Le canon Caesar de KNDS est désormais le système d’artillerie européen le plus exporté

Le canon Caesar de KNDS est désormais le système d’artillerie européen le plus exporté

En quelques années, le CAmion Équipé d’un Système d’ARtillerie, ou canon CAESAR, s’est hissé au rang des équipements stars des exportations françaises d’armement, rejoignant le Rafale et le sous-marin Scorpene dans le club très fermé des armements susceptibles de faire les gros titres en France et à l’étranger.

Plusieurs échos et déclarations laissaient entendre que de nouvelles commandes pouvaient intervenir à l’occasion du salon Eurosatory 2024. C’est désormais chose faite, puisque l’Arménie, ainsi que la Croatie et l’Estonie, ont signé des engagements pour commander, au total, 60 nouveaux systèmes d’artillerie français.

Ce faisant, le Caesar s’impose, dorénavant, comme le système d’artillerie européen le plus largement exporté, que ce soit en nombre d’exemplaires livrés et/ou commandés, comme en nombre de clients, permettant à KNDS France, Ex-Nexter, de revenir dans le palmarès international des exportateurs d’équipements terrestres, après le semi-échec du Leclerc, et l’insuccès du VBCI.

Sommaire

Arménie, Estonie et Croatie : 3 nouveaux utilisateurs et 60 nouveaux Caesar pour KNDS au salon Eurosatory

Le Caesar aura donc été, incontestablement, l’une des grandes vedettes du salon Eurosatory 2024, aux côtés des nouveaux chars de combat de KNDS et de Rheinmetall, ainsi que des nombreux systèmes antiaériens et antidrones apparus cette année. Le canon français a, en effet, enregistré 3 nouvelles commandes pour un total de 60 exemplaires, à l’occasion de l’événement parisien.

CAESAR MkII KNDS
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Les premiers à s’être engagées, le 18 juin, ont été les armées arméniennes, pour 36 Caesar MkI 6×6, pour équiper deux bataillons d’artillerie. Après avoir officialisé le retrait du pays de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, sous tutelle russe, Erevan a entrepris de transformer les équipements de ses armées, en particulier en se tournant vers les États-Unis et la France, pour tenir en respect l’Azerbaïdjan, soutenue par la Turquie et Israël.

Le lendemain, ce fut au tour de la Croatie et de l’Estonie d’annoncer la commande de 12 exemplaires chacun, MkI pour Zagreb, MkII pour Tallinn, devenant ainsi les 12ᵉ et 13ᵉ pays utilisateurs du canon Caesar dans le monde, et les 5ᵉ et 6ᵉ en Europe.

Ces deux pays ont, à ce titre, signé un accord-cadre avec la France, à l’occasion du salon, pour organiser l’acquisition, la livraison et la maintenance des systèmes d’artillerie, formant les bases d’un « Club Caesar » inspiré du Leoben allemand.

À ce titre, le ministère des Armées a précisé que d’autres pays avaient déjà signifié leur intérêt pour rejoindre cette structure, sans préciser s’il s’agissait de clients existants ou de nouveaux utilisateurs potentiels.

Performances/prix, mobilité, délais de production, Ukraine : les raisons du succès du canon Caesar aujourd’hui

Le Canon Caesar avait enregistré quelques succès auprès de clients internationaux, peu de temps après son entrée en service en France, en 2003, avec la Thaïlande, pour 6 unités, l’Arabie Saoudite, pour 76 unités, en 2006, et l’Indonésie, en 2012, pour 37 systèmes d’artillerie.

caesar ukraine
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C’est, cependant, à partir de 2020, que la dynamique Caesar a véritablement décollé pour Nexter, avec la République tchèque pour 52 systèmes en version 8×8, suivis en 2022 par la Belgique (9+19 Caesar MkII), la Lituanie (18 Caesar MkII), le Maroc (36 Caesar MkI), et l’Ukraine (12+6+6+6+19+78 MkI, 19 MkI 8×8), et par l’Arménie (36 MkI), la Croatie (12 MkI) et l’Estonie (12 MkII), en 2024.

Ce succès repose sur la conjonction de plusieurs facteurs. Le plus évident n’est autre que l’augmentation massive des efforts d’armement et de modernisation des forces armées, en particulier en Europe, pour répondre à la montée des tensions internationales, mais aussi pour remplacer les équipements occidentaux envoyés en Ukraine, pour soutenir l’effort de guerre de Kyiv.

