La France va doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine, en le portant à 2000 par mois

La France va doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine, en le portant à 2000 par mois

https://www.opex360.com/2023/03/28/la-france-va-doubler-le-nombre-dobus-de-155-mm-livres-a-lukraine-en-le-portant-a-2000-par-mois/


 

D’où le projet « Collaborative Procurement of Munitions » qui, récemment lancé par l’Union européenne [UE] via l’Agence européenne de Défense [AED], vise à permettre à 23 États membres [dont la France] de mutualiser leurs achats de munitions, non seulement pour recompléter leurs stocks mais aussi pour soutenir l’armée ukrainienne, l’objectif étant de livrer à celle-ci au moins un million d’obus de 155 mm dans les douze prochains mois.

En France, le groupe Nexter en produit actuellement 45’000 par an. Et son Pdg, Nicolas Chamussy, a récemment assuré pouvoir augmenter sa capacité de production de 50% d’ici un an et de la doubler en 2025. Ce qui suppose d’importants investissements pour refaire les stocks de matières premières et de poudre, commander de nouvelles machines et former des ouvriers qualifiés.

Ces mesures ont-elles commencé à produire leurs premiers effets? Toujours est-il que, dans un entretien accordé au journal Le Figaro [édition du 28 mars], le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé que la France allait doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine à partir de la fin mars, pour le porter à 2000 par mois. « Nous allons aussi livrer des équipements terrestres nécessaires à la contre-offensive » de l’armée ukrainienne, a-t-il aussi promis.

Par ailleurs, M. Lecornu a laissé entendre que Kiev aurait déjà consommé les 200 millions d’euros du fonds de soutien voté par le Parlement à l’occasion de l’examen des crédits de la mission « Défense », dans le cadre de la Loi de finances 2023. On sait que cet argent a notamment servi à commander des CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] supplémentaires ainsi qu’un radar GM200, produit par Thales. Et, a priori, il est question de réabonder.

« Nous étudions, avec Élisabeth Borne [la cheffe du gouvernement, ndl] le ré-abondement du fonds de soutien à l’Ukraine voulu par la majoritié présidentielle à l’Assemblée nationale, dont les 200 millions ont été intégralement affectés », a en effet affirmé M. Lecornu.

Pour le moment, le montant total de l’aide fournie à l’Ukraine par la France reste à préciser. « Le ‘reporting’ de l’année 2022 n’est pas complétement terminé. Il y a deux types de dépenses : celles qui servent à recompléter du matériel neuf livré, comme les CAESAr ou les munitions, et celle qui visent à remplacer des matériels que nous aurions, quoi qu’il en soit, retirés prochainement de nos armées. […] Nous sommes en train de documenter ces coûts pour les présenter au Parlement », a expliqué le ministre.

En tout cas, le coût de cette aide ne sera pas à la charge du ministère des Armées. « Nous avons proposé à la Première ministre, qui l’a accepté, de sortir de [la] LPM [Loi de programmation militaire] les dépenses liées à l’aide militaire à l’Ukraine », a précisé M. Lecornu.

De nouvelles commandes de munitions attendues pour ce mois-ci

De nouvelles commandes de munitions attendues pour ce mois-ci

 – Forces opérations Blog – publié le 

Entre les obus, les missiles Mistral et autres missiles moyenne portée, plusieurs commandes de munitions ont été anticipées et d’autres vont être actées d’ici peu, annonçait le ministre des Armées ce mercredi au Sénat. Des opérations qui s’accompagnent d’efforts côtés industriels pour accélérer la production. 

Comme annoncé depuis un moment, les armées bénéficieront d’une enveloppe de 2 Md€ cette année pour reconstituer leurs stocks de munitions. Une hausse de 500 M€ par rapport à 2022 et « un effort bienvenu » pour les parlementaires à l’origine d’un rapport sur le bilan de la LPM 2019-2025.

Plusieurs pointes d’effort récentes ou à venir ont été détaillées ce mercredi par Sébastien Lecornu. Après les 5000 obus d’artillerie de 155 mm commandés l’été dernier, 16 000 unités supplémentaires seront acquises ce mois-ci, a-t-il révélé. 

D’autres actions sont prévues en mars, dont la notification de « lettres de commande » pour un volume annuel de 15 000 obus de 155 mm ainsi que pour des missiles sol-air Mistral et antichars MMP. Deux tranches avaient déjà été « anticipées » en décembre 2022 pour les deux derniers, l’une de 29 M€ pour 100 Mistral et l’autre pour 200 MMP. 

Le tout devrait donner de la visibilité à des industriels auxquels il est en échange demandé de s’adapter pour augmenter les cadences de production. Pour le Mistral, par exemple, l’objectif confié à MBDA sera de passer de 20 missiles produits par mois l’an dernier à 40 en 2024. 

Pour le ministre des Armées, cette sortie sur un sujet rarement chiffré servait aussi à rappeler que « quand on dit que l’on fait un retour d’expérience de l’Ukraine, nous le faisons vraiment. Nous n’avons aucune raison de travestir la réalité ». 

« Un tel effort doit être approfondi et amplifié lors de la prochaine LPM afin de gagner en épaisseur et en réactivité. C’est la condition sine qua non pour qu’on ne puisse plus affirmer que ‘la France est prête pour la guerre, mais pas pour une guerre qui dure’ ». Le renforcement des stocks se poursuivra, assurait un ministre qui présentera la « copie munitions » de la LPM 2024-2030 « le moment venu ». 

