Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

 

http://www.opex360.com/2022/10/31/economie-de-guerre-un-depute-appelle-a-cesser-de-faire-adopter-aux-armees-des-normes-issues-du-monde-civil/


 

En effet, il ressort des auditions qu’il a menées pour les besoins de son rapport que « l’inflation normative et les contraintes entraînées par celle-ci sur le développement des programmes d’armement génèrent des coûts et des délais supplémentaires… Et cela alors que, pour la plupart, ces normes « ne sont pas nécessairement adaptées aux équipements militaires ».

Et de donner quelques exemples assez éloquents. « Est-il indispensable d’équiper le canon Caesar de la solution AdBlue, additif anti-pollution? », a ainsi demandé le député, qui s’interroge aussi sur la « certification de nature civile pour le parachutage militaire depuis un A400M » ou encore sur la qualification du drone tactique Patroller [destiné à l’armée de Terre] sous la norme dite Stanag 4671.

Sur ce dernier point, celle-ci vise à permettre aux aéronefs télépilotés d’opérer dans l’espace aérien d’autres membres de l’Otan. Ce qui n’est pas forcément inutile… En revanche, d’autres réglementations, comme l’arrêté du 24 décembre 2013, lequel impose « que tout drone de plus de deux kilogrammes soit certifié dès lors qu’il est opéré en dehors de la portée visuelle de son téléopérateur ».

Selon le M. Belhamiti, une telle exigence « conduit à devoir appliquer un processus de certification complet pour des drones dont la mission ne les conduira à survoler aucune population, telles que par exemple les drones utilisés par la marine ».

Toujours dans le même domaine, le député appelle à revoir les règles de navigabilité qui, issues du monde civil, s’imposent aux aéronefs militaires, comme le prévoit un décret publié en avril 2013 [et ayant depuis fait l’objet de six arrêtés].

« Cette réglementation est génératrice d’une grande complexité en ce qu’elle a été appliquée rétroactivement à des aéronefs qui n’étaient pas conçus initialement pour répondre à de telles exigences. Ainsi, un grand nombre de pièces d’aéronefs ne sont pas conformes aux exigences de la réglementation navigabilité », souligne M. Belhamiti.

Ainsi, s’agissant des seuls Mirage 2000, 215’000 pièces – neuves – seraient devenus inutilisables depuis que cette réglementation est entrée en vigueur. « Cette immobilisation des stocks conduit à multiplier les prélèvements des pièces compatibles avec la réglementation navigabilité sur d’autres aéronefs, ce qui affecte au final la disponibilité globale des avions », note le député.

Aussi, avance-t-il, cet exemple est « symptomatique des contraintes que nous nous sommes auto-imposées, et ce pour une faible valeur ajoutée » étant donné qu’il y a « fort à parier que le Mirage 2000 volerait dans des conditions de sécurité appropriées avec ses 215 000 pièces non reconnues par la nouvelle réglementation ».

Selon M. Belhamiti, si de telles normes pouvaient se justifier quand il s’agissait de « profiter des dividendes de la paix », elles constituent désormais un « véritable frein pour la mise en place d’une économie de guerre ». Et d’insister sur le fait que ces « contraintes auto-imposées » et souvent non justifiées, génèrent « non seulement des délais supplémentaires – plus d’une année pour la certification de certains drones par exemple –, mais constitue également un facteur de coûts non négligeable ».

Aussi plaide-t-il pour une réforme qui donnerait plus d’autonome aux « autorités d’emploi », en particulier en matière de navigabilité aérienne, les forces armées étant les mieux placées pour « décider si un aéronef est apte au vol, nonobstant le fait que certains éléments conformes dudit aéronef ne soient pas strictement conformes aux exigences de la réglementation ».

Plus généralement, le député estime nécessaire de « modifier notre culture du risque », en « passant du ‘zéro risque’ à une approche fondée sur une maîtrise raisonnée du risque ». En clair, il faudrait « réinterroger les contraintes imposées lors de la qualification du matériel à l’aune des conditions d’emploi dudit matériel », précise-t-il, soulignant que les travaux sur l’économie de guerre sont une « véritable opportunité pour changer de paradigme » et « mettre fin à cette inflation normative ».

Cela étant, le problème soulevé par le parlementaire n’est pas nouveau… Et il avait même été évoqué, en des termes plus généraux, par la Revue stratégique actualisée [en janvier 2021, ndlr], celle-ci ayant souligné que les armées étaient de « façon croissante assujetties à des normes de droit qui ignorent parfois la singularité du métier militaire ».

Dix priorités stratégiques qui charpenteront la revue stratégique et loi de programmation militaire

Dix priorités stratégiques qui charpenteront la revue stratégique et loi de programmation militaire

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 28 octobre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Le chef de l’État, en visite jeudi dans le Cher sur plusieurs sites de production d’armement, a demandé aux industriels de défense (dont Nexter et MBDA) de s’efforcer de produire davantage et plus rapidement, à des coûts maîtrisés, pour faire face à la nouvelle donne géopolitique mondiale (EPA-EFE/LEWIS JOLY / POOL MAXPPP OUT). La demande n’est pas nouvelle et elle s’inscrit dans le concept d’économie de guerre qu’Emmanuel Macron a énoncé au salon de défense Eurosatory, en juin.

C’est un concept que l’on retrouvera dans la prochaine revue nationale stratégique.

Cette RNS soumise cette semaine aux parlementaires, sera présentée le 9 novembre à Toulon par Emmanuel Macron avant la publication de la LPM d’ici début 2023.

Le document propose d’articuler l’action de la France en cinq cercles : « protection du territoire national », « défense de l’Europe y compris dans un conflit de haute intensité », « Afrique subsaharienne et golfe arabo-persique », « Indo-Pacifique » et « espaces communs (cyber, spatial, fonds marins et espaces maritimes) ».

La RNS confirmera les tendances lourdes déjà identifiées dans la précédente revue stratégique, publiée en 2017 et actualisée en 2021: compétition stratégique exacerbée entre puissances, besoin d’un modèle d’armée complet etc.

Elle insistera aussi sur certains concepts comme la résilience, l’économie de guerre ou l’influence, à la lumière des premiers enseignements du conflit en Ukraine. Plus précisément, cette revue stratégique propose dix objectifs majeurs, au premier rang desquels figure la dissuasion nucléaire, qui demeure la « clé de voûte » de la défense française. La modernisation de la dissuasion mobilisera 5,6 milliards d’euros de crédits de paiement en 2023.

La liste des 10 objectifs stratégiques selon mon confrère JD Merchet: 
1- une dissuasion nucléaire robuste et crédible
2- une France unie et résiliente
3- une économie concourant à l’esprit de défense
4- une résilience cyber de premier rang
5- la France, alliée exemplaire dans l’espace euro-atlantique
6- la France, l’un des moteurs de l’autonomie stratégique européenne
7- la France, partenaire de souveraineté fiable et pourvoyeuse de sécurité crédible
8- une autonomie de décision et une souveraineté décisionnelle garantie
9- une capacité à se défendre et à agir dans les champs hybrides
10- une liberté d’action et une capacité à conduire des opérations militaires y compris de haute intensité dans tous les champs.

Last but not least, cette réflexion stratégique doit guider les arbitrages budgétaires contenus dans la future loi de programmation militaire 2024-2030.

Guerre en Ukraine et LPM-Le top 4 des enseignements de la guerre actuelle

Guerre en Ukraine et LPM-Le top 4 des enseignements de la guerre actuelle

(Tyler Hicks/The New York Times)

 

par  Michel Goya – La voie de l’épée – publié le 10/19/2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


La guerre en Ukraine n’est pas terminée, loin s’en faut, mais alors que l’on réfléchit à nouveau en France sur notre modèle d’armées et sur la future loi de programmation militaire, il n’est pas inutile de revenir sur ce qui parait déjà évident au regard des huit mois de conflit. C’est une appréciation évidemment personnelle et donc tout aussi évidemment critiquable avec des arguments.

1-20 % des ressources pour ceux qui font 80 % du travail, c’est peu

Les difficultés de la Russie à vaincre militairement l’Ukraine, un pays au budget de défense officiellement 13 fois inférieur (et officieusement bien plus encore, malgré l’aide américaine avant 2022) s’explique d’abord par un modèle d’armée inadapté au contexte.

La Russie a voulu une armée de classe « Etats-Unis » avec un PIB à peine supérieur à celui de l’Italie et il a fallu forcément effectuer des arbitrages. Chacune de ses composantes a argué de son absolue priorité pour assurer la dissuasion nucléaire, la présence et le prestige du drapeau blanc-bleu-rouge dans le monde, le soutien à l’industrie et parfois pour gagner les guerres à mener.

Au bout du compte, la Russie a opté pour le maintien d’un arsenal nucléaire pléthorique, la modernisation massive de son aviation et de sa marine, une défense antiaérienne puissante, la création et le développement des forces spéciales et d’une force d’assaut aérien indépendante. Il ne restait plus que 20 % des ressources pour l’armée de Terre. La confrontation et éventuellement la guerre contre les pays occidentaux ont attiré les regards, les esprits et les budgets (toujours agiter la menace la plus forte pour attirer les finances) alors que la probabilité d’une telle guerre était et reste toujours très faible, dissuasion nucléaire oblige. Au nom du « plus permettant le moins », on a cru que ce modèle pouvait faire face à tout et cela s’est avéré un leurre lorsqu’il a fallu mener une vraie guerre et sans l’excuse de la surprise puisque c’est la Russie elle-même qui a déclenché cette guerre.

