Le nombre d’avions A400M destinés à l’armée de l’Air dépendra du « futur cargo médian tactique » européen

Le nombre d’avions A400M destinés à l’armée de l’Air dépendra du « futur cargo médian tactique » européen

https://www.opex360.com/2023/11/07/le-nombre-davions-a400m-destines-a-larmee-de-lair-dependra-du-futur-cargo-median-tactique-europeen/


En outre, d’autres pays clients, comme l’Espagne, ont également l’intention de revoir à la baisse le nombre d’A400M commandés. Évidemment, cela n’est pas sans conséquence sur le plan de charge de son constructeur, à savoir Airbus. Cependant, lors d’une récente audition à l’Assemblée nationale, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, ne s’est pas montré trop inquiet.

« La pérennité du programme A400M repose […] sur un équilibre entre ce qui est fait en domestique et l’exportation. Il y a aujourd’hui un certain nombre de pays qui ont passé commande d’A400M et il y a aussi pas mal de prospects à l’export. Nous travaillons en bonne intelligence avec Airbus pour être sûrs qu’on ne tombe pas dans une situation qui conduirait à l’arrêt de la chaîne [de production, ndlr] », a en effet expliqué M. Chiva aux députés.

Cependant, les commandes à l’exportation sont pour le moment timides, avec moins de dix appareils acquis par trois pays différents [Malaisie, Kazakhstan et Indonésie]. En outre, les restrictions imposées par l’Allemagne compliquent certaines discussions, comme celles avec les Émirats arabes unis, pour six exemplaires. Et, pour le moment, l’avion de transport qui a le vent en poupe est le C-390 du brésilien Embraer, qui a séduit le Portugal, la Hongrie, les Pays-Bas, l’Autriche et la République tchèque. La Suède pourrait suivre.

Quoi qu’il en soit, pour le député Frank Giletti, rapporteur pour avis sur les crédits alloués à l’armée de l’Air & de l’Espace, cette réduction de cible du programme A400M est une erreur.

En plus d’être « incohérente avec les besoins accrus de projection de puissance en outre-mer », cette réduction de cible « entre […] en contradiction avec l’évolution à venir des contrats opérationnels de l’armée de l’Air et de l’Espace » car il est « en effet vraisemblable » que ceux-ci « aboutiront à augmenter le dimensionnement de la force de l’échelon national d’urgence renforcé [ENU-R], ainsi que sa distance de déploiement. Or, seul l’A400M peut répondre à ce besoin d’allonge stratégique, grâce à ses capacités d’emport », estime le député.

En outre, relève-t-il, cette diminution du format « est particulièrement intempestive, en ce qu’elle intervient alors que les A400M sont sur-sollicités en opérations [Soudan, Libye, Niger…] et sont même utilisés pour des missions pour lesquels ils n’étaient pas prévus initialement, telles que l’entraînement au saut des troupes aéroportées, faute de disponibilité des avions de transport du segment médian ».

Justement, afin de préparer le remplacement de tels appareils [CN-235, C-130H Hercules], le programme FMTC [Future Mid-Size Tactical Cargo / Futur Cargo Median] fait actuellement l’objet d’un financement européen, au titre de la Coopération structurée permanente [CSP/PESCO]. Celui-ci bénéficie d’un accompagnement de l’Agence européenne de défense [AED], afin de définir les « exigences communes » entre les pays participants, dont la France, l’Allemagne et la Suède.

Lors de l’examen du projet de LPM 2024-30, il avait été avancé que ce FMTC pourrait être doté des mêmes turbopropulseurs TP-400 de l’A400M, ce qui en ferait une sorte de « A200M » tout en procurant plusieurs avantages [pas de coûts de développement, maintenance facilitée, etc].

Mais pour le moment, la perspective de voir voler un tel appareil est encore lointaine. « L’A200M est en fait une proposition d’Airbus, issue d’une étude préliminaire. L’idée est relativement simple : c’est un mini A400M, avec les mêmes moteurs, ce qui permettrait un emploi plus tactique », a rappelé M. Chiva devant les députés. « Mais, pour moi, c’est un peu prématuré de savoir ce que l’on peut faire de cette idée. D’ailleurs, on n’aime pas trop l’appeler A200M pour être précis. Quel sera son modèle économique, ses coûts, sa soutenabilité? Donc, pour l’instant, ce sont plutôt des réflexions préliminaires », a-t-il ajouté.

Quoi qu’il en soit, FMTC ou A200M… Là n’est pas la question. En revanche, ce programme d’avion cargo médian ne sera sans doute pas sans conséquence sur la suite à donner au programme A400M. C’est, en tout cas, ce qu’a suggéré le député Mounir Belhamiti, rapporteur du programme 146 « Équipement des forces – Dissuasion ».

« La LPM 2024-2030 prévoit une cible d’au moins 35 A400M en 2030. La cible définitive dépendra, d’une part, de l’issue des travaux engagés au niveau européen au titre du futur cargo médian tactique et, d’autre part, des perspectives export pour l’A400M, dès lors que les commandes nationales des pays impliqués dans le développement de l’aéronef ne sont pas suffisantes pour assurer en l’état la pérennité de la chaine de production d’A400M », a en effet résumé M. Belhamiti, dans le rapport pour avis qu’il vient de remettre.

Avancées multiples pour le programme SCORPION

Avancées multiples pour le programme SCORPION

– Forces opérations Blog – publié le

Entre qualifications de nouvelles variantes et déploiement dans les forces, le programme SCORPION de l’armée de Terre progresse vers les principaux objectifs fixés pour 2023, dont l’atteinte de 25% de la cible globale fixée pour 2035.