Crédits image : MBDA

« Le nucléaire ne doit pas être notre ligne Maginot » : les leçons du Sénat sur la guerre en Ukraine

« Le nucléaire ne doit pas être notre ligne Maginot » : les leçons du Sénat sur la guerre en Ukraine


Dans un rapport publié ce matin, les sénateurs Cédric Perrin et Jean-Marc Todeschini appellent à tirer les conclusions de la guerre en Ukraine dans la prochaine loi de programmation militaire. Les priorités: l’artillerie, les drones, la défense sol-air, l’aviation de combat et les stocks de munitions.

 

Militaires ukrainiens manipulant un canon Caesar, dans la région du Donbass

Militaires ukrainiens manipulant un canon Caesar, dans la région du Donbass, en Ukraine. 

A. Messinis/AFP

Bientôt un an après le début de l’invasion de l’Ukraine, quels enseignements tirer du conflit pour les armées françaises? Alors que les derniers ajustements et arbitrages de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 sont en cours, la commission de la défense du Sénat s’est livré à l’exercice délicat du Retex (retour d’expérience), cher aux militaires. Le résultat: un rapport d’une cinquantaine de pages, signé par Cédric Perrin (LR, Territoire de Belfort) et Jean-Marc Todeschini (PS, Moselle), et adopté mercredi 8 février en commission de la défense, qui appelle à un « changement de logiciel » des armées françaises.

Quels enseignements tire le document du conflit ukrainien? Il appelle en préambule à garder la tête froide. « La France n’est pas l’Ukraine, ni dans son environnement géostratégique, ni dans les moyens dont elle dispose, écrivent les deux sénateurs. Cette guerre ne doit pas devenir l’alpha et l’oméga de la réflexion stratégique. La guerre qu’il nous faut préparer, c’est la prochaine, qui ne ressemblera probablement à aucune des précédentes. » 

Une dissuasion pas suffisante

La France est un Etat doté de l’arme nucléaire, membre de l’UE et de l’Otan, ce qui le rend difficilement comparable à l’Ukraine, qui n’a pas ces trois garanties. Cela dit, elle ne pourra pas faire l’économie d’une remise en question profonde de son outil militaire. D’abord parce que la guerre en Ukraine, « symétrique, interétatique et de haute intensité, avec une forte attrition » rappelle la nécessité « de disposer de volumes d’équipements et de munitions suffisants ». Ensuite parce que l’hypothèse d’un engagement majeur est crédible. Les auteurs listent trois scénarios plausibles: « la possibilité d’un conflit ouvert entre l’Otan et la Russie »; un engagement majeur dans la zone méditerranéenne; ou un conflit ouvert en Outre-mer.

Face à ces menaces, la dissuasion n’apparaît pas comme une garantie suffisante, indiquent les sénateurs. « Bien que fondamentale, la dissuasion nucléaire ne fournit pas de solution à tous les cas de figure, écrivent-ils. Elle ne doit pas être notre nouvelle ligne Maginot. Ces défis nécessitent une montée en puissance conventionnelle. Coûteux dans leur gestion, les stocks d’équipements militaires ont été sacrifiés depuis la fin de la guerre froide. C’est toute cette logique de gestion en flux tendus et de juste suffisance qui doit être revue. »

Le problème, estiment les rapporteurs, c’est que la LPM en préparation, malgré un investissement prévu de 413 milliards d’euros, risque de ne pas être à la hauteur de l’enjeu. La Revue nationale stratégique (RNS) présentée en novembre, trop générale, « manque d’ambition », disent-ils. « Il manque un cadrage global de nos ambitions opérationnelles et capacitaires, sur la base de différents scénarios d’engagement des armées à l’horizon de la fin de la décennie. » Soit, en gros, ce que détaillaient les différents Livres blancs sur la défense (2008, 2013…), documents plus volumineux et plus complets que la RNS.

Une « économie de guerre » qui ne décolle pas

Autre limite identifiée par les rapporteurs: le passage à une « économie de guerre », poussé par Emmanuel Macron, n’est pas vraiment au rendez-vous. L’expression « est excessive au regard des objectifs poursuivis et, surtout, des résultats obtenus à ce jour », estiment-ils. Certes, l’Etat met la pression sur les industriels pour qu’ils produisent plus vite et moins cher. Mais la puissance publique doit accélérer, assurent les rapporteurs, en prenant des engagements de commandes de long terme. « Sans engagements fermes de l’État, sans contrats-cadres pluriannuels, les industriels continuent à dépendre de l’exportation et ne bénéficient pas de la visibilité nécessaire pour se préparer le cas échéant à monter en puissance », estiment Cédric Perrin et Jean-Marc Todeschini.

