Pour recruter plus de réservistes, le ministère des Armées pourrait revoir ses critères d’aptitude physique

Pour recruter plus de réservistes, le ministère des Armées pourrait revoir ses critères d’aptitude physique

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Doubler le nombre de réservistes opérationnels : tel est l’un des objectifs que le président Macron a donné au ministère des Armées lors de son allocution prononcée à l’Hôtel de Brienne, le 13 juillet dernier.

Évidemment, seule la réserve opérationnelle de niveau 1 [RO1] est concernée par le propos du chef de l’État, celle de niveau 2 ne concernant que les anciens militaires soumis à une obligation de disponibilité de cinq ans après avoir quitté l’uniforme. Environ 30’000 sont ainsi susceptibles d’être mobilisés.

Selon des chiffres publiés en 2019, la RO1 comptait 38’500 volontaires ayant signé un contrat d’engagement à servir dans la réserve [CESR], dont 60% au titre de l’armée de Terre. Reste donc à en recruter autant dans les mois à venir. Et ce ne sera pas forcément simple, notamment en raison des impératifs professionnels.

Dans un entretien publié par le quotidien Le Figaro, ce 5 septembre, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a avancé quelques pistes. Et la première consisterait à revoir certains critères d’admission au sein de cette RO1, en particulier ceux ayant trait à l’aptitude physique.

« Pour augmenter le nombre de réservistes, il faut aussi réfléchir aux critères d’admissibilité physique ou de santé. Certains concitoyens sont refusés pour leur poids ou leur âge. Or, ils peuvent être détenteurs d’une compétence cyber, par exemple, essentielle! », a en effet affirmé le ministre.

Pour déterminer l’aptitude physique d’un candidat à un engagement, on établit le SIGYCOP [membres Supérieurs, membres Inférieurs, état Général, Yeux, sens Chromatique, Oreilles et Psychisme], chacune de ses variables pouvant prendre une valeur allant de 1 à 6 [sauf pour le C et le P]. Les chiffres ainsi obtenus permettent ainsi d’évaluer son profil médical… et de l’orienter vers une spécialité. Ainsi, pour servir dans les troupes aéroportées, il faut un « score » de 2123321.

Par ailleurs, M. Lecornu a aussi estimé que les 40’000 réservistes relevant de la RO1 ne « sont pas toujours suffisamment bien utilisés ». D’où une « réflexion profonde » en cours pour revoir son organisation. « En cas de menace hybride ou de crise, les réserves peuvent jouer un rôle majeur pour permettre aux armées de monter en puissance, y compris en suppléant les militaires d’active appelés à d’autres tâches », a-t-il ajouté.

Aussi, a continué le ministre, « il faut bien identifier nos besoins ». Et le Service de santé des armées [SSA] devrait être prioritare. Il « soutient la condition opérationnelle de nos soldats mais il a aussi été mobilisé au moment des attentats ou durant la crise covid. Démultiplier les réserves au sein du SSA est une priorité. Je vais lancer un appel aux forces médicales civiles et propser une nouvelle génération de contrat d’engagement dans la réserve », a-t-il ainsi expliqué.

Cela étant, et outre les critères d’aptitude physique, M. Lecornu a fait part de son intention de consulter « bientôt le patronat et les syndicats » au sujet de la « disponibilité octroyée aux réservistes ». Celle-ci, a-t-il poursuivi, pourrait « par exemple s’apprécier en fonction du contexte
de crise ». Enfin, il a aussi avancé l’idée d’une « territorialisation » des réserves, « notamment dans les départements sans unité militaire d’active ». Ensuite, a-t-il conclu, il se posera sans doute « la question d’aller au-delà du doublement de l’effectif global ».

Cependant, l’un des axes d’effort que le ministre n’a pas cité est celui de la fidélisation des réservistes. Un rapport parlementaire publié en 2021 avait relevé que le « taux d’attrition » des réservistes de la RO1 de l’armée de Terre était de 20 à 22%…

L’armée de Terre parle de recruter 10’000 jeunes par an pour effectuer un service militaire de six mois

L’armée de Terre parle de recruter 10’000 jeunes par an pour effectuer un service militaire de six mois

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Mais cela ne fait pas tout… Ainsi, l’amiral américain Arleigh Burke conseillait-il d’ajouter une « brassée de sabres » à l’armement des « destroyers » auxquels il a donné son nom… En clair, la technologie est une chose… mais sans la force morale, c’est à dire sans la combativité du soldat, du marin ou de l’aviateur, son apport s’en trouvera limité. « La force de la cité ne réside ni dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens », disait Thucydide…

D’ailleurs, le président Macron a repris cette citation de l’historien grec pour illustrer l’importance de la force morale, à laquelle il a consacré quasiment la moitié de l’allocution qu’il a prononcée à l’Hôtel de Brienne le 13 juillet dernier. Et à cette occasion, il a aussi demandé aux Armées de donner une « nouvelle ambition » à « nos réserves », en donnant l’objectif de « doubler le volume de la réserve opérationnelle ».

Pour la seule armée de Terre, cela signifie qu’il lui faut recruter 24’000 réservistes opérationnels supplémentaires… et de déterminer la nature des missions qui leur seront confiées.

« Je tiens à trancher, au sein de l’armée de Terre, la question de savoir si la réserve est une armée à part, chargée de missions à part, ou si elle est une partie de l’armée de Terre exécutant les mêmes missions que les autres. Il incombe aux divers échelon de responsabilité, notamment à l’échelon régimentaire, d’en décider », a déclaré le général Schill, lors de son audition à l’Assemblée nationale.

En tout cas, le CEMAT a son idée sur cette question. « Je défends une autre vision de l’emploi de nos 24’000 réserviste. L’armée de Terre a a des ressources, composées des hommes et des femmes d’active, ainsi que des hommes et des femmes de réserve. Avec ces ressources, elle accomplit ses missions. S’il se trouve que, dans l’environnement des Jeux olympiques de 2024, la 3e compagnie d’active du 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa] est déployée avec des réservistes en son sein parce que le chef de corps en a décidé ainsi, tant mieux ! Ce modèle est celui d’une réserve pleinement intégrée », a-t-il dit aux députés.

Et d’insister : « Plutôt que de cantonner les unités de réserve dans un métier de base de l’armée de Terre – l’infanterie légère, pour faire très court –, on pourrait faire le choix de les spécialiser dans le métier de chaque régiment, par exemple en affectant un escadron de reconnaissance à chaque régiment de cavalerie ou une unité de franchissement à chaque régiment du génie ».

Quoi qu’il en soit, passer de 24’000 à 48’000 réservistes opérationnels suppose de revoir l’organisation des unités et, surtout, de faire un effort en matière de recrutement et de formation, d’autant plus que le général Schill a défendu l’idée de « faire le nécessaire pour professionnaliser » la réserve opérationnelle de l’armée de Terre.

Or, d’après le CEMAT, « pour déployer une compagnie de réserve sur le territoire national dans le cadre de la mission Sentinelle, il faut investir […] trente jours de formation par militaire et de nombreux autres pour chaque échelon. Tout cela pour qu’une telle compagnie ne soit disponible qu’une quinzaine de jours par an, compte tenu de la possibilité de ne mobiliser chaque réserviste que trente jours par an. Par conséquent, la volonté d’augmenter l’activité des unités de réserve induit une déperdition des activités de la réserve du point de vue opérationnel ».

La solution la plus évidente pour tenir l’objectif fixé par le président de la République tout en étant la plus rationnelle au niveau de l’efficacité militaire serait « d’employer la réserve opérationnelle de deuxième niveau [RO2] dans le cadre de l’obligation de service de cinq ans applicable à quiconque quitte les armées, soit 15’000 personnes chaque année pour l’armée de Terre », a fait valoir le CEMAT. Seulement, elle ne permettrait pas de renforcer le lien « armée-nation », qui est aussi une priorité.

Aussi, a-t-il continué, il faudrait « recruter des jeunes qui ne souhaitent pas consacrer leur vie à la défense ni devenir soldats professionnels ». Qui plus est, « ces jeunes soldats à temps partiel présente[raient] des avantages du point de vue de la résilience de la Nation. On peut supposer que, ayant accompli dans leur vie une démarche d’engagement, ils se proposeront pour apporter leur aide dans une situation difficile ou catastrophique. Par ailleurs, les recruter permet une forme de brassage, notamment géographique », a ajouté le général Schill.

D’où la proposition qu’il a soumise au ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et au général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA]. Proposition qui viendrait s’ajouter aux dispositifs existants, comme le Service militaire volontaire [SMV], qui a une vocation davantage tournée vers le social, au même titre que le Service militaire adaptée [SMA] dont il s’est inspiré.

« J’ai donc proposé […] que l’armée de Terre recrute 10’000 jeunes par an dans le cadre d’un service de six mois, qui servirait d’instrument pour augmenter les effectifs de la réserve. Comme nous ne pouvons pas le faire à organisation inchangée, je lui proposerai d’implanter de nouveaux bataillons dans de nouveaux espaces, que nous pourrions appeler ‘Volontaires du territoire national’ », a-t-il expliqué aux députés.

Seulement, 10’000 « volontaires du territoire national » représentent l’équivalent – environ – vingt bataillons. Ce qui suppose de disposer des casernes nécessaires [au plus une dizaine, ndlr]… Or, avec les réformes conduites entre 2008 et 2015, beaucoup ont été cédées – souvent pour l’euro symbolique – aux collectivités locales… Ce qui a créé des « déserts militaires ».