D’ici fin 2023, près de 300 Griffon, Jaguar et Serval supplémentaires auront été livrés au client français par les groupements formés par Nexter, Arquus et Thales d’un côté, par Nexter et Texelis de l’autre. Plus d’un quart des véhicules SCORPION attendus d’ici à 2035 seront alors en service dans l’armée de Terre, jalon symbolique d’une « modernisation qui se poursuit », pointait son chef d’état-major, le général Pierre Schill, début octobre en audition parlementaire. Plusieurs avancées ont été officialisées cette semaine, les plus marquantes relevant du Serval.

Serval : six exemplaires ont été livrés au Centre d’appui et de préparation au combat interarmes (CAPCIA-51e RI) de Mourmelon, annonçait hier la Direction générale de l’armement. Le 25 septembre, celle-ci qualifiait les versions sanitaire et observation d’artillerie du Serval « véhicule de patrouille blindé ». « Les véhicules Serval VPB OA et VPB SAN ont subi chacun une campagne d’essais respectivement de 7 et 15 semaines », indique la DGA, qui aura mobilisé quatre de ses centres d’expertise et d’essais pour l’occasion.

Si le VPB SAN équipera le personnel médical mobile du Service de santé des armées, l’autre modèle aura pour vocation de « transporter une équipe d’observateurs avancée JTAC (Joint Terminal Attack Controller) et d’assurer les communications entre les moyens engagés au sol et les capacités d’appui aérien ». Les travaux se poursuivent par ailleurs sur d’autres variantes, dont certaines plus complexes relatives à la guerre électronique, la défense surface-air ou les communications tactiques. 

Griffon : pas de livraisons annoncées, mais une version engin poste de commandement (EPC) bientôt dotée d’un terminal de communication satellitaire en mouvement (SATCOM On The Move) conçu par Thales. Cinq exemplaires seront fournis pour équiper autant de véhicules et former une capacité mise à contribution dès la fin de cette année. Les versions sanitaire (SAN) et d’observation d’artillerie (VOA) sont quant à elles entrées récemment en ligne sur le site roannais de Nexter, épicentre du volet industriel de SCORPION.

Jaguar : là aussi, pas de livraisons mais la réalisation il y a peu des premiers tirs en mouvement sur cibles mobiles à partir du canon téléscopé de 40 mm. Un jalon franchi avec succès sur le parcours de tir de Lagne du camp de Canjuers (Var) et qui préfigure l’adoption, en théorie l’an prochain, d’un nouveau standard dit « R2 ». 

Cette dynamique globale se maintiendra en 2024, « année au cours de laquelle nous allons passer de 25% de notre scorpionisation à 36% », annonçait le CEMAT. Selon le ministère des Armées, 33 Jaguar, 138 Griffon, 8 Griffon MEPAC et 103 Serval seront perçus par les forces l’an prochain. Près de 1,5 Md€ sont également prévus en autorisations d’engagement pour l’acquisition de 253 Griffon, 45 Jaguar et 97 Serval supplémentaires. S’agissant des commandes, SCORPION sera alors parvenu aux trois-quarts du parcours.  

Derrière le volet matériel, l’armée de Terre s’apprête à valider l’un des objectifs majeurs de sa transformation : l’opérationnalisation d’une première brigade interarmes SCORPION, principal enjeu de l’exercice technico-opérationnel BIA 23 conduit prochainement par les régiments de la 6e brigade légère blindée. 

Crédits image : 3e RPIMa/armée de Terre

La France laisse entendre qu’elle n’est pas intéressée par l’idée d’un « porte-avions européen »

La France laisse entendre qu’elle n’est pas intéressée par l’idée d’un « porte-avions européen »

https://www.opex360.com/2023/10/19/la-france-laisse-entendre-quelle-nest-pas-interessee-par-lidee-dun-porte-avions-europeen/


 

« À moyen-long terme, il sera inévitable de se poser la question d’un porte-avions européen », a-t-il en effet déclaré, reprenant ainsi une proposition qui avait été faite en 2019 par Annegret Kramp-Karrenbauer, alors ministre allemande de la Défense.

À l’époque, et au-delà des défis industriels, technologiques et militaires, cette idée avait été écartée par le gouvernement français. « Construire un porte-avions à plusieurs est une chose, le mettre sous un commandement européen en est une autre. Là, c’est beaucoup plus compliqué », avait-il résumé, par la voix de la ministre des Armées, Florence Parly.

Est-ce parce que le nom de Thierry Breton fait partie de ceux cités pour conduire la liste de majorité présidentielle aux prochaines élections européennes? Toujours est-il que, interrogé sur cette proposition de porte-avions européen lors d’une nouvelle audition à l’Assemblée nationale, ce 19 octobre, Sébastien Lecornu, l’actuel ministre des Armées, a fait preuve de « diplomatie ».

« Parler de porte-avions sans parler de groupe aéronaval n’a aucun sens. Ce qui est intéressant tactiquement, c’est le groupe aéronaval dans son ensemble », a commencé par dire M. Lecornu.

Cependant, il a ensuite réfuté l’idée que M. Breton était « hors sol » quand il a avancé cette proposition de « porte-avions européen ».

« Beaucoup de pays européens expriment ce besoin. […] Donc, il y a des réflexions. C’est objectivement un serpent de mer. Donc, Thierry Breton essaie aussi de satisfaire des demandes de pays ayant une marine et ne pouvant évidemment pas se payer un groupe aéronaval », a développé M. Lecornu.

