Ces jalons capacitaires qui n’ont pu être franchis en 2022

Ces jalons capacitaires qui n’ont pu être franchis en 2022

 – Forces opérations Blog – publié le 

Le bilan de l’exercice budgétaire 2022 est sorti, et avec lui un état des lieux des principales concrétisations ministère par ministère. Ainsi, si l’année dernière aura permis la « poursuite de l’effort de réalisation de la LPM [loi de programmation militaire 2019-2025] », certains jalons n’auront pu être franchis dans le domaine des équipements militaires. 

Le ministère des Armées aura consacré 16 Md€ d’engagements et 14,6 Md€ de paiements au profit de ses équipements. De quoi progresser dans « un calendrier de commandes/livraisons qui tient ses objectifs majeurs dans un contexte de durcissement de la compétition ». De fait, « les effets de la crise sanitaire sont absorbés », estime le document, mais de nouveaux paramètres « ont motivé l’amorce de nouveaux axes d’effort » : le soutien à l’Ukraine et les perspectives d’une économie de guerre. 

La progression dans la réalisation des programmes d’équipements atteignait 73,8% l’an dernier. En hausse par rapport à 2021 et 2020, le résultat reste cependant en deçà de l’objectif de 85% fixé. Idem pour les livraisons, 24 points en dessous de la cible et en forte baisse par rapport aux deux exercices précédents. 

Plusieurs jalons n’ont pas été atteints en 2022, un phénomène qui n’a rien d’exceptionnel et qui, depuis lors, a peut-être déjà été partiellement résorbé. Ce sont, entre autres, les commandes de trois hélicoptères à usage gouvernemental (HUG), quatre hélicoptères de manoeuvre de nouvelle génération en remplacement des Puma de l’armée de l’Air et de l’Espace, 36 véhicules Serval, ou encore de 1250 équipements radio portatifs CONTACT. De même, la commande de 80 PLFS et est reportée à 2023 « du fait de la révision en cours du planning de livraison des véhicules commandés au lancement de la réalisation ».

Ce sont en outre les livraisons de deux hélicoptères Caïman, 10 postes de tir MMP, 10 drones Patroller ou de 65 postes portatifs CONTACT. Le dossier des fardiers accusait lui aussi un léger décalage. Seuls cinq ont été perçus sur les 60 attendus. Aucune remorque pour fardier n’a pu être livrée en raison de « besoins d’évolution mis au jour lors des essais de qualification ».

Parmi les principales causes avancées, des retards, des non-conformités ou des « négociations complexes », mais aussi des tensions parmi les chaînes d’approvisionnement. La pénurie de composants électroniques aura empêché la réception d’un lot de 100 VLTP NP en décembre dernier. Un écueil qui explique également le décalage touchant CONTACT et influe sur le programme de système d’information des armées (SIA), pour lequel la livraison de neuf modules projetables a été décalée à cette année. 

Plusieurs phénomènes viennent parfois se superposer. L’opération d’intégration de la radio CONTACT (PIC) sur des véhicules non-SCORPION, entre autres, est autant affectée par la crise des composants que par « des priorités de mise à disposition des véhicules pour leur modification ». Même logique pour le VBL Ultima, dont seuls 45 ont pu être fournis sur les 120 attendus suite à « des retards de mise à disposition de véhicules à régénérer et des difficultés avérées d’Arquus à produire à la cadence prévue ». Pas de quoi contrecarrer la notification, l’an dernier, d’une nouvelle tranche pour 120 exemplaires. 

Ce bilan annonce par ailleurs au moins un renoncement potentiel. Les cibles de PLFS et VLFS semblent bel bien réduites respectivement de 51 et 35 exemplaires, confirmant un scénario évoqué plus tôt

L’éventail de reports ne doit pas complètement occulter les bonnes nouvelles. C’est le cas notamment pour la trame missiles-roquettes de l’armée de Terre. Côté MMP, la livraison du 1750e exemplaire est désormais prévue pour 2024 et non plus 2025, « conformément à la commande réalisée en 2022 ». Les opérationnels profiteront aussi de l’investissement consenti pour le développement et la qualification de l’interfaçage du système d’information du combat SCORPION (SICS) avec le poste de tir MMP. À l’autre bout de la trame, le budget 2022 aura permis d’enfin acter la commande de 4226 roquettes AT4 F2. 

Crédits image : armée de Terre

« Un hiatus de 13,3 milliards d’euros » dans la LPM 2024-2030

« Un hiatus de 13,3 milliards d’euros » dans la LPM 2024-2030

 – Forces opérations Blog – publié le 

Le flou persiste quant à la provenance des 13,3 Md€ de ressources supplémentaires qui permettront à la prochaine loi de programmation militaire de répondre à l’ensemble des besoins. Un point d’attention parmi d’autres relevés hier au Sénat par le président du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) et de la Cour des comptes, Pierre Moscovici. 

Si les 400 Md€ de ressources budgétaires demandés pour 2024-2030 ne suscitent pas d’objection, l’impact des besoins programmés, rehaussée à 413,3 Md€, reste « affecté d’incertitudes ». En cause, le flou subsistant sur l’origine des 13,3 Md€ de dépenses supplémentaires, un sujet en grande partie éludé dans le projet de LPM 2024-2030. 

Il ressort, selon le président du HCFP, que le ministère des Armées envisage d’abonder cette enveloppe de quatre manières. L’une a été détaillée depuis longtemps. Ce sont les ressources issues des cessions immobilières et de matériels et des recettes du Service de santé des armées. Total pour la période : 5,9 Md€. S’appuyer sur les seules cessions immobilières « n’est pas réaliste » selon le HCFP, celles-ci n’ayant représenté que 101 M€ en 2022. À première vue, l’essentiel de l’effort proviendrait du SSA, « ce qui, compte tenu de la taille du service, n’est pas négligeable », relève l’ancien ministre de l’Économie. Et même si ce service génère en moyenne 500 M€ par an, cet objectif « ne nous paraît pas inatteignable », complète-t-il.

