En attendant le Guépard

En attendant le Guépard

Une Gazelle « Gatling » du 4e RHFS, présentée à Pau jeudi dernier


« Il va être très difficile de nous séparer d’elle », nous confiait le capitaine « Luigi », chef de bord au 4e RHFS, jeudi dernier lors d’une visite ministérielle à Pau. « Elle », c’est la vénérable Gazelle qui, malgré un demi-siècle de service actif, conserve une marge d’évolution encore appréciable et portée à bout de bras par les premiers intéressés, les équipages de l’EOS 2 du régiment.

Véritable couteau suisse du 4e RHFS, la Gazelle est aujourd’hui déclinée en plusieurs variantes, dont la « Viviane » armée de missiles HOT, la « Tireur d’élite » (ou TE) équipée d’un bras STRIKE et, plus récemment, la « Gatling » dotée d’un minigun M134D. Indispensable aux opérations menées sur les théâtres extérieurs, cette micro-flotte de 12 appareils devra perdurer en l’attente d’un remplaçant, à savoir une version « forces spéciales » du HIL Guépard. Celle-ci n’étant pas attendue en régiment avant, au mieux, une décennie, les équipages du 4e RHFS restent forces de proposition en vue de cibler les évolutions capacitaires nécessaires. Une fois émises, ces idées sont prises en charge par la cellule régimentaire chargée de contacter les industriels et de débloquer les fonds. Lorsqu’il est validé, le programme redescend ensuite les échelons afin d’intégrer les équipages au processus d’évaluation. Simple en apparence, la démarche, s’avère pourtant complexe dans le cas spécifique de la Gazelle. Le 4e RHFS affronte en effet une double problématique, à la fois financière et calendaire. De fait, est-ce opportun de lancer un programme potentiellement long, onéreux et, surtout, susceptible de ne profiter qu’à une poignée de plateformes durant seulement quelques années ?

Dernier ajout capacitaire en date, le minigun M134D en est l’exemple récent le plus flagrant. Son déploiement en OPEX n’est intervenu qu’en février dernier, au terme de 12 coûteuses années de développement. Un choix malgré tout payant pour les militaires français, la mitrailleuse ayant remporté tous les suffrages dès ses premiers déploiements, tant au sein des équipages que des troupes au sol. À tel point que « les collègues déployés au sol ont commencé à parler de dissuasion auditive ». À l’image du mythique Ju 87 allemand, le bruit très caractéristique du minigun M134D suffirait, semble-t-il, à faire fuir l’adversaire.

 

Voir et être vu

L’usage du minigun M134D reste néanmoins limité aux opérations diurnes, la Gazelle « Gatling » n’étant pas équipée d’une vision de nuit permettant d’identifier formellement les cibles potentielles. Le M134D étant une arme de saturation, son usage devient en conséquence particulièrement hasardeux en cas de visibilité réduite. « Nos jumelles de vision nocturnes ne sont pas suffisantes lorsqu’il fait nuit noire », précise le capitaine Luigi, qui rappelle que « seule la Gazelle Viviane dispose d’une telle capacité, mais celle-ci ne peut être modifiée pour recevoir le minigun ». L’ajout d’une caméra thermique, bien que destinée aux pilotes, est dès lors fortement attendu au 4e RHFS. « Ce serait un véritable plus pour nous. Il ne s’agit pas de tendre vers la même capacité que le Tigre, qui est vraiment très pointue, mais d’au moins disposer d’une vraie vision de nuit qui nous permette de discriminer efficacement », ajoute le capitaine Luigi. Le projet étant prioritaire aux yeux des forces spéciales, les industriels sont d’ores et déjà venus présenter différentes solutions, dont « des petites caméras qui ne pèsent que 1,5 kg ». « Elles devront ensuite être validées, notamment aux niveaux du prix et du positionnement sur l’appareil », toute intégration sur la structure même de la Gazelle impliquant automatiquement une phase d’études menée par l’industriel et la DGA et synonyme d’inflation budgétaire.

