bataille, démultipliant les capacités de la ‘chaîne’ artillerie ».

« Plus que jamais, ‘l’artillerie conquiert, l’infanterie occupe’, ce qui conduit au paradoxe suivant : dans l’environnement très technologique de la guerre en Ukraine, c’est possiblement le volume d’obus disponibles qui fera pencher le cours de la guerre », constate le CEMAT.

Sur ce point, les forces russes ont l’avantage, comme l’a souligné Cédric Perrin, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, à l’occasion de la présentation d’un rapport rédigé après un déplacement en Ukraine, le mois dernier.

Selon lui, l’armée ukrainienne « tire entre 5000 et 8000 » obus de 155 mm par jour… soit près deux fois moins que les Russes [entre 10’000 et 15’000 coups quotidiennement, ndlr]. « Les autorités ukrainiennes ont fait de la production de munitions la priorité. Si la production locale de munitions a été multipliée par vingt depuis 2022, cela reste très insuffisant », affirme le rapport.

Et celui-ci de relever que, « entre mai et décembre 2023, le nombre de soldats russes aurait augmenté de 20% sur le front, tandis que les nombres de chars et de pièces d’artillerie déployés auraient chacun augmenté de 60% ce qui illustre combien la ‘masse’ demeure du côté russe. Ces chiffres contrastent brutalement avec l’essoufflement des livraisons occidentales à l’Ukraine ».

Dans le même temps, la promesse de la Commission européenne de livrer 1 million d’obus à Kiev tarde à se concrétiser. Pour autant, le commissaire Thierry Breton a assuré, cette semaine, que l’Union européenne aurait la capacité d’en produire 1,3 million d’ici la fin de cette année. « Nous sommes à un moment crucial pour notre sécurité collective en Europe, et, dans la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine, l’Europe doit et continuera à soutenir l’Ukraine avec tous ses moyens », a-t-il fait valoir.

En attendant, « la pénurie de munitions est un problème pressant auquel nos forces armées sont actuellement confrontées. […] Nous devons renforcer les capacités de défense ukrainiennes pour protéger le monde libre contre le danger russe », a affirmé Rustem Umerov, le ministre ukrainien de la Défense, lors du lancement de la coalition « Artillerie pour l’Ukraine », dirigée par la France.

Celle-ci devrait se traduire par la livraison de 78 CAESAr supplémentaires aux forces ukrainiennes dans le courant de année. Quant aux obus de 155 mm, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a assuré que la France serait en mesure de leur en fournir 3000 par mois d’ici la fin janvier.

Or, dans leur avis budgétaire sur le programme 146 « Équipement des forces », publié en novembre, les sénateurs Hélène Conway-Mouret et Hugues Saury, ont expliqué que « l’ambition affichée par le ministère des Armées en matière de munitions demeure très insuffisante au regard des exigences des combats de haute intensité » étant donné que, pour les obus de 155 mm, les « livraisons devraient être de 20’000 unités en 2024 soit l’équivalent de quatre jours de consommation des armées ukrainiennes ».

« Or, malgré les déclarations du gouvernement, les volumes d’acquisition des munitions resteront dans les années à venir similaires aux moyennes constatées les années précédentes pour les munitions d’artillerie », ce qui « place dangereusement la France en décalage par rapport à ses partenaires. […] Nexter estime qu’il conviendrait de garantir l’achat de 15’000 obus pour permettre de pérenniser la filière et rendre possible une montée en puissance rapide de la production à 40 à 45’000 obus. À plus long terme le groupe KNDS/Nexter vise une capacité de production de 100’000 obus et appelle toujours de ses vœux davantage de perspectives sur les commandes de l’État », ont conclu les deux parlementaires.

Photo : TF Wagram / EMA

L’armée de Terre va « régionaliser » ses deux divisions

L’armée de Terre va « régionaliser » ses deux divisions

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S’agissant des « effets » que l’armée de Terre aura à produire, le général Schill énumère la « protection et la résilience en métropole et en outre-mer », la « solidarité stratégique en Europe et au Moyen-Orient » ainsi que la « prévention » et « l’influence », en particulier en Afrique et dans l’Indo-Pacifique ».

Pour répondre à ces trois finalités, la transformation de l’armée de Terre se fera selon quatre axes : « Être et durer » , « Protéger », « Agir » et « Innover ».