Derrière, 7,4 Md€ ne sont jusqu’à présent pas documentés. Ils seraient, toujours d’après le ministère des Armées, financés la par solidarité interministérielle, par les moindres dépenses observées dans le budget des armées et par le report de charges. Bien que réaffirmée dans la précédente LPM, la solidarité interministérielle n’est jamais parvenue à s’imposer lorsqu’il a fallu régler les factures des surcoûts occasionnés par les OPEX et MISSINT. 

Quant aux moindres dépenses et au report de charges, la seconde option ne rendrait que plus difficile l’atteinte des objectifs fixés. L’inflation fera grimper le seuil établi pour 2023 de trois points, soit 15% des crédits hors masse salariale. L’enjeu de maîtrise de cette courbe et d’un retour au niveau incompressible de 10% est cependant absent du rapport annexé à la future LPM.

Ce « hiatus de 13,3 Md€ », équivalent à deux porte-avions de nouvelle génération et demi, n’est pas sans susciter des craintes dans les rangs parlementaires. « Cette loi de programmation militaire ne va pas être un long fleuve tranquille », soulignait le sénateur LR Dominique de Legge. « Peut-être que le budget ne peut pas être qualifié d’insincère, mais c’est une incertitude quand même très forte », complète le rapporteur spécial de la commission des finances pour les crédits de défense. 

Même son de cloche du côté du sénateur LR Cédric Perrin, selon qui « il y a une vraie question à poser ». « Est-il normal de compter dès à présent sur la solidarité interministérielle ou sur de supposées marche frictionnelles ? », questionnait-il. Bien que minime, cette tranche « n’est pas une paille compte tenu de l’augmentation annuelle du budget jusqu’en 2030, puisqu’on est quasiment à 2 Md€ par an ». Un bas de laine incertain mais dont les armées ne peuvent se passer pour poursuivre leur transformation. 

Crédits image : EMA

A Limoges, l’usine de blindés d’Arquus dans le brouillard de l’économie de guerre

A Limoges, l’usine de blindés d’Arquus dans le brouillard de l’économie de guerre

Malgré la volonté de produire plus et plus vite imposée à l’industrie de l’armement, l’usine limougeaude du fabricant de véhicules blindés Arquus tourne en sous-régime. Des cadences au ralenti qui tiennent également à la faiblesse de l’activité à destination des clients exports.

A Limoges, l’usine de blindés d’Arquus dans le brouillard de l’économie de guerre

L’usine de Limoges d’Arquus est spécialisée dans la fabrication des véhicules blindés. Elle produit également les châssis-porteurs des canons Caesar ainsi que les pièces de la chaîne cinématique des véhicules Scorpion de l’armée de Terre.

Les armées connaissent le «brouillard de la guerre», le flou dans lequel elles sont plongées quand elles manquent d’informations concernant la situation sur le front ou leurs objectifs à atteindre. Depuis le conflit en Ukraine, les industriels de l’armement expérimentent le brouillard… de l’économie de guerre. C’est le cas du site d’Arquus (ex-Renault Trucks Defense), implanté à Limoges (Haute-Vienne), et qui fabrique des véhicules blindés, les châssis porteurs du canon Caesar ainsi que la chaîne cinématique des nouveaux engins de l’armée de Terre.

Quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, Emmanuel Macron avait exhorté les industriels de l’armement à basculer dans «l’économie de guerre». En clair: produire plus, plus vite et moins cher. La réalité du site du Limoges est tout autre. «Nous ne sommes pas dans une mobilisation totale du fait de commandes qui restent encore extrêmement limitées. Mais s’il fallait y aller, nous sommes prêts à nous mobiliser», indique Emmanuel Levacher, le PDG d’Arquus.

L’usine tourne largement en dessous de ses capacités. Le site ne compte plus que 250 salariés, contre 400 en 2021. En 2022, Arquus Limoges a comptabilisé 69 000 heures d’activités, soit un niveau nettement inférieur de son record de 2019, de 175 000 heures de travail. «On a le potentiel de faire deux fois que ce qu’on a fait l’an dernier, avec les effectifs et les moyens actuels. S’il fallait aller au-delà, c’est encore possible», souligne le responsable, décidé à voir le verre à moitié plein.

Ralentissement du programme Scorpion

Pour le site limougeaud, les derniers arbitrages du ministère des armées ne vont pas dissiper ce brouillard, au contraire. Le 4 avril, les grandes orientations du projet de loi de programmation militaire pour la période 2024-2030 ont été rendues publiques. Verdict: le programme Scorpion de renouvellement des véhicules blindés de l’armée de Terre, pour lequel Arquus est l’un des fournisseurs cruciaux avec Nexter et Thales, va être ralenti. Si la cible des véhicules à produire est maintenue, les livraisons vont être étalées dans le temps. Soit plusieurs centaines de véhicules de transport de troupe Griffon, ainsi qu’une centaine d’engins de combat Jaguar en moins à livrer d’ici à 2030. «Cela représente une baisse de charge industrielle de l’ordre de 20% à 25% sur les prochaines années», calcule Emmanuel Levacher.

Une mauvaise nouvelle pour cette filiale du groupe Volvo, fournisseur historique des armées françaises sous ses anciennes marques (Renault Trucks Défense, ACMAT, Panhard…), et qui ont été regroupées sous la marque Arquus en 2018. La société concentre tous ses moyens industriels en France. Outre Limoges, les 1 500 collaborateurs d’Arquus se répartissent sur les usines de Marolles-en-Hurepoix (Essonne), de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et de Garchizy (Nièvre). La société a livré 1 277 véhicules neufs en 2022, pour un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros.

