A propos du « Mystérieux » Char chinois !

A propos du « Mystérieux » Char chinois !

par Blablachars – publié le 25 mars 2025

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Les images relayées par de nombreux internautes, d’un « mystérieux » prototype chinois de char semblent indiquer que la Chine, comme plusieurs autres pays, cherche à réduire le gabarit de ses futurs engins blindés et plus spécialement de son prochain char. Au-delà d’une simple réduction des dimensions, les modifications supposées s’accompagneraient aussi d’une augmentation de certaines performances du futur engin, qui pourrait être synonyme d’une modification de la doctrine de l’Armée Populaire de Libération (APL) dans le domaine. Depuis de longues années, les chars sont systématiquement employés au sein d’ensembles interarmes au sein desquels ils sont le plus souvent utilisés au profit des autres armes et très rarement comme une force de rupture autour de laquelle les autres composantes s’organisent. Cette relative stabilité doctrinale a connu peu d’évolutions, allant de pair avec l’introduction d’une nouvelle génération de chars. Le char mystère, probablement doté de technologies innovantes pourrait bouleverser cet équilibre et entrainer d’importantes modifications doctrinales au sein de l’APL.

L’emploi de chars en grand nombre au sein de dispositifs interarmes dont on peut voir de nombreuses illustrations sur les images diffusées par l’APL, repose sur l’utilisation par cette dernière de chars polyvalents, techniquement simples et dotés d’une puissance de feu conséquente. Le traité sino-soviétique d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle signé en 1950 permet à Pékin de bénéficier de l’appui soviétique pour le développement de ses chars, avec la construction en 1956 d’une usine destinée à produire le T-54A, qui est mis en service en 1959 sous l’appellation de type-59, armé comme son « cousin » soviétique d’un canon de 100mm. Les productions chinoises qui suivent ce premier engin contiennent peu d’innovations techniques et la faible qualité des chars chinois est compensée par la mise en service de nombreux exemplaires. A la fin des années 1960, l’APL compte jusqu’à 8000 chars dont une majorité de Type 59. Ce choix se traduit par l’adoption au fil des années de versions successives d’un même char sur lesquelles les évolutions techniques sont limitées et souvent liées à l’apport de technologies étrangères comme le canon L7 britannique intégré sur le Type 69 (lui même dérivé du T-62 soviétique) pour donner naissance au Type 79. Le Type 96 mis en service à la fin des années 1980 est la dernière évolution du Type 69 développé à la fin des années 1970.

La mise en service du Type 98 et de son évolution le Type 99, marquent une première inflexion de la doctrine blindée chinoise qui privilégie l’aspect technique des engins au détriment de la masse, qui semble se rapprocher des usages en cours dans les armées occidentales. La mise en service du Type-15 à la fin des années 2010 concrétise la seconde tentative de développement d’un char léger répondant à un besoin spécifique. A la fin des années 1950, le développement par la firme NORINCO d’une version allégée du Type 59 conduit à la mise en service du Type 62 capable de combattre sur des terrains difficilement accessibles au char d’origine. Pour atteindre cet objectif, la firme chinoise diminue le calibre du canon qui passe de 100 à 85mm ainsi que l’épaisseur du blindage et simplifie les systèmes embarqués. Ces différentes solutions permettent au Type-62 d’afficher un poids de 21 tonnes, inférieur de 15 tonnes au poids du Type 59 dont il est dérivé.

En dépit d’une réduction de la puissance du moteur qui passe de 520cv sur le Type 59 à 430cv sur le Type 62, la mobilité du Type 62 est considérablement améliorée par rapport à celle du Type 59, amélioration symbolisée par un rapport poids/puissance de 20.5cv/t, largement supérieur à celui du Type-59 s’établissant à 14.4 cv/t. Le Type 15, qui est aussi le premier char chinois « non inspiré » d’un modèle russe, ne bouleverse cependant pas la doctrine chinoise d’emploi des blindés, mais s’inscrit plutôt dans une démarche identique à celle de la conception du Type 62.  Comme pour ce dernier, la réduction de calibre de l’armement principal, qui passe de 125 à 105mm et le recours à des matériaux composites pour le blindage structurel de l’engin permettent d’arriver à un poids de 33 ou 36 tonnes. Cette variation est liée à l’éventuel montage d’un pack de blindage réactif additionnel. La mobilité est également favorisée par l’installation d’un moteur de 1000 cv associé à une transmission entièrement automatique, tandis que les traditionnelles barres de torsion laissent place à une suspension hydropneumatique. Ces choix permettent au Type 15 d’afficher un rapport poids/puissance de 27.8 ou 30.3 cv/t, en fonction du poids de l’engin, le rendant particulièrement adapté au milieu pour lequel il a été développé. Sa première apparition en 2019, six ans après le retrait des derniers Type 62, précède son déploiement dans la région du Ladakh au sein des unités de l’APL stationnées dans la zone frontalière, objet de tensions entre Pékin et New Delhi. Ce déploiement a été suivi en juin 2021 de la mise en service du Type 15 au sein de l’infanterie de marine chinoise.

 

 

A l’inverse des engins précédents, le mystérieux char aperçu ces derniers mois pourrait marquer une inflexion majeure de la doctrine chinoise en matière d’emploi des blindés. L’engin dont le poids serait inférieur à 40 tonnes et doté d’une tourelle téléopérée pourrait être servi par un équipage réduit à deux hommes. L’armement principal serait constitué d’un canon rayé de 105mm, une solution similaire à celle retenue pour le Type-15 mais aussi aux Etats-Unis pour le M10 Booker. L’appellation « Assault gun » retenue pour cet engin par l’armée américaine illustre parfaitement le rôle pour lequel le Booker a été conçu, tout comme son évaluation par la 82ème Division Aéroportée ! Pourrait-on imaginer la 11ème Brigade Parachutiste évaluant un engin chenillé de 40 tonnes armé d’un canon de 105mm, capable de fournir un appui-feu de proximité aux unités parachutistes ? Le calibre 105mm qui a subi une éclipse de plusieurs années face aux armements de 120 ou 125mm semble redevenir d’actualité grâce à aux améliorations apportées aux munitions utilisées. Ainsi, les informations (non confirmées) concernant l’armement du char chinois font état de la possible utilisation de munitions flèche de nouvelle génération dont l’efficacité serait similaire à celles des obus flèche de 125mm de génération précédente utilisés par le Type 99. Cette réduction de calibre favorise l’emport d’une plus grande quantité de munitions, qui serait de 38 obus sur le Type 15 et de 42 coups sur le M10 Booker, autorisant la conduite de missions d’appui-feu de plus longue durée. Autre possibilité offerte par ces engins et probablement par le futur char chinois, la réalisation de tirs indirects permise grâce aux qualités de l’arme, à l’intégration de dispositifs de visée adéquats et aussi par le débattement en site. Le choix d’une tourelle téléopérée augmente cette possibilité, comme l’illustre l’exemple de la tourelle 3105 de John Cockerill Defense capable d’atteindre une élévation maximale de 42°,  supérieure à celle du M10 Booker de +20° et du Type 15 atteignant +18°. Ces deux engins utilisant une tourelle habitée dont l’intrusion en châssis constitue une limite mécanique au débattement vertical. 

 

 

La conception de l’engin chinois semble privilégier la mobilité et la compacité qui pourraient entrainer une modification de la doctrine au profit d’un emploi privilégiant la mobilité et la « discrétion ». A côté de ces caractéristiques qui contribuent à augmenter la survivabilité du char, la diminution du blindage structurel serait compensée par le recours à un système de protection active, comme le GL-6 dévoilé en février dernier.

Le caractère encore incertain des informations disponibles à propos de ce nouvel engin, laisse subsister de nombreuses inconnues sur son niveau de développement. La présence de différents modèles sur les images disponibles permet de penser que les travaux sur le futur engin se poursuivent et que plusieurs solutions sont probablement explorées. Cependant, la récente mise en service du Type 15 ainsi que son emploi spécifique empêchent de considérer ce char mystère comme son remplaçant mais plutôt comme un nouveau char. On sait que la Chine travaille sur un char de nouvelle génération, dont l’engin entrevu présente apparemment de nombreuses caractéristiques telles qu’une tourelle téléopérée, le positionnement de l’équipage dans le châssis, un gabarit réduit ou encore une mobilité accrue. L’hypothèse d’un équipage de deux hommes laisse entrevoir un recours à des solutions technologiques comme l’intelligence artificielle pour l’accomplissement de certaines tâches, normalement dévolues à un équipier humain. L’apparition de nouvelles images permettra de préciser certaines informations et de dissiper les doutes existant sur ses caractéristiques mais aussi sur son possible emploi au sein de l’APL. De façon plus générale, il est probable que le degré de sophistication des futurs engins imposera de profonds changements doctrinaux qui permettront aux équipages de tirer le meilleur parti des technologies embarquées parmi lesquelles figurera probablement l’intelligence artificielle. Plus compact, plus mobile, mieux protégé, plus puissant et versatile, le char médian a tout pour devenir le standard des futurs plateformes blindées.

 

L’armée française face à la guerre du futur : sommes-nous prêts ?

L’armée française face à la guerre du futur : sommes-nous prêts ?