Une précision sur ces pays européens ayant l’ambition de disposer un porte-avions aurait été bienvenue. Parmi les 27, on peut d’ores et déjà rayer de la liste les États membres n’ayant pas de façade maritime [Autriche, Hongrie, Slovaquie, République tchèque]. Quant aux autres, certains ont déjà des difficultés pour se procurer des corvettes ou des frégates… Et peu peuvent se targuer d’avoir une marine de premier rang, notamment pour des raisons géographiques [comme les pays baltes, voire la Bulgarie et la Roumanie].

Il ne resterait donc qu’une poignée de pays européens susceptibles de vouloir un porte-avions européens… sachant que l’Italie dispose déjà de porte-aéronefs [Cavour et Trieste], de même que l’Espagne [Juan Carlos Ier]. Aussi, on peut supposer que l’Allemagne, les Pays-Bas [qui a abandonné ses capacités aéronavales en 1968], voire la Belgique et le Danemark [qui a une forte tradition maritime] seraient sans doute séduits par la proposition de M. Breton.

En tout cas, celle-ci n’intéresse pas la France. Du moins, c’est ce que M. Lecornu a laissé entendre. « Cette déclaration [de M. Breton] n’a aucune incidence sur ce que nous avons lancé, c’est à dire l’entretien du Charles de Gaulle, la modernisation et la soutenabilité de la flotte d’avions embarqués, les travaux du PA NG [porte-avions de nouvelle génération] dont la Loi de programmation militaire consacre son caractère irréversible », a-t-il expliqué.

« Le porte-avions est un instrument de souveraineté absolue », ce qui n’exclut pas sa participation à des missions multinationales ainsi que la présence de navires européens au sein de son groupe aéronaval, a poursuivi le ministre.

« Si on regarde objectivement les choses, en Méditerranée, vous avez un groupe aéronaval américain et vous avez le groupe aéronaval du Charles de Gaulle. Et au fond, ce sont quand même les deux groupes aéronavals qui structurent la sécurité », a-t-il fait valoir. Aussi, « il n’y a pas de sujet sur ce point », d’autant que le porte-avions participe aussi à la dissuasion [via la Force aéronavale nucléaire, FANu], a conclu le ministre.

La veille, également interrogé sur cette proposition de porte-avions européen lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le Délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a été plus « expéditif » dans sa réponse, en se plaçant du seul point de vue opérationnel [son « couloir de nage », a-t-il dit].

« Je ne vais pas m’exprimer à la place de ceux qui définissent la stratégie politique et les besoins opérationnels. Ce n’est pas à la DGA [Direction générale de l’armement] de le faire. Néanmoins, il faudrait d’abord avoir un besoin commun qui soit exprimé pour un tel outil. Et je rappelle que la France est un pays un peu particulier dans la mesure où elle est une puissance dotée [de l’arme nucléaire, ndlr]. Et donc elle a besoin de capacités de dissuasion qui ne seraient pas forcément les mêmes à l’échelon européen. Nous, on pousse à l’interopérabilité entre les différents systèmes plutôt que s’interroger [sur cette idée de porte-avions européen, ndlr] », a résumé M. Chiva.

Comme SCAF, MGCS redevient le programme politique qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être

Comme SCAF, MGCS redevient le programme politique qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être


mgcs illustration rheinmetall

Depuis plusieurs mois, l’avenir du programme franco-allemand Main Ground Combat System, ou MGCS, était dépeint très sombrement des deux cotés du Rhin. Il ne s’agissait alors pas uniquement d’extrapolations de presse teintées d’une certaine rivalité entre les deux pays et leur industrie de défense, mais également de sérieuses réserves exprimées à mots couverts par des sources industrielles, militaires et politiques, proches du dossier.

Après une première rencontre en juillet entre les deux ministres de tutelle qui n’aboutit qu’à la demande, aux états-majors de l’Armée de terre et de la Bundeswehr, de la rédaction d’un HLCORD (High Level Common Operational Requirements Document), une expression de besoins commune pour encadrer le programme à venir.

Une rencontre critique pour l’avenir de MGCS entre Sébastien Lecornu et Boris Pistorius

De fait, la pression était grande sur Sébastien Lecornu et Boris Pistorius, concernant le succès de leur nouvelle rencontre qui s’est déroulée sur la base aérienne d’Evreux ce 21 septembre.

Il s’agissait, en effet, de sortir le programme MGCS de l’état de stase dans lequel il se trouve depuis son lancement en 2017, et ainsi garantir sa pérennité, avec elle, celle du programme SCAF qui lui est intimement lié.

MGCS lecornu pistorius juillet 2023
Sébastien Lecornu et Boris Pistorius à Berlin pour discuter du programme MGCS en juillet 2023

De nombreuses pistes avaient été évoquées ces dernières semaines à ce sujet, allant de l’abandon pur et simple de la coopération franco-allemande entamée en 2017, à l’arrivée de l’Italie dans le programme imposée par la France.

Les deux hommes sont, semble-t-il, parvenus à trouver un terrain d’entente, en appliquant la même approche que celle qui permit au programme SCAF, lui aussi empêtré dans des luttes industrielles autour du partage industriel, de sortir de l’ornière mortifère dans lequel il se trouvait.

Reprise en main politique et leadership des agences de l’armement

Comme pour SCAF, le programme MGCS, qui est avant tout un programme d’essence politique visant à consolider les coopérations industrielles et milliaires entre Paris et Berlin, sera donc piloté par le Politique, plus précisément par les agences de l’armement des deux pays, la DGA française et le BWD allemand.

Il s’agit, par cette approche, de mettre fin aux disputes qui ont bloqué le programme depuis 7 ans, notamment depuis l’arrivée de Rheinmetall aux côtés de KNDS en 2019.

armin papperger rheinmetall KF51 Panther
Le CEO de Rheinmetall, Armin Papperger, n’a pas caché ses ambitions divergentes vis-à-vis du programme MGCS

On notera que cette reprise en main politique est loin d’être mal reçue par certains industriels. Ainsi, il y a quelques semaines, le CEO de KNDS, Frank Haun, appelait expressément à cela pour sortir le programme de l’ornière dans laquelle il était.