S’agissant de ces « nouveaux espaces », le général Schill a expliqué qu’ils pourraient être implantés à « proximité d’agglomérations importantes dans un désert militaire, mais aussi [dans] un bassin de population où se trouvent des jeunes susceptibles d’être intéressés par un service de six mois ou par un engagement dans la réserve pas trop loin de chez eux. » Et d’ajouter : « Faire appel à eux permettrait aussi de territorialiser une partie de l’armée de Terre. Ces unités pourraient, en effet, être des unités territoriales, placées sous le commandement de l’officier général chargé de la zone de défense correspondante ».

Le CEMAT a dit avoir chiffré le coût d’une telle proposition… mais il s’est gardé de le préciser aux députés. « Il faut financer des infrastructures, peut-être en lien avec les collectivités territoriales, qui doivent en tirer un bénéfice localement, et assumer un coût de fonctionnement qui n’est pas négligeable, dès lors que 2000 cadres et gradés d’active sont nécessaires », a-t-il seulement indiqué. En outre, a-t-il fait valoir, ce projet « pourrait aussi constituer une contribution de l’armée de Terre à la phase trois du service national universel [SNU] pour, in fine, intéresser tous les jeunes ».

Quoi qu’il en soit, et du seul point de vue de l’efficacité militaire, le général Schill n’est pas favorable à un retour de la conscription. La « priorité étant de garantir l’efficacité opérationnelle, je considère […] que le recours à des soldats professionnels est la bonne solution en matière d’opérationnalisation de l’outil militaire. Du point de vue de la nécessité de se préparer à une forme de menace ou d’action sur le territoire national, […] la bonne solution est la réserve, à hauteur de quelques dizaines de milliers de personnes, même si son organisation actuelle n’est pas optimale », a-t-il dit.

Et d’insister : « Généraliser la conscription, du point de vue de l’efficacité militaire, je n’y suis pas favorable, non sans être conscient de son intérêt pour diffuser l’esprit de défense, assurer le brassage des populations et satisfaire la volonté d’engagement de la jeunesse » car « si on fait du militaire, avec de l’encadrement militaire, il faut viser une finalité militaire. Sinon, il s’agit d’une pièce de théâtre, consistant à faire comme si on était à l’armée, en faisant semblant de donner et d’exécuter des ordres ».

Pour gagner de la masse, l’armée de Terre annonce une « profonde mutation » de sa réserve opérationnelle

Pour gagner de la masse, l’armée de Terre annonce une « profonde mutation » de sa réserve opérationnelle

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Lors de son allocution prononcée à l’Hôtel de Brienne, le 13 juillet, le président Macron a insisté sur la notion de « force morale », à laquelle il a consacré la moitié de son intervention. Et à cette occasion, il a fait une brève allusion à la réserve opérationnelle, appelée à se développer dans les mois à venir.

« Je vous demande de faire davantage, en donnant à nos réserves une nouvelle ambition, en doublant le volume des réserves opérationnelles des armées », a en effet déclaré M. Macron, avant d’enchaîner sur la nécessité pour les armées d’investir « plus et mieux dans le grand projet de Service national universel ».

Actuellement, et selon des chiffres de 2019, les armées, directions et services comptent un peu plus de 38’500 réservistes, dont environ 60% ont souscrit un contrat d’engagement à servir dans la réserve [CESR] de l’armée de Terre. Et d’après celle-ci, 2’700 d’entre eux sont mobilisés quotidiennement, dont 500 dans des « missions de sécurité ».

À noter qu’il ne s’agit-là que la Réserve opérationnelle de niveau 1 [RO1]. Pour rappel, la Réserve opérationnelle de niveau 2 [RO2] peut mobiliser – théoriquement – jusqu’à 30’000 anciens militaires d’active soumis à une obligation de disponibilité pendant cinq ans.

Quoi qu’il en soit, dans la Vision stratégique [appelée « Supériorité opérationnelle 2030] qu’il avait élaborée à l’époque où il était à la tête de l’armée de Terre avant d’être nommé chef d’état-major des armées [CEMA], le général Thierry Burkhard avait fait du développement de la Réserve opérationnelle une de ses priorités.

Ainsi, soulignant la nécessité de gagner de la « masse », ce document précisait que les réservistes opérationnels de l’armée de Terre allaient être davantage sollicités pour la « contribution terrestre aux missions de protection du territoire national ». Et, lors d’une audition parlementaire, le général Burkhard était allé plus loin en rappelant le concept de « Défense opérationnelle du territoire » [DOT].

La réserve opérationnelle pourrait assurer des « missions de sécurisation du territoire » ou « faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire – ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré […] ou défendre des points sensible [ou] être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité », avait expliqué le général Burkhard, en juillet 2020.

Depuis, la guerre en Ukraine a conforté cette réflexion. D’où la brève allusion faite par M. Macron au sujet des réservistes… Allusion qui, en réalité, annonce de vastes changements. Ou, plutôt, une « profonde mutation », comme l’a indiqué le général Patrick Poitou, le commandant « Terre » pour le Territoire national [TN], dans éditorial publié dans le dernier numéro de Terre Information Magazine [TIM].

« Face à l’extension des champs de conflictualité et dans la perspective d’affrontements plus durs, la transformation du modèle de nos réserves est aujourd’hui nécessaire pour consolider davantage sa réactivité et sa crédibilité. Cette évolution est aussi portée par le besoin de disposer d’un volume de forces plus conséquent », écrit ainsi le général Poitou.

L’hypothèse d’un engagement majeur [ou de haute intensité] n’étant désormais plus à écarter, cela « appelle un changement d’appréciation dans la place accordés aux réservistes dans notre société : reconnaissance de son rôle clé dans la protection et la résilience du territoire national, légitimation de son investissement dans les dispositifs dédiés à la jeunesse, valorisation et attractivité de son engagement citoyen, consolidation – y compris par voie légale – de sa disponibilité au service de la France, attribution de ressource budgétaire dédié », détaille le commandant « Terre » pour le TN.

Et cela suppose donc un « changement culturel concernant leur rôle dans la défense de la nation », continue-t-il. Ainsi, le niveau de formation des réservistes opérationnels devra être adapté aux exigences des missions qui leur seront désormais confiées. De même que leurs équipements. Le modèle d’organisation de cette réserve opérationnelle devrait aussi évoluer afin de renforcer son autonomie et sa disponibilité ainsi que sa préparation en vue d’une « mobilisation massive en cas de crise majeure ».

« Véritable défi assujetti à un effort significatif de la Nation, cette ambition repensée pour nos réserves se situe à la convergence des objectifs de cohésion nationale et de supériorité opérationnelle de l’armée de Terre », conclut le général Poitou.

Doubler le nombre de réservistes opérationnels de niveau 1 comme l’y invite le président Macron ne sera pas forcément simple, ne serait-ce que pour des raisons de disponibilité… Aussi, l’armée de Terre entend adapter son offre d’engagement en fonction des publics concernés [urbains, ruraux, étudiants, salariés, etc].

Cela suffira-t-il, sachant que le « taux d’attrition » des réservistes opérationnels [de niveau 1, ndlr] de l’armée de Terre serait de l’ordre de 20 à 22%, selon un rapport parlementaire publié en mars 2021?

« À horizon 2030, l’armée de Terre devra disposer d’une réserve mieux formée, susceptible de réaliser des missions plus complexes pour répondre à des besoins opérationnels sur le territoire national dans le cadre d’un potentiel conflit de haute intensité. Dans cette optique, l’armée de Terre ne doit pas décourager les réservistes qui le souhaitent de participer à des opérations extérieures, sur le modèle de ce que fait l’armée britannique [entre 10 et 30 % des réservistes opérationnels de l’Army partiraient en OPEX] », avait par ailleurs souligné les députés Christophe Blanchet et Jean-Français Parigi, les auteurs de ce documen [.pdf].

Et d’ajouter : « Un juste équilibre doit être trouvé entre l’objectif de s’appuyer sur une réserve mieux formée et l’objectif d’ouverture, avec, au besoin, les moyens budgétaires afférents. Il n’est pas exclu qu’une hausse du budget d’activité n’améliore par ailleurs la fidélisation des réservistes. Corrélativement, il faudra consentir des investissements pour équiper et véhiculer cette RO1 rénovée. »

Vers une nouvelle LPM dans « une économie de guerre »

Vers une nouvelle LPM dans « une économie de guerre »

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 10 juillet 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


C’est une armée française rutilante qui défilera le 14 juillet à Paris et dans de nombreuses villes de France. Une armée qui a toutefois échappé à la paupérisation et à l’exténuation grâce à une loi de programmation militaire (2019-2025) ambitieuse et respectée une fois n’est pas coutume.

Pour 2023, le nouveau ministre des Armées, Sébastien Lecornu, entend s’en tenir scrupuleusement à son déroulement; le budget des Armées franchira alors un nouveau seuil, passant de 41 à 44 milliards d’euros.

A moins que le chef de l’État n’impose une nouvelle LPM qui, espérons-le, ne sera pas que l’occasion d’une de ces guéguerres budgétaires que maîtrisent les états-majors.

Elisabeth Borne a déjà précisé que « le président de la République annoncera les contours d’une nouvelle loi de programmation militaire. Il donnera une vision et un cap à nos Armées comme à notre industrie de défense, en tirant tous les enseignements de l’engagement de nos forces et de la coopération avec d’autres armées. »

Cette future LPM s’impose puisque l’environnement stratégique a évolué et que certaines carences ont ré-émergé.