La grande leçon de l’Ukraine, c’est ce que les spécialistes, rejoints par les rapporteurs du Sénat, appellent « le retour de la masse »: la nécessité de redonner du volume à des armées réduites à la portion congrue par les dividendes de la paix. Les formats d’armées attendus pour 2030 (200 chars, 225 avions de combat, dont 185 pour l’armée de l’air) apparaissent trop modestes. « Un plancher de 185 appareils est probablement trop bas, estimait le major général de l’armée de l’air et de l’espace, le général Frédéric Parisot, en juillet 2022 devant les députés de la commission de la défense. Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions. »

Idem pour les matériels navals et terrestres. « Dans l’hypothèse – purement théorique – où la France serait confrontée à un conflit du même type (que l’Ukraine, ndlr), on peut dire approximativement que l’ensemble des chars français auraient été perdus à la fin du mois de mars, l’ensemble des VBCI (véhicules blindés de combat d’infanterie) au début du mois d’avril, l’ensemble de l’artillerie (Caesar + canons AUF1 + lances roquettes unitaires) avant la fin avril et l’ensemble des 1.600 Griffon (blindés de transport) en août« , écrivent les rapporteurs, s’appuyant sur les travaux de Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité du think-tank de l’Ifri (Institut français des relations internationales).

Remuscler la défense sol-air

Les urgences à traiter dans la LPM sont multiples, estime encore le rapport. D’abord, les feux dans la profondeur: nouveaux lance-roquettes unitaires (LRU), canons Caesar supplémentaires. Ensuite, les drones et munitions téléopérées (drones kamikazes). Le document appelle aussi à muscler les défenses sol-air et moyens de lutte anti-drones: « L’armée de l’air dispose aujourd’hui de de 18 systèmes de défense sol-air (8 SAMP/T et 10 Crotale), ce qui est très peu« , souligne les sénateurs. Un investissement important devrait également être consacré aux moyens de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD), largement dégarnis en France depuis la retraite, à la fin des années 90, des missiles antiradars Martel.

Le retour de la masse passe aussi par une politique volontariste de reconstitution de stocks de munitions, estime le rapport du Sénat. Ce dernier appelle à « combiner les anciens et nouveaux équipements, plutôt que d’éliminer systématiquement les anciennes capacités au profit des nouvelles ». Un travail sur les normes est aussi nécessaire pour vérifier qu’elles « sont en adéquation avec la réalité du cycle de vie des munitions et, le cas échéant, des contraintes de la haute intensité ». En clair, certaines munitions, dont la date d’expiration est théoriquement dépassée, peuvent très bien être encore tout à fait fonctionnelles.

Stopper l’opération Sentinelle

Le rapport appelle enfin à relever le niveau de préparation opérationnelle des armées, notoirement insuffisant. Avec une proposition inspirée de celle de la Cour des comptes: arrêter l’opération Sentinelle, qui engage encore environ 10% des 77.000 militaires la force opérationnelle terrestre (FOT).

La France promet 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine

La France promet 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine

par – Forces opérations Blog – publié le

La France livrera 12 canons automoteurs CAESAR supplémentaires à l’Ukraine, a annoncé cet après-midi le ministre des Armées Sébastien Lecornu en marge d’un entretien avec son homologue ukrainien, Oleksii Reznikov.

Parmi toutes les urgences évoquées durant cette rencontre bilatérale, la première sur les sol français pour le ministre ukrainien, la fourniture de matériels terrestres majeurs. Bonne nouvelle pour les artilleurs ukrainiens, car une partie des 200 M€ du fonds de soutien spécial « va nous permettre de donner 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine », déclarait Sébastien Lecornu.

« Nous devons désormais affiner le calendrier de livraison », a complété un ministre qui n’exclut pas « une solution de tuilage avec nos propres stocks si il le fallait ». Dit autrement, le parc français serait provisoirement amputé avant d’être recomplété, manœuvre déjà adoptée pour les dons précédents.

« Je remercie le groupe Nexter qui a entendu le message du gouvernement et du président de la République il y a maintenant plusieurs semaines sur la nécessité de passer à une économie de guerre et d’accélérer le rythme de production. Si ces 12 CAESAR sont possibles, c’est parce que Nexter augmente ses capacités de production », a pointé le ministre des Armées.

Ces CAESAR neufs viennent s’ajouter aux 18 donnés l’an dernier, dont l’un est désormais hors d’usage. « Et il y a de la maintenance à réaliser sur les 17 autres, maintenance liée aux combats ou maintenance liée à l’usure », rappelle le ministre. Plusieurs dizaines de millions d’euros du fonds spécial seront alloués à ces opérations de maintenance. Le sujet sera évoqué demain lors d’un entretien entre les deux ministres et les dirigeants de Nexter.

Combiné aux 19 CAESAR 8×8 promis par le Danemark, l’effort français portera le parc ukrainien à 48 pièces tous modèles confondus. « Une masse qui n’a rien de négligeable », a estimé Sébastien Lecornu.

D’autres besoins urgents ont été abordés, dont les approvisionnements en munitions, notamment permis via le partenariat acté hier avec l’Australie, et en carburants. Le ministre des Armées a ainsi signé la semaine dernière « un don de carburant nouveau » et « va engager des discussions avec ses alliés » pour constituer un stock de missiles suffisant pour les deux systèmes de défense aérienne Crotale fournis à Kiev. Un bouclier bientôt renforcé par un radar GM200 produit par Thales et dont l’acquisition sera entérinée demain.

Le ministre Reznikov s’est par ailleurs félicité « de l’avancement des travaux en cours sur le système SAMP/T ». Une batterie de ce système antiaérien sera fournie en partenariat avec l’Italie, selon des modalités et un calendrier qui doivent encore être précisés.

La DGA souhaite accélérer « un peu » sur les canons électromagnétiques

La DGA souhaite accélérer « un peu » sur les canons électromagnétiques


Les affrontements en Ukraine le rappellent presque quotidiennement : un effort quantitatif et qualitatif sur les feux longue portée est devenu inévitable. Le développement de canons électromagnétiques reste l’une des réponses envisagées, un sujet pour lequel la Direction générale de l’armement souhaite maintenant accélérer le tempo.

