Nouvelle-Calédonie : Réflexions sur un accord à venir (ou pas)

Nouvelle-Calédonie : Réflexions sur un accord à venir (ou pas)

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par Eric Descheemaeker – Revue Conflits publié le 3 mars 2025

https://www.revueconflits.com/nouvelle-caledonie-reflexions-sur-un-accord-a-venir-ou-pas/


Paris et Nouméa seraient sur le point de trouver un accord, que les deux parties attendent. Mais un accord pour faire quoi et pour quel but ? Réflexions sur la Nouvelle-Calédonie.

Alors que tout Paris et Nouméa bruissent des discussions qui pourraient parvenir – quoique cela semble en réalité peu probable – à un « accord » que tout le monde dit espérer comme la terre la pluie après une longue sécheresse, essayons comme à l’habitude de prendre un peu de recul sur l’actualité immédiate. C’est le but de ces Chroniques calédoniennes : réfléchir à haute voix, agiter des idées, suggérer, proposer. Libre à chacun, ensuite, d’en faire ce qu’il veut.

Deux remarques, d’abord, sur la nature même de ce processus. Pourquoi vouloir un « accord » – et un accord sur quoi, pour faire quoi ? On ne se pose qu’à peine la question, tant tout le monde semble partir du principe que celui de Nouméa ayant expiré (« cette solution définit pour vingt années l’organisation politique de la Nouvelle-Calédonie et les modalités de son émancipation », dit le point 5 du préambule), il faut bien le remplacer par quelque chose d’autre. Côté indépendantiste, ou séparatiste, de nouvelles « modalités d’émancipation » ; côté pro-français, une nouvelle « organisation politique ». Pourtant, il y au moins deux différences fondamentales entre 1998 et 2025, dont les implications sont considérables.

1998, 2025 : deux différences fondamentales

La première, c’est qu’il n’y a plus deux blocs face à face.

S’il y a une chose qu’on n’a pas reprochée à l’accord de Nouméa, comme avant à ceux de Matignon-Oudinot, c’est de ne pas être représentatifs de la population de l’archipel. Bien sûr, chaque camp a dû négocier avec ses propres troupes autant qu’avec son adversaire, mais il y avait bien, face à l’État, d’un côté une délégation indépendantiste (en 1998, le FLNKS en tant que tel), de l’autre, une délégation non-indépendantiste (en 1998 le RCPR). Aujourd’hui, à l’inverse, il n’y a plus un seul parti, ou une seule figure, rassemblant chacun des camps – à supposer même qu’on pût encore ranger tout le monde d’un côté ou de l’autre (quid des « non maintenant, oui plus tard » de l’Éveil océanien ?). Ce sont désormais pas moins de six délégations qui sont censées représenter – sans qu’on ne nous ait d’ailleurs expliqué pourquoi ni comment – les Calédoniens (dont on ne sait pas non plus qui ils sont, la définition même des parties intéressées étant, de manière un peu circulaire, un enjeu des négociations) ! Pas grand monde ne semble avoir remarqué, à haute voix tout du moins, que cela change radicalement la nature de l’exercice, puisque l’éventuel accord à venir ne serait pas bilatéral, mais multilatéral ; ni avoir posé deux questions pourtant fondamentales. Qui devrait le signer : toutes les six, ou bien une majorité (mais de qui ou de quoi) ? Et qui serait demain, dans un paysage politique calédonien en constante fluctuation, responsable de la parole ainsi donnée et de sa mise en application ?

La seconde, c’est la durée de cet accord (en tout cas telle que lui-même l’envisagerait). Matignon et Oudinot – dont on peut d’ailleurs considérer qu’ils forment un processus unique, le second ayant été conclu pour ne pas aller au référendum prévu par le premier – se donnaient une date d’échéance. C’est dans la logique d’un accord politique, qui est avant tout un accord de cessez-le-feu en échange de concessions réciproques. Mais celui à venir ? Pour ceux qui veulent faire sécession, sa limitation de durée va de soi : il s’agit de conduire, à nouveau, « Kanaky » vers sa « pleine émancipation », en 2053, par exemple.

Du côté loyaliste, c’est beaucoup moins clair. Ils veulent d’évidence un statut pérenne, ce qui semble la moindre des choses dans la mesure où nous sortirions des « dispositions transitoires » de Nouméa (et sa traduction juridique en droit français). Mais ils semblent réserver un droit à l’autodétermination de l’île, c’est-à-dire la possibilité unilatérale pour celle-ci de recommencer un processus référendaire qui pourrait, nécessairement, mener à la fin de ses propres dispositions. Et puis, il est peu probable qu’ils aient le désir de fixer « pour toujours » les grandes questions institutionnelles, surtout en ayant si peu préparé leur affaire. Sans compter, bien sûr, qu’en droit constitutionnel français tout ou presque est temporaire par nature : contrairement au Royaume-Uni et aux pays suivant son modèle, les Français changent structurellement de régime toutes les quelques décennies. Dans la mesure où, statistiquement, la Constitution de la 5e République n’en a plus pour très longtemps à vivre, il pourrait être intéressant de se demander ce qui arriverait alors aux dispositions concernant la Nouvelle-Calédonie…

Préparer l’avenir

Mais si, explicitement ou de manière tacite, l’accord conclu est lui aussi « pour vingt années » (ou « pour aussi longtemps qu’il pourra tenir politiquement »), alors il est évident qu’il ne réglera rien. Il ne ferait, comme Matignon et comme Nouméa, que remettre les problèmes à plus tard en échange d’un retour au calme immédiat. Que cela fasse le miel des séparatistes est une évidence. On comprend beaucoup moins bien comment cela pourrait satisfaire ceux qui pensent que non veut dire non, pas non maintenant, plus tard on verra.

Dans ces conditions, on peut se demander si la meilleure solution, d’un point de vue loyaliste, ne serait pas qu’il n’y ait pas d’accord : cela obligerait alors l’État à formuler lui-même un projet (incluant un suffrage universel ou quasi-universel pour les habitants de l’île, puisque la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme l’exige). En tous les cas, il serait inconcevable de signer un accord censé être autre chose que définitif sans se demander maintenant ce qu’il se passera lorsqu’il faudra, de nouveau, en sortir : c’est de ne pas s’être posé la question dès 1998 que l’accord de Nouméa agonise aujourd’hui, entraînant le Caillou dans son sillage. Il est vrai qu’on a eu 25 ans depuis pour anticiper le jour d’après et que cela non plus n’a pas été fait. Il fut un temps où gouverner c’était prévoir ; manifestement ces temps ne sont plus.

Nouméa ou Kanaky ?

Poursuivons le raisonnement. Ce que veulent les séparatistes, c’est d’évidence unkana « Nouméa-II » avec de nouvelles concessions françaises tout de suite et de nouveaux référendums pour plus tard, exigés par la Constitution puisqu’on ne peut pas se débarrasser d’un territoire sans l’accord de ses habitants. Référendums qu’ils espèrent bien gagner, ils nous l’ont montré depuis un an de la manière la plus transparente possible, en faisant fuir ceux qui pourraient s’opposer à eux. Dont acte. Mais alors que convient-il, en face, de vouloir ? Avant tout, nous semble-t-il, un statut effectivement pérenne au sein de la France, c’est-à-dire définitif dans son principe, même si on ne sait jamais ce que l’histoire nous réservera. Cependant, on l’a dit, d’une part, on voit mal un statut satisfaisant être conçu en quelques mois – toute la question des institutions, de leurs compétences, de l’éventuelle citoyenneté, etc. devra être revisitée – ; d’autre part, un accord transitoire serait pire encore que pas d’accord du tout, puisqu’il forcerait le Caillou à revivre ce qu’il a déjà vécu, tout en encourageant les plus radicaux des indépendantistes dans leur politique de « la valise ou le cercueil ».

Espérer que les problèmes s’évaporeront entre temps relève d’une pensée magique qui ne devrait plus avoir cours depuis longtemps.

Dans ces conditions, un accord général, en plus de n’être dans les faits pas réaliste, n’apparaît plus comme aussi désirable qu’on n’a tendance à le penser (du moins à haute voix). Un statut imposé d’en haut, mais qu’on aurait pris le temps de concevoir de manière intelligente, si possible en réfléchissant à la manière dont la Calédonie s’articulerait avec le reste de l’outre-mer français, et qui serait, lui, a priori aussi intangible que n’importe quelle autre norme constitutionnelle (ou constitutionnalisée), serait probablement bien meilleur. Les indépendantistes n’en voudront certes pas, mais qu’est-ce que cela change ? Ils ne veulent de toute façon de rien, sauf d’une indépendance aux frais du contribuable français. Quant à l’éternel chantage aux violences, on a vu à quoi y céder nous menait.

Trouver malgré tout un accord

Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à toute perspective d’accord, aujourd’hui en 2025. À moins d’être va-t’en-guerre, on ne peut que préférer la concorde à une division actée entre deux camps. Mais comme un accord global n’est ni possible ni sans doute même souhaitable, restreignons-le aux seules questions urgentes : le retour à la paix civile et l’élargissement du corps électoral pour les provinciales à venir. Tout le reste peut attendre. Reste la question de savoir comment obtenir un accord avec les indépendantistes (et d’ailleurs, on l’a dit, quels indépendantistes ?) sans rien leur donner de ce qu’ils disent vouloir. Question difficile à laquelle il serait bien prétentieux de prétendre avoir la réponse, mais c’est à cela qu’on devrait réfléchir, à Nouméa comme à Paris.

Deux pistes : un véritable travail d’explication du fait que, sans ce que la France apporte, les Kanaks seront les premiers à souffrir, bien plus qu’hier, bien plus qu’en 2024, et dans une mesure qu’ils n’ont visiblement pas l’air de comprendre. Travail qui devrait venir en large mesure de tous ces Kanaks qui l’ont, eux, déjà compris, et savent que l’histoire a noué leur destin à celui de la France. Et puis de véritables réformes économiques et fiscales qui permettraient à tous ceux qui le souhaitent de s’intégrer à la société commune dans des conditions plus justes qu’aujourd’hui (à ne pas confondre, bien sûr, avec le chèque social, aussi contre-productif que méprisant).

Un petit accord rapidement, modeste dans ses ambitions, mais qui pourrait réellement changer la vie des habitants de l’île, plutôt qu’un accord global, dont on voit mal comment il ne ferait pas que décaler les problèmes pour que ceux-ci nous reviennent encore plus violemment au visage dans une génération, et qui de toute façon, ne semble avoir aucune chance d’aboutir : voilà en tout cas une suggestion. Libre, comme toujours, à chacun d’en faire ce qu’il veut.

*Eric Descheemaeker est professeur à l’Université de Melbourne

Quand la réalité niée conduit au cauchemar

Quand la réalité niée conduit au cauchemar

par le Général (2s) Antoine MARTINEZ – publié le 25 février 2025   

https://www.minurne.org/billets/44455


Le titre de cette tribune reprend dans son esprit celui de l’étude publiée le 20 juillet 2022 (cf. ukraine-russie-du-fantasme-a-la-realite.pdf ), étude complétée par le point établi un an après le déclenchement de l’opération militaire russe (cf. Ukraine-Russie, un an de conflit ). Il confirme les propos prédictifs formulés alors à partir d’une grille d’analyse reposant sur un simple bon sens qui a beaucoup manqué à la très grande majorité des dirigeants européens qui n’ont pas su éviter le piège d’une guerre par procuration entre deux grandes puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Russie, et qui ont négligé totalement les intérêts de l’Europe et des peuples européens. Dans cet aveuglement généralisé, la France a, pour sa part, alors qu’elle présidait l’Union européenne (UE) au cours du premier semestre 2022, manqué un rendez-vous historique. La réalité reprend soudainement ses droits dans une période d’accélération de l’Histoire et le constat est aujourd’hui, après trois ans de guerre, brutal pour certains et le réveil sera douloureux pour beaucoup.

