Général Schill : L’armée de Terre attire « à peine plus d’un candidat pour un poste » de militaire du rang

Général Schill : L’armée de Terre attire « à peine plus d’un candidat pour un poste » de militaire du rang

 


Selon la dernière revue publiée par le Haut comité d’évaluation de la condition militaire, la sélectivité du recrutement des militaires du rang s’est améliorée en 2021, avec une moyenne de 1,5 candidat pour un poste. « Cette amélioration est commune à toutes les armées [+ 0,2 point pour l’armée de Terre, + 0,4 point pour la marine nationale et + 0,2 point pour l’armée de l’Air et de l’Espace]. Elle résulte de la hausse de 13 % du nombre de postulants au recrutement associée à une baisse de 3,4 % du volume de recrutés », est-il avancé dans ce document.

Seulement, cette amélioration est loin d’être suffisante… En tout cas, ce taux de sélectivité n’a pas retrouvé le niveau qui était le sien en 2015 [2,2 candidats pour un poste]. Dans un avis budgétaire publié 2020, les sénateurs Joël Guerriau et Marie-Arlette Carlotti avaient même avancé qu’il s’approchait des « planchers […] constatés au début des années 2000, au moment de la professionnalisation ». Et cela d’autant plus que le « vivier » des recrues tend à s’amenuiser, avec une baisse du nombre de candidats médicalement aptes, en raison d’un « mode de vie de plus en plus sédentaire » et d’une « surconsommation d’écrans susceptible de favoriser surpoids et myopie ». Enfin, les aspects démographiques sont aussi à prendre en considération.

Or, pour qu’un recrutement soit optimal, il faut réunir au moins deux conditions : un taux de sélectivité élevé [ce qui suppose d’être attractif] et un taux de dénonciation de contrat durant la période probatoire le plus bas possible. Pour l’armée de Terre, celui-ci s’élève en moyenne à environ 30% par an.

Quoi qu’il en soit, recruter sera un défi pour l’armée de Terre au cours des prochaines années. C’est en effet ce qu’a admis le général Schill, son chef d’état-major, lors d’une audition au Sénat dont le compte rendu vient d’être publié [soit plus de trois mois après!]. Et, s’agissant des militaires du rang, le taux de sélectivité s’est effondré.

« Le recrutement de nos militaires du rang est correct. Nous avons fini l’année 2022 à l’effectif qui nous était accordé. Il n’empêche qu’il existe une vraie difficulté de recrutement et de fidélisation, avec à peine plus d’un candidat pour un poste. Nous devons donc renforcer notre attractivité pour recruter davantage de militaires du rang mais aussi de sous-officiers », a en effet déclaré le général Schill.

Et encore, en 2024, l’armée de Terre ne bénéficiera pas de postes supplémentaires.

« Dans la loi de programmation militaire qui s’achève, nous avions un certain nombre de créations de postes. Nous avions choisi de les cibler sur les postes à plus haute valeur ajoutée. Nous voulions notamment créer des postes dans les nouvelles capacités cyber et du renseignement. Nous avons créé ces postes par transfert depuis d’autres fonctions opérationnelles », a expliqué le CEMAT.

Quoi qu’il en soit, pour le général Schill, « l’impératif de jeunesse doit être conservé » car « nous avons besoin d’une armée jeune ». Actuellement, a-t-il précisé, les régiments ont une moyenne d’âge de 28 ans, « cadres compris ».

« Nos jeunes s’engagent à 20 ans en moyenne. Ils passent 6 à 7 ans dans les armées. Nos militaires du rang ont une moyenne d’âge de 26 ans. C’est un atout, même si j’aimerais que la moyenne d’âge des militaires du rang soit un peu plus élevée. Cette réalité globale doit être maintenue », a ajouté le général Schill.

Par ailleurs, commentant, via Linkedin, la récente note de Bruno Tertrais sur l’évolution de la démographie en France, publiée par l’Institut Montaigne, le CEMAT a estimé que « l’adaptation » du recrutement de l’armée de Terre « doit être poursuivie afin de prendre en compte le vieillissement de la population », par exemple « en changeant les critères d’âge pour servir sous l’uniforme ou en modifiant les conditions d’accès à la réserve ».

Le général Schill a aussi considéré que la « chute de la natalité impacte directement le volume des classes d’âge, et donc le vivier de recrutement de 14’000 jeunes que l’armée de Terre accueille annuellement ». Or, a-t-il ajouté, si celle-ci « demeure un vecteur dynamique d’insertion de la jeunesse, sa capacité opérationnelle dépendra demain de l’attractivité du métier des armes ». Enfin, elle aura également à renforcer « rôle de creuset intégrateur » à l’heure « où le seuil symbolique des 10% de Français d’origine immigrée a été relevé par l’INSEE ».

Le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire au chevet du corps des officiers: le défi de la fidélisation

Le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire au chevet du corps des officiers: le défi de la fidélisation

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 18 septembre 2023

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Le 17e rapport thématique du Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM) vient d’être diffusé (il est à consulter ici). Le comité a décidé de consacrer pour la première fois son rapport thématique à la condition militaire des officiers (photos AMSCC). 

Au nombre d’environ 40 600 en 2021, les officiers ne représentent pourtant qu’environ 13 % du nombre total des militaires employés la même année:

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Lors de ses travaux pour son 16e rapport (2022) portant sur la mobilité des militaires, les auditions menées pour ce rapport lui ont donné à entendre l’existence d’un « mal-être » chez certains officiers. Il lui a « paru essentiel d’examiner dans quelle mesure la condition militaire permettra aux forces armées de disposer demain des officiers dont elles auront besoin« .