Sous l’impulsion des autorités françaises, Nexter, devenu KNDS France, a, par ailleurs, su parfaitement répondre à l’évolution de la demande, en augmentant les cadences de production du Caesar, passées de 1,5 système par mois en 2021, à 6 systèmes par mois aujourd’hui, et avec l’objectif d’atteindre 12 systèmes mensuels en 2025.

Ce faisant, l’entreprise est en mesure de proposer des délais de livraison raccourcis, très appréciés des clients potentiels aujourd’hui, en dépit d’un carnet de commande très bien rempli, avec plus de 360 exemplaires restants à produire à ce jour, soit 5 ans de production à 6 systèmes par mois, mais plus que deux ans et demi, avec une production mensuelle de 12 canons.

tube caesar nexter KNDS france
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Le Canon Caesar peut aussi s’appuyer sur les très bons retours d’expérience en provenance d’Ukraine, le système français étant, à ce titre, particulièrement redouté, par sa précision et sa mobilité, des artilleurs russes.

Surtout, il présente un rapport performances prix sans concurrence en Europe. Avec un prix unitaire évoluant entre 3,5 et 4 m€, le Caesar s’avère, en effet, 3 fois moins cher qu’un K9 Thunder sud-coréen, et plus de 4 fois moins cher que le Pzh 2000 allemand, tout en disposant d’un canon de 52 calibres, d’une portée de 40 km avec obus non propulsé, et d’une excellente précision de tir, même à portée maximale.

Par ailleurs, sa légèreté, 17 tonnes au combat, et sa configuration 6×6, lui confère une mobilité sans également en tout chemin, tant pour éviter les tirs de contrebatteries adverses, que pour se déplacer très rapidement autour de la ligne d’engagement, pour apporter les appuis là où ils sont nécessaires.

De fait, sans égaler la mobilité tout terrain ou la protection du Pzh 2000 ou du K9, le Caesar s’avère un choix très attractif pour de nombreuses forces armées qui souhaitent étendre le nombre de tubes de 155 mm, et qui sont sous contrainte budgétaire ; pour les forces armées qui exploitent une doctrine mobile et dynamique, comme la France ; ou pour les armées engagées sur des terrains difficiles, inaccessibles aux systèmes lourds, comme l’Indonésie et la Thaïlande.

Le troisième système d’artillerie moderne le plus largement répandu, derrière le M109 et le K9 Thunder

Avec les commandes arméniennes, croates et estoniennes, le canon Caesar voit son parc de clients internationaux, atteindre 12 pays, dont cinq en Europe. Ce faisant, il devient, incontestablement, le système d’artillerie européen moderne le plus exporté aujourd’hui, avec ses 548 exemplaires, loin devant le Pzh 2000 allemand et ses 300 exemplaires auprès de huit pays.

Pzh 2000 KNDS Ukraine
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Il se classe même dans le TOP 3 des systèmes d’artillerie modernes les mieux exportés, derrière le K9 Thunder Sud-coréen, exporté à 1300 exemplaires auprès de 9 forces armées, dont 4 en Europe (Pologne, Estonie, Norvège, Finlande), et le M109 américain, dont plus de 2500 exemplaires demeurent en service hors des États-Unis dans 24 forces armées, dont sept en Europe.

On notera, même, qu’en termes de nombre de clients, le Caesar surpasse le K9 Thunder, mais ce dernier a enregistré plusieurs gros contrats avec fabrication locale en Pologne (532 unités), en Égypte (200 exemplaires), en Turquie (421 systèmes) et en Inde (200).

De manière intéressante, le Caesar surpasse les exportations russes en matière de systèmes d’artillerie modernes (125 2S-19 Msta-s pour 5 pays utilisateurs), tout comme les systèmes chinois (170 PLZ-45/ 4 pays et 480 PCL-181/3 pays).

Ceci en dit long sur les performances et l’attractivité du Caesar, sur un marché particulièrement concurrentiel comprenant plus d’une douzaine de systèmes de 155 mm sur le marché mondial.