Il en ira autrement pour Rheinmetall, qui avait fait de son potentiel de nuisance au sein du programme, une stratégie industrielle et commerciale au service de la promotion de son char de génération intermédiaire KF51 Panther.

Un programme à parité budgétaire et industrielle, construit sur des piliers, comme SCAF

Bien que relativement concises, les déclarations de Sébastien Lecornu et Boris Pistorius à l’issue de la rencontre d’Evreux, permettent de tracer une cartographique de l’avenir du programme MGCS et de la coopération industrielle en son sein.

Strictement équilibré à son lancement, tant du point de vue industriel que budgétaire, lorsque attribué à la coentreprise KNDS, le programme fut grandement déstabilisé en 2019 avec l’arrivée de Rheinmetall imposée par le Bundestag.

Nexter canon ASCALON
Nexter developper le canon de 150 mm ASCALON pour équiper le char lourd du programme MGCS

En effet, le groupe de Düsseldorf exigeait d’obtenir un tiers des sous-programmes, notamment pour ce qui concernait l’armement principal avec le canon de 130 mm L/55, jusque-là visé par Nexter au sein de KNDS, avec le canon ASCALON de 140 mm.

Il fallait donc aux pilotes du programme de résoudre une équation sans solution, avec un partage industriel à parité reflétant la parité de l’investissement budgétaire des deux pays et des industriels allemands qui restaient inflexibles sur l’obtention d’un tiers des travaux chacun.

Pour répondre à ce blocage, MGCS sera désormais piloté par pilier, à l’instar du programme de SCAF. Chacun d’eux sera lui-même piloté par un industriel, avec la participation d’autres industriels appartenant aux deux pays.

Cette approche propose une plus grande flexibilité en matière de partage industriel. En effet, les piliers sont eux-mêmes scalaires, pour qu’il soit ainsi possible de répartir objectivement les attributions et participations de sorte à respecter une parité industrielle stricte reflétant la parité budgétaire.

KF51 Panther Rheinmetall
Le KF51 Panther est présenté par Rheinmetall comme une alternative efficace et économique au programme franco-allemand

Le pilotage ultime étant politique, il sera bien plus difficile aux industriels, et notamment à Rheinmetall, de jouer l’obstruction tactique pour venir handicaper le programme. Il sera donc très probablement bien plus pertinent pour le groupe allemand de rentrer dans le rang afin d’obtenir la meilleure participation industrielle.

Pas d’Italie avant la fin de la première phase

Il s’agit là incontestablement d’une avancée majeure, et d’une certaine manière, d’une victoire de KNDS sur Rheinmetall. C’était d’ailleurs pour parvenir à un résultat similaire que la France avait laissé fuiter l’hypothèse de l’arrivée imposée de l’Italie au sein du programme.

Il s’agissait alors, par cela, d’amener à une réorganisation du programme et de son partage industriel, en venant minimiser mécaniquement la part de Rheinmetall et en forçant à une redéfinition complète de l’organisation industrielle en son sein.

L’accord obtenu entre Paris et Berlin ce 21 septembre rend évidemment cette stratégie, aux fondements en partie contestable par la proximité commerciale et industrielle de l’Allemagne et de l’Italie, obsolète.

Chaine de production Krauss Maffei Wegmann Leopard 2
Chaine de production de Krauss-Maffei-Wegmann pour le Leopard 2

Ce n’est pas pour autant que l’arrivée de Rome, et d’autres européens, au sein de MGCS a été rejetée. Au contraire, elle est désormais encadrée d’une procédure, et d’un calendrier.

Ainsi, à l’issue de la première phase d’organisation et de rédaction du cahier des charges industriel qui demeurera dans les semaines à venir, d’autres pays européens pourront rejoindre le programme courant 2024.

Ils auront d’abord la qualité d’observateur, comme c’est le cas aujourd’hui de la Belgique dans le programme SCAF, et pourront par la suite intégrer le programme industriel lui-même.

Cette approche, raisonnable au demeurant, permet de limiter le nombre d’avis et d’expressions de besoins lors de la phase de conception initiale, pour conserver une trajectoire technologique, industrielle et opérationnelle maitrisée, et ainsi éviter les dérives que l’on a pus observer autour du programme NH90, par exemple, avec presque autant de version de l’appareil qu’il n’y avait de partenaires.

Une échéance ramenée à 2040-2045

Si Berlin a accepté des compromis concernant l’organisation industrielle, c’est aussi le cas de Paris, sur le tout aussi sensible sujet du calendrier. En effet, contrairement à l’Allemagne qui dispose des évolutions du Leopard 2 et, éventuellement, du KF51 Panther, pour assurer l’intérim opérationnel et commercial dans les années à venir, ce n’est pas, pour l’heure tout au moins, le cas de la France avec le Leclerc.

Évolution du Leopard 2
Les évolutions du Leopard 2 voient leur marché s’étendre par le report de 10 ans du programme MGCS

Dès lors, le calendrier initial du programme MGCS, qui visait une entrée en service en 2035, était crucial pour le remplacement des Leclerc de l’Armée de Terre. En revanche, pour les industriels allemands participant au Leopard 2A8, au KF51 ou au futur et mystérieux Leopard 2AX, cette échéance posait d’importants problèmes de chevauchement des marchés.