Le déplacement des pôles de tensions est évident mais cette bascule vers l’Europe de l’Est n’est pas intervenue avec l’attaque russe contre l’Ukraine. Sur ce flanc Est, face à la Russie, les tensions s’exacerbent depuis 2014. Pour l’armée française, cette évolution s’est traduite par la projection de forces terrestres dans les pays baltes d’abord puis, plus récemment, en Roumanie. Ces forces sont soutenues par l’armée de l’Air et de l’Espace et par la marine.

Cette bascule n’a aucune incidence sur le redéploiement français au Sahel. Il ne s’agit pas de dégarnir le Mali, où la France poursuit son retrait, pour renforcer les groupements tactiques d’Estonie ou de Roumanie. Au Sahel, comme le répète Sébastien Lecornu, « la lutte contre le terrorisme n’est pas finie. La question est de savoir avec qui et comment cette lutte sera menée « . Poursuivre la lutte au Sahel n’implique pas de transformation radicale du profil des forces engagées. L’armée française, aguerrie par dix ans d’opérations, y dispose de matériels adaptés et d’un réseau de bases qui lui permet de se déployer et de frapper. 

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La future LPM, en revanche, va devoir tenir compte des modalités et des exigences du combat de haute intensité, tel qu’il est pratiqué actuellement en Ukraine et qui se caractérise par une attrition humaine et matérielle intense. Le défi, c’est désormais de disposer d’une masse permettant un engagement dans la durée (court/moyen terme toutefois). D’où l’identification de carences à réduire d’urgence et l’acceptation d’une économie de guerre. Acceptation qui suscite deux interrogations.

La première question est de savoir d’une part comment « produire plus vite, en grande quantité et à des prix soutenables« ​. L’outil industriel existe. Mais la tension sur les matières premières pour produire armes et munitions n’est pas infime. En outre, l’érosion du savoir-faire et de la ressource humaine de nos industries de défense ne peut être ignorée.

La seconde question est tout aussi cruciale : comment constituer des stocks pérennes de munitions et carburants, comment mieux préparer et équiper les réserves et comment impliquer l’intégralité de la nation dans un effort militaire durable?

Que l’on se rassure ! La perspective d’affrontements armés de haute intensité sur le sol métropolitain est réduite mais le risque de voir des soldats français engagés, au sein d’une coalition, sur des champs de bataille d’Europe de l’Est, voire d’Asie, n’est pas à écarter. Certes nous ne sommes pas en guerre. Mais certaines puissances étrangères pourraient le décider pour nous et rendre ainsi caduc notre actuelle affirmation que la France n’est actuellement aucunement un cobelligérant.

Le missile, l’ouvrier et le réserviste : éléments de réflexion autour des pénuries, stocks et réserves en contexte de guerre

Le missile, l’ouvrier et le réserviste : éléments de réflexion autour des pénuries, stocks et réserves en contexte de guerre



La guerre en Ukraine est porteuse de nombreuses leçons pour les observateurs des conflits. Une des plus urgentes est indéniablement le retour de la problématique de l’importante consommation de munitions et spécifiquement de missiles induite par les opérations de haute intensité. Cette consommation s’accompagne de pertes militaires importantes. En découle un besoins de disposer de « stocks et de capacités de réserve », civiles et militaire : des stocks de munitions, des réserves de personnel pour combler les pertes et/ou générer de nouvelles unités, et des moyens de réserve « industriels » sous la forme de capacités de production et de main d’œuvre qui peuvent, rapidement, être réorientées vers la production de guerre.

Cette dimension de la guerre comme un « choc de production et de main d’œuvre » était bien moins prégnante dans les conflits précédents, dont la durée et l’extension avait été bien moindre et qui se déroulaient, au moins de notre point de vue, dans le contexte d’une armée expéditionnaire professionnelle qui n’affrontait plus un adversaire équivalent. Les opérations occidentales après 1991 avaient été menées essentiellement dans les airs, avec un recours accru à une génération de munitions guidées plus « low cost » que les missiles de croisière. Plus récemment, les 44 jours d’affrontement de haute intensité au Haut-Karabakh en 2020 ou les combats autour du Donbass en 2014-2015 avaient entrainé une consommation importante de munitions pour toutes les parties, mais à aucun moment les opérations d’un des camps n’avaient été stoppées « faute de munitions ». Si la logistique « du dernier kilomètre » était parfois compliquée, les réserves avaient suffit à alimenter en quantité les engagements.

 

1914-1945 : industrialisation de la guerre, surconsommation de munitions

L’invasion russe de l’Ukraine change beaucoup de choses, en nous ramenant à un état de fait connu depuis 1914, mais qui avait lentement perdu de son importante après 1945 : un conflit moderne de haute intensité entraine une consommation de munitions qui dépasse rapidement les capacités nationales de production, ce qui oblige à prévoir des stocks d’autant plus important que les opérations sont appelées à durer et que les capacités de production seront compliquées à étendre. De l’ampleur des stocks initiaux dépend en partie la durée de la phase initiale de « plus haute intensité ». Cette consommation se conjugue à des pertes militaires qui érodent rapidement les forces disponibles au début du conflit. Même en situation de domination sur le champ de bataille, une armée moderne peut être « détruite par la victoire » si les combats dépassent durablement sa capacité à remplacer munitions et soldats. Et si un des protagonistes tombe à court de munitions ou de personnel avant son opposant, il peut se retrouver en situation très difficile, le condamnant à perdre faute de réserves ou de profondeur stratégique suffisante.

Ce point était inconnu avant 1914, à une ère où la question des fourrages de cavalerie dépassait en importance et en volume celle des munitions. Ainsi, Martin van Creveld, dans son ouvrage séminal Supplying War publié en 1977, notait que les canons prussiens avaient tiré en moyenne 199 obus pendant toute la campagne de 1870-1871 (soit à peine plus d’un obus par jour), alors que les stocks de 1000 coups par canon prévus par l’armée allemande en 1914 furent épuisés en 45 jours (soit 22 coups par jour). Depuis cette « envolée » liée à l’industrialisation massive du premier conflit mondial, la consommation des armées modernes avait augmenté à mesure qu’augmentaient la cadence de feu, les effectifs et le calibre des armes, jusqu’aux 53 millions d’obus tirés en 10 mois pendant la bataille de Verdun (près de 180 000 coups par jour, l’armée allemande tirant environ un million d’obus au premier jour de l’offensive). Même si la Seconde Guerre mondiale, par le retour de la mobilité, réduisit les cadences, l’artillerie britannique en Normandie, en 1944, tira une moyenne quotidienne de 76 coups par canon de 25 livres.

 

La Guerre du Golfe : l’ère du « moins, mais mieux »

La Guerre du Golfe, en 1991 fit entrer les armées occidentales de plain pied dans une nouvelle réalité (qui avait en fait commencé son évolution dès la fin de la Seconde Guerre mondiale) : la précision des armes modernes permet de réduire à la fois les effectifs et le besoin logistique en munitions et donc le besoin de production, tandis que la diminution (assez conjoncturelle) des pertes humaines réduit le besoin de réserves. Ainsi, le nombre de coups consommés par l’armée américaine pour détruire un véhicule ennemi était passé, d’après l’étude de 2005 du Major William Freeman, de 14 en 1944 à 1,2 en 1991. Bien que dans le même temps le calibre des canons soit passé de 75 mm à 120 mm et le poids des obus de 7 à 18 kilos, cela représentait tout de même une réduction de 78% du poids des munitions consommées par adversaire détruit.

L’amélioration de la « qualité » du tir, grâce à une combinaison de technologie, de doctrine, de formation et, il faut le dire, de médiocrité de l’adversaire, permit aux VIIe et XVIIIe corps de l’armée américaine de ne consommer que 14 061 coups de 120 mm pendant la campagne de 1991, pour 1904 chars M1A1 déployés en opération, soit 7,4 coups par char (ou 0,17 coups par jour en 43 jours d’offensive « Desert Storm »). La consommation diminua encore en 2003, pour n’atteindre que 1 576 obus pour 450 chars engagés, soit à peine 3,5 coups par char pendant les 21 premiers jours d’opérations (ou 0,16 coups par jour, un chiffre finalement assez similaire). La consommation de missiles antichar TOW par les forces américaines connut également des volumes assez modestes : 964 unités tirées en 41 jours en 1991 (23 par jour) et 375 en 2003 (18 par jour). Le missile Dragon (ancêtre du Javelin) ne fut tiré que 36 fois en 1991.

Bien entendu, il faut tenir compte dans ces opérations modernes de l’écart considérable qui existait entre les forces américaines et irakiennes. Ces dernières, incapables de maîtriser la complexité du combat combiné moderne, avaient constitué un adversaire très faible.

Il faut noter que cette amélioration de la « qualité » des tirs a abouti à une diminution très significative de l’empreinte logistique des grandes opérations depuis la seconde guerre mondiale (hors produits pétroliers), ainsi que le montre l’évolution étudiée par l’Armée américaine des déploiements en grandes opérations de 1950 à 1991 :

Opération Hommes Tonnage logistique Tonnes/homme
Guerre de Corée 1950 45 800 1 622 200 35,4
Vietnam 1965 168 400 1 376 400 8,17
Arabie Saoudite 1990 295 800 2 280 000 7,7

 

Bien entendu, il faut tenir compte, pour la Corée, de la part du flux logistique qui fut destiné à l’équipement de l’armée coréenne (qui exista également pour le Vietnam). Il n’empêche : la combinaison de meilleurs matériels, de meilleures doctrines et de meilleur entrainement a sans doute permis de diviser par deux ou trois l’empreinte logistique générale « sèche » par homme sur le champ de bataille depuis 1945, malgré l’accroissement des calibres, de la taille des véhicules et de la cadence de feu théorique des armes (la taille et la puissance des véhicules ayant en revanche fait exploser la demande de produits pétroliers).