Un camion Caesar produit tous les quatre jours

A l’intérieur de l’usine, les trois lignes d’assemblage de véhicules neufs (véhicules légers, véhicules de l’avant blindé, camions) tournent à cadence réduite, sur un seul shift de 8 heures. Conséquence directe de la guerre en Ukraine, la ligne qui fabrique le châssis porteur du canon Caesar a repris son activité. Arquus a reçu commande pour produire deux lots de 18 équipements à Nexter, qui assemble le canon. Le châssis est assemblé au fur et à mesure qu’il progresse à travers une dizaine d’étapes successives dans la chaîne. Sur une chaîne parallèle, les cabines des camions sont montées. «Nous sortons un véhicule Caesar tous les quatre jours» précise Christophe Bouny, responsable méthodes et industrialisation. Si nécessaire, la ligne pourrait tourner plus vite et produire jusqu’à deux véhicules par jour.

A quelques mètres de là, la seconde ligne de production est loin également de tourner à pleine capacité. Les techniciens travaillent sur les VAB (véhicules de l’avant-blindé) de l’armée de Terre française. Ils installent des protections destinées à protéger les soldats contre les engins explosifs improvisés, les fameux IED. Sur les huit emplacements disponibles de la chaîne, cinq seulement sont occupés. Et pour cause: il s’agit des derniers exemplaires à réaliser et aucune nouvelle production ne devrait prendre le relais à court terme.

Dans l’atelier voisin, l’usine produit la chaîne cinématique des véhicules du programme Scorpion pour l’armée de Terre, soit tous les éléments mécaniques de mobilité situés entre le volant et le pot d’échappement (moteur, embrayage, transmission, essieux, système de freinage…). L’étalement des commandes Scorpion pour l’armée de Terre va nécessiter de ralentir des cadences à environ la moitié de ses possibilités.

Limoges en manque de contrats pour l’export

Or, l’usine de Limoges a déjà démontré qu’elle pouvait «turbiner» et sortir jusqu’à six véhicules par jour. Une nécessité, car les clients exigent d’être livrés rapidement. «C’est devenu un impératif. Sinon vous risquez de perdre l’affaire», explique Michel Brun, directeur des opérations. Quand il s’est agi de livrer il y a deux ans 300 véhicules pour les forces armées marocaines, le site limougeaud a su mobiliser les ressources et exploiter sa troisième ligne de fabrication opérationnelle depuis 2021. «Le ramp-up industriel a été très rapide. Nous sortions jusqu’à six véhicules par jour alors qu’auparavant les cadences étaient limitées auparavant à deux véhicules par jour sur les lignes traditionnelles», précise le responsable.

Ce type de contrat pour des armées étrangères fait aujourd’hui cruellement défaut pour alimenter les chaînes de Limoges. Arquus n’a pas réussi à décrocher un volume significatif de contrats à l’export en 2022, subissant une concurrence de plus en plus forte de la part d’acteurs turcs, sud-coréens, israéliens, ainsi qu’une baisse de ses contrats auprès de ses clients en Afrique… «Le challenge principal aujourd’hui, c’est de reconquérir des marchés exports et d’obtenir des commandes rapidement. L’usine est capable de fabriquer beaucoup plus y compris des blindés pour l’export», reconnaît Emmanuel Levacher.

Une modernisation globale des sites français

Malgré cette sous-charge, Arquus a activé plusieurs leviers pour renforcer la compétitivité de ces sites afin d’être prêt à rebondir. Le site de Limoges a investi 8,5 millions d’euros dans une nouvelle plateforme logistique de 6 300 m2 au plus près de l’atelier de production. Sur la période 2020-2023, Arquus aura réalisé pour 15 millions d’euros d’investissement industriels pour spécialiser ses établissements. Le site de Saint-Nazaire s’est concentré dans la réparation des véhicules, Marolles-en-Hurepoix dans la fabrication des organes mécaniques et des tourelleaux téléopérés, Garchizy dans la logistique de pièce rechange et fabrication des caisses blindées.

Pour ne pas être pénalisé par des délais d’approvisionnement trop longs, l’industriel a aussi revu sa politique de stock. «Nous avons décidé d’avoir au minimum de quoi produire 20 véhicules en stocks au niveau de la matière première de chaque gamme importante de véhicule», souligne Miche Brun, le directeur des opérations. Malgré le brouillard de l’économie de guerre, Arquus s’est mis en ordre de bataille industriel.

Le nouveau plan de transformation de l’armée de Terre a désormais son logo

Le nouveau plan de transformation de l’armée de Terre a désormais son logo

 

https://www.opex360.com/2023/04/10/le-nouveau-plan-de-transformation-de-larmee-de-terre-a-desormais-son-logo/


Alors qu’une nouvelle LPM sera prochainement examinée par le Parlement, l’armée de Terre va de nouveau connaître une « transformation profonde », conformément à ce qu’avait annoncé Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, en février dernier.

« L’armée de l’Air et de l’Espace comme la Marine ont déjà connu ces dernières décennies des modifications importantes liées notamment aux sauts de technologie. L’armée de terre va elle aussi connaître ce mouvement dans la période à venir et nous allons lui en donner les moyens. Elle va prodigieusement se numériser, se digitaliser tout en se dotant de nouveaux moyens capacitaires », avait en effet affirmé le ministre. Et de souligner que 10’000 de ses soldats allaient en conséquence voir leur « mission évoluer » et donc « être formés pour des compétences nouvelles à forte valeur ajoutée ».

D’où le décalage du programme SCORPION, avec plus de 1200 véhicules blindés [Griffon, Serval, Jaguar et Leclerc modernisés] qui devraient finalement être livrés après 2030. Ce que le chef d’état-major des armées [et ancien CEMAT], le général Thierry Burkhard, a justifié par un souci de « cohérence ».

Reste que ces évolutions justifient l’élaboration d’un nouveau plan de transformation. Celui a été présénté par l’actuel CEMAT, le général Pierre Schill, aux chefs de l’armée de Terre, la semaine passée. Ayant reçu l’appellation [tautologique] « Une armée de Terre de combat », il vise, d’après ce qui en a été dit jusqu’à présent, « à vaincre du coin de la rue jusqu’au métavers » [comprendre : dans le cyberespace, nldr]. Et il se déclinera selon quatre axes, dont la « puissance », la « polyvalence », la « réactivité » et les « forces morales ».