En effet, une certitude s’impose cruellement après trois ans d’une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu : la stratégie d’isolement du président russe méticuleusement orchestrée par les Etats- Unis, version Clinton/Obama/Biden, et accompagnée servilement par l’UE, a volé en éclat après l’entretien téléphonique du 12 février dernier entre Donald Trump, ayant pris ses fonctions le 20 janvier, et Vladimir Poutine. Ce changement radical de la situation peut être perçu comme prometteur pour envisager, enfin, un retour de la diplomatie scandaleusement écartée avant même le 24 février 2022. Mais ce changement est avant tout un véritable séisme pour l’UE et l’OTAN et constitue même pour de nombreux de ses dirigeants une première humiliation dans la mesure où leurs certitudes » viennent de se fracasser sur le mur de la réalité qu’ils ne pouvaient pas anticiper puisqu’ils la niaient.

L’élection de Donald Trump, indéniablement à l’origine de ce bouleversement, n’avait pas été imaginée car ils étaient certains, autre « certitude », de la victoire de Kamala Harris qu’ils soutenaient sans retenue contre Donald Trump accusant, par ailleurs, la Russie d’ingérence dans les élections en Géorgie et en Roumanie.

Au-delà d’une frustration compréhensible, ce bouleversement a provoqué une véritable panique entraînant des déclarations contradictoires et révélé des désaccords de fond lors du conseil de sécurité de Munich ou du sommet d’urgence sur l’Ukraine de Paris qui n’ont abouti, en fait, qu’à mettre en lumière la division des dirigeants européens sans vision stratégique commune. S’agissant du sommet de Paris, aucune décision formelle n’a été prise et des désaccords ont été évoqués notamment sur le déploiement de troupes en Ukraine. L’arrivée à ce sommet de Giorgia Meloni avec un retard de près d’une heure pourrait d’ailleurs être considéré comme une manifestation de désaccord de sa part sur l’opportunité ou, du moins, sur les modalités d’organisation de ce sommet. Pourquoi, en effet, le président français n’a-t-il pas plutôt opté pour la convocation d’un conseil européen extraordinaire ? Poser la question c’est probablement y répondre car certains représentants d’Etats de l’UE absents à ce sommet n’ont pas hésité à qualifier ses participants (7 pays sur 27 + 2 dirigeants de l’UE) de partisans de la guerre n’ayant cessé depuis le début de jeter de l’huile sur le feu. On le constate, la frustration et l’affolement qu’elle provoque conduisent ces dirigeants à multiplier, à présent, tous types d’initiatives – même les plus absurdes – dans le but d’occuper l’espace médiatique en brandissant la peur et les fantasmes (comme cela a déjà été fait afin de soumettre les citoyens lors de la crise du covid) pour nuire au dialogue qui s’établit entre les présidents américain et russe.

L’établissement de ce dialogue vient contrarier sérieusement les partisans de la poursuite de la guerre, peu soucieux des intérêts de leurs peuples, et aboutit fatalement à une autre humiliation puisqu’à peine un mois après l’investiture du président américain, une première

rencontre au niveau des chefs de la diplomatie s’est tenue entre Américains et Russes à Riyad, en Arabie saoudite. Cela démontre au passage que si les relations internationales ont toujours été régies par le rapport de forces, il est fortement conseillé de laisser la diplomatie – non pas celle à ciel ouvert, par nature contre-productive, pratiquée scandaleusement en début d’année 2022, mais celle de l’ombre et de la discrétion – jouer pleinement son rôle. La rapidité de la tenue d’une telle réunion à un tel niveau a manifestement provoqué l’affolement de l’UE et de ses membres les plus engagés contre la Russie pris de court et craignant d’être ignorés et écartés des futures négociations. Il faut cependant rester prudent et lucide car ce premier pas, engagé par Donald Trump, avait pour but d’essayer, après trois ans de dialogue rompu, de s’assurer, après leur entretien téléphonique, de la sincérité de Vladimir Poutine sur la recherche de solutions pour la paix et d’établir une véritable normalisation des relations entre les Etats-Unis et la Russie. On peut d’ores et déjà affirmer sans se tromper que cette normalisation se fera au détriment des Européens.

C’est d’ailleurs la raison de l’affolement de ces derniers, en particulier des partisans de la poursuite de la guerre qui réalisent, un peu tard, qu’avoir entretenu, sous la houlette de l’administration américaine précédente, un conflit qui n’aurait pas dû avoir lieu aura des conséquences dramatiques pour l’Ukraine, ce qui était prévisible depuis le début. Quant à l’UE, que ce soit à sa tête ou au niveau des dirigeants des Etats membres les plus bellicistes qui continuent de tenir un discours de guerre, alors que se présente une opportunité d’arrêter le massacre, ils seront les dindons de la farce et seront obligés de manger leur chapeau. Un véritable cauchemar ! Cela dit, cette réunion des responsables américains et russes de la diplomatie n’est qu’une première étape dans le rétablissement de leurs relations. Les discussions tenues sont probablement restées générales et doivent permettre de désigner des équipes d’experts de haut niveau, en élargissant le processus à la participation des Européens qui seront mis sous pression, pour commencer à travailler sur une issue du conflit en Ukraine. Il est possible cependant que des réunions soient tenues sans ces derniers. Cela devrait donc prendre du temps, probablement plusieurs mois, le temps de la diplomatie n’étant pas celui des médias. Une rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine semble donc prématurée à ce stade.

S’agissant de l’Ukraine, elle ne pouvait pas gagner cette guerre car la Russie, elle, ne pouvait pas la perdre. C’est une question de bon sens et cela était prévisible. Son sort était, en fait, scellé dès le 24 février 2022 avec l’intervention militaire russe engagée en réaction aux bombardements intensifs et sans répit déclenchés par Kiev, une huitaine de jours plus tôt, sur les populations du Donbass, bombardements qui devaient précéder une vaste opération militaire de nettoyage pour neutraliser les velléités d’autonomie réclamée par les habitants de cette région.

Beaucoup d’erreurs ont été commises depuis la fin de la Guerre froide, avec l’élargissement continu de l’OTAN vers l’Est, et en particulier dans les derniers mois, voire semaines qui ont précédé l’opération russe. Il ne faut pas oublier que le coup d’Etat de Maïdan de 2014, fomenté par la CIA (cf. Victoria Nuland « Fuck EU ») avait entraîné le renversement du président ukrainien pro-russe, les Occidentaux n’ayant curieusement jamais évoqué une ingérence étrangère dans les affaires d’un pays souverain. Cette ingérence est pourtant à l’origine d’une véritable guerre civile qui a provoqué 14 000 morts dans l’indifférence la plus totale et un silence assourdissant des dirigeants et des médias occidentaux. Alors, ne pas avoir voulu tenir compte des réalités, avoir menti aux Ukrainiens, les avoir encouragés dès le début à ne pas négocier et au contraire à faire la guerre, leur avoir fait croire qu’ils gagneraient avec l’aide occidentale est monstrueux et criminel. La grande majorité des dirigeants occidentaux, qui ont suivi aveuglément les Etats-Unis qui abandonnent aujourd’hui leur « protégé » en scellant définitivement son triste sort, sont responsables de l’amputation inéluctable à venir du territoire de l’Ukraine et des pertes humaines considérables. En outre, ce pays n’entrera jamais dans l’OTAN. Résultats catastrophiques au regard de l’aide financière et matérielle des pays occidentaux. Un vrai cauchemar ! Quant au cas personnel du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le réveil est douloureux et son avis ne comptera absolument pas dans les futures négociations pour la paix. Il pourrait même devenir gênant pour la nouvelle administration américaine et être poussé vers la sortie. Une fin peu glorieuse pour un président qui a sacrifié inutilement ses soldats et mené son pays à sa perte. Comment réagiront les Ukrainiens ?

La Russie, de son côté, ne pouvait pas perdre cette guerre à laquelle elle ne pouvait d’ailleurs pas échapper devant l’intégration graduelle de l’Ukraine dans l’OTAN qui était en cours depuis 2014 et le massacre des populations russophones du Donbass, les derniers bombardements intensifs de la population civile et son appel au secours le 20 février 2022 ayant été le déclencheur. Trois ans après le début de ce conflit, le constat qui était prévisible, sauf pour des va-t-en-guerre déconnectés des réalités, est sans appel : la Russie a non seulement gagné la guerre, mais Vladimir Poutine a réussi à rétablir son pays au rang de grande puissance sur la scène internationale. L’arrivée de Donald Trump lui permet, par ailleurs, de rompre l’isolement de la Russie et d’écarter l’UE et l’Ukraine des premières réunions visant à préparer un processus de négociations pour la paix. Indiscutablement, c’est Vladimir Poutine qui est à présent maître des horloges et en mesure de refuser le retour aux frontières de 1991 et d’empêcher l’Ukraine d’intégrer l’OTAN. Ces deux conditions seront pour lui très certainement non négociables d’autant plus que sur le terrain des opérations, les Russes continuent de progresser et les négociations de paix devraient prendre du temps. Raison de plus pour ne plus en perdre.

C’est dans ce contexte que les dirigeants de l’UE viennent de se rendre à Kiev pour réaffirmer leur soutien à l’Ukraine, la présidente de la Commission européenne affirmant que « L’UE doit accélérer la livraison d’armes et de munitions à l’Ukraine ». Elle a également annoncé une nouvelle aide de 3,5 Mds € alors que l’aide financière accordée à l’Ukraine depuis 2022 s’élève à 135 Mds pour l’UE. En signant son suicide géopolitique et géostratégique en 2022, l’UE a engagé le délabrement et la régression de ses capacités de développement en raison des sanctions infligées à la Russie, sanctions aux effets préjudiciables pour les économies européennes, alors que l’axe Paris-Berlin-Moscou, une Europe de Lisbonne à Vladivostok, pourrait dominer et inspirer le monde. On ne peut que regretter le maintien d’un tel discours guerrier. L’UE souhaite manifestement la poursuite d’une guerre pourtant déjà perdue. Son entêtement irrationnel la discrédite totalement et la fera sortir de l’Histoire si elle poursuit dans cette voie suicidaire, car elle n’a encore pas compris que la nouvelle administration américaine ne défendra, dans les futures négociations pour la paix, que ses propres intérêts qui ne sont pas ceux des Européens. Mais depuis trop longtemps l’UE œuvre contre les intérêts des peuples européens qu’elle est censée défendre et il devient urgent et impératif qu’elle soit totalement réformée si elle ne veut pas exploser. La Commission européenne devenue trop puissante doit être ramenée au niveau d’organe d’exécution et de mise en œuvre des décisions prises au niveau du Conseil européen par les seuls chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres. La situation actuelle qui met les peuples européens en danger dans tous les domaines (économique, risque de guerre, immigration, sécurité, civilisationnel…) n’est plus tenable. Une révolution s’impose.