De la lutte contre des organisations armées à l’invasion d’un pays, on ne gagne pas les guerres en tuant tous les combattants ennemis à distance – une stratégie de riche Sisyphe qui ne veut pas prendre de risque – mais en occupant le terrain. Or, l’armée russe en charge de planter les drapeaux était bien inférieure à ce qu’elle aurait pu être au regard du potentiel du pays.

En face, par défaut de moyens et ambition limitée à la défense du territoire, l’armée ukrainienne a consacré 90 % de ses ressources à ses forces terrestres et aux moyens anti-accès. Alors qu’une grande partie du modèle d’armée russe ne pouvait être engagé contre l’Ukraine, le rapport de forces réel sur le terrain s’est donc retrouvé beaucoup moins déséquilibré qu’il aurait pu être. Peu importe de pouvoir gagner éventuellement des guerres hypothétiques, et d’autant plus hypothétiques qu’elles opposeraient des puissances nucléaires, si on n’est pas capable de gagner les guerres majeures du moment et notamment celles que l’on a décidées.

On ajoutera pour aller plus loin dans le détail du modèle que non seulement l’armée de Terre russe a été négligée, mais que le modèle même de cette armée de Terre, fondée sur la puissance de feu de l’artillerie et la puissance de choc des chars de bataille, s’est trouvé pris en défaut. Il n’est pas moyen de gagner une guerre majeure sans infanterie, la sienne ou celle des alliés que l’on soutient, nombreuse et de qualité, surtout lorsque le milieu est complexe et urbanisé comme l’Ukraine. L’armée de Terre russe disposait d’autant moins de cette infanterie nécessaire que les meilleurs éléments étaient pris par les forces aéroportées et les brigades d’infanterie navale, de bonnes unités, mais mal équipées et mal organisées pour combattre autrement que dans le cadre d’opérations aéromobiles/aéroportées/amphibies, qui se sont révélées rarissimes.

  1. Le stock, c’est la survie

Le rapport de forces était d’autant moins favorable aux Russes que les Ukrainiens disposaient de réelles réserves humaines au contraire d’eux. Pouvoir faire face à un changement radical de contexte, c’est être capable de remonter en puissance très vite ou au moins de pouvoir alimenter la puissance sur la durée. Russes et Ukrainiens ont eu l’intelligence de s’appuyer sur leurs stocks de vieux équipements majeurs hérités de l’armée soviétique. Rétrofités, ils ont permis de disposer de la masse matérielle. La différence est que les Ukrainiens ont mieux organisé la ressource humaine destinée à se servir de cette masse matérielle.

On ne peut remonter en puissance rapidement sans faire appel aux ressources du reste de la nation. L’Ukraine a organisé cet appel, pas la Russie. Les Ukrainiens disposaient de réelles réserves d’hommes expérimentés qui ont permis de compléter les brigades d’active, d’en former de nouvelles à la mobilisation et de constituer le cadre des brigades territoriales. Avec l’afflux des volontaires puis des mobilisés, les Ukrainiens ont disposé d’une masse d’hommes qui sont devenus des soldats au bout de plusieurs mois de formation et d’expérience. On peut ajouter que cet apport de la nation a aussi été un apport de compétences particulières et même d’équipements civils d’utilité militaire. Grâce à cet effort de mobilisation et avec l’aide matérielle occidentale, l’armée ukrainienne est devenue la plus puissante d’Europe à l’été 2022.

En face, rien de tel car rien n’a été prévu. Un peu comme la France dans la guerre contre l’Irak en 1990, la Russie a engagé un corps expéditionnaire uniquement composé de soldats professionnels, mais sans avoir prévu une réserve opérationnelle professionnelle de même ampleur pour le compléter ou le soutenir. Depuis le début de la guerre, la Russie improvise donc en la matière, du ratissage de volontaires jusqu’à la mobilisation partielle chaotique, et cela ne donne évidemment pas de bons résultats. On ne fait pas sérieusement de guerre de haute intensité, pour reprendre le terme désormais consacré, sans avoir au préalable simplifié les procédures administratives, organisé des stocks d’équipements et de ressources logistiques, des unités de réserves complètes, le recensement de tous les individus ayant une expérience militaire, la possibilité de réquisition d’équipements civils et planifié la transformation des chaines de production.

Ajoutons que même si, comme les pays occidentaux actuellement, on reste dans le cadre d’une confrontation et pas de la guerre, disposer au moins de stocks d’équipements et de structures de formation permet au moins d’aider matériellement beaucoup plus facilement le pays allié qui, lui, est engagé en guerre.

  1. Le ciel est-il devenu trop dangereux pour les humains ?

Une des caractéristiques de la guerre en Ukraine est qu’on y voit peu d’avions, les stars ( à 70 % américaines) des guerres en coalition que l’on menait pendant le « Nouvel ordre mondial ». Ce n’est pas complètement nouveau. Déjà la guerre de 2014-2015 dans le Donbass s’était faite pratiquement sans aéronefs pilotés, ainsi que celle entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en 2020. La raison principale réside dans la difficulté à engager des engins pilotés à plusieurs dizaines de millions d’euros dans un environnement dense de défense antiaérienne sur plusieurs couches. Malgré la prudence dans leur emploi, les forces aériennes russes ont perdu à ce jour 63 avions et 53 hélicoptères, pertes documentées et donc inférieures à la réalité. Il existe par ailleurs des moyens alternatifs pour réaliser quand même les missions de ces aéronefs : drones en tout genre, artillerie à longue portée et missiles. La campagne russe de frappes dans la profondeur du territoire ukrainien est la première à être presque entièrement menée avec des missiles ou quasi missiles depuis celle des V-1 et V-2 allemands en 1944-45. Elle a sensiblement la même inefficacité.

On notera qu’après avoir placé toute sa confiance dans la certitude de disposer de la supériorité aérienne (avec l’aide américaine dès qu’il fallait faire quelque chose d’important et/ou de longue durée) et dans son souci d’économies à tout crin, la France a sacrifié à la fois son artillerie antiaérienne et son artillerie sol-sol ainsi que les drones, qui paraissaient ne pas avoir d’utilité dans un tel contexte dont on savait pourtant pertinemment qu’il aurait une fin. Si les forces aériennes américaines sont encore capables à grands frais d’évoluer dans un environnement aussi hostile, qu’en est-il réellement des forces françaises ?

Le problème se pose également pour les opérations amphibies ou simplement près des côtes, à portée de missilerie ou encore pour les opérations d’assaut aérien. Doit-on y renoncer au profit d’autres modes d’action ? Faut-il adapter les moyens pour les rendre capables de pénétrer malgré tout des défenses anti-accès puissantes ? Est-ce que cela vaut le coup ?

  1. L’atome, c’est la paix ou presque

On n’a jamais parlé autant de l’arme atomique depuis les années 1980. C’est l’occasion au moins de rappeler combien elle est utile pour empêcher les guerres entre les puissances qui la possèdent. Si l’arme nucléaire n’avait pas existé, nous serions non pas au seuil d’une troisième guerre mondiale, mais d’une quatrième, puisque la troisième aurait certainement déjà eu lieu durant entre l’OTAN, le Pacte de Varsovie et la Chine entre 1950 et 1990.

Il faut donc pour la France continuer à améliorer cet outil et conserver cette capacité de seconde frappe (être capable de répondre à une attaque nucléaire massive) qui seule permet réellement d’être dissuasif face à une autre puissance nucléaire. Le problème majeur est que cela a un coût, et même un coût croissant. Le coût supplémentaire du renouvellement des moyens de notre force de frappe nucléaire est en train de dévorer l’augmentation du budget des armées et donc, à moins d’augmenter encore ce budget, de produire des effets d’éviction.

C’est l’occasion de rappeler la nécessité d’avoir des moyens en fonction de ses ambitions – si on faisait le même effort de défense qu’en 1989 le budget des armées serait de 70 milliards d’euros – ou si ce n’est pas possible de faire l’inverse, sinon la France se trouvera dans la position actuelle de la Russie dès lors qu’il s’agira de faire réellement la guerre.

La Marine nationale va-t-elle reprendre de l’épaisseur dans le cadre de la prochaine Loi de programmation militaire?

La Marine nationale va-t-elle reprendre de l’épaisseur dans le cadre de la prochaine Loi de programmation militaire?

Tir ASTER 30 le 27 janvier 2021, à bord de la FREMM Normandie.

 

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Dans le même temps, d’autres pays ont massivement investi dans leurs forces navales, comme la Chine, qui produit tous les quatre ans, en tonnage, l’équivalent de la flotte française. En outre, la « compétition » entre puissance allant crescendo, le risque de confrontation s’accroît, d’autant plus que, comme l’a récemment souligné l’amiral Pierre Vandier, l’actuel chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], « nous sommes en train de passer à une mer vecteur de souveraineté à une mer objet de souveraineté » et « on assiste à véritable poussée de la prédation ».

D’ailleurs, il en avait prévenu les élèves de l’École navale, dès 2020. « Aujourd’hui, vous entrez dans une marine qui va probablement connaître le feu à la mer, vous devez vous y préparer! », leur avait-il lancé. En outre, lors d’une audition parlementaire, en juillet dernier, il a expliqué qu’il fallait « avoir à l’esprit que, pour un navire de combat, la différence entre basse et haute intensité ne tient qu’aux ordres reçus ».

Certes, l’actuelle Loi de programmation militaire [LPM] a permis de lancer le renouvellement de nombreuses capacités et de préparer l’avenir, avec les études sur le porte-avions de nouvelle génération [PANG] ainsi que sur le sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération [SNLE 3G]. Pour autant, la question du format de la Marine nationale n’a pas été abordée… Et des ruptures capacitaires temporaires sont même à craindre pour certains segments, comme celui des sous-marins nucléaire d’attaque [SNA], avec quatre exemplaires disponibles sur six, ou encore celui des patrouilleurs de haute-mer.