Emmanuel Macron prononce un discours, devant un Mirage 2000 (à gauche) et un Rafale (à droite), lors de sa visite à la base aérienne de l’Armée de l’air et de l’espace, à Luxeuil-Saint-Sauveur, dans le nord-est de la France, le 18 mars 2025. LudovicMarin/AFP

La France est une puissance militaire crédible et reconnue. Mais son armée ne pourrait pas résister longtemps à un conflit de haute intensité. Dans le contexte actuel – retour de la guerre en Europe, affaiblissement de l’OTAN, imprévisibilité de l’administration Trump –, Paris a décidé d’accroître significativement ses dépenses de défense.


L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, nous a rappelé que la paix n’est pas une situation normale, même après tant de décennies de paix sur le continent. Par ailleurs, le retour à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier 2025 apparaît comme le possible début d’un renversement d’alliances : d’alliés ancrés dans l’OTAN, les États-Unis semblent s’être rétrogradés au statut de simple partenaire de l’Europe. A minima, la posture de Trump réduit de facto le caractère dissuasif de l’OTAN, la Russie n’étant plus persuadée que Washington, protecteur de l’Europe depuis 1945 soit prêt, le cas échéant, à s’engager militairement pour la défense du Vieux Continent.

Dans ce contexte, la défense française ne peut plus demeurer immobile et l’exécutif français doit pleinement prendre en compte la nouvelle situation géopolitique et la nouvelle donne opérationnelle (guerre de haute intensité sur le territoire européen) sur un plan national, mais également sur un plan européen. Entre atouts évidents mais aussi lacunes structurelles et nécessité d’une plus grande autonomie face à l’affaiblissement de l’OTAN, où en est réellement notre appareil militaire ?

Un modèle d’armée complet et une force crédible

La France reste une puissance militaire reconnue en Europe, avec une armée dotée d’un large spectre de capacités.

Contrairement à certains pays qui ont fait le choix de spécialiser leurs forces, la France conserve un modèle d’armée complet, comprenant une force nucléaire avec une capacité de dissuasion stratégique océanique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), aérienne et aéronavale ; une armée de terre expérimentée, capable d’opérer en milieux complexes et maîtrisant la coopération interarmes (infanterie, blindée, artillerie) et interarmées (notamment entre l’armée de terre et l’aviation) ; une marine puissante, avec un porte-avions (le Charles-de-Gaulle) ; une flotte de sous-marins d’attaque et des frégates modernes ; et une force aérienne réactive, capable d’opérer rapidement grâce aux Rafale, aux drones et à une logistique de projection éprouvée.

Enfin, l’armée française est la seule armée en Europe à disposer d’une expérience opérationnelle quasi continue. Ces trente dernières années, l’engagement de la France en Bosnie, au Kosovo, dans le cadre des opérations au Sahel (Barkhane), ou encore en Syrie, a permis de roder les unités aux opérations extérieures (OPEX). Ce vécu leur donne une incomparable capacité d’adaptation face à des environnements hostiles.

Des budgets en hausse, mais des défis financiers majeurs

Pour autant, au regard de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et face au spectre de nouvelles attaques que le régime de Moscou pourrait lancer une fois son appareil militaire reconstitué dans les années à venir, les capacités de l’armée française demeurent insuffisantes.

En réponse aux nouvelles menaces, la France a adopté, le 13 juillet 2023, une loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 qui prévoit un budget de 413 milliards d’euros sur sept ans. Il s’agit d’un effort notable visant à moderniser les forces armées françaises et à garantir leur résilience face aux conflits de haute intensité.

Cette LPM est l’expression d’une augmentation significative des dépenses militaires : elle annonce une hausse progressive du budget annuel de la défense, qui atteindra 69 milliards d’euros en 2030, contre environ 44 milliards d’euros en 2022. L’objectif est de renforcer trois axes majeurs.

Premièrement, la guerre en Ukraine a fait apparaître une évidence : la France ne dispose pas de stocks de munitions suffisants pour tenir une confrontation de haute intensité au-delà de quelques jours. La LPM prévoit donc une augmentation des stocks de munitions conventionnelles, incluant les obus de 155 mm. La modernisation de l’artillerie se poursuit avec l’achat de nouveaux canons Caesar qui sont, par ailleurs, un véritable succès à l’exportation, compte tenu de leur précision extraordinaire, largement médiatisée depuis 2022. Les capacités de guerre électronique incluant des outils de brouillage seront elles aussi renforcées pour contrer les nouvelles menaces.

Deuxièmement, la LPM prévoit également une augmentation de la disponibilité des équipements, des infrastructures et de l’entraînement des forces. Cela inclut le maintien des chars Leclerc modernisés et une amélioration de l’entraînement des troupes, avec un accroissement des exercices interarmées et interalliés.

L’innovation technologique et la modernisation de la dissuasion sont également un pan important de la dernière LPM. Cette dernière prévoit le développement, conjointement avec l’Allemagne du Système de combat aérien du futur (Scaf) – un système d’armes aériennes interconnectées pour remplacer le Rafale –, ainsi que le renforcement, dont le caractère indispensable est devenu évident avec la guerre en Ukraine, de la flotte de drones de combat et de surveillance, qui intégrera des systèmes autonomes avancés.

Les Échos, « Trois choses à savoir sur le Scaf, le futur avion de chasse européen » (2023).

En outre, le programme de sous-marins nucléaires de nouvelle génération se poursuit, de même que le développement du nouveau missile intercontinental M51.3, garantissant la crédibilité de la dissuasion française.

Un effort encore insuffisant pour une autonomie complète

La montée en puissance de l’armée française est réelle, mais plus qualitative que quantitative. L’augmentation du volume d’unités, de chars et d’avions de combat n’est pas encore à l’ordre du jour, alors que les armées polonaise et allemande, elles, se sont clairement donné cet objectif.

En outre, plusieurs défis majeurs demeurent. Même en cas de volonté de montée en capacités, ce que le président Macron a laissé sous-entendre quand il a récemment évoqué une augmentation significative de notre part du PIB consacrée à la défense, la capacité industrielle à répondre aux besoins pose question.

Notre outil industriel doit être adapté pour produire plus d’armes et de munitions : plusieurs années seront nécessaires pour augmenter notre capacité de manière substantielle. En outre, la France n’est pas souveraine en matière de composants critiques (technologies numériques et semi-conducteurs). Autre fragilité industrielle : les divergences entre États membres au sujet de projets communs comme le Scaf et le char du futur franco-allemand MGCS, ce qui ralentit leur mise en œuvre. En effet, les industriels rencontrent des difficultés à converger sur un schéma d’allocation des briques du projet selon une logique de répartition par nationalités.

L’incertitude sur l’engagement des États-Unis

Historiquement, la France a toujours défendu une position de relative indépendance vis-à-vis de l’OTAN. Mais avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la question de la crédibilité de l’OTAN devient encore plus pressante.

Le président américain a déjà déclaré que les États-Unis ne garantiraient plus automatiquement la défense des pays européens en cas d’agression et laissé entendre que ces derniers devaient assumer seuls leur défense, sous peine de ne plus bénéficier du parapluie militaire américain, les exhortant à consacrer plus de 5 % de leur PIB à la défense. Un niveau qu’aucun pays, y compris la Pologne et les États-Unis eux-mêmes, n’est parvenu à atteindre.

Part des dépenses militaires dans le PIB des pays membres de l’OTAN en 2014, et leurs estimations en 2024. Mandy Spaltman/The European Correspondant

Parallèlement, l’attitude conciliante de Donald Trump vis-à-vis de Vladimir Poutine inquiète particulièrement les États d’Europe centrale et orientale, qui comptaient jusqu’ici sur l’OTAN pour leur protection.

La France, l’Europe et l’industrie de défense

La France et l’Europe peuvent-elles se défendre seules ?

La seule modernisation et la montée capacitaire de quelques armées européennes (française, allemande, polonaise…) en ordre dispersé ne peut suffire. Face à cette situation, une montée en puissance de la coopération militaire européenne devient impérative.

Dans cette optique, plusieurs axes de renforcement sont envisagés. Il apparaît nécessaire d’accélérer l’intégration des armées européennes en renforçant les coopérations bilatérales et en multipliant les exercices communs ; et de développer des fonds de défense mutualisés, pour permettre aux États européens d’investir ensemble dans des équipements stratégiques, comme l’a proposé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Ces politiques seraient de nature à établir une politique d’armement plus intégrée afin d’éviter la dispersion des programmes militaires et de garantir une meilleure interopérabilité des forces. La France, par son poids militaire, doit jouer un rôle central dans cette vision, mais elle ne pourra porter seule l’autonomie stratégique européenne. Des partenaires comme l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne devront également prendre leurs responsabilités pour bâtir une défense commune efficace.

Il reste que face à ce besoin d’autonomie stratégique, des interrogations demeurent : certains pays ne seront-ils pas tentés d’amadouer Donald Trump en lui promettant d’acheter davantage de matériels américains ?

De nombreux pays européens sont déjà dépendants des États-Unis en matière d’armement, en termes d’achat de matériel, d’utilisation et de maintenance. Cette dépendance va durer. Néanmoins, pour les achats futurs, ces pays devront s’interroger sur la viabilité d’une telle dépendance.