Dans l’attente de sa présentation publique, le général Schill a dévoilé le logo de ce plan de transformation. Celui-ci est censé représenter les « caractéristiques fortes d’une armée de Terre de combat », avec un soldat à la proue, « garant de la continuité des forces morales‘ » et dont la posture « en garde » suggère qu’il est prêt à agir [montrant ainsi « détermination, humanité et sérénité »], un anneau aux couleurs françaises incarnant le « mouvement vers l’avant et la protection de la Nation », un planisphère représentant les « espaces stratégiques, en métropole comme outre-Mer » et un code binaire pour évoquer « l’omniprésence du numérique » de ses équipements jusqu’aux champs d’affrontement ».

« Ma vision : une ‘Armée de Terre de combat’ dont le style de commandement, l’organisation, le fonctionnement, l’entraînement sont le plus proche d’un fonctionnement opérationnel », résume le général Schill. « Cette philosophie des finalités, nous la maîtrisons déjà en opérations : elle doit également irriguer notre quotidien. Nous allons retrouver une culture de la responsabilisation et du commandement par intention », insiste-t-il.

Selon le projet de LPM 2024-30, l’armée de Terre devra être en mesure, en cas d’engagement de « haute intensité », de « projeter » un état-major de niveau corps d’armée, une division [soit deux brigades interarmes, BIA] avec ses appuis et ses soutiens, une brigade d’aérocombat [hélicoptères, ndlr] et un groupement de forces spéciales. Quant à l’hypothèse d’une réaction « immédiate », elle devra pouvoir déployer une brigade interarmes à 4 groupes tactiques interarmes [GTIA], dont deux blindés, un groupement d’aérocombat ainsi que des soutiens et des appuis.

Outre-Mer, d’après le livret de présentation du projet de LPM, l’armée de Terre y verra ses « moyens renforcés », avec notamment un « durcissement des équipements et une densification des forces
prépositionnées [génie]. Enfin, le document précise qu’elle sera dotée, dès 2025, de « 1200 systèmes de drones », et qu’elle bénéficiera d’un « d’un plan d’équipement accéléré et de l’armement du Système de drone tactique avec charge de renseignement d’origine électromagnétique [SDT ROEM].

Le retard pris par le futur char franco-allemand inquiète le ministère des Armées

Le retard pris par le futur char franco-allemand inquiète le ministère des Armées

 

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« Ce serait une faute terrible à l’égard de nos armées de réduire l’entraînement et l’activité des forces. Et entre l’activité et lisser le pogramme SCORPION sur deux années de plus, mon choix est fait, même si, politiquement, c’est nettement plus facile de l’inverse », a en effet affirmé M. Lecornu.

Ce décalage du programme SCORPION devrait aussi permettre à l’armée de Terre de renforcer sa capacité de feux à longue portée, avec l’acquisition de 26 lance-roquettes multiples [LRM], soit 17 de plus qu’actuellement [il ne resterait plus que 9 Lance-roquettes unitaires sur 13 dans son inventaire, ce qui suggère que deux autres exemplaires ont été livrés à l’Ukraine…].

Toujours est-il que, en 2030, avec ce décalage, l’armée de Terre comptera 200 engins blindés de reconnaissance et de combat [EBRC] Jaguar sur 300 et 1345 véhicules blindés multi-rôles [VBMR] Griffon sur 1818. La situation du blindé Serval est particulière puisque si l’on considère le programme « Véhicule léger tactique polyvalent protégé », 1060 exemplaires doivent être livrés, en plus des 978 prévus au titre de Scorpion.

Enfin, et selon le rapport annexé, 160 chars Leclerc seront portés au standard XLR en 2030, sur les 200 annoncés. Normalement, et si l’on s’en tient aux prévisions faites il y a près de six ans, son successeur, issu du programme franco-allemand MGCS [Main Ground Combat System ou Système principal de combat terrestre], devrait être mis en service en 2035.

Or, si le Système de combat aérien du futur [SCAF], également mené dans le cadre d’une coopération avec l’Allemagne [et aussi avec l’Espagne], a enfin pu passer à l’étape suivante après des mois de discussions entre Dassault Aviation et Airbus, ce n’est pas le cas du MGCS, qui n’a pas encore dépassé la phase d’étude d’achitecture dite « SADS Part 1 ».

Initialement, la conduite de ce projet, assurée par Berlin, n’aurait pas dû poser de problème dans la mesure où le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann [KMW] s’était associés à cette fin en créant la co-entreprise KNDS. Mais l’arrivé d’un troisième acteur, en l’occurrence Rheinmetall, a bousculé les équilibres.

Si les relations entre KMW et Rheinmetall sont plutôt fraîches, le quotidien Les Échos a récemment expliqué que l’industrie d’outre-Rhin est convaincue « d’avoir toutes les compétences nécessaires » pour réaliser le MGCS seule. Et la « guerre en Ukraine a conforté le sentiment que le français Nexter serait finalement le loup entré dans la bergerie allemande pour s’arroger son savoir-faire », écrit-il dans son édition du 20 mars dernier.

Enfin, cela vaut plutôt pour Rheinmetall qui, avec son nouveau char KF-51 « Panther », tente de torpiller le programme franco-allemand.

Reste que, même si les études se pousuivent dans le cadre de la phase SADS Part 1, le MGCS est embourbé et que l’horloge tourne. Et, à Paris, on commence à s’en inquiéter, comme l’a confié M. Lecornu aux députés.

« Je vois le programme [MGCS] prendre du retard et ça m’inquiéte. Je le dis devant vous avec beaucoup d’humilité, a-t-il dit, en répondant au député [RN] Christian Girard, lequel venait d’affirmer que l’industrie allemande cherchait à tirer de ces coopérations un « maximum d’avantages commerciaux ». « Ce que vous avez dit sur le MGCS, je ne le réfute pas complétement », a ajouté le ministre.