Les entretiens réalisés en particulier ont mis « en évidence des éléments de fragilité ainsi que des interrogations. Ces fragilités et interrogations concernent tant le recrutement que la capacité à fidéliser au travers du déroulement de la carrière de l’officier, des conditions de service et des conditions de vie pour lui et sa famille. Elles traduisent enfin une attente des officiers de plus grande reconnaissance à leur égard. »

La difficile fidélisation mais aussi un besoin croissant d’encadrement font que les deux voies principales de recrutement (recrutement direct en début de carrière, par concours et recrutement interne de sous-officiers et de militaires du rang ) ne suffisent plus. Il a donc été choisi de développer une troisième voie avec un recrutement  sur titres ou sur dossier, le cas échéant après entretien, pour attirer des personnes diplômées et ayant déjà connu une ou plusieurs expériences professionnelles qu’elles recrutent en qualité d’officiers sous contrat ou d’officiers commissionnés. 

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C’est ce que démontre et illustre mon récent post consacré à la rentrée des élèves à l’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (voir: L’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan fait le plein). A l’ESM sont entrés 201 élèves français. A l’EMIA: 115 élèves français. Et à l’EMAC: 207 OSC encadrement auxquels s’ajoutent de très nombreux OSC spécialistes (en septembre 2022, une partie de ces derniers ont été ventilés sur les écoles de Saumur et Angers puisque le site de Guer ne pouvait pas accueillir tous les élèves de l’EMAC).

14 recommandations:

Recommandation 1
Le Haut Comité invite à donner une permanence à l’exercice de prospective en matière de RH au sein des forces armées, à lui donner une dimension véritablement anticipatrice et « critique » en ce sens qu’elle doit aller jusqu’à questionner les composantes de notre modèle d’armée. Ces travaux devront s’appuyer sur l’observation et l’anticipation des évolutions de la société de nature à influer directement sur l’attractivité du recrutement des officiers, leur formation, leur gestion et leur fidélisation. Ils évalueront les résultats et impacts des mesures de RH menées à leur égard dans une approche interarmées, en coordination avec la gendarmerie afin d’être en capacité, en tant que de besoin, d’adapter voire de réinventer la politique RH des forces armées, en particulier à l’égard des officiers. À titre d’illustration de l’impact des mesures RH qui pourrait donner lieu à une évaluation, le HCECM considère que le célibat géographique mériterait un suivi particulier au regard de la singularité de l’exercice du métier des armes et de l’impact que ce célibat peut avoir sur le militaire, en particulier l’officier, et le bon accomplissement de sa mission.

Recommandation 2
Le Haut Comité réitère la recommandation qu’il a faite en 2015 de répondre à un besoin de pilotage global de la fonction militaire par une démarche codirigée par le chef d’état-major des armées (CEMA) et le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), en lien notamment avec le délégué général pour l’armement (DGA), sous l’autorité des deux ministres. Ce pilotage pourrait se matérialiser par des rencontres régulières d’échanges sur différents aspects de la politique RH et de la condition militaire. 

Recommandation 3
Le Haut Comité recommande de développer différentes actions en vue de faire connaître le métier d’officier et de le valoriser auprès de l’ensemble de nos concitoyens et en particulier auprès des jeunes par des moyens très divers et adaptés à chaque catégorie de public. Dans un but plus direct et immédiat d’accroître les candidatures aux emplois d’officier, ces actions pourraient être complétées de campagnes de recrutement ciblées sur les officiers, en recourant notamment aux voies d’information utilisées par les jeunes générations, en rendant visibles leurs fonctions au sein des forces armées, en valorisant leur rôle et en mettant en avant la diversité des emplois et des parcours de carrière, en particulier pour les métiers en forte tension.

Recommandation 4
Le Haut Comité recommande de poursuivre l’adaptation de la politique de rémunération des militaires en la faisant porter sur sa partie indiciaire en veillant à : – assurer une cohérence de la politique indiciaire entre toutes les catégories de militaires pour préserver l’escalier social ; – revaloriser le positionnement indiciaire des officiers au regard de la nouvelle grille indiciaire des administrateurs de l’État et des limites de la compensation purement indemnitaire des conséquences de la mobilité géographique, notamment sur l’emploi du conjoint et le niveau de vie des ménages ; – respecter les équilibres indispensables à l’unité de la condition militaire et la nécessaire cohérence entre la politique de rémunération de la gendarmerie et celle des armées. Dans le prolongement de l’annonce du ministre des armées, le Haut Comité recommande que ce chantier soit mené sans délai, dans le cadre d’un travail commun mené sous l’autorité conjointe du ministre des armées et du ministre de l’intérieur, au risque de voir se dégrader davantage l’attractivité au recrutement et la fidélisation des officiers, ce qui pourrait durablement affecter le fonctionnement et l’efficacité des forces armées. Les retards, par le passé, des transpositions des mesures de portée générale affectant la rémunération des fonctionnaires civils de l’État à la fonction militaire avaient accru le ressentiment des militaires dont le Haut Comité s’était inquiété à de nombreuses reprises. Ce type de situation est désastreux sur leur perception de la considération que la Nation leur porte. Une fois les grilles indiciaires de l’ensemble des militaires rebâties, en cas de séquençage dans le temps et par catégorie de leur mise en œuvre, le Haut Comité insiste sur l’importance que cette mise en œuvre commence par les officiers pour redonner sans délai du sens à l’escalier social. Il recommande en outre de prévoir un rendez-vous annuel de bilan des grilles indiciaires en place au sein des forces armées.