Une bonne nouvelle dans toute cette incertitude : le futur chancelier allemand Friedrich Merz semble se rapprocher des positions du président Macron en faveur d’une souveraineté européenne en matière de défense.

Un tournant stratégique à ne pas manquer

La France reste une puissance militaire crédible, avec des forces bien entraînées et un appareil technologique avancé. Mais l’armée française serait incapable de résister plus de quelques jours à un conflit de haute intensité. Avec une OTAN affaiblie et une politique américaine pour le moins agressive vis-à-vis du Vieux Continent, la France et l’Europe doivent impérativement renforcer leurs capacités militaires propres, autant sur le plan qualitatif que quantitatif. L’augmentation du budget de la défense, que l’on peut constater dans plusieurs pays européens, est un bon signe de la prise de conscience nécessaire à une telle évolution. Cependant, il sera nécessaire d’aller plus loin pour garantir une autonomie stratégique réelle, quand bien même des choix budgétaires douloureux devront être opérés.

L’armée française est-elle prête ? Elle l’est pour des engagements limités et rapides, mais elle doit accélérer sa transformation, en concertation étroite avec ses partenaires européens, pour garantir sa souveraineté en cas de conflit majeur.

La proposition du ministre français de la défense de porter à terme le budget de la défense à 100 milliards d’euros par an est un signal fort.

A méditer en cas d’embrouille avec Trump: la France aussi est dépendante aux armes et technologies militaires américaines

A méditer en cas d’embrouille avec Trump: la France aussi est dépendante aux armes et technologies militaires américaines

Un Reaper français au Niger en 2021. Photo P. Chapleau

Les tensions croissantes avec l’administration Trump doivent-elles inquiéter les pays de l’Union européenne dont la dépendance en matière d’armement d’origine américaine constitue une fragilité stratégique? L’Europe est effectivement lourdement dépendante des États-Unis en matériel militaire, comme l’a admis la Commission européenne dont le récent livre blanc prône la préférence européenne en matière d’acquisition d’armement.

Si les deux tiers des armements achetés par les pays de l’Union européenne sont acquis auprès des États-Unis, ce n’est pas le cas de la France dont l’industrie de défense, globalement florissante, permet au ministère des Armées de s’équiper sur le marché français.

Il reste toutefois un certain nombre de domaines où Paris doit se tourner vers l’allié américain et son complexe militaro-industriel pour acquérir des technologies ou des équipements (certains avec des restrictions). Ces achats se font dans le cadre de Foreign Military Sales (FMS) dont le montant récent est chiffré à 6,2 milliards de dollars par le Département d’Etat.

Petite revue de détail des technologies ou des armements en cours de livraison ou fournis au cours des quinze dernières années par les équipementiers US avec la bénédiction du Pentagone. Cet état des lieux, qui ne prend pas en compte la multitude des composants et autres hardware/software américains intégrés aux armements français, montre qu’une éventuelle brouille avec les Etats-Unis aurait des conséquences néfastes dans au moins trois domaines regardant la défense.

Des lance-roquettes unitaires

En 2016, selon la DSCA (la Defense Security Cooperation Agency), la France a acheté aux Etats-Unis 13 Guided Multiple Launch Rocket System (GMLRS) pour un coût de 90 millions de dollars. Ces lance roquettes unitaires équipent le 1er régiment d’artillerie mais quatre pièces ont été fournies à l’armée ukrainienne. Le reste, vieillissant, mériterait d’être remplacé.

C’est ce que prévoit la LPM 2024-30. Avec une solution souveraine dans le cadre du programme « Frappe longue portée terrestre » (FLP-T) sur lequel travaillent deux consortiums, l’un formé par MBDA et Safran, l’autre par Thales et Ariane Group. A moins que l’urgence opérationnelle ne pousse à acheter des M142 HIMARS américains (un matériel éprouvé) proposés par l’américain Lockheed-Martin ou des PULS du groupe israélien Elbit Systems. A moins encore que le programme ELSA (European Long Range Strike Approach), qui rassemble la France, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni, ne soit choisi à cause de son actuelle pertinence politique.

Des missiles 

Des commandes ad hoc de bombes Paveway (5 000 à partir de 1999, selon le SIPRI) et de missiles ont été faites par Paris dans le cadre de besoins ponctuels liés aux activités opérationnelles lors des opex. Selon les chiffres de la DSCA, Washington a ainsi livré 260 missiles antichars Javelin après un feu vert du Congrès en 2010.

Pour armer ses hélicoptères Tigre et ses drones MQ-9 (lire ci-dessous), Paris a acheté des missiles AGM-114R2 Hellfire (200 en 2015, 260 en 2016, 1 515 en 2023).

Plus récemment, en 2023, la France a été destinataire d’un lot de munitions rôdeuses Switchblade 300 dans le cadre d’un contrat passé entre l’US Army et la firme américaine AeroVironment, Inc. Un premier contrat d’une valeur initiale de 231 millions de dollars au profit de l’armée de Terre US a été augmenté de 64,5 millions de dollars en mars 2023 de façon à permettre la fourniture de systèmes au profit de deux armées étrangères, dont les armées françaises.

Des drones MQ-9

Après une décision prise en 2013 par Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, l’armée de l’Air a été équipée en drones Reaper construits par la société américaine General Atomics Aeronautical Systems, Inc. Le Congrès avait donné son feu vert pour 16 drones mais 12 seulement ont été achetés. Le marché d’une valeur de 1,5 milliard de dollars incluait les drones, des pièces détachées, les software, la formation des personnels français et un soutien technique américain (le contractor logistics support). Pour les douze drones Reaper MQ-9 de l’armée de l’Air et de l’Espace qui dépendent de la 33e escadre Escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque (ESRA), installée sur la base aérienne 709 de Cognac, ce CLS coûtera en 2025 48,5 millions de dollars.

Cette dépense annuelle somme toute limitée s’inscrit toutefois dans une vraie dépendance de l’AAE. Pour Cédric Perrin, sénateur et président de la commission défense du Sénat, cette dépendance envers les États-Unis est vraiment forte. Cité par mon confrère Pascal Samama, il a rappelé que « nous ne sommes pas propriétaire des images. Si les Américains récupèrent la boite à images qui est dans le Reaper, ils peuvent le faire, nous priver de ces images et même nous empêcher de survoler tel ou tel territoire. Les Américains peuvent décider de l’usage que l’on fait de nos drones ».

Des catapultes électromagnétiques

2025 sera l’année du « dossier de lancement et réalisation » (DLR) avant la commande effective du futur porte-avions, le PA-Ng. Je rappelle que Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique réaliseront la plateforme et TechnicAtome les chaufferies nucléaires.

Les catapultes seront fournies par le groupe américain General Atomics qui fournira trois « Electromagnetic Aircraft Launch Systems » (EMALS), pour un coût estimé à plus de 1,3 milliard de dollars. Ces trois catapultes électromagnétiques de nouvelle génération ont été développées par General Atomics pour les porte-avions de la classe Gerald R. Ford de l’US Navy.

Comme l’a bien résumé Guillaume Aigron dans le blog Secret Défense, « la France se trouve dans une position délicate car ces systèmes sont actuellement produits uniquement par les États-Unis. Le constructeur américain General Atomics est le seul à maîtriser ces technologies, déjà déployées sur le porte-avions USS Gerald R. Ford. Cette situation place la France dans une position de dépendance technologique vis-à-vis de son allié transatlantique»

Les catapultes électromagnétiques qui équiperont le PA-Ng reposent sur le principe de l’induction magnétique. Des circuits électriques, situés de part et d’autre des rails de catapultage, génèrent un champ magnétique mettant en mouvement un chariot mobile sur lequel est fixé l’aéronef. L’alimentation de ce moteur linéaire est contrôlée de manière à être ajustée à la masse de l’avion ou du drone à catapulter et à la vitesse finale nécessaire à son catapultage. Des systèmes de stockage et de restitution d’énergie, situés en amont des moteurs, permettent de lisser les appels de puissance vis-à-vis de l’installation de production électrique du navire lors de l’utilisation des EMALS.

Guet et transport aériens

Restons dans le domaine aéronautique avec un trio de contrats. D’abord celui des avions de guet aérien AWACS (Airborne Warning and Control Systems) qui date des années 1990. L’armée de l’Air et de l’Espace dispose de quatre E-3F (des Boeing 707 modifiés de 35 ans d’âge) basés à Avord, sur la base aérienne 702 où ils sont exploités au sein de la 36e escadre de commandement et de conduite aéroportés. Eux aussi vieillissants, ils pourraient être remplacés par des E-7A Wedgetail, développés par l’Américain Boeing (et retenus par l’Otan), ou par le système GlobalEye du Suédois Saab.

Deuxième contrat, celui deux C-130J et des deux KC-130J désormais installés à Evreux avec des appareils similaires de l’armée de l’Air allemande. Soit cinq aéronefs C-130J-30 et cinq aéronefs KC-130J achetés aux États-Unis en 2015 et livrés à partir de septembre 2018. A noter que le soutien technique de la flotte des C-130 français a un coût annuel d’une cinquantaine de millions de dollars versée à l’entreprise américaine Lockheed Martin Aeronautics Co.