Qu’en sera-t-il lors de la prochaine LPM, actuellement en cours de préparation? Dans les récents entretiens qu’il a donnés à la presse spécialisée [DSI, Defense News], l’amiral Vandier a donner le sentiment de botter en touche au moment d’aborder la question du format de la Marine, préférant insister sur les avancées permises par la LPM 2019-25.

« Le Livre blanc de 2013 a fixé le format de la marine pour 2030, qui reste la référence : 15 frégates – 8 FREMM, 2 frégates de défense antiaérienne [FDA] et 5 FDI –, la capacité d’opérer sur deux à trois théâtres simultanés et une mission-cadre. Savoir s’il est suffisant est une question qui n’est pas de mon ressort et à laquelle les travaux de la future LPM devront répondre », avait-il d’ailleurs dit aux députés, en juillet.

Cela étant, dans une note récemment publiée par l’Institut français des relations internationales [IFRI], une révision à la hausse du format de la flotte française est une nécessité étant donné que, dans un contexte de haute intensité, « toute perte de bâtiment aurait une répercussion stratégique excédant ses effets tactiques ».

Et la note d’ajouter : « Le taux d’attrition observé dans le conflit ukrainien suggère ainsi qu’il est nécessaire d’adapter le format de la Marine nationale si elle veut être apte à faire face à l’hypothèse de la haute intensité. Un tel objectif dans un budget contraint demande également de faire preuve d’innovation, en identifiant des effets de levier améliorant les plateformes existantes avec de nouveaux capteurs et effecteurs tels que les drones ou les armes à énergie dirigée ».

S’agissant de l’innovation, l’amiral Vandier ne dit pas autre chose… Et, au-délà de cet aspect, il estime qu’un effort est à faire en matière de munitions complexes, dont les « stocks doivent être adaptés au contexte plus exigeant et incertain qui se dessine » et qu’il faut aussi « garantir la capacité » de la Marine « à durer au combat », ce qui passe par des marins bien formés et entraînés.

« Bien que les facteurs technologiques jouent un rôle important dans le combat naval, les éléments de la victoire ne sont pas seulement liés à la qualité et à la quantité des navires. Comme l’a dit […] Alfred Thayer Mahan : ‘de bons marins avec de mauvais navires valent mieux que de mauvais marins avec de bons navires’. Donc, le but est d’avoir de bons marins sur de bons navires », a résumé le CEMM dans les colonnes de Defense News.

Mais il a également a estimé qu’il « y a un enjeu à épaissir, là où il est intelligent et possible de le faire ».

Or, ces derniers mois, quelques parlementaires ont fait des propositions. Ancien député ayant coordonné le groupe de travail « Défense » au sein du parti LREM durant l’élection présidentielle, Fabien Gouttefarde en avait avancé quelques unes : acquérir un septième SNA de type Suffren, commander cinq patrouilleurs océaniques en plus des dix déjà prévus, conserver cinq frégates légères furtives modernisées et s’associer au programme italien de « destroyers » DDX en vue d’en doter la Marine de deux exemplaires. Au Sénat, un rapport a aussi plaidé pour faire l’acquisition de cinq patrouilleurs outre-mer [POM] supplémentaires et d’hydroglisseurs, pour compenser la perte capacitaire induite par le retrait des BATRAL.

De telles propositions pourraient permettre de bénéficier d’un effet de série, d’autant plus que les industriels français sont invités à passer en mode « économie de guerre ». À noter, d’ailleurs, que Naval Group a lancé le plan C20-F-30, qui vise à réduire de six mois les délais de construction des corvettes Gowind et des frégates de défense et d’intervention [FDI]. Ce qui, note Le Figaro, « revient à doubler la cadence en produisant deux grands bateaux en parallèle par an ».

En tout cas, à l’heure où le budget des armées va atteindre un niveau « historique » en 2023, avec 43,9 milliards d’euros [soit +7%], et qu’il devrait encore augmenter les années suivantes, il serait tout de même assez piquant de voir la France disposer d’une marine qui n’aura jamais été aussi petite depuis 1945…

Un premier palier franchi en 2023 dans le remplacement des flottes logistiques ?

Un premier palier franchi en 2023 dans le remplacement des flottes logistiques ?

par – Forces opérations Blog – publié le

Après son apparition l’an dernier, le programme « flotte tactique et logistique terrestre » de remplacement des camions 4-6 t des armées disposera l’an prochain d’une ligne budgétaire. De quoi, sauf écueil majeur, permettre de notifier un premier incrément.

Comme expliqué l’an dernier, le programme FTLT adoptera une approche incrémentale « pour s’adapter à l’évolution du besoin capacitaire, de la menace, du vieillissement du parc en service et l’arrivée des nouvelles technologies ». Et comme expliqué l’an dernier, le premier incrément vise l’acquisition de camions citernes de nouvelle génération (CC NG). Les autres besoins feront l’objet d’incréments ultérieurs.

Le projet de loi de finances pour 2023 contient une ligne de 192 M€ pour amorcer ce renouvellement. La moitié de l’enveloppe sera engagée l’an prochain pour permettre la commande de camions citernes protégés au profit du Service des énergies opérationnelles (SEO). De source industrielle, entre 250 à 300 véhicules devraient être acquis au cours de cette phase. Le calendrier sera fixé lors du lancement en réalisation. Une quatrième performance opérationnelle majeure est par ailleurs venue s’ajouter à l’occasion du PLF, celle de parvenir à « garantir la compatibilité des véhicules avec la politique de carburant des armées ».

Cet incrément n’est qu’un segment minoritaire de l’appel d’offres « camions remorques nouvelles générations », volet contractuel de FTLT prévoyant l’attribution d’un accord-cadre sur 17 ans pour la livraison et le soutien 9400 camions et leurs remorques. Un seul opérateur sera sélectionné pour réaliser l’ensemble du marché.

Au moins trois entreprises ou groupements industriels sont attendus dans les starting-blocks : Scania, un duo Soframe-Iveco et Arquus. Le premier a investi pour établir un nouveau pôle défense sur son site d’Angers, inauguré l’an dernier en présence de l’ex-ministre des Armées, Florence Parly. Il dispose d’une première expérience avec le SEO, notamment grâce aux camions CARAPACE et CCP10.

Le second, titulaire du marché « porteur polyvalent terrestre, peut jouer la carte de la continuité et de la cohérence. Arquus, enfin, mise sur sa gamme de camions 4×4, 6×6 et 8×8 ARMIS. Le groupe français a profité du dernier salon Eurosatory pour dévoiler son offre : une version « citernier » de son 8×8 conçue en partenariat avec TITAN Défense, le spécialiste des solutions d’avitaillement. Hormis une cabine blindée et un tourelleau téléopéré Hornet, il emporte une citerne de 18 m3 fournie par TITAN Défense.

Le conflit en Ukraine n’aura fait que produire des retours d’expérience motivant le renouvellement rapide du parc logistique français, rappelle un document émis en juin dernier par l’état-major de l’armée de Terre. Hormis les feux, la mobilité et la contre-mobilité, le sujet FTLT est placé dans les capacités à acquérir en nombre suffisant pour assurer la soutenabilité en carburant, munitions et maintenance et l’appui à la mobilité tactique et opérative.

Crédits image : SEO

Le retrait du Transall ne sera que « partiellement compensé » par la montée en puissance de l’A400M en 2023

Le retrait du Transall ne sera que « partiellement compensé » par la montée en puissance de l’A400M en 2023

 

http://www.opex360.com/2022/10/06/le-retrait-du-transall-ne-sera-que-partiellement-compense-par-la-montee-en-puissance-de-la400m-en-2023/


 

En effet, ce document donne la disponibilité des grandes catégories d’équipements par rapport « aux exigences des contrats opérationnels » de chaque armée, sans pour autant entrer dans les détails. Plus précisément, cet indicateur « mesure le ratio du niveau de matériels effectivement disponibles rapporté au besoin généré par les contrats opérationnels les plus dimensionnants et au besoin organique [formation, entraînement, plastron, essais…]. Et le « matériel qui répond aux exigences de sa finalité principale est considéré comme disponible ».

Ainsi, le PAP pour le programme 178 précise les taux de disponibilités pour les deux années précédentes ainsi que les prévisions – souvent optimistes – pour celle en cours et les suivantes. Et selon le document annexé au PLF 2023, on constate que certains équipements connaissent encore des difficultés… Tel est le cas des hélicoptères de l’Aviation légére de l’armée de Terre et de la Marine nationale.

Ainsi, le taux de disponibilité des hélicoptères de manœuvre et d’assaut [HMA] de l’ALAT [NH-90, Cougar, etc] a été de 43% en 2021, l’objectif étant qu’il soit de 58% en 2025. « La révision à la baisse de l’activité a conduit à décider une baisse de la disponibilité prévisionnelle associée aux flottes HMA. Toutefois, les efforts des unités de maintenance de l’armée de Terre et les performances des contrats ‘verticalisés’ CHELEM [Cougar-Caracal] et NOS [NH-90 Caïman] visent une hausse de la disponibilité dès 2025 », est-il avancé dans le PAP.

