La solde des militaires : le prix du sang

La solde des militaires : le prix du sang

Revue des troupes du 126e RI par le Général Schill (actuel CEMAT) commandant alors la 9e BIMa

 

par Michel Gay – Revue Conflits – publié le 19 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/la-solde-des-militaires-le-prix-du-sang/


Solde et salaire sont deux choses différentes. Si les militaires perçoivent une solde, c’est pour payer le prix du sang, différenciant leurs activités des autres activités rémunérées.

Les militaires (incluant les gendarmes) ne perçoivent pas un salaire mais une solde. Si le salaire est le prix du travail, depuis Napoléon la solde est le prix du sang.

Un léger malentendu… 

Un militaire perçoit une solde non pour produire un bien ou rendre un service marchand, mais pour se préparer à défendre la Nation, y compris par la violence et au péril de sa vie, en obéissant aux ordres donnés par ses représentants légitimes.

Légalement, un militaire n’a pas d’horaires de travail (dans la pratique quotidienne, des horaires ont été calqués sur ceux du monde civil). Un chef militaire peut ordonner jour et nuit, 365 jours par an, des actions dangereuses pour la vie de ses subordonnés (et pour la sienne) dans le cadre de la mission qui lui est confiée.

En revanche, un chef d’entreprise peut aller en prison s’il met sciemment en danger la vie de ses salariés.

Des élèves-officiers britanniques avaient été interrogés pour savoir, selon eux, quel métier civil se rapprocherait le plus de leur future situation de chef militaire. Beaucoup ont répondu : « chef d’entreprise »…

Un chef militaire n’est pas un chef d’entreprise !

D’abord, un chef d’entreprise doit gagner l’argent, ou l’emprunter, pour investir, payer les salaires et, éventuellement, engranger des bénéfices. Le militaire, lui, ne fera jamais fortune mais il est régulièrement payé par l’Etat, et il n’achète pas le matériel qu’il utilise.

Ensuite, les militaires ont le pouvoir, et même parfois le devoir, de tuer au nom de la Nation qui l’ordonne en lui confiant une mission. Ils ne sont pas seulement des gestionnaires de moyens alloués par la Nation ou des « managers » de leurs subordonnés.

La communication des armées a elle-même contribué à rendre ambigüe cette perception de « l’état militaire ». Des campagnes de recrutement ont été centrées sur le monde civil (apprendre un métier, se consacrer à des actions humanitaires, faire du sport,…). Elles étaient certes utiles pour recruter massivement, mais ces « publicités » étaient en décalage avec les rudes réalités des opérations extérieures.

La préparation au combat n’est pas seulement un apprentissage technique, ni un simple entraînement sportif pour se former physiquement et mentalement, c’est surtout un engagement personnel jusqu’au « sacrifice suprême » au service de son pays et de la défense de ses valeurs (démocratie, liberté,…).

Les militaires sont destinés au combat

Et le combat sort du monde ordinaire, il est « extraordinaire » au sens littéral. Il porte ses propres règles, différentes de celles qui régissent l’état de paix. Il bouleverse les circonstances habituelles, les perceptions, les réactions et, in fine, l’être même.

Au combat, il faut faire face à l’horreur et surmonter la peur. La proximité avec le danger et la mort agit comme un révélateur. Des hommes et des femmes ordinaires ont soudain des comportements extraordinaires pour défendre des intérêts aux contours parfois flous. Ils acceptent des efforts « hors normes » pour affronter collectivement une réalité violente loin du monde individualiste et hédoniste habituel.

Les militaires répondent aussi à des impératifs personnels : la soif de découverte, l’envie d’aventure, d’action, de se dépasser, le rejet d’une société aseptisée, et le besoin d’être intégré dans un groupe humain rendu solidaire par des épreuves partagées.

C’est souvent principalement pour ces raisons qu’ils acceptent de s’engager dans des combats difficiles, avec des moyens parfois rustiques, et de souffrir en silence.

Les médias communiquent volontiers sur un mode compassionnel et sont promptes à dénigrer l’Armée si un soldat se conduit mal, mais ils « oublient » parfois (souvent ?) d’honorer ces nombreux jeunes Français qui incarnent aussi des vertus de calme, d’effort, de volonté, et de courage.

Le soldat de la Paix

L’ère sympathique, mais quelque peu utopique, du « soldat de la paix » est maintenant dépassée.

Certes, il œuvre pour la paix mais sous la pression des évolutions géopolitiques, le mot guerre n’est plus tabou. La population française redécouvre que des crises et des guerres existent toujours partout dans le monde, provoquant des ruines, des blessés et des morts.

Paradoxalement, malgré cette prise de conscience, les moyens militaires de la France en hommes et en matériels ont diminué ces dernières années. Nos responsables politiques, parfois aveuglés par notre « supériorité technologique », parfois virtuelle, imaginent que les conflits vont s’apaiser d’eux-mêmes, comme par miracle.

Un pays qui oublie la finalité de ses armées et les réalités du combat est condamné à se perdre. Certains espèrent que « d’autres », parfois méprisés, iront spontanément s’exposer à leur place pour faire face au danger lorsqu’il surgira. Mais combien « d’enfants de la Patrie » accepteront avec entrain de se lever et de mettre leur vie en péril, sans y être préparés, quand nos intérêts et nos libertés seront menacés ?

Négliger les valeurs du combattant face à des adversaires de la démocratie qui exaltent à l’extrême des valeurs guerrières sur fond d’idéologie (religieuse ou non) crée un décalage dangereux. « Contre nous (les démocrates), l’étendard sanglant de la tyrannie est levé ».

Dans un monde qui n’a jamais cessé d’être turbulent, voire violent, les critères de discipline, d’abnégation et de dévouement font la force du militaire. Ces valeurs constituent un modèle de plus en plus prisé par une société, notamment des jeunes, en quête de repères.

L’État verse une solde aux militaires pour accepter sur ordre de verser leur sang, et aussi pour assumer le sacrifice ultime des autres, pour la défense des intérêts de la Nation.

Sur les canons du roi Louis XIV était gravée la locution latine « Ultima ratio regum » : le dernier argument du roi.

Vers une capacité MAMBA musclée dans la prochaine LPM

Vers une capacité MAMBA musclée dans la prochaine LPM


Pour les chefs d’état-major, chaque audition parlementaire devient propice à relever les grands enjeux capacitaires de la prochaine loi de programmation militaire. Du côté de l’armée de l’Air et de l’Espace, les réflexions portent entre autres sur le renforcement du segment de défense sol-air assuré par les systèmes MAMBA. 

S’agissant de la défense sol-air en général, « la LPM que nous sommes en train de construire doit nous permettre d’aller plus loin », déclarait le chef d’état-major de l’AAE, le général Stéphane Mille mi-octobre en audition à l’Assemblée nationale. Des propos réitérés et détaillés un mois plus tard au Sénat. Certains sujets étaient alors « encore en cours d’arbitrage » mais, selon, le CEMAAE, l’une des idées sur la table sera bien de muscler la capacité MAMBA de deux manières. 

Premièrement, en poursuivant la rénovation des systèmes actuels via le programme SAMP/T NG conduit avec l’Italie. Lancé en réalisation en novembre 2020, ce programme dotera le système français du nouveau radar GF 300, du missile Aster 30 B1 NT et d’un module C2 rénové. Mais s’il doit permettre, d’après le CEMAAE, de « protéger une zone plus vaste et de lutter contre les menaces supplémentaires », le SAMP/T NG ne sera livré qu’à partir de 2027 aux armées françaises. 