Un Rafale Marine et un E-2 Hawkeye sur le pont du Charles de Gaulle, à Subic Bay, le 23 février 2025. (Photo by TED ALJIBE / AFP)

Enfin, un autre contrat, lui en cours depuis 2020, concerne la livraison à la Marine nationale de trois avions de guet aérien E-2D Advanced Hawkeye Aircraft pour remplacer l’actuelle flotte française d’E-2C Hawkeye 2000 entrés en service dans la Marine nationale en 1998. Le premier des E-2D est en construction aux USA depuis décembre dernier. Livraison prévue en 2027. La valeur initiale du marché était estimée à deux milliards de dollars mais l’addition s’est déjà alourdie de quelques 450 millions de dollars.

Feux dans la profondeur : L’armée australienne a reçu ses premiers systèmes d’artillerie M142 HIMARS

Feux dans la profondeur : L’armée australienne a reçu ses premiers systèmes d’artillerie M142 HIMARS

https://www.opex360.com/2025/03/24/feux-dans-la-profondeur-larmee-australienne-a-recu-ses-premiers-systemes-dartillerie-m142-himars/


En mai 2022, la Defense Security Cooperation Agency [DSCA], chargée d’instruire les exportations d’équipements militaires américains, autorisa l’Australie à se procurer 20 systèmes d’artillerie à longue portée M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System] ainsi que des missiles balistiques tactiques MGM-140 ATACMS [Army TACtical Missile System], pour un montant alors estimé à 385 millions de dollars.

Les négociations contractuelles se concrétisèrent un peu plus de six mois après. « L’efficacité [du M142 HIMARS] dans le conflit ukrainien a assurément influencé la décision du gouvernement », commenta Pat Conroy, le ministre australien de l’Industrie de défense, après la notification de la commande à Lockheed-Martin.

Seulement, en avril 2023, Canberra annonça une évolution majeure de sa doctrine militaire, celle-ci devant mettre l’accent sur le renforcement des capacités défensives dans le nord de l’Australie [tant sur terre que sur mer] et, partant, sur l’acquisition de moyens de frappe à longue portée. D’où son intention de commander 22 M142 HIMARS supplémentaires. Ce que la DSCA a approuvé en août de la même année.

Cependant, alors que l’Australie participait financièrement à son développement, à hauteur de 70 millions de dollars australiens, il n’était pas encore question de livrer, avec les M142 HIMARS, des missiles PrSM [Precision Strike Missile] à l’armée australienne. Du moins, les deux avis publiés par la DSCA ne l’avaient pas mentionné… .

« La coopération de l’Australie pour le PrSM complète la présence américaine […] dans l’Indopacifique et ouvre la voie aux tirs de précision à longue portée de l’armée américaine dans la région », avait affirmé le ministère australien de la Défense, en août 2021.

Cela étant, le PrSM est toujours en phase de test, comme en témoigne le tir d’essai effectué par l’US Army, depuis la base de Vandenberg [Californie], le 19 mars dernier. Et il fera bel et bien partie de l’arsenal de l’armée australienne.

C’est en effet ce qu’a confirmé Canberra, à l’occasion de la réception des deux premiers M142 HIMARS, ce 24 mars.

« Dans le cadre de l’examen stratégique de défense [DSR], le gouvernement Albanese a annoncé un investissement de 1,6 milliard de dollars AUD pour augmenter et accélérer l’acquisition de M142 HIMARS. Deux ans plus tard, les deux premiers exemplaires ont été livrés à l’Australie par les États-Unis », a d’abord annoncé le ministère australien de la Défense.

Et d’ajouter : « L’acquisition du M142 HIMARS marque un changement radical pour les forces de défense australiennes [ADF] puisqu’elle offre une capacité de frappe de premier plan, ce qui contribuera à la sécurité de notre région et assurera celle de notre nation ».

Le communiqué ne cite pas l’achat de missiles ATACMS… En revanche, il insiste sur le PrSM, qui donnera aux M142 HIMARS australiens une « puissance de feu précise » pour atteindre des cibles situées « à des distances de plus de 500 km ».

Le M142 HIMARS « est une capacité de premier plan au niveau mondial, offrant une puissance de feu précise à longue portée, ce qui permet de multiplier par plus de dix la portée de frappe de l’armée [australienne] », s’est félicité M. Conroy. « Il s’agit d’équiper dès maintenant les ADF de capacités de pointe qui leur permettent d’opérer efficacement sur terre, sur mer et dans les airs pour dissuader les agressions et protéger les Australiens », a-t-il ajouté.

À noter que les roquettes de type GMLRS [Guided Multiple Launch Rocket System], également utilisées par le M142 HIMARS, seront produites en Australie, ce qui permettra de « renforcer les solides chaînes d’approvisionnement nationales que nous contrôlons et de créer des emplois locaux », a conclu M. Conroy.

Photo : US Space Force par Anthony Mendez

Emmanuel Macron veut relancer son «Service national universel»


Emmanuel Macron prononce un discours devant un Mirage 2000 et un Rafale à la base aérienne de Luxeuil-Saint-Sauveur, France, le 18 mars 2025.

Rarement un discours d’Emmanuel Macron aura suscité autant de réactions immédiates que le dernier en date. C’était le 5 mars dernier, en direct à 20 heures sur France 2. «La patrie a besoin de vous et de votre engagement», a déclaré le président français, en costume et cravate noirs.

En invitant ses concitoyens à ne pas sous-estimer le danger que représente la Russie pour l’Europe et la France dans un monde de plus en plus incertain, le président français a peut-être même déclenché davantage de réactions qu’il ne l’aurait souhaité.

Le peuple semble en tout cas avoir pris l’appel présidentiel au pied de la lettre: 86% des Français, selon un sondage Ipsos, se sont déclarés favorables au rétablissement du service militaire obligatoire. Près de trente ans, donc, après son abolition.

Pas une «option réaliste»

À peine le sondage était-il paru que celui qui est également chef des armées – le plus haut gradé militaire de France est, lui, chef d’état-major des armées (CEMA) – a tenté de freiner la dynamique qu’il avait déclenchée. Le service militaire obligatoire n’est pas une «option réaliste», a-t-il souligné lors d’un entretien accordé en fin de semaine dernière à des titres régionaux.

La France «n’a plus la base, plus la logistique» pour remettre en place une conscription. «À partir du moment où on est allé vers la professionnalisation de nos armées, focalisées sur l’opérationnel, les réemployer pour encadrer 800’000 jeunes […] n’est absolument pas un schéma opérant», a-t-il indiqué.

Mais, a-t-il précisé, il présentera dans les semaines à venir un «grand nouveau projet» de réforme du Service national universel (SNU), «afin de correspondre aux besoins de la nation et aux priorités identifiées». Le SNU est l’un des thèmes favoris d’Emmanuel Macron depuis qu’il est au pouvoir.

Dissuasion nucléaire

Revenons d’abord sur l’option «irréaliste». Jacques Chirac avait mis au rebut le service militaire obligatoire dans les années 90. La loi est entrée en vigueur en 1997. Aujourd’hui âgé de 47 ans, Emmanuel Macron est le premier président de l’Hexagone à ne pas avoir fait son service militaire.

L’abolition de la conscription avait en fait déjà été envisagée sous la présidence de Charles de Gaulle. La puissance de la dissuasion nucléaire acquise à l’époque avait réduit l’importance d’une défense conventionnelle. Jacques Chirac a acté cet état de fait avec la fermeture de bases et la vente de nombreuses casernes.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Suffren de classe Barracuda de la marine française, amarré dans le port de Toulon, avec un drapeau français visible à l’arrière-plan.

Quand Emmanuel Macron dit aujourd’hui que la France n’a «pas de base et pas de logistique» pour un retour à la conscription, il dit vrai. Tout manque: infrastructures, instructeurs, matériel… Sans parler de l’argent nécessaire à la reconstruction d’une armée d’un million de membres permanents.

L’armée professionnelle française compte environ 200’000 soldats. Il est prévu d’augmenter quelque peu l’armée de réserve, avec un réserviste pour deux soldats professionnels d’ici à 2035. Le nombre total de réservistes atteindrait alors les 300’000 membres.

Des clivages qui bougent

À la télévision française, on débat désormais pour savoir s’il ne serait pas plus intelligent que chaque jeune Français – et chaque jeune Française qui le souhaite – fasse son service. Les clivages politiques traditionnellement liés à la question sont en train de bouger.

Jusqu’à présent, c’est presque exclusivement la droite bourgeoise et l’extrême droite qui plaidaient en faveur du service militaire obligatoire. Le camp de droite voit dans l’armée une école de la République et – une vision très controversée – le moyen éprouvé d’enseigner les valeurs de la nation aux personnes issues de l’immigration: en position de respect devant le drapeau tricolore, en entonnant la Marseillaise. L’extrême droite parle d’assimilation.

La gauche, elle, a toujours pensé que c’était à l’école et à elle seule de faire des jeunes de toutes origines des citoyens responsables, au fait de leurs droits et devoirs. Mais les frontières idéologiques ne sont plus aussi nettes, comme le prouvent les 86% du sondage. C’est sans aucun doute dû à l’actualité géopolitique brûlante et à ce que le locataire de l’Élysée a qualifié de «menace» le 5 mars dernier.