S’agissant toujours de l’armée de Terre, la disponibilité des pièces d’artillerie de 155 mm est logiquement attendue en forte baisse [de 76% à 59% en 2025], après la cession de 18 CAESAr à l’armée ukrainienne. Ce qui, selon le document, « impose de maintenir au mieux le parc [d’obusiers] AUF1 en attendant le recomplètement des CAESAr cédés et ensuite la livraison des 33 CAESAr supplémentaires pour atteindre la cible du format à 109 canons ». Et d’ajouter : « Les données fournies ici ne tiennent pas compte des efforts consentis dans le cadre des travaux sur ‘l’économie de guerre’ et des engagements des industriels à accélérer les livraisons. L’augmentation du parc de canons de 155mm qui devrait en résulter en 2024 et 2025 n’est à ce stade pas chiffrable ».

Pour en revenir aux hélicoptères, ceux de la Marine nationale ont affiché un taux de disponibilité de 46% en 2021. Ce qui n’est pas surprenant au regard des difficultés des NH-90 NFH… « La cible 2023 est revue à la baisse [56%, ndlr], principalement en raison d’un fort taux d’immobilisation au Soutien Industriel [retards persistants des chantiers capacitaires], auquel s’ajoutent les retards de livraison de la flotte intérimaire et, pour la flotte Caïman, la lourdeur du plan de maintenance et des difficultés technico-logistiques notamment liées à la corrosion. Au regard de cette situation et en dépit de la baisse évoquée, l’objectif de disponibilité envisagé correspond cependant aux attentes fortes d’une amélioration des résultats », note le PAP du programme 178.

Les situation des hélicoptères de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] est meilleure, avec un taux de disponibilité de 72% en 2021 [mais qui était de 88% en 2020…]. Le PAP prévoit une hausse de cette indicateur pour la période 2022-25, « notamment suite à la montée en puissance progressive de la flotte Caracal et celle de la flotte MFHM [Modernisation de la Flotte Hélicoptères de Manœuvre], qui palliera partiellement la déflation des appareils plus anciens [Puma, Super Puma].

Cela étant, l’AAE a d’autres soucis. Comme son état-major a déjà eu l’occasion de le préciser, la cession de Rafale d’occasion à la Grèce et à la Croatie ainsi que le retrait des Mirage 2000C ont pour conséquence une « baisse de la disponibilité » des avions de combat « par rapport aux exigences des contrats opérationnels ». Mais pas seulement.

« L’aptitude de l’AAE à intervenir dans le cadre d’un engagement majeur sous six mois dépend du niveau de préparation opérationnelle des forces dans le cadre de la montée en puissance, de la capacité à redéployer les moyens engagés en gestion de crise, du volume de projection de force [difficultés de recourir à l’affrètement aérien), de l’utilisation d’avions ravitailleurs alliés et de l’approvisionnement de certaines ressources », rappelle le PAP.

Et d’ajouter : « Les inflexions à compter de l’année 2023 s’expliquent notamment par les retraits des flottes C160 Transall et Mirage 2000C, conjugué à l’export de Rafale Air d’occasion. Ces réductions des flottes d’avions de chasse et de transport tactique viennent accroître le besoin de régénération des forces aériennes dans l’hypothèse d’un engagement majeur ».

Concernant les avions de combat, le PAP prévoit une évolution à la hausse de leur disponibilité, grâce à « la performance des contrats verticaux [Rafale et moteur du Mirage 2000] », à « l’adossement du soutien au Service industriel de l’aéronautique [SIAé] », aux « mesures prises pour remédier à la crise logistique sur Mirage 2000 » ainsi qu’aux « mesures d’optimisation internes ». En outre, la reprise des livraisons de Rafale [13 exemplaires en 2023] contribuera à améliorer le « contrat intervention » en 2025.

Pour le transport aérien tactique, la principale difficulté vient de baisse de la disponibilité des flottes d’avions de transport [passée de 65% en 2020 à 60% en 2021], que le PAP explique par le retrait du service des Transall C-160, alors que la montée en puissance de la flotte d’A400M n’est pas achevée.

« Les conséquences du retrait de service des C160 Transall ne sont que partiellement compensées en 2023 par la montée en puissance des A400M », avance en effet le PAP. Cependant, celui-ci prévoit une hausse significative de la disponibilité des avions de transport de l’AAE [80% en 2025] grâce à la « poursuite de la montée en puissance de la flotte A400M et la finalisation de son soutien ».

Publié en juillet dernier, le rapport annuel de performance annexé au projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes pour 2021, avait toutefois relevé que le « principal inducteur d’indisponibilité » pour les avions de transport tactique était lié à « l’allongement de la durée des chantiers industriels ». Et d’ajouter : « C’est notamment le cas sur les flottes C-130H. La faible disponibilité de cet agrégat fait l’objet de plans d’actions de haut niveau. Le 2ème semestre 2021 a été encourageant pour la flotte A400M ».

Cela étant, l’état-major de l’AAE a assumé le retrait des Transall, y compris celui des deux Transall C-160G « Gabriel », dédiés au recueil du renseignement électromagnétique.

« Je suis le responsable de l’arrêt des Transall ‘Gabriel’ et je l’assume : dix Transall nous coûtaient plus de 80 millions d’euros par an, pour une disponibilité de 20 %. Plutôt que de faire des coupes ailleurs, j’ai choisi de les retirer du service », avait en effet déclaré le général Frédéric Parisot, le major général de l’AAE, lors d’une audition parlementaire, en juillet.

Les trois marches du succès à travers le juste dimensionnement des capacités industrielles d’un programme d’armement

Les trois marches du succès à travers le juste dimensionnement des capacités industrielles d’un programme d’armement


 

L’armée de Terre renouvelle son matériel en s’appuyant sur la technologie. Du fait de son coût, ceci aboutit à un équipement soutenu au plus juste, avec des séries, dans certains cas, relativement limitées. Une des conséquences de ce choix est qu’une montée en puissance de l’outil militaire, si elle est réalisable, s’inscrirait a minima dans la durée, devant l’impossibilité de régénérer rapidement les matériels, soumis à un emploi beaucoup plus important qu’initialement prévu. C’est pourquoi le GCA (2S) Michel Grintchenko milite pour dimensionner dès le temps de paix les capacités industrielles de soutien à un niveau suffisant pour pouvoir s’imposer face à un adversaire déterminé. Une surcapacité industrielle apparente, qui pourrait être en grande partie supportée par l’industrie privée, si l’État en favorisait l’émergence.

 

Après la modernisation de sa composante d’aérocombat avec les programmes Tigre et NH90, l’armée de Terre reçoit enfin aujourd’hui ses indispensables matériels terrestres de nouvelle génération, organisés autour du programme de cohérence Scorpion. Une nouvelle ère s’ouvre pour les forces françaises, qui visent à pouvoir prendre rapidement l’ascendant sur l’ennemi en anéantissant sa volonté de poursuivre un conflit meurtrier et perdu d’avance. Le programme mise sur la supériorité technique, permettant d’accélérer les mouvements et d’atteindre des résultats décisifs, notamment grâce à l’info-valorisation propre à raccourcir au maximum le cycle décisionnel. Rapidité d’action et de décision devraient permettre de conserver l’initiative, si importante au combat.

Mais le revers de la médaille réside dans une diminution drastique des volumes, se traduisant par une réduction du format des forces, au risque de perdre les effets de masse tactique et industrielle. Moins d’unités sur le terrain, ce sont également des chaines avec de matériels moins nombreux, atteignant pour certains un volume trop faible pour bénéficier d’économies d’échelle. Le sur-mesure devient de l’artisanat de luxe et coûte bien cher !

Pour ses hélicoptères, l’armée de terre s’est même habituée à raisonner à la machine près. Les numéros de série deviennent connus des grands chefs, à l’exemple du Tigre 2028 touché en 2013 au Mali, dont les difficultés de remise en état ont été à l’ordre du jour de plus d’une réunion de haut niveau.

Mais si leur nombre est plus faible, les appareils de nouvelle génération ont également grandement complexifié la réalité du soutien, brouillant ce qui devrait être simple et masquant l’important derrière des données techniques relativement absconses. Déblayer ce qui semble complexe sera nécessaire avant d’aborder les trois marches du soutien qui doivent être maîtrisées.

* * *

À l’image d’un parcours du combattant qui voit se succéder plusieurs obstacles, l’armée de Terre a absorbé le premier obstacle majeur, constitué par le mur de l’équipement : ses matériels sont à présent bien commandés et la LPM veillera à ce qu’ils soient livrés à temps.

L’armée de Terre doit à présent gérer le mur du fonctionnement, avant d’espérer ne pas être handicapée par celui de la régénération de potentiel. Trois stades importants dans la vie d’un programme, rythmé par une gestion scrupuleuse du potentiel accordé.

Le Niveau de soutien opérationnel (NSO) doit permettre aux forces de franchir le mur du fonctionnement. Le but visé est celui de rendre les matériels disponibles par une série d’actions de maintenance ; actions qui peuvent relever du domaine préventif, quand il s’agit de répondre au plan d’entretien programmé par le constructeur ou du domaine curatif, quand il s’agit de traiter les pannes courantes et les incidents mineurs.

Opérations préventives et curatives se traduisent cependant dans les ateliers par un travail conséquent. Elles nécessitent un budget important pour financer les multiples besoins comme la formation des spécialistes, l’acquisition des outillages, la mise à jour des documents techniques et la gestion du flux des pièces de rechange. Malheureusement, ce besoin est parfois volontairement minoré pour rendre le nouveau programme plus compatible avec le budget des armées. Or, d’un soutien sous-dimensionné découlera une activité plus faible qu’escomptée ; un choix douloureux, mais dont la gestion des conséquences demeure dans le domaine de responsabilité du décideur militaire.

