En être ou ne pas en être ? Telle est la question

En être ou ne pas en être ? Telle est la question

 

par Blablachars – publié le 20 février 2025

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L’audition par la Commission de la défense nationale et des forces armées d’Alexandre Dupuy sur la coopération européenne a permis au directeur des activités Systèmes de KNDS d’exposer les vues et les ambitions du groupe dans le domaine. Évoqué par le Président de la Commission, puis mentionné par A. Dupuy dans son propos liminaire, avant d’être l’objet de plusieurs questions, le MGCS a évidemment constitué le fil conducteur de cette audition et avec lui la pertinence de développement d’une solution de transition, représentée par le Leclerc Evo. Pour Jean-Michel Jacques, le MGCS reste une des coopérations les « plus emblématiques » au sujet de  laquelle les parlementaires « sont nombreux à s’interroger. » Blablachars vous livre ci-dessous un aperçu des propos d’A. Dupuy et quelques réflexions sur le contenu de cet audition.

Durant un peu plus d’un heure, le directeur des activités Systèmes de KNDS a donc pu exposer les vues et les positions de la firme sur les différents sujets, livrer quelques informations intéressantes et répondre aux questions des députés présents. Dans son propos liminaire, Alexandre Dupuy a tout d’abord évoqué les différents aspects de la coopération européenne et les engagements de KNDS citant la Joint Venture (JV) CTAI créée il y a trente ans pour le développement du canon de 40mm. Cet armement initialement prévu pour le Jaguar et l’Ajax connait aujourd’hui un développement naval avec le Rapid Fire qui équipe les nouveaux Bâtiments Ravitailleurs de Forces (BRF) et dont le déploiement de la version terrestre est espéré par KNDS. En réponse à la question d’un parlementaire sur les opportunités d’extension du programme CaMo à d’autres pays, A. Dupuy a indiqué l’existence de « réflexions sur l’extension du modèle vers l’Irlande, selon des modalités qui restent à définir. » Cette annonce plutôt prudente  a été transformée ipso facto par de nombreux observateurs en contrat sonnant et trébuchant, au risque (une nouvelle fois) de compromettre les chances de l’industriel français qui a déjà vu plusieurs contrats lui échapper après des annonces mirobolantes. On ne peut que louer la prudence d’A. Dupuy et déplorer la persistance de ce travers gaulois qui consiste à faire chanter le coq avant le lever du soleil.

 

L’intérieur du Jaguar

 

Le char et plus particulièrement le MGCS, véritable fil rouge s’est donc invité dans cette audition dès l’introduction du Président de la Commission, avant d’être évoqué par A. Dupuy dans son propos liminaire et au cours de la séquence de questions. Dans son introduction, Jean-Michel Jacques a rappelé que le MGCS suscitait de nombreuses interrogations tout comme la pérennité du Leclerc dans sa version rénovée et la pertinence de développement d’une solution de transitoire, représentée par le Leclerc Evo. Si l’on sait que pour KNDS le caractère indispensable du char ne fait pas débat, sa masse qui pourrait se situer entre 40 et 70 tonnes est en revanche l’objet de questionnements. Pour A. Dupuy la situation du char a évolué depuis le déclenchement du conflit en Ukraine, puisqu’avant cette date l’Europe des chars se divisait entre des chars modernisés comme le Leopard 2 ou le Challenger 2 et un char plus récent le Leclerc. Ce paysage a été modifié par l’arrivée d’un concurrent sud-coréen, le K2. Depuis février 2022, l’augmentation des flottes de chars, l’amélioration de leur survivabilité sont devenues des priorités pour la conception des futurs engins. Désormais le paysage blindé européen s’articule autour du futur char transalpin, issu de la coopération entre l’Italie et Rheinmetall, de projets politiques comme le FMBT (Future Main Battle Tank) et bien sur du MGCS (Main Ground Combat System). Concernant ce programme, A. Dupuy précise dans la suite de l’audition un certain nombre de points plutôt éclairants.

 

Les huit piliers du projet MGCS

 

On apprend ainsi que « tant que le MGCS avance, il faut continuer de s’y accrocher » et qu’il n’existe aucun antagonisme entre le développement du futur système et l’évolution annoncée du Leopard 2 par le gouvernement allemand. Cette absence  d’antagonismes repose sur les différences de calendrier existant entre les deux projets. Pour le MGCS le calendrier de développement prime sur celui des livraisons qui seront « phasées » pour permettre à un état européen qui achèterait le char allemand en 2030 (date probable de mise en service du futur Leopard) d’être aussi client du MGCS en 2050, en espérant que ces clients optent pour la version française du « système de systèmes ». En outre, le futur char allemand intégrera des briques technologiques utilisables dans MGCS ou en cas d’échec ou de retard du projet. Cette démarche est similaire à celle conduite par KNDS France illustrée par l’Ascalon, également symbole de la volonté de KNDS d’apporter à la coopération ce qu’il y a de mieux. Pour A. Dupuy « MGCS avance » et constitue une rupture. A ce titre, la question qui se pose est « d’en être ou de ne pas en être« . Le futur Leopard développé par l’Allemagne ne serait-il pas plutôt le produit d’appel du futur MGCS grâce auquel les industriels d’outre-Rhin devraient conserver leurs clients et conquérir de nouveaux marchés.

 

Le Leclerc Evo, un banc d’essai exportable

 