Une sorte de creuset de la République

Emmanuel Macron veut maintenant redessiner le SNU. Un projet qui avait failli être mis au placard pour des raisons d’économies: alors premier ministre, Michel Barnier avait voulu le sacrifier afin de récupérer quelques milliards d’euros pour son budget d’austérité, faisant dire qu’il démantelait un pilier du macronisme. Mais Michel Barnier est tombé après seulement trois mois de mandat – et le SNU a survécu.

L’idée avait été lancée par Emmanuel Macron avant sa victoire de 2017. C’était même une de ses promesses de campagne: celle d’un lieu où les Français pourraient à nouveau se rencontrer au-delà des classes sociales, une sorte de creuset de la République, et ce pour une durée minimale d’un mois.

Le SNU, qui aurait été effectué dans des établissements militaires ou civils éloignés du lieu d’origine, était prévu pour des jeunes de 15 à 17 ans. Au programme, obligatoire: vie commune, lever matinal, lever du drapeau, hymne national, port de l’uniforme et cours d’instruction civique.


Mais la mise en œuvre s’est vite avérée compliquée et coûteuse, et l’ «obligatoire» s’est rapidement transformé en «facultatif». Même avec des ambitions réduites, la concrétisation n’a cessé d’être repoussée. Comme souvent, une grande annonce n’a pas résisté à la réalité.

Le président français veut donc redéfinir le SNU pour qu’il soit en phase avec son époque. Comment exactement? Ce n’est pas encore clair. La tranche d’âge sera-t-elle élargie? Le SNU sera-t-il à nouveau rendu obligatoire?

Il semble en tout cas que les Français soient désormais prêts à accepter des obligations qu’ils auraient refusées il y a peu.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville met à l’épreuve sa capacité à naviguer « dans les glaces »

Le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville met à l’épreuve sa capacité à naviguer « dans les glaces »

https://www.opex360.com/2025/03/13/le-sous-marin-nucleaire-dattaque-tourville-met-a-lepreuve-sa-capacite-a-naviguer-dans-les-glaces/


En novembre 1987, alors que le Canada envisageait de se procurer jusqu’à douze sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] dans le cadre du programme CASAP [Canadian Submarine Acquisition Program], la Marine nationale envoya un SNA de type Rubis en « mission commerciale » à Halifax [Nouvelle-Écosse].

Comme l’a relaté l’ingénieur général de l’armement [IGA] Louis Le Pivain, alors impliqué dans cette affaire, la Marine royale canadienne avait exigé un modèle de SNA « capable de faire surface en perçant un mètre d’épaisseur de glace arctique de première année. Ce qui s’annonçait compliqué pour les sous-marins de la classe Rubis, leurs barres de plongée étant situées sur leur kiosque. Aussi, a révélé l’IGA Le Pivain, un « dispositif ingénieux de mât perceur de banquise », intégré au niveau du massif pour ne pas endommager les barres de plongées, avait été mis au point. Cependant, ces efforts se révélèrent vains… puisque Ottawa renonça à mener le programme CASAP jusqu’à son terme et décida, à la place, d’acquérir quatre sous-marins à propulsion diesel électrique d’occasion [classe Victoria] auprès du Royaume-Uni.

Trente-huit ans plus tard, le Canada a lancé une procédure en vue de se procurer jusqu’à douze nouveaux sous-marins « à propulsion classique » et « capables de naviguer sous la glace ». Et cela afin de renforcer ses capacités à « détecter et à dissuader les menaces maritimes, à contrôler ses approches maritimes et à projeter sa puissance et ses capacités de frappe plus loin de ses côtes ». Au regard des sommes en jeu, ce marché s’annonce très disputé.

Hasard du calendrier, dans le cadre de son déploiement de longue durée [DLD] visant vérifier ses capacités militaires avant son admission au service actif, le SNA Tourville, de type Barracuda [ou Suffren], fait actuellement une escale à Halifax qui n’est pas passée inaperçue.

Étant donné qu’un DLD est planifié relativement longtemps à l’avance, la présence du Tourville à Halifax n’est pas liée au projet d’Ottawa d’acquérir de nouveaux sous-marins, lancé en septembre dernier. D’ailleurs, après avoir longuement hésité, Naval Group n’a confirmé son intention de participer à l’appel d’offres canadien qu’en février dernier, avec une proposition reposant sur une version à propulsion classique du Barracuda.

Cela étant, il ne s’agit pas non plus de perdre une occasion de « faire l’article » au profit des savoir-faire français en la matière. Comme cela a pu être le cas lors des expérimentations menées avec l’avion de transport A400M « Atlas » dans le grand nord canadien. C’est d’ailleurs ce que n’a pas manquer de rappeler le colonel Bruno Heluin, l’attaché de défense près l’ambassade de France au Canada, via le réseau social LinkedIn.

« Après les expérimentations de posés terrains sommaires dans l’extrême nord canadien et la navigation dans les glaces, la coopération franco-canadienne se renforce avec l’escale du SNA Tourville, dernier né des sous-marins d’attaque », a en effet commenté le colonel Heluin.

Et d’ajouter : « Ce bâtiment de la Marine nationale vient d’effectuer sa première traversée transatlantique. C’est une excellente occasion pour partager une expertise opérationnelle, humaine et industrielle. À l’heure où le Canada annonce vouloir relancer sa capacité sous-marine, la France peut indéniablement apporter un savoir-faire unique ».

Reste à voir si le Tourville va « briser la glace », comme le font les SNA américains, russes et britanniques. Contrairement à ses prédécesseurs de la classe Rubis, dont, a priori, aucun n’a réalisé une telle manœuvre, ses barres de plongée sont situées au niveau inférieur de sa proue, ce qui réduit considérablement le risque d’une avarie au moment de faire surface dans un tel environnement.

Pour rappel, affichant un déplacement de 5 300 tonnes en plongée pour une longueur de 99 mètres et un diamètre de 8,8 mètres, les SNA de la classe Suffren possèdent des capteurs dix à quinze fois plus performants que ceux de la classe Rubis. Encore plus discrets, ils emportent des missiles antinavires Exocet SM39 modernisés, des torpilles lourdes filoguidées F-21, des mines et, surtout, des missiles de croisière navals [MdCN]. Le Tourville est le troisième d’une série qui doit compter six exemplaires.

Quoi qu’il en soit, l’intérêt de la Marine nationale pour les glaces de l’Arctique n’est pas nouveau, les sous-marins Espadon et Marsouin ayant effectué une patrouille polaire en mer de Norvège,  » jusqu’au parallèle 70°N en 1964. Celle-ci avait permis de préparer l’opération « Sauna », menée l’année suivante par le « Dauphin » et le « Narval », lesquels naviguèrent ponctuellement sous la banquise.

Photo : SNA Tourville / Marine nationale – archive

La marine chinoise étoffe sa présence dans le Pacifique Sud

La marine chinoise étoffe sa présence dans le Pacifique Sud

Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2212201721

par Alex Wang – Revue Conflits – publié le 13 mars 2025

https://www.revueconflits.com/la-marine-chinoise-etoffe-sa-presence-dans-le-pacifique-sud/


La Chine déploie sa flotte dans le Pacifique Sud, ce qui inquiète l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette rivalité maritime témoigne de la volonté de la Chine d’être de plus en plus présente sur les mers.

Face aux Quad et Aucus, la Chine renforce progressivement sa présence maritime dans le Pacifique Sud, une région clé pour le commerce mondial et la sécurité stratégique. La zone située entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande ne fait pas exception, notamment en raison de son importance géopolitique et des liens historiques de ces deux pays avec les États-Unis et leurs alliés.

Une présence inhabituelle

La flottille chinoise, comprenant le navire de ravitaillement Weishanhu, la frégate de type 054A Hengyang et, surtout, le croiseur de type 055 Zunyi, se trouvait dans les eaux internationales entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande .
Le Zunyi, navire phare de cette formation, est équipé de 112 tubes de lancement vertical pouvant tirer une large gamme de missiles : surface-air HHQ-9 et HHQ-16, antinavires YJ-18A et de croisière CJ-10. Il dispose également de capteurs avancés, dont un radar AESA multifonction de type 346B et deux sonars de haute technologie. Cette puissance de feu dépasse de beaucoup celle de la marine australienne.

Une présence aux multiples significations

En déployant ses navires dans les eaux internationales entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la Chine revendique le droit de naviguer en haute mer conformément au droit international. Face aux opérations de Freedom of Navigation menées depuis des années par les États-Unis, l’Australie et leurs alliés, cette initiative s’inscrit dans une logique de réciprocité.