Le premier axe met l’accent sur « l’école du commandement », les ressources humaines [avec un plan de fidélisation, la création d’une fondation Terre et la réappropriation de « l’infrastructure de contact » et sur la notion « d’économie de guerre », laquelle vise surtout à faire un effort particulier en matière de maintien en condition opérationnelle [MCO] et à amorcer la reconstitution de stocks.

L’axe « Protéger » passera, en partie, par une territorialisation de la réserve, la création d’un état-major interarmées du territoire national [EMIA-TN] et un renforcement du dispositif de l’armée de Terre dans les outre-mer. Il s’agira aussi de « diffuser l’esprit de défense » en s’adressant à la jeunesse.

Quant au volet innovation, certaines de ses mesures ont déjà été mises en œuvre [comme avec la création de l’École des drones, par exemple]. S’il sera beaucoup question de robotique [avec Vulcain] et de munitions téléopérées [MTO], il s’agira de faire de l’armée de Terre une « armée du cyber », avec la création d’une École militaire de l’influence [en 2024], de deux compagnies « cyber », de quatre unités d’influence et d’une section « guerre électronique » dans chaque régiment. En outre, les coopérations seront privilégiées, avec le club « CAESAr », la livraison « CaMo » à la composante terrestre de la défense belge ou encore le MGCS [avec l’Allemagne et, désormais, l’Italie]. À noter que le CEMAT évoque des « développement partenariaux » dans le domaine des « feux à longue portée ».

Enfin, l’axe « Agir » supposera sans doute des changements structurels importants. Celui-ci repose sur trois concepts : « Partenaire au large », « Nation-cadre de la défense collective » et « armée du non-contournement ». Les deux divisions de l’armée de Terre [la 1ère et la 3ème] se verront chacune confier une tâche bien définie.

Ainsi, la 3ème Division sera « l’outil de la prévention et de l’influence ». Et, à ce titre, elle sera sollicitée pour des « partenariats militaires opérationnels » dans l’océan Indien et en Afrique. De son côté, la 1ère Division se concentrera sur l’Europe.

Pour rappel, la 1ère Division comprend la 27e brigade d’infanterie de montagne, la 9e brigade d’infanterie de marine, la 7e brigade blindée et la brigade franco-allemande. La 11e brigade parachutiste, la 6e brigade légère blindée et la 2e brigade blindée relèvent de la 3e Division, qui compte trois autres « éléments organiques », à savoir le 2e régiment de Dragons [spécialiste du NRBC], le 31e régiment de génie et le 54e régiment d’artillerie. Probablement que la composition de ces deux grandes unités va évoluer en raison de leur « régionalisation ».

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Début du passage de témoin pour l’emploi du mortier de 120 mm tracté

Début du passage de témoin pour l’emploi du mortier de 120 mm tracté

Forces opérations Blog – publié le

Des artilleurs vers les fantassins, le passage de témoin pour l’emploi du mortier de 120 mm tracté a démarré à Draguignan (Var). Une première étape vers le reversement de cette capacité d’appui-feu dans l’infanterie, conformément au plan du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill. 

« La semaine dernière a commencé la formation sur le mortier de 120 mm au profit des référents de l’école de l’infanterie », déclaraient cette semaine les écoles militaires de Draguignan (EMD). Au menu : 15 jours d’appropriation ou de réappropriation théorique de la pièce pour les instructeurs de la cellule mortier de l’école de l’infanterie.

Dispensé par les cadres de l’école de l’artillerie, ce cycle se poursuivra début 2024 dans le Var par deux semaines de formation pratique au sein du camp de Bergerol et s’achèvera par une école à feu sur le camp de Canjuers. 

« Pour l’école de l’infanterie, cette solide séquence de formation représente la toute première étape vers l’acquisition de sa propre capacité à former les instructeurs », indiquent les EMD. Des instructeurs qui, à leur tour, mettront sur pied les noyaux des neufs prochaines sections d’appui mortier 120 des régiments d’infanterie dit « de nouvelle génération ». Au rang des concernés, le 1er régiment d’infanterie, le 2e régiment étranger de parachutistes, le 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine ou encore la 13e demi-brigade de la Légion étrangère. 

Cette formation, c’est l’un des signes tangibles d’une dynamique de fond visant à basculer d’une « armée de Terre de contact » à une « armée de Terre de combat ». Les régiments d’infanterie, pour ne citer qu’eux, seront à terme plus ramassés mais dotés de capacités renforcées. Le retour du mortier s’accompagne ainsi de la mise sur pied d’une section de guerre électronique par régiment, du déploiement de munitions téléopérées et de robots terrestres, et de la densification des capacités antichars. 