Il faut noter en revanche la trajectoire contrastée de l’armée russe actuelle, dont les conséquences en Ukraine sont patentes : en faisant reposer une grande partie de ses capacités sur son artillerie et, spécifiquement, sur ses lance-roquettes lourds, elle s’impose des besoins logistiques plus importants à nombre égal de coups tirés que les armées occidentales, alors même que son parc de véhicules est insuffisant. L’armée russe est donc, comme le notait de manière prophétique Alex Vershinin, forcée de recourir massivement à la logistique ferroviaire, qui est devenue son « centre de gravité » moderne (et son talon d’Achille en manœuvre offensive hors axes de communication).

 

Opex, « guerre asymétrique » et contrôleurs de gestion – la mort des stocks

Cette diminution tendancielle du nombre de coups tirés en opération alla en s’amplifiant après 1991. Encore faut-il garder à l’esprit qu’elle s’appuyait sur des stocks importants, issus de la Guerre froide. De 1945 à 1991, des stocks massifs de munitions, de la cartouche d’infanterie au missile de croisière, furent constitués par les deux blocs, ainsi que de véhicules et d’avions de combat. Ces stocks permirent largement d’alimenter les grandes opérations jusqu’à la fin des années 1990. Ils connurent des destins divers, alimentant le marché secondaire de l’export ou étant remis en réserve de manière plus ou moins soignée, voire faisant l’objet de revalorisations. Ainsi, l’armée russe moderne « vit » toujours sur son stock de chars T-72 dont la conception remonte aux années 1960, mais qui ont été revalorisés pour servir aux côtés des matériels plus modernes et conserver un effet de masse sur le sol national. Une trajectoire radicalement différente de celle choisie par la France pour son parc blindé…

En parallèle de cette « vie sur les stocks », l’avènement des munitions de précision dans le contexte des « petites opérations extérieures » permit de ne pas compenser l’épuisement et la réduction des stocks, sur fond de baisse des crédits consacrés à la défense. Le poste munitionnaire est en effet un des plus simples à « arbitrer » : il est moins engageant que les grands matériels et moins sensible que les salaires. Une munition ayant une durée de vie limitée en raison de contraintes pyrotechniques, elle constitue un stock plus ou moins « périssable », cible de choix pour les contrôleurs de gestion qui voient en lui un gaspillage improductif.

La consommation dans les opérations modernes étant faible, il semblait que le maintien d’une capacité industrielle minimale était suffisant pour garantir pérennité de l’innovation et disponibilité des munitions modernes pours des tirs sporadiques. Les stocks des armées occidentales sont maintenant dimensionnés pour le « temps long de la paix et des petites Opex », pour une consommation de munitions qui dépasse à peine les besoins de l’entrainement et l’usure des matériel au long de leur vie.

 

Le retour de la surconsommation – le cas du missile Javelin en Ukraine

L’invasion de l’Ukraine par la Russie fracasse cet état de fait sur le mur de la réalité des opérations. Le cas du missile Javelin est ainsi très emblématique et peut servir d’exemple. Livré à l’Ukraine depuis 2018, le missile américain antichar, d’une valeur d’environ 80 000 dollars par coup (hors poste de tir) est une des plus emblématiques des 30 000 armes antichars fournies à l’Ukraine, au point de devenir un « même » sous la forme de l’icône apocryphe « Sainte Javeline » avec son site internet. Depuis son entrée en service, environ 50 000 unités ont été achetées par les Etats-Unis. Toutefois, les capacités de production ont été régulièrement diminuées sur la dernière décennie sur la base d’évaluations qui considéraient que les stocks et les commandes étaient trop importants. La production d’environ 3000 missiles Javelin par an depuis 1999 repose sur un nombre sans cesse réduit d’usines et a même diminué pour atteindre 2037 unités entre 2020 et 2022, soit 679 unités par an. Il faut se souvenir que le plan d’acquisition initial de 1996 prévoyait l‘achat d’un peu plus de 31 000 missiles sur trois ans, soit une production quinze fois supérieure. La production pourrait cependant remonter cette année jusqu’à 6 000 missiles par an, d’après le DoD, soit 60% de ce qu’elle était il y a un quart de siècle.

Cette production est à mettre en regard avec la consommation ukrainienne depuis le début des hostilités. Le gouvernement ukrainien a ainsi formulé une demande pour des livraisons de 500 missiles Javelin et 500 Stinger antiaériens par jour et des rapports ont signalé jusqu’à 300 tirs de Javelin par jour. On voit le contraste avec l’utilisation cumulée en Afghanistan : pendant les vingt ans d’opérations, les États-Unis avaient consommé 5 000 missiles Javelin environ, soit 250 par an (un par « jour ouvré » pourrait-on dire). Même si la consommation ukrainienne est sans doute appelée à diminuer avec la baisse de l’intensité des combats, elle restera élevée, dépassant de loin les capacités de production américaines qui sont actuellement équivalentes à une consommation de 16 missiles par jour, à condition qu’elle atteigne bien les 6 000 unités promises et qu’elle soit en totalité destinée à l’Ukraine, ce qui semble hautement improbable.

Côté français, ces chiffres sont à mettre en perspective avec les quelques 360 000 missiles MILAN produits pour plus de 35 pays (un des programmes européens les plus réussis à ce jour), ou avec les 1 950 missiles MMP commandés pour l’armée française.

Encore l’armée ukrainienne ne manque-elle pas d’effectifs pour manier les armes qui lui sont livrées, malgré les pertes sur le champ de bataille. Avec plus de 200 000 réservistes pour 215 000 personnels militaires d’active, l’Ukraine a commencé la guerre avec une certaine capacité à absorber les pertes et à durer. Même si le missile Javelin est « facile d’emploi » et que le contexte de défense urbaine favorise les Ukrainiens, tirer le meilleur parti tactique de chaque munition requiert les compétences abouties d’un vrai fantassin, formé et entrainé pour opérer dans le cadre de la manœuvre de son unité. Choisir les cibles, le bon moment pour tirer, ne pas gaspiller une munition rare et chère sur des véhicules sans importance, avoir les bons réflexes tactiques de mouvement et de camouflage, la bonne discipline radio, conserver ses gestes et son sang-froid sous le feu, cela s’acquiert avec de l’entrainement. Un réserviste peut être « rafraîchi » rapidement en zone arrière, et venir combler les pertes des unités de première ligne après une courte période de remise à niveau. Avec les volontaires qui n’ont jamais ni porté un uniforme ni tenu un fusil, tout est à apprendre, ce qui prend des mois, voire des années pour les spécialistes.

Pour l’heure, pour alimenter ces nombreux soldats ukrainiens, les Occidentaux puisent dans leurs stocks : les Stingers antiaériens (qui ne sont plus en production), les Javelin, les N-Law de l’armée anglaise, les lance-roquette AT-4 suédois, …etc. Le flux va immanquablement se tarir, rapidement. Passés une centaine de jours, les Occidentaux devront arbitrer entre le besoin de garder des stocks nationaux et leur désir d’aider l’Ukraine. Aucun État, pas même les États-Unis, n’est en capacité d’augmenter rapidement sa production de missiles antichar ou antiaériens pour, disons, la multiplier par dix, ce qui permettrait d’avoir un vrai flux continu à même d’alimenter les opérations en Ukraine. Et, bien entendu, la situation est encore plus critique pour des stocks de matériels plus importants. La Russie de son côté a rapidement épuisé la partie disponible (hors réserve face à l’OTAN) de son stock d’armes de précision, déjà bien entamé en Syrie, ce qui fait partie des facteurs contraignant son aviation à choisir entre l’inactivité et la mise en œuvre plus périlleuse et moins efficace d’armes non guidées.

 

Tout ça, c’est de l’industrie…

Cette incapacité à augmenter rapidement la production s’explique notamment par l’abandon, constant depuis 1991, des capacités de production de munitions par les pays occidentaux. Alors que la Guerre froide avait vu la conservation de capacités assez larges, issues de la seconde guerre mondiale, cette érosion s’est engagée avec les « dividendes de la paix » et accélérée avec la désindustrialisation des pays occidentaux au profit principalement de la Chine après 2000. Ce recul de l’industrie s’est accompagné d’un recul des effectifs de la classe ouvrière. Or, si les gains de production ont été importants depuis un siècle, la réalité reste implacable : pour augmenter la production, il faut des usines, des matières premières, de l’énergie et de la main d’œuvre. Si une banque centrale peut « inventer » de l’argent pour payer une nouvelle usine en cas de crise, la formation de nouveaux ouvriers prend toujours des mois, voire des années pour les plus pointus d’entre eux ; à condition que la carrière ouvrière soit rendue désirable par l’attractivité de ses rémunérations, de ses conditions de travail et de son statut social, ce qui n’est objectivement plus le cas en France.