Le principe du canon électromagnétique, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, le résumait mieux que personne lors d’une récente audition parlementaire relative aux RETEX du conflit russo-ukrainien. « Il s’agit d’envoyer un projectile entre deux rails dans lesquels on fait circuler une différence de potentiel électrique très importante. La charge n’est pas explosive mais elle va tellement vite qu’elle ionise l’atmosphère ». Résultat : jusqu’à 200 km de portée, une vitesse hypersonique donc une réduction du temps de vol, et une énergie cinétique à l’impact plus importante. Sans parler de l’absence de tête militaire et de poudre propulsive contribuant à la sécurité du lanceur et du personnel.

Avec de tels arguments, cette technologie reste « une arme extrêmement intéressante » pour combler le trou entre l’artillerie conventionnelle, dont la portée est limitée à 70-80 km, et les missiles, capables de frapper à plusieurs centaines de kilomètres mais très coûteux donc réservés à certaines cibles. Seul hic : les quelques initiatives européennes n’ont pas encore quitté l’enceinte du laboratoire. Et PILUM, seule solution européenne visible actuellement, a fixé l’horizon du premier démonstrateur à taille réelle à 2028. Trop loin si l’on en croit le DGA.

« Nous aimerions accélérer un peu la feuille de route en la matière », souligne-t-il. Pour lui, le canon électromagnétique relève en effet des « démonstrateurs ‘signants’ ». Autrement dit, des dispositifs qu’il souhaite introduire dans une future loi de programmation militaire pour 2024-2030 « qui a certes pour objet de permettre la remontée en puissance de nos armées, mais aussi d’éclairer l’avenir : il s’agit de préparer les guerres du futur avec du matériel de demain et non d’hier ou d’aujourd’hui ».

« Le défi, s’agissant de l’avenir de cette technologie, réside dans le passage à l’échelle ». La traduction en applications se heurte en effet à plusieurs obstacles. Parmi ceux-ci, l’énergie. Chaque tir en requiert une très grande quantité durant un laps de temps très court. « Lorsqu’on a besoin d’un mur entier de condensateurs pour pouvoir stocker et libérer une grande quantité d’énergie de manière quasi instantanée – comme c’est le cas, d’une façon générale, pour les armes à énergie dirigée, qu’il s’agisse de lasers ou de systèmes électromagnétiques – cela suppose des infrastructures adaptées », souligne Emmanuel Chiva.

Alors, en l’état actuel des choses, l’intégration sur plateforme navale reste la plus à même d’émerger en premier. Toute application terrestre, sur un camion par exemple, nécessitera de progresser sur la miniaturisation des sources d’énergie. « Toutes les pistes sont à l’étude, y compris celle du nouveau nucléaire », mentionne à ce titre le DGA.

La voie électromagnétique, seuls quelques pays sont en mesure de la poursuivre aujourd’hui. Ce sont, par exemple, les États-Unis, bien qu’en retrait au profit des missiles hypersoniques, le Japon, mais aussi la France. Les deux derniers ont d’ailleurs décidé de coopérer sur le sujet, signale le DGA. Paris mise pour sa part sur les travaux de PILUM, consortium mené depuis avril 2021 par l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL) et financé via le dispositif d’action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR). Il doit s’achever cette année. Le Fonds européen de la défense (FEDef) prendra le relais via un appel à projets lancé à l’été dernier et clôturé en novembre.

La finalité recherchée par l’Europe ? Un canon de moyen calibre pour des applications navales et terrestres. Sa mission principale relèvera de la défense antiaérienne et en particulier face aux missiles et menaces de type RAM, l’artillerie venant dans un second temps. La masse du projectile est pour l’instant évaluée à entre 3 et 5 kg pour une vitesse de bouche de 2000 m/s (ou 7200 km/h). Deux modèles sont envisagés : un pénétrateur cinétique et une charge à fragmentation/airburst. L’apport en énergie sera modulaire et reposera sur une technologie XRAM maîtrisée, entre autres, par l’ISL. Aux futurs acteurs retenus de plancher sur deux modules différents en optimisant leurs taille, poids et performances.

L’Europe en est consciente, la recherche dans ce domaine s’inscrit dans le temps long. La démonstration d’un système complet annoncée par PILUM dépasse le champ d’un appel à projets dont l’objet est surtout de faire progresser en maturité les composants critiques et tout particulièrement le volet énergétique. Les moyens alloués doivent néanmoins permettre un changement d’échelle. Quand le PADR avait octroyé 1,5 M€ sur deux ans aux neuf partenaires de PILUM, le FEDef prévoit une enveloppe de 15 M€. Une preuve parmi d’autres que le sujet reste pertinent. Reste à voir si la volonté d’accélération sera partagée par tous ou si la France devra faire cavalier seul, effort financier supplémentaire à la clef.