Crédits image : EMA

Le général Schill évoque le développement d’un missile « hyper véloce » pour le Système principal de combat terrestre

Le général Schill évoque le développement d’un missile « hyper véloce » pour le Système principal de combat terrestre

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Ainsi, au-delà des efforts en matière d’innovation technologique [hyper connectivité pour le combat collaboratif, armes à énergie dirigée, robotique, intelligence artificielle, matériaux, etc.], ce document a indiqué que le MGCS sera « bien plus qu’un engin blindé lourd traditionnel » dans la mesure où il sera « pensé comme un système multiplateformes », avec un « char proprement dit, équipé d’un canon gros calibre, accompagné d’autres modules complémentaires interconnectés [un blindé lourd équipé de missiles antichars puissants, un véhicule d’appui nativement robotisé doté d’armes laser, des drones et autres armements innovants] ».

En outre, cette note a précisé que ce MGCS devra être capable de « tirer jusqu’à 8000 mètres » et que son « écosystème » permettra une « une observation jusqu’à 10’000 mètres de distance, améliorant ainsi les capacités de repérage d’une cible et d’anticipation ».

Quelques jours après la diffusion de cette note, le général Schill a été interrogé par les députés de la commission de la Défense au sujet du MGCS. C’est ainsi qu’il a livré quelques détails supplémentaires dans la partie à huis clos de cette audition, dont le compte-rendu vient d’être publié.

« D’un point de vue militaire, nous ne devons pas manquer la marche du MGCS. Nous n’avons pas besoin d’un ‘Leclerc en mieux’, mais d’autre chose. Ma priorité porte sur une solution militaire adaptée, tout en prenant en compte les impératifs industriels dans une répartition forcément franco-allemande », a d’abord rappelé le CEMAT.

« Je sais que la solution qui sera finalement retenue aura fait l’objet d’un compromis entre la mobilité, la puissance de feu, la protection et la connectivité. En revanche, le système doit être soutenable dans la durée, en étant partagé avec le plus d’alliés possibles, sans être devancé par nos adversaires », a-t-il ensuite continué. Au passage, ce propos fait écho au débat que le général Schill a récemment dit vouloir ouvrir au sujet du « format » que devra avoir le char de combat issu du MGCS, après avoir évoqué l’AMX-13.

Quoi qu’il en soiut, a poursuivi le CEMAT, le « MGCS rentrera en service en 2040 et il fonctionnera encore en 2080, ce qui implique qu’il soit évolutif dans ses capacités de feu principales mais aussi de défense y compris anti-drones ». Et son homologue allemand, a-t-il dit, « partage » son appréciation sur ce point.

Quant à la portée de ce « système de systèmes », le général Schill a expliqué que le « tir à 8000 mètres en direct implique d’embarquer un missile hyper véloce » et donc « des décisions industrielles, qui n’ont pas été préemptées dans le document commun […] rédigé avec le chef d’état-major de l’armée de Terre allemand ».

Le qualificatif « hyper véloce » interroge puisqu’il est ordinairement réservé aux missiles hypersoniques [pouvant voler à une vitesse supérieure à Mach 5]. Probablement qu’il s’agirait de développer un projectile plus rapide que ceux actuellement en service, l’Akeron MP [ou Missile Moyenne Portée] étant capable de voler à environ 600 km/h, pour une portée de 4 à 5 km.

Par le passé, Nexter [KNDS France] avait planché sur l’obus Polynege, une munition guidée polyvalente de 120 mm pouvant atteindre une cible à 8000 mètres de distance, avec une vitesse intiale de 600 à 700 m/s [soit 2520 km/h]. S’agira-t-il de reprendre les travaux là où ils avaient été arrêtés, dans les années 2000?

Par ailleurs, lors des débats sur la Loi de programmation militaire, le général Cédric Gaudillière, chef de la division « Cohérence capacitaire » de l’État-major des armées [EMA], avait indiqué qu’il allait être question de « travailler simultanément sur un missile différencié à bas coût, répondant à certaines besoins spécifiques, tels que les tirs de char en milieu urbain ». Et d’ajouter : « En utilisant les leçons tirées de l’expérience ukrainienne, nous travaillons à la conception d’un missile abordable et pouvant être acquis en grande quantité, et qui réponde à des besoins opérationnels précis ».