Quant à la France, le déplacement à Washington, ce 24 février, d’Emmanuel Macron n’aura aucun impact sur les futures négociations qui seront, en réalité, menées par les deux grands acteurs de cette guerre par procuration, États-Unis et Russie. D’ailleurs, les États-Unis et la Russie ont voté ce même jour à l’ONU une résolution réclamant la fin rapide du conflit sans référence à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ce qui constitue en soi une défiance à l’égard de l’UE au discours guerrier et un camouflet pour le président français après son propos « la paix sans capitulation pour l’Ukraine ». La France avait l’occasion de jouer un rôle majeur en 2022 – pour elle-même et pour l’Europe – car elle aurait pu s’imposer comme puissance d’équilibre alors qu’elle présidait l’UE au premier semestre, et provoquer, avant même le déclenchement du conflit, des discussions entre Ukrainiens et Russes au plus haut niveau, voire organiser une Conférence pour la paix visant à faire baisser les tensions et à amener les deux parties opposées à la raison. Le président Macron affirme que la Russie constitue une menace existentielle pour l’Europe. Mais, sérieusement, comment un pays de moins de 150 millions d’habitants pourrait-il envahir la partie ouest du continent peuplé de 450 millions d’habitants ? Non, les mots ont un sens. Si la France, si l’Europe sont menacées dans leur existence ce n’est pas par la Russie mais par l’islam conquérant et son bras armé l’islamisme. Cette menace est, de plus, alimentée aujourd’hui par les provocations agressives de l’Algérie qui restent étonnamment sans réponse de l’Etat français. La Russie, elle, n’a pas de visée sur l’Europe : elle possède un territoire déjà bien assez vaste. Elle ne veut simplement pas de l’OTAN à sa frontière avec l’Ukraine. Ne pas avoir compris ou voulu comprendre cette revendication légitime et avoir suivi aveuglément les Etats-Unis aura affaibli notre pays et compromis durablement son prestige et son rôle sur l’échiquier international.

Le retour de Donald Trump à la Maison blanche a indéniablement produit un véritable tremblement de terre qui bouleverse complètement la donne et bouscule les certitudes affirmées d’une grande partie des dirigeants occidentaux et des organisations tentaculaires comme l’UE et l’OTAN qui vont devoir admettre la réalité : cette guerre était perdue d’avance. Alors, pourquoi l’avoir permise ? Leur responsabilité est immense dans l’entretien du conflit pendant trois ans qui a conduit à un désastre prévisible pour l’Ukraine. Aujourd’hui, le processus pour organiser des négociations de paix est lancé mais il faut être conscient qu’il prendra du temps. Même si le président américain est pressé, les discussions avec le président russe, en position de force, seront rudes et difficiles et certaines de ses exigences, de nature existentielle, ne pourront pas être écartées, que ce soit par les Américains ou par les Européens. Les négociations pourraient donc durer des mois sachant cependant que Donald Trump vise également le rétablissement et la normalisation des relations avec la Russie. Dans ce contexte compliqué par nature, la lucidité commande d’être prudent sur le déroulement des négociations mais aussi devant une inconnue que personne ne maîtrise : le niveau d’hostilité à ces négociations pour la paix des partisans de la poursuite de la guerre qui pourrait déboucher sur l’irréparable.

Tchad : pourquoi le soutien de Mahamat Déby aux milices soudanaises constitue un risque grave pour son régime, pour le Tchad, et pour la stabilité régionale

Tchad : pourquoi le soutien de Mahamat Déby aux milices soudanaises constitue un risque grave pour son régime, pour le Tchad, et pour la stabilité régionale

par Bernard Lugan – publié le 20 février 2025

https://bernardlugan.blogspot.com/


A mon communiqué du 19 février 2025 ayant pour titre « Tchad : Mahamat Deby a-t-il misé sur le « mauvais cheval » ? il manquait, une fois n’est pas coutume, la dimension ethno-politique sans laquelle les évènements ne peuvent être compris[1].

Dans la guerre civile du Soudan, qui, depuis avril 2023, oppose les Forces armées soudanaises (FAS) du général Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide (FSR), de Mohamed Hamdan Dagalo alias Hemeti,  le président tchadien Mahamat a pris le parti des FSR. Or, les FSR sont issues des Janjawid, milice tristement célèbre pour ses atrocités commises lors de la deuxième guerre du Darfour débutée en 2003 contre les Fur, les Massalit et les Zaghawa (voir à ce sujet mon livre Histoire du Sahel des origines à nos jours).

Or, ces trois ethnies transfrontalières sont ulcérées de voir que le président tchadien a décidé de soutenir ceux qui ont quasi-ethnocidé les leurs.  Résultat, les FAS arment actuellement des rebelles tchadiens dont l’objectif est la prise du pouvoir à Ndjamena, afin de priver les FSR de leur base arrière. Or, comme je l’ai écrit dans mon précédent communiqué, à la différence de son père, Mahamat Déby qui n’a ni ses capacités militaires, ni son envergure politique, se retrouve avec une armée profondément divisée et un pouvoir fragilisé face à des rebelles aguerris, équipés et soutenus par l’armée soudanaise. Un Mahamat Déby qui, de plus, ne pourra pas être sauvé par une intervention de la France puisqu’il a fait fermer ses bases militaires…Voilà pourquoi une grande fébrilité agite actuellement la classe politique tchadienne.

Le plus grave est que le choix de Mahamat Déby menace de faire voler en éclats l’alchimie ethnique et politique tchadienne avec le risque d’un retour à la terrible guerre civile qui a ravagé le pays avant la prise de pouvoir par Idriss Déby Itno. En plus de cela, Mahamat Déby s’est coupé d’une partie du socle militaire zaghawa qui faisait la force de son père.

Or, toute la vie politico-ethnique tchadienne dépend des rapports internes de longue durée, des alliances, des ruptures et des réconciliations plus ou moins éphémères des ethnies nordistes autour desquelles s’est écrite l’histoire du pays depuis l’indépendance. C’est autour d’elles que se sont faites toutes les guerres du Tchad depuis 1963. C’est de leurs relations que dépend le futur du pays, la majorité de la population n’étant que la spectatrice-victime de leurs déchirements et de leurs ambitions. Or, l’alignement du Tchad sur les FSR fait éclater au grand jour leurs divisions.

Il faut en effet bien avoir à l’esprit que les Zaghawa, les Toubou du Tibesti (les Teda), les Toubou de l’Ennedi-Oum Chalouba (les Daza-Gorane) et les Arabes du Ouadaï sont divisés en une multitude de clans et de sous-groupes régulièrement prêts à s’affronter. Ainsi, les Zaghawa du clan Bideyat, celui d’Idriss Déby Itno, n’ont cessé de se diviser. Pour mémoire, les frères Timan et Tom Erdibi, les propres neveux d’Idriss Déby Itno, furent en guerre contre lui.
Mahamat Idriss Déby, l’un des fils d’Idriss Déby Itno est de mère gorane. Gorane est le nom arabe désignant les Toubou de l’Ennedi et d’Oum Chalouba dont la langue est le daza. Lui-même a épousé une Gorane. D’où la méfiance de certains Zaghawa qui considèrent qu’il n’est qu’en partie des leurs. Même si, par le passé, des alliances plus qu’étroites ont pu régulièrement associer Zaghawa et certains clans Gorane, les actuels évènements du Soudan font renaître les ferments de division, certains Zaghawa considérant ainsi que le soutien aux FSR pourrait être compris comme une rupture avec eux.

Autre point, n’oublions pas qu’Hinda, l’épouse d’Idriss Déby Itno, est une Arabe du Ouadaï et que, dans la guerre civile soudanaise, les Arabes penchent du côté des FSR.
Il est donc évident que le choix de Mahamat Déby de soutenir les FSR fait en réalité éclater la triple alliance ethno-clanique constituée par Idriss Déby , une alliance qui était le socle même de son pouvoir.

Dans ce contexte, les rebelles tchadiens qui combattent aujourd’hui aux côtés des FAS sont utilisés par ces dernières pour tenter de renverser le pouvoir à Ndjamena afin de priver les FSR de leur base arrière tchadienne. La manœuvre initiée par les FAS qui est claire est mise en pratique depuis plusieurs mois : porter la guerre au Darfour, fief des FSR, après avoir brisé le siège d’El-Facher, afin de couper les routes d’approvisionnement de ces dernières depuis le Tchad. Une manœuvre en forme de mouvement tournant qui se précise encore davantage à la lumière des récents succès militaires des FAS.

Voilà pourquoi, en plus d’avoir peut-être misé sur le « mauvais cheval », Mahamat Déby pourrait avoir soulevé le couvercle de la cocotte-minute ethno-politique tchadienne…
 

[1] Pour l’évolution de la situation militaire au Soudan on se reportera à l’article de Leslie Varenne intitulé « Guerre au Soudan, le Tchad pris à son propre piège » publié dans Iveris et dans Mondafrique.

Quelles forces militaires pour assurer la sécurité de l’Ukraine ?

par Jean-Claude Allard* – IRIS – publié le 21 février 2025

https://www.iris-france.org/quelles-forces-militaires-pour-assurer-la-securite-de-lukraine/

*Chercheur associé à l’IRIS


Depuis sa prise de fonction, Donald Trump a dissipé tout espoir pour l’Ukraine de continuer à recevoir une aide significative des États-Unis. Compte tenu du potentiel de combat restant de son armée et de la pression américaine pour obtenir la fin des hostilités, le président Zelenski comprend bien qu’il devra aller à la table des négociations. Il demande d’être entouré par les pays européens qui le soutiennent et d’avoir de solides garanties de sécurité fournies par ses alliés occidentaux. Il précise en demandant une force de 200 000 soldats.

Définition de la mission et du format de cette force

Il peut y avoir deux missions :

  1. Une force de surveillance de la ligne de front et du cessez-le-feu. Une mission qui s’apparente à celle de la FINUL déployée depuis 1978 sur la frontière entre le Liban et Israël avec pour mission, entre autres, de « contrôler la cessation des hostilités» et un effectif de 13 000 militaires. La mission de contrôle s’est réduite à compter les roquettes, les avions et les chars passer et à rendre compte à New York. Sous un format plus resserré, composée de civils non armés, la Mission spéciale de surveillance en Ukraine, déployée par l’OSCE, n’a pas donné de résultats probants comme on le sait depuis 2022.
  2. Une mission de sécurisation, c’est-à-dire de défense de l’Ukraine, qui doit d’abord dissuader la Russie d’attaquer et, s’il y a attaque, la repousser victorieusement. Elle doit savoir être méchante. Dans ces conditions et en tirant les enseignements, des trois ans de guerre conduite par les Russes, 200 000 soldats inclus dans une organisation pugnace avec blindés, artillerie, drones, avions, munitions, capacités de cyberdéfense et cyberattaque, chaine logistique, en qualité et en quantité – soit le volume et les équipements de la totalité de l’armée française actuelle – paraissent être un minimum.

Les volontaires, un pas en avant

Qui peut fournir cette masse apte à combattre, dans la durée, c’est-à-dire avec des relèves, ou une affectation des soldats avec leurs familles en Ukraine ?  Les contraintes politiques sont connues : pas d’unité américaine, pas de structure de commandement OTAN.  Qui reste-t-il ?

Les pays européens qui ont soutenu l’Ukraine et promis pendant trois ans de tout faire pour la protéger (voir les nombreux accords de sécurité signés) sont désignés d’office. À défaut, pourrait-on imaginer l’implication d’acteurs tiers ?

Pour ce qui est des pays européens, la Pologne et l’Allemagne qui se réarment sont des acteurs militaires crédibles, mais la volonté de franchir le pas manque. La France doit, avant de prendre sa décision, considérer son statut particulier de puissance nucléaire et avoir réfléchi au lien entre intérêts vitaux et arme nucléaire. Il peut y avoir quelques autres bonnes volontés dont certaines n’ont pas été invitées à cette réunion de Paris.

La face cachée du soutien à l’Ukraine

Sur le principe même d’une force européenne en Ukraine, rappelons quelques événements de l’année 2021 pour réfléchir à cette question. La Russie conduit un exercice militaire de grande ampleur ZAPAD 2021. De leur côté, les Occidentaux conduisent divers exercices en Ukraine même, tous clairement centrés sur la défense de l’Ukraine contre l’envahisseur potentiel russe. Le plus important, l’exercice Sea Breeze en juin, coorganisé par l’OTAN, les États-Unis et l’Ukraine a rassemblé 32 pays de six continents, 5 000 soldats, 32 navires, 40 avions et 18 équipes d’opérations spéciales, tous unis par l’ardent engagement de défendre l’Ukraine contre la Russie : « NATO supports Ukraine‘s sovereignty and territorial integrity within its internationally recognized borders, extending to its territorial waters ».