La semaine passée, dans les pages des Échos, M. Lecornu a indiqué qu’il rencontrerait prochainement son homologue allemand, Boris Pistorius, puour tenter de débloquer ce dossier. « Nous aurons besoin temporellement de la capacité qui succédera au char Leclerc […] entre 2035 et 2040. Il y a des enjeux de convergence technologique : je souhaite que le besoin militaire soit la base du cahier des charges industrielles, et non l’inverse. KNDS, entreprise franco-allemande, doit jouer un rôle central dans l’avenir du char de combat », a-t-il ajouté.

LPM: l’art de la glisse et du glissement, en dépit d’un budget en hausse de 40%

LPM: l’art de la glisse et du glissement, en dépit d’un budget en hausse de 40%

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 6 avril 2023

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Suite de mon post sur la LPM que j’avais titré « La Loi de programmation militaire aura du mal à suivre la cadence » et qui constatait les glissements annoncés sur certains programmes alors que, paradoxalement, le budget a pris 40% de hausse.

Le projet de loi et le rapport annexe permettent de mieux mesurer l’ampleur de ces glissements qui laissent la France au rang de « puissance échantillonnaire ». 

En particulier, le rapport annexe (dont les tableaux pages 6 et 7) permet de mesurer l’impact des décalages qui affectent les trois armées (cliquer sur les tableaux pour les agrandir):

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Quelques exemples de glissement:
200 chars Leclerc seront bien rénovés, dont 160 avant 2030. Mais la modernisation des 40 derniers exemplaires sera effectuée à l’horizon 2035,
– l’échéancier des livraisons des véhicules blindés (Jaguar, Griffon, Serval) a été revu. La mise en service des derniers blindés, qui sera reportée au-delà de 2030, concerne précisément 100 Jaguar (sur 300), 473 Griffon (sur 1827) ainsi que 633 Serval (sur 2038). Ce report de la livraison de 1206 véhicules blindés implique que la production va être étalée aussi,
mêmes glissements du côté de la Marine. La cible 2030 de FDI passe de 5 à 3, celle des drones SDAM passe de 15 à 8 et celle des avions de surveillance et d’intervention maritime Albatros passe de 13 à 8.
– en l’air, la situation n’est guère plus favorable. Pour le Rafale Air, la cible est réduite de 185 à 137 à l’horizon 2030. Pour les A400M et C130, la cible est réduite de 49 avions (35 A400M et 14 C-130 H et J) pour 2030 à 39 en 2035 (plus des ATASM, avion de transport d’assaut du segment médian).
Pour les drones MALE, la cible 2030 est réduite de 8 systèmes (24 drones) à 6 systèmes (18 drones), dont 5 systèmes Reaper et un système Eurodrone. Pour les avions de renseignement ALSR, la cible 2030 est réduite de 8 à 3 avions.
Enfin, seulement 20 hélicoptères Guépard/HIL sont annoncés pour 2030, et 70 en 2035. La cible de 169 machines ne figure même plus dans les documents.

La loi de programmation militaire 2024-2030, une LPM adaptée à la réalité de la guerre ?

La loi de programmation militaire 2024-2030, une LPM adaptée à la réalité de la guerre ?


Jaguar, Engin blindé de reconnaissance et de combat

 

La LPM 2024-2030 a été présentée en conseil des ministres. Je publie cette troisième et dernière partie de mon article achevé au 12 mars. Je mettais en doute la réalité de la prise en compte des enseignements de la guerre en Ukraine dans la LPM. Je n’ai pas à modifier mon analyse. Bref, « on fait comme avant » et j’ai le sentiment profond qu’il s’agit avant tout de privilégier le complexe militaro-industriel notamment dans le domaine nucléaire. Or, « Il n’y a de richesse que d’hommes ». Ce sont eux qui font la guerre sur le terrain comme en témoigne le conflit en Ukraine. La technologie est à leur service à la fois pour préserver leur vie et assurer leur efficacité mais seuls les effectifs et les équipements en nombre suffisant permettent d’envisager le succès militaire.

En préalable, je rappelle la structure générale de l’article. La première partie sur les enseignements géopolitiques de la guerre en Ukraine, réflexion non exhaustive sur une guerre inachevée, traitait du contexte général de la situation géopolitique mondiale en trois points : « Le désarmement européen (I.1.) » (Cf. Billet du lundi 13 mars 2023), « La fin de la mondialisation heureuse (I.2.) » (Cf. Billet du mercredi 15 mars 2023) et « Une guerre (en Ukraine) aux enjeux vitaux pour l’occident (I.3.) » (Cf. Billet du vendredi 17 mars 2023).

La seconde partie était consacrée aux conséquences militaires de l’aveuglement européen. Après avoir posé brièvement la question du droit international dans les conflits d’aujourd’hui (II.1 cf. Billet du vendredi 24 mars 2023), elle abordait la guerre de haute intensité depuis sa « redécouverte » dans cette guerre russo-ukrainienne et la stratégie hybride (II.2 et II.3, cf. Billet du lundi 3 avril 2023).

La troisième partie aborde donc la LPM dont je rappelle les derniers chiffres connus cette semaine. On peut certes se louer de cet effort financier majeur mais l’objet n’est pas de financer des programmes mais de donner les moyens aux armées de gagner une guerre conventionnelle, certes dans le cadre d’une alliance. Connaître les chiffres est important.

La LPM 2024-2030 table sur 413 milliards mais quelque 30 milliards devraient disparaître en raison de l’inflation. De 32 milliards d’euros en 2017, le budget des armées Il est de 43,9 milliards d’euros en 2023 et sera abondé de 1,5 milliard supplémentaire d’ici à la fin de l’année. Il devrait atteindre 56 milliards en 2027, 69 milliards d’euros en 2030 si le prochain chef de l’État respecte cette LPM. Comme sur la précédente LPM, les investissements les plus coûteux interviendront après l’élection de 2027.

Plus de la moitié des dépenses (autour de 60 %, selon Le Monde du 5 avril 2023) est dédiée au renouvellement de la dissuasion nucléaire. Son efficacité dans le non-emploi reste cependant posée dans le cadre des conflits tels qu’ils apparaissent à travers la guerre en Ukraine d’autant que celle-ci a montré les limites opérationnelles de la haute technologie et le retour aux armements conventionnels utilisés par les hommes sur le terrain. Or les armées ne sont pas renforcées par cette LPM.