Il n’en est pas de même pour le troisième mur à franchir, celui de la régénération de potentiel qui relève du monde industriel. Ayant usé le segment du cycle de vie alloué aux forces, le matériel quitte les armées et rejoint l’industrie pour être régénéré au cours d’activités de maintenance lourde. Tout comme il est fondamental de trouver des stations-service disposant de carburant pour faire le plein de sa voiture, il est indispensable que les matériels dont le potentiel doit être régénéré trouvent des ateliers industriels disponibles pour les accueillir.

La cohérence de la construction de cet outil industriel relève de la DGA. La mise en œuvre est portée par les organismes de maîtrise d’œuvre de milieu comme la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT) pour les matériels terrestres et la Direction de la Maintenance aéronautique (DMAé) pour les matériels aériens. Les ateliers étatiques et privés en assurent l’exécution.

Dans ce domaine, l’armée de terre n’agit alors qu’en tant que client, marquant ses efforts dans le budget qu’elle accorde aux actions à réaliser et en attendant des résultats. En cas de problème, elle ne peut que constater les dysfonctionnements, se plaindre des différents retards et obtenir quelques compensations financières.

La notion de cycle de vie est importante à saisir. Sur chaque cycle de vie, les appareils disposent d’un volume d’heures à consommer (potentiel horaire) sur un temps donné (potentiel calendaire) ; l’appareil est arrêté (et même interdit d’emploi) dès qu’il a atteint la première des deux butées. Afin d’éviter les attentes, la fin du cycle correspond dans la planification industrielle à la date de la prochaine visite industrielle, où les ateliers procèderont aux opérations très longues (de l’ordre d’une année) qui ouvriront un nouveau cycle de potentiel, donnant aux opérationnels un nouveau capital d’heures à consommer.

Il s’agit d’une sorte de respiration naturelle entre le soutien opérationnel (NSO) et le soutien industriel (NSI), qui permet de s’assurer dans la durée du fonctionnement en sécurité des appareils : le NSO génère de la disponibilité et le NSI du potentiel. C’est grâce à cette organisation que des appareils d’une cinquantaine d’années, comme le Puma et la Gazelle sortent de grande visite avec une étonnante jeunesse.

Un soutien industriel bien dimensionné permettra de régénérer sans à coup le potentiel. Mais le moindre grain de sable pourra venir perturber la belle mécanique. Si les capacités industrielles sont insuffisantes, si les opérations techniques sont plus complexes du fait d’une usure anormale des appareils ou si l’emploi opérationnel est supérieur aux estimations consommant le potentiel plus rapidement que prévu, le nombre d’appareils en attente de prise en main ne pourra qu’inévitablement augmenter. Pour reprendre l’image d’un voyage sur une autoroute, lorsque le trafic est chargé, le moindre incident est susceptible de
dégénérer en bouchons interminables, encore en place longtemps après la résolution de l’incident.

Certains appareils se dégraderont alors sur les parkings en attendant leur prise en main. D’autres se transformeront en commodes réserves de pièces pour le reste de la flotte, alors qu’un nombre à peu près constant d’appareils sortiront des ateliers pour entamer un nouveau cycle. Dans un tel scénario, la dette se creuse et le parc s’atrophie mécaniquement. Un triste gâchis, pouvant donner l’impression de posséder des appareils « quasi jetables », incapables de dépasser en nombre suffisant le premier cycle d’utilisation. Un état de fait bien loin de la philosophie d’une loi de programmation militaire ambitieuse et rigoureuse !

L’armée de Terre a vécu une telle période de paralysie d’un parc lors des opérations de rénovation de la flotte Cougar. Les chantiers ont été programmés sur un an, à partir d’une capacité industrielle surévaluée. Ils ont duré en fait pour chaque appareil plus de trois ans, privant l’armée de terre de la moitié de sa flotte de Cougar pendant dix ans. L’EMAT a été insatisfait, s’est plaint et a tempêté. Rien n’a pourtant changé et le paquebot industriel a poursuivi sur son erre de retards, incapable de reprendre l’initiative. Le match a été perdu dès la planification, sans aucune capacité de correction.

S’agit-il d’un cas fortuit, ou d’un cas d’école, susceptible de se reproduire à plus grande échelle sur d’autres parcs de nouvelle génération ?

Quand on analyse les difficultés qui ont accompagné la régénération des matériels revenus d’opérations extérieures (OPEX), on ne peut que constater combien le soutien industriel est souvent le parent-pauvre des réflexions de fond. Certains pensent que comme d’habitude « l’intendance suivra ». D’autres espèrent que le programme y pourvoira. D’autres enfin déplorent des financements insuffisants et estiment que l’État n’a pas à payer dès le temps de paix un hypothétique effort de guerre, puisque la paralysie observée relève d’une surconsommation conjoncturelle.

Tous ces avis sont partiellement vrais, mais ils doivent être ordonnés dans l’espace et le temps. Entendons par l’espace la cartographie des lieux et des acteurs, puisque l’État n’est pas seul. Il peut et doit s’appuyer sur les entreprises françaises d’une Base industrielle et technologique de défense (BITD) ordonnée. Quant au temps, il n’est pas linéaire, générant des besoins dictés par les circonstances.

On peut ainsi distinguer trois cas de figure, qui représentent pour un programme trois marches à franchir, constituant un continuum qui croît en exigence. Le point de départ réside dans l’usage courant du temps paix. Le besoin passe ensuite par un stade intermédiaire, caractérisé par l’engagement majeur, qui génère des besoins proches de ceux du temps de guerre dans un régime juridique et économique du temps de paix. Enfin le continuum débouche sur la guerre, qui se caractérise par des besoins sans limites, mais dans une organisation et un système juridique différents, qui sont ceux du temps de guerre. Ce passage d’une marche à l’autre nécessite d’avoir été suffisamment anticipé pour qu’il se fasse de façon cohérente.

* * *

La première marche est donc celle du programme et de la vie courante. Elle correspond pour les états-majors à la Situation opérationnelle de référence (SOR).

Les besoins sont calculés dans une logique d’utilisation « de bon père de famille », envisageant les consommations raisonnables que l’on peut se payer en accord avec la programmation budgétaire. Le volume horaire retenu et les objectifs de disponibilité permettent d’accomplir le travail quotidien. La capacité du soutien industriel est calculée pour répondre au vieillissement attendu du parc.

Le volume d’heures allouées permet de former, puis d’entraîner les équipages pour qu’ils dominent des tactiques qui, reconnaissons-le, génèrent de plus en plus d’interactions entre les différents matériels et de multiples unités françaises ou étrangères. Bien sûr, ce volume permet de remplir les contrats opérationnels qui dans certains cas demeurent très exigeants.

Les besoins de cette première marche sont réduits au maximum, grâce à l’adjonction de moyens de simulation, voire de substitution qui permettent de s’entraîner avec des matériels bien plus économiques que les systèmes d’armes réels.

Cette première marche envisage une attrition faible, découlant essentiellement d’un niveau d’accident que l’on ne peut malheureusement éradiquer définitivement ainsi que des inévitables pertes subies en OPEX.

Les capacités industrielles sont alors construites dans une logique semi-étatique. La partie régalienne, fournie par des capacités industrielles étatiques, est renforcée de capacités privées résultant de différents appels d’offres. Le moins cher est souvent retenu, même s’il délocalise son activité pour réduire les coûts de main d’œuvre. Les stocks de rechanges sont réduits au minimum pour ne pas gonfler des investissements considérés à tort à ce moment-là comme non productifs.

Il s’agit de la vie quasi normale de nos armées, bénéficiant d’un soutien régi par la loi du marché dans un système de temps de paix, totalement en phase avec les aspirations d’une société peu portée à consentir plus de dépenses pour sa défense.

Si intellectuellement le système est très cohérent, un examen plus minutieux souligne déjà certaines fragilités. Le Tigre par exemple n’atteint ses objectifs de disponibilité qu’au prix d’efforts très conséquents ; quant au Caïman, même si sa consommation a été envisagée dans une option minimaliste de 200 heures de vol par an (soit pratiquement une heure de vol tous les deux jours), il rencontre déjà de nombreuses difficultés pour maîtriser cette première marche. Nombre d’opérations de maintenance sont interrompues par des attentes de pièces, voire dans certains cas, par des attentes de main d’œuvre et des décisions techniques.

L’entraînement des forces est optimisé dans des centres d’entrainement façonnés pour des petites unités. Nous sommes bien loin de l’exercice « Kecker Spatz » (Moineau hardi) qui en septembre 1987 a mobilisé dans les champs et les forêts de Bade-Wurtemberg et de Bavière, près de 55 000 militaires allemands et 22 000 soldats français de la FAR !

* * *

La seconde marche est celle de l’Hypothèse d’un engagement majeur (HEM).

Deux questions alimentent alors les réflexions : comment passe-t-on d’une marche à l’autre (de la SOR à l’HEM) et combien de temps doit-on envisager de rester sur le pic HEM ? Cette problématique a par ailleurs fait l’objet d’un rapport d’information de l’Assemblée nationale en février 2022.

Véritable étape intermédiaire entre le temps de paix et le temps de guerre, l’engagement majeur se caractérise par bon nombre d’exigences du temps de guerre qui doivent être satisfaites par un système juridique de temps de paix, sur la base d’un outil construit pour soutenir la SOR.

Par rapport au stade précédent, l’utilisation du parc opérationnel pour exécuter les missions s’accroît considérablement, puisque les missions à remplir sont de fait beaucoup plus nombreuses. L’attrition des parcs augmente, rendant urgent de réparer les dommages de combat et impératif de régénérer plus rapidement le potentiel. La tension se porte alors sur les stocks de rechanges et de munitions, les matières premières, les composants électroniques et les machines-outils ainsi que sur le niveau de soutien industriel qui doit libérer plus d’appareils, beaucoup plus rapidement.