Et deuxièmement, il est aussi question « d’augmenter le volume pour pouvoir répondre à une demande de protection croissante ». L’armée de l’Air et de l’Espace opère aujourd’hui huit sections MAMBA, dont l’une est déployée en Roumanie au titre de la mission Aigle. L’Ukraine demande depuis longtemps à la France de lui fournir une capacité MAMBA pour lutter contre les attaques russes, sans réponse claire jusqu’à présent. Seul indice évoqué la semaine dernière par le ministre des Armées Sébastien Lecornu lors d’un déplacement à Kiev, le lancement d’un programme de formation d’officiers ukrainiens sur « des nouveaux systèmes qui pourraient équiper l’Ukraine à l’avenir ».

S’agira-t-il d’en acquérir davantage comme le projette l’Italie, de poursuivre l’effort de remontée des stocks de missiles Aster 30, ou les deux ? Pour cette réponse, et bien d’autres, il faudra encore attendre plusieurs semaines avant l’adoption de la LPM 2024-2030 en conseil des ministres et sa publication. Le président de la République s’exprimera prochainement à ce sujet lors de ses traditionnels vœux aux armées, organisés cette fois sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan. La discussion du texte devrait intervenir en juin prochain au Sénat mais, pour certains sénateurs, la question de l’étendue de la capacité de défense sol-air ne pourra être éludée. 

« La guerre en Ukraine a mis en évidence les limites de notre défense sol-air, dont nous disposons en quantité plutôt modeste, que ce soit pour la moyenne portée (SAMP-T Mamba avec le missile Aster) ou dans la basse couche (Crotale) », relevait notamment la sénatrice socialiste Hélène Conway-Mouret.

Bien que parcellaire, la perspective partagée par le CEMAAE aura peut-être participé à rassurer des sénateurs pour qui la défense sol-air française reste « un sujet de préoccupation ». Un sentiment partagé par leurs homologues de l’Assemblée nationale, à l’origine d’une mission flash sur le sujet pilotée depuis mi-octobre par les députés Natalia Pouzyreff (RE) et Jean-Louis Thiériot (LR).

Crédits image : AAE

Les équipements des armées légèrement rabotés dans la dernière mouture du budget 2023

Les équipements des armées légèrement rabotés dans la dernière mouture du budget 2023

– Forces opérations Blog – publié le

Le projet de loi de finances pour 2023 a été définitivement adopté le 15 décembre, moyennant un nouveau recours à l’article 49.3 de la Constitution. S’il entérine une hausse de 3 Md€ pour le budget des armées, l’exercice se solde aussi par un petit mouvement défavorable aux équipements des forces.

Il faut une certaine dextérité visuelle pour le détecter dans la masse de chiffres, mais le programme 146 « Équipements des forces » s’est vu ponctionner de 74 M€ en autorisations d’engagement et de 23,2 M€ en crédits de paiement dans la dernière mouture du PLF.

La raison invoquée ? Assurer la recevabilité financière d’un amendement déposé par le sénateur Joël Guérriau (Les Indépendants – République et territoires) et grâce auquel les armées pourront « accélérer l’effort » et « accroître le budget consacré en 2023 à la rénovation des restaurants gérés par le Service du commissariat des armées ».

L’effort de rénovation, à l’origine crédité de 147 M€ pour 2023, apparaît « comme une préoccupation importante portée par le ministère des armées afin de proposer à nos militaires et civils de la défense une restauration de meilleure qualité », complétait-t-il. Message reçu par le gouvernement, qui a donc intégré un amendement pourtant rejeté plus tôt par le Sénat « en raison de son gage sur les crédits destinés à l’équipement des forces armées ».

Selon l’amendement déposé, l’opération se fera au détriment de l’action 09 « Engagement au combat » du programme 146, la plus importante devant la dissuasion avec près de 5,2 Md€ de crédits de paiement. Elle englobe notamment des sujets terrestre clés tels que le VBCI – programme à effet majeur dont la clôture était prévue pour 2022-, l’hélicoptère Tigre, le missile moyenne portée ou encore l’environnement SCORPION. Même si elle n’est jamais plaisante, la ponction reste minime et aura au moins le mérite de rappeler que la qualité de l’alimentation est au moins aussi importante que celle des équipements.

Crédits image : armée de Terre

L’internationalisation du Renminbi : un développement rapide 1/3

L’internationalisation du Renminbi : un développement rapide 1/3

 

par Alex Wang – Revue Conflits – publié le 23 décembre 2022

https://www.revueconflits.com/linternationalisation-du-renminbi-un-developpement-rapide-1-3/


Déclenchée en 2009 et sous l’impulsion d’une double stratégie de contournement et d’effort à l’intérieur des systèmes existants, l’internationalisation du Renminbi s’est développée rapidement en termes d’institutions et d’usages.

L’internationalisation de la monnaie chinoise Renminbi (RMB) est un sujet qui s’invite de plus en plus dans les débats et les conversations tant entre les experts qu’entre les passionnés de géopolitique.

Cela donne place à deux types de perceptions quelque peu contradictoires. Certains sont enthousiastes, pensant que RMB sera très bientôt la monnaie internationale dominante remplaçant le dollar américain ; d’autres rivent leur regard sur le faible poids de cette devise dans les compartiments majeurs des finances globales, en arguant que ce mouvement n’est qu’un épiphénomène cantonné à son niveau régional. La vérité est plus complexe, se situant probablement entre les deux.

Un examen à tête reposée nous paraît utile et nécessaire pour avoir une image objective de ce phénomène qui entraînerait des conséquences multiples, profondes et durables sur l’ordre monétaire global, l’économie et le commerce mondiaux et, en fin de compte, sur nous tous.

Les objectifs

Les exportations chinoises vers le reste du monde a atteint 3 368 milliards de dollars en 2021, contre 326 milliards en 2001. Elle représente désormais 14,5 % des échanges internationaux, contre 9 % en 2001.[1] En revanche, la plupart des échanges se font encore en US dollar. C’est un énorme caillou pointu dans les chaussures de la Chine.

Le déséquilibre entre son poids économique dans le monde et l’utilisation très faible de sa monnaie dans les commerces et les marchés financiers a fait sentir à la Chine, dès le début 2000, le besoin pressent d’internationaliser le RMB.

Une utilisation plus importante de sa monnaie lui conférerait les avantages évidents pour réduire les coûts du commerce transfrontalier, faciliter grandement les investissements entrants et sortants et, également, diminuer substantiellement les incertitudes de change.

Vouloir sortir du piège du dollar US pour acquérir une plus grande autonomie relative à la politique économique constitue également l’un des motifs majeurs de ce mouvement stratégique.

L’autre raison de l’accélération de l’internationalisation du RMB a trait à la gestion du risque. Les sanctions financières constatées à l’occasion de la guerre en Ukraine ont provoqué une prise de conscience aiguë concernant le besoin urgent de réduire drastiquement et rapidement la dépendance vis-à-vis de US dollar.[2]

En résumé, la Chine veut que sa monnaie devienne non seulement un moyen d’échange crédible, mais également en tant que réserve de valeur largement acceptée. Ainsi son économie serait plus efficace et mieux protégée.

Cette stratégie a été inscrite dans les 13e et 14e plans quinquennaux. Sa mise en œuvre constitue l’une des plus grandes priorités du gouvernement chinois.

Le début forcé et le développement rapide

L’internationalisation du RMB digne de ce nom a été déclenchée comme suite à la crise financière de 2008. Fortement encouragée par le Gouvernement chinois et poussé par la croissance fulgurante du commerce avec de plus en plus de pays, l’utilisation du RMB à l’international a connu un progrès plus que significatif.

Dressons un bilan rapide des progrès réalisés dans divers domaines pour la mise en mouvement de cette internationalisation.