Le 61e Régiment d’Artillerie va entrer en « phase d’appropriation » du drone tactique Patroller

Le 61e Régiment d’Artillerie va entrer en « phase d’appropriation » du drone tactique Patroller

http://www.opex360.com/2022/12/29/le-61e-regiment-dartillerie-va-entrer-en-phase-dappropriation-du-drone-tactique-patroller/


 

En effet, conçu à partir du motoplanneur allemand Stemme S15, le Patroller doit afficher des performances proches de celles d’un drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance], avec la capacité d’évoluer à une altitude de 20’000 pieds pendant 20 heures. Et cela n’est pas sans conséquence sur la formation des « télépilotes » du 61e RA, ceux-ci devant alors se préparer à la licence de pilote privé « avion ».

Une « partie du travail consistera à former les opérateurs – les pilotes de systèmes de drones. […] Mais le vol n’est qu’une première étape : il faut aussi une parfaite intégration en termes de coordination 3D avec aussi les différents intervenants des armées et principalement avec l’armée de l’Air », avait expliqué le général Thierry Burkhard, quand il était encore chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], en 2019. Il sera « également essentiel de bien orienter ces capteurs, dans les bonnes zones » et il y aura « également le travail d’analyse des images qui nécessite toute une chaîne d’exploitation », avait-il ajouté.

Seulement, l’accident d’un Patroller lors d’un « vol de réception industrielle », en décembre 2019, a remis en cause le calendrier des livraisons étant donné qu’il a fallu en trouver la cause et y remédier.

Quoi qu’il en soit, le projet de finances pour 2022 annonçait la livraison des 14 drones tactiques attendus par le 61e RA. Mais cet objectif fut revu à la baisse par Joël Barre, le Délégué général pour l’armement [DGA], lors d’une audition au Sénat. « Le Patroller a repris ses essais en Finlande avec succès. Depuis, la dernière version logicielle a revolé sur un prototype piloté. Nous attendons les premières livraisons fin 2022 avec 10 appareils sur les 14 prévus », avait-il dit.

Combien de drones ont effectivement été livrés? Difficile à dire puisque, sauf erreur, leur livraison n’a fait l’objet d’aucune annonce officielle. En tout cas, le 61e RA en dispose de quelques exemplaires, si l’on en juge par de récentes photographies publiées sur les réseaux sociaux.

Mieux encore : les « Diables Noirs » vont pouvoir, enfin, entamer la « phase d’appropriation » du Patroller. C’est en effet ce qu’indique le calendrier des activités que l’armée de Terre a publié pour le premier semestre 2023.

« L’armée de Terre s’est lancée en 2019 dans une phase de renouvellement de ses capacités drones [‘Ambition drones’], dont l’objectif est notamment de déployer dans chaque entité tactique un système drones adapté à ses besoins [autoprotections, surveillance, acquisition d’objectifs etc.]. Le cycle 2022-2023 est principalement marqué par la livraison des premiers drones SDT Patroller au 61e RA, clef de voute de la trame drones de l’armée de Terre », lit-on dans le document.

Par rapport au SDTI, dont la fiabilité n’a pas toujours été au rendez-vous, le Patroller va permettre à l’armée de Terre de récupérer certaines capacités, comme la surveillance du champ de bataille au moyens de radars, assurées, fut un temps, par le Cougar HORIZON [Hélicoptère d’observation radar et d’investigation sur zone]. En effet, le drone de Safran est équipé de radar PicoSAR AESA qui, fourni par l’italien Leonardo, permet de « détecter des cibles mobiles terrestres et collecter des images grâce au radar à synthèse d’ouverture [RSO ou SAR, pour Synthetic Aperture Radar] ».

Par ailleurs, la boule optronique Euroflir 410, le Patroller pourra emporter une charge de guerre électronique [mais pas dans l’immédiat..] ainsi qu’une nacelle de désignation laser… pour les obus guidés proposés par Nexter, savoir le MPM [Metric Precision Munition] de 155 mm et le MPM de 120 mm. Enfin, il sera éventuellement armé [roquettes et/ou missiles Akeron].

La livraison de radars GM-200 et le soutien des CAESAr ont été au menu de la visite de M. Lecornu à Kiev

La livraison de radars GM-200 et le soutien des CAESAr ont été au menu de la visite de M. Lecornu à Kiev

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En revanche, ce déplacement a été l’occasion pour M. Lecornu d’évoquer avec Oleksii Reznikov, son homologue ukrainien, ainsi qu’avec le président Volodymyr Zelenski, les capacités qui font actuellement défaut aux forces ukrainiennes.

Il s’est agi de « bâtir un agenda de soutien militaire de la France à l’Ukraine pour les prochaines semaines et les prochains mois. J’ai des propositions à faire au président de la République, d’une part, et d’autre part, […] on a créé un fonds de soutien, assez inédit d’ailleurs [car] on est le seul pays à l’avoir mis en place, de 200 millions d’euros […] qui permettra à l’Ukraine de directement s’approvisionner auprès des industries de défense françaises. C’était l’occasion de faire un point d’étape important sur ce sujet », a en effet expliqué M. Lecornu, sur les ondes de RTL, ce 29 décembre.

Mais au-delà d’éventuelles livraisons d’équipements militaires, l’un des enjeux majeurs est d’assurer le maintien en condition opérationnelle [MCO] de ceux qui ont déjà été envoyés aux forces ukrainiennes. À commencer par les 18 Camions équipés d’un système d’artillerie [CAESAr], prélevés sur la dotation de l’armée de Terre française. Or, ces pièces d’artillerie ont été intensivement utilisées.