Ce besoin d’un potentiel supérieur exigé par l’emploi opérationnel entraîne pour les matériels aériens la nécessité de rapprocher les visites périodiques industrielles et de raccourcir les délais d’immobilisation. Pour revenir à l’exemple du Caïman, il sera nécessaire d’envisager de consommer beaucoup plus d’heures de vol par an. Là où le schéma précédent envisageait une visite toutes les 900 heures après 4,5 ans d’utilisation, il faudra effectuer cette même visite au bout de deux ou trois ans. Dans le premier cas pour la SOR, le nombre nécessaire de plots industriels pour régénérer le potentiel se situait entre un quart et un cinquième du parc (une vingtaine de plots) ; dans le second pour l’HEM il se rapprocherait du tiers (une trentaine).

Où donc trouver dans un bref délai les capacités industrielles nécessaires ? Et comme la construction de ces ateliers prendra du temps, comment financer à budget constant une surcapacité industrielle sous-employée en régime normal, devenue à peine suffisante lors d’un hypothétique engagement majeur ?

La réponse se situe dans l’anticipation, l’organisation et l’association des talents et des intérêts. L’État dans un tel scénario n’est pas seul. Il doit pouvoir s’appuyer sur les industriels privés, qui ont également leurs intérêts à faire valoir.

Le rapport sénatorial a pointé du doigt qu’il n’existait pas de structure de pilotage d’une telle montée en puissance. Pourtant, l’État doit se placer en facilitateur, pour favoriser la constitution de capacités industrielles cohérentes avec les besoins de cette seconde marche.

Faciliter ne dit pas financer complètement, car ces capacités doivent entrer dans une logique de profit industriel, que les entreprises iront chercher dans des marchés connexes, civils ou à l’étranger avec l’appui de l’État.

C’est ce qui se passe aujourd’hui pour certains hélicoptères pour lesquels une capacité industrielle bien étoffée existe en France, grâce à l’entretien d’appareils étrangers. Les stocks, outillages et capacités techniques sont gonflés par rapport aux besoins strictement nationaux et pourront directement être affectés aux forces françaises en cas de besoin. C’est notamment le cas des hélicoptères de la famille Cougar-Caracal pour lesquels la maintenance est ouverte aux industriels privés qui peuvent équilibrer leur outil industriel sur un palier haut, rentabilisé par les clients civils et étrangers.

Ce n’est malheureusement pas le cas du Caïman pour lequel la maintenance est toujours fermée au bénéfice de quelques entités, sur un schéma calculé pour répondre au besoin de la marche précédente. L’État se retrouve alors seul devant le fardeau de devoir développer une capacité industrielle réactive, permettant de régénérer rapidement le parc qui répondra aux exigences d’un engagement majeur qui n’est pas encore d’actualité. Une démarche altruiste possible quand on n’a pas à gérer des programmes plus prioritaires les uns que les autres !

Aujourd’hui, les capacités du soutien industriel du Caïman sont telles, que le potentiel du parc risque d’être consommé plus rapidement qu’il ne sera régénéré. Ceci risque d’aboutir à une extinction progressive de la flotte, au moment où l’armée de terre en aura le plus besoin : une bien triste évidence à formuler, alors que la catastrophe peut encore être évitée !

Un appareil de nouvelle génération doit donc être appréhendé à travers ses capacités tactiques, son soutien opérationnel et la fluidité avec laquelle il sera régénéré. L’armée de Terre doit donc considérer le soutien industriel comme partie prenante de la capacité opérationnelle de ses matériels.

Comme les autres armées, il est fondamental qu’elle s’assure que son outil de combat fonctionne dans le temps, dans une logique patrimoniale d’assurance-vie de la Nation. En lien avec la DGA, elle doit associer dès à présent les industries françaises pour construire cet outil qui doit fournir l’indispensable profondeur stratégique industrielle susceptible de soutenir dans la durée une hypothèse d’engagement majeur.

Externalisations, SOUTEX, résilience toutes ces notions sont intimement liées et feront vivre en symbiose les armées avec la nation.

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La troisième marche est celle de la guerre.

Un scénario bien longtemps occulté, mais dont Vladimir Poutine a rappelé la triste réalité en février 2022, en ravivant le spectre de la guerre en Europe. La guerre engendre la démesure, notamment dans les calculs prédictifs. Elle repose cependant sur une autre logique, qui est celle du temps de guerre.

L’État sera en mesure de reprendre la main, par le biais des réquisitions, sur toutes les capacités industrielles nécessaires, pourvu qu’elles n’aient pas été délocalisées. La guerre nécessite des stocks importants de rechange. Elle autorise des cadences de travail aux trois-huit, sept jours sur sept, ce qui laisse envisager une réduction considérable de la durée des grandes visites.

Si l’argent ne sera plus un problème, du fait du passage en économie de guerre, certaines réalités techniques s’imposeront, comme la faiblesse des compétences techniques, qui ne pourront pas être improvisées.

D’où l’intérêt extrême de positionner la guerre dans le continuum de l’engagement majeur. Il ne serait pas raisonnable de la découvrir au sortir de la vie courante, comme s’il était normal qu’elle nous surprenne alors qu’elle est aux portes de l’UE ! Partir de trop bas nous empêcherait de devenir rapidement réactifs.

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La crédibilité de l’outil militaire demeure indissociable de la solidité et de la complémentarité de la base industrielle de défense. Elle doit être construite en cohérence avec les besoins prévisibles de l’État et les intérêts des entreprises. Même si le temps de paix fixe, en accord avec la notion de programme d’armement et de contrat opérationnel, la priorité à un usage modéré des matériels, il faut dès à présent préparer la soutenabilité d’un engagement majeur.

Certes, nécessité faisant loi, l’argent nécessaire sera injecté au moment voulu. Mais tout cet argent ne compensera pas le temps nécessaire pour construire des ateliers, se doter des outils et des stocks nécessaires, former le personnel pour qu’il maîtrise les indispensables gestes techniques. Par ailleurs, il faudra du temps pour que les bureaux d’étude sachent analyser les différentes solutions techniques et proposent les ajustements nécessaires aux actes de réparation et aux programmes d’entretien.

Plus que jamais, il est nécessaire de se préparer au pire en s’appuyant sur la vitalité de la BITD largement à même de soutenir l’effort de défense. Brisons donc les habitudes et les rentes de situation héritées d’un monde où la guerre ne semblait qu’appartenir au passé ! Il en va réellement de la crédibilité du système et de notre capacité de « gagner la guerre, avant la guerre » !

La BITD face au casse-tête du financement de l’économie de guerre

La BITD face au casse-tête du financement de l’économie de guerre

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Qui financera la bascule vers l’économie de guerre souhaitée par le président de la République ? Quand, d’un côté, le ministère des Armées en appelle à la dimension patriotique de la souveraineté, dans les rangs industriels il ne fait aucun doute que l’effort budgétaire doit provenir de l’État. 

 

Ballotée d’une crise à l’autre, « l’industrie de défense y arrive mais c’est compliqué », soulignait Eric Trappier, PDG du groupe Dassault et président du Conseil des industries de défense françaises (CIDEF), entre autres. Ce dernier, également à la tête du GIFAS*, et ses homologues du GICAT*, du GICAN* et du Comité Richelieu ont présenté leur vision de l’économie de guerre ce mercredi à l’Assemblée nationale.

À l’heure où les délais de livraison des composants et matières premières ne font que s’allonger, la réactivité que suppose l’économie de guerre « va demander de passer d’une logique de flux à une logique de stock », rappelle Thierry Gaiffe, directeur général d’Elno et vice-président du Comité Richelieu. Créé il y a plus de 30 ans sous l’égide de la DGA, celui-ci rassemble aujourd’hui plusieurs centaines de PME de défense autour d’un tropisme « innovation ». 

« On doit faire face à un choc sur les approvisionnements qui est terrible », complète Thierry Gaiffe. La guerre en Ukraine aura en effet fait qu’accentuer une pénurie consécutive de la crise sanitaire. Les apports en cuivre, en nickel, en titanium, par exemple, ne sont envisageables qu’à court terme et pour un coût croissant. 

Dès lors, comment faire lorsque les délais sont « plutôt délirants » ? « Il faut évidemment constituer des stocks stratégiques, il n’y a pas d’autre alternative, c’est la seule ». Des stocks dans lesquels piocher en temps voulu, mais aussi des machines et des bras supplémentaires pour les opérer. « Après se pose la question du financement de tout cela. Qui va payer ? ». Il serait tentant, selon le vice-président du Comité Richelieu, de croire que la filière autofinancera l’effort car son chiffre d’affaires sera le première bénéficiaire, « peut-être un jour », de l’économie de guerre. 

Investir dans l’augmentation des stocks « peut avoir des impacts sur la marge de ces entreprises », reconnaissait le ministre des Armées à l’issue d’une première table ronde sur l’économie de guerre. « Mais enfin, une fois de plus, les entreprises d’armement participent aussi à notre souveraineté et donc il y a une dimension patriotique à laquelle évidemment les différentes industriels ont été sensibles ». 

La robustesse d’un grand groupe n’est néanmoins pas celle d’une PME et, pour le patron d’Elno, le constat est sans appel : « nos capacités à aller autofinancer tout cela sont nulles ». Comme l’ont rappelé les représentants de groupement, la situation financière du secteur « est complexe ». Oui, la BITD a démontré sa résilience lors de la crise sanitaire. Oui, les carnets de commande sont remplis, notamment grâce aux 11,7 Md€ de prises de commandes engrangés en 2021 sur le marché export. Et oui, le client national reste porteur grâce au respect de la trajectoire budgétaire de la loi de programmation militaire. 