Concernant le Leclerc Evo, A Dupuy parle « d’un char  banc d’essai » pouvant être proposé à l’export, particulièrement sur des marchés où la présence allemande n’est pas souhaitée, par les autorités locales ou par Berlin. Cette ambition, qui sera affirmée en fonction du volume de commandes potentielles, doit être appuyée par l’État et la DGA qui continuent de progresser sur le sujet. On peut estimer légitime le souhait d’un appui étatique au projet, mais on aurait aimé que cette volonté exportatrice se traduise dans les faits. Tout d’abord par une déclaration forte devant la représentation nationale de la nécessité de développement d’un char de transition et de son adoption par l’armée de terre ou par la réaffirmation de l’impossible maintien des capacités opérationnelles du char (même rénové) jusqu’à la mise en service du MGCS. On peut aussi se demander si le soutien souhaité des autorités au Leclerc Evo exonère KNDS de toute initiative dans le domaine, comme le montre l’absence de l’engin au salon IDEX qui  se tient en ce moment  à Abu Dhabi. On avait découvert le Leclerc Evo en juin dernier à Eurosatory, revêtu d’une magnifique livrée sable qui semblait le destiner à des marchés spécifiques. Nombreux étaient ceux qui pensaient le retrouver en février 2025 pour affirmer à nos amis émiriens et aux visiteurs du salon que le « coup » réalisé à Eurosatory n’était pas qu’un feu de paille mais une démarche destinée à durer. Démarche qui aurait pu être portée par une déclaration d’intérêt de l’armée de terre et à laquelle nous aurions pu associer les forces armées émiriennes et les industriels locaux dans une véritable coopération. N’étant pas dans le secret des dieux, Blablachars ignore les (bonnes) raisons commerciales, techniques, financières ou stratégiques qui ont motivé KNDS à ne pas présenter le Leclerc Evo à Abu Dhabi, mais le déplore au moment où la Russie  pourtant en délicatesse sur la scène internationale, expose sur le même salon la dernière version de son T-90, le T-90MS.

 

Le T-90MS à IDEX

 

La fin de l’audition permet à Alexandre Dupuy, en réponse à la question d’un député, d’aborder le sujet du canon Ascalon et son développement initial au calibre de 120mm avant que les exigences imposées par les nouveaux blindages ne motivent le développement d’une solution de passage rapide au calibre de 140mm. Après ces généralités sur cette arme innovante, A. Dupuy indique que « si l’on sait faire en 120, en 140 on saura faire en 128, 132 ou 130[…] si on va vers une munition de 130mm, il faudra qu’elle soit compatible Ascalon. » Au delà de son aspect technique, cette déclaration ne serait-elle pas annonciatrice du futur arbitrage autour du pilier 2 « Feu principal » du projet franco-allemand ? On peut légitimement le penser, tant la solution hautement consensuelle, d’un Ascalon 130 aurait le mérite de satisfaire l’égo des différents partenaires et de donner un temps d’avance à l’Allemagne. Celle-ci ayant décidé de doter son futur Leopard du canon Rh-130 et de développer d’ici 2030 les munitions adaptées, ce qui devrait faciliter leur commercialisation sous timbre allemand et la reconnaissance de ce calibre comme calibre de référence pour les chars européens. En adoptant un Ascalon en 130mm, la France abandonnerait donc cette véritable rupture technologique, pourtant  souhaitée pour  le futur engin que Sébastien Lecornu n’hésite pas à qualifier de « futur du char. « 

 

Le canon Ascalon au tir

 

Cette audition permet donc de mesurer encore un peu plus le caractère éminemment politique du MGCS, déjà souligné à deux reprises par  Ralf Ketzel, le CEO de KNDS. Si cette caractéristique contribue à rendre le programme moins sensible aux aléas industriels et militaires et à diminuer son agilité, elle accroit en revanche sa vulnérabilité aux incidents politiques dont les prochaines élections allemandes pourraient être le premier avatar. Les propos d’Alexandre Dupuy qui succèdent à ceux du CEMAT en juin dernier, à la commande de 100 chars Leclerc rénovés rendent de plus en plus improbable l’adoption par l’armée de terre  d’un char de transition. Nous continuerons donc à pérenniser notre parc Leclerc, lui collant çà et là quelques rustines, en espérant que le Leclerc Evo rencontre le succès escompté. Il ne faut cependant pas oublier que l’exportation d’un char refusé par l’armée de terre reste un exercice difficile pour ne pas dire impossible, les échecs de l’AMX 32 et de l’AMX 40 sont là pour nous le rappeler.

KNDS France espère porter les chars Leclerc émiriens à un « niveau de performance inégalé »

KNDS France espère porter les chars Leclerc émiriens à un « niveau de performance inégalé »


Selon la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, l’armée de Terre devra se contenter de 200 chars Leclerc portés au standard XLR à l’horizon 2035. Aussi, contrairement à l’Allemagne, il n’est pas question, du moins pour le moment, de financer le développement d’une solution intérimaire permettant d’attendre la mise en service du Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System].

Le standard XLR du Leclerc comprend l’intégration d’équipements nécessaires au combat collaboratif, comme le Système d’information du combat SCORPION [SICS] et la radio CONTACT, d’un tourelleau téléopéré de 7,62 mm et d’une nouvelle conduite de tir. L’accent est mis sur la protection, en particulier contre les engins explosifs improvisés et les roquettes. Il est aussi question d’installer le brouilleur BARAGE. L’ajout d’un système de protection active [APS], pourtant souhaité par l’armée de Terre, n’a pas été retenu.

Les Leclerc français seront-ils, à l’arrivée, moins performants que ceux mis en œuvre par les forces armées émiriennes ?

À l’occasion du salon de l’armement IDEX, qui vient d’ouvrir ses portes à Abou Dhabi, KNDS France a réaffirmé « son soutien aux forces armées émiriennes pour les 30 prochaines années ». Et l’industriel d’ajouter qu’il a « structuré un projet de modernisation des chars Leclerc » avec plusieurs acteurs locaux, dont les groupes EDGE et BHE. Et cela à l’appui d’une « offre engageante » en cours de discussion avec le ministère émirien de la Défense afin de « porter le Leclerc à un niveau de performance inégalé ».

Reste à voir ce que KNDS France entend par « niveau de performance inégalé ». En tout cas, selon la photographie illustrant son communiqué de presse relatif au salon IDEX 2025, le char Leclerc devant être exposé n’est pas doté du système ASCALON.

Cela étant, la modernisation des chars Leclerc émiriens est sur la table depuis plusieurs années. En novembre 2020, le directeur de KNDS France [Nexter, à l’époque] pour le Moyen-Orient avait expliqué au mensuel Al Jundi [« Le soldat »] que cette rénovation consisterait à augmenter la puissance de feu ainsi que la capacité d’observation grâce à la robotique. Un accent devrait être mis sur les capacités C2 [command & control] et la protection.

Probablement que l’armée de Terre suivra de près cette affaire… car si la modernisation de ses Leclerc doit se faire a minima, c’est parce qu’il lui manquait des partenaires pour être plus ambitieuse. En tout cas, c’est ce qu’avait suggéré son chef d’état-major, le général Pierre Schill, lors d’une audition parlementaire en 2023.