Les implications de cette situation pour les armées occidentales sont importantes. En contexte de défense territoriale, on consomme beaucoup de munitions, on perd beaucoup de matériels et on perd beaucoup d’hommes. Et les usines peuvent se trouver exposées, ce qui impose de les disperser et de prévoir des redondances (un sujet dont nous avions fait l’amère expérience en 1914). Partir à la guerre avec une armée professionnelle très efficace mais aux effectifs réduits, avec peu de stocks et une capacité industrielle taillée au plus juste, c’est courir à la catastrophe, à l’hypoxie, face à un adversaire qui aurait des stocks supérieurs, même de vieux matériel. Encore n’a t-on évoqué ici que l’armement d’infanterie et les fantassins. La Russie semble avoir perdu de manière documentée une dizaine d’appareils multirôles depuis le début du conflit. Les pertes réelles sont sans doute très supérieures : crashs non repérés, ou appareils ramenés mais inutilisables pourraient amener à doubler ou tripler ce chiffre. 20 ou 30 appareils en un mois « consommés » par une force aérienne majeure, c’est un chiffre à mettre en regard avec la capacité de Dassault de produire 3 Rafale par mois. La situation des chars d’assaut est similaire. Les plus de 360 chars perdus au 1e avril représentent environ deux ans de production russe (175 exemplaires par an) de l’usine d’Uralvagonzavod (à l’arrêt par manque de pièces). Une grande partie de la capacité des chaines nationales était d’ailleurs consacrée à l’export, ce qui implique que la Russie sera moins présente sur les marchés neufs dans les années à venir. Mais avec un stock théorique de plus de 12 000 chars, la Russie dispose, en théorie, d’un potentiel de régénération significatif. Même en considérant que seul un quart des blindés serait utilisables, cela laisse de quoi « encaisser » dans la durée la rigueur du champ de bataille. L’intérêt de conserver les matériels anciens en parc est ici souligné. Avec une base nationale industrielle solide, la revalorisation des matériels anciens en seconde ligne est à la fois pertinente sur le plan capacitaire, plus rapide qu’une production neuve et peut même être économiquement intéressante. Elle fournit une capacité à durer, passée la phase initiale de plus haute intensité, qui est aussi maintenant la phase pendant laquelle se consomment la majorité des munitions « intelligentes ». Il y a bien, comme l’anticipait Olivier Dujardin en 2020, une phase « de haute modernité » et une phase plus « rustique », avec usage sporadique de matériels de pointe. Revaloriser des matériels anciens et étendre leurs capacités par quelques capteurs modernes, une meilleure interconnexion et des doctrines adaptées permet des gains d’efficacité géométriques comme le soulignait Joseph Henrotin avec l’exemple de l’artillerie russe moderne et du vénérable lance-roquette BM-21, utilisé pour la première par l’URSS fois face à la Chine en 1969.

 

En France, plus de pétrole, plus de stocks. Des idées ?

Que cette situation signifie-elle pour la France ? Après tout, la France n’est pas menacée sur son territoire national par une invasion d’ampleur et la dissuasion nucléaire constitue le rempart permanent contre une telle menace. C’est parce que nous ne voulions plus revivre une quatrième invasion sur le sol national après trois épisodes dramatiques en 70 ans que le choix de la sanctuarisation par l’atome a été judicieusement fait. Mais les implications de la situation actuelle nous concernent également. En tant que nation de l’espace européen, nous avons vocation à participer à sa défense, aux cotés de nos voisins, avec lesquels nous partageons une communauté objective de destin, par l’importance et l’ancienneté de nos échanges économiques, culturels et symboliques. Qui sait quelles menaces cet espace européen pourrait avoir à affronter d’ici dix, vingt ou trente ans ? Le changement climatique et les pénuries généralisées d’énergie et de matières premières accroissent considérablement l’incertitude stratégique et le risque d’une guerre déclenchée pour accaparer des ressources qui ne seraient plus disponibles sur les marchés. Les nations de l’espace européen, membres ou non de l’UE, n’auront sans doute plus le luxe de pouvoir choisir leurs adversaires ou leurs combats.

Dans ce contexte, la France pourrait avoir à engager, durablement, plusieurs dizaines de milliers d’hommes aux confins de l’Europe pour participer à la défense collective du continent. Un risque d’autant plus prégnant à long terme que les Etats-Unis se désengageront inexorablement au moins en partie vers l’Asie. Pour faire face à cette réalité, il est impossible de continuer à vivre avec un format d’armée échantillonaire. Il faut retrouver à la fois des volumes capacitaires suffisants en matériels et personnels d’active, mais aussi constituer des stocks pour pouvoir remplacer nos pertes éventuelles, durer sur le champ de bataille et aider nos alliés. Ces stocks de munitions, de la cartouche d’infanterie au missile de croisière, du SUV au char d’assaut, devraient être complétés de « stocks humains ». Nous sommes aujourd’hui 77 000 réservistes en France (l’auteur fêtant cette année ses 20 ans de service dans la réserve opérationnelle), un effectif à mettre en regard avec les 206 000 militaires d’active que comptent les armées. A minima, un ratio de un pour un semble être, à l’image de l’exemple ukrainien, un objectif crédible pour une remontée en puissance des effectifs de réserve. Un réserviste pouvant « durer » de 5 à 10 ans pour des fonctions de combat, un tel horizon ne serait d’ailleurs pas un effort immense sur le plan démographique et pourrait sans doute être atteint par le seul volontariat. Même en incluant des pertes de 50% liées aux changements de carrière, et en tenant compte de la remontée des effectifs d’active (qui, forcément, sera lente), cela reviendrait à trouver environ 40 000 à 50 000 jeunes par an, dont 25% de femmes pour maintenir un taux de féminisation cohérent avec celui des armées. Cela représente moins de 10% d’une classe d’âge masculine et 3% d’une classe d’âge féminine.

Bien entendu, cela ne résoudrait pas nos problèmes industriels : pour mettre en œuvre un missile sur le champ de bataille, il faut un soldat, un ouvrier, et un réserviste pour « durer ». C’est l’horizon du temps long d’un nouveau monde de crises qui se dessine devant nous. Et cet horizon a un prix : celui que la nation est prête à payer pour son « assurance vie ». L’Ukraine n’est sans doute qu’un « début ». D’autres crises surviendront, dans les années qui viennent : conflits aux frontières de l’Europe ou qui menaceront nos concitoyens hors  métropole dans les collectivités d’outre-mer, mais aussi menaces sur le territoire national, qui se situeraient « sous le seuil » de l’arme nucléaire : raids en profondeur de commandos ou de troupes aéroportées, infiltrations de saboteurs, commandos terroristes de grande ampleur… Face à ces situations, la défense territoriale manque de moyens, tout comme la gendarmerie. Là encore, il nous faut des personnels formés et entraînés, des stocks de munitions et de matériel, pour pouvoir générer de nouvelles unités et remplacer des pertes, tout en limitant quand même les effectifs permanents de temps de paix au plus juste. Il nous faut aussi des capacités de production nationales et des acteurs économiques qui soient préservés de la compétition mondiale par des exceptions liées aux impératifs de la défense nationale, à faire valoir contre les traités de libre échange, à la manière américaine. En somme, il nous faut quitter un modèle d’armée du second empire et revenir à celui, plus équilibré, de la troisième république de 1914, qui conjugue capacités de projection et défense territoriale, personnels d’active et de réserve, défense militaire et civile, préparation nationale industrielle et politique. Et c’est sur ce dernier point que le plus important travail reste peut-être à faire, comme l’atteste la récente (et hallucinante) annulation de 346 millions de crédits du Ministère des armées.


*Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l’équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.

Point de situation des opérations en Ukraine 7 avril 2022

Point de situation des opérations en Ukraine 7 avril 2022

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 7 avril 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/

Situation générale

Evacuation complète du Nord de l’Ukraine. Les trois armées russes engagées à l’Ouest et au Nord de Kiev sont en cours de recomplétement en Biélorussie et probablement inaptes au combat. La 2e AG et la 6eA tiennent la frontière Est entre Soumy et Kharkiv. La 1ère ABG a été transférée dans le secteur Donbass-Nord en vue de la bataille décisive du mois d’avril. Hors Marioupol, les autres secteurs ne font l’objet que d’opérations limitées.

Situations particulières

Donbass-Nord

La zone de combat Donbass-Nord peut être divisée en trois secteurs : Yzioum, rivière Donets face au bastion Sloviansk-Kabarovsk et Severodonetsk. L’ensemble semble avoir été pris en compte par l’état-major de la 1ère Armée blindée de la garde, venu de la région de Soumy, et qui prend sous commandement puis celui d’états-majors de division (3e DM, 144e DM) une dizaine de GTIA de marche et sans doute aussi la 106e Division aéroportée, peu engagée jusque-là. Lorsque cette masse d’attaque sera usée au combat fin avril-début mai, la capacité de manœuvre russe sera réduite à peu de choses. Quoiqu’il arrive à ce moment-là, il sera sans doute nécessaire de procéder à une longue pause opérationnelle.

Face à la 1ère ABG, dans le secteur d’Yzium les forces ukrainiennes sont réduites à trois unités régulières : la 25e Aéroportée et les 81e et 95e brigades d’assaut aérien (en réalité des brigades d’infanterie mécanisée). Le bastion Sloviansk-Kabarovsk est solidement tenue par la 57e brigade motorisée et plusieurs unités territoriales ou paramilitaires (police, milices organisées) et Severodonetsk par la 79e brigade d’assaut par air et là encore plusieurs unités territoriales et paramilitaires.

Les forces ukrainiennes de la zone représentent 1/6e des forces totales. Elles sont de bon niveau tactique et s’appuient sur des positions solides mais elles sont déjà usées.

L’intention russe est clairement à l’Est de s’emparer au plus vite du saillant de Severdonetsk et surtout à l’Ouest de pousser d’Yzium vers Bervinkove, une petite ville de 8 000 habitants à 30 km à l’Ouest de Sloviansk tenue par la 85e brigade. Il n’est pas question pour l’instant de s’emparer du bastion urbain Sloviansk-Kabarovsk mais de le contourner.