Recommandation 5
Le Haut Comité recommande d’intégrer l’indemnité d’état militaire (IEM) dans le calcul de la pension militaire de retraite, dans la mesure où elle compense les sujétions inhérentes au statut militaire.

Recommandation 6
Le Haut Comité recommande, à l’article 4 du décret n° 2019-1594 du 31 décembre 2019 relatif aux emplois de direction de l’État ainsi que dans tous textes relatifs à l’accès des officiers à des emplois supérieurs de l’État, de substituer à la condition de grade édictée pour qu’un officier puisse postuler à un de ces emplois la condition d’avoir exercé des responsabilités d’un niveau comparable à celles dévolues aux fonctionnaires qui ont vocation à les occuper, analogue à celle permettant à un non fonctionnaire d’accéder aux mêmes emplois.

Recommandation 7
Le Haut Comité recommande d’étudier, promouvoir et mettre en place des formes de reconnaissance qui s’inspirent de pratiques étrangères. Ces manifestations de reconnaissance, qui ne sont pas habituelles dans la culture française, devraient émaner en premier lieu de l’État et des personnes publiques : le droit d’inscription prioritaire dans les établissements scolaires des enfants de militaires connaissant une mobilité géographique en est un exemple. Elles peuvent aussi venir de professionnels et ne pas seulement relever d’initiatives étatiques. Ainsi des professionnels de santé, tels des médecins ou dentistes qui refusent d’augmenter leur patientèle, pourraient déroger à cette position de principe au profit de militaires mutés. Le bénéfice de ces mesures pourrait difficilement être limité aux officiers mais elles leur seraient particulièrement bénéfiques, à la fois parce qu’elles répondent à une attente de leur part et parce que ce sont, parmi les militaires, ceux qui connaissent le plus de mutations dans leur carrière. Ces formes de reconnaissance « externes » viendraient compléter et non se substituer à celles, de moins en moins nombreuses, que les forces armées accordent à leurs officiers.

Recommandation 8
Au regard des critiques répétées formulées sur les défaillances de l’organisation du soutien, sur le manque de moyens matériels et techniques et sur la lourdeur des tâches administratives qui pèsent sur les officiers, et des effets négatifs que cette situation provoque sur la fidélisation des officiers et sur le recrutement interne, le Haut Comité alerte sur cette situation qui démotive les officiers. Il invite à une mise en œuvre rapide des mesures récemment annoncées pour améliorer l’efficacité des soutiens, accroître les moyens et simplifier les procédures. Il recommande également d’évaluer sans délai les effets de ces mesures pour s’assurer qu’elles apportent les améliorations qui en sont attendues

Recommandation 9
Le Haut Comité recommande de multiplier les instruments de flexibilité dans la gestion des militaires de carrière et en particulier des officiers, sans s’en tenir au seul mécanisme de la promotion fonctionnelle qui a fait ses preuves et de diversifier les types de parcours, dans le cadre d’un dialogue de gestion toujours plus à l’écoute. Il préconise d’introduire la possibilité pour les gestionnaires d’expérimenter au sein des forces armées de nouveaux dispositifs et de les évaluer pour s’assurer qu’ils apportent les améliorations qui en sont attendues sans porter atteinte aux sujétions liées à l’état militaire avant d’envisager de les généraliser.

Recommandation10
Le Haut Comité recommande de prévoir l’obligation de recevoir tout officier qui quitte les forces armées avant la fin de son contrat ou avant d’avoir atteint la limite d’âge de son grade pour connaître et analyser les raisons de son départ. Cet entretien doit être organisé et conduit au niveau approprié pour faciliter l’expression de ces raisons et garantir la pleine exploitation de l’ensemble des données ainsi recueillies afin que les forces armées puissent en tirer les conséquences.

Recommandation 11
Le Haut Comité recommande, pour développer la connaissance du monde militaire au sein de l’administration et y faciliter l’emploi des officiers : – de modifier le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l’État et de ses établissements publics, le cas échéant celles du décret n° 2023-30 du 25 janvier 2023 relatif aux conditions d’accès et aux formations à l’Institut national du service public (INSP), pour permettre à un stagiaire de l’État et en particulier à un élève de l’INSP d’accomplir, avant sa titularisation, un temps militaire ; – d’inscrire dans la durée la sensibilisation des élèves de l’INSP aux questions de défense et au monde militaire ; – qu’un poste de chargé de mission, confié à un officier supérieur ou général, soit créé auprès du délégué interministériel à l’encadrement supérieur de l’État (DIESE) afin, notamment, de pourvoir en officiers le vivier des cadres dirigeants de l’État et de proposer des officiers figurant dans ce vivier pour occuper, à leur vacance, des emplois supérieurs de l’État.

Recommandation 12
Constatant les fortes contraintes encadrant la constitution du haut encadrement militaire, qui limite le temps d’emploi des officiers généraux, le Haut Comité recommande l’engagement de travaux pour fluidifier la gestion de ce vivier essentiel aux forces armées et pour examiner la pertinence du modèle actuel. Ces réflexions pourraient notamment porter sur : – le nombre d’officiers généraux nécessaires pour disposer d’un vivier suffisant ; – l’âge de l’accès au généralat et l’éventualité de son abaissement, à 45 ans par exemple ; – le développement d’une forme de contractualisation de fin de carrière avec une part croissante de promotions fonctionnelles dans les nominations des officiers généraux en rendant possible la poursuite d’un parcours de carrière jusqu’à la limite d’âge par le recours à plusieurs périodes successives.