Présenté au salon Eurosatory 2024, le Caesar MkII prêt à prendre la relève

Lancé en 2022, le Caesar MKII a été présenté, pour la première fois, à l’occasion du salon Eurosatory 2024. Celui-ci doit permettre de prolonger la carrière opérationnelle et commerciale du Caesar, en y intégrant les retours d’expériences venus des armées françaises au Levant et en Afrique sud-saharienne, et par les armées ukrainiennes, face à la Russie.

Tout en reprenant les principes et paradigmes du MkI, le Caesar MkII s’avère très différent, avec un nouveau châssis, une nouvelle cabine blindée à 4 portes, un nouveau moteur de 460 cv, deux fois plus puissant que celui du MkI, et une électronique embarquée entièrement modernisée.

Caesar MKII présenté au salon Eurosatory 2024
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Déjà réputée pour sa précision, la centrale inertielle Sigma 30 est ainsi remplacée par le nouveau Geonyx de Safran, conçue pour évoluer en environnement brouillé et privé de signaux de géolocalisation. Un système de brouillage anti-IED et anti-drone, baptisé ECLIPSE, a été ajouté, ainsi que l’ensemble des composants du système SCORPION, comme la radio cryptée Contact et le nœud de communication tactique du système, pour les modèles français et belges.

En outre, ces systèmes de positionnement et de pointage, associés au nouveau système hydraulique qui contrôle le véhicule et le canon, doivent permettre une mise en batterie et une sortie de batterie encore plus rapide, pour répondre aux améliorations anticipées des systèmes de localisation par drones et de contrebatterie adverses.

Le Caesar MkII est aussi mieux protégé, avec une cabine répondant au standard Stanag 2, soit contre les munitions de 7,62 x 39 mm à 30 m, et contre les shrapnels d’obus de 155 mm à 80 m et plus.

Ces systèmes alourdissent le Caesar MkII, qui atteint 25 tonnes sur la balance au combat, contre 18 pour le MkI. Toutefois, son moteur de 460 cv, contre 215 cv pour la version précédente, lui confère un rapport puissance poids de 18 cv par tonne, supérieur à celui de la précédente version, tout en restant autour du seuil d’efficacité tout-terrain de huit tonnes par essieu, lui garantissant une meilleure mobilité tout terrain. En termes de masse et d’encombrement, le Caesar MkII demeure aérotransportable par avion A400M, ce qui reste un impératif majeur pour les armées françaises.

En dépit de ces améliorations notables, le Caesar MkII conserve l’argument du prix, avec un cout unitaire de l’ordre de 5 m€ selon KNDS, et même moins élevé, selon certaines sources.

Une offre taillée pour remplacer l’artillerie tractée et accroitre la puissance de feu à moindre coût

On le voit, le succès du Canon Caesar, sur la scène internationale, semble poursuivre la dynamique entamée dès 2020, et accélérée avec l’envoi des premiers systèmes français en Ukraine, au printemps 2022.

Canon Caesar Démonstration
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Un temps, le positionnement exact du Caesar restait incertain, étant souvent perçu comme un système d’artillerie léger, destiné avant tout à la projection de puissance, mais insuffisamment protégé pour être employé dans un conflit de haute intensité.

Toutefois, son excellente tenue en Ukraine, aux côtés de systèmes bien plus lourds et onéreux comme le Pzh 2000 allemand, le M109 américain ou le Krab Polonais, mais aussi son prix, qui en fait une alternative aux systèmes d’artillerie tractée en fin de vie, ont permis de clarifier le marché de prédilection du Caesar, destiné à recréer de la masse et de la puissance de feu, aux côtés de l’artillerie d’assaut, en substitution des canons tractés désormais trop vulnérables.

Ce positionnement devenant plus compréhensible, en lien avec ses résultats opérationnels, le système d’artillerie français pourrait enregistrer encore de nombreux succès internationaux dans les mois et années à venir, et s’imposer comme une des références françaises de la scène internationale de l’armement, renforcée par l’arrivée du Caesar MkII.

Mise-à-jour du 20/07/2024 : Slovénie et Finlande

Depuis la rédaction de cet article du 20 juin 2024, la Slovénie a signé une lettre d’intention pour acquérir, elle aussi, des systèmes Caesar. La presse polonaise, pour sa part, a indiqué que le Caesar MkII était le favori de la compétition pour les nouvelles batteries côtières de la Marine finlandaise.