« Concernant le Leclerc, mon objectif est de lancer une première modernisation. Nous réaliserons des études complémentaires afin de définir en 2025 la portée et la profondeur de cette modernisation », avait-il dit. « Je souhaite m’associer autant que possible à des pays partenaires », avait-il continué, avant de préciser que les « Émiriens [étaient] prêts à coopérer » avec la France.

Pour rappel, les forces armées émiriennes ont reçu 388 exemplaires d’une version « tropicalisée » du Leclerc, ainsi que 46 chars de dépannage. Et cela, dans des conditions très avantageuses puisque le contrat, signé en 1992, se révéla être un gouffre financier pour la partie françaises. Engagés au Yémen, ils ont fait une très bonne impression, à en juger par les retours d’expérience [RETEX] publiés à l’époque. Puis, les Émirats arabes unis en ont cédé plusieurs dizaines d’unités à la Jordanie, en 2020.

Le ministère allemand de la Défense a notifié les premiers contrats pour le futur char Leopard 3

Le ministère allemand de la Défense a notifié les premiers contrats pour le futur char Leopard 3


Comme l’a répété la Direction générale de l’armement [DGA] à l’occasion de la commande des 100 derniers chars Leclerc devant être portés au standard XLR, le ministère des Armées n’envisage pas, pour le moment, de financer une solution « intérimaire » permettant d’attendre 2045 et la mise en service du Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System], dont le développement fait l’objet d’une coopération entre la France et l’Allemagne.

Pour rappel, comme le prévoit un protocole d’accord signé en avril dernier par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue allemand Boris Pistorius, ce projet doit être réorganisé selon huit piliers capacitaires afin de garantir un partage des tâches à 50-50 entre les industriels des deux pays. Cependant, certains choix technologiques ne seront confirmés qu’à l’issue d’évaluations technico-opérationnelles. Ce sera ainsi le cas pour l’armement principal du futur char de combat de ce « système de systèmes ».

Sur ce point, deux solutions sont en lice. Ainsi, KNDS France défend son système ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], qui a la particularité de pouvoir tirer des obus de 120 ou de 140 mm, tandis que Rheinmetall entend imposer son canon de 130 mm, par ailleurs censé équiper le char KF-51 Panther. « Censé » car les deux pays qui l’ont choisi, à savoir la Hongrie et l’Italie ont préféré s’en tenir au traditionnel canon de 120 mm pour le moment.

Quoi qu’il en soit, lors de l’examen du projet de loi de finances 2025, l’automne dernier, plusieurs rapports parlementaires ont insisté sur la nécessité de soutenir l’ASCALON en s’appuyant sur char E-MBT du groupe KNDS ou sur une évolution du Leclerc. Ce qui est donc exclu pour le moment, même si le Délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a admis que « la question de la prolongation du char Leclerc jusqu’en 2040 [était] aujourd’hui identifiée ».

Outre-Rhin, on estime, au contraire, qu’une « solution de pont » permettant d’attendre le MGCS est nécessaire. Et celle-ci ne reposera pas sur le Leopard 2A8, c’est-à-dire la dernière version du char Leopard 2.

Chef des opérations de l’équipe du projet MGCS au sein de l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr, des technologies de l’information et de l’appui en cours d’emploi [BAAINBw], le colonel Armin Dirks n’avait laissé aucun doute à ce sujet lors de la dernière conférence annuelle « International Armoured Vehicle », organisée au Royaume-Uni, en janvier.

Alors qu’il est question d’un Leopard 2AX [ou Leopard 3, tant les évolutions attendues seront importantes] depuis plusieurs mois, le BAAINBw vient de notifier plusieurs contrats pour développer cette « solution de pont ». C’est en effet ce que vient de révéler la presse spécialisée allemande, sur la foi d’avis d’attribution de marché publiés le 5 février via la plateforme européenne « EU Tenders » [ou TED].

Ainsi, ce Leopard 3 devrait être armée d’un canon de 130 mm étant donné que Rheinmetall s’est vu notifier des contrats pour mener des études techniques en vue de développer au moins trois modèles d’obus de ce calibre.

« Cela suggère qu’une décision préliminaire a été prise en faveur du canon de 130 mm de Rheinmetall, au moins pour la solution du pont et peut-être même pour le MGCS » a résumé Europaïsche Sicherheit & Technik [ESUT].

En outre, le BAAINBw a retenu Hensoldt et KNDS Deutschland pour mener des études sur un nouveau système de conduite de tir.

La première vise à mettre au point un « système de réglage automatique sur le terrain » pouvant être adapté « à toutes les variantes du Leopard 2 » avec un canon de 120 mm et quelle que soit la variante de l’ordinateur de contrôle de tir. Quant à la seconde, confiée à KNDS Deutschland, elle doit permettre de « corriger automatiquement les influences thermiques sur le canon, lesquelles sont susceptibles de réduire sa précision ».

Enfin, KNDS Deutschland a également été chargé de développer un nouveau groupe motopropulseur, appelé OLYMP. D’après des sources sollicités par Hartpunkt, le moteur serait produit par Liebherr, qui « motorise » déjà les véhicules de combat d’infanterie Marder 1 et Lynx KF41.

« Dans le cadre de l’étude visant à augmenter l’agilité de la chaîne cinématique, un moteur alternatif [moteur à combustion] doit être développé. Il convient d’utiliser autant de composants du système existant [pièces identiques] que possible », a précisé le BAAINBw dans son avis de marché.

Les résultats de ces études devront être communiqués en novembre 2026, au plus tard. Ce qui est conforme au calendrier qui avait été évoqué par ESUT en janvier dernier, l’objectif étant de mettre en service ce Leopard 3 au début des années 2030.

Une commande mais pas que !

Une commande mais pas que !

par Blablachars- publié le 29 janvier 2025

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On a appris avant-hier la notification fin 2024 par la Direction Générale de l’Armement à KNDS France d’une commande portant sur la rénovation de 100 chars Leclerc, après les 50 exemplaires commandés en 2021 et 2022. Cette nouvelle commande porte à 200 le nombre de chars rénovés, cible dont l’atteinte est prévue au cours de la prochaine Loi de Programmation Militaire (LPM) 2030-2035. La LPM actuelle prévoyant la « scorpionisation » de 160 chars à l’horizon 2030. Cette commande qui s’inscrit dans le cadre du programme Scorpion a le mérite d’assurer la visibilité du plan de charge du site de Roanne au sein duquel est réalisée la rénovation du Leclerc, interroge également sur les intentions de la DGA pour l’avenir du char. 