Donbass-Est

Le 2e Corps d’armée LNR accompagne par l’Est l’action russe contre Severodonetsk et tente plus au Sud de s’emparer de Popasna tenue par la 24e brigade mécanisée ukrainienne.

Le 1er Cors d’armée DNR tente toujours de progresser vers l’Ouest depuis la ville de Donetsk sur la N15 et surtout l’autoroute E50 mais la 95e brigade d’assaut aérien résiste sur des positions fortifiées.

Donbass-Sud

Les Russes progressent toujours dans Marioupol mais très lentement. L’incertitude est complète sur la date de la prise de la ville. Il paraît difficile d’imaginer que la 150e division motorisée russe soit capable d’enchaîner un nouveau combat à l’issue, par exemple en direction de Zaporijjia.

Equilibre des forces dans la ligne Sud Donbass entre trois brigades ukrainiennes en défense (59e, 56e et 53e motorisées/mécanisées) et la 42e division motorisée russe. La prise de Zaporijjia serait d’un grand intérêt pour les Russes mais ils se contentent pour l’instant de bombarder la ville, en attendant sans doute les moyens d’une attaque.

Sud-Ouest

Attaques ukrainiennes Kherson depuis Kryvyi Rhi et Mykolayev. La reprise de Kherson par les forces ukrainiennes et le franchissement du Dniepr serait un coup très dur porté aux Russes, mais c’est très peu probable.

Notes

La structure de base de l’armée de Terre russe est le « GTIA lourd » de 800 à 1000 hommes, à 120 véhicules blindés dont une puissante artillerie (il s’agit en fait d’un bataillon de « mêlée » et d’un bataillon d’artillerie accolés). La structure ukrainienne est différente avec des « GTIA légers » de 300 à 500 hommes, de différentes configurations en fonction de leurs équipements majeurs, mais presqu’entièrement de mêlée.

Les GTIA russes sont réunis par deux, trois ou parfois quatre, dans des brigades indépendantes ou des régiments incorporés dans des divisions blindées ou motorisées, brigades ou divisions commandées par des armées.

Les GTIA ukrainiens sont regroupés par trois ou quatre, avec un groupement d’artillerie dans une brigade d’environ 3 000 hommes. En fonction du dosage des types de GTIA, l’armée ukrainienne dispose d’une trentaine de brigades de différents type (blindées, mécanisées, motorisées, montagne, légère, assaut aérien, aéroportée, infanterie navale).

Au niveau tactique (le combat local), il existe un seuil de densité de forces sur les points de contact en dessous duquel on n’exerce pas assez de puissance de feu pour être efficace et au-dessus duquel on ajoute surtout des pertes. Cela conduit à des rapports de volumes souvent proches (très rarement supérieurs à 2 contre 1).

Le GTIA Ukrainien semble mieux adapté que le russe, à la fois lourd à commander, insuffisant en troupes de contact et moins efficace dans ces feux indirects face à un adversaire en défense dans une localité ou dans une position très retranchée, ce qui est souvent le cas. Les expériences russes réussies de 2014 et 2015 ont pu être trompeuses dans la mesure où les GTIA bénéficiaient de l’infanterie des milices séparatistes et où les unités ukrainiennes moins bien organisées n’étaient pas dans des positions aussi solides.

L’organisation générale ukrainienne est zonale avec quatre commandements régionaux qui combinent ces brigades de manœuvre, des éléments organiques (une brigade d’artillerie et un bataillon de reconnaissance par région, par exemple), les bataillons territoriaux de réservistes et les bataillons de volontaires divers souvent rattachés au ministère de l’Intérieur, pour former des groupements ad hoc de défense de zones. Ces groupements de zones, par exemple à Chernihiv articulés autour de la 1ère brigade blindée ukrainienne, ont pu résister chacun à une armée complète russe.

De l’importance des réserves, dans l’armée territoriale bien sûr mais aussi dans l’armée régulière avec notamment un tiers des brigades les plus lourdes. Sans réservistes, l’armée ukrainienne n’aurait sans doute pas résisté, et avec de réelles unités de réserve professionnelles, l’armée russe ne se trouverait pas dans cette situation.  

Le retour du service militaire fait de nouveau débat en Allemagne

Le retour du service militaire fait de nouveau débat en Allemagne

 

Durant la campagne présidentielle de 2017, le candidat Emmanuel Macron avait proposé d’instaurer un « service militaire universel » obligatoire d’une durée d’un mois. Cette idée avait-elle été émise pour séduire une partie de l’électorat dont une partie, selon les enquêtes d’opinions, serait favorable à un retour de la conscription? Ou traduisait-elle une conviction profonde, en dépit qu’un tel projet allait être difficile à mettre en oeuvre? En tout cas, cette proposition s’est depuis transformée en un « service national universel » qui, a priori, peine à trouver sa vitesse de croisière.

Qu’en sera-t-il pour les prochaines échéances électorales, alors que M. Macron, qui ne s’est pas encore déclaré candidat pour un nouveau mandat, a prévenu que l’invasion de l’Ukraine par la Russie allait avoir « des conséquences durables et profondes […] sur nos vies » et exigerait de prendre les décisions qui « s’imposeront »?

Sans doute que le débat qui vient de [re]naître en Allemagne aura une influence en France. Pour rappel, Berlin a décidé de suspendre la conscription en 2010. Et les derniers conscrits furent incorporés au sein de la Bundeswehr pour une durée de six mois, en janvier 2011.

À l’époque, il était question de porter l’effectif total des forces armées allemandes à 185’000 soldats, grâce au recrutement de 15’000 volontaires par an. Et il s’agissait ainsi pour ces dernières d’être en mesure de déployer davantage d’hommes sur les théâtres d’opérations extérieurs. Seulement, en raison d’une démographie atone, d’un faible taux de chômage chez des jeunes peu portés sur la vie militaire, la Bundeswehr a régulièrement été à la peine pour trouver des recrues… au point qu’il fut un temps proposé d’ouvrir son recrutement à des ressortissants européens.

Quoi qu’il en soit, depuis la décision du président russe, Vladimir Poutine, d’envahir l’est de l’Ukraine, l’idée de rétablir le service militaire s’est rapidement imposée dans le débat politique allemand. Et selon de nouvelles modalités puisqu’il serait question pour l’ensemble d’une classe d’âge [garçons et filles] d’effectuer un an sous les drapeaux [ou dans un serice d’intérêt général] à la fin du cursus scolaire.

Porte parole du SPD [le parti du chancelier Olaf Scholz, ndlr] pour les questions de défense, Wolfgang Hellmich a ainsi estimé nécessaire d’avoir un débat sur ce retour de la conscription outre-Rhin. Et cela de « façon urgente car nous besoin d’un consensus au niveau de la société sur ce sujet », a-t-il dit, dans le colonnes du Rheinische Post. Et d’estimer que cela « encouragerait l’esprit de solidarité ».

À l’autre bord de l’échiquier politique allemand, la vice-présidente du Parti chrétien-démocrate [CDU] Carsten Linnemann, a exprimé la même opinion. « Un tel service renforcerait la résistance de notre société, en fournissant des compétences sociales dont un pays a besoin en temps de crise », a-t-elle confié au quotidien Bild.

Pour Joachim Krause, directeur de l’Institut de politique de sécurité de Kiel, ce retour de la conscription est quasiment inéluctable. « L’Otan est en train de repasser à une stratégie de dissuasion et l’Allemagne va devoir participer car elle est le pays le plus important en matière de forces terrestres et nous avons de grands déficits. Et je pense que nous allons probablement devoir réintroduire le service militaire obligatoire », a-t-il fait valoir, à l’antenne de la chaîne Sat 1.

Cependant, tout le monde n’est pas sur la même ligne. Commissaire parlementaire auprès de la Bundeswehr, Eva Högl [SPD] estime, au contraire, que le retour de la conscription n’est pas une priorité, contrairement au renforcement qualitatif des capacités militaires allemandes. « Nous avons besoin de technologie et de système d’armement, pas de têtes », a abondé Florian Hahn, membre de la CSU [le parti bavarois associé à la CDU].

Pour que le service militaire soit de nouveau en vigueur outre-Rhin, il faudrait que les deux tiers des députés du Bundestag y soient favorables. Le débat ne fait sans doute que commencer… Et peut-être que la Suède, qui a récemment remis la conscription au goût du jour après l’avoir suspendu, sera prise en exemple.

Les réservistes de la Gendarmerie et de la Police OPJ pendant 5 ans

Les réservistes de la Gendarmerie et de la Police OPJ pendant 5 ans


Réserviste en train de procéder aux opérations de contrôle personnel de sécurité sur un MASG1 avant un départ en mission (Photo d’illustration LVDG)

Les retraités réservistes opérationnels de la Gendarmerie et de la Police qui avaient la qualité d’officier de police judiciaire (OPJ) en activité vont pouvoir la conserver pour une durée de 5 ans à compter de leur départ à la retraite. Poussée par le député (UDI) Christophe Naegelen, sollicité par l’APNM Gendarmes & Citoyens, cette disposition réclamée par les retraités n’avait pas été incluse dans la loi sur la sécurité globale mais a été insérée par le ministère de l’Intérieur dans la nouvelle loi sur la responsabilité pénale et la sécurité intérieure.

Cette disposition, déposée sous forme d’une proposition de loi en mars 2020 portée par le député des Vosges (UDI, Agir, indépendant) Christophe Naegelen, sollicité par l’APNM Gendarmes & Citoyens est donc désormais une réalité.