Dès lors, de nombreuses voix, industrielles, politiques et même militaires, s’étaient élevées outre-Rhin, pour appeler à un glissement de MGCS au-delà de 2040, et même de 2045, afin d’éteindre la période de commercialisation des dernières versions du Léopard 2, et du KF51.

L’échéance de 2035 était aussi remise en cause en France, en particulier par l’État-Major de l’Armée de terre, pour qui les délais nécessaires au développement et à la maturation des technologies clés de MGCS, notamment dans le domaine robotique, de l’intelligence artificielle et de l’engagement coopératif, n’étaient pas suffisants.

De fait, en acceptant publiquement une échéance à 2045 (2040 n’étant citée que pour atténuer l’effet d’échelon perçu), Sébastien Lecornu fait preuve de réalisme. Il donne aussi des gages aux industriels allemands, et particulièrement à Rheinmetall, pour obtenir un changement de posture.

Le problème de l’obsolescence des chars Leclerc français

Pour autant, cette échéance pose un important problème en France. En effet, La modernisation en cours du char Leclerc, est déjà jugée insuffisante par nombre de spécialistes du sujet, en particulier au regard des enseignements de la guerre en Ukraine.

char Leclerc Azur
Le char Leclerc, dans sa version AZUR comme MLU, sera certainement dépassé pour un engagement de haute intensité au-delà de 2030.

De fait, d’ici à 2030, l’Armée de terre disposera non seulement d’un parc de chars lourds particulièrement réduit avec uniquement 200 blindés, mais également de chars sensiblement dépassés dans certains domaines, pour pouvoir les engager efficacement en zone de combat de haute ou très haute intensité.

En outre, la nouvelle Loi de Programmation Militaire 2024-2030, qui vient d’être votée, n’offre à ce jour aucune marge de manœuvre budgétaire pour répondre à ce problème dans les années à venir.

De fait, la situation des capacités blindées lourdes de l’Armée de terre, au-delà de 2030, pourraient être particulièrement problématique, et ce, pendant une quinzaine d’années jusqu’à l’arrivée du MGCS. Il s’agit précisément la période de 2030 à 2045 qui, aujourd’hui, est perçue par les spécialistes du sujet, comme le pic des tensions internationales à venir.

L’hypothèse d’un partenariat avec les EAU pour développer une évolution du Leclerc

La solution pour Paris pourrait venir de l’unique client à l’exportation du char Leclerc, les Émirats arabes unis. En effet, des négociations seraient en cours avec Abu Dhabi, en vue de développer une évolution du char Leclerc dont 354 exemplaires sont en service au sein des armées émirati.

Chars Leclerc Émirats arabes unis
Les chars Leclerc des Émirats arabes unis doivent être modernisés ou remplacer dans les années à venir.

Cette approche permettrait à Paris de participer à ce programme conjoint avec les Émirats, et ainsi développer une version bien plus adaptée aux exigences opérationnelles de 2030, que ne le sera le Leclerc MLU, en le dotant, par exemple, d’un système de défense hard kill APS comme ceux qui équiperont les Leopard 2A8, les Challenger 3 ou encore les M1A2 Abrams.

Ce programme permettrait par ailleurs de renforcer la coopération industrielle militaire entre la France et les Émirats arabes unis, très en demande de ce type de partenariat, et ainsi éviter de perdre ce partenaire clé au profit d’autres acteurs émergents comme la Corée du Sud avec le K2 Black Panther, la Turquie avec l’Altay ou encore la Chine avec le VT4.

Conclusion

On le voit, les arbitrages menés par Paris et Berlin ces derniers jours, et exprimés par Boris Pistorius et Sébastien Lecornu à Evreux, ont le potentiel de sauver et de relancer le programme MGCS, si tant est que « relancer » soit effectivement le bon terme.

La nouvelle trajectoire présentée par les deux ministres est non seulement pertinente, elle est aussi, très probablement, la seule qui permette effectivement de préserver la pérennité de ce programme victime des ambitions industrielles et politiques depuis plusieurs années.

tourelle EMBT KNDS Nexter
La tourelle EMBT de KNDS pourrait représenter une évolution appréciable pour le char Leclerc

En d’autres termes, MGCS est désormais redevenu le programme politique qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être pour avancer. En effet, ni les industriels, ni les militaires, de part et d’autres du Rhin, n’avaient jusque-là dû collaborer pour avancer, ni n’avaient exprimé le besoin de le faire.

Toutefois, si le programme franco-allemand est dorénavant sur de bons rails et sur un calendrier réaliste, il impose à présent à la France, et au ministère des Armées, de concevoir rapidement une alternative intérimaire au Leclerc MLU pour maintenir les capacités opérationnelles de l’Armée de terre et industrielles de la BITD, jusqu’en 2045.

Dans ce domaine, la solution la prometteuse réside incontestablement dans un partenariat industriel et technologique avec les Émirats arabes unis, pour le développement d’une évolution du Leclerc, peut-être à partir de la tourelle EMBT, comme évoquée dans un précédent article.

Il faudra cependant faire preuve, avec Abu Dhabi qui sait désormais à quel point le sujet est critique pour Paris, d’une bonne dose de persuasion et d’une souplesse industrielle bien plus importante que celle dont ont fait preuve les négociateurs d’Airbus Helicopters, pour y parvenir.