Recommandation 13
Le HCECM recommande de valoriser la richesse des expériences acquises par les officiers supérieurs et généraux, y compris ceux atteints par la limite d’âge, à travers : – la poursuite de leur carrière dans l’encadrement supérieur de l’État ; – l’accès d’officiers généraux à des emplois pourvus en Conseil des ministres.

Recommandation 14
Le Haut Comité recommande aux forces armées de maintenir un lien formel avec les officiers ayant quitté l’institution qui le souhaitent par l’organisation et l’animation d’un réseau national, voire territorial, structuré.

HCECM : rapport sur la condition militaire des officiers (juillet 2023)

HCECM : rapport sur la condition militaire des officiers (juillet 2023)


En 2021, on dénombrait près de 41 000 officiers dont environ 34 000 servant au sein du ministère des Armées et près de 6 500 au sein du ministère de l’Intérieur, représentant 13% des effectifs des forces armées, à comparer aux 56% de sous-officiers qui en constitue la colonne vertébrale.

En 2021, on distinguait :

  • 692 officiers généraux en première section, dont 145 au sein de la gendarmerie nationale ;
  • 18 026 officiers supérieurs, dont 2 539 au sein de la gendarmerie nationale ;
  • 21 638 officiers subalternes, dont 3 899 au sein de la gendarmerie nationale.

Parmi eux, plus de 5 900 officiers servent dans des organismes interarmées en et hors métropole et 962 officiers en organisations internationales ou dans des postes permanents à l’étranger relevant de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des armées ou de la direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères (MEAE).

En 2023, 138 officiers de la gendarmerie nationale sont également affectés à l’étranger. L’emploi des officiers au sein des forces est majoritaire. 72% des officiers du ministère des armées servent en états-majors des forces ou en unités opérationnelles et 17% en administration centrale ou dans les états-majors centraux, même si plus d’un quart des officiers servent en Île-de-France.

L’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan fait le plein

L’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan fait le plein

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 13 septembre 2023

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C’est aussi la rentrée à Coëtquidan pour les élèves des trois écoles de l’Académie (photo AMSCC). Une rentrée pour plus de 700 élèves. Voici le détail par école. 

L’école spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM):

201 élèves dont 169 sont issus du concours d’entrée à l’ESM, 29 officiers sur titre et 3 élèves qui suivent leur scolarité en Allemagne. S’ajoutent à ce groupe de 201: 20 élèves étrangers et 14 commissaires.

A noter que:
– 20 élèves sont externalisés dans d’autres établissements comme l’ESSEC
– 30 cadets étrangers sont à Coëtquidan pour des séjours de 2 à 6 mois
– 12 étudiants en double diplôme sont présents sans être considérés comme des Cyrards.

L’école militaire interarmes (EMIA):

115 élèves: 85 sur concours, 15 sur titre, 15 issus de la filière CTA (corps technique et administratif).
S’ajoutent 10 élèves étrangers.

L’école militaire des aspirants de Coëtquidan (EMAC):

207 élèves au total: 154 OSC-E (officiers sous contrat Encadrement), 37 élèves pilotes (ALAT), 6 du SEO (service de l’énergie opérationnelle) et (nouveauté) 10 élèves officiers internationaux.
Les OSC spécialistes (3 mois de formation initiale avant leur départ en unité) ne sont pas oubliés: en cette fin d’année, environ 150 seront formés (60 en octobre et 90 en décembre). Deux promos arriveront au début de 2024: une janvier et l’autre en mars.

La transformation de l’armée de Terre enclenchée mais à préciser, décliner et mettre en œuvre

La transformation de l’armée de Terre enclenchée mais à préciser, décliner et mettre en œuvre

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 11 septembre 2023

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2023/09/09/la-transformation-de-l-armee-de-terre-enclanchee-24095.html


L’ordre à l’armée de Terre du 20 juillet, signé par le général d’armée Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre, constitue le point de départ de la fameuse transformation de l’armée de Terre.

Cette transformation, pilotée par commandement du combat futur (CCF, ex-CDEC); se fonde sur la modernisation des équipements, la refonte de l’organisation (simplification) et l’adaptation du fonctionnement (avec un nouveau style de commandement axé sur une plus grande autonomie des échelons tactiques et la subsidiarité).

Cette transformation a une finalité opérationnelle. En termes de tempo, voici les étapes de  l’ambition affichée:

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C’est sur la période 2024-2027 que la réussite de l’effort entrepris va être impératif. Cette réussite passe, entre autres mais inévitablement, sur « la préservation de l’attractivité et l’amélioration de la fidélisation ». En clair, il faut recruter et garder les militaires dont la formation va s’avérer plus exigeante et plus coûteuse. Dans ce domaine, on attend la directive de préservation des effectifs à paraître sous timbre EMAT ;

Plus précisément, comme l’a annoncé le CEMA (c’est moi qui souligne), « les principaux mouvements du C2 devront débuter :
• dès le plan annuel de mutation 2024 imposant de facto une description précise dans les travaux REO A+1 qui seront finalisés début octobre 2023 ;
sur la deuxième partie de LPM pour la manœuvre de stationnement associée dont le tempo impose de disposer d’expressions de besoins consolidées, en lien avec les organismes interarmées et ministériels, pour le comité exécutif ministériel infrastructure de décembre 2023.« 

C’est donc sur le C2 (commandement et contrôle) que va porter l’effort initial, avec des mouvements liés à la transformation.  L’armée de Terre assure que « la transformation modifiera marginalement le plan de stationnement de l’armée de Terre, sans abandon de garnisons, et en s’appuyant majoritairement sur les infrastructures existantes ». 