Les commentaires accompagnant l’annonce de cette notification ne peuvent que tempérer l’enthousiasme des partisans les plus optimistes du char français, soucieux de son avenir. En effet, il est clairement expliqué que « les travaux de rénovation […] permettront au char Leclerc de rester en service jusqu’à l’arrivée du futur système de combat terrestre Main Ground Combat System ou MGCS ». Ce commentaire plutôt laconique est la confirmation des propos du Général Schill à Eurosatory qui avait fermé la porte à toute autre rénovation du Leclerc, condamné à attendre l’arrivée de son successeur et surtout à vieillir loin des préoccupations de la DGA et de l’armée de terre. La commande de la DGA apparait comme le dernier clou du cercueil du char français, entérinant la modernisation jusqu’à 2035 et ne laissant donc aucune place à une éventuelle solution de rechange. On ne peut qu’admirer la délicatesse de la manoeuvre de cette administration qui n’a jamais considéré le segment de décision comme une priorité, comme en témoigne la revalorisation du char et celle du dépanneur réalisées toutes deux a minima et faisant fi de tous les observations des conflits en cours. 

 

 

Alors que chaque jour apporte son lot de propos et de déclarations sur les tensions actuelles et les risques de survenue d’un conflit de haute intensité, la France continue à développer un segment médian que tout le monde s’accorde à reconnaitre aussi réussi qu’inadapté aux engagements actuels et futurs. Notre participation à un conflit de haute intensité nous placerait inévitablement dans une situation délicate au regard des moyens engagés, que beaucoup savent inadaptés à des opérations très éloignées de la contre-insurrection ou de l’intervention lointaine. Le conflit au Moyen Orient montre que même l’affrontement d’un proxy terroriste comme le Hamas ou le Hezbollah nécessite également des moyens lourds dont nous sommes aujourd’hui largement dépourvus, et ce dans plusieurs domaines comme le bréchage ou encore les feux dans la profondeur. Dans la partie qui se « joue » entre la DGA, l’armée de terre, l’industriel et bien sur les financiers, il est difficile de trouver l’origine de ce désintérêt pour le segment lourd, même si pendant longtemps les argentiers ont tenu le mauvais rôle. Du côté industriel, les innovations sont au rendez-vous comme en témoigne la présentation du Leclerc Evo et de l’Ascalon au dernier salon Eurosatory. Du côté de la DGA, le service minimum semble de mise pour le char et son dépanneur, ce dernier recevant le système  Scorpion, l’incontournable brouilleur Barage, le tourelleau T1 de Hornet (différent de celui du char de combat) mais aucun système d’accrochage sous le feu.  Ce manque d’ambition se retrouve sur le char, dont la rénovation se résume à quelques améliorations ponctuelles, la plus significative étant là aussi le système Scorpion. Il faudra attendre 2028 pour voir les viseurs PASEO, sauf glissement / étalement de la commande ! A noter que le tourelleau T2B de FN Herstal est positionné à la place exacte de feu l’Armement de TOit (ATO) qui équipait les engins de présérie et qui fut refusé pour la version EMAT et adopté par les Émirats Arabes Unis. Il convient d’ajouter que bon nombre des équipements ajoutés dans la rénovation, le sont sous forme de kits de prédispositions permettant d’accueillir le cas échéant le composant prévu. L’armée de terre ne pipe pas mot, engagée (de gré ou de force) dans la pérennisation du parc Leclerc (concept un peu flou qui laisse la porte ouverte à de nombreuses itérations) remettant fortement en question sa survie opérationnelle pour les années à venir. 

 

 

Hasard du calendrier, la décision de la DGA est rendue publique quelques jours seulement après l’évocation par le colonel Dirks de l’après Leopard 2 et des études en cours sur le sujet. On ne pouvait imaginer circonstances plus favorables pour souligner les différences existant des deux côtés du Rhin à propos de cet engin. Quel que soit l’avenir du futur Leopard 3, il a déjà le mérite de provoquer une véritable réflexion sur l’avenir du char de combat et sur le recensement des solutions technologiques disponibles pour son évolution. Le Leclerc Evo, même s’il est perfectible a également le mérite d’apporter des solutions et de tenter de susciter un débat sur l’avenir du char. Débat dont la France se prive depuis de (trop) longues années et dont nous payerons forcément les conséquences dans les années à venir. La première d’entre elles est le risque de plus en plus importante de nous voire imposer le calendrier du programme MGCS, mais aussi les caractéristiques du futur MGCS, par un partenaire disposant dès maintenant d’une solution de transition et d’une clientèle conséquente. 

L’intérêt allemand pour le char et son avenir n’a finalement rien de surprenant dans ce pays où les meilleurs choisissent de servir au sein de la composante blindée mécanisée, préférant sentir la graisse et la poudre plutôt que le sable chaud ! Il est des choix qui ne s’expliquent pas !

Et maintenant le Léopard 3 !

Et maintenant le Léopard 3 !

 

Blablachars – publié le 24 janvier 2025

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Les hasards du calendrier sont parfois surprenants comme en témoigne l’actualité blindée de ces derniers jours, au cours desquels deux nouvelles se sont télescopées. La première de ces informations nous parvient de Farnoborough où se tient l’édition 2025 de l’IAV (International Armoured Vehicle) Conference. C’est dans cette enceinte que le colonel Armin Dirks, chef des opérations de l’équipe de projet combiné MGCS au sein de l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr, des technologies de l’information et de l’appui en cours d’emploi (BAAINBw) a livré quelques informations sur le programme. Cette intervention a été « percutée » par l’annonce de la signature en présence des ministres français et allemands du pacte d’actionnaire de la MGCS project company réunissant KNDS France, Thales, KNDS Deutschland et Rheinmetall.  