Pour notamment donner les effectifs au « cyber », l’armée de terre perdra encore des régiments de mêlée (chars, infanterie) au profit de ce domaine. La capacité blindée et le besoin en fantassins qui, pourtant, ont été montrés comme essentiels en Ukraine dans le combat terrestre, ne suscitent pas d’effectifs supplémentaires et sont donc encore amoindris. Notamment une « centaine » de Jaguar sur les 300 prévus est annulée. Or, il s’agit du successeur de l’AMX10RC dont une partie a été généreusement remise aux forces ukrainiennes. L’AMX10RC restera donc en service quelques années de plus. Ce dégraissage de quelques centaines d’exemplaires s’appliquera aussi aux blindés Griffon et Serval, dont la cible à l’horizon 2030 était de respectivement 1 872 et 978 unités.

Pour l’armée de l’air, les livraisons de quarante-deux avions de chasse Rafale, initialement prévues entre 2027 et 2030, s’étendront désormais jusqu’à 2032. En 2030, l’armée de l’air disposera de 137 Rafale au lieu de 185 prévus au départ. Certes les livraisons de 20 avions de transport stratégique A400M seront accélérées pour atteindre 35 en 2030 sans précision sur la cible finale qui est de 50 appareils.

Quant à la marine, le successeur du porte-avions Charles-de-Gaulle est prévu pour 2038 mais, à l’horizon 2030, la marine n’aura que trois bâtiments ravitailleurs de forces au lieu de quatre, trois frégates de défense et d’intervention au lieu de cinq, sept patrouilleurs hauturiers au lieu de dix. Pourtant il semble que la France doit assurer sa souveraineté sur la seconde surface maritime mondiale, soit 11 millions de km² notamment dans le Pacifique. A l’heure où la Chine construit tous les trois à quatre ans l’équivalent de la flotte française, le questionnement de la pertinence de cette LPM peut se poser.

Certes, 16 milliards seront consacrés aux munitions et 49 milliards au maintien en condition opérationnelle, soit une hausse de 49 %. 13 milliards d’euros seront consacrés à l’outre-mer, 10 milliards aux technologies de rupture, comme l’hypervélocité ou le quantique, 6 milliards au spatial, 5 milliards à la contre-ingérence et au renseignement, 5 milliards aux drones, 5 milliards à la défense surface-air, 4 milliards au cyber, 2 milliards aux forces spéciales.

Cependant, qui peut croire que la France pourra réellement répondre à la réalité des guerres de demain ? N’a-t-on pas à nouveau préféré le soutien au complexe militaro-industriel notamment nucléaire au détriment de l’efficacité opérationnelle sur le terrain ?

François Chauvancy*

Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d’influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Depuis mars 2022, il est consultant en géopolitique sur LCI notamment sur la guerre en Ukraine. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.

LPM 2024-30 : Les chars légers AMX-10RC et les VAB Ultima devront durer au-delà de 2030

LPM 2024-30 : Les chars légers AMX-10RC et les VAB Ultima devront durer au-delà de 2030

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 4 avril 2023

https://www.opex360.com/2023/04/04/lpm-2024-30-les-chars-legers-amx-10rc-et-les-vab-ultima-devront-durer-au-dela-de-2030/


 

La future Loi de programmation militaire [LPM], qui sera présentée lors du Conseil des ministres de ce 4 avril, va confirmer une hausse « sans précédent » du budget des armées, avec une enveloppe de 413 milliards d’euros [dont 13 milliards de recettes exceptionnelles] sur la période 2024-30.

D’un montant de 43,9 milliards en 2023 [voire plus, une rallonge de 1,5 milliard ayant été demandée par Sébastien Lecornu, le ministre des Armées], le budget de la mission « Défense » devrait augmenter d’environ 3 milliards d’euros à partir de 2024. Puis la hausse maintiendra ce rythme jusqu’en 2027. Puis, il reviendra à la prochaine majorité d’accentuer cet effort, avec des « marches » de 4,3 milliards à partir de 2028.

Selon l’entourage de M. Lecornu, cette trajectoire financière ne sera pas gravée dans le marbre dans la mesure où « il faudra éventuellement prévoir des compléments » en fonction de l’évolution des menaces. Cependant, la portée de cette hausse des dépenses militaires pourrait être amoindrie par les effets de l’inflation, évaluée à 30 milliards d’euros pour les sept années à venir, selon l’hypothèse la plus pessimiste.

Aussi, paradoxalement, des choix ont dû être faits. Seront-ils pertinents? L’avenir le dira… En tout cas, plusieurs annonces faites par M. Lecornu durant ces dernières semaines devraient être confirmée; comme les efforts en faveur de la défense sol-air [5 milliards d’euros], des drones [5 milliards], des forces spéciales [2 milliards] et du renseignement [5 milliards].

La lutte informatique, qu’elle soit défensive, offensive et d’influence, devrait bénéficier d’un nouveau coup de pouce de 4 milliards d’euros. De même que le spatial, avec une enveloppe de 6 milliards. À noter que la LPM va acter l’annulation du troisième satellite de télécommunication de type Syracuse IV, au profit d’une « constellation » dont les détails restent à préciser.

Comme l’avait suggéré le président Macron lors de ses voeux aux Armées, le 20 janvier, les forces de souveraineté, implantées dans les départements et territoires d’outre-Mer, devraient voir leurs moyens augmenter de 13 milliards d’euros. Et un effort significatif – 10 millards – est annoncé en faveur du soutien à l’innovation, afin de financer les recherches sur les « technologies de rupture », comme les armes hypersoniques et le quantique.

Enfin, le montant des crédits alloués au Maintien en condition opérationnelle [MCO] des équipements devrait progresser de 40% pour atteindre les 49 milliards d’euros. Et ce ne sera sans pas de trop… puisque certains équipements appelés à être remplacés d’ici 2030 ne le seront finalement pas… Ou, du moins, ils le seront plus tard.