Par exemple, dans l’ouest, les mouvements (créations et changements de subordination) suivants sont attendus:
1) le ComCyber de Cesson-Sévigné (35) changera de nom avant le 1er août 2024 pour devenir le CTNC (commandement Terre du numérique et du cyber)
– sera créé, à Cesson-Sévigné et aussi le 1er août 2024, le BANC ( brigade d’appui numérique et cyber
– un bataillon cyber sera stationné à Cesson-Sévigné (date de création à préciser) 
– la 808e compagnie de transmissions sera créée en 2025 à Saint-Jacques de la Lande (35) pour être opérationnelle en 2028. Cette unité occupera les locaux de la 807e CT et ceux de la 785e CGE qui quittera la région rennaise pour Strasbourg au plus tôt à compter de 2027.
Dans ce domaine, on attend la feuille de route « ambition Cyber » à paraître sous timbre EMAT ;

2) A Angers va s’installer l’état-major de la future brigade du génie dont la création est prévue le 1er août 2024 autour d’un noyau clef. Voir mon post du 25 juillet. 
Cette unité va intégrer le 132e RIC et le 19e RG de la 1re division, le 31e RG et le 2e RD de la 3e division, le 25e RGA et le 28e GG du COMRENS.

3) Le 5e RIAOM de Djibouti rejoindra la 9e BIMa en janvier 2024.

De 8 à 10: deux (petits) jours de plus d’absence autorisée pour les réservistes opérationnels

De 8 à 10: deux (petits) jours de plus d’absence autorisée pour les réservistes opérationnels

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 6 septembre 2023

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La « loi n° 2023-703 du 1er août 2023 relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense » a été publiée au JO le 2 août.

Elle est à consulter ici.

Cette loi confirme une petite avancée pour les réservistes opérationnels (des armées et de la police nationale) avec le passage à 10 jours d’autorisation d’absence contre 8 précédemment:
« « Art. L. 3142-89.-Lorsqu’il n’est pas fait application de l’article L. 2171-1, du second alinéa de l’article L. 4221-5 et des articles L. 4231-4 et L. 4231-5 du code de la défense, le réserviste salarié a droit à une autorisation d’absence annuelle d’une durée minimale de dix jours ouvrés par année civile au titre de ses activités d’emploi ou de formation dans la réserve opérationnelle militaire ou la réserve opérationnelle de la police nationale.« 

Comme l’explique un de mes confrères d’Ouest-France, lui-même réserviste, « c’est une demande de longue date car les réservistes de la RO1 (réserve ops de 1er niveau), pour être notés et suivis, doivent au moins effectuer 24 (ou 27?) jours d’activités militaires par an. Or jusqu’ici, l’autorisation d’absence de l’entreprise n’était que de 5 jours (PME/TPE) ou 8 jours (+ 250 salariés). En passant cette autorisation à 10 jours, le législateur fait un pas pour « faciliter » la disponibilité des réservistes, même si l’on peut estimer que c’est un tout petit pas.

Toutefois, la loi précise que « pour les entreprises de moins de cinquante salariés, l’employeur peut décider, afin de conserver le bon fonctionnement de l’entreprise, de limiter l’autorisation d’absence annuelle au titre de la réserve opérationnelle militaire ou de la réserve opérationnelle de la police nationale à cinq jours ouvrés par année civile.« 

Et mon camarade de poursuivre: « Cela signifie que le réserviste en unité opérationnelle, s’il veut servir, doit continuer à mettre 14 à 17 jours minimum de ses congés ou repos au profit de l’armée. C’est un des freins au recrutement dans la réserve car les jeunes salariés en entreprise, surtout lorsqu’ils sont dans l’encadrement, peuvent difficilement effectuer de longues périodes au delà d’une semaine, à moins de demander des congés sans solde, ou d’utiliser des congés épargne temps. Une difficulté que ne connaissent pas les ex-militaires d’active qui du coup réembauchent dans la réserve sans limitation de temps. »

Précisions: « Art. L. 4221-2.-Nul ne peut appartenir à la réserve opérationnelle au-delà de soixante-douze ans. » 

Pour l’armée de Terre, il devient « impératif » d’utiliser tous les leviers pour enrayer la baisse de ses effectifs

Pour l’armée de Terre, il devient « impératif » d’utiliser tous les leviers pour enrayer la baisse de ses effectifs

 

https://www.opex360.com/2023/08/27/pour-larmee-de-terre-il-devient-imperatif-dutiliser-tous-les-leviers-pour-enrayer-la-baisse-de-ses-effectifs/


 

Et, visiblement, cette tendance n’est pas en train de s’inverser… au point que le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a sonné le tocsin dans une lettre adressée le mois derniers « aux commandeurs et aux brigadiers », c’est à dire aux généraux à la tête des commandements spécialisés et des brigades.

« La priorité absolue concerne les effectifs. Jusqu’à l’an dernier, l’armée de Terre pouvait se targuer d’atteindre ses objectifs […] au prix d’efforts que je connais et que je salue », écrit le général Schill. Mais, poursuit-il, « les premiers mois de 2023 montrent une baisse inhabituelle des effectifs globaux de l’armée de Terre. En l’état actuel, les projections d’effectifs prévisionnels pour la fin de l’année sont mauvais ». Et effectivement, il serait question d’un « déficit » de 2’500 militaires…

« Cette inflexion peut s’expliquer par des raisons conjoncturelles comme structurelles que nous traiterons dans la durée » mais les « effectifs à terminaison de l’année 2023 constitueront néanmoins la base de départ des droits qui seront ouverts à l’armée de Terre en LPM [Loi de programmation militaire] 24-30 », rappelle le CEMAT.

