Houthis : le retour de la menace

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La guerre que se livrent Israël et le Hamas dans la bande de Gaza est intimement mêlée à un conflit plus large opposant la République islamique d’Iran à l’état hébreu et constituant une menace existentielle pour ce dernier. Un conflit qui se déroule dans l’ombre, à l’exception d’un échange inédit de tirs de missiles initiés par Téhéran le 1er octobre 2024 auquel a riposté Tel-Aviv le 26 du même mois. Tandis que le Mossad cherche, aux moyens d’assassinats ciblés, à s’assurer que l’Iran ne devienne pas une puissance nucléaire, l’État perse recourt de son côté aux services de proxys pour attaquer Israël. Ces principaux relais iraniens sont le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban, mais aussi les rebelles Houthis qui opèrent depuis le Yémen. Si Tsahal a mis le Hezbollah hors d’état de nuire et a considérablement affaibli le Hamas, les Houthis ont conservé l’intégralité de leur potentiel de nuisance. La menace qu’ils représentent est redevenue une préoccupation majeure autant que d’actualité depuis le 11 mars dernier.
Un potentiel de nuisance considérable
Avant de régner sur la quasi-totalité des 40 millions d’habitants que compte le Yémen, les Houthis constituaient un simple groupe de rebelles confiné dans le nord du pays et opposé au président Ali Abdullah Saleh. D’obédience chiite et affichant déjà des positions anti-occidentales, le groupe a résisté aux bombardements provenant d’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis, des puissances majoritairement sunnites, et s’est allié à Saleh afin de prendre Sanaa, la capitale, et de ce fait, le contrôle d’une grande partie du pays en 2014. Ce dernier a finalement été assassiné par les houthistes en 2017 après avoir tenté de s’allier aux Saoudiens.
Financés et formés par l’Iran, avec qui les Houthis partagent un agenda anti-occidental et un islam chiite, les miliciens houthistes se chargent depuis de promouvoir les intérêts iraniens dans la région. Cette haine partagée de l’Occident, qui se décline localement en la détestation d’Israël, s’est matérialisée au lendemain du pogrom du 7 octobre et a pris une ampleur telle que la réputation des Houthis et devenue mondiale.
À la tête d’une puissance comparable à « une puissante organisation militaire », selon un rapport de l’ONU cité par le Wall Street Journal[1], les Houthis ont profité de l’éclatement du conflit à Gaza pour harceler Israël aux moyens de missiles et de drones. Si ces attaques ont pour la grande majorité d’entre-elles été interceptées par le Dôme de fer israélien, c’est surtout par l’insécurité croissante que les Houthis font peser sur le commerce maritime transitant par la mer Rouge que ces derniers ont attiré l’attention de la communauté internationale, et notamment celle des États-Unis. L’administration Biden, confiante dans sa capacité à endiguer la menace houthiste, s’est trouvée confrontée à un ennemi plus coriace que prévu qui, en tirant à vue ses missiles et drones sur tout navire battant pavillon occidental, a durablement perturbé l’activité commerciale régionale, qui représente en temps normal 15% des échanges maritimes mondiaux. Cette instabilité a notamment engendré une hausse continue du cours du pétrole brut tout au long de l’année 2024[2].
En raison de la dégradation des conditions sécuritaires dans la mer Rouge, le coût d’acheminement des marchandises en provenance de Chine à destination de l’Occident a doublé. Tous les navires occidentaux sont devenus des cibles pour les miliciens houthistes qui n’ont pas hésité à procéder à des captures de bâtiments, comme ce fut le cas en novembre 2023 lorsque les terroristes se sont emparés du navire britannique baptisé le « Galaxy Leader ». Il aura fallu attendre le 22 janvier 2025 pour que les 25 membres d’équipage soient libérés.
Outre les pertes humaines, quatre marins ont été tués selon le ministère de la Défense américain[3], matérielles et économiques, l’Égypte accuse ainsi un manque à gagner de 800 millions de dollars par mois depuis novembre 2023 selon son Président[4], les attaques incessantes diligentées par les Houthis ont également fait craindre des dégâts environnementaux conséquents. Ce fut notamment le cas lorsqu’un navire pétrolier, le Sounion, qui transportait plus de 150.000 tonnes de pétrole brut, a été pris pour cible, engendrant la perspective imminente d’une catastrophe écologique[5].