Photo : DGA

MGCS : Évoquant l’AMX-13, le général Schill veut ouvrir le débat sur le format du futur char de combat

MGCS : Évoquant l’AMX-13, le général Schill veut ouvrir le débat sur le format du futur char de combat

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La « mort » du char de combat fut maintes fois prophétisées, souvent pour justifier des réductions budgétaires, avec l’argument qu’un tel équipement ne permettait pas de préparer les « guerres de demain ». La Belgique et les Pays-Bas renoncèrent ainsi à cette capacité… tandis que, en 2008, la France divisa pratiquement par deux le nombre de Leclerc alors alignés par l’armée de Terre. Or, cette prédiction a été démentie par la suite, les États-Unis et le Canada ayant, par exemple, déployé des M1A2 Abrams et des Leopard 2 en Afghanistan.

Mais ce débat sur l’avenir des chars a depuis repris de la vigueur à la faveur de la guerre en Ukraine, notamment au regard des pertes subies par les forces russes durant la première phase de leur offensive. Certes, l’efficacité des missiles antichars fournis à l’armée ukrainienne et l’usage de munitions téléopérées [MTO] expliquent en partie cette attrition… Mais en partie seulement car celle-ci a également été causée par des déficiences en matière de logistique – de nombreux chars ont été abandonnés sur le terrain faute d’un soutien efficace – ainsi que par une doctrine d’emploi inadaptée.

Lors d’une audition parlementaire, en juillet 2022, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, avait expliqué que les chars russes avaient été mis en échec « suite à de mauvaises appréciations tactiques », leur concentration les ayant rendus « vulnérables » aux fantassins, qui purent lancer des « attaques contre les colonnes de blindés à partir des zones forestières et urbaines », alors que les conditions météorologiques [fonte précoce des neiges, ndlr] s’y prêtaient.

Mais « il n’en demeure pas moins que cette capacité est primordiale pour rompre un dispositif et exploiter ensuite l’avantage en profondeur », avait poursuivi le général Schill. En clair, une arme ne vaut que par l’emploi que l’on en fait…

Cependant, le débat n’est pas clos, d’autant plus que, depuis les attaques terroristes menées par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre dernier, plusieurs chars de Tsahal ont été endommagés, si ce n’est détruits.

À Gaza, « dans un milieu urbain très cloisonné où la menace est omnidirectionnelle et très rapprochée, les blindés israéliens comme les Merkava IVM de 72 tonnes peuvent être détruits, en dépit de la qualité de leur blindage ou de leur système de protection active, par des armes bon marché », a d’ailleurs admis le général Schill, dans un commentaire sur une note du Centre français de recherche sur le renseignement [CF2R], via le réseau social LinkedIn.

Aussi, pour le CEMAT, la question qui doit se poser n’est pas « celle de l’inutilité éventuelle du char de combat mais celle du type de char et de son insertion dans un ensemble interarmes ». Et, pour lui, la « masse » est un critère déterminant.

« Les chars très technologiques, à l’arc frontal impénétrable et à la volée de 4 000 mètres, sont coûteux à produire et d’une mobilité réduite par un poids excessif qui complique leur soutien. Leur destruction est également un enjeu de communication, comme on l’a vu avec les ‘Leopard 2’ ou les ‘Challenger 2’ ukrainiens », a en effet souligné le général Schill.

Or, poursuit-il, « ces inconvénients sont moindres pour des chars moins puissants et moins protégés » qui, en étant « plus mobiles et moins onéreux », sont « plus faciles à produire, donc à remplacer, et également à entretenir ou à réparer ».

De telles considérations ont-elles été prises en compte dans la fiche commune d’expression des besoins que le CEMAT a signée avec son homologue allemand pour le Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System], lequel doit aboutir à un char de combat de nouvelle génération?

La question se pose au regard de la doctrine allemande en matière de chars de combat, laquelle insiste sur l’armement et, surtout, sur la protection.

Or, rappelle le général Schill, « la tradition industrielle française a mis en valeur des blindés moins protégés mais toujours très bien armés et très mobiles, sans doute l’héritage d’une cavalerie de décision, de vitesse et de surprise qui a marqué les siècles ». Et de prendre l’exemple de… l’AMX-13, un char léger [moins de 15 tonnes], armé d’une tourelle de 90 mm [ou de 105 mm pour certaines versions] et produit à plus de 7700 exemplaires à partir de 1953. Exporté dans 35 pays, il est resté en service au sein de l’armée de Terre jusqu’à la fin des années 1980. À noter qu’une variante pouvait être armée de missiles antichars filoguidés SS 11/AS 11.