Construction des institutions

La construction du réseau (ou de l’infrastructure) est primordiale pour favoriser, soutenir les usages du RMB. Il s’agit de la mise en place des swaps, l’ouverture des centres offshore, la réforme des systèmes de paiement, création des zones économiques spéciales et, également, le soutien des nouvelles banques.

Mise en place des swaps

Par swaps, on entend des accords bilatéraux qui renforcent la liquidité d’une monnaie en permettant à d’autres pays ou zones monétaires d’y accéder. Cela permet de réduire les effets des fluctuations des taux de change.

Les accords de swap se développaient d’abord entre les banques régionales puis internationales. Entre 2009 – 2020, la Chine a déjà signé des accords de swap avec plus de 41 banques centrales pour un montant de 3,5 trillions de RMB (554 milliards de dollars).[3] Parmi lesquelles, nous pouvons citer quelques banques signataires : Hongkong, Russie, Biélorussie, Indonésie, Australie, Corée du Sud, Malaisie, Argentine, Brésil, Canada, Royaume-Uni, Suisse, etc. Sans oublier celui conclu avec la zone euro avec tous ses membres. Le plus important d’entre eux est celui avec Hong Kong. En plus de swap classique, les solutions avancées ont été mises en place progressivement telles que stock connect, bond connect, ETF connect et Health Management connect, etc.[4]

Les signataires ont été choisis en fonction de la taille de leur économie, l’intensité de son commerce avec la Chine et l’accord du libre-échange existant.

La mise en place de ces accords contribue significativement à l’amélioration de la liquidité en RMB des signataires et au renforcement du sentiment de sécurité en cas de crise. Cela encourage grandement le mouvement vers RMB et son utilisation.

Ouverture des plateformes offshore

Depuis 2009, la Chine facilite également les règlements de commerce extérieur en renminbi, ou « renminbi offshore » (CNH)[5], après le succès d’une initiative pilote limitée.

Calée sur le modèle de l’Eurodollar,[6] la Chine a développé des plateformes offshores, sur lesquels se tiennent des transactions en RMB (CNH), ce qui a permis aux banques de se soustraire à certaines règles contraignantes en Chine continentale stimulant les règlements des échanges. Hongkong a été le premier (2003 – 2004) et le plus important centre offshore. Près des trois quarts de la compensation offshore en renminbi ont lieu à Hong Kong, qui entretient des liens étroits avec la Chine continentale.

Le RMB offshore (CNH) pratique le taux de change flottant libre. Il est différent du RMB onshore (CNY) qui utilise le taux de change également flottant, mais dirigé. Ainsi, nous avons la notion d’une monnaie de deux pays. CNY et CNH s’échange à parité, bien qu’ils aient des valeurs différentes dans leur marché respectif. La convergence des taux de change a été démarrée et devrait continuer dans la poursuite de la libéralisation financière.

Par ailleurs, le gouvernement chinois approuve un nombre croissant de banques de compensation (clearing banks), qui permettent d’améliorer la liquidité des acteurs, en facilitant l’accès au système de paiement chinois.

Les clearing banks se trouvent maintenant un peu partout : Macao, Taïwan, Singapour, Séoul, Kuala Lumpur, Bangkok, Sydney, Toronto, Londres, Frankfort, Paris, Luxembourg, Doha, Zurich, Johannesburg, Santiago du Chili, etc. En permettant à la banque centrale chinoise (BPoC) d’intervenir indirectement dans les transactions en RMB sur les marchés offshore, ces banques jouent un rôle essentiel pour la fourniture d’un moyen de règlement interbancaire aux banques internationales opérant en RMB.

Avec 1 400 comptes de compensation en RMB qui fonctionnent avec les banques de correspondance dans le monde, la Banque de Chine est le leader en la matière.

Réformes des systèmes de paiement

US a deux systèmes de paiement : 1/ FEDwire pour les règlements internes (Real Time Gross Settlement) ; 2/ CHIPS (Clearing House Interbank Payment System) pour les paiements internationaux.

De façon similaire, la Chine a également mis en place deux systèmes de paiement : 1/ CNAPS (China National Advanced Payment System) pour les paiements internes ; 2/ CIPS (China International Payment System) pour les paiements internationaux. Ce système a été inauguré en 2015. Le but est de fluidifier davantage les flux et d’améliorer l’efficacité des opérations. On constate une utilisation croissante de ce système.

Réformes des systèmes bancaires

Depuis 2012, les non-résidents ont la possibilité d’ouvrir un compte en RMB à Hong Kong et d’acheter une large palette de produits financiers libellés en RMB. Les transferts de fonds entre comptes sont permis, créant ainsi à Hong Kong un marché interbancaire en monnaie chinoise.

Un autre aspect des réformes bancaires concerne l’entrée d’acteurs étrangers. La Chine a en effet accéléré l’ouverture de son secteur bancaire continental en raison de son entrée à l’OMC en permettant l’installation de bureaux de représentation et de succursales de banques étrangères ainsi que d’institutions financières étrangères.

Zones économiques spéciales (ZES)

En commençant par Shanghai en 2013, la Chine a donné la priorité à la création de zones de libre-échange. Les provinces de Guangdong, Tianjin et Fujian ont été choisies pour accueillir le projet pilote de zones franches.

Conçues pour attirer les investissements étrangers, notamment grâce à un assouplissement des réglementations au sein de cette juridiction spécifique, les zones économiques spéciales chinoises offrent des avantages tels que l’importation et l’exportation en franchise de droits.

Au-delà de la stimulation du commerce extérieur, les ces zones servent de terrain d’essai pour des réformes plus larges dans des domaines tels que le dédouanement et le règlement des opérations de change.

Nouvelles banques

À côté des institutions financières existantes établies sous le feu système Bretton Woods : IMF, the World Bank and Asian Development Bank, les nouvelles banques ont été créées telles que the Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), the Silk Road Fund, the New Development Bank (NDB aka BRICS Bank). Elles participent également au développement de l’internationalisation du RMB.

Développement de l’utilisation du RMB

Les réformes mises en place par la Chine ont permis au RMB d’être davantage utilisé par les non-résidents : le processus d’internationalisation est donc effectivement engagé.

Son utilisation dans les paiements commerciaux

L’utilisation du RMB dans les paiements commerciaux a fait du progrès ces dernières années et continue à se développer.

En 2009, le pourcentage du commerce extérieur chinois réalisé en RMB était négligeable. Selon le dernier RMB Tracker de SWIFT, plus de 100 pays utilisent désormais le RMB pour leurs paiements avec la Chine continentale et Hong Kong. La monnaie chinoise renminbi, a acquis et conserve sa 4e position de devise la plus utilisée pour les paiements mondiaux en valeur en janvier 2022, avec une part de 3,2%.[7] On se souvient encore de l’époque où elle était à la 35e place.

Les recettes et les paiements transfrontaliers en RMB de la Chine dans les secteurs non bancaires ont atteint 27 800 milliards de yuans (3 910 milliards de dollars) entre janvier et août 2022, en hausse de 15,2% en glissement annuel, selon les données de la banque centrale.[8]

Lancé en 2015 comme alternative au réseau SWIFT, CIPS en tant qu’infrastructure de traitement des paiements a connu un développement significatif avec actuellement 1 280 institutions financières connectées dans 103 pays. En 2021, CIPS a traité plus d’opérations par rapport à l’année précédente avec 75% de croissance en valeur et plus de 50% en volume.[9]

Son utilisation dans les investissements :

Depuis 2011, la Chine a également libéralisé les investissements directs étrangers (IDE) par le biais de RMB offshore (CNH).