Article du 20 juin en version intégrale jusqu’au 28 juillet 2024

Un commando marine a mis au point le « FUSHYB », un fusil « deux en un » destiné aux tireurs de haute précision

Un commando marine a mis au point le « FUSHYB », un fusil « deux en un » destiné aux tireurs de haute précision

https://www.opex360.com/2024/07/21/un-commando-marine-a-mis-au-point-le-fushyb-un-fusil-deux-en-un-destine-aux-tireurs-de-haute-precision/


Système de tir à travers l’arc de l’hélice imaginé par le lieutenant [aviateur] Roland Garros, obusier portable pneumatique de 60 mm, « Sauterelle d’Imphy »… Lors de la Première Guerre Mondiale, nombreuses furent les inventions venues de la base, les combattants étant les mieux placés pour trouver des solutions à des problèmes pratiques.

Cette démarche a ensuite été « institutionnalisée » par le ministère des Armées vers la fin des années 1980, avec la création de la « Mission innovation participative » [MIP], récemment transformée en « Cellule d’innovation participative » [CIP] et placée sous l’égide de l’Agence de l’innovation de défense [AID].

Les projets que celle-ci soutient laissent entrevoir des gains capacitaires intéressants à moindres coûts. Certains sont d’ailleurs devenus incontournables, comme le smartphone « Auxylium », qui permet de se passer des radios tactiques en milieu urbain. Sera-ce le cas du « FUSHYB », évoqué par l’AID dans son bilan de l’année 2023 qu’elle a publié la semaine passée ?

Ainsi, il s’agit d’un « fusil hybride » imaginé par un officier marinier du commando Marine « Hubert » qui, basé à Saint-Mandrier-sur-Mer [Var], est spécialisé dans l’action sous-marine et le contre-terrorisme maritime.

Selon les explications – succinctes – données par l’AID, FUSHYB est un fusil « deux en un » destiné aux tireurs d’élite, doté de deux capacités « complémentaires », à savoir la puissance de feu et la porté d’un côté et la précision et la discrétion de l’autre. Le calibre de cette arme n’a pas été précisé.

« Les dernières opérations ont montré l’utilité de disposer d’un fusil offrant ces deux capacités primordiales dans un seul et même système », souligne l’AID. Et d’expliquer : « Concrètement l’arme permet, sans changement de configuration, l’utilisation de munitions supersoniques en mode semi-automatique [pour la puissance de feu et la portée] et de munitions subsoniques en mode réarmement manuel et culasse calée [pour la précision, la discrétion et le silence].

En 2023, l’AID a soutenu 27 nouveaux projets issus de l’innovation participative, pour un montant total – et modeste – de 1,89 million d’euros.

La nouvelle frégate antiaérienne néerlandaise, une opportunité pour la France ?

La nouvelle frégate antiaérienne néerlandaise, une opportunité pour la France ?

Voilà qui est fait ! Le Parlement néerlandais a avalisé, ce 11 juin, l’acquisition des quatre sous-marins de type Blacksword Barracuda du Français Naval Group, pour remplacer les sous-marins de la classe Walrus actuellement en service dans la Marine néerlandaise. Le dernier obstacle pour que la commande officielle, est dorénavant le recours juridique porté par TKMS devant la cour de La Haye, et qui doit être jugée le 26 juin.

Si les parlementaires bataves font majoritairement confiance à l’offre française, il n’en demeure pas moins vrai que certaines des interrogations qui ont émergé lors des débats, méritent une prise en compte proactive de la part de Paris, et de l’industriel français.

En particulier, la question du partage de l’activité industrielle avec l’industrie navale néerlandaise, et plus spécifiquement avec Damen, représente un point particulièrement sensible et clivant, qu’il conviendrait de traiter avant que le nouveau gouvernement de La Haye, prenne les manettes du pays.

À ce sujet, la Marine néerlandaise a lancé, il y a peu, l’étude préalable d’une nouvelle frégate antiaérienne lourde, inscrite sur un calendrier proche de celui qui va s’imposer à la Marine nationale pour remplacer les frégates Horizon de la classe Forbin.

Dans ce contexte, serait-il pertinent, et efficace, pour la France, comme pour Naval Group, de rejoindre le programme néerlandais confié à Damen, pour réduire les couts de developper d’une nouvelle frégate de defense aérienne française, et pour donner aux autorités néerlandaises, des garanties de coopération pertinentes pour son industrie navale, sur le moyen et long terme ?