Nous devons faire trois constats : quelques jours avant le 22 février 2022, tous les pays et l’OTAN qui avaient une présence militaire en Ukraine l’ont rapatriée ; aucun des participants à Sea Breeze n’a mis à profit l’expertise acquise pendant l’exercice pour envoyer des troupes aux côtés de l’armée ukrainienne ; sur les 42 pays, six pays (et non des moindres) n’appliquent pas les sanctions prises par les États-Unis ou l’UE contre la Russie.

Quels tiers acteurs ?

S’il y a impasse européenne, quelques acteurs, animés de l’ambition d’acquérir un statut international et acceptés par Moscou et Washington peuvent se présenter pour armer cette force de pur formalisme : la Turquie, qui a déjà joué un rôle par ses tentatives de règlement pacifique du conflit, ou l’Arabie saoudite qui va accueillir les pourparlers. Enfin la Chine, actuellement en attente, mais qui peut ainsi tenter de mettre un pied en Europe et de verrouiller son « amitié sans limites » avec la Russie. Bien entendu cette solution sera refusée par les États-Unis, mais la Chine ne peut pas rester sans proposition. Par ailleurs, on peut se demander si les pays habituellement volontaires pour les opérations ONU seront au rendez-vous. Rien n’est sûr compte tenu du contexte : c’est plutôt la Russie qui attire l’affection dans le Sud global.

Vers un double périmètre de garanties de sécurité

Le premier périmètre inclut l’Union européenne, qui, à reculons, pourrait arriver à rassembler une poignée de soldats, à titre de témoignage de son engagement et parce qu’elle ne peut faire mieux en format (solution 1 aménagée).

Le second, plus solide, repose sur la satisfaction donnée aux deux empires qui se sont affrontés sur ce champ de bataille : à la Russie, le Donbass et la Crimée et l’ouverture d’une conférence de sécurité en Europe pour traiter ses demandes de sécurité. Aux États-Unis un arrangement avec l’Ukraine pour la reconstruction et l’exploitation des ressources du pays en contrepartie de l’assurance d’une garantie de sécurité américaine. Cette garantie de sécurité reposera, dans l’esprit de président Trump, non sur les armes, mais sur la reprise du dialogue stratégique États-Unis – Russie aux fins de concilier leurs intérêts propres sur le long, voire très long terme et de mettre fin à un siècle de conflictualité alors que surgit à l’horizon le spectre d’une hégémonie chinoise.

De Malte à Riyad, une leçon de stratégie

À l’Europe qui grogne l’écart, rappelons la rencontre à Malte entre George H. W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev, les 2 et 3 décembre 1989. Elle a acté sans elle la fin de la guerre froide et le début des négociations sur le désarmement et la sécurité en Europe. La rencontre Donald Trump et Vladimir Poutine à Riyad ne peut être moins ambitieuse. Restent à leurs successeurs à prolonger cette dynamique. L’Union européenne, qui n’a pas réellement compris les mécanismes qui ont entrainé cette guerre en Ukraine, a certes l’insatisfaction de ne pas en être, mais en recueillera cependant les bénéfices comme après la rencontre de Malte.

Elle doit dès à présent réfléchir à comment les préserver et les faire fructifier.

La chance de l’Europe pour déjouer la vassalisation de l’Ukraine

La chance de l’Europe pour déjouer la vassalisation de l’Ukraine

Poutine et Trump voudraient vassaliser l’Ukraine sans les Européens.
Mais l’Union détient encore l’une des cartes les plus fortes de la table des négociations.
Si elle tarde trop à la jouer, elle pourrait perdre la partie.Lee Buchheit, l’une des sommités mondiales sur la question des dettes souveraines, formule une proposition simple et claire pour éviter de laisser les Empires se partager la mise.
James Gillray, « The Plumb-pudding in danger; — or — State Epicures taking un Petit Souper », 1805. Domaine public

En 1805, le caricaturiste anglais James Gillray publiait une illustration célèbre intitulée The Plumb-pudding in danger ; — or — State Epicures taking un Petit Souper. Le dessin représente le Premier ministre britannique, William Pitt, et l’Empereur des Français, Napoléon Bonaparte, assis à une table en train de se partager un énorme pudding aux prunes en forme de globe. Le Premier ministre Pitt tient fermement l’hémisphère occidental en place à l’aide d’un trident et se découpe proprement le Nouveau Monde. L’Empereur semble de son côté satisfait de se trancher une part qui comprend toute l’Europe à l’est des îles britanniques.

C’est une caricature devant laquelle aucun Ukrainien, ni d’ailleurs aucun Européen, ne peut rester indifférent en février 2025.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a annoncé qu’il s’était entretenu près d’une heure et demie au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine. Ils ont notamment discuté de la fin de la guerre en Ukraine. À Bruxelles, le même jour, le nouveau secrétaire à la Défense de Donald Trump a publiquement qualifié d’« irréalistes » les principales conditions que l’Ukraine est susceptible de demander dans le cadre d’un règlement négocié du conflit. Il s’agit notamment de la restitution des territoires ukrainiens  occupés par les forces russes et de solides garanties de sécurité, y compris  l’adhésion à l’OTAN, ou du moins la participation active des États-Unis, afin de s’assurer que la Russie ne tente pas de répéter l’expérience une fois que son armée aura eu le temps de se regrouper et de se réarmer. Il est inconcevable que ces évaluations des conditions de paix ukrainiennes « irréalistes » n’aient pas été partagées avec Vladimir Poutine lors d’une conversation téléphonique de 90 minutes.

Il est apparu par la suite que Poutine et Trump prévoyaient de se rencontrer en Arabie Saoudite en l’absence de l’Ukraine et des représentants des alliés européens de Kiev afin de régler les conditions  de l’accord de paix. Après celle entre Marco Rubio et Sergueï Lavrov du 18 février à Ryiad, il y a de fortes probabilités qu’une telle rencontre permettrait aux deux participants de se mettre d’accord. Les chances de parvenir à un « deal » sont généralement meilleures lorsque l’on concède à son adversaire ses principales demandes avant même le début des négociations.

Tout cela rappelle de manière inquiétante la géopolitique du XIXe siècle. De grandes puissances, ou de « grands hommes », s’assoient autour d’une table, au-dessus d’une carte, et se répartissent le stylo à la main les territoires et les sphères d’influence sans tenir compte — ou très peu — de l’avis de ceux qui y habitent.

Pour l’Ukraine, le pire des scénarios, ou du moins l’un des plus mauvais, pourrait se dérouler de la manière suivante :

  • Poutine et Trump conviennent d’un accord prévoyant que la Russie conserve ou étende ses gains territoriaux en Ukraine et laisse le reste d’une Ukraine indépendante sans garantie de sécurité américaine solide. 
  • Les autorités ukrainiennes devraient alors : soit accepter ces conditions sans sourciller ; soit risquer de passer aux yeux de Donald Trump pour des ingrats. Or dans le deuxième cas, la sanction pour avoir rejeté un accord négocié par Donald Trump lui-même risquerait tout simplement de se traduire par la fin du soutien financier américain. 

Cela poserait deux problèmes aux alliés européens de l’Ukraine :

  • Tout d’abord, sont-ils prêts sans la participation des États-Unis à fournir à l’Ukraine des garanties de sécurité qui, si elles étaient déclenchées, risqueraient de faire de faire d’eux des co-belligérants dans une guerre avec le deuxième plus grand arsenal nucléaire du monde ?
  • Deuxièmement, sont-ils  prêts à fournir à l’Ukraine, là encore sans l’appui de Washington, les fonds nécessaires pour continuer à résister à l’invasion russe  plutôt que de capituler devant un règlement défavorable du conflit ?

Bien sûr, les événements pourraient ne pas se dérouler de cette façon.

Poutine pourrait se présenter à la table des négociations en Arabie saoudite avec des exigences supplémentaires — telles que le  retrait de toutes les troupes de l’OTAN d’Europe de l’Est — que même Trump  aurait du mal à accepter. Autre possibilité : le contrecoup politique aux États-Unis de l’abandon d’un allié américain « aussi longtemps qu’il le faudra » pourrait devenir trop  inconfortable, même sous cette administration. 

Cela étant dit, les événements pourraient tout aussi bien se dérouler de cette façon.

Face à ces changements spectaculaires de la politique américaine, les alliés de l’Ukraine ne peuvent pas rester comme des lapins paralysés par la lumière des phares. Une mesure pourrait être prise rapidement pour atténuer la menace américaine d’un retrait du soutien financier si l’Ukraine ne se soumettait pas à des conditions de règlement inacceptables : utiliser les actifs russes gelés depuis 2022 pour soutenir une ligne de crédit au bénéfice de Kiev. Une proposition allant dans ce sens, baptisée « prêt en réparation », a été lancée l’année dernière 1.

Le mécanisme juridique qui la sous-tend est d’une grande simplicité. Les pays détenant des actifs russes gelés prêteraient jusqu’à 300 milliards de dollars à l’Ukraine, garantis par l’engagement de Kiev à réclamer des dommages et intérêts à la Russie pour les dommages causés par l’invasion. Cette demande, en droit, est indubitable. Cela placerait ces  pays dans une position où ils ont une créance sur la Russie (la demande en  réparation héritée de l’Ukraine) correspondant exactement à leur dette envers la Russie  (les avoirs gelés), l’équilibre de ce mécanisme reposant sur la compensation des créances réciproques.

Pour les alliés de l’Ukraine, cette option présenterait les avantages suivants : 

  • Le maintien du financement de l’Ukraine serait assuré même en cas de retrait du soutien américain.
  • Ce financement ne proviendrait pas des contribuables des pays alliés mais, indirectement, des contribuables russes.
  • Dotée d’une source de financement sûre, non soumise aux caprices des politiciens américains, l’Ukraine retrouverait un poids considérable dans le processus de paix. Les inquiétudes qui semblent avoir provoqué une paralysie de la part des pays européens détenant les avoirs gelés — de vagues préoccupations concernant le droit international et les dommages potentiels à la réputation de l’Union en tant que garant de la sécurité des avoirs d’États étrangers — semblent dérisoires par rapport au risque qu’un pays européen soit contraint de céder à la fois son territoire et son indépendance politique à un voisin détenteur de l’arme nucléaire.
  • Les alliés de l’Ukraine détiendraient un privilège sur les actifs gelés de la Russie et une garantie sur la demande de réparation de l’Ukraine contre la Russie. En d’autres termes : la mise en place d’un tel mécanisme garantirait que personne à la table des négociations ne puisse céder sur les actifs ou la demande de réparation sans le consentement de ces pays.
  • Enfin, cela démontrerait que l’Europe a encore en main des cartes très fortes — et qu’elle est prête à les jouer.

Sources
  1. Hugo Dixon, Lee Buchheit et Daleep Singh, Ukrainian Reparation Loan : How it Would Work, 20 février 2024. SSRN : https://ssrn.com/abstract=4733340

 

Le pacte des flous – Quelles garanties de sécurité pour l’Ukraine ? par Michel Goya

Le pacte des flous – Quelles garanties de sécurité pour l’Ukraine ?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pacte des flous – Quelles garanties de sécurité pour l’Ukraine ?


En bon homme d’affaires qu’il croit être, y compris quand elles sont étrangères, Donald Trump considère le produit Ukraine comme peu rentable au sein d’un marché, l’Europe, peu porteur. On appelle cela un « poids mort » dans la vieille matrice du Boston Consulting Group, et le conseil est de s’en débarrasser au plus vite pour pouvoir mieux se concentrer sur des marchés plus profitables, comme le Moyen-Orient (qui serait classé comme « dilemme » par le BCG) et surtout l’Asie (« vedette »). Les Américains réduisent donc leurs parts au sein de l’OTAN, tout en conservant une position de contrôle et en obligeant les associés européens à payer plus, notamment pour acheter américain (le BCG parlerait dans ce cas de « vache à lait »), et vendent l’Ukraine à la Russie.