« Techniquement abouti avec sa tourelle oscillante, son canon de 90, sa grande mobilité permise par un poids inférieur à 15 tonnes, son équipage ramassé – cette plateforme, déclinée en de multiples versions, a d’ailleurs été un remarquable succès à l’export », a-t-il fait valoir.

En attendant, pour le CEMAT, le Leclerc constitue assurément un bon compromis entre les chars « de conception russo-soviétique et les lourds engins anglo-saxons » dans la mesure où, disposant « d’une volée servie par d’excellentes optiques de tir et d’un chargeur automatique », sa mobilité n’a pas été « sacrifiée » à sa protection, ce qui lui permet d’afficher une masse de « seulement » 56 tonnes.

« Accompagné de véhicules blindés légers formant une escouade d’accompagnement pour améliorer ses capacités d’engagement, il représente donc un compromis équilibré et offre des avantages tactiques certains », fait valoir le général Schill.

Quoi qu’il en soit, s’il se dit toujours convaincu de l’utilité du char, le CEMAT estime que son « format doit susciter le débat ».

Pour rappel, selon les explications récemment livrées par le ministère des Armées, le MGCS sera « bien plus qu’un engin blindé lourd traditionnel » étant donné qu’il sera « pensé comme un système multiplateformes », avec un « char proprement dit, équipé d’un canon gros calibre, accompagné d’autres modules complémentaires interconnectés [un blindé lourd équipé de missiles antichars puissants, un véhicule d’appui nativement robotisé doté d’armes laser, des drones et autres armements innovants] ». Fera-t-il une place à un lointain successeur de l’AMX-13?

Photo : Les Meloures — Archive Les Meloures, CC BY-SA 4.0

L’armée de Terre va réduire la durée de la formation initiale de ses futurs sous-officiers

L’armée de Terre va réduire la durée de la formation initiale de ses futurs sous-officiers

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Quoi qu’il en soit, l’activité de l’École nationale des sous-officiers d’active [ENSOA] de Saint-Maixent, qui fête ses 60 ans cette année, ne devrait pas souffrir des tensions concernant le recrutement de l’armée de Terre.

En effet, au-delà de l’instruction initiale de ses élèves recrutés par la voie directe ou semi-directe et de l’accueil de stagiaires étrangers, l’ENSOA assure aussi la formation continue des sous-officiers tout au long de leur carrière.

Or, ce besoin en formation continue va continuer à croître dans les années à venir, notamment en raison de la réforme du parcours professionnel des sous-officiers, lancée en 2020 pour répondre aux nouveaux besoins induits par le programme SCORPION et par le durcissement de la préparation opérationnelle.

Cette année, l’ENSOA aura accueilli environ 6800 élèves et stagiaires. Et elle en attend plus de 7000 en 2024. Cette hausse de l’activité suppose un renforcement de l’encadrement [45 postes supplémentaires seront créés l’an prochain] ainsi que la construction de nouvelles infrastructures dans le périmètre de l’école.

« Nous sommes dans une phase de renforcement de l’École nationale des sous-officiers d’active. Je vais même plus loin. Le chantier général de renforcement de l’ENSOA, notamment en infrastructures mais aussi en cadres, c’est la priorité numéro un de l’armée de Terre aujourd’hui », a expliqué le général Schill, à l’occasion d’un déplacement à Saint-Maixent, cette semaine.

Par ailleurs, l’ENSOA aura à proposer de nouvelles formations pour répondre à des besoins « émergents » dans certains domaines, comme l’influence et le cyber.

Cependant, même avec de nouveaux bâtiments, la capacité d’accueil de l’école risque d’être insuffisante… Et l’un des leviers pour retrouver une certaine marge de manoeuvre passe par la réduction de la durée de la formation initiale des élèves sous-officiers, a avancé le CEMAT.

Ainsi, la formation initiale d’un élève sous-officier « direct » passera de huit à six mois. Et celle d’un élève issu du recrutement semi-direct, qui a déjà une expérience militaire, sera réduite à trois mois.

« Nous conservons cette notion de creuset à l’ENSOA, où passent tous nos sous-officiers. Comme le volume [d’élèves et de stagiaires] est plus important, on peut augmenter les capacités de l’école, c’est ce que nous faisons en renforçant l’encadrement et en construisant de nouveaux bâtiments, mais ce n’est pas immédiat. Pour faire face en conservant ce socle, on prend cette mesure de réduction de la formation initiale, compensée par un allongement de la formation assurée ensuite dans les écoles d’armes et les régiments », a détaillé le général Schill, dans les pages du quotidien « La Nouvelle République ».