Une mise à jour de la loi sur les investissements étrangers en 2020 a encore assoupli les procédures, notamment en raccourcissant la « liste négative » des industries considérées comme restreintes ou interdites.

Les transferts de fonds transfrontaliers effectués par les « entreprises à investissements étrangers » ont également été assouplis, les investisseurs étrangers pouvant effectuer à leur guise des transferts de fonds en dehors de la Chine en RMB ou devises étrangères.

Également connue sous le nom de « dim sum bonds », la Chine a autorisé leur achat en dehors de la Chine continentale, où elles sont soumises à moins de restrictions. Principalement émises à Hong Kong, les obligations Dim Sum permettent aux investisseurs étrangers d’acquérir des actifs libellés en RMB, tout en évitant les contrôles de capitaux chinois.

Pour les investissements en RMB, le statut est le RQFII (renminbi qualified foreign institutional investor), lancé en 2011. Cela permet aux RMB offshore d’être réintroduits en Chine continentale pour des investissements par les étrangers sous quotas.

La Chine édite actuellement les règles de gestion des fonds pour les obligations Panda[10] dans sa dernière mesure pour faire progresser l’ouverture bilatérale de son marché financier.[11]

Ainsi, toutes ces mesures équivalent à une ouverture progressive du compte capital et à une atténuation des restrictions sur les mouvements de capitaux dans la monnaie chinoise.

Son utilisation dans les réserves de change

La fonction de réserve de valeur est apparue primordiale comme mesure du degré d’internationalisation.

À partir d’août 2010, 38 banques centrales étrangères ont ajouté le RMB à leurs réserves de change, ce qui est un élément important du statut international d’une monnaie. Actuellement, 70 pays utilisent RMB dans leurs réserves de change.

Bien que RMB ne représente actuellement que 2 % des réserves en devises étrangères. Selon la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, il représentera 5 à 10% des réserves de change mondiales d’ici 2030, ce qui en fera la troisième monnaie de réserve mondiale, juste après le dollar américain et l’euro.

Son utilisation sur le marché des changes

Le processus d’internationalisation du RMB a progressé plus vite que celui concernant la flexibilité du taux de change onshore. La largeur de la fourchette a été élargie d’année en année (par exemple + – 0.1 % en 2005, + – 3% en 2015).

Selon l’Enquête triennale des banques centrales sur les marchés mondiaux des changes, publiée par la Banque des règlements internationaux (BRI) en 2019, le RMB ne représente toujours qu’environ 4,3 % des opérations de change dans le monde, un chiffre comparativement faible. N’oublions pas qu’il représentait moins de 1 % en 2010.

Promotion de son utilisation dans les espaces stratégiques

Dans le cadre du projet BRI :

Promouvoir l’utilisation du RMB pour les transactions transfrontalières dans les pays participants à l’initiative « Belt and Road Initiative » (BRI) est également une stratégie pratiquée. Selon la banque centrale chinoise PBoC, les transactions en RMB avec ces pays ont atteint 5,42 trillions de RMB yuan en 2020 (763,4 milliards de dollars) avec une croissance de 19,6% comparé à l’année précédente.

Avec les pays BRICS

Une plus large utilisation du RMB dans les relations avec les pays BRICS a été encouragée continuellement. [12]

La Russie a commencé à utiliser RMB dans ses relations commerciales avec la Chine. Par exemple, 17,5% des échanges transfrontaliers sino-russes ont été faits en RMB en 2020, avec une petite croissance de 3.1% par rapport au 2014. [13]  Selon Reuter, Gazprom a annoncé qu’ils avaient signé un accord avec la Chine pour payer les achats de gaz en RMB et Roubles à la place des dollars.[14]

La perspective de l’arrivée potentielle des nouveaux candidats (plus de 12 dont Arabie saoudite, Iran, Turquie, Indonésie, Argentine…) donnerait plus de poids à cet axe d’effort. S’ils sont acceptés, les nouveaux membres proposés des BRICS créeraient une entité dont le PIB serait supérieur de 30 % à celui des États-Unis, représentant plus de 50 % de la population mondiale et contrôlant 60 % des réserves mondiales de gaz.[15]

OCS (SCO – Shanghai Cooperation Organisation)

Avec la Russie, la Chine et les quatre pays d’Asie centrale fondateurs, l’OCS est aujourd’hui élargie à 21 pays – notamment l’Inde et le Pakistan ralliés en 2017 -. Elle couvre 60% de l’Eurasie, compte 40% de la population mondiale et recèle 38% des réserves mondiales connues de gaz, 20% de celles de pétrole et respectivement 40% et 50% de celles de charbon et d’uranium.

La même politique de promotion est en cours pour encourager une plus large utilisation du RMB entre ces pays.

RCEP

De même, le Partenariat économique global régional (ou RCEP) forme un nouveau bloc commercial entre la Chine et quatorze autres nations, dont les pays de l’ASEAN, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. C’est une nouvelle occasion pour la Chine de promouvoir le règlement en RMB dans le commerce international, étant donné les grands projets d’investissement auxquels l’accord donnera inévitablement lieu. [16]

Avec d’autres pays/deux cas : Iran, Australie

Iran : Dans l’implémentation l’accord de coopération de 25 ans entre Iran et la Chine signé lors de la visite de Wang Yi en Moyen-Orient, l’utilisation du RMB en sera également question. Les deux parties étaient d’accord pour promouvoir son utilisation globale.

Australie : La société Baosteel, basée à Shanghai, et l’entreprise australienne Rio Tinto ont achevé leur premier règlement transfrontalier en RMB en utilisant la technologie de la blockchain, a annoncé le 12 mai la société mère de l’ancien China Baowu Steel Group. L’accord valait plus de 100 millions de yuans (14,10 millions de dollars). [17]

La reconnaissance institutionnelle

Au premier semestre 2016, en dépit de conditions non encore remplies, le FMI a accepté que le renminbi (RMB), la devise chinoise, entre en octobre 2016 dans le panier de devises (Special Drawing Right – SDR) (pondération de 10.92 %[18]), son unité de compte, aux côtés du dollar américain (41.73 %), de l’euro (30.93 %), du yen (8.33 %) et de la livre sterling (8.09 %). Ceci n’a pas seulement une valeur symbolique. C’est la reconnaissance des années d’efforts et des résultats.

Ce tour de piste nous montre que les infrastructures sont prêtes pour une réelle internationalisation du RMB. Bien que timides, les premiers résultats d’utilisation sont encourageants.

Bibliographie

中国人民银行:2022 人民币国际化报告 (People’s Bank of China : the 2022 Year Book of RMB internationalisation)

William H. Overholt, Guonan Ma and Cheung Kwok Law, Renminbi rising, a new global monetary system emerges, Wiley, 2016

Robert Minikin and Kelvin Lau, The offshore Renminbi, the rise of the Chinese currency and its global future, Wiley, 2013

Ray Dalio, Principles for dealing with the changing world order, why nations succeed and fail, Simon & Schuster, 2021

James Rickards, Currency Wars, the making of the next global crisis, Portfolio Penguin, 2011

Delphine Lahet, Le degré d’internationalisation du Renminbi : Un bilan d’étape fondé sur une revue de la littérature,Revue d’économie politique 2017/5 (Vol. 127)

Barry Eichengreen, Masahiro Kawai, Renminbi Internationalization: Achievements, Prospects, and Challenges, Brookings Institution Press and ADBI, February 11, 2015

Zhongxia Jin, Yue Zhao, Haobin Wang, and Shao Suya, Renminbi from Marketization to Internationalization, May 25, 2022

[1] Cf. Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique, le 22 avril 2022 (https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/CN/commerce-exterieur-chinois)

[2] Cf. Alex Wang, La gestion des réserves de change : la Chine se prépare-t-elle à faire sa mue ? Revue « Conflits », n° 42

[3] Hung Tran, Atlantic Council : Internationalization of the Renminbi via bilateral swap lines, March 18, 2022.