Sur le même thème : Un député et Gendarmes & Citoyens demandent le maintien de la qualification OPJ pour les réservistes anciens de l’Arme

Jusqu’à maintenant, les réservistes anciens de l’arme perdaient leur habilitation d’OPJ et n’étaient que agents de police judiciaire (APJ), tandis que les autres réservistes qui ne sont pas anciens de l’Arme, sont agents de police judiciaire adjoints (APJA).

Le président de Gendarmes & Citoyens fier de cette évolution majeure

Dans un précédent article consacré à ce dispositif, l’adjudant Thierry Guerrero, président de l’Association professionnelle nationale militaire Gendarmes & Citoyens, qui porte ce projet depuis plusieurs années, s’était dit “particulièrement fier de cette évolution majeure pour notre institution”.

Un maintien soumis à conditions

Pour conserver cette qualité, les OPJ devront néanmoins respecter quelques conditions. Ils devront d’abord effectuer une actualisation de leurs connaissances.

 Art. 16-1 A.Lorsqu’ils servent dans la réserve opérationnelle de la police nationale ou dans la réserve opérationnelle de la Gendarmerie nationale, les fonctionnaires de la police nationale et les militaires de la Gendarmerie nationale actifs ou à la retraite ayant eu durant leur activité la qualité d’officier de police judiciaire peuvent, après une actualisation de leurs connaissances et dès lors qu’est établi qu’ils réunissent les conditions d’expérience et d’aptitude requises, conserver la qualité d’officier de police judiciaire pour une durée de cinq ans à compter de la date de leur départ à la retraite.
Toutefois, ils ne peuvent exercer effectivement les attributions attachées à leur qualité d’officier de police judiciaire et se prévaloir de cette qualité que s’ils sont affectés à des missions comportant l’exercice de ces attributions et en application d’une décision du procureur général près la cour d’appel les y habilitant personnellement. 
L’habilitation est délivrée par le procureur général près la cour d’appel dans le ressort de laquelle intervient la première affectation du réserviste. Sous réserve du premier alinéa, elle est valable pour toute la durée de l’engagement dans la réserve, y compris en cas de changement d’affectation. Le procureur général peut prononcer le retrait de l’habilitation ou sa suspension pour une durée déterminée
.”

Texte de loi sur la responsabilité pénale et la sécurité intérieure

Reconstruire la défense opérationnelle du territoire pour crédibiliser la dissuasion

Reconstruire la défense opérationnelle du territoire pour crédibiliser la dissuasion



Pour le général de division (2S) Vincent Desportes l’urgence est à une forte évolution de notre modèle pour l’adapter à la réalité géopolitique actuelle.

Nos belles armées ont d’immenses qualités, dont celle de l’excellence. Elles ont quelques défauts, le moindre n’étant pas leur manque d’épaisseur, donc leur manque de résilience et de capacité à durer dès lors que les opérations changeraient de nature, de volume et de rythme.

Mais elles en ont un autre, beaucoup plus grave. Le système de forces est organisé sur un modèle dépassé, dont l’économie générale n’a pas varié depuis un quart de siècle. L’environnement, lui, a changé ; profondément. Les risques ont grandi et muté ; drastiquement. Pourtant, le modèle de forces est resté identique, ne subissant que de marginales évolutions, techniques et non stratégiques.

Nos forces armées doivent certes changer rapidement d’échelle à l’instar des menaces, mais également intégrer non par défaut mais par volonté la menace directe sur le territoire national, avérée et permanente aujourd’hui, menace qui d’ailleurs s’amplifierait dramatiquement en cas de conflit de haute intensité.

Il faut donc revaloriser l’idée de défense opérationnelle du territoire : prenant l’Histoire à contre-pied, elle est devenue aujourd’hui un concept creux, sans substance, puisque dépouillé de moyens d’action sérieux. La puissance de nos armées doit au contraire reposer sur une base arrière solide, dotée de forces d’active dédiées à sa protection.

Des modèles dépassés

Quel est le problème des armées françaises — qui est en fait celui de la France ? C’est que leur modèle, inchangé depuis la professionnalisation des armées il y a 25 ans, est fondé sur un monde qui a aujourd’hui disparu.

Le modèle de la guerre froide, ce sont :

  1. Quelques moyens destinés aux opérations extérieures liées soit à nos responsabilités africaines ou moyen-orientales soit aux manœuvres de contournement périphériques soviétiques ;
  2. L’outil central de la dissuasion nucléaires dans ses différentes composantes avec leurs vastes soutiens ;
  3. Un corps de bataille soit capable (très hypothétiquement) d’arrêter un flux blindé soviétique qui, du côté de Fulda ou de Munich, aurait percé les forces alliées de la « bataille de l’avant », soit destiné à être détruit de manière à justifier aux yeux du monde et des générations futures le déclenchement de l’Apocalypse. On conserva quelque temps des forces dites de Défense opérationnelle du territoire qui avaient toute leur nécessité mais qui, pour préserver le supposé essentiel et moderniser les parcs et flottes, furent bientôt offertes en sacrifice aux comptables de Bercy.

Retournement complet de situation à la chute du mur de Berlin. D’une part l’ennemi n’est plus à « une étape du Tour de France », selon l’expression du général De Gaulle, et, d’autre part, le constat est fait que les armées françaises se battront désormais à l’extérieur du territoire national pour des enjeux qu’il sera difficile de présenter comme vitaux aux citoyens-électeurs. Les présidents Mitterrand (à l’occasion de la guerre du Golfe) et Chirac prennent acte du fait que le modèle de la conscription est momentanément condamné, d’autant qu’aucune menace ne vise plus directement le territoire national et sa population : en 1996, décision est prise, à juste titre dans les circonstances du moment, de professionnaliser l’armée. Et d’en réduire drastiquement le format. D’abord, parce que les temps sont aux illusoires « dividendes de la paix » et à la dictature de l’État-providence. Ensuite, parce qu’une armée professionnelle coûte beaucoup plus cher qu’une armée de conscription ; et enfin, pour préserver les moyens de tenir notre rang, en particulier vis-à-vis de notre grand protecteur, dans la course ruineuse à l’hyper-technologie.

Année après année nos forces perdent de l’épaisseur, avec deux décrochages terribles sous les présidences Sarkozy et Hollande. Qui pourrait s’y opposer ? Il est impossible de prouver que leur volume est insuffisant pour les opérations somme toute modestes dans lesquelles elles sont engagées. Le modèle est donc celui :

  1. D’une dissuasion nucléaire réduite mais maintenue, ce qui est parfaitement raisonnable ;
  2. D’un corps expéditionnaire à trois composantes (terre, air, mer) apte à mener à bien des engagements interarmées mineurs mais incapable de conduire des opérations d’ampleur et même de protéger l’intégralité de l’espace national, qu’il soit terrestre ou maritime.

Adapter le modèle de force aux nouvelles circonstances de la guerre à venir

Le modèle qui vient d’être décrit n’a pas changé mais, pour leur part, les circonstances ont profondément évolué.

Il existe d’abord un problème de volume. Nous l’avons dit, nos forces conventionnelles ont d’ores et déjà un format inadapté à la montée des menaces et à la guerre qui vient. Les volumes qui peuvent être engagés à l’instant « T » sont certes à peu près appropriés à nos opérations courantes mais ils ne le sont pas du tout à celles que nous pourrions avoir à conduire dans un avenir plus proche que beaucoup ne le pensent. Elles manquent d’épaisseur pour être capables de faire face et de durer, mais aussi simplement pour être en mesure d’encaisser le premier choc puis de rebondir afin d’assurer leur mission première de protection de la France et des Français. Elles ne sont plus « résilientes » parce que la résilience suppose de l’épaisseur et qu’elles n’en ont pas ; or, la résilience est la vertu capitale des armées qui doivent continuer à opérer dans les pires conditions, lorsqu’autour d’elles plus rien ne fonctionne. Les armées doivent être dissuasives ― cela dépasse de très loin la force nucléaire qui n’est qu’une composante du système de dissuasion globale ― pour prévenir le danger mais être également capables de s’engager en force dans un conflit de haute intensité. Nous en sommes tellement loin que de simples adaptations incrémentales seraient irréalistes : il faut désormais changer d’échelle.

On peut jurer comme le ministre de la guerre de Napoléon III à la veille de l’infamante défaite de 1870 : « Nous sommes prêts et archi-prêts. La guerre, dut-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Ou encore affirmer haut et fort à l’instar du Président du Conseil Paul Reynaud en septembre 1939 (au moment où la France, malgré son armée inadaptée à la confrontation imminente, vient de déclarer la guerre à l’Allemagne) : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». Ces déclarations tonitruantes ne remplacent ni la clairvoyance ni les efforts ; la France, inclinant aisément à la posture de l’autruche en ce qui concerne ses politiques militaires, doit s’en rappeler. Maintenant !

Il y a ensuite ce problème de modèle. Les armées actuelles ont été construites à partir de 1996 sur la présupposition qu’il n’y avait ― et qu’il n’y aurait pas ― de menaces internes, et qu’elles n’auraient donc pas à s’engager sur le territoire national. Sauf à la marge. Dans ce cas, la ponction minime ponctuellement pratiquée sur les forces expéditionnaires n’en affecterait ni les capacités opérationnelles, ni l’entraînement. Ce postulat est faux depuis longtemps.

D’abord parce que la menace terroriste, loin de s’estomper, a changé de nature. Elle s’est déployée sur l’intégralité du territoire national et pérennisée sous la forme de frappes individuelles imprévisibles. Cette situation conduit aujourd’hui les armées à immobiliser soit directement sur le terrain, soit en réserve immédiate ou stratégique, 10 000 hommes environ. Ce prélèvement, bien qu’utile et légitime, diminue d’autant la capacité d’intervention externe mais surtout, en ce temps d’opérations extérieures permanentes, altère profondément la capacité à maintenir l’entraînement au niveau qu’exigent les opérations du moment sans parler de celles, beaucoup plus violentes et massives, qui sont à venir.