Nexter et Naval Group ont fait voler un essaim de 100 drones lors d’une démonstration organisée avec l’armée de Terre

Nexter et Naval Group ont fait voler un essaim de 100 drones lors d’une démonstration organisée avec l’armée de Terre

https://www.opex360.com/2023/09/29/nexter-et-naval-group-ont-fait-voler-un-essaim-de-100-drones-lors-dune-demonstration-organisee-avec-larmee-de-terre/


 

Ainsi, lors de cette démonstration, organisée avec l’appui de la Section technique de l’armée de Terre [STAT], Nexter et Naval Group ont d’abord insisté sur la fonction « saturation », en faisant voler un essaim de cent mini-drones. Ce qui est autant spectaculaire qu’impressionnant, la scène semblant être tirée d’un épisode de la série télévisée Black Mirror… Disposer d’une telle capacité pourrait permettre d’infliger des dommages « considérables » à « moindre coût » laisse entendre Nexter/KNDS. Tout dépend, en réalité, des contre-mesures mises en place par l’adversaire…

Un autre fonction explorée est la reconnaissance, avec une formation de six micro-drones mis en oeuvre depuis un véhicule blindé multi-rôle léger [VBMR-L] Serval. En fonction de la charge utile emportée, ces appareils peuvent faire de la cartographie en temps réel, détecter des menaces potentielles ou bien encore marquer une cible. Cela étant, la vidéo diffusée par Nexter/KNDS n’évoque pas d’autres capacités intéressantes, comme celles consistant à leurrer une force adverse ou brouiller [ou relayer] les communications.

« Nexter et Naval Group ont pris l’initiative d’expérimenter des solutions afin d’amorcer des études sur ce sujet avec les Armées et la Direction générale de l’armement. Nous avons choisi de présenter différentes fonctions : auto-géolocalisation des véhicules, scan du terrain en temps réel, géolocalisation et agression de cibles. À terme, cela permettra d’augmenter les capacités des systèmes de Nexter et de Naval Group [afin] de donner à nos clients un avantage tactique sur leur adversaire », explique l’industriel.

« Nos essaims continuent de se développer… Nous n’avons pas l’habitude de communiquer sur notre travail mais quand nos clients le font nous en sommes très contents », a commenté Icarus Swarms.

Cela étant, la DGA, via l’Agence de l’innovation de Défense [AID], a déjà lancé, dans ce domaine, le programme TAMOS [pour « Tactical Multi-Objectices Swarming UAVs], confié à Safran Electronics & Defense et Squadrone-System.

Ce « projet prévoit la mise en œuvre d’essaims de drones pour permettre la réalisation d’une ou plusieurs missions, avec la capacité d’adapter et de reconfigurer les flottes dynamiquement, le tout contrôlé par un superviseur intelligent », avait expliqué l’AID, dans son bilan d’activités pour l’année 2022, publié en juin dernier. Si elles sont susceptibles d’être intégrées au Système de combat aérien du futur [SCAF], les solutions développées dans le cadre de TAMOS pourraient aussi avoir des applications terrestres et maritimes… ou même rendre possible la coordination entre des robots de différents types.

Un 11e Griffon VOA livré à l’armée de Terre

Un 11e Griffon VOA livré à l’armée de Terre


Un 11e Griffon « véhicule d’observation d’artillerie » (VOA) a été livré le 11 septembre à l’armée de Terre par la Direction générale de l’armement (DGA). Une version dédiée aux régiments d’artillerie et bientôt mobilisée pour l’atteinte d’un jalon majeur du programme SCORPION. 

La spécificité de ce membre de la famille Griffon ? L’intégration « d’un mât d’observation optronique, de moyens de pointage, télémétrie et désignation laser permettant l’observation, la désignation d’artillerie, voire de frappe aérienne avec présence d’un JTAC (Joint Terminal Attack Controller : contrôleur aérien avancé) », rappelle la DGA dans un communiqué diffusé aujourd’hui. 

Cette version embarque également un radar MURIN déployable hors du véhicule, un système de surveillance du champ de bataille conçu par Thales et en service depuis 2019 dans les batteries d’acquisition et de surveillance des régiments d’artillerie. 

Ce Griffon VOA vient s’ajouter aux cinq déjà livrés en 2023 et porte à 11 le nombre de véhicules fournis jusqu’à présent à l’armée de Terre. « Trois autres sont attendus d’ici la fin de l’année », complète la DGA. Ce parc initial équipera la Section technique de l’armée de Terre (STAT) et le 3e régiment d’artillerie de marine (3e RAMa).

Employé en juin lors de l’exercice Royal Black Hawk, le Griffon VOA le sera aussi en fin d’année lors de l’exercice BIA23. Six véhicules du 3e RAMa participeront à cette étape clé dans la constitution d’une première brigade interarmes SCORPION projetable. 

Crédits image : 1er régiment d’artillerie

Pour la première fois, la frégate Alsace a tiré avec succès un missile anti-navire MM-40 Block 3C

Pour la première fois, la frégate Alsace a tiré avec succès un missile anti-navire MM-40 Block 3C

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Mercredi 20 septembre 2023, la frégate multi-missions à capacité de défense aérienne renforcée (FREMM-DA) Alsace réalise un tir de missile EXOCET MM40 block3c sur une cible flottante au Levant. Ce tir est réalisé en coopération avec les équipes de la direction générale de l’armement (DGA) ainsi que l’industriel MBDA.

 

Seulement, la Marine nationale a dû patienter pour obtenir ses premières munitions « complexes » de ce type afin d’en équiper ses frégates multimissions [FREMM]. Annoncée pour 2018, leur livraison a finalement eu lieu en décembre 2022. Cela « tient d’une part, des retards industriels dans le développement, et d’autre part, de l’impact de la crise sanitaire [du covid-19, ndlr] sur les capacités industrielles », explique un document budgétaire du ministère de l’Économie et des Finances, publié en mars dernier.