L’intervention du colonel Dirks dans l’enceinte de Farnoborough a confirmé les propos qu’il avait tenus il y a un an dans cette même enceinte. Le concept déjà présenté l’année dernière s’articule autour de plusieurs plateformes d’un poids inférieur à cinquante tonnes qui seraient équipées d’armements divers comme de missiles hypervéloces, des missiles NLOS (Non Line Of Sight) ou de capteurs dédiés. Le calendrier du projet a subi quelques modifications imposées par des considérations de politique interne allemande. Selon le colonel Dirks, la signature du contrat de développement initialement prévue avant les élections au Bundestag est désormais reportées à l’automne 2025, en espérant que la chambre issue des urnes ne s’oppose pas au projet. Évoquée la veille par le colonel Dirks comme préalable indispensable au démarrage des négociations, la MGCS projet company est fondée le lendemain.  

Signature du pacte d’actionnaires de la société de projet

Hasard du calendrier ou simple coïncidence C’est en effet de façon quasi simultanée que l’on a appris par la voix de Nicolas Chamussy (CEO de KNDS France) la création de la société par Sébastien Lecornu et Boris Pistorius. Celle-ci doit donc servir de cadre aux discussions entre les partenaires sur les différents sujets parmi lesquels le partage du pilier 2 sobrement intitulé « feu principal. » On ne peut que se réjouir de cette avancée essentiellement structurelle du projet dont on attend encore la présentation, que Boris Pistorius avait annoncée à la fin de l’année 2023. S’inscrivant dans le calendrier du projet franco-allemand, la création de cette société n’apporte aucune précision sur les prochaine échéances que l’on découvre dans la suite du propos de l’officier allemand. 

Les plateformes du MGCS (Conception graphique Bundeswehr)

Selon lui, l’arrivée du MGCS prévue à partir de 2040, échéance jugée irréaliste par de nombreux observateurs, motive la modernisation au standard A7 des deux tiers du parc de Leopard en service dans la Bundeswehr. Parallèlement à cette opération, l’Allemagne devrait recevoir d’ici 2030 les 123 Leopard 2A8, commandés cet été. Ces engins étant destinés à rejoindre la Lituanie, à la fois au sein de la future brigade allemande et des forces armées lituaniennes. Évoquant le délai existant entre la mise en service de ces chars, pour lesquels le colonel Dirks évoque une durée de vie opérationnelle de vingt ans, et la pleine efficacité opérationnelle du MGCS, l’officier allemand souligne la nécessité de développer une solution de transition. Cette opération a déjà débuté par le recensement des compétences pouvant être intégrées dans un char de transition, avant un gel de la configuration retenue en 2026. Cet engin à la sauce allemande conçu sur la base du Leopard 2 actuel serait donc une plateforme unique sur laquelle seraient intégrées un certain nombre de technologies existantes, telles qu’une numérisation accrue des systèmes, une capacité drone et un canon de 130mm. Ce char de transition à la sauce allemande pourrait être baptisé Leopard 3 !

 

Leopard 2A-RC 3.0 à Eurosatory

Les propos du colonel Dirks révèlent toute l’ambiguïté allemande vis à vis du projet franco-allemand. Alors qu’il fixe l’arrivée du MGCS en 2040, le colonel Dirks n’apporte aucune précision sur la date d’atteinte de la capacité opérationnelle, qu’elle soit initiale (IOC) ou finale (FOC) alors que celles-ci peuvent nécessiter plusieurs années. A titre d’exemple, le Leclerc introduit dans l’armée de Terre en janvier 1994 a vu sa Mise en Service Opérationnelle prononcée en 1999, Boris Pistorius évoque quand à lui une durée de dix ans pour l’intégration des chars de combat.  Il est clair que pour la partie allemande le MGCS, projet essentiellement politique selon Ralf Ketzel, le calendrier du programme ne sera pas respecté, ce décalage impose donc le développement dès maintenant d’une solution de transition. Évidemment celle-ci est développée à partir du Leopard 2 qui, toujours selon le CEO de KNDS est « vraiment le fondement des forces terrestres en Europe » et surtout une véritable réussite commerciale dont il faut préserver le succès dans les années à venir. Le choix du nom de Leopard 3 répond à cette exigence, introduisant une véritable continuité technologique destinée à rassurer les futurs clients et conforter la position du char allemand en Europe. Le Leopard 2A-RC 3.0, présenté en juin dernier à Eurosatory semble donc posséder les caractéristiques nécessaires pour devenir dans un futur proche le Leopard 3. Quelques modifications pourraient apporter au projet initial comme l’introduction du canon Rh-130 de Rheinmetall en lieu et place du canon L-55 de 120 mm équipant actuellement les Leopard 2. Cette intégration scellerait l’union des deux « frères ennemis » allemands autour d’un projet unique et permettrait à Berlin d’imposer le canon de 130mm comme standard européen. Cette fusion placerait en outre l’Allemagne en très bonne position au moment où l’on évoque un renforcement de la base industrielle de défense européenne.

Leopard 2A-RC 3.0 ou Leopard 3

A la différence de la France, l’Allemagne suit une feuille de route précise, adaptée à l’arrivée du MGCS à la date qui leur conviendra le mieux et à laquelle la France devra s’adapter, de gré ou de force. L’évocation d’un Leopard 3 comme solution de transition répond à de nécessaires nécessités commerciales et vise à préserver la position dominante de l’Allemagne sur le marché des chars lourds en Europe. L’intervention du colonel Dirks nous montre que, comme l’a écrit Blablachars, 2025 est bien une année capitale pour notre segment de décision pour lequel la simple question budgétaire ne peut plus être une excuse ! 

Le Leclerc Evo ou la transition Made in France

 

Variations sur un thème

Variations sur un thème

Blablachars – publié le 22 janvier 2025

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L’International Armoured Vehicles (IAV) Conference qui a débuté hier à Farnoborough a déjà permis de se faire une idée assez précise des tendances en matière de blindés. La principale ligne de force constatée au vu des présentations effectuées hier semble être la constitution de familles de véhicules blindés, issue d’un châssis unique. Ainsi, la présentation de General Dynamics United Kingdom (GDUK) a permis de découvrir la composition de la famille issue de la plateforme Ajax, déjà déclinée en six versions répondant aux noms d’Ajax, Ares, Athena, Argus, Atlas et Apollo. Le futur de l’Ajax pourrait être constitué par le développement de huit autres versions : véhicule de combat d’infanterie (VCI), mortier (sous tourelle), appui feu direct, défense sol-air (DSA), surveillance, ambulance, poseur de pont et  soutien. L’autre déclinaison annoncée est celle du blindé de Rheinmetall pour lequel l’armée italienne envisage pas moins de seize versions ! Selon les informations disponibles, la plateforme du Lynx italien servirait de base pour des versions VCI, Reconnaissance 120mm, Appui feu, commandement, antichar, génie (déminage), transport de munitions, mortier sous tourelle 120mm, lutte anti drone (LAD), ambulance, Reconnaissance (spécifications inconnues), génie (lame dozer), dépannage, mortier de 81mm et entraînement. Le programme A2CS prévoit la fourniture de 1050 véhicules pour un montant global de 16 milliards d’euros, avec l’objectif de disposer d’une première brigade équipée d’ici cinq ans.