À l’arrêt depuis le 19 janvier 2025, date du début de la fragile trêve à Gaza, les Houthis ont annoncé le 11 mars dernier leur volonté de cibler à nouveau les navires de commerce qu’ils considèrent comme liés à Israël, déclenchant aussitôt la réaction de l’administration Trump.
Les Houthis à l’épreuve de la méthode Donald Trump
De tous les proxys mis à contribution par l’Iran dans sa guerre indirecte face à Israël, les houthistes sont ceux qui ont subi le moins de pertes humaines et matérielles. Tsahal a rempli sa part du deal informel passé entre Joe Biden et Benyamin Netanyahou au début de la guerre de Gaza. Les forces israéliennes se sont en effet employé à décapiter le Hezbollah avec la mort de son chef Hassan Nasrallah et à considérablement affaiblir le Hamas en supprimant notamment Ismaïl Haniyeh, son chef politique, et Yahya Sinwar, cerveau des attaques terroristes du 7 octobre, ainsi qu’un nombre conséquent de militants du groupe terroriste ; environ 20.000 selon certaines sources[6].
Relativement épargnés par la stratégie de Joe Biden, les Houthis ont pu constater un changement d’approche dès le 15 mars et l’action militaire décisive et puissante déclenchée par Donald Trump à la suite des menaces proférées par le groupe terroriste le 11 mars. Le président américain avait prévenu les Houthis via son réseau Truth Social : « Vos attaques doivent s’arrêter dès aujourd’hui. Sinon, l’enfer va s’abattre sur vous d’une manière que vous n’avez jamais vue ».
Cette annonce s’est aussitôt traduite par de terribles frappes s’abattant sur plusieurs bastions des Houthis, faisant 53 morts et 98 blessés selon le ministère de la Santé du Yémen, contrôlé par les rebelles. Washington, qui affirme par ailleurs avoir éliminé plusieurs hauts responsables Houthis, a annoncé par la voix de Donald Trump sa volonté d’anéantir complètement le mouvement en ordonnant de nouvelles frappes. Trump a également intimé à l’Iran de cesser tout soutien au groupe yéménite.
Les Houthis, qui ont riposté en prenant pour cible, sans l’atteindre, le porte-avions américain USS Harry Truman, ont subi de nouvelles frappes le 20 mars touchant Hodeïda et Saada[7]. Ce revirement de l’administration américaine signifie également pour l’Iran la fin de l’approche Biden et donc celle de la stricte application de la « loi Obama[8] » en vertu de laquelle « L’Iran peut attaquer, mais personne ne peut attaquer l’Iran ».
La stratégie de Donald Trump, qualifié par de nombreux médias de « meilleur ami d’Israël », vise effectivement à annihiler les Houthis de manière à amoindrir la puissance de feu de la République islamique d’Iran et la menace existentielle qu’elle fait peser sur l’état hébreu. Le risque d’une hausse du cours du pétrole brut en cas de nouvelles perturbations du commerce maritime dans la mer Rouge n’a pas non plus échappé au 47e président des États-Unis, qui ne se départit jamais d’une approche transactionnelle des évènements internationaux. Désireux d’éviter un tel scénario pouvant faire resurgir le spectre de l’inflation, Donald Trump pourrait également profiter de la situation au Yémen pour définitivement éradiquer les Houthis.
Selon le magazine Foreign Policy[9], la mainmise des Houthis sur le pays est contestée par d’autres factions depuis deux ans. Les difficultés économiques traversées par le groupe terroriste ne lui permettront pas de subir les bombardements américains tout en luttant contre des factions rivales locales. De quoi provoquer la fin de la menace Houthis ? Certains observateurs leur prédisent un destin similaire à celui du Hezbollah ou du régime de Bachar el-Assad en Syrie.
[3] https://www.cfr.org/article/siege-red-sea
[5] https://www.ft.com/content/7f886279-fecb-4410-b402-fbf85b9411b1
[9] https://foreignpolicy.com/2025/03/19/houthi-yemen-trump-iran-hezbollah-assad-gaza-airstrikes/