Quoi qu’il en soit, et alors que la Marine nationale a fixé la norme d’un tir de munition complexe par navire de premier rang tous les deux ans afin d’accroître la préparation opérationnelle de ses unités, la frégate multimissions à capacité de défense aérienne renforcée [FREMM DA] Alsace aura été la première à effectuer un tir d’évaluation technico-opérationnelle d’un MM-40 Block 3C, dans une situation « représentative d’un combat en ambiance de guerre électronique », au large de Toulon, le 20 septembre.

« Ce tir a été réalisé avec succès dans des dispositions matérielles et humaines identiques à celles tenues en opération. Le missile a parfaitement suivi la trajectoire prévue, et a démontré les performances de son autodirecteur de dernière génération », a indiqué la Marine nationale, une semaine après cette évaluation, conduite lors de l’opération « Taennchel » [du nom d’un sommet du massif des Vosges, situé dans le Haut-Rhin].

Et de préciser : « la mise en place et la coordination des moyens nécessaires à la conduite et l’analyse du tir [cible marine, radars de trajectographie, moyens de télémesure et moyens optiques] ont été dirigées depuis l’ile du Levant par la Direction générale de l’armement [DGA Essais de missiles – site Méditerranée] qui a mis en œuvre toute son expertise technique ».

Successeur du MM40 B3, « déjà en service au sein de plusieurs marines autour du globe », rappelle MBDA, le MM-40B3C « s’appuie sur le savoir-faire acquis […] tout au long des améliorations successives de ce missile » et « affiche toutes les caractéristiques qui ont fait la renommée du missile, en particulier sa capacité ‘tous temps’ et sa grande flexibilité d’utilisation ». En outre, poursuit l’industriel, il est doté d’un « autodirecteur de nouvelle technologie » et de nouveaux « algorithmes missiles » développés « pour répondre aux nouvelles contraintes opérationnelles de la lutte antinavire ».

D’une longueur de 6 mètres pour un diamètre de 50 centimètres et une masse de plus de 800 kg, le MM-40B3C peut atteindre une cible située à plus de 200 km de distance, en volant à une altitude de 2 mètres [vol en sea-skimming, ndlr]. Ayant une faible signature radar et infrarouge, il a une capacité « tire et oublie » grâce à son système de navigation inertielle et son autodirecteur électromagnétique actif. Il est également en mesure de « discriminer » les cibles.

« Ce tir d’évaluation opérationnelle d’un EXOCET MM-40B3C, réalisé depuis la frégate multi-missions Alsace, a été un succès total. Il démontre les nouvelles capacités de cette toute dernière génération du missile, des évolutions majeures adaptées à un contexte de haute intensité », s’est félicité Éric Béranger, le PDG de MBDA.

« Je suis extrêmement fier de cette nouvelle réussite, l’EXOCET est pour MBDA un véritable symbole, et ce succès est une nouvelle preuve de l’excellence humaine et technique de MBDA. Je tiens à remercier les équipes de la DGA et de la Marine nationale pour la réalisation de ce tir », a-t-il conclu.

Un nouveau standard du blindé de reconnaissance et de combat « Jaguar » sera livré à l’armée de Terre en 2024

Un nouveau standard du blindé de reconnaissance et de combat « Jaguar » sera livré à l’armée de Terre en 2024

 

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Pourtant, quelques semaines plutôt, lors de l’examen de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 à l’Assemblée nationale, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait confié être « inquiet pour la livraisons des Jaguar », après avoir évoqué, sans donner de détails, des aléas affectant ce programme. « Ce n’est pas une critique, c’est la réalité : il va falloir qu’on mette les bouts pour tenir les délais », avait-il dit.

Cela étant, le magazine spécialisé DSI avait expliqué, en mars, que la tourelle du Jaguar n’était « pas stabilisée ». D’où des « retards importants » pour équiper le Régiment d’Infanterie Chars de Marine [RICM] afin de lui permettre de remplacer ses AMX-10RC, à l’instar du 1er Régiment Étranger de Cavalerie [REC].

Mais lors d’une audition au Sénat [dont le compte rendu s’est fait attendre durant plus de trois mois], le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a livré quelques détails sur ces « aléas » évoqués par le ministre.

« Concernant le Jaguar, je suis convaincu qu’il est un très bon équipement. […] Des ajustements sont encore nécessaires pour qu’il soit pleinement opérationnel. Les industriels ont bien intégré cet aspect », a fit le général Schill. Et d’annoncer qu’un « nouveau standard du Jaguar, doté d’un nouveau logiciel, sera livré par l’industriel mi-2024 ».

Pour rappel, le Jaguar est équipé d’une tourelle dotée d’un canon de 40 mm télescopé, d’une mitrailleuse téléopérée de 7,62 mm et de missiles Akeron MP [ex-MMP, fournis par MBDA, ndlr] qui, actuellement associés au viseur PASEO d’Optrolead, sont susceptibles de lui donner une capacité de tir au-delà de la vue directe, leur portée pouvant atteindre les 5 km. Mais celle-ci ne sera pas encore disponible sur le prochain standard de cet engin.

« Il ne fera pas encore du tir au-delà de la vue directe, mais il fera du tir en mouvement sur des cibles en mouvement. Si cette conduite de tir est performante, nous poursuivrons la transformation des régiments », a en effet expliqué le CEMAT.

Photo : armée de Terre

Pour le Délégué général pour l’armement, le coût de possession est le principal obstacle à un second porte-avions

Pour le Délégué général pour l’armement, le coût de possession est le principal obstacle à un second porte-avions

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À l’époque, le coût du porte-avions de nouvelle génération [PANG], appelé à succéder au Charles de Gaulle, avait été estimé à environ 4,5 milliards d’euros. Aussi, pour le chercheur, en acquérir un second ne pourrait qu’avoir un impact limité sur le budget du ministère des Armées [ainsi que sur les finances publiques] puisqu’une telle dépense représenterait 450 millions d’euros par an sur une décennie, soit 0,2% du PIB…

Quoi qu’il en soit, depuis le retrait du Foch et du Clemenceau, le débat sur « le » second porte-avions est devenu une sorte de « marronnier », qui permet par ailleurs de donner – ou pas – un peu de consistance aux programmes politiques en période électorale. Toujours est-il qu’un PANG donnerait à la Marine nationale un peu de flexibilité pour répondre aux sollicitations de l’exécutif en cas de crise.