Sommaire

Le Parlement néerlandais approuve officiellement l’acquisition des Blacksword Barracuda de Naval Group

Il y a un peu plus d’une semaine, le programme ORKA pour remplacer les sous-marins de la classe Walrus de la Koninklijke Marine, la Marine royale néerlandaise, avait franchi une étape déterminante.

Blacksword barracuda Naval Group
Le Blacksword Barracuda de Naval Group est plus proche que jamais de trouver son chemin vers la Koninklijke Marine.

Après que le gouvernement sortant avait annoncé la victoire de Naval Group, avec le modèle Blacksword Barracuda, lors de la compétition qui l’opposait à l’allemand TKMS, et au couple Saab-Damen, le programme devait, en effet, recevoir l’aval du nouveau Parlement néerlandais, à majorité nationaliste depuis les élections législatives de l’automne 2023.

Loin d’être une formalité, le ministre de la Défense sortant, Christophe Van der Maat, a, en effet, dû répondre à de nombreuses interrogations et attaques qui avaient émergé dans la presse néerlandaise dans les semaines ayant précédé l’audition parlementaire, en particulier concernant les garanties quant au prix proposé par l’industriel français, 25 % moins cher que ses autres concurrents, et au sujet des engagements d’investissements de Naval group dans l’industrie locale.

Les réponses apportées par le ministre de la Défense et ses équipes, aux questions des parlementaires, avaient semble-t-il fait mouche, puisqu’à la sortie de cette session, les parties majoritaires annoncèrent qu’ils soutenaient le programme. Il fallait toutefois atteindre qu’une série de motions déposées par le Chris Stoffer du Parti politique réformé (SPG), ne représentant que 3 des 150 sièges de la nouvelle chambre, soient votées pour poursuivre.

C’est désormais chose faite. En effet, les trois motions déposées par M Stoffer ont été rejetées, ouvrant la voie à la signature officielle de la commande, qui doit intervenir avant la fin du mois de juillet 2024. Il faudra cependant attendre que la plainte déposée par l’allemand TKMS, au sujet de l’appel d’offre lui-même, soit statuée par al justice néerlandaise, le sujet étant présenté le 26 juin devant la cour de justice de La Haye.

2 des 3 grands programmes de la Marine néerlandaise attribuée à Naval Group

Sachant que depuis le 4 juin, et les conclusions non officielles du débat parlementaire, Damen et Saab, pourtant particulièrement véhéments avant cela, ont, semble-t-il, jeté l’éponge pour se tourner vers d’autres combats plus porteurs, on peut penser que les chances que le recours engagé par TKMS, n’a que peu de chances d’aboutir, et qu’il sert surtout à faire peser un certain doute sur la validité du prix proposé par Naval group, dans les compétitions à venir.

rMCM programme guerre des mines
Les six grands batiments de guerre des mines néeralndais auront été conçu et fabriqués par Naval Group et ECA.

Quoi qu’il en soit, avec cette décision parlementaire, et en anticipant une décision de justice favorable à l’arbitrage gouvernemental néerlandais, il apparait que la Koninklijke Marine aura confié deux des trois grands programmes navals du moment, au français Naval Group, que ce soit directement, avec les sous-marins Blacksword Barracuda du programme ORKA, ou indirectement, avec les grands navires de guerre des mines du programme rMCM.

Dans ces conditions, on peut comprendre les différents avis publiés dans la presse spécialisés Batave, au sujet des contreparties que la France pourrait faire à l’industrie de défense néerlandaise. Ce d’autant que la confiance de La Haye dans les équipements français a connu une nouvelle jeunesse ces derniers mois, comme la commande de 14 hélicoptères de manœuvre H225M Caracal pour les forces spéciales en octobre 2023.

Toutefois, la chose apparait plus simple à dire qu’à faire. En effet, l’industrie de défense néerlandaise excelle particulièrement dans deux domaines. Le premier est celui des radars et senseurs navals, avec Thales Nederland.

En 1990, le spécialiste néerlandais des radars Signaal a été racheté par le Français Thomson-CSF, devenu, depuis, Thales. L’entreprise produit certains radars navals et les systèmes IR les plus efficaces et largement répandus dans les marines mondiales, comme la gamme SMART-S et le NS-100. Difficile de toucher à cette coopération déjà parfaitement huilée et mutuellement bénéfique au sein du groupe Thales.