Aussi, il n’y a pas de temps à perdre. Et, pour le général Schill, « il est donc impératif d’utiliser tous les leviers » dont disposent les « commandeurs » et « brigadiers » pour « corriger à la hausse les prévisions actuelles » de leurs unités car « chaque recrutement, chaque engagement, chaque renouvellement de contrat, chaque réengagement sera une victoire ».

En juillet, Europe 1 avait fait état de difficultés concernant le recrutement des trois armées. « À la fin de l’année, entre 1500 à 2000 jeunes n’auront pas été recrutés, par rapport aux objectifs fixés », avait affirmé la radio, avant d’évoquer des soucis de « fidélisation », avec « trop » de sous-officiers et de militaires du rang ayant tendance « à quitter l’institution pour rejoindre le privé ».

Et d’ajouter que, pour « sauver les meubles pour l’année 2023 », il était demandé, dans les régiments, aux partants de « prolonger de quelques mois pour étaler les départs sur 2024″… Ce qui ne ferait que décaler le problème sans le régler.

Ces difficultés concernent aussi la réserve opérationnelle de l’armée de Terre. Dans sa lettre, le général Schill a également demandé un effort « à la fois sur le recrutement et l’emploi » des réservistes, alors que, selon la LPM 2024-30, leur nombre est appelé à doubler d’ici 2030.

Aussi, écrit le CEMAT, « en 2023, les crédits d’activité des réserves » des unités « devront être intégralement employés et les effectifs de réservistes cesser leur décrue, voire entamer une hausse ». Et de conclure : « Il est impératif que la réserve opérationnelle de l’armée de Terre se sente intégrée et utile ».

Pourquoi l’armée française est-elle surnommée la « Grande Muette » ?

Pourquoi l’armée française est-elle surnommée la « Grande Muette » ?

Image d’illustration. Un soldat apposant son doigt sur ses lèvres, en signe de silence. © Libre de droits

 

À l’occasion de l’anniversaire du droit de vote des militaires, le 17 août 1945, retour sur le surnom de « La Grande Muette » désignant l’armée et ses membres durant IIIe République française, qui lui est historiquement lié, ainsi que son évolution jusqu’à aujourd’hui.

 


Un peu plus d’un an après les femmes le 21 avril 1944, les militaires de carrière sont les derniers représentants français — à l’exception faite de plus d’un million femmes musulmanes en Algérie (1958) et des personnes sans domicile fixe (1998) — à obtenir le droit de vote.

L’ordonnance du 17 août 1945 dispose en effet : « Les militaires des trois armées (de terre, de mer, de l’air et de l’espace) sont électeurs dans les mêmes conditions que les autres citoyens », rompant avec une loi de 1872 les excluant du suffrage universel, héritée de l’époque où l’armée était regardée avec suspicion et tenue hors de la vie politique du pays. Explications.

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Un droit de vote « en pointillé » pour les militaires

À la suite de la Révolution française de 1848, de l’abdication du roi Louis-Philippe et ainsi, de la chute de la monarchie de Juillet (1830-1848), la IIe République française est instituée cette même année.

Elle met fin au suffrage censitaire, où seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse le seuil (le cens) peuvent voter. L’élection d’un président de la République se fait désormais au suffrage universel masculin, pour tous les hommes âgés d’au moins 21 ans jouissant de leurs droits civils et politiques (décret du 5 mars 1848). Le droit d’être élu est accordé aux plus de 25 ans. Le vote est secret. Femmes, membres du clergé, détenus et militaires de carrière en sont toutefois exclus.

Pour cause, dans cette période de vives tensions entre la France et la Confédération germanique, il paraît inconcevable que les troupes soient dispersées au moment des élections à travers le territoire national, dans chaque commune ou canton. Elles seront donc des abstentionnistes forcées du premier scrutin d’avril 1848, où le corps électoral — passé de 250 000 à 9 395 000 inscrits avec le nouveau mode de suffrage — est convoqué dans les bureaux pour élire 880 députés.

C’est finalement la loi du 15 mars 1849 qui, si elle réduit d’une part le corps électoral par de nouvelles conditions, accorde le droit de vote aux soldats : « Les militaires en activité de service et les hommes retenus pour le service des ports ou de la flotte, en vertu de leur immatriculation sur les rôles de l’inscription maritime, seront portés sur les listes des communes où ils étaient domiciliés avant leur départ ». Les sections de vote sont alors organisées dans les établissements militaires.

Le 2 décembre 1851, le président Louis-Napoléon Bonaparte, premier chef d’État français élu au suffrage universel, renverse la République à travers un coup d’État, aidé par l’armée.

Il maintient le droit de vote des militaires pour les plébiscites (consultations populaires pour approuver ou refuser les grandes orientations, sortes de référendums) qui approuvent son accession au pouvoir entre décembre 1951 et novembre 1852 — ainsi que lors des élections (plus ou moins galvaudées) organisées sous le Second Empire, établi un an pile après le renversement du précédent régime.

Face à la méfiance des Républicains, « la Grande Muette »

Ce droit demeure ouvert aux soldats jusqu’à la défaite de Sedan le 2 septembre 1870, la chute de Napoléon III et l’instauration de la IIIe République. Le 27 juillet 1872, la loi Cissey instaure le service militaire obligatoire par tirage au sort… et prononce, à travers l’article 5, l’interdiction du vote pour les militaires de tous grades en activité : « Les hommes présents au corps ne prennent part à aucun vote ».