Chacun essaie donc de monnayer le maximum au sein de ce grand marchandage imposé. Du côté ukrainien, où l’on s’efforce de montrer que le poids mort est bien vivant, un des objectifs principaux est d’échanger l’acceptation d’un arrêt des combats, plus ou moins sur les positions actuelles, contre des garanties de sécurité. L’expression « garanties de sécurité » est une manière diplomatique de dire « dissuasion », et « dissuasion » est synonyme de « faire peur ». L’objectif final de l’Ukraine est donc d’avoir un dispositif militaire national et/ou intégré dans une forme d’alliance suffisamment fort pour persuader la Russie qu’une nouvelle offensive de sa part aboutirait à un désastre pour elle.

La première garantie de sécurité d’un État est sa propre armée. L’armée ukrainienne est déjà la plus importante d’Europe, et on l’a vue suffisamment forte pour tenir tête à celle de la Russie, à défaut de pouvoir libérer les territoires occupés. Le problème est qu’au contraire de la Russie, qui n’a que modérément mobilisé la nation, l’Ukraine ne peut maintenir après-guerre son énorme effort et sera obligée de réduire ses capacités militaires. Autrement dit, le rapport de forces militaires relativement équilibré actuellement basculera forcément à nouveau en faveur de la Russie, avec tous les risques que cela comporte pour l’Ukraine ou d’ailleurs les autres nations du voisinage.

Il faut donc trouver quelque chose qui puisse compenser ce futur rapport de forces défavorable. Cela pourrait être l’arme nucléaire, comme Volodymyr Zelensky l’a déjà évoqué. Ce n’est pas impossible techniquement, mais les risques politiques seraient énormes. Il y a peu de chances que la communauté internationale accepte un tel projet, et encore moins, bien sûr, la Russie qui saisirait immédiatement cette occasion pour reprendre la guerre. Il faut trouver autre chose.

L’« autre chose » privilégié par Kiev est l’adhésion à l’OTAN afin de bénéficier de l’article 5 de la charte de l’Alliance atlantique, engageant ses membres à la solidarité en cas d’agression d’un des leurs, et dans l’immédiat d’une structure militaire spécifique de commandement, d’exercices et de plans communs, de procédures d’interopérabilité, etc. Ce n’est pas forcément si protecteur que cela quand on regarde de près, mais c’est déjà beaucoup mieux que les déclarations d’intentions fumeuses du mémorandum de Budapest de 1994. L’Ukraine, suffisamment bonne élève pour s’être engagée massivement en Irak aux côtés des Américains de 2003 à 2008, souhaite intégrer l’OTAN depuis vingt ans. La question a été évoquée au sommet de l’Alliance atlantique à Bucarest en 2008 pour décider de la mettre en veilleuse, ce qui a eu le don à la fois de décevoir Kiev et d’effrayer les paranoïaques de Moscou qui ont décidé d’être plus offensifs, en Géorgie d’abord et en Ukraine ensuite. L’Ukraine a déposé une demande formelle d’adhésion à l’alliance le 30 septembre 2022, et le sujet a été abordé à l’été 2023, avec un nouveau renvoi aux calendes grecques de la part de Joe Biden. Dans l’immédiat, Trump, qui n’a probablement jamais entendu parler des calendes grecques, veut un accord de paix et sait que l’idée d’une adhésion à l’OTAN l’exclurait totalement. À défaut, l’Ukraine pourrait se tourner vers l’Union européenne, qui est également en droit une alliance militaire puisque l’article 42 du traité de l’Union impose à ses membres une assistance plus contraignante que l’article 5 de l’Alliance atlantique. Dans les faits, personne n’est dupe sur la valeur d’un tel engagement, mais la perspective d’une entrée dans l’UE est à peine moins incertaine que celle d’une adhésion à l’OTAN.

À défaut d’alliance, l’administration Trump a proposé un lot de consolation à Volodymyr Zelensky sous la forme du déploiement d’une force en Ukraine, sans troupes américaines et sans bannière de l’OTAN, et surtout sans mission claire, comme s’il s’agissait d’une fin en soi. Dans les faits, soit cette force est destinée simplement à observer les choses en excluant toute idée de combat – comme une force des Nations Unies sous casques bleus – soit elle est destinée à combattre en cas d’attaque russe.

Le premier cas n’apporterait évidemment pas plus de garantie de sécurité pour les Ukrainiens que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) après les accords de Minsk. Son seul intérêt est qu’une force impuissante, oxymore, serait acceptable pour la Russie et qu’elle permettrait à l’Ukraine de sauver un peu la face à défaut de toute autre solution. Cela permettrait également aux nations qui veulent montrer qu’elles font quelque chose « pour la paix » mais sans prendre de risques, de montrer le drapeau et éventuellement, en cas de missions des Nations Unies, de gagner de l’argent. Peu importe au passage le volume de cette force, de 0 à 200 000, puisqu’elle ne servirait à rien, sauf peut-être à mettre dans l’embarras la Chine si par extraordinaire elle décidait d’y participer.

Le second cas est évidemment beaucoup plus utile pour les Ukrainiens mais aussi, forcément, plus problématique pour tous les autres. Concrètement, il s’agirait, a priori pour les seules nations européennes, de déployer des unités de combat le long de la ligne de cessez-le-feu afin de combattre aux côtés des forces ukrainiennes en cas de nouvelle invasion.

S’il y a des moyens disponibles et une volonté, les principaux pays européens pourraient déployer chacun une brigade de 3 à 5 000 hommes renforcés de bataillons de plus petites nations. Au total, si tout le monde était d’accord, on pourrait avoir au grand maximum 40 à 50 000 soldats européens (c’était le volume des forces européennes déployées en Afghanistan) au sein d’unités de combat solides et bien équipées. Dans les faits, tout le monde ne sera pas d’accord à prendre des risques, et si on parvenait à déployer un corps d’armée de 20 000 combattants européens et canadiens, et peut-être même australiens par solidarité historique avec le Royaume-Uni, ce serait déjà extraordinaire. C’est assez peu quand on compare avec le volume des armées russe et ukrainienne qui s’affrontent actuellement, mais suffisant quand même pour résister en attendant des renforts, notamment aériens. Ces brigades serviraient en fait surtout de forces « détonateurs », à l’instar par exemple des bataillons multinationaux déployés dans les pays baltes. S’attaquer à elles entraînerait automatiquement les pays européens fournisseurs dans la guerre, ce qui poserait un énorme dilemme à la Russie. Bien entendu, l’Ukraine serait ravie d’une telle perspective, alors que la Russie ne voudra jamais en entendre parler, continuerait le combat si on en parlait quand même, et activerait tous ses relais d’influence pour la combattre « au nom de la paix ». Ce n’est pas la peine d’envahir l’Ukraine pour l’empêcher de rejoindre une alliance militaire, si des brigades de cette même alliance – même sans bannière – viennent en Ukraine pour la défendre. Si la Russie s’y oppose, les États-Unis s’y opposeront aussi.

Résumons : si une force étrangère doit être déployée un jour en Ukraine, elle ne sera en rien dissuasive face à la Russie et ne servira donc à pas grand-chose, sinon à offrir un « lâche soulagement » à certains et peut-être prodiguer un peu d’aide humanitaire.

Que faire alors ? Outre la continuation de l’aide à l’Ukraine et à son armée sous forme de coopération, les États qui restent encore pour aider vraiment les Ukrainiens n’ont pas d’autres solutions que de proposer une alliance de fait et à distance. Concrètement, il s’agirait d’utiliser les forces aéroterrestres présentes en Pologne et en Roumanie comme force d’action préventive en cas de crise semblable à celle de l’hiver 2021-2022. Dissuader, ce n’est pas simplement déployer des moyens, mais aussi persuader que l’on va les utiliser. Il faudra donc expliquer à tous qu’en cas de nouvelles tensions avec la Russie, comme à l’hiver 2021-2022, et sur la demande du gouvernement ukrainien, cette force serait engagée avec certitude et en quelques jours pour protéger le ciel ukrainien, renforcer les forces terrestres ukrainiennes et placer la Russie devant le fait accompli et le dilemme de l’escalade. Cela demandera quand même quelques moyens supplémentaires, si possible autonomes des Américains peu fiables, une approbation manifeste des opinions publiques, et un peu de courage politique. Pour paraphraser une réplique de La grande vadrouille, c’est surtout là qu’est l’os, hélas.

JD Vance accuse l’UE de bâillonner les opinions qui dérangent les élites

JD Vance accuse l’UE de bâillonner les opinions qui dérangent les élites

Mandatory Credit: Photo by dts News Agency Germany/Shutterstock (15150588as)
Munich Security Conference 2025: James David « JD » Vance, Vice President of the United States, delivers a speech
Munich Security Conference 2025, Hotel Bayerischer Hof, Germany – 14 Feb 2025/shutterstock

par Samuele Furfari – Revue Conflits – publié le 18 février 2025

https://www.revueconflits.com/jd-vance-accuse-lue-de-baillonner-les-opinions-qui-derangent-les-elites/


JD. Vance, le vice-président des États-Unis, lors de la conférence de Munich sur la sécurité, a vivement critiqué l’élite européenne, visiblement mal préparée à entendre ses propres contradictions. Cette dernière est habituée depuis des années à ne rencontrer aucune opposition. Vance a osé exprimer publiquement ce que les exclus des médias et de l’élite affirment également depuis longtemps, mais pour lesquels ils sont marginalisés et tournés en dérision. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait eu très peu d’applaudissements.

Dernier livre paru de Samuel Furfari : Dernier livre « Énergie, mensonges d’état. La destruction organisée de la compétitivité de l’UE » | L’artilleur

Vance à Munich, un discours qui dérange

On a pu presque entendre en fond sonore la célèbre chanson de Guy Béart, « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », tant la réaction outrée des dirigeants européens illustre à merveille ce refrain. Vance, en fidèle shérif adjoint du « nouveau shérif en ville » comme il a nommé Trump, est venu faire la leçon aux Européens. Force est de constater que les habitués du cercle Bruxelles-Strasbourg n’ont pas apprécié que la tornade Vance, avec un discours calme et, argumenté, sans aucune note tant il maîtrise son sujet, ait évoqué sans détour les attentats liés à une immigration mal maîtrisée, les restrictions à la liberté d’expression au nom de la lutte contre la « désinformation », l’énergie chère, et même les velléités d’annulation d’élections qui ne conviendraient pas à certains. Toutes ces choses, les médias non subventionnés les dénoncent, mais elles restent inaudibles pour la prétendue élite.

L’ironie de la situation n’échappe à personne. L’irritation des dirigeants européens, telle celle d’Olaf Scholz et de Boris Pistorius (le ministre allemand de la Défense ayant utilisé deux fois le mot « inacceptable »), confirme le diagnostic de Vance. À son appel à laisser libre cours à la parole, ils ont répondu qu’il n’avait pas le droit de dire cela. Pendant que l’UE se drape dans sa vertu prétendument morale et ses valeurs supposément inébranlables, mais dont une grande part de la population européenne ne supporte plus, la tornade Vance a eu l’audace de pointer du doigt les failles béantes dans leur discours.

Le réveil brutal : les critiques de Vance à l’égard de l’UE

L’establishment européen, pris de court par la tornade Trump-Vance, se retrouve dans la position inconfortable de devoir justifier l’injustifiable. Habitués à prêcher la bonne parole à des auditoires et médias acquis, ils se sont retrouvés déstabilisés et humiliés par un discours qui brise leurs codes et remet en question leur narratif bien huilé. Ils ne pouvaient que le rejeter.