Frégate défense aérienne Forbin
Le radar S1850 des frégates Horizon de la classe Forbin est une evolution du SMART-L de Thales Nederland.

Le second domaine d’excellence de la BITD néerlandaise, et celui de la construction navale, avec les chantiers navals du groupe Damen. Celui réalise, chaque année, un chiffre d’affaires de 2 à 2,5 Md€, et dispose de 32 chantiers navals. Il a récemment remporté d’importants succès dans le domaine militaire avec les corvettes de la famille SIGMA, acquises par les marines indonésiennes, marocaines, mexicaines et colombiennes.

Le groupe a également remporté, en janvier 2020, la conception des frégates F126 de la Bundesmarine allemande, avec les chantiers navals Blohm&Voss et Lurssen, passé de 4 à 6 navires en avril 2024, après que le ministère de la Défense a levé l’option attachée au contrat. Enfin, Damen conçoit et fabrique les unités majeures de surface de la Marine néerlandaise, et notamment les nouvelles M-fregates codéveloppées avec la Belgique.

Toutefois, Damen ayant fait le pari de l’offre conjointe avec Saab dans le cadre du programme ORKA, Naval Group n’a pas, et c’est compréhensible, intégré une coopération avancée avec ce groupe dans sa proposition et, en particulier, dans l’enveloppe budgétaire y étant attachée, celle-là même qui a été déterminante dans ce dossier.

L’opportunité de codévelopper avec Damen une frégate antiaérienne pour remplacer les frégates Horizon de la classe Forbin

Reste qu’une coopération avec Damen constituerait, certainement, l’axe le plus pertinent, pour mettre en œuvre une coopération de réciprocité avec l’industrie néerlandaise, et ce, en dépit des tensions qui ont parfois émaillé les relations entre les deux groupes.

nouvelle frégate antiaérienne marine néeralndaise
le concept de frégate antiaérienne de nouvelle génération présentée en avril au parlement néerlandais par la Koninklijke Marine. Le navire pourra emporter jusqu’à 96 silos verticaux, soit autant que les DDG(x) américains.

Justement, la Marine néerlandaise a annoncé, il y a quelques semaines, le début des travaux de conception des frégates anti-aériennes qui devront remplacer les frégates de la classe De Zeven Provincien, actuellement en service.

Les quatre frégates néerlandaises, sont entrées en service de 2002 à 2005, et devront donc être remplacées entre 2032 et 2040, selon que la durée de vie des navires s’établit à 30 ou 35 ans. Or, sur cette période, la Marine nationale, elle aussi, va devoir remplacer deux de ses frégates antiaériennes, en l’occurrence, les frégates Horizon de la classe Forbin, entrées en service en 2008 et 2009.

Pour le ministère des Armées, et la Marine nationale, l’hypothèse de codévelopper les remplaçants de ces deux navires, avec un pays européen, s’avèrerait certainement un calcul pertinent.

En effet, rapporter la conception de ces navires clés sur une flotte de seulement deux navires, entrainerait des surcouts particulièrement élevés, d’autant que les opportunités d’exportation pour ces navires lourds et très onéreux, sont évidemment faibles. D’ailleurs, ni la France ni l’Italie ne sont parvenues à exporter le modèle Horizon.

Frégate classe De zeven provincien
Le remplacement des frégates de la classe De Zeven Provincien constitue peut-être une opportunité pour la France, Naval Group et la Marine nationale.

À l’inverse, si une coopération avec les Pays-Bas, et Damen, venait à être négociée, cela ramènerait les couts de conception sur six coques, quatre pour la Koninklijke Marine, et deux pour la Marine nationale, bien plus supportables.

En outre, une coopération franco-néerlandaise, à ce sujet, permettrait peut-être d’inciter la Marine néerlandaise à se tourner vers une missilerie surface-air européenne, avec le missile Aster et son évolution du programme Hydis, auquel, justement, participent les Pays-Bas, quitte, pour cela, à accepter de faire construire les navires aux Pays-Bas, ce qui représenterait, sans le moindre doute, un geste de coopération très apprécié à La Haye.