[4] Yi Wu, China Briefing, China-Hong Kong Swap Connect: What Does it Mean for Foreign Investors? July 14, 2022.

[5] CNH : « H » signifie au départ Hong Kong puis Haiwai (海外 : en dehors de Chine).

[6] Les eurodollars sont des dépôts à terme libellés en dollars déposés auprès d’une banque établie hors des États-Unis. Ces dépôts sont hors de la juridiction des États-Unis et permettent des marges plus grandes. Ce marché est devenu plus important que le marché monétaire domestique américain (Cf. Wikipedia : EuroDollar).

[7] French.china.org.cn, 17-02-2022

[8] French.china.org.cn, 11. 10. 2022

[9] Emily Jin, Why China’s CIPS matters (and not for the reasons you think), Lawfare, April 05, 2022

[10] Les obligations panda sont des dettes libellées en yuan vendues par des émetteurs étrangers en Chine.

[11] French.china.org.cn, 10. 12. 2022

[12] The BRICS and Collective Financial Statecraft, De Cynthia A. Roberts (Professor of political science), Leslie Elliott Armijo, Saori N. Katada.

[13] Asia Times, Jeff Pao, March 8, 2022

[14] Reuter, September 6, 2022

[15] BRICS will welcome new members, to better represent voices of emerging market economies, Global Time, May 21, 2022.

[16] The Rise of a New Anchor Currency in RCEP? A Tale of Three Currencies, ResearchGate

[17] Par Global Times – Le 11 juillet 2022

[18] Il a été réajusté à 12,28% en 2022.

Pour un sénateur, la « logique d’économies » à l’ONACVG « a atteint ses limites »

Pour un sénateur, la « logique d’économies » à l’ONACVG « a atteint ses limites »

Le sénateur Marc Laménie alerte sur la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Drapeaux d'anciens combattants lors d'une cérémonie aux Invalides. (Photo L'Essor)

Drapeaux d’anciens combattants lors d’une cérémonie aux Invalides. (Photo L’Essor)

 

par Pierre-Marie Giraud – L’Essor de la Gendarmerie nationale – publié le 29 novembre 2022

https://lessor.org/societe/pour-un-senateur-la-logique-d-economies-a-l-onacvg-a-atteint-ses-limites


Le sénateur Marc Laménie (apparenté LR), rapporteur spécial de la commission des finances sur le programme 169 de « reconnaissance et réparation en faveur du monde combattant », s’inquiète « vivement » de la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Il vient en effet de réaliser un contrôle budgétaire sur l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG), dont le rôle historique et premier est « d’exprimer et de mettre en œuvre la reconnaissance de la Nation envers les anciens combattants qui se sont battus pour elle ». Dans son rapport d’information, il relève que l’ONACVG connait depuis dix ans une diminution régulière de ses crédits, car les anciens combattants, âgés d’au moins de 80 ans pour ceux de la Guerre d’Algérie, sont de moins en moins nombreux (deux millions en 2021). Pour autant, relève Marc Laménie, si la mission historique de l’Office décroit, ce n’est pas le cas de ces autres compétences. Il cite notamment le guichet unique des aides pour les rapatriés, le travail de mémoire sur la guerre d’Algérie et les Opex ou l’accompagnement des pupilles de la Nation et de la République.

Un nouveau nom en 2023

Le contrat d’objectifs et de performance (COP) de l’Office prévoit le développement des ses moyens informatiques et la réduction de ses effectifs (baisse de plus de 12% sur sept ans). Il compte habituellement 400 agents répartis sur un réseau de 104 antennes locales. Le rapporteur spécial estime « que les moyens de l’Office atteignent un niveau plancher en dessous duquel son fonctionnement serait remis en cause« . Il recommande de renforcer ses compétences s’agissant de la conservation et de la transmission de la mémoire, ainsi que les liens avec la jeunesse et la communication autour du Bleuet de France, et de sanctuariser ses moyens.

L’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG) change de nom et deviendra le 1er janvier 2023 l’Office national des combattants et des victimes de guerre. Son budget de fonctionnement courant est d’un peu plus de 55 millions d’euros annuels.

PMG

Les gagnants et perdants de l’ajustement budgétaire 2022 des armées

Les gagnants et perdants de l’ajustement budgétaire 2022 des armées

par – Forces opérations Blog – publié le

Entre deux données sur le prochain budget des armées, les rapports parlementaires détaillent pour la première fois certaines décisions prises lors de l’ajustement annuel de la programmation militaire (A2PM) 2022. Au rang des « gagnants » du volet terrestre, le drone Patroller et les feux longue portée.

L’exercice se répète chaque année et tient compte du contexte en plus de l’évolution classique de la « vie des programmes ». L’A2PM 2021 avait ainsi intégré les conséquences de la crise sanitaire et les conclusions de l’actualisation stratégique. L’A2PM 2022 rebat à son tour quelques cartes et ajoute des besoins nouveaux parfois corrélés aux premières leçons tirées du conflit en Ukraine.  

Derrière le financement des éléments de connectivité aéronautique pour le MRTT et le Rafale, derrière l’accélération de la préparation de la rénovation à mi-vie des frégates de défense aérienne pour s’aligner avec l’Italie, l’A2PM 2022 formalisait l’ajout de nouveaux sujets dans la programmation. Parmi ceux-ci, la « frappe longue portée terrestre ». Les affrontements en Ukraine ont révélé le caractère échantillonaire des moyens en service dans l’armée de Terre dans ce segment, limités à huit lance-roquettes unitaires (LRU) opérationnels sur les 12 disponibles.

De ce programme relatif aux feux longue portée, les rapports parlementaires n’en disent pas plus. Ces courtes mentions viennent néanmoins s’ajouter aux autres signaux allant dans le sens d’une inflexion majeure dans la prochaine loi de programmation militaire 2024-2030. « Les feux à longue portée reposent aujourd’hui sur les LRU qui arriveront en fin de vie en 2027 et devront être remplacés par des capacités similaires. La guerre en Ukraine nous enseigne que les feux très longue portée sont décisifs : il nous faut réfléchir sur la solution à retenir », indiquait à ce titre le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, le mois dernier lors d’une audition sénatoriale.

Autre point de fragilité mis en lumière par le conflit russo-ukrainien, une défense sol-air réduite dans l’armée de Terre aux postes Mistral et à une poignée de canons de 20 mm, de fusils anti-drones et de VAB ARLAD. « Le contexte a changé, et il n’est pas exclu pour l’armée de Terre ou pour la Marine de devoir intervenir dans un environnement où la supériorité aérienne n’est plus durablement acquise », soulignait le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, mi-octobre devant les sénateurs. Selon le député Renaissance Jean-René Cazeneuve, « une remontée en puissance des investissements dès 2023 a été décidée » dans le cadre de la dernière A2PM.

Ici aussi, pas de détails mais des échos à prendre avec des pincettes. Fin septembre, le cas des stocks de Mistral était ainsi évoqué par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. « Le retour d’expérience du conflit en Ukraine nous enseigne que nous devrons compléter nos stocks en 2023 », avait-il déclaré aux députés, ajoutant que « nous procéderons à un réassort important en munitions ». Sans toutefois relier explicitement cette annonce à l’ajustement réalisé cette année.