« Certains dégâts deviennent sérieux sur les CAESAr », a admis M. Lecornu, d’après Le Figaro. Et leur taux de disponibilité « inquiète » l’armée ukrainienne. On savait que l’un d’entre-eux avait récemment été touché par une munition rôdeuse russe de type « Lancet » [et il est désormais hors d’usage]. Mais d’autres, avance le quotidien, sont « immobilisés pour maintenance ». Et d’ajouter : « La partie ‘camion’ a souffert. Des tourelles doivent parfois être remplacées. Les tubes des canons vont aussi bientôt devoir être réparés ».

A priori, l’idée est de permettre à l’Ukraine, quand c’est possible, d’assurer elle-même la maintenance des CAESAr. Sur ce point, M. Reznikov a dit souhaiter « davantage de coopération avec les entreprises françaises pour faciliter les réparations » sur place.

Cela étant, et comme l’a encore montré la nouvelle vague de 120 missiles russes tirés contre des infrastructures essentielles ukrainiennes, ce 29 décembre, l’urgent pour Kiev est de renforcer ses capacités de défense aérienne. Déjà, l’Ukraine a déjà reçu des systèmes IRIS-T SLM, Hawk et NASAMS de la part de certains de ses partenaires. Et les États-Unis lui ont promis une batterie Patriot PAC-3 qui ne sera cependant opérationnelle d’ici plusieurs semaines.

« On a besoin de donner des moyens de légitime défense à l’Ukraine. On n’est pas sur des moyens offensifs mais bien sur des moyens défensifs », a fait valoir M. Lecornu auprès de RTL. « Donc, on l’a fait avec des batteries de missiles CROTALE récemment [deux unités, pour la défense à courte portée, ndlr] ainsi qu’avec des missiles MISTRAL [à très courte portée, ndlr] », a-t-il ensuite rappelé.

Ces moyens devraient être complétés par au moins un radar de détection aérienne GM-200 [ou Ground Master 200], produit par Thales. En tout cas, Kiev en a fait la demande auprès de la France.

« On a évidemment des discussions sur les radars de longue portée, comme le radar de Thales GM-200. C’est un des dossiers qu’on a fait aboutir lors de ce déplacement à Kiev », a affirmé le ministre des Armées.

Selon Thales, le GM-200 est un radar de moyenne portée qui « couvre une gamme complète de menaces, depuis les engins volant à faible vitesse et basse altitude, jusqu’aux objectifs furtifs et hautement manœuvrants » et il « peut également détecter les hélicoptères dissimulés derrière le relief ou la végétation et pouvant surgir inopinément ».

Ce radar, basé sur le GM400α [de longue portée, ndlr], possède de « capacités de détection et d’alerte » offrant aussi aux combattants une « protection face aux roquettes, aux tirs d’artillerie et de mortiers ». En outre, il permet également de disposer « simultanément des coordonnées des tirs et des impacts pour de multiples menaces ».

Par ailleurs, l’Ukraine souhaite également obtenir au moins un un système franco-italien Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre [SAM/T] « Mamba ». Récemment, M. Reznikov a assuré que « Paris avait réagi positivement » à cette demande… Mais qu’il restait à convaincre l’Italie, qui n’en possède que cinq exemplaires.

A priori, la président du conseil italien, Georgia Meloni, qui vient de débloquer une nouvelle aide de 10 millions d’euros en faveur de l’Ukraine, a promis des systèmes de défense aérienne à M. Zelensky. Mais sous réserve, à précisé son ministre de la Défense, Guido Crosetto, que cela « n’affaiblisse pas les capacités » des forces transalpines.

En tout cas, selon M. Lecornu, des discussions sont encore en cours avec l’Italie sur ce sujet. Mais, a-t-il dit, « il est encore trop tôt pour se prononcer ». Cela étant, a-t-il continué, le président Macron « nous a justement demandé des schémas du possible mais ce sont des unités dont a besoin pour protéger le sol et le ciel français ». Pour rappel, l’armée de l’Air & de l’Espace ne dispose que de huit systèmes Mamba.

Artillerie : L’Ukraine dit avoir reçu au moins un des deux Lance-roquettes unitaires promis par la France

Artillerie : L’Ukraine dit avoir reçu au moins un des deux Lance-roquettes unitaires promis par la France

 

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Cela étant, pour conserver une capacité de « feux dans la profondeur », il fut décider de transformer 13 de ces LRM en « Lance-roquettes unitaires », capables d’expédier des roquettes à charge explosive unitaire M31 sur des cibles situées à 70 km de distance, avec une très grande précision. Mis en oeuvre par le 1er Régiment d’Artillerie [RA], ce système n’a depuis été engagé qu’une seule fois en opération, au Sahel en l’occurence, dans le cadre de Barkhane. Et, selon le sénateur Cédric Perrin, seulement huit exemplaires seraient encore opérationnels.

 

Pour rappel, le LRU est issu d’un programme ayant associé les États-Unis, qui ont fourni le châssis chenillé BRADLEY M, la France, l’Allemagne [avec Krauss-Maffei Wegmann pour maître d’oeuvre industriel] et le Royaume-Uni.

Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, le 20 novembre, Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, avait confirmé la livraison de deux LRU, « pour la frappe terrestre en profondeur », aux forces armées ukrainiennes, au titre de l’aide militaire française à l’Ukraine. Et cette promesse a été tenue.

En effet, via Twitter, ce 29 novembre, Oleksii Reznikov, le ministre ukrainien de la Défense, s’est félicité de la livraison de LRU à Kiev [sans toutefois en préciser le nombre].