Ces deux présentations appellent quelques commentaires. La prise en compte de la nécessité de posséder une véritable composante blindée mécanisée s’impose désormais à la quasi totalité des armées en Europe ou ailleurs. Cette volonté se traduit de plus en plus par le choix d’une plateforme unique, dont la polyvalence autorise le développement de nombreuses versions. Un autre aspect notable de cette tendance est la présence au sein des familles évoquées d’une version char médian doté d’un armement de 120 ou de 105mm, ce dernier pouvant être suffisant pour certains pays confrontés à des menaces mixtes. Cette nouvelle tendance est une véritable aubaine commerciale pour les industriels concernés qui trouvent là une réelle opportunité de développement et rentabilité pour le VCI. Sur le plan technique, la création d’une famille de blindés à partir d’une plateforme unique impose de doter cette dernière de caractéristiques spécifiques telles que : Implantation du groupe moto propulseur à l’avant permettant de dégager l’espace arrière, poids contenu pour se constituer une réserve de masse suffisante ou encore architecture ouverte permettant d’intégrer des modules de mission en mode « plug and play ». Pour le moment, Rheinmetall avec le Lynx, General Dynamics Land Systems avec l’Ajax avec l’Ajax et l’Ascod II et BAE Systems Hagglunds avec le CV90 offrent déjà des possibilités. Il est probable que demain, ces constructeurs seront rejoints par d’autres, désireux de profiter à leur tour de cette tendance. 

 

 

Variations proposées par GDUK pour l’Ajax

 

Les versions du Lynx pour le programme A2CS

 

Enfin, il est dommage (pour ne pas triste) de constater que le pays inventeur du concept de famille blindée reste pour le moment absent de ce marché. Avons-nous le droit d’assister en simple spectateur à l’émergence de cette tendance, quand on peut revendiquer la création des familles d’AMX 13, AMX 30 et dans une moindre mesure AMX 10 ? Il est intéressant de noter que les trois firmes déjà présentes sur le marché ont développé les engins sur leurs fonds propres sans attendre d’hypothétiques commandes étatiques pour leur produit. Devrons nous attendre la mise en route du programme Titan ou celui du MGCS pour voir des engins chenillés peupler nos brigades mécanisées. Outre l’aspect blindé mécanisé d’une telle composante, une initiative française en ce sens contribuerait à redonner une véritable masse de manœuvre à l’armée de terre, facteur essentiel de conflits de haute intensité ! Sébastien Lecornu a récemment demandé aux armées françaises « de prendre des risques » et a rappelé que « la France n’échangera pas sa « sécurité militaire contre des hamburgers et des voitures allemandes » traçant la voie pour les industriels concernés sans attendre les financements nécessaires pour rattraper trente années d’abandon de la composante blindée mécanisée !

Général Schill : Alors que la « place du char reste primordiale », l’armée de Terre a « besoin du MGCS »

Général Schill : Alors que la « place du char reste primordiale », l’armée de Terre a « besoin du MGCS »


Censé avoir été relancé après la signature d’un protocole d’accord par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue allemand, Boris Pistorius en avril 2024, le projet de Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System] est toujours au même point.

Si les turbulences politiques de part et d’autre du Rhin n’y sont pas étrangères, il n’a pas encore été possible de notifier les premiers contrats à la société de projet devant être créée par les principaux industriels concernés [KNDS France, KNDS Deutschland, Thales et Rheinmetall], la constitution de cette dernière ayant pris du retard. En outre, la chambre basse du Parlement allemand [Bundestag] ne s’est pas encore prononcée sur l’accord signé par MM. Lecornu et Pistorius.

Pour rappel, comme il vise à développer une « famille de systèmes » [chars de nouvelle génération, drones, robots, etc.] reposant sur un  » cloud de combat », le MGCS doit être réorganisé selon huit piliers capacitaires distincts [plateforme, tourelles et canons, armement secondaire, système de communication et de commandement, simulation, capteurs, protection contre les drones, logistique], tout en assurant un partage industriel à 50-50 entre la France et l’Allemagne.

En outre, certains choix technologiques, comme l’armement principal du futur char de combat, n’ont pas encore été tranchés.

Quoi qu’il en soit, après s’être mis d’accord avec son homologue allemand sur une fiche commune d’expression des besoins [HLCORD], le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, s’est dit convaincu que le MGCS allait incarner une « bascule technologique ».

« En 2045, le char que nous utiliserons ne sera pas un char actuel amélioré, pour la simple raison que s’il faut équiper un seul véhicule de tous les équipements de protection et d’agression nécessaires, nos analyses montrent qu’il atteindrait un poids rédhibitoire de 70 ou 80 tonnes », a-t-il expliqué en novembre, lors d’une audition au Sénat dont le compte rendu vient d’être publié.
« C’est pourquoi nous nous orientons – et les Américains sont sur la même ligne – vers des systèmes combinant plusieurs véhicules. Ce ne sera pas une évolution des chars actuels, mais un système de systèmes au sein d’un cloud de combat », a poursuivi le CEMAT.

Au regard des implications technologiques et financières que cela suppose, le général Schill a estimé qu’un projet comme le MGCS ne peut qu’être conduit à « l’échelle européenne » car « aucun pays du continent n’aura la capacité de fabriquer seul les centaines d’équipements nécessaires à un coût contrôlé ».

Aussi, « nous sommes dans la ligne fixée […] par le préaccord industriel », a-t-il ajouté, alors que, de leur côté, Rheinmetall et Leonardo ont créé une coentreprise afin de proposer le char KF-51 « Panther » et le véhicule de combat d’infanterie KF-41 « Lynx » à l’armée italienne… A priori, le CEMAT ne pense pas que cette approche puisse être viable…

Quoi qu’il en soit, « l’armée de Terre a besoin du MGCS » car « la place du char reste primordiale », a insisté le général Schill.