Dernier gagnant cité, le système de drones tactiques (SDT) Patroller. L’A2PM 2021 avait acté le décalage du lancement de l’étape 2 du programme de 2024 à 2025. L’A2PM 2022 semble être celui du rétropédalage partiel avec l’anticipation des premières commandes de la seconde phase. Une volonté retranscrite dans le PLF 2023, qui prévoit l’engagement de 175 M€ pour couvrir notamment « les compléments pour atteindre cinq systèmes opérationnels, le soutien initial, l’acquisition d’équipements de mission complémentaires ».

Comme d’accoutumée, le lancement ou l’accélération d’un programme implique d’en décaler d’autres pour maintenir l’équilibre budgétaire. Et, comme en 2021, cette logique déteint sur la conduite du programme phare de l’armée de Terre, le renouvellement du segment médian via les véhicules et matériels SCORPION.

Première conséquence : le décalage des commandes de véhicules Serval, heureusement « sans impact sur le calendrier de livraison ». D’après le projet de loi de finances, 420 véhicules seront commandés et 119 livrés l’an prochain. Ne resteront que 194 exemplaires à acquérir après 2023 pour atteindre la cible de 978 véhicules dans les forces d’ici à 2025.

Seconde conséquence : l’ajustement de la répartition du jalon intermédiaire de la cible SCORPION entre les Griffon, Jaguar, Serval et le char Leclerc rénové. Fixé à 50% des véhicules livrés à l’horizon 2025, ce jalon a été ramené à 45% l’an dernier, entre autres en raison d’impératifs industriels et pour financer la pérennisation du char Leclerc. L’objectif des 122 chars Leclerc XLR livrés à fin 2025 serait donc, du moins à première vue, lui aussi revu à la baisse. Le chiffre de 90 exemplaires fournis aux forces au lieu de 110 avait été évoqué dès la fin 2021.

Enfin, la soutenabilité de l’A2PM 2022 et la reconstitution des stocks cédés à l’Ukraine a été assurée par le report du programme VLTP non protégé version sanitaire (SAN). Son lancement en réalisation, à l’origine prévu pour cette année, attendra un peu. Cette décision n’aura pas empêché la publication d’un appel d’offres pour le développement et la fourniture d’une centaine de véhicules, dont les 50 premiers devaient initialement être commandés en 2022.

LPM 2024-2030 : objectif 100 000 réservistes

LPM 2024-2030 : objectif 100 000 réservistes

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 22/11/2022

En vue de la LPM 2024-2030, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a présidé ce lundi un groupe de travail sur les réserves. L’objectif : trouver des solutions pour améliorer l’employabilité et l’accompagnement des réservistes.

 

Sébastien Lecornu préside la première réunion du groupe de travail sur les réserves
Sébastien Lecornu préside la première réunion du groupe de travail sur les réserves – © Ministère des Armées

 

« Notre objectif est d’avoir un militaire de réserve pour deux militaires d’active. Autrement dit, 100 000 réservistes pour une armée d’active de 200 000 hommes », telle est l’ambition affichée du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Pour y parvenir, un groupe de travail s’est réuni au sein du ministère des Armées pour ouvrir davantage les réserves. 70 participants étaient présents, dont le chef d’état-major des armées Thierry Burkhard, des parlementaires, des associations de réservistes, la Garde nationale ainsi que les organisations syndicales et patronales.

Les échanges ont d’abord porté sur les freins relatifs à l’employabilité des réservistes. Les retours de terrain indiquent en effet une attrition des effectifs, notamment dans le monde de l’entreprise. En principe, n’importe quel salarié du privé, s’il répond aux critères d’engagement, peut intégrer la réserve opérationnelle. Son entreprise est tenue de lui laisser ce temps disponible et ne peut s’y opposer. La réalité est toutefois plus nuancée. Si bien que de nombreux réservistes ne le déclarent pas et effectuent leurs missions durant leurs jours de congés. « Les lignes doivent bouger pour que la fierté d’être réserviste soit admise dans les entreprises » a expliqué Sébastien Lecornu. A cet effet, le MEDEF s’est engagé à agir en faveur de ce changement culturel.

Des mesures ajoutées à la prochaine LPM

Le faible intérêt de certaines missions, le manque de reconnaissance et la lourdeur administrative des recrutements ont également été soulignés. Aussi, pour répondre à ces différents freins, plusieurs pistes sont d’ores et déjà envisagées :

  • Augmentation de cinq ans de la limite d’âge pour intégrer la réserve
  • Clarification des missions pour adapter les compétences du réserviste au besoin
  • « Récompense » pour les entreprises facilitant l’accès à la réserve pour ses salariés
  • Simplification de la passerelle entre l’active et la réserve
  • Réévaluation de la gratification des réservistes pour les postes en tension
  • Autorisation du port de l’uniforme pour les réservistes lors des cérémonies officielles
  • Mise en avant des nouvelles technologies pour contacter les réservistes
  • Communiquer davantage pour changer le regard de la société sur les réservistes

Cette feuille de route a vocation à servir de base travail pour les cinq futures réunions du groupe de travail. Elles se tiendront jusqu’au mois de février. Les propositions qui seront remises à Sébastien Lecornu seront  intégrées dans la prochaine Loi de programmation militaire

Économie de guerre : un second séminaire entre constats et premières pistes

Économie de guerre : un second séminaire entre constats et premières pistes

– Forces opérations Blog – publié le

Les industriels de la filière défense française et les autorités du ministère des Armées se sont réunis mardi dernier pour un nouveau séminaire sur l’économie de guerre. Un premier point d’étape pour prendre acte de l’ « énorme boulot fait en très peu de temps » et revenir sur les premiers constats et pistes d’amélioration.

Un « très gros travail »

Lancé en juin par le président de la République, le chantier interministériel de l’économie de guerre conserve son objectif principal : forger une industrie de défense capable de répondre aux besoins des armées en termes de fourniture d’armement, de munitions et de soutien dans un contexte d’engagement majeur. Dit autrement, la BITD française doit pouvoir produire plus et plus vite.

Huit semaines se sont écoulées depuis la première table ronde organisée le 7 septembre. La seconde, à nouveau présidée par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, réunissait les mêmes acteurs tout en y associant pour la première fois le Comité Richelieu, un représentant clef de nombreuses PME innovantes. Elle aura permis d’acter « le très gros travail mené à froid entre la DGA, l’EMA et les industriels » au cours des deux derniers mois, expliquait hier l’entourage du ministère au cours d’un briefing.

« Un certain nombre de choses ont déjà été décidées », rappelle le cabinet ministériel. Parmi celles-ci, le choix de concentrer l’effort sur des matériels prioritaires. Douze systèmes d’armes, équipements et munitions, et non plus dix, ont été sélectionnés pour leur forte attrition ou le degré élevé de consommation anticipé en cas de conflit. Ce sont, à l’instar des canons CAESAR et de leurs munitions de 155 mm, essentiellement des capacités du domaine terrestre. Les obus de 40 mm du véhicule Jaguar et certaines protections NRBC individuelles seraient aussi dans le collimateur du ministère des Armées. 

En septembre, les deux parties avaient convenu d’une série d’engagements. Côté ministériel, l’effort vise à adopter « une nouvelle façon de conduire les programmes d’armement » en misant sur leur simplification. Pour une partie d’entre eux actuellement en phase amont, il s’agira par exemple de réduire de 20% les exigences documentaires. De quoi permettre d’orienter l’expression de besoin vers des armes moins complexes et plus standardisées sans dégrader les performances. Et, par là, éviter un mouton à cinq pattes accumulant les points de fonctionnement coûteux en temps et en argent.