Peut-être est-il temps pour l’Europe de descendre de son piédestal moral et d’écouter réellement les critiques, aussi dérangeantes soient-elles. Car comme le suggère la chanson de Béart, tenter d’exécuter le messager ne fera pas disparaître le message pour autant.

La liberté d’expression en question : exemples de censure en UE

Malgré les déclarations de Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, qui a réagi au discours de Munich en affirmant que « la liberté d’expression est garantie en UE », la réalité montre une tout autre image. Autrefois considérée comme un pilier de la liberté d’expression, l’UE emprunte désormais une voie qui soulève des questions quant à sa gestion de l’information et de la liberté d’expression.

Prenons l’exemple de la RTBF, la chaîne de télévision publique belge qui s’est permis de diffuser le discours d’investiture de Donald Trump en « léger » différé le 20 janvier 2025. Sous prétexte de « prendre le temps de l’analyse », la chaîne s’est arrogé le droit de filtrer les propos du président américain, instaurant de facto une forme de censure préventive. Cette décision, justifiée par un soi-disant « cordon sanitaire médiatique », n’est rien d’autre qu’une atteinte à la liberté d’information des citoyens belges.

En France, la situation n’est guère plus reluisante. La fermeture de C8 et la mise sous tutelle de CNews par l’Arcom illustrent une volonté manifeste de museler les voix dissidentes. Ces chaînes offraient une alternative au discours dominant. Leur disparition ou leur contrôle étroit par l’autorité de régulation représente un appauvrissement du débat public et une atteinte à la pluralité des opinions.

Mon cas personnel est également révélateur de cette dérive. En tant que professeur à l’Université Libre de Bruxelles et expert en énergie, j’ai été marginalisé dans ma propre université et privé de parole dans les médias belges pour avoir osé remettre en question l’utilité des éoliennes pour lutte contre le changement climatique. Cette mise au ban académique et médiatique démontre l’intolérance croissante envers les opinions qui ne s’alignent pas sur le consensus décrété par le pouvoir profond comme l’appelle Donald Trump.

Il est grand temps de reconnaître que l’UE, malgré ses prétentions, est en train de bafouer l’un de ses principes fondamentaux : la liberté d’expression, et parfois même la liberté académique. La chanson de Guy Béart, « Le premier qui dit la vérité », n’a jamais été aussi pertinente. Aujourd’hui, dans l’UE, celui qui ose dire une vérité qui dérange risque effectivement d’être « exécuté » médiatiquement et professionnellement.

Cette tendance à la censure et à l’uniformisation de la pensée est non seulement dangereuse pour nos démocraties, mais elle nourrit également le ressentiment et la méfiance envers les institutions européennes. Il est crucial de revenir aux fondamentaux de la liberté d’expression, même si cela implique d’entendre des opinions qui dérangent ou qui remettent en question le statu quo. C’est à ce prix seulement que l’UE aura le droit de prétendre être un véritable espace de liberté et de démocratie.

Financements opaques et contrôle de l’opinion : le scandale révélé

Il est impossible de comprendre le discours de Munich et l’opposition féroce qu’il a suscité si l’on ignore le contrôle de l’opinion publique par des financements de la part des gouvernements qui ont façonné la politique occidentale. Le scandale actuel à Bruxelles expose des pratiques troublantes de la Commission européenne concernant le financement d’ONG et de médias pour promouvoir son Pacte vert. Des documents révèlent qu’elle aurait financé des ONG environnementales pour faire pression sur les eurodéputés et les États membres en faveur de ce pacte, une pratique qualifiée d’« inappropriée » par Piotr Serafin, le nouveau commissaire au Budget.

J’ai expliqué ce processus d’endogamie dans un article récent. Il se manifeste à travers des programmes officiels qui financent des ONG écologistes dans une chaîne sans fin de projets. À leur terme, ces projets nécessitent de nouvelles études, mais toujours avec les mêmes bénéficiaires.

Des ONG financées par les Etats pour lutter contre la science

MCC-Europe vient de publier un rapport marquant qui dévoile l’utilisation abusive des fonds publics par la Commission européenne, ayant consacré des milliards d’euros à un réseau opaque d’ONG et de groupes de réflexion pour promouvoir son programme politique tout en étouffant les voix dissidentes. Ce vaste système de propagande UE-ONG porte atteinte à la démocratie et constitue une trahison majeure envers les citoyens européens. J’ai expliqué un processus d’endogamie dans un article récent sur le site Science-Climat-Énergie. Il se manifeste à travers des programmes officiels qui financent des ONG écologistes dans une chaîne sans fin de projets. À leur terme, ces projets nécessitent de nouvelles études, toujours réalisées par les mêmes bénéficiaires, créant une collusion qui conduit à une monoculture de la pensée.

Parmi les ONG écologistes impliquées figurent le Bureau européen de l’environnement et des bénéficiaires du programme Life. Ces contrats visaient explicitement à influencer certains députés pour soutenir les initiatives de Frans Timmermans, l’ancien premier vice-président de la Commission européenne responsable de la doctrine verte. Certaines ONG subventionnées, comme Friends of the Earth Europe (1,5 million d’euros) et Climate Action Network, ont des lignes d’actions politiques marquées, notamment contre le nucléaire.

Grâce à l’action du nouveau Department of Governmental Efficiency (DOGE) créé par le binôme Trump-Musk, il a été découvert que des médias prestigieux comme Politico et Reuters ont été financés par Washington. Ils auraient perçu des subventions totalisant 8,2 millions de dollars entre 2016 et 2025 au titre des actions humanitaires de l’USAid. Cet organisme officiel, qui finance 47 % de l’aide humanitaire dans le monde, est évidemment essentiel pour soulager les souffrances dans de nombreux pays, mais il est déplorable de constater qu’une partie des fonds a été détournée pour manipuler l’opinion publique. En Ukraine, 80 % des médias auraient collaboré avec l’agence, favorisant une dépendance accrue à Washington. Tous les fonctionnaires européens peuvent recevoir gratuitement sur leur bureau une copie de l’hebdomadaire Politico, qui ne manque pas de les formater à la pensée unique promue par la Commission européenne et l’administration Biden.

Des manipulations de l’opinion publique au sein même de l’UE

Cette affaire remet en question l’intégrité démocratique de l’UE, dénoncée par des eurodéputés comme une manipulation de l’opinion publique et une atteinte à la confiance dans les institutions. Elle souligne un besoin urgent de transparence dans les relations entre la Commission, les ONG et la paléopresse comme l’appelle le philosophe Drieu Godefridi. Ce que fait l’UE avec le contrôle des médias est — a dit Vance — « le moyen le plus sûr de détruire la démocratie ». À l’instar de ce qu’a fait la tornade Trump, l’UE a besoin d’un « EU Department of Governmental Efficiency (EU DOGE) » pour mettre fin à la dilapidation de nos taxes à des fins partisanes.

Malgré les défis actuels, des acteurs persistent à défendre l’éthique et la transparence, en particulier au sein des médias non conventionnels. C’est grâce à leur vigilance et à leur indépendance que l’espoir demeure de voir un retour à des pratiques plus intègres et responsables, essentielles pour rétablir la confiance des citoyens envers les institutions européennes et les médias en général.

Greta Thunberg et l’endoctrinement climatique : un rappel de Vance

JD. Vance a voulu faire rire en disant que : « Si la démocratie américaine peut survivre à dix ans de sermons de Greta Thunberg, vous pouvez survivre à quelques mois d’Elon Musk. » Mais personne n’a ri et les médias subventionnés se sont empressé de se moquer de J. D. Vance sans se rendre compte que c’est précisément pour cela qu’il l’a dit.

La militante pour le climat avait rapidement acquis une notoriété mondiale disproportionnée au regard de son jeune âge et de son manque d’expertise. L’accueil que lui a réservé Ursula von der Leyen a été choquant : elle a été reçue à la table de la Commission européenne avec les honneurs habituellement réservés aux chefs d’État. Les Universités de Mons et d’Helsinki sont allées jusqu’à lui décerner un doctorat honoris causa. Le mouvement « Youth for Climate », initié par Thunberg en 2018, soulève des questions quant à son origine et sa propagation rapide. Cette expansion fulgurante suggère un soutien coordonné de la part des institutions européennes et des médias grand public.

Des commissaires européens comme Maroš Šefčovič, étrangement en poste depuis 2009, ont activement participé à des initiatives impliquant des jeunes et le climat, financées par des programmes aux liens étroits. Ces actions révèlent une volonté manifeste de l’establishment européen d’influencer la jeunesse sur les questions climatiques.

L’attention médiatique disproportionnée accordée à Greta Thunberg, notamment sa désignation comme personnalité de l’année 2019 par le Time Magazine, révèle l’ampleur de la manipulation orchestrée par l’État profond aux États-Unis comme dans l’UE. L’endoctrinement a conduit à une jeunesse européenne largement influencée par cette idéologie climatique. Bien que le site officiel de Youth for Climate semble moins actif depuis 2022, l’impact de ce mouvement sur la sensibilisation des jeunes Européens aux enjeux climatiques reste significatif et continue d’influencer les politiques européennes.

Ce n’est donc pas par hasard que le vice-président des États-Unis a rappelé aux élites européennes leur admiration béate, pourtant totalement injustifiée, de cette égérie. Il a souligné que ce type de contrôle des médias et de manipulation de l’opinion publique représente « le moyen le plus sûr de détruire la démocratie ». Il est crucial de remettre en question ces narratifs imposés et de promouvoir un débat ouvert et équilibré sur les questions climatiques et énergétiques.

Notons en passant qu’en mentionnant Elon Musk dans sa comparaison, Vance semble suggérer que l’influence de Musk, bien que significative, pourrait être transitoire. Cette remarque peut être interprétée comme une tentative de relativiser l’importance accordée à certaines figures médiatiques dans le débat public.

L’entêtement de la Commission européenne : vers une destruction économique ?

En fin de compte, le discours de Vance aura eu le mérite de mettre en lumière le fossé grandissant entre les élites européennes et les réalités du terrain. Alors que ces dernières persistent dans leur déni, refusant d’admettre leurs erreurs et leurs contradictions, Vance a joué le rôle du grain de sable dans la machine bien rodée du politiquement correct européen.

La Commission européenne a fait savoir qu’elle travaille sur un paquet législatif appelé « omnibus » dans lequel elle prévoit une réduction de 90 % des émissions de CO₂ d’ici 2040. C’est de l’entêtement, c’est se moquer d’une large partie de l’opinion publique qui ne veut plus entendre parler de ces réductions inutiles et coûteuses. Rappelons que dans le monde, les émissions de CO₂ ont augmenté de 65 % depuis l’adoption de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et que l’Europe ne représente que 7 % de ces émissions. Si l’on veut détruire l’économie européenne plus rapidement, c’est exactement ce qu’il faut faire. Trump ou pas Trump, Vance ou pas Vance, on ne peut pas continuer à mentir sur des questions aussi cruciales pour notre avenir. Nous ne pouvons pas permettre à l’UE de poursuivre la destruction organisée de notre économie, comme je le démontre dans mon livre « Énergie, mensonges d’État ».

Un appel au courage et à l’écoute

Vance, l’ancien Marine, le catholique pratiquant, aura fait son devoir en suivant le très vieux précepte biblique « tu ne manqueras pas de reprendre ton prochain pour ne pas te charger d’un péché » (Lévitique 19,17). Lui a fait son devoir ; nos dirigeants vont-ils avoir le courage de l’écouter ?