Seulement, aussi « primordiale » soit-elle, cette place du char au sein de l’armée de Terre est réduite : la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 prévoit un parc de seulement 160 Leclerc rénovés [a minima] à l’horizon 2030… et de 200 en 2035.

La France pourrait développer son propre char de combat dans le cadre du projet MGCS

La France pourrait développer son propre char de combat dans le cadre du projet MGCS


En avril, la France et l’Allemagne ont signé un protocole d’accord visant à relancer leur projet commun de Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System], alors bloqué par des désaccords entre les principaux industriels concernés depuis près de sept ans.

Ainsi, pour garantir un partage équitable des tâches, il a été décidé de réorganiser ce projet selon huit piliers capacitaires distincts et de créer une société de projet réunissant KNDS France, Thales, KNDS Deutschland et Rheinmetall. Quant aux choix technologiques à l’origine des querelles entre les industriels, ils devront n’être faits qu’après une évaluation des solutions proposées. Et cela vaut notamment pour le canon du futur char de combat sur lequel reposera le MGCS.

Pour rappel, KNDS France a soumis le système ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], capable de tirer des obus de 120 et de 140 mm ainsi que des « munitions intelligentes pour des tirs au-delà de la vue directe » tandis que Rheinmetall défend son canon de 130 mm, lequel doit équiper la tourelle de son char KF-51 « Panther » qui, dévoilé en 2022, est en passe d’être retenu par l’armée italienne.

Seulement, cette « compétition » inquiète les parlementaires français, quel que soit leur bord politique. C’est ainsi le cas du député François Cormier-Bouligeon, qui s’en est ouvert dans son avis budgétaire sur le programme 146 « Équipement des forces – Dissuasion ». Même chose pour les sénateurs Hugues Saury et Hélène Conway-Mouret. Dans un récent rapport, ils ont avancé que l’ASCALON risquait d’être « écarté de toute perspective de commercialisation afin de préserver le ‘leadership’ de Rheinmetall et KNDS Deutschland « . Cela « interroge sur l’intérêt même de la création de KNDS et, a fortiori, sur celui de poursuivre le programme MGCS », ont-ils même insisté.

Cela étant, le MGCS ne doit pas être considéré comme étant seulement le successeur des chars Leclerc et Leopard 2 dans la mesure où il s’agit de développer une « famille de systèmes » [chars, drones, robots, etc.] devant reposer sur un « cloud de combat ».

Par ailleurs, ce Système principal de combat terrestre ne devant pas être opérationnel avant 2040 au plus tôt, la question du maintien en service du Leclerc jusqu’à cette échéance se pose. De même que celle d’une éventuelle « solution intermédiaire », censée faire le « pont » entre le Leclerc et le MGCS. Ce qui a été proposé par Nicolas Chamussy, le PDG de KNDS France, en mai 2023.

Lors d’une audition sur l’économie de guerre, à l’Assemblée nationale, le 4 décembre, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, n’a pas coupé à une question sur l’avenir du MGCS.

« Sur le char lourd c’est une préoccupation. D’abord, je l’ai dit et je continue à la dire : on ne fait pas n’importe quoi et on a étudié évidemment le fait de pouvoir prolonger, jusqu’en 2040, le Leclerc. On se donne les moyens de se donner du temps », a répondu M. Chiva.

« Le MGCS n’est pas le successeur du Leclerc et il ne préfigure en rien la nature du char lourd. Le MGCS, c’est des moyens de combat terrestre, avec des ailiers scorpionisés, dronisés, dans un cloud de combat », a-t-il ensuite rappelé.

Ce qui ouvre éventuellement la voie à la coexistence de deux chars différents au sein de ce « système de systèmes ».

« On peut se dire que les Allemands pourraient avoir un char lourd différent du char lourd français au sein du même projet. Ça ne me choquerait pas. Ça serait financé sur fonds propres », a en effet affirmé M. Chiva, laissant ainsi entendre que l’initiative reviendrait à KNDS France, qui fait justement la promotion du Leclerc Evolution, doté du système ASCALON.

« Dans le cadre du projet [MGCS], ce que l’on essaie d’avoir, c’est cette architecture de système qui nous permet[tra] de préparer le système de combat futur », a enchaîné le DGA, qui a ensuite évoqué un « plan B », sans plus de précision.

« On soutient nos champions français, qui innovent sans arrêt. Je pense notamment au canon ASCALON, qui est une innovation majeure. […] On a un nombre de possibilités aujourd’hui qui nous permettent de palier le fait que l’on a arrêté des chaînes de production. […] Ce n’est pas en deux ans qu’on résout tous les problèmes mais la Loi de programmation militaire, dans sa déclinaison du combat blindé, est faite justement pour nous éviter toute rupture capacitaire », a conclu M. Chiva.

Quelques chiffres intéressants

Quelques chiffres intéressants

 

par Blablachars – publié le 28 novembre 2024

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La Direction technologique et logistique de l’armée israélienne a publié ces derniers jours de nouvelles données relatives aux opérations menées par Tsahal dans la bande de Gaza et au Sud-Liban. Parmi les nombreux éléments communiqués, Blablachars s’est intéressé aux chiffres concernant les véhicules blindés et les chars. On apprend que 90% des engins atteints par des projectiles antichars ou des Engins Explosifs Improvisés (EEI) de forte puissance ont été réparés et remis en service. Le délai moyen pour la réparation des engins est de 20 jours selon les services de maintenance de l’armée israélienne, même si les plus endommagés ont nécessité des durées d’immobilisation supérieures aux 2 jours mentionnés. 90% des problèmes 90% des problèmes mineurs ayant affecté les engins blindés de Tsahal ont tous été réglés sur la zone des opérations dans des bases d’opérations avancées ou dans des centres logistiques dédiés situés à proximité de le zone des combats, sans qu’il soit nécessaire de procéder à leur évacuation. Enfin on apprend que la capacité opérationnelle  est de 88% pour les engins blindés engagés à Gaza et au Sud-Liban et pour certains depuis quatorze mois.

