Trois ans pour livrer un embryon de DSA d’accompagnement
Le compte à rebours est lancé pour KNDS France, chargé de fournir deux nouvelles variantes du Serval pour permettre à l’armée de Terre de muscler son bouclier anti-drones et de reconstruire une défense sol-air d’accompagnement au profit des forces déployées en opération. L’objectif ? Livrer des plateformes et des munitions abouties dans moins de 36 mois.
Ces deux véhicules attendus par l’armée de Terre, ce sont les Serval « lutte anti-drones » (LAD) et Serval « défense sol-air » (DSA). Deux membres parmi d’autres d’une nouvelle famille « sol-air basse-couche » (SABC) de ce blindé 4×4 produit par KNDS France et Texelis dans le cadre du programme SCORPION. Et une capacité sur les rails depuis décembre 2024 avec la notification par la Direction générale de l’armement (DGA) d’un contrat majeur à KNDS France.
Fraction majeure des 600 M€ investis fin 2024 pour muscler la DSA française, ce contrat global prévoit non seulement le développement et la qualification des plateformes et des munitions associées mais aussi la livraison de 24 Serval LAD et 30 Serval DSA. Pour l’un comme pour l’autre, ces tranches initiales dépassent déjà les cibles fixées par la loi de programmation à horizon 2030, établies à 12 Serval LAD et 24 Serval DSA.
« C’est vraiment une course contre la montre », résume un représentant de KNDS France. Restent en effet moins de trois ans pour développer et fournir une capacité suffisamment mature que pour entamer le processus de qualification étatique, préliminaire obligatoire aux premières perceptions par les régiments d’artillerie. Celles-ci sont attendues en fin de LPM, potentiellement à compter de 2029.
Le Serval LAD sera une solution complète intégrant un tourelleau téléopéré ARX30 et son canon de 30 mm, des antennes radio-fréquences, un système de commandement et de contrôle (C2) et un radar de détection et de suivi sur mât télescopique. Complexe, l’objet est aussi nouveau. Pour KNDS, « il faudra donc être excellents sur chacune des briques ». Aller vite suppose notamment de « faire travailler un certain nombre de gens ayant une grande expérience en matière de LAD » en misant sur des briques éprouvées et éventuellement adaptées.
Le choix du radar embarqué, par exemple, na pas été officialisé mais l’intention serait de pousser la solution proposée par CS Défense, division d’un groupe devenu l’un des maîtres d’œuvre du programme interarmées PARADE (Protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs). Combiné avec le viseur de l’ARX30, le radar constituera la brique essentielle pour traquer, identifier et suivre efficacement des « objets tout petits, qui vont plutôt vite, volent au ras du sol et dont le spectre est très large ».
Le contrat français vient surtout soutenir le développement de l’ARX30 et de ses munitions, engagé sur fonds propres et poursuivi aujourd’hui autour d’un unique prototype. Conçu à Bourges, ce tourelleau suit en quelque sorte la voie tracée par sa « grande soeur » de Satory, la tourelle de 40 mm RapidFire. « Les équipes échangent beaucoup. Le moment est complexe, car c’est l’heure des choix », nous explique-t-on. Construit autour du canon court 30M781MPG de l’hélicoptère d’attaque Tigre, l’ARX30 sera « redessiné » pour gagner en compacité et descendre en dessous des 850 mm de hauteur.

Autre choix acté, l’ARX30 embarquera un viseur non panoramique, donc doté d’un débattement inférieur à 360° et partiellement asservi au canon. « Un moyen de s’assurer que la ligne de visée reste proche de celle du canon », précise KNDS. Le choix de ce viseur n’est pas affermi à ce jour, mais « quelques perles » ont été identifiées en France. Rien n’est acté, mais la démarche tendrait à première vue vers un duel entre deux candidats ayant des approches différentes : d’un côté une solution très aboutie et directement disponible et de l’autre un produit plus innovant mais exigeant un peu de patience. Léger, l’ARX30 exige cependant de plancher sur un Serval à toit renforcé tant pour augmenter la capacité d’emport que pour compenser l’effort de recul du canon, de l’ordre de 650 kg contre 240 kg pour un armement de 12,7 mm.