Pour l’armée de Terre, ce raccourcissement de la durée de la formation initiale ne vise pas seulement à permettre à l’ENSOA d’accroître sa capacité d’accueil de stagiaires : elle répond aussi au besoin d’avoir de jeunes sous-officiers qui rejoignent plus vite les unités opérationnelles.

Nexter/KNDS est sur le point d’avoir la capacité de quadrupler sa production de CAESAr par rapport à 2022

Nexter/KNDS est sur le point d’avoir la capacité de quadrupler sa production de CAESAr par rapport à 2022

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Ainsi, devant la députés de la commission de la Défense, la semaine passée, le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] a annoncé que le premier des dix-huit CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] commandés en juillet 2022 pour remplacer ceux cédés aux forces ukrainiennes allait être prochainement livré par Nexter/KNDS.

Et le CEMAT d’ajouter qu’il avait bon espoir que cinq autres suivraient avant la fin de cette année. En tout cas, la commande devrait être honorée dans le courant 2024, ce qui permettrait aux unités d’artillerie de retrouver la dotation qui était la leur avant la guerre en Ukraine.

Cela a été rendu possible par la réduction des délais de livraison : en 2022, fabriquer un CAESAr prenait trente mois. Il n’en faut plus maintenant que quinze. Mais Nexter/KNDS a également revu son organisation pour augmenter ses cadences de production. Avant la guerre en Ukraine, seulement deux CAESAr sortaient d’usine tous les mois. Ce chiffre a été muliplié par trois.

« Ce triplement de la capacité de production permettra à la France de remplacer, à l’horizon du début 2024, les 18 Caesar cédés à l’Ukraine pour l’aider à se défendre face à la Russie. Soit une reconstitution des stocks avec un an d’avance sur le calendrier initial! », a souligné le ministère des Armées, ce 17 octobre, après une visite du ministre, Sébastien Lecornu, au site de Nexter/KNDS établi à Roanne.

« Cette nouvelle capacité de production permettra aussi de continuer à fournir l’ensemble des partenaires de la France qui font le choix de se tourner vers KNDS pour équiper leurs forces terrestres », a d’ailleurs fait valoir ce dernier.

D’autant plus que Nexter/KNDS entend encore accroître ses cadences de production, avec 8 CAESAr assemblés par mois « dès le début de l’année prochaine ».

Pour réduire ses délais de livraison et accélérer ses cadences de production, l’industriel s’est inspiré des processus mis en oeuvre par les constructeurs automobiles, en mettant en places des lignes d’assemblage. En clair, un CAESAr n’est plus assemblé par une même équipe sur un emplacement fixe mais lors de plusieurs « stations » successives. En outre, Nexter/KNDS a constitué des stocks auprès de ses fournisseurs [Arquus pour le châssis, Aubert & Duval pour le canon, etc.] afin de se prémunir contre d’éventuelles ruptures d’approvisionnement.

Évidemment, un tel modèle n’est viable que si le carnet de commandes est plein. Ce qui est le cas pour le CAESAr, au regard des contrats signés au cours de ces deux dernières années. Par ailleurs, la réduction des délais de livraison pourra aussi être un argument commercial susceptible de favoriser de nouvelles commandes.

Selon le ministère des Armées, la production d’obus [de 155 mm] a également été augmentée assez significativement, celle-ci étant passée de 1000 munitions produites par mois en janvier 2023 à 3000 près d’un an plus tard.

« Le même effort a été engagé sur les munitions de défense aérienne », a souligné M. Lecornu. C’est notamment le cas du missile Mistral, MBDA ayant doublé sa production mensuelle [40 actuellement contre 20 en 2022].

L’armée de Terre a créé un nouveau commandement pour ses opérations en Europe

L’armée de Terre a créé un nouveau commandement pour ses opérations en Europe

https://www.opex360.com/2023/10/17/larmee-de-terre-a-cree-un-nouveau-commandement-pour-ses-operations-en-europe/


Armée par 58 militaires et commandée par le général François Goguenheim, cette structure se vit confier la mission d’assurer le soutien logistique des unités « déployées dans des opérations relevant de son périmètre ». Mais ses responsabilités étaient encore trop restreintes… Aussi a-t-elle laissé la place, le 16 octobre, au « Commandement Terre Europe » [CTE], dont les attributions seront a priori plus larges.