Ensuite, on ne peut imaginer un conflit de haute intensité qui se contenterait d’être un affrontement de laboratoire, hors sol, entre deux forces de haute technologie, un moderne « combat des Trente ». Immédiatement, l’ensemble du territoire national serait affecté. Il deviendrait la proie d’attaques ponctuelles dans la profondeur et le terrain de crises humanitaires volontairement déclenchées par la cyber-altération des réseaux, voire la cible d’éventuelles agressions d’une « 5e colonne » dont on aurait tort d’affirmer l’impossible émergence. Le gouvernement devrait assurer la défense aérienne et la défense maritime, mais également déployer sur de vastes zones des volumes de forces importants pour assurer l’ordre sur le territoire et la survie des populations, la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation, le maintien de sa liberté et la continuité de son action.

Où les trouverait-il ? Elles n’existent pas ! Deux solutions s’offriraient alors à lui : soit effectuer des prélèvements importants sur le corps expéditionnaire et de ce fait, le rendre inapte à sa mission première, celle de gagner la bataille de haute intensité. Ou bien « laisser tomber l’arrière », ce qui se traduirait à court terme par l’effondrement de l’avant. Pour sortir de ce dilemme, il faut adapter le modèle.

Dans une logique purement comptable, nous avions, pendant la guerre froide, préféré faire l’impasse sur les forces du territoire en niant une menace pourtant avérée, celle des Spetsnaz, ces forces spéciales russes entraînées en nombre et que la doctrine soviétique prévoyait de déployer chez l’ennemi dès le début d’un conflit pour y assassiner les responsables ― politiques en particulier ― et y semer le chaos et la panique[1].

Peut-on reconduire aujourd’hui la même tromperie ? Porter nos maigres forces au niveau qui leur permettrait de conduire efficacement leurs combats de haute intensité, sans se préoccuper du problème de l’arrière ? Autant imaginer qu’un boxeur peut se passer de ses jambes !

Nos forces doivent donc être rapidement restructurées autour de trois composantes :

  1. Nucléaire ;
  2. Expéditionnaire « de haute intensité » avec leurs trois dimensions terre-air-mer ;
  3. Défense opérationnelle du territoire.

Seul ce système ternaire ― coordonné avec les remarquables capacités complémentaires de la gendarmerie dans le domaine de la défense intérieure ― est adapté à la réalité des menaces, donc à la dissuasion globale, à la résilience et à l’action. C’est possible, pour un coût minimal. Voici comment.

Mettre sur pied rapidement nos forces de défense dans la profondeur

Quelles forces, quel volume, quel équipement ?

L’effet à obtenir est d’être en mesure de déployer sur très court préavis des troupes suffisantes, organisées, sur un terrain reconnu afin de pouvoir quadriller, circonscrire, contrôler, éventuellement réduire ou bien tenir jusqu’à l’arrivée de forces plus puissantes. Il faut donc des forces territoriales, connaissant parfaitement leur terrain (campagne et agglomérations), rustiques et robustes, autonomes, équipées d’un matériel performant, mais sans sophistication inutile[2].

Le couple cavalerie légère/infanterie motorisée, accompagné de ses appuis organiques (artillerie, génie, transmission) est adapté à ces missions. Ces forces pourraient être regroupées soit en régiments interarmes, soit en régiments d’armes embrigadés, dotés de matériels performants mais rustiques, véhicules 4×4, mortiers, camionnettes et automitrailleuses en particulier. Il serait dans un premier temps raisonnable de disposer dès que possible du volume d’une demi-brigade à deux régiments et leurs appuis pour chacune des sept zones de défense et de sécurité. Elles seraient placées sous le commandement des Officiers généraux de zone de défense et de sécurité (OGZDS) pour la conduite de la défense d’ensemble, les cinq zones ultramarines faisant l’objet d’adaptations locales. La force ainsi constituée serait, dans un premier temps, de l’ordre de la vingtaine de milliers d’hommes.

D’où proviendraient ces forces ?

La solution la moins onéreuse serait, comme d’habitude en France, de faire appel à des réservistes locaux convoqués régulièrement pour entraînement. C’est parfaitement illusoire. Tous ceux qui ont vécu la chimère des régiments dérivés connaissent ce qu’ils coutaient en temps et en substance aux régiments dérivants ; ils savent que leur valeur opérationnelle était extrêmement faible voire nulle, qu’ils étaient équipés de matériels le plus souvent parfaitement vétustes et que leurs tableaux d’effectifs étaient aussi indigents que leur entraînement.

Par ailleurs, si haute intensité il y a, elle sera par nature brutale, foudroyante, ce qui est incompatible avec les délais de montée en puissance des régiments de réserve.

Méfions-nous, donc : la France a déjà trop souffert de sa croyance dans les réserves. La débâcle de 1940, c’est justement : nous tiendrons ; en cas de percée allemande, il y aura une deuxième Marne ; nous nous rétablirons ; à l’abri de nos casemates, nous monterons en puissance avec nos réserves pendant un à deux ans avant de refaire du Foch jusqu’à la victoire. Terrible illusion : le 24 mai 1940 à l’aube les chars allemands sont devant Dunkerque, le 14 juin le gouvernement français est à Bordeaux, le 16 juin Philippe Pétain devient président du Conseil. On connait la suite. Évacuons l’hypothèse. Ces forces de défense opérationnelles du territoire doivent être opérationnelles d’emblée, ce qui ne veut pas dire qu’elles doivent être professionnelles. La France compte en général sur sa chance mais c’est un pari risqué. « Ce n’est pas moi qui ai gagné la bataille de la Marne, c’est Von Kluck qui l’a perdue » avouait le maréchal Joffre : il serait criminel de jouer à chaque fois le destin de la France sur la désobéissance d’un général ennemi… La Wehrmacht ne nous a rien offert de semblable en 1940 !

On ne peut guère douter aujourd’hui que le rétablissement d’un service militaire volontaire, même limité à une quinzaine de milliers de recrues sélectionnées par an, trouverait un écho favorable à la fois dans le corps électoral et chez la jeunesse qui viendrait sûrement en nombre sous les drapeaux. L’exemple de la Suède est parlant. Prenant acte de la montée des menaces, la monarchie a non seulement décidé de gonfler ses dépenses de défense de 85 % en 10 ans (2014-2025) mais elle a rétabli le service militaire en 2017. Celui-ci n’a rien d’obligatoire, mais fournit sans difficulté le complément de forces dont la Suède a besoin. Le coût est faible : chaque recrue reçoit 500 euros par mois plus une prime de 5 000 euros à la fin du contrat[3].

Sur les volumes évalués supra, cela ferait moins de 200 millions d’euros par an, auquel il convient d’ajouter le coût de l’encadrement d’active, celui de la vie courante, de l’entraînement et de l’équipement (dont une bonne part peut initialement venir des parcs stockés). Coût global : après un faible investissement initial, probablement entre 0,6 à 0,8 milliards d’euros par an, un coût modéré comparé au risque mortel de l’impasse sur cette assurance « défense dans la profondeur ». Les préposés aux finances ne rencontreront aucune difficulté à préciser ces chiffres.

* * *

Le modèle proposé n’est pas glamour, il est juste nécessaire. Il ne permet pas de concevoir et construire de superbes programmes d’armement de haute technologie. Il permet juste que ceux que nous possédons soient utiles, que nos superbes forces expéditionnaires puissent conduire leur mission sans qu’à la moindre alerte on prélève sur leur chair les besoins nécessaires sur le territoire, qu’elles puissent gagner la nouvelle « bataille de l’avant » sans que celle de l’arrière soit automatiquement perdue.

Il ne s’agit pas non plus d’une armée « à deux vitesses ». Bien sûr, le slogan sera vite brandi, de même que l’argument du coût qui détournerait dangereusement, au profit d’un combat sale et rustique, des budgets indispensables pour rester dans la course, de plus en plus onéreuse, aux technologies dernier cri.

Ce qui compte, ce ne sont pas les éléments, c’est le système. À quoi serviraient une marine remarquable, mais condamnée à trouver sa fin à Toulon et Mers el-Kébir, une force aérienne de tout premier plan, mais obligée de se réfugier sur des plateformes ultramarines, une armée de Terre fantastique, mais sans arrière
pour s’y régénérer ?

Notre superbe armée, capable chaque jour du meilleur, doit changer d’échelle : c’est le premier pas. Le second est d’adopter un nouveau modèle adapté à la réalité de la menace et d’assurer, par des forces d’active, conséquentes et robustes, la défense dans la profondeur : sortons la tête du sable avant que la vague ne déferle !

Texte issu du dossier 27 du G2S « Dissuader aujourd’hui ou comment prouver sa détermination »


NOTES :

  1. S’agissant de la Russie, notons au passage que ces forces d’élite existent toujours et qu’elles ont récemment fait merveille tant en Géorgie, en Crimée, en Ukraine qu’au Moyen-Orient.
  2. Rechercher pour ces forces la même sophistication technologique que celle des forces expéditionnaires équivaudrait à tuer le projet dans l’œuf.
  3. Données : Le Monde, 16 décembre 2020.

Le recrutement prévu de 20000 réservistes de la Gendarmerie n’est pas financé pour le moment

Le recrutement prévu de 20000 réservistes de la Gendarmerie n’est pas financé pour le moment

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