JD Vance s’alarme du recul de la liberté d’expression

JD Vance s’alarme du recul de la liberté d’expression

Photo by dts News Agency Germany/Shutterstock (15150588as) Munich Security Conference 2025: James David « JD » Vance, Vice President of the United States, delivers a speech Munich Security Conference 2025, Hotel Bayerischer Hof, Germany – 14 Feb 2025/

 

par Henrik Werenskiold – Revue Conflits- publié le 16 février 2025


Le vice-président des États-Unis a poussé la question à l’extrême, mais il a raison : la liberté d’expression en Europe est sérieusement menacée, avec des conséquences potentiellement catastrophiques.

Une fois de plus, un représentant de l’administration Trump et du mouvement MAGA a mis en ébullition les milieux politiques traditionnels et les grands médias libéraux en Europe. Cette fois, c’était le vice-président JD Vance, au cœur de l’attention lors de son discours très commenté à la conférence sur la sécurité de Munich.

En plus des problèmes posés par l’immigration de masse pour le Vieux Continent, Vance a désigné ce qu’il considère comme la plus grande menace pour les démocraties européennes : ni l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ni la montée en puissance de la Chine totalitaire, ni aucun autre acteur extérieur, mais des facteurs politiques internes qui érodent progressivement la liberté d’expression. Que JD Vance y croie sincèrement ou qu’il use d’un procédé rhétorique pour souligner l’inquiétante évolution politique et juridique de la liberté d’expression en Europe, peu importe au fond.

Liberté d’expression

Il n’en reste pas moins que tous les exemples cités par le vice-président des États-Unis au sujet de ce resserrement progressif de la liberté d’expression en Europe devraient alarmer tout défenseur de la démocratie. Qu’il s’agisse de la censure de ceux qui ont suggéré que la Covid-19 pourrait provenir d’une fuite de laboratoire à Wuhan, de citoyens britanniques privés de liberté d’expression au sujet de l’immigration sur les réseaux sociaux, de l’interdiction de prier à proximité des cliniques d’avortement, de l’étouffement de la controverse entourant des gangs de violeurs sud-asiatiques ou de l’interdiction de brûler le Coran – la conclusion reste la même.

Ces situations ne correspondent pas au concept de liberté d’expression hérité des Lumières, qui est le socle même des systèmes démocratiques occidentaux. Les principes inscrits dans la Constitution américaine de 1787 et dans la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de la Révolution française de 1789 ne peuvent pas s’appliquer pleinement sans la libre circulation des opinions.

Libre circulation des opinions

Tout comme l’huile dans les rouages des systèmes démocratiques, la libre circulation des opinions permet d’optimiser le processus politique en assurant des décisions efficaces et légitimes aux yeux des citoyens. Sans ce mécanisme, les démocraties perdent l’avantage qu’elles ont sur les régimes autocratiques, car elles finissent par adopter des choix politiques moins pertinents, susceptibles de devenir fatals.

Pour que le processus démocratique marche comme prévu dans nos sociétés contemporaines, la collectivité doit tolérer davantage les opinions impopulaires et controversées, même sur les questions les plus sensibles. C’est d’autant plus crucial dans des États de plus en plus divers, où des politiques fondées sur des intérêts de groupes peuvent heurter l’intérêt général.

Ce principe semble avoir été oublié dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, invoquant pourtant la tolérance et la diversité. Sans nier la sincérité de ces intentions, on remarque un effort coordonné, de haut en bas, de la part des défenseurs du multiculturalisme et des idées progressistes – dans la politique, les médias et la société civile – pour limiter les opinions impopulaires dans l’espace public, misant sur le fait que les divergences disparaîtront d’elles-mêmes. Or c’est une voie sans issue sur le plan idéologique, qui produit l’inverse de ce qu’elle vise et fragilise nos systèmes démocratiques de l’intérieur.

À mesure que la mosaïque d’identités de niche en Europe de l’Ouest s’étend, l’espace réservé aux propos jugés acceptables se réduit d’autant. Et plus cet espace se restreint, plus l’huile essentielle au bon fonctionnement de nos démocraties s’assèche. C’est une évolution très préoccupante qui pourrait entraîner des conséquences potentiellement désastreuses à long terme pour nos sociétés.

Qu’est-il donc advenu du principe : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire » ?

Le chef militaire et l’automatisation du combat (CMF – Dossier 31)

Le chef militaire et l’automatisation du combat (CMF – Dossier 31)


La montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les armées semble aujourd’hui inéluctable. Il convient donc de s’y préparer et de s’interroger avec le Général de corps d’armée (2S) Patrick Alabergère sur la capacité du commandement à faire face aux bouleversements qu’elle va générer.

* * *

L’IA peut très schématiquement être définie comme un ensemble d’algorithmes conférant à une machine des capacités d’analyse et de décision, lui permettant de s’adapter intelligemment aux situations réelles en faisant par exemple des prédictions à partir de données déjà acquises.

Le monde de la défense s’est emparé de ce nouvel outil d’avenir aux capacités encore insoupçonnées qui constitue une véritable rupture stratégique dans l’affrontement de puissance. On prête à Vladimir Poutine cette phrase : « Celui qui deviendra leader en ce domaine, deviendra le maître du monde ».

Les armées françaises ont naturellement choisi d’investir dans l’IA pour bénéficier du potentiel prometteur de cette nouvelle technologie. Pourtant il faut dès à présent fixer les limites de son usage et appréhender la révolution que son introduction va générer dans l’exercice du commandement.

L’IA dans les armées est une réalité incontournable

Le général Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, affirme que « l’IA va irriguer toutes les dimensions de notre travail ». Elle est devenue une réalité tout autant qu’une rupture stratégique dans les conditions d’engagement des armées.

En effet, le déploiement de l’IA sur le champ de bataille doit théoriquement permettre d’acquérir plus facilement la supériorité opérationnelle pour les forces qui en sont dotées, tout en conférant à la Nation qui l’utilise une plus grande autonomie stratégique.

C’est pour cette raison que la France a créé l’Agence Ministérielle de l’Intelligence Artificielle de Défense (AMIAD), dotée de 300 millions d’euros de budget annuel, et confiée à un Ingénieur de l’Armement, polytechnicien. Les ingénieurs de l’AMIAD sont les opérateurs d’un supercalculateur capable de traiter des données classifiées en très grand nombre, le plus puissant d’Europe consacré à l’IA. Avec l’IA de défense, l’idée n’est pas de remplacer les analystes et les officiers de terrain mais de « faire aussi bien et mieux des choses que l’homme fait déjà, et des choses impossibles compte tenu de l’urgence, lorsqu’il n’y a pas assez de temps pour réfléchir face à la multitude de données », expliquait l’amiral Vandier, Major général des armées, lors du récent lancement de l’AMIAD.

« Dans dix à quinze ans, un tiers de l’armée américaine sera robotisé et largement contrôlé par des systèmes dotés de l’IA » déclare le général Mark Milley, ancien chef d’état-major des armées américaines.

Personne ne veut donc passer à côté des évolutions permises par l’IA tellement le champ des possibles est immense, voire infini.

Ainsi, nous sommes passés du drone télépiloté aux essaims de drones aériens, terrestres ou navals gérés par l’IA. Cela permet à un ensemble de dizaines, de centaines, voire de milliers[1] de drones de traiter un objectif de manière coordonnée en les concentrant sur un espace très restreint pour saturer les défenses.

Thalès sait déjà faire voler des essaims d’une dizaine de drones hétérogènes qui accomplissent des missions sous le contrôle d’un opérateur unique.

Des essaims de drones peuvent également servir de camouflage électronique, en émettant des ondes au-dessus d’un poste de commandement.

Les ingénieurs travaillent maintenant sur des algorithmes permettant l’analyse du renseignement, la surveillance automatisée des mouvements ENI, la maintenance prédictive des équipements majeurs.

Même si le potentiel semble infini, il faut dès à présent réfléchir aux limites qu’il faut fixer au développement de l’IA dans les armées.

Les limites éthiques et juridiques qui sont imposées à nos armées résisteront elles à la réalité des conflits futurs  et à la course aux armements permise par l’IA ? 

Toujours mettre l’homme dans la boucle pour en garder le contrôle est le principe intangible sur le lequel se fonde le développement de l’IA en France pour des raisons éthiques évidentes.

Mais jusqu’à quand ce principe tiendra-t-il face aux développements à venir des capacités de l’IA ?

La France a accepté dans un premier temps de se doter de drones en refusant qu’ils soient armés. Puis très vite, face à la réalité des conflits actuels et du développement de ces armes, elle a fait le choix de s’équiper et d’utiliser des drones armés, tout en refusant les Systèmes d’Armes Létaux Autonomes (SALA).

Face au développement de l’autonomie des systèmes d’armes permis par les progrès de l’IA, la France a choisi de développer les Systèmes d’Armes Létaux Intégrant de l’Autonomie (SALIA), en refusant l’autonomie complète. Le comité d’éthique de la Défense a précisé la notion de SALIA dans son avis du 29 avril 2021 en les définissant comme étant « des systèmes auxquels le commandement consent de déléguer un certain nombre de calculs de décisions, dans un cadre général fixé par l’humain ».

Pourtant, les systèmes d’IA couplés à des robots autonomes sur terre, sur mer et dans les airs seront très vite en mesure d’identifier et détruire des objectifs plus rapidement que jamais, et sur une très vaste échelle. Cette rapidité va modifier l’équilibre entre soldat et software. Aujourd’hui, les armées font intervenir un être humain pour toute décision létale. Dès lors que l’identification et la frappe d’une cible se dérouleront en quelques secondes, l’humain n’aura plus qu’un rôle secondaire. Il ne fera que superviser les opérations sans intervenir dans chaque action. Ainsi, aujourd’hui certains systèmes autonomes ont déjà la capacité de décider de leurs cibles en temps réel en fonction des règles générées par les algorithmes. Ces derniers peuvent même les faire évoluer en cours d’action en fonction des leçons apprises.

Alors quelle attitude adopter face à un adversaire qui ne s’est pas fixé les mêmes règles éthiques que nous, estimant comme Machiavel que « la fin justifie les moyens ». Pourrons-nous toujours préserver l’éthique au détriment de l’efficacité ?

Les armées américaines ont fait le choix d’une IA « adaptative » où, par défaut, ils maintiennent l’homme dans la boucle mais en développant des modes d’autonomie accrue, voire totale, selon les règles éthiques suivies par leurs adversaires potentiels.

Les limites de l’IA découlent aussi du paramétrage des algorithmes qui la régissent.  En matière de SALA, cela revient à décider quel est le prix d’une vie humaine dans l’algorithme pour qu’il puisse déterminer le niveau de dommages collatéraux jugé acceptable par rapport à la valeur de la cible traitée. Il faut également définir quelle distinction doit être faite entre combattants et non combattants. Cela pose clairement la question de la détermination dans un algorithme de la proportion acceptable du nombre de civils qui pourraient être sacrifiés pour atteindre un objectif militaire.

Pour fixer des limites à l’IA encore faut-il pouvoir la contrôler tout au long de son processus de création et d’utilisation, notamment les algorithmes qui la structurent. 

Pour se faire, l’US Air Force a lancé un appel d’offres pour recruter des officiers de sécurité de l’IA qu’elle veut former pour surveiller le comportement des algorithmes et les réorienter si nécessaire. Mais outre le fait que c’est un métier totalement nouveau à créer, le défi s’annonce très difficile. En effet, comprendre le fonctionnement d’une IA est beaucoup plus complexe que la créer car elle évolue en permanence durant son apprentissage et à chaque utilisation. C’est pourtant une nécessité car l’empoisonnement de l’IA devient une menace réelle avec l’introduction de codes malveillants, de fonctionnalités cachées ou de défauts volontaires.

Cela pose la question de fond : l’IA est-elle contrôlable et si oui comment ?

L’exercice du commandement sera-t-il bouleversé par l’usage de l’IA ?