Côté industriels, la principale demande porte sur la nécessité de « remettre la fonction production au cœur de leurs entreprises ». Les 30 dernières années sont marquées par la priorité accordée à la course technologique et au maintien des compétences, souligne le cabinet. Pour produire plus et plus vite, l’économie de guerre suppose de réinterroger les cycles de production et les chaînes de sous-traitance pour en déterminer les vulnérabilités et proposer des axes d’amélioration.

Goulets d’étranglements et dépendances

Pour progresser, encore faut-il avoir une idée précise de l’état de santé d’une BITD fragilisée par la crise sanitaire, la pénurie de matériaux et l’inflation. Ces travaux d’analyse « ont déjà bien avancé », souligne le ministère des Armées. « Les capacités d’accélération dans la supply chain ne sont pas infinies », constate-t-il. Des 4000 entreprises composants la BITD française, plus d’une centaine sont en butée de production et constitueraient dès lors un goulet d’étranglement en cas d’augmentation des cadences. Chacune fera l’objet d’un plan d’action conduit par la DGA.

D’autres dépendances relèvent de l’approvisionnement réalisé à l’étranger. Bien qu’il y en ait peu dans le secteur de la défense, certaines touchent à des domaines clefs. C’est le cas de la poudre utilisée pour les munitions de gros calibre des armées françaises. Si la France peut compter sur le fournisseur national Eurenco pour ses charges modulaires, ce dernier s’approvisionne majoritairement auprès de l’entreprise Nitrochemie, une coentreprise entre l’allemand Rheinmetall et le suisse RUAG MRO, pour ses matières premières. L’approvisionnement n’est aujourd’hui pas menacé, mais la DGA évalue la possibilité de relocaliser une capacité de production en France pour éviter les conséquences d’une saturation de la demande.

Même son de cloche pour les semi-conducteurs, en pénurie depuis plusieurs années. La France, et par là le ministère des Armées, soutient une initiative européenne de remontée d’une filière à l’échelle continentale. Cet « EU Chips Act » pourrait bénéficier à un paysage français présentant quelques atouts, à l’instar de l’écosystème grenoblois.

La guerre en Ukraine aura, enfin, conduit à revoir certaines certitudes. Le serpent de mer de la filière française de munitions de petit calibre, par exemple, est maintenant abordé sous un autre angle. Pour la DGA, il convient en effet de vérifier si le constat d’un marché considéré comme surcapacitaire et à l’accès garanti par les sources multiples sera toujours valide dans le cas d’un engagement majeur. Et de se poser les mêmes questions que pour les poudres sur le maintien de cette surcapacité et l’opportunité de se doter d’une capacité totalement ou partiellement souveraine.

Fin octobre, le président de la République est venu en personne à la rencontre de la BITD française. C’était à La Chapelle Saint-Ursin et, entre autres, chez Nexter Arrowtech
(Crédits : Nexter)

Des solutions pour accélérer

La réduction des cycles et l’augmentation des cadences supposent en priorité de constituer des stocks de matières premières et de pièces à long délai d’approvisionnement. Cette seule étape représente parfois plus de la moitié du cycle de production. Industriels et autorités planchent depuis un moment sur plusieurs mécanismes de soutien. L’enjeu du stockage suppose tout d’abord celui de la maîtrise des chaînes d’approvisionnement. Hormis la relocalisation de certaines productions, le ministère annonce étudier un mécanisme déjà adopté par les États-Unis. Ce dispositif permettrait, si la situation l’exige, de prioriser les commandes militaires par rapport aux commandes civiles. Autrement dit, d’invoquer l’argument de la souveraineté pour « griller la priorité » dans la file d’attente.

« En réalité, 95% des entreprises le font déjà », souligne l’entourage ministériel, qui explique y avoir recours « sur un certain nombre de contrats urgents, en particulier le recomplètement des CAESAR ». Une assise légale s’avère cependant fondamentale pour disposer d’un moyen qui soit réellement contraignant. Ainsi, l’un des vecteurs dans lesquels cette règle pourrait être inscrite ne serait rien d’autre que la prochaine loi de programmation militaire 2024-2030. Que ce soit avec la BITD ou avec des groupements d’industriels moins centrés sur la défense, les premiers échanges sur le sujet ont engendré « des réactions plutôt favorables ».

Les acteurs avancent en outre la notion de « commande globale ». Le principe ? L’État s’engagerait à commander un certain volume sur une période définie, celle de la LPM par exemple. Si l’industriel sécurise de la charge de travail, il s’engage en contrepartie à constituer les stocks demandés pour anticiper la production au coup de sifflet si la situation le requiert. « Voilà le mode de fonctionnement que l’on a trouvé avec les industriels et que l’on va faire avec la quasi-intégralité du Top 12 », annonce le cabinet. Celui-ci promeut par ailleurs une volonté de convergence des références pour  rationaliser les stocks. En d’autres termes, il faudra s’accorder pour aligner les besoins et mutualiser certains lots. « C’est un travail qui est en cours avec des discussions entre industriels ».

Réduire le temps de production est une chose, compresser les délais de commande en est une autre. Véritable enjeu, l’accélération de la passation de commande passerait non seulement par la simplification de l’expression de besoin, mais aussi par l’octroi de « lettres d’engagement ». À mi-chemin entre l’intention et la contractualisation, celles-ci seraient conçues pour donner suffisamment de visibilité aux industriels pour qu’ils puissent lancer les approvisionnements et les premiers travaux sans que le contrat soit fini d’être négocié et formellement notifié. Il conviendra pour cela d’intégrer au plus vite le maître d’œuvre dans la boucle afin d’atteindre rapidement le niveau de compréhension suffisant pour engager le processus industriel. La LPM 2024-2030 doit encore être présentée, discutée et adoptée mais, « quoi qu’il arrive », l’effort portera sur les équipements du Top 12 et se matérialisera sans doute par ces fameuses lettres d’engagement.

Qui paiera la facture ?

Le ministre des Armées l’a constaté, les différents acteurs ont abattu « un énorme boulot en très peu de temps ». Pour autant, « tout n’est pas complètement finalisé » et l’idée sera de maintenir le format adopté et le rythme d’un séminaire environ tous les deux mois. De quoi établir un constat régulier et ne pas perdre de vue les chantiers à venir.

Parmi les prochains axes majeurs de progression, celui du financement. Constituer des stocks, engager du personnel, compléter l’outil de production a et aura un coût que les toutes les entreprises ne peuvent supporter seules. Au risque, le cas contraire, de devoir grignoter sur les marges et de menacer des investissements essentiels, à commencer par la R&D.

À première vue, tout coup de pouce ministériel supplémentaire paraît pour l’instant exclu. La réponse est sans doute à chercher dans la prochaine LPM, pour laquelle les arbitrages financiers s’annoncent complexes. « Tout cela suppose de se financer auprès d’acteurs bancaires ou à travers des fonds », explique le cabinet. Pas si simple à l’heure où le monde bancaire se révèle toujours plus frileux à l’idée de soutenir la filière défense. D’après le ministère, le SGDSN est monté au créneau au sujet des problématiques de financement de l’exportation, un marché primordial pour la santé financière des entreprises mais menacé par les nouvelles entraves bancaires.

La frilosité des acteurs traditionnels aura au moins eu cela de positif qu’il a motivé l’émergence d’autres mécanismes financiers. « D’une part, il y a un certain nombre d’acteurs parisiens qui sont en train de monter des fonds spécialisés dans la souveraineté ». Ce sont des fonds comme Ace Aéro Partenaires, centré sur les PME et ETI de l’aéronautique, ou des véhicules d’investissement comme ceux mis en place par Défense Angels. D’autres sont en cours de montage.