Une marine hauturière en pleine ascension

Au-delà de cette réciprocité, dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine, les États-Unis et l’Australie, Pékin envoie également un message stratégique : sa marine a désormais la capacité d’opérer dans ce qui fut longtemps considéré comme l’arrière-cour de l’Occident.
Avec 340 navires contre 290 pour la marine américaine, la Chine s’impose comme la première flotte mondiale en nombre d’unités . Sa capacité de construction navale, plus de 200 fois supérieure à celle des États-Unis, lui permet de mettre rapidement à l’eau de nouveaux bâtiments modernes tels que les destroyers Type 052D, les frégates Type 054A, les croiseurs Type 055, les navires amphibies Type 071, 075 et 076 sans oublier les sous-marins nucléaires d’attaque Type 093 et les sous-marins lanceur d’engins Type 094 .
Loin d’être limitée à ses eaux territoriales, la marine chinoise est désormais une force hauturière capable d’opérer à l’échelle mondiale, loin de ses bases et sur de longues durées, prête à remplir une large gamme de missions.

Pour l’Asie, c’est un monde qui change

L’apparition de navires de la marine chinoise dans des eaux où l’on a longtemps vu évoluer exclusivement les forces des États-Unis et de leurs alliés, dont la France, constitue un véritable choc pour le monde.

Ce déploiement n’est pas que militaire : c’est aussi un acte politique

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une telle présence chinoise à ces latitudes restait extrêmement rare. Il s’agit presque d’une première depuis la guerre de l’Opium de 1840. Autrefois sous contrôle des puissances anglo-saxonnes qui avaient colonisé l’Asie-Pacifique, cet espace maritime voit désormais la marine chinoise y faire son entrée, marquant un tournant historique.
Ce déploiement ne saurait être interprété comme un simple exercice militaire. Il symbolise un changement profond : le monde d’hier n’existe plus.
Si cette dimension historique et symbolique échappe peut-être à certains lecteurs occidentaux, elle résonne profondément en Asie. Les réactions passionnées observées en Chine continentale, à Taïwan, à Hong Kong et dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est témoignent d’une mémoire encore vive, d’une plaie coloniale qui reste ouverte. Les réactions sont mitigées. Dans de nombreux pays, cette présence de la marine chinoise est perçue comme une victoire contre les anciennes puissances coloniales. Pour d’autres, notamment Taïwan, cela est perçu comme une menace. Cet événement qui a été très peu commenté en Occident est à l’inverse perçu comme un événement majeur en Asie.

Peu commenté en Occident, cet événement est perçu comme un acte majeur en Asie

L’avenir des opérations de liberté de navigation

Les opérations de Freedom of Navigation vont-elles se poursuivre ? Il est fort probable que la Chine aille continuer ses démonstrations, non seulement dans le Pacifique Sud, mais aussi dans l’Atlantique Nord et d’autres régions , afin d’affirmer son droit à naviguer librement sur les mers. De leur côté, les puissances occidentales ne renonceront pas facilement à cette pratique. Une extrême prudence sera nécessaire pour éviter tout incident susceptible de dégénérer en conflit majeur.

Le positionnement de l’Australie dans le Pacifique Sud

Jusqu’à présent, l’Australie exerçait une influence prépondérante dans le Pacifique Sud. Cependant, l’entrée en scène de la Chine remet en question cet équilibre. Comment Canberra envisage-t-elle l’évolution de son rôle face à cette nouvelle donne géopolitique ?

Vers une base navale chinoise dans le Pacifique Sud ?
La présence croissante de la marine chinoise dans la région pourrait bientôt nécessiter l’établissement d’une base d’approvisionnement permanente. Il est probable que la Chine ait déjà inscrit ce projet à son agenda stratégique.

L’évolution des budgets militaires australien et néo-zélandais

Face à ces évolutions, l’Australie et la Nouvelle-Zélande pourraient accroître symboliquement leurs budgets militaires dans les années à venir. Une réévaluation des priorités stratégiques pourrait même relancer le projet de sous-marins classiques franco-australiens, perçus comme mieux adaptés aux besoins régionaux que les sous-marins nucléaires imposés, dans une certaine mesure, par les États-Unis.

Un acteur clé face à une influence grandissante

Grâce à ses territoires d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna), la France est un acteur majeur du Pacifique Sud. Ces possessions lui confèrent une zone économique exclusive (ZEE) de plusieurs millions de kilomètres carrés, où elle maintient une présence militaire et politique significative.
De son côté, la Chine a renforcé son influence dans la région par des investissements massifs, des accords de coopération et une présence diplomatique accrue. Elle a signé des partenariats avec plusieurs États insulaires (Îles Salomon, Vanuatu, Kiribati, etc.), suscitant des préoccupations en Australie, en Nouvelle-Zélande et parmi les puissances occidentales, y compris la France.

Entre dialogue et tensions géopolitiques

Lors de la visite d’Emmanuel Macron en Chine en avril 2023, la déclaration conjointe franco-chinoise a évoqué la possibilité d’une coopération dans le Pacifique Sud, notamment sur des enjeux tels que le changement climatique, le développement durable, les infrastructures et la sécurité maritime. Cependant, cette coopération demeure largement théorique et soumise aux tensions stratégiques régionales.
L’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle pour participer à des exercices dans la mer de Chine méridionale illustre cette complexité. Cela a été perçu en Chine comme un acte de défiance.

Loin de l’Ukraine, ce sont donc d’autres tensions qui se déroulent dans le monde et la mer est devenue le lieu de ces affrontements diplomatiques, militaires et symboliques.

Vous avez dit : International Security Force For Ukraine ?

Vous avez dit : International Security Force For Ukraine ?

par Blablachars – publié le 12 mars 2025

https://blablachars.blogspot.com/2025/03/vous-avez-dit-international-security.html#more


Au lendemain de la réunion à Paris des chefs d’état-major des armées (CEMA), les « garanties de sécurité » occidentales à l’Ukraine restent floues selon les termes employés par plusieurs médias. Parmi le « panel d’options » évoqué par le CEMA français figure la possible constitution d’une « International Security Force for Ukraine » selon les termes d’un « responsable militaire français. » Une telle force serait à dominante franco-britannique, stationnée dans un pays de l’Otan, à proximité de l’Ukraine, pour pouvoir s’y déployer rapidement si nécessaire. La création d’une telle force et son possible engagement en Ukraine ne manquent pas de soulever plusieurs interrogations relatives à sa composition, son stationnement et les moyens dont elle pourrait disposer. 

Sur le plan politique, l’ossature franco-britannique de cette force est quasiment imposée par le  refus de la Pologne, de l’Italie et de l’Allemagne de participer à une telle force, la privant de moyens conséquents dont un certain nombre de blindés qui pourraient se révéler fort utiles dans cet environnement. La position allemande illustrée par les propos d’Eva Högl, commissaire parlementaire aux forces armées, pour laquelle il est « prématuré » d’évoquer l’envoi de troupes en Ukraine pour la surveillance d’un futur cessez le feu est probablement motivée par des considérations de politique intérieure. Elle écarte aussi la perspective d’un engagement de la Bundeswehr, actuellement incapable d’envisager une telle opération au vu de situation actuelle. En effet, selon le Financial Times, une recrue sur quatre quitte l’armée six mois après son engagement, plaçant la Bundeswehr à un point de rupture et l’éloignant de son objectif de compter 203 000 soldats en 2031. 

 

Motivées par l’attitude attentiste ou opposée de plusieurs pays, c’est donc avec le Royaume-Uni que la France pourrait constituer cette force, hypothèse séduisante sur le plan politique, la coopération militaire entre les deux pays n’ayant cessé de croitre depuis la signature du Traité de Lancaster House en 2010. Cependant, l’aspect éminemment politique d’une telle éventualité ne doit pas masquer la réalité des faits et la situation dans laquelle se trouve l’armée britannique aujourd’hui. Les récentes annonces de Keir Stramer qui souhaite porter à partir de 2027, les dépenses de défense à 2,5% du PIB, pour leur permettre d’atteindre 3% dans un avenir plus lointain, ne suffisent pas à faire oublier les années de disette budgétaire et de réduction drastique des effectifs. L’augmentation annuelle du budget de la Défense de 16,1 milliards d’euros prévue par le Premier Ministre Britannique a d’ailleurs été rapidement revue à la baisse par le Secrétaire d’Etat à la Défense, John Healey qui a précisé dans un entretien à la BBC que la véritable somme serait voisine de 7 milliards d’euros en tenant compte de l’inflation. Quelle que soit la décision finale, l’armée britannique doit également composer avec son atrophie actuelle, résultat de plusieurs années de réduction d’effectifs pour arriver aujourd’hui  à un effectif voisin de 74 000 soldats, légérement supérieur à l’objectif de 72.500 hommes fixé par la revue intégrée de 2021, alors que la Revue Nationale de Stratégie de Sécurité de 2015 avait fixé à 82.000 soldats le format minimum de l’armée de terre. Sur le plan des équipements la situation de l’armée britannique n’est guère plus brillante comme l’illustrent les difficultés du  programme Ajax dont les premiers exemplaires commencent seulement à équiper les unités, quinze ans après le lancement du programme. Les revers rencontrés dans le développement de l’engin blindé ont d’ailleurs motivé Londres à prolonger la vie opérationnelle du Warrior jusqu’à 2030, alors que sa modernisation avait été abandonnée en 2021. Selon le chiffre officiel, l’armée britannique dispose encore de 213 chars Challenger 2 dont 148 doivent être portés au standard Challenger 3 par Rheinmetall BAE Systems Land (RBSL) pour équiper la 3ème Division. Cette  unité qui est la principale force déployable de l’armée britannique comprend deux régiments de chars d’active (Royal Tank Regiment et Queen’s Royal Hussars) équipés chacun de 56 Challenger 2. Ces chiffres pourraient cependant cacher une réalité légérement différente, puisque selon plusieurs médias britanniques, seuls 20 à 25 chars seraient aujourd’hui opérationnels, confrontant les tankistes locaux à une des pires crises de leur histoire. Ce chiffre tout comme celui de la vingtaine d’obusiers de 155mm AS-90 opérationnels (sur 89) rendent le déploiement d’une force britannique en Ukraine totalement irréaliste, symbole d’une capacité de réaction dont la restauration nécessitera de longues années et des investissements importants. 