À une période où la République est encore fragile, les partisans de celle-ci y voient là, entre autres arguments, une volonté de rompre avec un régime antérieur (auquel l’armée était impliquée) et une manière d’instaurer une neutralité et un loyalisme de l’institution envers la Nation.

Pour exemple, Léon Gambetta, alors l’une des personnalités politiques les plus importantes des premières années de la III République, préconisait ainsi cette suspension du droit de vote pour « empêcher, au foyer de la famille militaire, les dissentiments politiques » (discours du 4 juin 1874 – Dominique Colas, L’État de droit, Presses universitaires de France, 1987).

Les soldats se voient donc dotés de ce statut particulier et, privés de droits civiques, ne peuvent contester ; ils sont « muets ». L’armée, à la fois grande et silencieuse dans les urnes, se voit attribuer le surnom de « Grande Muette ». Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans une considération des actes accomplis et un rétablissement égalitaire, que ce droit de vote est rétabli.

Le Code de la Défense, droits et libertés actuelles

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Si le statut général militaire est prévu en vertu de l’article 34 de la Constitution française, il est codifié au sein du Code de la Défense, regroupant l’ensemble des dispositifs législatifs et réglementaires relatifs à la défense française et à son exercice, adopté en 2004.

Son article L4121-1 réaffirme que « les militaires jouissent de tous les droits et libertés reconnus aux citoyens ». Il précise aussi les droits accordés aux fonctionnaires civils et aux militaires dépendant du Ministère des Armées, avec la possibilité de restreindre l’exercice de certains d’entre eux.

Il leur est ainsi interdit d’adhérer à des groupements ou des associations à caractères politiques. La syndicalisation, par exemple, est à ce titre prohibée. En déniant ce droit, la juridiction du Conseil de l’Europe jugeait en 2014 que les autorités françaises violaient l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme, garantissant la liberté de réunion et d’association.

Si un membre des forces armées en exercice choisit de se porter candidat à une élection, l’interdiction précédemment évoquée est suspendue le temps de la campagne, et le temps du mandat en cas de victoire. Il est alors placé en position de détachement durant l’exercice. Il n’est pas rémunéré, mais continue de bénéficier des droits à l’avancement et à la pension de retraite.

Sur le fond (et si elles sont libres), « les opinions ou croyances, notamment philosophiques, religieuses ou politiques […] ne peuvent être exprimées qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par l’état militaire », rappelle également le texte. Ce dernier prévoit en outre que cet « état militaire » exige, entre autres, un esprit de « neutralité », de « loyalisme », de discipline ».

Des législateurs ont toutefois favorisé l’expression des militaires en dehors du service, en facilitant à travers la réforme du nouveau statut général militaire de 2005, notamment, leur adhésion et à des groupements, qu’elle qu’en soit la forme — à l’exception de ceux à vocation professionnelle ou politique.

Un statut des militaires français voué à évoluer ?

Dans la forme, un soldat est également soumis, comme l’ensemble des fonctionnaires, au secret professionnel, à la discrétion, mais également à un devoir de réserve : pendant ou en dehors de son service, il est tenu de peser ses propos et de conserver une certaine mesure dans l’expression de ses opinions personnelles, pour ne pas laisser apparaître une irrévérence envers l’État.

Cette distinction est complexe. Elle se veut purement théorique, car en pratique, seuls les abus de droit sont (officiellement) susceptibles de faire l’objet de sanctions disciplinaires. Ce n’est pas pour autant, en revanche, que la « Grande Muette » a acquis le nouveau surnom de « Grande Pipelette ». Si toutes formes de critiques ne sont pas proscrites, elles se sont avérées plutôt rares.

L’avènement d’une société où l’information circule librement et instantanément, ainsi que le recrutement d’une jeune génération de militaires, pourrait changer la donne. Certains apportent désormais leur avis sur des questions touchant à la Défense, à travers des livres, blogs ou leurs réseaux sociaux, outrepassant la nécessité de discrétion imposée par le Ministère et s’exposant ainsi à des sanctions.

Avec l’augmentation du budget alloué à la défense et la volonté de renforcer massivement les rangs de la réserve opérationnelle, et face à ces enjeux, le statut des militaires pourrait être voué à évoluer.

 

L’armée de Terre veut donner plus d’autonomie à ses brigades et à ses régiments

L’armée de Terre veut donner plus d’autonomie à ses brigades et à ses régiments

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En clair, il s’agit de revenir sur le modèle mis en place lors des réformes du ministère des Armées menées au tournant des années 2010, dans un contexte de contrainte budgétaire. Réformes qui ont été, comme eut l’occasion de le souligner le général François Lecointre, quand il était encore chef d’état-major des armées [CEMA], menées selon une « approche fonctionnelle » aux dépens d’une « approche organique » et « sans égard suffisant pour la singularité du fonctionnement des armées ».

Selon plusieurs rapports du Haut Comité d’Évaluation de la Condition Militaire [HCECM], ces réformes se sont traduites par une dégradation du soutien administratif ainsi que par un effritement de la cohésion, en raison d’une « interarmisation » alors justifiée par le souci de rationalisation. En outre, elles ont amoindri le concept « un chef, une mission, des moyens ».

Cela étant, et conformément aux directives du chef de l’État, l’armée de Terre a déjà adopté un « plan de transformation », appelé « Une armée de Terre de combat ». Et les mesures qu’il propose seront progressivement en œuvre selon des modalités précisées dans un document interne, intitulé « Ordre général à l’armée de Terre 2023-30 ».