Concevoir une classe de destroyers d’assaut outre-mer avec les Pays-Bas

Bien évidemment, l’hypothèse d’aller faire construire les deux navires de surface combattant les plus puissants de la Marine nationale, aux Pays-Bas, risque de créer une levée de bouclier auprès de Naval group et de ses sous-traitants, même s’il s’agit de promouvoir l’utilisation d’équipements français, sur l’ensemble de la classe.

Toutefois, les économies réalisées, en matière de conception et d’études, permettrait à la Marine nationale et Naval group de lancer la conception d’une autre classe de navire, plus innovante, répondant à des besoins importants non couverts, et disposant d’un potentiel export sensiblement plus important, que ne le seront les futurs frégates antiaériennes franco-néerlandaises, le cas échéant.

Il s’agirait, en l’occurrence, de developper une classe de destroyers d’assaut, comparables, dans l’esprit, au programme Multi-Role Support Ship, ou MRSS, de la Royal Navy. Pour rappel, il s’agit, ici, d’un navire hybride, disposant, à la fois, de la puissance de feu d’une frégate, que ce soit vers la terre ou pour son autodéfense, et d’un radier et d’une plateforme aérienne permettant la projection aéro-amphibie, mais de manière plus réduite que concernant les PHA Mistral.

MRSS Fearless Steller Systems Royal Navy
Le projet MRSS Fearless préfigure ler concept de destroyer d’assaut imaginé par la Royal Navy.

Comme évoqué dans un précédent article, cette configuration originale répondrait très efficacement aux besoins de la Marine nationale, et plus largement, des Armées françaises, dans la zone outre-mer, en particulier dans le Pacifique et l’Océan Indien, voire dans l’Atlantique Sud.

De fait, la conception et la construction d’une telle classe de navire permettrait largement de compenser le déficit industriel lié au codéveloppement des remplaçants des frégates Forbin, avec les Pays-Bas, que ce soit pour les Bureaux d’études comme pour le site de Lorient. En outre, rien n’empêche que d’autres partenaires européens se joignent à ce programme, bien au contraire, pour peu que le pilotage du programme reste assuré par Naval Group.

De manière intéressante, d’ailleurs, la Marine néerlandaise pourrait y trouver un intérêt, même si elle a annoncé, conjointement au lancement du développement de ses nouvelles frégates antiaériennes, celui d’une nouvelle classe de LHD compacts, pour renouveler ses capacités aéro-amphibies.

En effet, la Koninklijke Marine est l’une des rares marines européennes, avec la Royal Navy et la Marine nationale, à avoir des déploiements outre-mer, en particulier dans les Caraïbes. Et ces destroyers d’assaut apporteraient une importante plus-value opérationnelle par la polyvalence de ses capacités.

Conclusion

On le voit, bien que contre-intuitives à priori, les opportunités pour Paris, comme pour Naval group et la Marine nationale, concernant l’approfondissement des coopérations en matière de construction navale militaire avec La Haye, Damen et la Marine néerlandaise, sont nombreuses.

Naval group Lorient
la préservation des compétences indsutrielles du site de Lorient de Naval Group est un enjeu prioritaire pour le Ministère des Armées et la DGA.

C’est en particulier le programme de frégates lourdes antiaériennes, annoncée en avril par la Marine néerlandaise, qui représente le support le plus adapté pour simultanément optimiser les moyens de la Marine nationale, tout en anticipant les légitimes attentes néerlandaises pour un partage industriel direct ou induit, spécialement avec Damen, concernant le programme ORKA.

Pour autant, cette opportunité ne doit pas se faire au détriment de la préservation des compétences de conception et de fabrication de Naval group en matière de grands navires de surface combattants, et doit être associée à d’autres initiatives, destinée à faire d’un arbitrage initialement défavorable, un atout opérationnel pour la Marine nationale, et concurrentiel pour l’industriel français.

Pour autant, en liant les initiatives et les besoins, par exemple, en réinjectant les économies d’études réalisées au sujet du remplacement des Forbin, vers la conception d’une classe de destroyers d’assaut outre-mer, il est possible de trouver un équilibre mutuellement profitable pour l’ensemble des six acteurs concernés.

Reste que pour donner corps à une vision non linéaire comme ici développée, il est nécessaire d’accepter de concevoir la coopération de manière globale, et d’anticiper tant les besoins industriels et politiques à venir, que les besoins opérationnels émergents.

Article du 13 juin en version intégrale jusqu’au 28 juillet 2024