La Gazelle est par ailleurs le seul hélicoptère français dépourvu de système anti-collision, avec les conséquences funestes que l’on connait. Souvenons-nous, par exemple, de cette collision entre deux hélicoptères survenue en février 2018, et qui s’était soldée par la mort de cinq militaires dont deux officiers du 4e RHFS. La réflexion entamée autour de l’intégration d’un tel système s’est logiquement accélérée suite à cet accident. Très attendue du côté des équipages, la matérialisation d’un tel projet « sera un pas en avant considérable en terme de sécurité », prédit le capitaine Luigi.

 

Chasse au kilo

La masse maximale de la Gazelle étant limitée à 2,1 tonnes, cette belle quinquagénaire demeure en permanence sujette à « la chasse aux kilos » car « au plus on va rajouter des systèmes, au moins on emportera du carburant, avec un impact significatif sur l’élongation ». Entre autres solutions, les militaires du 4e RHFS suggèrent la modernisation de la suite avionique. Exit les lourds cadrans, place à quelques écrans plus légers et – beaucoup – plus modernes. « Un industriel venu nous présenter sa solution estimait le gain de poids à 150 kg », souligne le capitaine Luigi. Sachant qu’une Gazelle consomme trois litres d’essence à la minute, moderniser l’électronique embarquée devient un élément déterminant « quand certaines contraintes ne nous permettent de rester qu’à peine 30 minutes sur site ». Cependant cette option s’avérerait très coûteuse par rapport à la taille du parc de Gazelle du 4e RHFS. Il faudra donc « trouver le juste compromis entre le besoin, les moyens financiers et le calendrier de livraison du HIL ».

Autre élément susceptible de contribuer à cette cure d’amaigrissement: les sièges blindés, dont le remplacement offrirait un solide gain de poids et de protection. « Les blindages produits il y a vingt ou trente ans, ne sont plus aussi performants. Les nouveaux métaux composites disponibles permettent d’offrir une solution beaucoup plus légère et plus maniable », nous explique-t-on. « Ça a été réfléchi et c’est toujours à l’étude », confirme le capitaine Luigi.

 

Le pistolet-mitrailleur HK MP7, en dotation dans les équipages Gazelle et Tigre

Le pistolet-mitrailleur HK MP7, en dotation dans les équipages Gazelle et Tigre

 

Vers un armement individuel plus « punchy » ?

À moindre échelle, l’avenir de la Gazelle pourrait aussi impliquer une petite refonte de l’équipement individuel des équipages, « en partie personnel donc propre à chacun ». Le pistolet mitrailleur HK MP7 de calibre 4,60 mm, arme principale des pilotes de Gazelle et de Tigre, pourrait est ainsi dans le viseur du capitaine Luigi. À l’instar des pilotes Tigre, les équipages de Gazelle doivent disposer d’armes compactes, car devant être impérativement fixées au gilet pare-balles sans gêner les mouvements et la vision.

Le HK MP7 est l’objet d’une réflexion en cours envisageant une évolution vers un calibre plus « costaud » et mutualisé avec l’armement des troupes au sol. Le calibre 4,6 mm n’est que très peu répandu, signifiant qu’en cas de besoin, les pilotes ne peuvent compter que sur leur propre stock de munitions. Un passage au calibre 5,56 mm, bien plus commun, « permettrait par exemple au troupes au sol de transmettre leurs propres munitions ». L’arme principale ne devrait par ailleurs pas quitter le gilet du pilote. Si les forces spéciales expliquent avoir étudié d’autres dispositions, tel un système d’accroche par ventouse installé à proximité immédiate, « certains posers durs ont entraîné l’éjection accidentelle d’un membre d’équipage, ce qui nécessite de maintenir une arme arrimée au gilet des pilotes pour que ceux-ci puissent conserver une capacité de riposte instantanée en cas de crash en territoire hostile ».