D’autres évolutions sont annoncées pour l’ARX30 par un industriel engagé dans une feuille de route à deux vitesses. La double entrée par exemple, cette capacité soutenue par un financement européen mais qui arrivera « plus tard » et pourra être l’objet d’un rétrofit. Son enjeu ? Dédoubler l’approvisionnement en munitions, offrir un choix au tireur et renforcer par là le caractère « multi-cibles » de l’ARX30, dont les 2 km de portée sont également étendus aux menaces de surface.
Les spécificités de la lutte anti-drones exigent par ailleurs de travailler sur une munition dédiée. L’obus airburst conventionnel est aujourd’hui la voie privilégiée pour « envoyer de la ferraille dans les airs » plutôt qu’une solution s’inspirant d’un obus antiaérien A3B conçu pour la tourelle RapidFire et dont la fin du développement était lui aussi notifié en décembre. Cette version airburst bénéficiera d’une quinzaine d’années de travaux entamées avec le calibre 25 mm et suivies avec le 40 mm. Le choix d’une fusée 100% électronique et non plus mécanique amène un challenge de taille pour les équipes munitionnaires : le degré d’utilisation des MEMS, ces composants électromécaniques ultra miniaturisés soumis aux contraintes extrêmes du domaine pyrotechnique. L’objectif sera de tenir a minima six secondes en vol, une performance qui suppose de maîtriser la consommation d’énergie avant l’impact donc de miser sur une électronique à la fois limitée et frugale. « Aujourd’hui, nous savons faire cette munition », assure un industriel pour qui il est « tout à fait jouable » de déboucher sur un produit mature dans le délai imparti.
Si le Serval LAD est conçu pour opérer en autonomie, il est logiquement prévu de l’intégrer dans la chaîne DSA de l’armée de Terre. Il y rejoindra un Serval DSA que l’armée de Terre a rebaptisé « Tourelle MISTRAL ». Celui-ci reposera principalement sur une tourelle ATLAS RC armée de deux missiles MISTRAL 3 et d’une capacité d’autodéfense rapprochée, en attendant un MISTRAL 3+ espéré d’ici deux à trois ans. Ce véhicule sera complémentaire du Serval SATCP, cette autre version du véhicule de patrouille blindée adaptée pour l’emport d’un lanceur MISTRAL sur trépied et dont les premiers exemplaires sont attendus pour l’an prochain.
Deux autres versions du Serval – non contractualisées à ce jour – viendront compléter un segment pour l’instant centré sur les effecteurs : l’une, un « PC DSA », pour la coordination des feux et l’autre pour l’emport d’un radar en bande X pour la détection et le suivi de cibles. Le radar Giraffe 1X de Saab, testé avec succès durant les Jeux olympiques et paralympiques de l’été dernier, serait en pôle position. Une nouvelle génération est déjà dans les cartons de l’entreprise suédoise. La commande de ces deux briques manquantes est attendue pour « cette année ou l’année prochaine ».
Sauf écueil majeur, l’armée de Terre disposera d’une première solution nativement conçue pour la LAD à la fin de la décennie. La montée en gamme se poursuit en parallèle en misant entre autres sur l’adaptation de matériels à l’origine non conçus pour cette mission, à l’image du VAB ARLAD Std 2 et du canon de 20 mm PROTEUS. Un premier éventail de moyens qui viendra armer la section LAD créée dans chaque batterie de défense sol-air. Demain, les déclinaisons du Serval permettront de reconstruire une DSABC d’accompagnement perdue depuis le retrait du système Roland. Combiner la mise sous blindage des équipages et la mobilité du porteur, c’est en effet récupérer des capacités de protection de convoi en mouvement ou de suivi de la manœuvre en avant du dispositif et jusqu’au plus près de la FLOT, la ligne de contact.
L’armée de Terre gagnera aussi en souplesse, ces nouvelles ressources l’autorisant à constituer une bulle anti-aérienne selon la mission, l’adversaire et les systèmes disponibles. Le radar en bande X, le C2 propre à l’armée de Terre et en cours de développement, et les effecteurs seront autant de briques à assembler pour garantir une forme de cohérence dans chaque section et batterie. Rien n’empêcherait, par exemple, de rassembler trois Serval Tourelle MISTRAL et autant de Serval LAD au sein d’une section de circonstance. Bref, une perspective parmi d’autres d’un nouveau chapitre qui ne pourra s’écrire qu’une fois les délais tenus.