Les petites structures et les sociétés à caractère dual ont particulièrement souffert, en particulier celles actives dans le secteur aéronautique. Hormis les tensions sur les approvisionnements, l’ensemble du secteur doit par ailleurs toujours compiler avec la méfiance croissante du secteur bancaire. « Nous en arrivons à la situation ubuesque d’être obligé de s’appuyer sur des organismes financiers étrangers pour nos PME », indique Marc Darmon, directeur général adjoint de Thales et président du GICAT. 

Viennent s’ajouter les premières échéances de remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) et, cerise sur le gâteau, l’explosion des prix de l’énergie. « Le vrai sujet du jour, c’est le prix de l’énergie. Vous n’imaginez pas la détresse (…) d’un certain nombre de nos PME, et dans l’industrie en général », explique Eric Trappier. Chaque renouvellement de contrat revient à prendre le risque de multiplier par 10 les factures, indique-t-il, rappelant que la sobriété forcée se traduira pour certains par l’arrêt de la production, voire par des fermetures pures et simples.

Pour les industriels, il ne fait donc aucun doute que l’économie de guerre impose un financement de l’État « qui va descendre l’ensemble de la structure, comme c’était le cas pendant la crise Covid ». Un scénario dans lequel le donneur d’ordre doit établir et partager une « vision », une visibilité ensuite relayée tout au long de la chaîne de valeur, du maître d’œuvre au plus petit maillon. L’idée implique « dès maintenant » d’adopter une totale transparence ascendante et descendante entre les différents échelons, ainsi qu’une structuration, « peut-être par système d’armes ». Le premier geste allant dans ce sens serait de ne pas revoir à la baisse la programmation budgétaire pour 2023. Le second reviendrait à profiter de l’élaboration d’une nouvelle LPM pour 2024-2030 pour instaurer un soutien étatique et sa logique de ruissellement dans la durée. 

* GIFAS : Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, GICAT : Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, GICAN : Groupement des industries de construction et activités navales. BITD : Base industrielle et technologique de défense.

Armement : pourquoi la France ne serait pas capable de faire face à une guerre

Armement : pourquoi la France ne serait pas capable de faire face à une guerre

Un officier ukrainien se tient devant un canon français Caesar de calibre 155 sur une ligne de front dans le Donbass, 15 juin 2022. (ARIS MESSINIS / AFP)

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence les carences de la France en matière d’armement. Le chef de l’État pousse les industriels à produire plus vite, mais cette incitation aura du mal à être suivie de faits.

« C’est très simple, si on n’a pas envoyé beaucoup d’armes à l’Ukraine, c’est avant tout parce qu’on était à l’os ! » Le constat dressé par l’ancien député Les Républicains de 1993 à 2022 François Cornut-Gentille, ancien rapporteur du budget défense à la commission du budget de l’Assemblée nationale, a de quoi inquiéter. La France s’est en effet retrouvée embarrassée lorsque la guerre en Ukraine a débuté. Qu’envoyer sur place alors qu’elle peine déjà à équiper ses propres soldats ?

25% de nos canons Caesar sont en Ukraine

Difficile de savoir exactement ce que nous avons livré. Contrairement à d’autres pays comme les États-Unis, la liste des équipements français est classée secret-défense. Le président de la République et le gouvernement ont cependant livré quelques informations. Emmanuel Macron a évoqué l’envoi de 18 canons Caesar, une arme qui permet de frapper des cibles à près de 40km. À cela s’ajoutent des missiles anti-char et des véhicules blindés livrés l’été dernier. Des équipements destinés aux soldats ukrainiens sont aussi régulièrement acheminés (casques, gilets pare-balles…).

Au total, la sénatrice Hélène Conway-Mouret, secrétaire de la commission défense au Sénat, évalue l’aide française en Ukraine à quatre milliards d’euros, aide humanitaire comprise. Bien plus donc, à priori, que les 100 millions d’euros avancés par l’ancienne ministre des Armées Florence Parly au mois d’avril 2022.

250 avions contre 700 il y a 30 ans

Problème pour l’armée française : ces armes ont été prélevées sur un stock déjà limité. Les 18 canons Caesar livrés représentent près de 25% du parc français. Certes, la France dispose d’un modèle d’armée dit « complet », à l’inverse de certains de nos voisins, nous avons conservé un panel global d’équipements dans les trois corps d’armées (terre, air, marine), « mais cette armée complète s’est heurtée à des coupes dans les budgets de la défense depuis la fin de la guerre froide », relève Elie Tenenbaum, directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI. À partir des années 90, on se rend compte que notre appareil militaire ne correspond plus à un environnement pacifié.

« On paye le prix de ce que Laurent Fabius appelait ‘toucher les dividendes de la paix’. On a dépensé moins et réduit les équipements car le spectre de la guerre s’était éloigné. »

Elie Tenenbaum, directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI

à franceinfo

Résultat : « Alors qu’on avait 1 350 chars de bataille en 1991, on en a 220 aujourd’hui. On avait 700 avions en 1991, et aujourd’hui moins de 250. » Et les budgets de la défense qui représentaient 4% du PIB à la fin de la guerre froide, sont descendus à 1% sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Tandis que l’armée a réduit ses effectifs de 30% depuis les années 90.

Dans le même temps, la France serait passée à côté d’évolutions technologiques notables. « On a raté le virage des drones, regrette l’ancien député François Cornut-Gentille. Ça n’intéressait ni l’armée, ni les industriels. On a cru que c’était des joujoux alors que ça change la physionomie du champ de bataille »

Or, pendant que la France – et les Européens dans leur globalité – réduisaient leurs dépenses de défense, d’autres grandes puissances comme la Chine, la Russie ou les États-Unis continuaient d’investir.

Incapable de faire face à un conflit majeur

L’annexion de la Crimée par la Russie fera l’effet d’un électrochoc. « Avant cela, c’était assez confortable pour les pays européens de se reposer sur les investissements américains pour leur défense, explique le général Jean-Paul Paloméros, ancien commandeur en chef de l’OTAN. Outre-Atlantique, on n’a eu de cesse de réclamer aux Européens de prendre leur part du fardeau. Mais ça a pris du temps. »

Devant la menace Russe, l’OTAN fixe un objectif pour les pays européens : faire remonter la part de leurs dépenses de défense à 2% du PIB. Jean-Paul Paloméros conseillera le candidat Emmanuel Macron pour son projet de défense en 2017. Et le président nouvellement élu suivra ses préconisations en augmentant les budgets, d’abord de 1,7 milliard par an de 2017 à 2022, puis de 3 milliards par an jusqu’en 2025. Avec pour objectif d’atteindre 50 milliards au final, soit 2% du PIB.

Évolution du budget du ministère français des armées entre 2009 et 2022. (Ministère des armées - L’Express)

Évolution du budget du ministère français des armées entre 2009 et 2022. (Ministère des armées – L’Express)

Si cet argent a remis l’armée à flot, il n’a cependant pas permis d’augmenter ses moyens. Selon Elie Tenenbaum, « la loi de programmation de 2017 ne se traduit pas par une remontée capacitaire. On modernise, mais on n’a pas de choses en plus dans notre arsenal ». Certes, l’armée de terre a développé le programme Scorpion pour ses véhicules de combat, la Marine a vu le remplacement d’un sous-marin nucléaire, et l’armée de l’air a acquis quelques Rafale, mais ces remplacements restent cosmétiques.

Le député européen Arnaud Danjean avait prévenu de ces carences dans la revue stratégique de 2017 qui a servi de base à la loi de programmation militaire. « Des mentions de la guerre qui se rapproche de l’Europe figurent dès l’introduction. On ne parlait pas de guerre de haute intensité mais de conflits interétatiques. On évoquait des risques d’escalade engageant des puissances globales comme la Russie. On a alors appelé à une montée en puissance de l’appareil de défense français pour faire face à l’intégralité de ces menaces. »

Mais cette mise en garde est arrivée trop tard, car la France aujourd’hui ne saurait se défendre seule dans un conflit de haute intensité. Pour le député LR Jean-Louis Thiériot, qui a écrit un rapport parlementaire sur ce sujet, « nous n’avons pas la capacité de tenir dans la durée. Au mieux au bout de quelques semaines, nous serions en difficulté. »

L’aviation de chasse réduite à néant en cinq jours

Deux exercices de simulation de conflits internationaux l’ont confirmé en 2021. Le premier, baptisé Warfighter, organisé avec les Américains et les Britanniques concernait l’armée de terre. Et le second, Polaris 21, la Marine et l’aviation. Ces exercices interarmées ont mis en évidence les limites des forces françaises.

« Warfighter a montré qu’en une semaine d’affrontements de haute intensité, la France aurait 800 à 1 000 hommes tués ou blessés, et plus aucune munition. »

Jean-Louis Thiériot, député LR

à franceinfo

Le compte rendu de la commission de la défense nationale des forces armées daté du 16 février 2022 fait lui état de 400 marins disparus au cours de l’opération Polaris 21. Il précise qu’« en une quinzaine de minutes d’un premier combat, deux frégates avaient été envoyées par le fond et deux autres étaient neutralisées, soit entre 200 et 400 marins tués ou disparus. » Ce même rapport indique que si l’on extrapolait les pertes lors des derniers conflits aériens (la guerre de Kippour et la guerre des Malouines), « il est manifeste que l’aviation de chasse française pourrait être réduite à néant en cinq jours ».