Celui-ci prévoit quatre grands commandements : le CFOT [commandement de la force opérationnelle terrestre], la DRHAT [Direction des ressources humaines de l’armée de Terre], la DCSIMMT [Direction centrale de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres] et le CCF [Commandement du combat futur]. Chacun d’entre eux aura à se concentrer sur une priorité précise, dont les opérations, les forces morales, l’économie de guerre [avec le maintien en condition opérationnelle] et l’innovation.

Ce document prévoit des mesures visant à faciliter le « fonctionnement quotidien » des unités de l’armée de Terre, les objectifs étant de « libérer les énergies des échelons subordonnés » et de « chercher l’amélioration des conditions de vie du métier militaire dans un équilibre assumé avec l’exigence d’une armée d’emploi durcie ».

Parmi ces mesures, il est question « d’adapter le style de commandement » du CFOT en passant de la culture de la norme à celle de l’intention, de la responsabilité et du résultat ».

Concrètement, il s’agira de « renforcer l’esprit d’initiative au combat », de développer la subsidiarité au quotidien », de « responsabiliser le commandement » et de « passer de la culture du contrôle de conformité à la mesure de l’efficacité ». Et cela se traduira par une autonomie plus grande laissée aux brigades et aux « autorités immédiatement supérieures » [AIS] des régiments.

Ainsi, l’armée de Terre veut « établir les brigades et les AIS des régiments comme l’échelon de synthèse des domaines ‘opérations’, ‘programmation des activités de préparation opérationnelle’, ‘ressources humaines’, ‘organisation’, ‘capacitaire’, ‘infrastructure’, ‘sécurité’ et ‘rayonnement’ ».

Plus généralement, le document explique que l’autonomie des brigades « constitue une ligne directrice forte de la transformation de l’armée de Terre.

« Certains freins à cette autonomie relèvent de notre organisation interne : ils doivent être levés par tous les chefs en mesure de le faire, chacun à son niveau. Certains freins relèvent de l’organisation interarmées : il nous incombe de les identifier, d’en limiter les effets et de formuler des propositions pour les lever à moyen terme », poursuit-il.

En outre, il reviendra à chaque brigade de déterminer la meilleure façon d’atteindre ses objectifs et de « valider les propositions de leurs régiments subordonnés selon ce prisme, dans le respect des directives et du cadre fixé par les contrats opérationnels ».

Enfin, il s’agira aussi de « créer les conditions de la liberté d’action des chefs de corps en leur redonnant des leviers d’action concrets », grâce à la mise en œuvre d’un « plan de subsidiarité budgétaire » visant à « accroître la déconcentration des crédits et donner aux formations les capacités et moyens d’agir conformément aux responsabilités qui leur sont confiées ».

La France descend à la 9e place des puissances militaires mondiales en 2023

La France descend à la 9e place des puissances militaires mondiales en 2023

Voici les 20 plus grandes puissances militaires du monde. (Getty Images/iStockphoto)

La France perd deux places par rapport à l’an dernier. Dans le classement annuel dévoilé par Global Fire Power, l’armée française tombe à la neuvième place des grandes puissances en 2023. Budget consacré à la défense, effectif, diversité des armements, forces terrestres… Pas moins de 50 facteurs différents sont analysés pour établir cette hiérarchie. Une fois les scores attribués, chaque pays obtient un score entre 0 et 1. Plus l’indice se rapproche de 0, plus une nation se révèle puissante militairement. Septième en 2022 avec un score de 0.1283, la France obtient cette année la note de 0.1848.

Sans surprise, les États-Unis confirment leur statut de première puissance militaire mondiale. L’US Army, qui compte 1,39 millions de soldats dans ses rangs, peut compter sur un budget s’élevant 858 milliards d’euros cette année. Selon le site Defense News, cette hausse du budget des forces américaines (+8 par rapport à 2022) vise avant tout à contrer l’influence chinoise. « La Chine essaie activement de saper les intérêts et les partenariats américains partout en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et au-delà », a indiqué le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, avant de poursuivre : « Ce nouveau budget va renforcer notre position. Il donnera la priorité à des partenariats économiques et militaires cruciaux dans la région indo-pacifique. »

Comme en 2022, l’armée russe reste deuxième du classement mais se rapproche des États-Unis. En raison de la guerre qui l’oppose à l’Ukraine, les députés de la Douma viennent de voter une loi permettant d’augmenter l’âge du service militaire de 27 à 30 ans, une mesure qui va permettre de gonfler ses effectifs. Première en nombre d’hommes, avec quelque 2 millions de soldats sur une population totale de 1,4 milliard d’habitants, la Chine se classe troisième juste devant l’Inde.Onzième en 2022, l’Italie gagne une place et s’invite dans le top 10.

États-Unis / Indice : 0.0712

États-Unis
États-Unis

Russie / Indice : 0.0714

Russie
Russie

Chine / Indice : 0.0722

Chine
Chine

Inde / Indice : 0.1025

Inde
Inde

Royaume-Uni / Indice : 0.1435

Royaume-Uni (Crédit : Jens Schlueter/Pool via REUTERS)
Royaume-Uni (Crédit : Jens Schlueter/Pool via REUTERS)

Corée du Sud / Indice : 0.1505

Corée du Sud
Corée du Sud

Pakistan / Indice : 0.1694

Pakistan
Pakistan

Japon / Indice : 0.1711

Japon
Japon

France / Indice : 0.1848

France
France

Italie / Indice : 0.1973

Italie
Italie