 

 

Du côté français, la situation est certes meilleure mais l’absence d’une véritable composante blindée mécanisée pourrait constituer un obstacle sérieux à la réalisation de ce projet. Outre les difficultés inhérentes au terrain et l’existence de nombreux obstacles favorisant l’utilisation d’engins chenillés, ceux-ci conférerait en outre un caractère plus dissuasif à cette force, engagée dans la résolution d’un conflit qui a vu la mise en œuvre de nombreux engins blindés chenillés. Pouvant être déployée pour garantir l’observation d’un cessez le feu temporaire, cette force pourrait être confrontée à des actions de provocation, menées par l’une des deux parties en vue de discréditer l’adversaire mais aussi l’action internationale. Une telle hypothèse placerait les équipages dans des situations qui nécessiteraient une protection accrue face à des menaces de nature et d’intensité aléatoires. Dans ce domaine, les enseignements du conflit ukrainien montrent qu’en dépit des destructions subies, les blindés occidentaux fournis à Kiev ont préservé leurs équipages des effets des attaque subies, grâce à leur conception et leur fabrication. En dehors de cette mission d’interposition la « International Security Force for Ukraine » pourrait être déployée en réponse à une nouvelle agression russe, scénario qui impliquerait donc un engagement face à des moyens blindés, contre lesquels les seuls engins du segment médian pourraient ne pas faire le poids en dépit de leurs qualités et des compétences de nos soldats. Ces dernières ne seraient sans doute pas suffisantes pour compenser l’inaptitude au combat de haute intensité de ces engins, liée à leur conception placée sous le signe de la projection et de la mobilité stratégique. L’acheminement de cette force stationnée à proximité de l’Ukraine serait également source de problème, au regard des difficultés de déplacement des convois militaires en Europe, comme Blablachars l’a évoqué lundi soir sur France 2. Au-delà, des possibles difficultés que rencontrerait la mise en action de cette hypothétique force, il est fort probable que la participation française se traduirait par l’engagement d’un volume aussi significatif que possible de chars Leclerc, à l’instar de  ce qui avait été fait au Kosovo et au Sud-Liban, dans un environnement très différent. 

 

 

En évoquant ce possible déploiement, Blablachars ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour les partisans d’un « geste fort »qui en septembre 2022 prônaient le transfert de 50 Leclerc à l’Ukraine. Cette initiative (quasi suicidaire pour notre Cavalerie blindée) qui ne fut heureusement pas suivie d’effet aurait eu le mérite de nous priver aujourd’hui d’un quart de nos chars en parc et de pratiquement la moitié de nos chars disponibles. Avec les 25 Challenger 2 britanniques à nos côtés, cette force serait plus symbolique qu’efficace et surtout quasiment incapable de réagir efficacement à une dégradation significative de la situation. Il est donc heureux que les initiateurs de ce geste fort n’aient pas trouvé l’écho espéré, restant depuis cette date, comme ces dernières années, étonnamment silencieux sur la faiblesse de notre segment de décision. 

Les jours qui viennent seront déterminants pour la résolution du conflit en cours, qui pourrait mettre fin à un affrontement dont le côté technologique fait parfois oublier qu’il se déroule à hauteur d’homme avec tout ce que cela comporte. La constitution d’une force adéquate destinée à garantir le respect des dispositions adoptées pourrait nous placer en face des conséquences des choix effectués depuis plusieurs années, qui ont fait de l’armée de terre un roi nu, ne possédant que peu de moyens adaptés à une intervention en haute intensité sur un terrain difficile et truffé d’obstacles de toute nature. Il reste à espérer que l’évocation de création de cette force et son hypothétique déploiement puissent initier un véritable changement dans des mentalités encore tournées vers des opérations lointaines, désormais remplacées par des préoccupations plus continentales, nécessitant des moyens adaptés.

 

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

La présence du sous-marin français FS Tourville au Canada intrigue. Test stratégique ou démonstration de force ? Décryptage des enjeux derrière cette apparition.

par Jean-Baptiste Leroux – armees.com -publié le

Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv
Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv | Armees.com

L’apparition d’un sous-marin d’attaque français Barracuda dans un port canadien a suscité de nombreuses interrogations. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, certains y voient un signal politique fort. Mais la vérité se trouve ailleurs : cette opération s’inscrit dans une démarche purement technique et industrielle.

Un test grandeur nature pour le FS Tourville

La présence du FS Tourville à Halifax, en Nouvelle-Écosse a suscité de vives réactions dans le contexte international actuel. Pourtant, elle répond à un objectif clair : démontrer les capacités des sous-marins français. Ce navire de la classe Barracuda, conçu par le groupe français Naval Group, a effectué sa première traversée de l’Atlantique pour tester ses performances en conditions réelles.

Le Canada prévoit en effet de moderniser sa flotte sous-marine avec l’acquisition de six à douze nouveaux sous-marins d’ici 2035. En février dernier, Ottawa a sollicité plusieurs constructeurs, dont Naval Group, pour obtenir des informations sur leurs modèles. Face à cette opportunité commerciale majeure, estimée à 40 milliards d’euros, la France a donc décidé de mettre en avant son expertise.

Le Barracuda, Un atout technologique pour le Canada

Les exigences canadiennes sont particulièrement élevées. Le pays, qui possède le plus long littoral du monde, recherche des sous-marins capables de naviguer sous la banquise arctique et d’opérer dans des conditions extrêmes.

Le Barracuda présente plusieurs atouts qui pourraient convaincre la Marine royale canadienne. Doté d’un système de propulsion avancé et d’une autonomie prolongée, il est conçu pour des missions de longue durée. De plus, sa furtivité et ses capacités en matière de renseignement en font un outil stratégique de premier plan.

Une compétition internationale acharnée

La France n’est pas seule dans cette course. D’autres acteurs européens et asiatiques sont en lice pour répondre à l’appel d’offres canadien. En octobre dernier, le ministre de la Défense canadien, Bill Blair, a confirmé que plusieurs pays étaient sollicités pour ce projet.

Naval Group peut cependant s’appuyer sur un succès récent : la vente de quatre sous-marins Barracuda aux Pays-Bas pour près de 5 milliards d’euros. Un précédent qui pourrait jouer en faveur de la France et renforcer ses chances d’emporter le contrat canadien.

Une opération sous haute surveillance

L’épreuve de test du FS Tourville ne s’arrête pas à Halifax. Le sous-marin doit encore effectuer des exercices en conditions réelles dans les eaux froides du Grand Nord. Des essais d’endurance et de navigation sous la glace sont prévus pour prouver la capacité du Barracuda à répondre aux exigences canadiennes.

Quelle stratégie nucléaire européenne ?

Quelle stratégie nucléaire européenne ?

Par François Gere* -Diploweb – publié le12 mars 2025

https://www.diploweb.com/Quelle-strategie-nucleaire-europeenne.html

*Agrégé et docteur habilité en histoire (Paris 3 Sorbonne nouvelle). Président du Cercle des amis du général Lucien Poirier (2019 – ). F. Géré a présenté l’ouvrage posthume du Général Lucien Poirier, « Éléments de stratégique ». , éd. Economica, Ministère des Armées, 2023. François Géré a consigné avec Lars Wedin, L’Homme, la Politique et la Guerre, éd. Nuvis, 2018. François Géré a publié, « La pensée stratégique française contemporaine », Paris, Economica, 2017.


Française ou européenne, la stratégie de dissuasion nucléaire n’échappe pas à une règle absolue : elle n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique en sorte que l’on ne saurait mettre la charrue atomique avant les bœufs politiques.

POUR éviter un unième enlisement en de vaines palabres sur une dissuasion nucléaire européenne, rappelons les principes fondamentaux de cette stratégie.

La dissuasion est un mode d’action à but négatif aussi ancien que la guerre. Visant à interdire les velléités offensives d’un adversaire, il a été pratiqué avec plus ou moins de succès en raison de son caractère aléatoire. Il repose sur le calcul des probabilités. Ordinairement si un agresseur prenait le risque de transgresser la dissuasion fondée sur des forces conventionnelles et que son entreprise tournait mal, il avait joué et perdu subissant au pire l’humiliation d’une défaite. Avec les armes nucléaires, la dissuasion revêt désormais une toute autre dimension car la probabilité d’occurrence de la riposte nucléaire comporte le risque d’une perte exorbitante, dite insupportable, dépassant la valeur de l’enjeu.