Schéma des forces en jeu lors de l’exercice Polaris 21 (dont la France en bleu) le 18/11/21. (Dossier de presse Polaris 21, Ministère des armées)

Schéma des forces en jeu lors de l’exercice Polaris 21 (dont la France en bleu) le 18/11/21. (Dossier de presse Polaris 21, Ministère des armées)

Si ces exercices ont montré de fortes carences, la France rappelle malgré tout qu’elle dispose de l’arme de dissuasion nucléaire et qu’elle pourrait avoir le dessus en cas de guerre. « C’est la clé de voûte de notre défense » rappelle le chercheur à l’Ifri Elie Tenenbaum. « Toute notre puissance tient là-dessus », ose même une source militaire. Mais il faudra à nouveau investir pour renforcer cette arme de dissuasion qui permet à la France de rester dans le gotha des grandes puissances. Pour l’instant.

Mettre la pression sur les industriels

Compte tenu de ces carences, et alors que la guerre est aux portes de l’Europe, la France a décidé de changer de braquet. L’exécutif a d’abord pris une décision inédite : stopper la loi de programmation en cours et la remplacer par une nouvelle qui sera examinée en Conseil des ministres durant les premières semaines de 2023. L’objectif est clair : maintenir et accentuer l’effort budgétaire jusqu’en 2030. Si certains parlementaires approuvent, des experts, comme Olivier Schmitt, professeur de relations internationales au centre d’études sur la guerre de Copenhague, se montrent réservés.

« Le risque c’est de mettre la charrue avant les bœufs. De tirer des conclusions rapides de ce qui se passe en Ukraine, et en déduire ce que doit être notre format d’armées »

Olivier Schmitt, professeur de relations internationales au centre d’études sur la guerre de Copenhague

à franceinfo

« Or il y a quelques semaines, je pense que pas grand monde ne s’attendait à une percée ukrainienne sur le front, poursuit le professeur. C’est comme si on demandait à un planificateur de défense de tirer des leçons de la Seconde Guerre mondiale après les huit premiers mois du conflit. »

Il n’empêche. Le chef de l’État a voulu aller vite. En juin 2022, lors du salon international de défense Eurosatory, il déclare que « nous entrons dans une économie de guerre. Une économie dans laquelle il faudra aller plus vite, notamment pour les industriels. » Mais cette injonction a semé le trouble. « Il faut avoir en tête qu’entre le moment où on passe la commande et celui où on reçoit les matériels, le temps est long, relate le député LR Jean-Louis Thiériot. Pour un obus de 155, entre la commande et la livraison il faut compter un an. Pour un missile trois ans. Et un Rafale quatre ans. »

« On ne produit pas des armes comme on produit des aspirateurs », relève la sénatrice socialiste Hélène Conway-Mouret. Une remontée en cadence prendra du temps a, pour sa part, expliqué devant les députés le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier : « Si certains peuvent croire qu’on monte une cadence d’avion de combat en un mois, ce n’est pas possible. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas la guerre et qu’on profite des dividendes de la paix et d’un coup dire aux industriels, garde à vous, augmentez vos cadences. »

Autre obstacle à cette montée en puissance : les commandes du secteur de l’armement proviennent principalement de l’étranger, des marchés extrêmement lucratifs. La France est le 3e exportateur mondial d’armes, derrière les États-Unis et la Russie. Et il sera compliqué de mener de front cette production et une augmentation de la production française.

Emmanuel Macron serre la main d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors du salon de défense Eurosatory le 13 juin 2022, à Villepinte. (EPA/Ludovic Marin - MAXPPP)

Emmanuel Macron serre la main d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors du salon de défense Eurosatory le 13 juin 2022, à Villepinte. (EPA/Ludovic Marin – MAXPPP)

D’autant plus que le prix de l’énergie flambe actuellement, avec des factures de gaz multipliées parfois par 8, et des matières premières qui viennent aussi à manquer. Or, « l’aluminium et l’acier peuvent représenter jusqu’à 60% du coût de petits navires, a récemment précisé aux députés, le PDG de Naval Group, Pierre-Éric Pommellet. On assiste à un marché qui est devenu fou, avec des hausses de prix considérables. On demande à nos entreprises d’accepter dans les heures une commande 60, 80 ou 100% au-dessus du prix moyen. »

Des désaccords franco-allemands

La solution ne semble pas apparaître non plus au niveau européen. L’Europe de la défense voulue par Emmanuel Macron s’enlise dans des désaccords. Certes la France et l’Allemagne veulent développer deux projets communs : le char du futur (MGCS pour « main ground combat system ») et le système de combat aérien du futur (SCAF). Mais ces deux projets sont à l’arrêt, déplore la sénatrice Hélène Conway-Mouret : « Nous avons peut-être trop misé sur le couple franco-allemand. Or, les Allemands ont des objectifs différents des nôtres. »

« Ce qui intéresse les Allemands, c’est un partenariat privilégié avec les États-Unis, peut-être pour remplacer le Royaume-Uni qui a quitté l’Union européenne. »

Hélène Conway-Mouret, sénatrice

à franceinfo

Les faits semblent lui donner raison. Lorsqu’il a annoncé un investissement massif de 100 milliards d’euros dans la défense, le chancelier Olaf Scholz a cité parmi ses partenaires européens possibles : les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, mais il n’a fait aucune mention des Français. De quoi inquiéter Paris même si on continue de se dire serein. En témoignent les récentes déclarations du ministre des Armées Sébastien Lecornu affirmant : « Le SCAF est un programme prioritaire, et il se fera. »

Pour l’ex-député François Cornut-Gentille, cette situation serait la conséquence de désaccords. « Dassault pense que l’Allemagne est d’accord pour financer le SCAF à condition d’avoir accès à ses technologies et ses savoir-faire. Et Dassault a envie de conserver ses secrets de fabrication. Tandis que les Allemands n’ont pas envie de financer un programme qui profitera à l’industrie française sans avoir accès à un certain nombre d’informations… Il n’y a aucune confiance réciproque en réalité. »

Cette absence de confiance pourrait au final profiter aux États-Unis. L’Oncle Sam en embuscade rêve de monter en puissance sur le marché européen. Un échec du SCAF pourrait représenter un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros pour les industriels français.

La France pourrait augmenter ses dépenses militaires d’environ 30% sur la période 2024-31

La France pourrait augmenter ses dépenses militaires d’environ 30% sur la période 2024-31

 

http://www.opex360.com/2022/09/28/la-france-pourrait-augmenter-ses-depenses-militaires-denviron-30-sur-la-periode-2024-31/


 

Le projet de finances 2023, dévoilé le 26 septembre, confirme cette trajectoire financière. Ainsi, le budget du ministère des Armées sera porté à 44 milliards d’euros l’an prochain [soit +3 milliards par rapport à 2022]. Ce qui portera le total des dépenses militaires à 197,8 milliards sur la période 2019-23.

En outre, le ministère de l’Économie et des Finances a confirmé que la mission « Défense » serait dotée de 47 milliards d’euros en 2024 et de 50 milliards en 2025. Cela étant, et comme l’a annoncé le gouvernement, une nouvelle LPM sera soumise au Parlement l’an prochain.

Et, lors de l’ouverture du salon EuroSatory, en juin, le président Macron en a précisé les paramètres : planifier un « investissement dans la durée, clair et fort », consolider le modèle d’armée complet, se positionner « encore plus fortement sur l’évolution à la fois de la menace et des réalités que nous sommes en train de vivre aussi bien sur le théâtre sahélien que dans cette guerre de haute intensité revenue sur le sol européen » et passer à une « économie de guerre ».

Évidemment, cela ne sera pas conséquence sur le niveau des dépenses militaires… En outre, il s’agit aussi d’éviter le risque d’un « décrochage » par rapport aux autres pays européens, qui, pour la plupart, ont annoncé des hausses parfois significatives de leur effort de défense. Tel est le cas de l’Allemagne, qui entend se doter de « forces conventionnelles » devant être la « pierre angulaire » du pilier européen de l’Otan. Et aussi celui du Royaume-Uni, dont le ministre de la Défense, Ben Wallace, a récemment dit vouloir un budget de 100 milliards de livres sterling à l’horizon 2030.

Seulement, l’état des finances publiques [dette publique équivalente à 110% du PIB, un déficit public ayant doubé par rapport à 2017, etc] et le contexte économique incertain [effet des sanctions contre la Russie, inflation, prix de l’énergie, etc] permettront-t-il d’augmenter significativement le budget des armées, alors que d’autres priorités seront aussi à financer? Dans une note publiée en mai, la Cour des comptes a exprimé ses doutes, appelant à faire des choix entre les capacités opérationnelles à conserver [et à développer] et celles à abandonner.

Quoi qu’il en soit, selon des chiffres obtenus par la Tribune, qui s’appuie sur des « sources concordantes », le budget de la Défense devrait connaître une progression significative dans les années à venir…

Alors que, pour les états-majors, un investissement d’au moins 425 milliards d’euros pour les années 2024-31 serait nécessaire pour « financer l’ambition 2030 », Bercy mettrait sur la table 377 milliards, soit un montant 28% plus élevé que celui inscrit dans la LPM en cours. De son côté, le ministère des Armées couperait la poire en deux, en demandant 400 à 410 milliards [soit environ +35%]. Sur la période 2024-31, le budget annuel moyen de la mission « Défense » pourrait donc être compris entre 54 et 57 milliards d’euros [contre 42 milliards pour la LPM 2019-25].

D’après La Tribune, le montant de l’enveloppe dont bénéficieront les armées dans le cadre de la prochaine LPM devrait être précisé à l’occasion du Conseil de défense et de sécurité nationale, qui doit se tenir à l’Élysée ce 28 septembre.