L’autre tendance positive, c’est la volonté de certains particuliers d’invertir une partie de leur épargne pour développer la souveraineté française. L’hôtel de Brienne a initié un travail avec ses homologues de Bercy pour « trouver des vecteurs qui correspondent à cette aspiration populaire ». Encore au stade préliminaire, l’idée sera davantage détaillée à l’issue du prochain séminaire, fixé pour le mois de janvier.

Budget de la Défense : L’objectif des 2% du PIB pourrait être un « plancher »

Budget de la Défense : L’objectif des 2% du PIB pourrait être un « plancher »

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 9 novembre 2022

http://www.opex360.com/2022/11/09/budget-de-la-defense-lobjectif-des-2-du-pib-pourrait-etre-un-plancher/


 

Quand il fut élu en 2017, le président Macron avait fait la promesse de porter les dépenses militaires françaises à 2% du PIB, conformément à l’engagement pris par son prédécesseur, François Hollande, lors du sommet organisé par l’Otan au Pays de Galles trois ans plus tôt. Et la Loi de programmation militaire votée lors de son précédent mandat devait permettre d’atteindre cet objectif à l’horizon 2025.

Aussi imparfait soit-il [car il peut recouvrir des réalités différentes d’un pays à l’autre], cet objectif de 2% du PIB est censé correspondre au niveau d’ambition de l’Otan, traduit en termes militaires.

Quoi qu’il en soit, et depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs pays européens ont fait part de leur intention d’augmenter significativement leurs dépenses militaires, quitte à aller au-delà des 2% du PIB. Certains d’entre-eux, comme la Pologne, avait déjà atteint – et même dépassé- cet objectif.

Alors qu’une nouvelle Loi de programmation militaire se profile, la Revue nationale stratégique [RNS], publié ce 9 novembre, suggère que le budget du ministère des Armées pourrait significativement augmenter dans les cinq années à venir.

« Les investissements de défense, conformément à l’engagement pris au sommet du Pays de Galles de 2014 d’y consacrer 2 % de PIB, doivent continuer de s’accroître en Europe. Ce niveau doit être appréhendé comme un plancher pour être à la hauteur de la rupture stratégique provoquée par la guerre en Ukraine et des capacités nécessaires aux alliés européens pour assurer leur sécurité », lit-on en effet dans ce document.

En outre, l’effort de défense des membres de l’Otan « doit se poursuivre dans le cadre d’une remontée en puissance collective face à des adversaires décomplexés. Cette évolution est bénéfique en ce qu’elle rapproche nos partenaires européens de nos vues selon lesquelles nous devons collectivement assumer davantage de responsabilités en matière de défense », avance encore la RNS.

Cela étant, au regard des dix objectifs stratégiques et de l’ambition qu’elle décrit, on voit mal comment il pourrait en aller autrement. D’autant plus qu’il y est affirmé que la France devra, en 2030, être « capable de défendre son territoire métropolitain et ultramarin, et de protéger et impliquer ses citoyens » tout en s’appuyant sur une « dissuasion nucléaire indépendante » et des « forces armées conventionnelles robustes », et avec des « postures permanentes de sûreté adaptées aux menaces », lequelles sont nombreuses.

En outre, la France devra aussi disposer d’une « liberté d’action » et d’une « capacité à conduire des opérations militaires y compris de haute intensité en autonomie ou en coalition, dans tous les champs ».

Aussi, « nous devons répondre à la fois aux problèmes d’aujourd’hui et à ceux de demain. L’armée de 2030 que nous avons à bâtir ne doit pas être l’armée idéale que nous aurions voulue en 2022 », a résumé le président Macron, depuis Toulon, ce 9 novembre.

Justement, et alors que la guerre en Ukraine n’avait pas encore commencé, un rapport parlementaire sur l’engagement de « haute intensité » avait déjà estimé qu’il faudrait porter l’effort de défense à au moins 2,5% du PIB.

« Sous réserves de rester avec les mêmes ambitions, il y a effectivement un besoin complémentaire de 20 à 30 milliards sur la prochaine LPM. Ce qui mène, grosso modo, au doigt mouillé, à un effort de 2,5% du PIB. Ce qui nous permettra, sans ambition excessive, d’avoir notre modèle d’armée complet », avait en effet expliqué le député Jean-Louis Thiériot, co-auteur de ce rapport avec Patricia Mirallès, devenue depuis secrétaire d’État aux Anciens combattants.

Projet de budget 2023 pour nos armées

Projet de budget 2023 pour nos armées

Édito du Ministres des Armées

En 2023, le budget des armées françaises sera pour la 6ème année consécutive en augmentation. Depuis 2017, la nouvelle trajectoire budgétaire a permis de faire passer les crédits des armées de 32,3 milliards d’euros à 43,9 milliards d’euros.

Dès 2017, le Président de la République a décidé de stopper l’érosion de nos capacités militaires. Depuis, chaque annuité de la LPM a été respectée, avec une hausse de 1,7 milliard. Le projet de loi de finance pour 2023 renforce cette promesse du Président de la République à nos soldats avec une nouvelle augmentation de 3 milliards d’euros du budget des armées.

Cette politique a porté ses fruits, elle a renforcé la place de la France aux yeux du monde. Nous avons atteint les 2% de PIB dédiés à notre budget de défense, en conformité avec nos engagements envers nos alliés de l’OTAN. Ces investissements permettent aujourd’hui à la France d’être Nation cadre en Roumanie pour protéger les frontières orientales de l’Alliance, tout en poursuivant notre engagement contre le terrorisme au Sahel, aux côtés de nos partenaires africains et avec nos alliés européens.

Les effets de ces augmentations se ressentent déjà dans nos unités et sur les théâtres d’opération avec l’arrivée de nouveaux matériels intégrant les technologies Scorpion et Griffon, le Jaguar ou le drone Reaper arrivent progressivement dans nos régiments, ainsi que les équipements de protection individuelles qui offrent une meilleure protection et une supériorité tactique à nos soldats sur le terrain.

Ce budget poursuit les investissements massifs dans notre programme capacitaire avec 38 milliards de commandes militaires ainsi que d’importantes livraisons : 13 Rafales, 2 lots de missiles, 1 sous-marin nucléaire d’attaque et 18 chars Leclerc. Ces nouveaux crédits devront engager l’impératif de transformation du modèle de production de notre industrie de défense vers une « économie de guerre », et garantir notre souveraineté en renouvelant nos stocks, avec

2 milliards d’euros de commandes de munitions. Les augmentations de crédits profitent aussi directement à celles et ceux qui s’engagent sous nos couleurs. Depuis 2017, les 520 millions d’euros dédiés au Plan famille ont permis notamment d’améliorer les conditions de logement des militaires. Nous poursuivrons ces investissements en 2023 avec 180 millions d’euros fléchés vers le plan famille. Ce budget permettra également le recrutement de 29 700 personnels dont 1500 créations de postes. Pour répondre à l’enjeu d’attractivité qui en découle, la nouvelle politique de rémunération des militaires est un outil central, que nous avons pu mettre en œuvre grâce à l’augmentation continue du budget des armées depuis 2017.

Cette politique portée pour la sixième année consécutive par le Président de la République porte ses fruits : elle assure à la France une crédibilité auprès de ses alliés ; elle donne à nos forces une supériorité sur le terrain grâce aux investissements importants dans notre programme capacitaire ; et offre à nos militaires de meilleures conditions d’engagement. Il nous appartient désormais de poursuivre ces efforts pour que notre Nation soit à la hauteur des défis que l’Histoire dresse devant elle : ce que nous préparons avec une nouvelle loi de programmation militaire 2024-2030, que nous présenterons au Parlement dès 2023.

Sébastien Lecornu,

ministre des Armées

 

Lire et télécharger le PLF 2023

Projet-de-Loi-de-Finances-2023