 

« Le LRU français est arrivé en Ukraine. L’armée ukrainienne est maintenant encore plus puissante pour dissuader et détruire l’ennemi. C’est un résultat visible de l’amitié entre les président Zelensky et Macron. Merci à Sébastien Lecornu, au gouvernement et aux habitants de la France », a ainsi déclaré M. Reznikov.

Outre les M142 HIMARS américains, l’Ukraine a également reçu un certain nombre de MLRS de la part du Royaume-Uni [au moins quatre], de l’Allemagne [sous la désignation « MARS II », quatre unités] et de l’Italie [nombre non précisé].

L’aide française, qui devrait s’enrichir d’un fonds spécial doté de 200 millions d’euros, prévoit la livraison de deux systèmes de défense aérienne CROTALE NG et de radars, a priori, de contre-batterie. Pour le moment, ces équipements n’ont apparemment pas été encore envoyés en Ukraine.

Quant à l’armée de Terre, elle a l’intention de remplacer les LRU qui lui reste d’ici à 2027, soit avant leur fin de vie. « La guerre en Ukraine nous enseigne que les feux très longue portée sont décisifs : il nous faut réfléchir sur la solution à retenir », a en effet récemment déclaré le général Pierre Schill, son chef d’état-major, devant les sénateurs.

Les gagnants et perdants de l’ajustement budgétaire 2022 des armées

Les gagnants et perdants de l’ajustement budgétaire 2022 des armées

par – Forces opérations Blog – publié le

Entre deux données sur le prochain budget des armées, les rapports parlementaires détaillent pour la première fois certaines décisions prises lors de l’ajustement annuel de la programmation militaire (A2PM) 2022. Au rang des « gagnants » du volet terrestre, le drone Patroller et les feux longue portée.

L’exercice se répète chaque année et tient compte du contexte en plus de l’évolution classique de la « vie des programmes ». L’A2PM 2021 avait ainsi intégré les conséquences de la crise sanitaire et les conclusions de l’actualisation stratégique. L’A2PM 2022 rebat à son tour quelques cartes et ajoute des besoins nouveaux parfois corrélés aux premières leçons tirées du conflit en Ukraine.  

Derrière le financement des éléments de connectivité aéronautique pour le MRTT et le Rafale, derrière l’accélération de la préparation de la rénovation à mi-vie des frégates de défense aérienne pour s’aligner avec l’Italie, l’A2PM 2022 formalisait l’ajout de nouveaux sujets dans la programmation. Parmi ceux-ci, la « frappe longue portée terrestre ». Les affrontements en Ukraine ont révélé le caractère échantillonaire des moyens en service dans l’armée de Terre dans ce segment, limités à huit lance-roquettes unitaires (LRU) opérationnels sur les 12 disponibles.

De ce programme relatif aux feux longue portée, les rapports parlementaires n’en disent pas plus. Ces courtes mentions viennent néanmoins s’ajouter aux autres signaux allant dans le sens d’une inflexion majeure dans la prochaine loi de programmation militaire 2024-2030. « Les feux à longue portée reposent aujourd’hui sur les LRU qui arriveront en fin de vie en 2027 et devront être remplacés par des capacités similaires. La guerre en Ukraine nous enseigne que les feux très longue portée sont décisifs : il nous faut réfléchir sur la solution à retenir », indiquait à ce titre le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, le mois dernier lors d’une audition sénatoriale.

Autre point de fragilité mis en lumière par le conflit russo-ukrainien, une défense sol-air réduite dans l’armée de Terre aux postes Mistral et à une poignée de canons de 20 mm, de fusils anti-drones et de VAB ARLAD. « Le contexte a changé, et il n’est pas exclu pour l’armée de Terre ou pour la Marine de devoir intervenir dans un environnement où la supériorité aérienne n’est plus durablement acquise », soulignait le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, mi-octobre devant les sénateurs. Selon le député Renaissance Jean-René Cazeneuve, « une remontée en puissance des investissements dès 2023 a été décidée » dans le cadre de la dernière A2PM.

Ici aussi, pas de détails mais des échos à prendre avec des pincettes. Fin septembre, le cas des stocks de Mistral était ainsi évoqué par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. « Le retour d’expérience du conflit en Ukraine nous enseigne que nous devrons compléter nos stocks en 2023 », avait-il déclaré aux députés, ajoutant que « nous procéderons à un réassort important en munitions ». Sans toutefois relier explicitement cette annonce à l’ajustement réalisé cette année.

Dernier gagnant cité, le système de drones tactiques (SDT) Patroller. L’A2PM 2021 avait acté le décalage du lancement de l’étape 2 du programme de 2024 à 2025. L’A2PM 2022 semble être celui du rétropédalage partiel avec l’anticipation des premières commandes de la seconde phase. Une volonté retranscrite dans le PLF 2023, qui prévoit l’engagement de 175 M€ pour couvrir notamment « les compléments pour atteindre cinq systèmes opérationnels, le soutien initial, l’acquisition d’équipements de mission complémentaires ».

Comme d’accoutumée, le lancement ou l’accélération d’un programme implique d’en décaler d’autres pour maintenir l’équilibre budgétaire. Et, comme en 2021, cette logique déteint sur la conduite du programme phare de l’armée de Terre, le renouvellement du segment médian via les véhicules et matériels SCORPION.