L’implication de l’IA sur le champ de bataille est de plus en plus importante. Elle bouleverse peu à peu les structures traditionnelles de commandement et de contrôle des états-majors avec le risque que d’un simple outil d’aide à la décision, l’IA devienne le preneur de décision.

En effet, l’IA peut améliorer significativement la qualité des décisions en produisant des analyses de données complexes et des prédictions plus précises, tout en automatisant les tâches décisionnelles routinières. La production des ordres, le choix entre deux modes d’actions (MA), leur confrontation avec les modes d’actions de l’ennemi (ME), tout cela peut être confié à la machine en automatisant le travail de nombreuses cellules d’un état-major opérationnel. L’intuition du chef, sa fameuse intention qui constitue souvent l’esprit de la mission auront-elles encore leur place dans le processus décisionnel et la production d’ordres d’opérations ?

Plus que jamais, un équilibre doit être trouvé entre l’apport indéniable de l’IA dans l’analyse et la synthèse rapides et pertinentes de données de plus en plus nombreuses, la présentation de solutions possibles et la prise de la décision finale qui engage la responsabilité du chef militaire et doit lui revenir. Ne serait-ce que parce qu’il est comptable de la vie de ses hommes devant leurs familles et leurs frères d’armes contrairement à la machine et ses concepteurs.

Il faut donc redéfinir la place pour le chef face à la réactivité accrue des machines en réussissant à préserver l’intégrité et surtout la cohérence d’une chaine de commandement mêlant des machines et des hommes.

L’introduction accrue de l’IA dans le processus de décision pose aussi la question de la responsabilisation. En effet, la responsabilité se retrouve diluée dans une chaine de commandement allant de l’ingénieur qui a conçu l’algorithme jusqu’à l’opérateur qui active le mode autonome, en passant par le responsable politique qui a commandé ces armes et par les officiers qui en ont ordonné l’usage. Il sera très difficile de déterminer la part de responsabilités de chacun et il y a fort à parier que, comme souvent, le chef militaire en bout de chaine, à la tête des opérations, soit considéré comme le premier et seul responsable.

Comme l’IA s’impose de manière incontournable dans le processus de décision, dans l’élaboration des ordres, dans la gestion des données et des équipements du champ de bataille, elle doit être enseignée dans toutes les écoles de formation. Elle doit être suffisamment vulgarisée pour que chaque acteur du champ de bataille, du soldat au général, en comprenne, à son niveau de responsabilités, les enjeux, les risques, les forces et les faiblesses.

Il faut éviter que les systèmes embarquant de l’IA à tous les niveaux de la chaine de commandement ne finissent par transformer les officiers conduisant les opérations en de simples opérateurs spécialisés, se reposant aveuglément sur les conclusions de la machine. Les chefs doivent particulièrement être formés à l’utilisation d’outils pilotés par l’IA pour en connaitre les limites et prendre suffisamment de recul pour ne pas être submergés par le flot d’informations qui leur parvient. Pour autant, l’automatisation du traitement de nombreuses données dans le processus d’élaboration des ordres et de la prise de décision en temps extrêmement rapide, constitue une véritable aide au commandement.

Cependant, il faut échapper à la tentation du tout IA car la menace cyber est suffisamment prégnante pour que les armées se retrouvent parfois engagées sans l’aide d’une IA rendue inutilisable ou inaccessible. Le mode dégradé doit plus que jamais continuer d’être enseigné, car il représente la dernière garantie d’efficacité pour les armées de plus en plus dépendantes du numérique, de la technologie et de l’IA.

Demain si les plus fervents partisans de l’IA ont raison et que presque tout peut être géré par l’IA en une fraction de seconde, il faudra s’assurer que le cerveau humain pourra suivre le rythme imposé par la machine et toujours en comprendre le fonctionnement. C’est à ce prix que le chef militaire, peut espérer conserver sa place dans la boucle décisionnelle.


NOTES :

  1. En mai 2024, les Américains ont fait décoller 5 293 drones pour un spectacle nocturne.

CERCLE MARÉCHAL FOCH

CERCLE MARÉCHAL FOCH

Le Cercle Maréchal Foch est une association d’officiers généraux en 2e section de l’armée de Terre, fidèles à notre volonté de contribuer de manière aussi objective et équilibrée que possible à la réflexion nationale sur les enjeux de sécurité et de défense. Nous proposons de mettre en commun notre expérience et notre expertise des problématiques de Défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, afin de vous faire partager notre vision des perspectives d’évolution souhaitables. Le CMF est partenaire du site THEATRUM BELLI depuis 2017. (Nous contacter : Cercle Maréchal Foch – 1, place Joffre – BP 23 – 75700 Paris SP 07).

UE. Aurons-nous les neurones et les tripes pour défendre nos intérêts spécifiques ?

UE. Aurons-nous les neurones et les tripes pour défendre nos intérêts spécifiques ?

Le drapeau européen est composé de 12 étoiles jaunes sur fond bleu – Crédits : vojtechvlk / iStock

Par Pierre Verluise – Diploweb – publieé le 15 février 2025

https://www.diploweb.com/UE-Aurons-nous-les-neurones-et-les-tripes-pour-defendre-nos-interets-specifiques.html


Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, Fondateur du Diploweb.com. Chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres. Producteur de trois Masterclass sur Udemy : « Les fondamentaux de la puissance » ; « Pourquoi les données numériques sont-elles géopolitiques ? » par Kévin Limonier ; « C’était quoi l’URSS ? » par Jean-Robert Raviot.

Vers une entente entre Donald Trump et Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre en Ukraine ? Après un échange téléphonique mercredi 12 février 2025 entre les deux dirigeants et une rencontre annoncée en Arabie saoudite, l’Union européenne court le risque d’être évincée de la table des négociations sur la fin de la guerre en Ukraine. Pierre Verluise, docteur en géopolitique et directeur de Diploweb.com, analyse les conséquences de cette situation inédite dans laquelle se retrouve aujourd’hui l’Union européenne. Propos recueillis par Ewen Menuge pour Ouest-France, publié le 14 février 2025 sous le titre : Guerre en Ukraine : après l’appel entre Trump et Poutine, l’UE est « face à ses responsabilités. » Et le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegset a sidéré les pays de l’UE en annonçant un changement majeur dans la politique étrangère et de défense des Etats-Unis en endossant la position du Kremlin sur plusieurs points clefs tout en ouvrant la voie à de nouvelles sanctions pour déstabiliser l’économie russe.

Ouest-France : Est-ce la première fois que l’Union européenne est mise de côté dans les relations entre l’Occident et la Russie ?

Pierre Verluise (P. V. : À ma connaissance, c’est la première fois que les États-Unis donnent l’impression aussi explicitement de passer au-dessus de l’Union européenne pour s’adresser à la Russie. Mais Moscou a souvent enjambé ou instrumentalisé l’UE pour s’adresser d’abord aux États-Unis. L’objectif de la Russie est de passer des accords avec des États-Unis car, d’une part, Vladimir Poutine méprise l’Union européenne et, d’autre part, discuter avec Washington est l’occasion pour la Russie de se mettre dans la position d’une grande puissance. Ici, les États-Unis, en s’adressant directement à la Russie, flattent le Kremlin.

Le Kremlin doit actuellement passer un excellent moment, parce qu’on voit bien que les Européens sont comme un lapin dans les phares d’une voiture.

Ouest-France : L’Union européenne a-t-elle les capacités de se passer des États-Unis ?

P. V. : Pour l’instant, militairement, l’Europe ne le peut pas. Il faut déjà prendre acte de cette réalité. D’autant plus que nous parlons de l’Union européenne au singulier, mais que celle-ci est plurielle : il y a surtout 27 États membres, dont 23 sont aussi membres de l’Otan. Ces pays ne sont pas tous sur la même ligne, donc il leur faudra se mettre d’accord. Or, au sein de chacun de ces pays, les opinions divergent sur la question et cette actualité s’entrechoque avec d’autres problématiques politiques internes. Après la relance de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, l’UE s’est mise d’accord sur ce qui se passait et a mis en œuvre des politiques en quelques jours. Donc oui, il y a eu une montée en charge de la capacité de l’Union européenne, mais elle s’est faite avec l’appui des États-Unis et du Royaume-Uni.

Il est certain que le Kremlin doit actuellement passer un excellent moment, parce qu’on voit bien que les Européens sont comme un lapin dans les phares d’une voiture : tétanisés, sidérés.

UE. Aurons-nous les neurones et les tripes pour défendre nos intérêts spécifiques ?
Pierre Verluise
Docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com
Verluise

Ouest-France : L’UE ne se préparait-elle pas à ce scénario depuis le début de la guerre ?

P. V. : Plusieurs experts s’y attendaient et l’actualité semble donner raison à ceux qui disent depuis longtemps que l’UE doit se prendre en charge. Les Européens sont maintenant face à leurs responsabilités. Les États-Unis vont très probablement vouloir leur tordre le bras pour les obliger à augmenter davantage leurs dépenses de défense… en achetant américain.

La question est de savoir si le choix le plus pertinent pour les Européens est d’acheter massivement américain ? Depuis la relance de la guerre russe en Ukraine, les Européens ont-ils été suffisamment malins pour se doter d’une véritable industrie européenne de l’armement, qui serait pour l’essentiel autonome des États-Unis ? La réponse est non.

Ouest-France : Quels sont les leviers à actionner par l’UE pour sortir de cette situation ?

P. V. : Déjà avoir véritablement une politique de puissance. Il sera intéressant d’observer dans les prochains mois comment les pays de l’Union européenne vont réagir dans leur choix d’achat d’armement. Mais la puissance de l’Union européenne, ce n’est pas seulement ses capacités militaires, c’est aussi sa dynamique démographique – qui est en voie d’affaiblissement depuis quatre décennies. C’est encore sa compétitivité, qui devient insuffisante.

Il faut espérer que ce discours des États-Unis génère une prise de conscience de la part des pays de l’Union européenne. Soit maintenant l’UE se laisse prendre de panique et se fait manipuler par la Russie et les États-Unis, soit l’UE tire le constat que c’est la fin d’une époque et qu’il faut se réinventer. Et formuler une analyse du monde qui ne soit ni naïve à l’égard de la Russie de Poutine, ni naïve à l’égard des États-Unis de Trump. [1]

Aurons-nous les neurones et les tripes pour défendre nos intérêts spécifiques ?
Réorienter l’UE, c’est comme faire virer un paquebot, ça prend beaucoup de temps. Il faut définir rapidement des trajectoires pour arriver à des résultats dans les 6 mois, et prétendre véritablement à une autonomie stratégique d’ici deux ans.


Plus. Sur Le Grand Continent, deux importants discours du nouvel exécutif des Etats-Unis, traduits en français

Le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegset a sidéré 12 février 2025 les pays de l’UE en annonçant un changement majeur dans la politique étrangère et de défense des Etats-Unis, en endossant la position du Kremlin sur plusieurs points clefs tout en ouvrant la voie à de nouvelles sanctions pour déstabiliser l’économie russe.

Changement de régime : le discours intégral de J.D. Vance à Munich
À Munich, le 14 février 2025, le vice-président des États-Unis n’a pas vraiment parlé de sécurité — et n’a évoqué l’Ukraine, Poutine ou la Russie qu’en passant
.

Persuadé que « la principale menace [pour l’Europe vienne] de l’intérieur », ciblant les élites politiques et souhaitant faire sauter les cordons sanitaires érigés contre l’extrême droite en Allemagne, J. D. Vance a articulé pour la première fois la vision maximaliste de la Maison-Blanche de Donald Trump pour le continent : un changement de régime.


Publié dans Ouest-France le 14 février 2025 sous le titre : Guerre en Ukraine : après l’appel entre Trump et Poutine, l’UE est « face à ses responsabilités. »