Ce sera en effet le cas des chars légers AMX-10RC et des Véhicules de l’avant blindé [VAB] Ultima, le programme SCORPION devant être « décalé » de quelques années. Ainsi, 100 engins blindés de reconnaissance et de combat [EBRC] Jaguar – sur les 300 attendus – seront livrés à l’armée de Terre après 2030. Même chose pour « quelques centaines » de véhicules blindés multi-rôles Griffon et Serval.

Cette décision d’étaler le programme SCORPION entraînera inévitablement des surcoûts. « Cela soulève des difficultés de gestion des lignes et de stockage des composants. Quant au surcoût du MCO, plus les matériels sont anciens, plus l’obsolescence augmente : rien n’est impossible, mais cela a un prix », a récemment expliqué Emmanuel Levacher, le Pdg d’Arquus, lors d’une audition au Sénat.

Cela étant, l’armée de Terre, qui sera appelée à se « transformer », devrait pouvoir remplacer ses Lance-roquettes unitaires [LRU], dont deux exemplaires ont été livrés à l’Ukraine, et renforcer ses capacités en matière d’artillerie avec de nouveaux CAESAr. En outre, elle disposera de plus de 3000 drones, dont des munitions téléopérées.

Quant à la Marine nationale, si elle n’avait pas de souci à se faire pour ses futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de 3e génération, indispensables à la dissuasion nucléaire, elle obtiendra un nouveau porte-avions nucléaire à l’horizon 2038… Mais elle devra patienter pour aligner ses cinq frégates de défense et d’intervention [FDI], la livraison de deux unités étant désormais prévues après 2030. Et elle devra se passer de trois patrouilleurs océaniques, sur les dix attendus.

Enfin, l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] ne passera pas au « tout Rafale » dans les années à venir… étant donné que les livraisons de 42 avions Rafale, prévues entre 2027 et 2030, devraient finalement s’étaler jusqu’en 2032. Ce qui fait qu’elle ne disposera que de 137 Rafale en 2030, alors qu’elle devait en aligner 185. Quant à ses capacités de transport, et à la fin de la LPM, elles reposeront en partie sur 35 A400M [contre 21 actuellement] sur les 50 initialement envisagés.

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

par – Forces opérations Blog – publié le

Le projet de loi de programmation militaire pour 2024-2030 sera présenté demain en Conseil des ministres. Un projet « à 413 Mds€ » qui actera les évolutions capacitaires nécessaires au vu du contexte et de l’apparition de nouvelles menaces. Et si le document ne contient aucun renoncement, il entérine par contre certains décalages, notamment au détriment du programme SCORPION. 

Un socle plutôt qu’un plafond

Après une année de travaux, une dizaine de réunions de haut niveau à l’Élysée et deux grands discours présidentiels de cadrage, la 14e loi de programmation militaire française est prête à entamer le processus d’adoption parlementaire qui devrait l’amener à être proclamée d’ici au 14 juillet prochain. 

L’effort s’articulera autour de quatre axes : consolider le cœur de souveraineté, faire face à un conflit majeur, s’adapter aux nouveaux espaces de conflictualité et repenser et diversifier les partenariats stratégiques. Ceux-ci ont été déclinés en une vingtaine de « patchs », des « focus spécifiques dans différents domaines », précise l’entourage du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Ce sont des pointes d’effort sur l’innovation, le spatial, les drones, la défense sol-air, le renseignement, ou encore le modèle RH et le renforcement des soutiens. 

Créditée d’une enveloppe de 413 Mds€, cette LPM « va constituer une augmentation du budget des armées sans précédent », souligne le cabinet ministériel. Les marches successives sont connues : + 3,1 Mds€ l’an prochain, puis des paliers à 3 Mds€ entre 2025 et 2027 et de 4,3 Mds€ à compter de 2028. En fin de LPM, les dépenses militaires françaises atteindront 69 Mds€, près du double de celles allouées en début d’exercice précédent. 

« Cette trajectoire budgétaire est véritablement conçue désormais comme une trajectoire plancher ». Hors de question de rogner les annuités, il s’agira plutôt de maintenir l’exemplarité de la LPM en voie d’achèvement. Voire, parfois, de faire mieux en cours d’exécution en fonction des aléas et besoins. Ce sera déjà le cas cette année, avec une marche à 3 Mds€ que le ministre proposera de rehausser d’1,5 Md€. L’encre n’est pas tout à fait sèche, mais ce premier bonus devrait servir à appuyer le durcissement des armées, notamment par de nouveaux achats de munitions

Plusieurs grands chapitres se précisent. L’innovation, par exemple, sera créditée d’environ 10 Mds€ sur la période. Une enveloppe de 100 Md€ sera fléchée vers les ressources humaines. Si les armées augmenteront légèrement leurs effectifs, c’est bien « la bataille des compétences et la fidélisation » qu’il faudra gagner. Celle de la réserve aussi, avec 40 000 réservistes à engager pour atteindre l’objectif de dédoublement du dispositif. Dernier exemple, une volonté de recomplétion des stocks de munitions créditée de 16 Mds€ sur la période. 

L’investissement financier, sur fonds d’inflation et de crise sociale, n’est pas mince. « Le ministère a parfaitement conscience de l’effort considérable que la nation fait » et entend veiller à ce que cette manne soit « la mieux employée possible ». Le ministre l’a plusieurs fois répété : les industriels devront participer à la dynamique globale pour « que tout cela soit au bon prix et dans des calendriers les plus raisonnables ».

L’artillerie renouvelée, SCORPION décalé

Si l’enveloppe capacitaire n’a pas été détaillés, ce volet majeur sera marqué par « le retour de menaces que l’on a cru un certain temps disparues et, à travers ces menaces, l’apparition de très nombreux sauts technologiques dans certains domaines. Ces sauts technologiques ont malheureusement un coût ».