Cela étant, lors de l’examen de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 au Parlement, un amendement a été adopté pour demander au ministère des Armées de réaliser des « études de coûts qui permettront au gouvernement de présenter au Parlement, en 2028, une estimation des crédits nécessaires à la conception, à la réalisation, à l’activité et à l’entretien d’un second porte-avions de nouvelle génération ainsi qu’aux infrastructures et aux dépenses de personnel liées à son fonctionnement ».

À l’antenne de BFMTV, le 28 août, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva a laissé entendre que l’étude demandée par les parlementaires avait d’ores et déjà commencé, alors que la LPM 2024-30 n’a été promulguée que le 1er août. Mais s’il a estimé que ce « serait très bien » de faire un deuxième porte-avions, il a tempéré les espoirs…

« Un deuxième porte-avions, ce sont des infrastructures, c’est un deuxiéme équipage, et ce n’est pas une chose simple, ce sont de nouveaux avions » sans oublier les « capacités d’entraînement » et le « soutien », a détaillé M. Chiva. « Donc, ce n’est pas juste un bateau c’est tout l’ensemble qu’il faut repenser », a-t-il insisté. En clair, le coût de possession constitue un obstacle…

Le principal souci concerne l’équipage, la Marine nationale ayant perdu la moitié de ses effectifs entre 1990 et aujoud’hui. Et ce qu’il était possible de faire il y a encore vingt ans ne l’est plus de nos jours.

« Nous n’avons plus les ressources humaines en propre permettant d’avoir des marins pour armer le noyau d’équipage du porte-avions en 2032 et atteindre 900 personnes en 2035 pour débuter les essais », avait déploré l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la Marine nationale, en 2021. Aussi, avait-il ajouté, au sujet de la mise en oeuvre du porte-avions de nouvelle génération, « soit on désarme un sous-marin nucléaire d’attaque tout neuf pour que ses atomiciens démarrent la chaufferie nucléaire en 2034, soit on recrute et on forme le noyau d’équipage – ce qui prend environ dix ans ».

Par ailleurs, commandant de la Force d’action navale [ALFAN] en 2019, l’amiral Jean-Philippe Rolland avait livré une estimation du coût de possession du porte-avions Charles de Gaulle, lors d’une audition parlementaire.

« En termes de coûts de possession, je suis mieux en mesure de vous donner des chiffres, qui sont ceux de l’état-major de la marine. Le coût de possession du porte-avions Charles de Gaulle s’élève à environ 200 millions d’euros par an, ce qui inclut aussi bien les rémunérations et les charges sociales [RCS] que l’entretien », avait confié l’amiral Rolland.

Et de préciser qu’il fallait compter « 120 millions d’euros pour l’entretien, 60 millions d’euros de RCS, 20 millions d’euros d’entretien des infrastructures associées ». Voilà qui donne une idée de ce qui coûterait un second porte-avions.

La DGA a lancé une campagne d’essais en vue d’autoriser le drone Reaper Block 5 à voler en France

La DGA a lancé une campagne d’essais en vue d’autoriser le drone Reaper Block 5 à voler en France

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Quant aux neuf autres drones Reaper, ils ont été – ou sont sur le point de l’être – portés au standard Block 5. Et au regard des modifications induites par cette modernisation [nouveau système électrique, suite logicielle et capteurs plus performants, etc.], il s’agit quasiment de nouveaux appareils… Ce qui nécessite un nouveau certificat de navigabilité pour les faire voler en France. Faute de quoi, ceux qui n’ont pas été déployés sur un théâtre d’opérations extérieur seront condamnés à rester dans les hangars de la base aérienne 709 de Cognac.

Le problème est que, depuis deux ans, et en raison d’une « incertitude » concernant leur nouvelle suite logicielle, la Direction générale de l’armement [DGA] n’a pas encore été en mesure de garantir la sécurité des vols de ces Reaper Block 5.

« En France, nous avons trois Block 5 mais nous n’avons pas encore l’autorisation de les faire voler : nous sommes en attente de l’accréditation du certificat de navigabilité pour opérer dans l’espace aérien en métropole. Une nouvelle version logicielle doit être intégrée sur ces appareils, puis être testée et validée par la DGA », a a effet récemment expliqué le commandant de l’escadron de drones 2/33 Savoie au magazine spécialisé Raids Aviation.

Cependant, cette situation ne devrait pas tarder à évoluer. En effet, le 4 août, via Twitter, la DGA a fait savoir qu’elle venait de superviser les premiers vols d’essais du Reaper Block 5 « dans sa version logicielle dit ‘2408’ au-dessus du territoire » national.

« Ces premiers essais vont permettre la réalisation des vols d’expérimentation par le Centre d’expertise aérienne militaire [CEAM] au profit de l’armée de l’Air & de l’Espace », a-t-elle ajouté. À noter que deux Rafale ont également été impliqués dans ces tests, en raison de leur « complexité ».

« L’étude des résultats des expérimentations permettra la mise en service du Reaper dans sa version logicielle 2408 », ce qui permettra à l’AAE « à s’entraîner sur le territoire français avec des contraintes limitées, tout en assurant la sécurité de la population survolée », a conclu la DGA.

Photo : DGA