Sur le plan humain, Tsahal indique que 5300 soldats ont été blessés et soignés durant l’offensive terrestre dans la Bande de Gaza, alors que 709 soldats avaient été traités en 2014 lors des opérations dans cette zone. Concernant le Sud-Liban, 700 soldats ont été blessés et soignés alors qu’en 2006 ce chiffre était de 833. Le taux de létalité s’établit à 6.9% des blessés traités à Gaza et à 7.1% au Liban, ce taux était de 9.2% à Gaza en 2014 et de 14.8% au Liban en 2006. Le Corps médical de Tsahal indique que cette baisse du taux de létalité est liée à l’amélioration de la prise en charge et du traitement des soldats blessés sur le champ de bataille, avec pour la première fois la réalisation de transfusions de sang total sur la zone, dont 300 soldats auraient bénéficié. La présence d’officiers médicaux supérieurs au sein de chaque unité élémentaire a également contribué à améliorer la prise en charge des soldats blessés, avec un temps moyen inférieur à 4 minutes entre la blessure et l’arrivée du médecin, ce délai est de 10 à 25 minutes au Liban en 2006. 

Enfin en termes de transport, il faut en moyenne 66 minutes à un blessé évacué par hélicoptère depuis Gaza pour rejoindre un hôpital et 84 minutes depuis le Liban. Par voie terrestre ces durées sont respectivement de 91 et 111 minutes. Ces chiffres indiquent que les opérations de Tsahal à Gaza et au Sud-Liban sont bien des opérations de haute intensité conduites face à des adversaires déterminés et bien équipés.Selon les autorités israéliennes 12000 soldats blessés ont suivi des programmes de réhabilitation physique depuis le début des opérations de Tsahal dans la bande de Gaza soit un peu moins de 1000 par mois. Sur ces 12000 soldats 66% sont des réservistes, 93% sont des hommes et 51% ont entre 18 et 30 ans. Le nombre de blessés a augmenté dans la zone Nord de 150% entre septembre et octobre dernier en raison de l’engagement de Tsahal au Sud-Liban avec plus de 900 blessés évacués vers les hôpitaux de la région en un mois. Enfin on apprend qu’au moins 1500 soldats ont été blessés au moins deux fois depuis le début des opérations. Même si les élongations logistiques restent relativement réduites, les chiffres communiqués montrent une véritable progression depuis les derniers engagements majeurs de Tsahal, tant dans le domaine de la maintenance que dans celui du traitement des blessés, permettant à l’armée israélienne de mener ses opérations dans de meilleures conditions. 

Ci-dessous les clichés du premier Merkava IV Barak détruit par un Engin Explosif Improvisé de forte puissance.

L’Abrams contre le Merkava d’Israël : quel char gagnerait un combat ?

L’Abrams contre le Merkava d’Israël : quel char gagnerait un combat ?

Dans le monde des blindés lourds, deux titans s’affrontent : le char américain M1 Abrams et l’israélien Merkava IV. Ces mastodontes d’acier, conçus pour dominer le champ de bataille moderne, présentent chacun des caractéristiques uniques. Plongeons dans une analyse comparative de ces deux géants pour déterminer lequel pourrait l’emporter dans un hypothétique duel.

Par Laurène Meghe – armees.com –  Publié le 16 novembre 2024

Abrams Merkava Quel Char Triompherait Affrontement
L’Abrams contre le Merkava d’Israël : quel char gagnerait un combat ? – © Armees.com

L’Abrams et le Merkava IV sont tous deux équipés de canons de 120 mm capables de détruire la plupart des chars soviétiques à longue distance. Mais, leurs approches diffèrent sur certains points :

  • Le Merkava peut tirer des missiles antichars depuis son canon principal
  • L’Abrams dispose de munitions à l’uranium appauvri, plus performantes contre les blindages réactifs modernes
  • Le char israélien est doté d’un mortier léger de 60 mm, utile en combat urbain

Ces différences reflètent les priorités stratégiques de chaque nation. Israël se concentre sur la polyvalence en milieu urbain, tandis que les États-Unis privilégient la supériorité face aux blindés adverses.

Mobilité et protection : des philosophies distinctes

En termes de mobilité, l’Abrams a longtemps eu l’avantage avec une vitesse de pointe supérieure à 65 km/h. Le Merkava IV a en revanche rattrapé son retard grâce à un nouveau moteur de 1500 chevaux, atteignant désormais les 64 km/h. L’autonomie du char israélien reste supérieure, avec 500 km contre 425 pour son homologue américain.

Côté protection, le Merkava IV se distingue par son système de protection active Trophy. Ce dispositif révolutionnaire, capable d’intercepter les missiles antichars, a prouvé son efficacité au combat. L’Abrams, bien que doté d’un blindage composite extrêmement résistant, ne dispose pas encore d’un tel système, le rendant plus vulnérable face aux menaces modernes.

Le char israélien intègre également des innovations uniques pour la survie de l’équipage :

  • Moteur placé à l’avant, servant de bouclier supplémentaire
  • Trappe d’évacuation à l’arrière
  • Chaînes à boules pour dévier les roquettes

Ces caractéristiques illustrent l’importance accordée par Israël à la protection de ses soldats, une priorité née des expériences de combat intensif dans des environnements hostiles.

Adaptation aux théâtres d’opérations : polyvalence contre spécialisation

Le Merkava IV excelle dans la défense et le combat urbain, répondant aux besoins spécifiques d’Israël. Sa capacité à transporter des fantassins (jusqu’à 4 soldats) en fait un outil polyvalent sur le champ de bataille. L’Abrams, quant à lui, est conçu pour des opérations offensives rapides sur de longues distances, reflétant la doctrine militaire américaine.

Voici un tableau comparatif résumant les forces de chaque char :

En définitive, déterminer lequel de ces deux titans l’emporterait dans un affrontement direct relève de la spéculation. Chacun excelle dans son domaine et répond aux besoins spécifiques de son armée. Le Merkava IV se distingue par sa survivabilité exceptionnelle et sa polyvalence, tandis que l’Abrams reste une référence en matière de puissance de feu et de mobilité offensive.

L’évolution constante des technologies de blindage et de protection active, comme celle développée par Israël, pourrait bien redéfinir les standards des chars de combat du futur. Les armées du monde entier observent attentivement ces innovations, cherchant à adapter leurs propres véhicules aux défis des conflits modernes.