La création de cette nouvelle structure s’inscrit dans le cadre du plan de transformation récemment dévoilé par le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT].

« Cet état-major va exercer le contrôle opérationnel des unités Terre déployées en Europe et la cohérence de leur emploi quand elles sont placées sous l’autorité d’une organisation multinationale ou d’une coalition. Il commandera également les échelons de soutien nationaux », explique le CFT.

« Il s’agit de dire que, dans la période de grande incertitude qui est la nôtre aujourd’hui, chaque état-major doit être concentré sur l’ensemble des enjeux opérationnels qu’il peut avoir à traiter », a résumé le général Bertrand Toujouse, le commandant des forces terrestres, avant de préciser que le principe du CTE avait été validé par le chef d’état-major des armées [CEMA] au cours de l’été dernier.

 

« Tout en contribuant à son effort de subsidiarité, cet état-major [le CTE, ndlr] accroît de manière substantielle la faculté d’adaptation de l’armée de Terre confrontée à des réalités géopolitiques évolutives en Europe », a, de son côté, souligné le général Schill, via Linkedin.

« En exerçant la responsabilité opérationnelle sur nos déploiements dans l’est du continent, il contribuera désormais à l’exigence de réactivité de notre pays et ancrera sa crédibilité dans l’espace de solidarité stratégique partagé avec nos alliés », a ajouté le CEMAT, en rappelant que l’objectif du plan de transformation qu’il a élaboré vise à « optimiser les effets opérationnels produits par l’armée de Terre ».

Photo : CFT/ Armée de Terre

Près de 20 000 militaires de l’armée de Terre potentiellement concernés par les JOP 2024

Près de 20 000 militaires de l’armée de Terre potentiellement concernés par les JOP 2024


« Le travail est en cours », mais l’armée de Terre pourrait mobiliser jusqu’à 20 000 de ses militaires pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, indiquait la semaine dernière son chef d’état-major, le général Pierre Schill.

De 10 000 toutes armées confondues en début d’année, le contingent de militaires potentiellement mis à disposition pour garantir le bon déroulement des JOP 2024 a depuis doublé. « Probablement » près de 20 000 soldats sont concernés « d’une façon ou d’une autre » pour la seule armée de Terre, relève le général Schill. 

Le rendez-vous sportif sera « un temps majeur pour notre pays et il est clair que l’armée de Terre sera là », annonce le CEMAT. Elle sera dans les stades avec l’armée des champions. « Un tiers des médailles des jeux paralympiques précédents avaient été gagnées par des membres des armées », rappelle-t-il. Elle participera également aux événements préparatoires comme le parcours de la flamme olympique et organisera « un certain nombre de manifestations sportives ». 

Mais l’essentiel de sa contribution relève bien de la protection des sites et des foules. Selon son chef d’état-major, l’armée de Terre sera surtout présente dans les deux centres névralgiques que sont Paris et Marseille, mais aussi en Polynésie française. Elle sera par ailleurs particulièrement mise à profit pour les moments clefs, telle que « la sécurité du port de départ de la parade fluviale lors de la cérémonie d’ouverture », indiquait le CEMAT dès le mois de mai. 

Si la formule « n’est pas complètement arrêtée », l’implication sera en tout cas « très importante en volume ». Un engagement calibré pour pallier aux carences du secteur privé, supposé déployer de 17 000 à 22 000 agents par jour sur toute la durée de la compétition. Une équation jugée « intenable » ou « impossible » depuis plusieurs mois au vu des déficits de main d’oeuvre vécus par la filière.

L’heure est donc à l’anticipation informelle pour éviter l’embarras vécu à plusieurs reprises en outre-Manche. Quelque 4700 militaires britanniques avaient été appelés en urgence lors des JO de 2012 à Londres pour compenser l’incapacité de la société G4S à fournir les effectifs suffisants. « D’autre part, et même dans l’hypothèse où tous les personnels nécessaires seraient effectivement recrutés et fidélisés, le risque d’absentéisme le jour J est réel, ainsi que l’a montré l’exemple des Jeux du Commonwealth qui se sont tenus à Birmingham à l’été 2022 et lors duquel le taux d’absentéisme (no-show) a été, selon le COJOP, de 20% », rappelait la Cour des comptes dans un rapport publié cet été. 