Côté terrestre, la prévalence porte en grande partie sur le segment de décision. Les travaux relatifs au programme MGCS, potentiel successeur au char Leclerc, se poursuivront. Il s’agira ensuite de muscler et de moderniser « rapidement » l’artillerie grâce à la prochaine génération de canons CAESAR et au renouvellement des feux longue portée. Différents scénarios restent à l’étude pour remplacer des lance-roquettes unitaires (LRU) dont l’obsolescence interviendra en 2027. Aucun scénario n’est écarté, que ce soit l’achat de systèmes HIMARS américain ou la recherche d’une solution souveraine. « Nous faisons travailler nos industriels », explique le cabinet.

La prochaine LPM entérinera par ailleurs l’accélération de la feuille de route « lutte anti-drones », la consolidation du bouclier antiaérien, le développement de la « dronisation » et la poursuite du renouvellement des parcs d’hélicoptères. L’armée de Terre bénéficiera ainsi de 12 Serval LAD en complément des 12 VAB ARLAD déjà en service. S’y ajouteront 24 Serval Mistral pour reconstituer un embryon de défense sol-air terrestre d’accompagnement. En interarmées, le programme PARADE débouchera sur la fourniture de 15 systèmes, soit neuf de plus qu’en fin d’année 2023. Des 5 Mds€ consacrés au renseignement, une partie participera à accélérer le plan d’équipement de l’armée de Terre et à doter le système de drone tactique (SDT) Patroller d’une charge de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM). Toujours dans les airs, l’Aviation légère de l’armée de Terre disposera « de nouveaux Tigre, NH90 et HIL ».

« Même si on abandonne rien, on priorise certains sujets », relève cependant le cabinet ministériel. Pas de renoncements donc, mais « des révisions de cadencement ». Si les cibles restent « quasiment » à l’identique, certaines d’entre elles vont donc s’étaler dans le temps. Comme pressenti, le programme SCORPION de l’armée de Terre n’est pas épargné. Sur les 300 Jaguar attendus, une centaine ne seront pas livrés dans les délais fixés au lancement du programme. Idem pour quelques centaines de Griffon et de Serval dont la livraison est au mieux repoussée à la prochaine LPM. Pour réaliser la soudure, l’armée de Terre devra miser sur l’infovalorisation et l’entrée dans la bulle SCORPION de certains AMX-10RC et VAB Ultima. 

Le général Schill veut transformer l’armée de Terre pour « vaincre du coin de la rue jusqu’au métavers »

Le général Schill veut transformer l’armée de Terre pour « vaincre du coin de la rue jusqu’au métavers »

https://www.opex360.com/2023/04/01/le-general-schill-veut-transformer-larmee-de-terre-pour-vaincre-du-coin-de-la-rue-jusquau-metavers/#comments


 

Intitulé « Vers l’armée de Terre de combat » [et non plus « Au contact »], cette transformation devrait se décliner autour de quatre axes, dont la « puissance », la « polyvalence », la « réactivité » et les « forces morales ». Le général Schill ne les a pas développés. Cependant, il a précisé la finalité de ce plan, qui est de « s’adapter au changement d’ère stratégique ».

Pour le CEMAT, si la guerre moderne, avec ses évolutions technologiques, n’ont « pas rendu l’affrontement au sol accessoire », comme le montrent d’ailleurs les combats en Ukraine, il n’en reste pas moins que le « milieu de conflictualité terrestre » est devenu plus « complexe », d’autant plus que s’y « superposent de nouveaux espaces [cognitif, cyber, robotique] » ainsi que des « ‘métamenaces qui exigent faculté d’analyse et de compréhension étendues et adaptation de notre outil de combat ».

Le constat étant posé, le général Schill explique que l’armée de Terre doit « être en position de combat en permanence », que ce soit dans le « style de commandement » et dans la « façon de fonctionner ».

S’agissant du « style de commandement », le CEMAT parle de « chasser l’excès de normes » [ce qui était aussi une préoccupation de son prédécesseur, le général Thierry Burkhard, désormais chef d’état-major des armées], de « faire confiance », « d’encourager l’esprit d’initiative », de « responsabiliser » et de « contrôler ». Quant au mode de fonctionnement, il s’agira « d’agir au quartier comme en mission », ce qui supposera de « disposer de leviers et des moyens concrets pour être en ‘disposition de combat’ ». Cela suggère que le triptyque « un chef, une mission, des moyens », mis à mal par les restructurations de la fin des années 2000, sera de nouveau mis en avant.

« Les choix structurels de la transformation de l’armée de Terre ont pour objectif l’efficacité opérationnelle : être prêts, peu importe la forme, l’intensité et la rapidité de survenance d’un engagement », explique le CEMAT. Et ils devront permettre aux soldats et à leurs chefs « d’encore mieux mener les combats décisifs » afin de « vaincre du coin de la rue jusqu’au métavers, pour protéger la France et les Français », conclut-il.

Pour rappel, le métavers est un espace virtuel collectif et partagé en 3D. Or, depuis quelques semaines, ce concept a du plomb dans l’aile, éclipsé par les progrès de l’intelligence artificielle [IA], illustrés par l’arrivée de ChatGPT. D’ailleurs, Mark Zuckerberg, le patron Meta [la maison-mère de Facebook, ndlr], a récemment fait savoir que sa priorité irait désormais à l’IA et non plus au développement du Metavers. Ce qui explique les 20’000 licenciements qu’il a récemment annoncés.

Quoi qu’il en soit, dans un entretien donné au quotidien « Le Figaro » en février, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait donné annoncé une transformation « profonde » de l’armée de Terre.

« L’armée de l’Air et de l’Espace comme la Marine ont déjà connu ces dernières décennies des modifications importantes liées notamment aux sauts de technologie. L’armée de terre va elle aussi connaître ce mouvement dans la période à venir et nous allons lui en donner les moyens. Elle va prodigieusement se numériser, se digitaliser tout en se dotant de nouveaux moyens capacitaires », avait expliqué le ministre. Et de préciser que « 10’000 de ses soldats » allaient « voir leur mission évoluer et donc être formés pour des compétences nouvelles à forte valeur ajoutée ».