La stratégie de dissuasion nucléaire n’est pas la paix. Elle ne saurait éviter ni les conflits régionaux limités ni supprimer l’action terroriste. Elle ne peut en effet s’exercer que dans le cas d’une attaque massive, quelle qu’en soit la nature, contre les intérêts vitaux du pays attaqué.

La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes identifiés.

Ce « périmètre du vital » ne doit pas être défini précisément, restant à l’appréciation du chef de l’État de manière à placer le candidat agresseur dans l’incertitude. La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes identifiés, théorisés en France par les généraux Gallois [1] et Poirier. [2]

. Principe de crédibilité : la dissuasion nucléaire exige la création et la démonstration de capacités techniques. C’était le rôle des essais suspendus pour une durée indéterminée en 1994 et interdits par un traité (TICE).

. Principe de permanence : la SDN est assurée par le chef de l’État, seul décideur, disposant 24h/24 des codes électroniques et des moyens de transmission aux forces stratégiques aériennes en veille et aux sous-marins en patrouille.

. Principe d’incertitude : « l’effet dissuasif résulte de la combinaison d’une certitude et d’incertitudes dans le champ mental d’un candidat agresseur : certitude quant à l’existence d’un risque inacceptable… incertitudes sur les conditions exactes d’application du modèle en cas d’ouverture des hostilités. »

. Principe de suffisance : pour une puissance moyenne comme la France en quantité et en qualité ni trop, ni trop sophistiqué.

C’est ce que l’on nommait durant la Guerre froide « dissuasion du faible au fort » (le Fort était l’Union Soviétique que les dirigeants français eurent la sagesse de ne jamais nommer explicitement). Pour éviter de se lancer dans une ruineuse course aux armements, il faut et il suffit de satisfaire à deux conditions

. a. Détenir une force nucléaire invulnérable capable de riposter en cas d’agression (les sous-marin nucléaires lanceurs d’engins – SNLE – sont durablement indétectables). Il est indispensable de prévoir une redondance en cas de défaillance humaine ou technique.

. b. Avoir la capacité à traverser les défenses adverses.

Quelle stratégie nucléaire européenne ?
La force océanique stratégique, l’une des deux composantes de la force de frappe nucléaire française
Avec l’autorisation de l’auteur, Ewan Lebourdais, photographe maritime. Crédit photo Ewan Lebourdais www.ewan-photo.fr
Ewan-Lebourdais
 

L’interception à 100% n’existe pas. Le dommage reste tolérable si les charges explosives sont classiques mais si elles sont nucléaires le problème change complètement. Une salve de SNLE envoie 96 charges pouvant « vitrifier » potentiellement autant de cibles. Aucune défense ne parviendrait à les intercepter quels que soient les progrès réalisés. D’autant plus que ces têtes sont environnées de leurres, manoeuvrantes (changement de trajectoire) et furtives (faible signature radar). Cette supériorité durable de l’agression sur la protection fait donc de la SDN l’unique parade.

.Principe de proportionnalité  : le volume des destructions dites « insupportables » est rapporté à la valeur de l’enjeu ; en l’occurrence l’invasion et la conquête de la France valent-elles l’anéantissement d’un ou plusieurs centres vitaux de l’agresseur ?

Dès lors que cibler ? Anticités (les hommes) ou antiforces (les armes) ? Les progrès de la précision permettent un ciblage plus fin sur des surfaces réduites. Le discours officiel affiche que la France ne vise plus les villes mais les centres de commandement des forces nucléaires et les centres politiques décisionnels. Toutefois, on relèvera que de telles cibles se situent rarement au cœur des déserts mais ont le mauvais goût de se trouver profondément enfouies au beau milieu de zones densément peuplées.
La création d’une dissuasion stratégique nucléaire européenne devra donc souscrire à l’ensemble de ces principes. Comment et avec quels aménagements ?
La valeur de l’enjeu pour l’agresseur changerait de dimension. Des intérêts vitaux de la France seule, on passerait à ceux de l’ensemble des États membres de l’Union européenne ou, à tout le moins, de ceux qui consentiraient à se joindre.

Le calcul de la proportionnalité s’en trouverait affecté se répercutant ipso facto sur le principe de suffisance. En raison de sa souplesse et de sa visibilité La composante aérienne doit-elle être développée ? En conséquence, la quantité d’armes nucléaires devra-t-elle augmenter ? Le positionnement territorial doit-il s’étendre, où et jusqu’où ?
La France pourrait-elle étendre une dissuasion nucléaire élargie aux intérêts de ses partenaires européens ? Le « parapluie » nucléaire déclaré par les dirigeants des États-Unis depuis Mc Namara, ministre de la défense de Kennedy a fait souvent l’objet d’un scepticisme sur sa crédibilité, à commencer par celui du général de Gaulle. Donald Trump expose ouvertement le caractère éminemment égoïste de l’arme nucléaire. Qui peut encore croire aujourd’hui que ce Président et ses successeurs sacrifieraient New York pour Varsovie, Berlin ou Paris ? A fortiori les citoyens des pays de l’Europe sont-ils prêts à faire dépendre leur existence de la décision du seul président français ? Qui pourrait croire qu’il sacrifierait Paris pour Tallin ? En vérité si les alliés (européens et asiatiques) ont pensé pouvoir se fier à l’engagement des États-Unis c’est en raison de la puissance grandissante des forces conventionnelles américaines capables de s’opposer efficacement à des agressions non-nucléaires.

Toute comparaison avec les États-Unis relève donc de l’absurde. Ensemble, les États de l’UE disposent-ils de 11 porte-avions ? De 14 sous-marins-nucléaires stratégiques ? Leurs marines verrouillent-elles les voies du commerce mondial ? Contrôlent-ils l’Espace ? La petite grenouille européenne n’atteindra pas l’énormité du bœuf américain. Mais serait-ce bien nécessaire dès lors que leurs gouvernements procèderaient à une évaluation objective de la menace réelle, exempte de préjugés idéologiques et d’intérêts corporatistes ?

Venons-en au nerf de la dissuasion à savoir le coût : ce « partage du fardeau », tracas permanent de l’OTAN. Des États comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne sont-ils disposés à payer pour l’édification d’une dissuasion nucléaire dite européenne sans pour autant disposer de l’accès à l’ultime décision ?

L’argent c’est aussi du temps.

Une stratégie nucléaire unique multi-étatique ne s’improvise pas du jour au lendemain. Oublie-t-on que certains membres de l’UE ne perçoivent pas la Russie comme une menace ; que d’autres, comme l’Autriche, sont leaders en faveur de l’interdiction des armes nucléaires ? Enfin, et ce n’est pas peu, où viendrait se loger le Royaume-Uni post-Brexit dans ce dispositif ?

Quand bien même la volonté serait forte et largement partagée, de mettre sur pied politiquement, financièrement et techniquement une dissuasion nucléaire rassemblant certains États européens cette entreprise prendra du temps, de l’ordre de plusieurs années. A quoi ressemblera la Fédération de Russie, comment aura évolué la compétition américano-chinoise d’ici cinq à dix ans ?

C’est au pied de la guerre que l’on voit le véritable allié, quand le réalisme égoïste reprend ses droits glacés.

Les déclarations (franco-allemandes, franco-britanniques) du temps de paix n’expriment souvent que de grandes illusions ou des vœux pieux qui ne coûtent rien. C’est au pied de la guerre que l’on voit le véritable allié, quand le réalisme égoïste reprend ses droits glacés. Or depuis vingt ans, à chaque crise (financière, migratoire, sanitaire – Covid- et militaire – Ukraine-) l’UE a exhibé son impréparation, sa lenteur de réaction et surtout ses divisions. La création d’une DNE crédible entre en donc en flagrante contradiction avec l’existence même de l’UE sous sa forme et son fonctionnement actuels.

Il faut donc revenir aux fondements du projet communautaire.
Ceux des pays de l’Europe qui partageraient une conception rigoureusement identique de leur situation mondiale au point de fusionner leurs intérêts vitaux auront à s’accorder sur un cadre politique durable définissant des buts communs, dans une sorte de Charte ; à se doter en conséquence d’une alliance militaire telle qu’une Société européenne de Défense aussi longtemps que jugé nécessaire ; à se garantir par une Communauté européenne de Renseignement.

Française ou européenne, la stratégie de dissuasion nucléaire n’échappe pas à une règle absolue : elle n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique en sorte que l’on ne saurait mettre la charrue atomique avant les bœufs politiques.

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Dossier géopolitique et stratégique : Le nucléaire

La bascule stratégique en cours depuis février 2025 replace la dissuasion nucléaire au coeur de la garantie de sécurité française, voire européenne.

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[1] NDLR : Voir aussi Vidéo. Un stratège français d’envergure : P.-M. Gallois et le nucléaire, Diploweb.com, 2017 https://www.diploweb.com/Un-stratege-francais-d-envergure-P-M-Gallois-et-le-nucleaire.html

[2] NDLR : Voir aussi Vidéo. Lucien Poirier, stratège français de la dissuasion nucléaire, Diploweb.com, 2017 https://www.diploweb.com/Video-Lucien-Poirier-stratege-francais-de-la-dissuasion-nucleaire.html