« Des décisions devront être prises au plus tard en octobre 2023 pour en assurer une planification rigoureuse, articulée avec le calendrier de passation des marchés de sécurité du COJOP, dont les premiers résultats ont confirmé les difficultés de la filière », relevait la Cour de comptes. Si un conseil interministériel consacré à la sécurité de l’événement est programmé pour le 20 octobre, l’officialisation d’un recours aux armées devra néanmoins attendre, déclarait le ministère de l’Intérieur jeudi dernier au Monde

Entre cet appui occasionnel, la poursuite de l’activité opérationnelle et les missions ponctuelles et mémorielles tels que l’opération de lutte contre les feux de forêt Héphaïstos ou les 80 ans du débarquement de Provence, l’engagement de l’armée de Terre sur le territoire national sera alors « extrêmement important ». « Il y aura 35 000 à 40 000 soldats de l’armée de Terre déployés à ce moment-là » en France et ailleurs, estime son commandant. 

Pour affronter ce pic d’activité dans une période traditionnellement dévolue au repos et aux mutations, l’armée de Terre pourra entre autres compter sur son vivier de 24 000 réservistes. Entre ceux-ci et l’active, « c’est un équilibre qu’il faudra que l’on établisse unité par unité en fonction des unités déployées ». Une chose est certaine : tous sont appelés à se rendre disponible l’été prochain, demande le général Schill.

Crédits image : armée de Terre

Le général Schill s’interroge : « Sommes nous collectivement prêts » à supporter le coût d’une guerre?

Le général Schill s’interroge : « Sommes nous collectivement prêts » à supporter le coût d’une guerre?

 

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Puis, la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’Union soviétique ouvrirent une ère nouvelle, au point que certains estimèrent que le temps était venu de récolter les « dividendes de la paix ». Mais c’était sans doute aller trop vite en besogne, comme le montrèrent par la suite les interventions militaires menées en ex-Yougoslavie [Bosnie, Kosovo], en Afrique ou encore en Irak et en Afghanistan.

Cela étant, le spectre d’une guerre entre adversaires à parité s’était éloigné… Mais pas pour longtemps, puisqu’il est de retour depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et, désormais, la question qui se pose est de savoir si les sociétés occidentales sont prêtes à affronter cette réalité.

Un article [.pdf] récemment publié par l’US Army War College en doute… notamment en raison des difficultés que rencontre l’armée américaine pour recruter. « Chaque soldat que nous ne recrutons pas aujourd’hui est un atout de mobilisation que nous n’aurons pas en 2031 », avance-t-il. D’autant plus que, au regard des pertes subies par les belligérants en Ukraine, elle pourrait perdre jusqu’à 3600 hommes [tués ou blessés] par jour dans un engagement ayant le même niveau d’intensité. D’où les interrogations sur sa capacité à se régénérer…

« Le concept d’une force composée exclusivement de volontaires […] ne correspond pas à l’environnement opérationnel actuel. […] Les besoins en troupes pour les opérations de combat à grande échelle pourraient bien nécessiter […] une évolution vers une conscription partielle », explique cet article… qui a été repris par le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], sur Linkedin.

L’article de l’US Army War College « trace des parallèles entre le conflit en Ukraine et un potentiel engagement similaire de l’US Army, évoquant des niveaux de pertes allant jusqu’à 3600 tués ou blessés par jour », résume d’abord le général Schill, qui, visiblement, entend lancer un débat sur son contenu.

« On peut, certes, discuter des modalités d’un engagement qui verrait l’armée française opposée à un ennemi à parité ou quasi-parité, notamment sous la protection du parapluie nucléaire », poursuit le CEMAT. Or, selon lui, malgré la dissuasion, une telle « occurrence reste possible, sans que les intérêts vitaux de la Nation soient directement menacés ».

Aussi, le niveau des pertes avancé par l’article de l’US Army War College l’interpelle. « Ce chiffre interroge la résilience de notre outil de défense ainsi que sa capacité de régénération » et « pose surtout une question ancienne mais pourtant terriblement actuelle : sommes-nous collectivement prêts à un tel sacrifice? », demande le général Schill.

« Nos sociétés occidentales, dont les dernières générations n’envisageaient jusqu’à récemment la guerre qu’au travers des livres d’Histoire, sont-elles prêtes à voir leurs fils et filles mourir en nombre pour un plus grand bien? Et en élargissant encore la focale, conçoit-on encore la guerre et ce qu’elle implique? », s’interroge encore le CEMAT, pour qui il s’agit « simplement d’ouvrir le débat sur ce qu’on attend d’un soldat français aujourd’hui, ce que la Nation exige de lui et ce qu’elle est prête à faire pour que cette exigence, librement formulée, soit comprise et endossée ».