Première conséquence : le décalage des commandes de véhicules Serval, heureusement « sans impact sur le calendrier de livraison ». D’après le projet de loi de finances, 420 véhicules seront commandés et 119 livrés l’an prochain. Ne resteront que 194 exemplaires à acquérir après 2023 pour atteindre la cible de 978 véhicules dans les forces d’ici à 2025.

Seconde conséquence : l’ajustement de la répartition du jalon intermédiaire de la cible SCORPION entre les Griffon, Jaguar, Serval et le char Leclerc rénové. Fixé à 50% des véhicules livrés à l’horizon 2025, ce jalon a été ramené à 45% l’an dernier, entre autres en raison d’impératifs industriels et pour financer la pérennisation du char Leclerc. L’objectif des 122 chars Leclerc XLR livrés à fin 2025 serait donc, du moins à première vue, lui aussi revu à la baisse. Le chiffre de 90 exemplaires fournis aux forces au lieu de 110 avait été évoqué dès la fin 2021.

Enfin, la soutenabilité de l’A2PM 2022 et la reconstitution des stocks cédés à l’Ukraine a été assurée par le report du programme VLTP non protégé version sanitaire (SAN). Son lancement en réalisation, à l’origine prévu pour cette année, attendra un peu. Cette décision n’aura pas empêché la publication d’un appel d’offres pour le développement et la fourniture d’une centaine de véhicules, dont les 50 premiers devaient initialement être commandés en 2022.

Artillerie : L’armée de Terre voudrait remplacer ses lance-roquettes unitaires d’ici 2027

Artillerie : L’armée de Terre voudrait remplacer ses lance-roquettes unitaires d’ici 2027

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En effet, en janvier 2021, dans une réponse à une question écrite posée par le député Patrick Hetzel, le ministère des Armées avait expliqué que le renouvellement de cette capacité, à l’horizon 2030, devait se faire dans le cadre d’un « dialogue » avec l’Allemagne, celle-ci étant également dotée d’un système similaire. Et il avait aussi souligné l’importance des projets européens FIRES [Future Indirect fiRes European Solutions] et E-COLORSS [European COmmon LOng Range indirect Fire Support System], lesquelles visent à accroitre la portée et la précision des pièces d’artillerie tout en réduisant leurs vulnérabilités.

Ces projets, en particulier E-COLORSS, pourraient « notamment permettre de préparer une solution européenne pour le remplacement du châssis et de la conduite de tir LRU à l’hozizon 2030 », avait indiqué le ministère. Ce qui suggérait alors qu’une « régénération » de ces systèmes d’artillerie serait privilégiée… En outre, rien n’avait été dit au sujet des munitions, alors que, outre-Rhin, des travaux étaient en cours dans ce domaine. Travaux dont les résultats ont depuis été présentés lors du dernier salon EuroSatory, avec le Joint Fire Support Missile [JFS-M] de MBDA Deutschland…

Quoi qu’il en soit, la guerre en Ukraine a changé la donne… bien que la prédominance de l’artillerie dans les combats peut s’expliquer par l’absence de supériorité aérienne pour les deux belligérants. Cela « a eu pour conséquence un retour au combat classique pour les forces au sol, avec la violence et l’attrition associées », a récemment estimé le général Stéphane Mille, le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace [CEMAAE], prechant ainsi pour sa « paroisse ».

Le général Charles Brown [son homologue américain, ndlr] « l’analyse de façon simple et une caricaturale en disant qu’en l’absence de maîtrise du ciel, la guerre reprend les caractéristiques de la première guerre mondiale, marquée par la prédominance de l’artillerie », a dit le CEMAAE aux députés, lors de son passage devant le commission de la Défense, en octobre.

En tout cas, s’agissant du LRU, la « guerre en Ukraine montre combien les feux dans la profondeur prennent de l’importance, l’arme aérienne intervenant également en complémentarité », a fait valoir le général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition au Sénat. « Le programme de l’armée de Terre prévoyait de remplacer le LRU, déjà vieux d’une vingtaine d’années, et que les États-Unis ont déjà remplacé [par le M142 HIMARS]. Il est essentiel que nous disposions d’une capacité de feux dans la profondeur », a-t-il ajouté.

Devant la même commission sénatoriale, le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] a été plus précis dans ses attentes, évoquant également les CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie], dont le renouvellement est également prévu dans le cadre d’une coopération avec l’Allemagne, avec le programme « Common Indirect Fire System » [CIFS], lequel ne se concrétisera pas avant… 2045.

« Tout d’abord, le champ de bataille peut devenir transparent en fonction des moyens en notre possession », a d’abord souligné le CEMAT. Ensuite, a-t-il continué, « dès que la transparence est acquise, l’enjeu est celui de la létalité », c’est à dire qu’il faut « frapper » dès que l’information sur une cible est reçue.

« Notre objectif est fixé à 109 canons CAESAr couplés à l’acquisition de munitions ciblées », a enchaîné le général Schill. Quant aux « feux à longue portée », ils « devront être remplacés par des capacités similaires » quand les LRU « arriveront en fin de vie en 2027 », a-t-il précisé. « La guerre en Ukraine nous enseigne que les feux très longue portée sont décisifs : il nous faut réfléchir sur la solution à retenir », a-t-il conclu, avant de souligner l’importance de disposer de drones armés, de munitions téléopérées et de capacités « consolidées » d’infiltration et de frappe longue portée des hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT].