La Marine nationale précise ses plans pour l’avenir de sa réserve opérationnelle

La Marine nationale précise ses plans pour l’avenir de sa réserve opérationnelle


La Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 prévoit d’accroître significativement le format de la réserve opérationnelle, avec l’objectif d’atteindre le ratio d’un réserviste pour deux militaires d’active à l’horizon 2035… Ce qui supposera de recruter et de fidéliser environ 105’000 volontaires.

Il s’agira ainsi de conforter la « pertinence du modèle d’armée professionnelle » grâce à une « réserve opérationnelle plus nombreuse et mieux équipée, pleinement intégrée à l’armée active et polyvalente dans ses missions, dont l’emploi sera intensifié ».

En outre, comme l’a souligné le contre-amiral Laurent Berlizot, chef du pôle « Cohésion nationale » au sein de l’État-major de la Marine nationale, lors du dernier point de presse du ministère des Armées, ce renforcement de la réserve opérationnelle vise aussi à renforcer la « résilience de la Nation ».

Selon son site dédié au recrutement, la Marine nationale compte actuellement 15 % de réservistes opérationnels dans ses rangs, soit 6000 volontaires. Que feront ceux qui seront recrutés dans les années à venir ?

L’été dernier, alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions de chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], l’amiral Pierre Vandier avait évoqué le projet de créer des « flottilles côtières de réserve », afin de « durcir » la défense maritime et de combler les « angles morts » en matière de surveillance.

Ces nouvelles unités de réservistes opérationnels sont sur le point de voir le jour. En effet, le contre-amiral Berlizot a annoncé que l’état-major d’une première flottille côtière de réserve sera formé à Brest d’ici l’été 2024, avec deux escouades associées, l’une à Bayonne, l’autre à La Rochelle. Ces entités seront dotées d’embarcations semi-rigides [le modèle n’est pas encore arrêté] et de mini-drones de type Anafi.

« Dans sa forme aboutie, le dispositif prévoit la création de trois flottilles côtières adossées aux façades littorales de l’Atlantique [Brest], de la Méditerranée [Toulon] et de la Manche et mer du Nord [Cherbourg] », a précisé le contre-amiral Berlizot.

Une flottille côtière de réserve sera constituée de dix escouades, comptant chacune 70 marins réservistes. En outre, six autres escouades seront créées en outre-mer. Au total, ce dispositif mobilisera 3000 volontaires, susceptibles d’être sollicités pendant une trentaine de jours par an. Ils auront à assurer quatre types de missions : « patrouiller » [intégration dans la fonction « garde-côtes »], « observer » [renforcement de la posture permanente de sauvegarde maritime], « protéger » [intégration au dispositif de l’action de l’État en mer] et « rayonner ».

Ces unités de réservistes « conduiront par exemple des missions de présence, de surveillance, de sauvetage en mer d’opportunité ou de diffusion des règles de bonnes pratiques aux usagers de la mer. Les escouades seront sous contrôle opérationnel du commandant de zone maritime et coopéreront avec les unités de la Marine nationale », a détaillé le contre-amiral Berlizot.

Cela étant, ces flottilles côtières ne représenteront qu’un quart de l’effectif de réservistes opérationnels de la Marine nationale à l’horizon 2035. Aussi, trois « flottilles spécialisées » vont être créées, en particulier dans les domaines de numérique/cyber, de la logistique opérationnelle et de la formation. Sur ce dernier point, il est question de recruter des professeurs réservistes qui iront ensuite enseigner dans les écoles de la « Royale ».

Enfin, 11 « flottilles maritimes » vont être mises sur pied, avec l’objectif de recruter plus de 2500 réservistes opérationnels. Ces unités seront adossées à une « autorité d’emploi », c’est à dire à l’aéronautique navale, à la force d’action navale, à la force océanique stratégique, etc.

Un contrat MISTRAL peut en cacher un autre

Un contrat MISTRAL peut en cacher un autre

par – Forces opérations Blog – publié le

Plus de 300 missiles Mistral 3 pour l’armée de Terre et la Marine nationale, c’est l’une des commandes notifiées fin décembre par la Direction générale de l’armement au missilier européen MBDA. C’est aussi la concrétisation d’une intention émise six mois plus tôt par cinq armées européennes. 

Combinés au 1300 missiles Akeron MP acquis un mois plus tôt, ces MISTRAL représentent un investissement de plus de 300 M€ pour les armées françaises. De quoi mobiliser une chaîne de production construite autour de Safran, Roxel, Junghans T2M, ASB Aerospatiale Batteries, Matra électronique ou encore Nexter Munitions (KNDS), et dont le maintien a longtemps reposé sur l’export. 

Significative de l’enjeu de remontée en puissance des stocks français, cette commande semble en réalité être le premier marché subséquent d’un accord-cadre majeur conclu le 20 novembre avec MBDA France. Un marché valorisé à 1 Md€ pour l’approvisionnement de systèmes d’armes MISTRAL et qui s’inscrit en droite ligne de la lettre d’intention signée le 19 juin 2023 par cinq pays : la France, la Belgique, Chypre, la Hongrie et l’Estonie. Un projet d’acquisition groupée dont le volume pourrait dépasser 1000 missiles, annonçait alors le ministère des Armées. 

D’autres commandes sont donc attendues via cet accord-cadre, l’un des premiers à bénéficier du dispositif européen EDIRPA. Crédité de 300 M€ jusque fin 2025, cet instrument garantit une participation financière de l’Europe aux projets d’acquisition de matériels européens conduits par un minimum de trois pays, baisse du prix de revient à la clef.

Reconstituer le stock de missiles MISTRAL, c’était l’un des deux objectifs de l’incrément 0 du programme « défense surface-air basse couche » (DSABC) lancé l’an dernier par les armées françaises. Si un nouveau lot de livraison est attendu cette année, la cible est désormais confidentielle. La suite ne sera connue qu’après le lancement en réalisation de l’incrément 1, a priori courant 2024. 

Côté industriel, l’effort se poursuit pour parvenir à répondre à l’urgence et à la hausse des besoins, soutenu par la visibilité apportée par l’accord-cadre précité. La cadence de production devrait doubler dès cette année, passant de 20 à 40 missiles par mois, tandis que le délai sera terme réduit de moitié, de 30 à 15 mois.

 Crédits image : armée de Terre

La Marine nationale va recevoir 15 systèmes de mini-drones aériens embarqués supplémentaires

La Marine nationale va recevoir 15 systèmes de mini-drones aériens embarqués supplémentaires

https://www.opex360.com/2024/02/05/la-marine-nationale-va-recevoir-15-systemes-de-mini-drones-aeriens-embarques-supplementaires/


Déployable en moins de quinze minutes par deux opérateurs et doté d’une propulsion électrique, l’Aliaca affiche une autonomie de 3 heures pour un rayon d’action de 27 nautiques. À bord d’une frégate ou d’un patrouilleur, il est lancé au moyen d’une catapulte et sa récupération se fait automatiquement, grâce à un filet. Les données et les images qu’il collecte durant sa mission grâce à sa batterie de capteurs sont transmises en temps réel, de jour comme de nuit.

La Marine nationale mit très vite à l’épreuve ses premiers SMDM, en menant une phase d’évaluation opérationnelle [EVALOPS] depuis le patrouilleur de haute mer [PHM] « Commandant Bouan », avec le concours du Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale [CEPA/10S].

Ces mini-drones agissent comme des « capteurs déportés », c’est à dire qu’ils permettent à un patrouilleur de surveiller une zone donnée ainsi que de repérer et d’identifier les navires qui y naviguent tout en « caractérisant » leurs activités. Et cela à distance supérieures aux portées radar. L’an passé, dans le golfe de Guinée, le PHM « Premier-maître L’Her » a démontré l’apport du SMDM lors de la saisie de 4,7 tonnes de cocaïne à bord d’un cargo et en retrouvant la trace du pétrolier Monjasa Reformer, qui avait été détourné par des pirates.

Puis, en septembre dernier, la DGA fit savoir qu’elle venait de qualifier le SMDM. « Grâce à ces performances, le potentiel d’emploi de ces drones tactiques est large : identification et prise de photos de navires inconnus, repositionnement discret de navires d’intérêt, ou encore recherche de naufragés », avait-elle alors souligné. Et d’ajouter qu’il allait « intégrer progressivement de nouvelles technologies » afin d’améliorer ses capacités.

Initialement, le SMDM devait être uniquement destiné aux patrouilleurs et aux frégates de surveillance. Cela étant, la Marine nationale indiqua qu’elle avait l’intention d’en équiper ses sémaphores – ou du moins un partie d’entre eux – à moyen terme. Peut-être qu’elle sera bientôt en mesure de mettre en oeuvre ce projet.

En effet, ce 5 février, la DGA a annoncé qu’elle venait de commander 15 SMDM supplémentaires pour environ 30 millions d’euros.

« Les premières intégrations de SMDM ayant donné pleine satisfaction sur le plan opérationnel, cette commande complémentaire permettra de répondre aux attentes de massification de la Marine Nationale. Les nouvelles livraisons débuteront dès la fin de l’année 2024 », a précisé la DGA, via un communiqué. Et d’ajouter que ce système de mini-drones pourrait disposer bientôt d’un « transpondeur ».

De son côté, Survey Copter a dit voir dans cette « commande additionnelle » la confirmation de « la relation de confiance » nouée avec la DGA et la Marine nationale. En outre, a souligné l’industriel, depuis le 4 septembre dernier, le « SMDM s’illustre dans une configuration côtière afin d’appuyer les opérations de recherche et secours dans la Manche, menées par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage [CROSS] Gris-Nez [Pas-de-Calais].

Le contrat relatif au troisième arrêt technique majeur du porte-avions Charles de Gaulle a été notifié

Le contrat relatif au troisième arrêt technique majeur du porte-avions Charles de Gaulle a été notifié

 

https://www.opex360.com/2024/02/02/le-contrat-relatif-au-troisieme-arret-technique-majeur-du-porte-avions-charles-de-gaulle-a-ete-notifie/


Pour rappel, cette opération, qui a nécessité de mettre le porte-avions en cale sèche durant cinq mois, s’est concentrée sur l’entretien de la coque [l’accumulation de balanes peut faire perdre jusqu’à trois nœuds de vitesse au navire] ainsi que sur la révision des lignes d’arbre et des catapultes. En outre, les installations médicales du bord et les zones de vie de l’équipage ont été rénovées, de même que son système de combat, avec l’intégration d’une station de télécommunications par satellite Syracuse 4, plus puissante et mieux sécurisées.

Le 28 décembre, alors que cet ATI n’était pas encore terminé, la Direction générale de l’armement [DGA] a notifié à Naval Group le contrat relatif au troisième [et dernier] arrêt technique majeur [ATM] du porte-avions. Celui-ci avait été brièvement évoqué la semaine passée, dans un communiqué résumant toutes les commandes qu’elle venait de passer au titre de la loi de finances 2023.

Via un autre communiqué, diffusé le 1er février, la DGA a donné quelques détails sur le contenu de ce futur ATM du « Charles de Gaulle ». Ainsi, comme prévu, cette opération débutera en 2027 et portera en particulier sur la « rénovation du système de combat et du systèmes anti-missiles avec le nouveau radar à quatre panneaux fixes Sea Fire de Thales, le dernier système de direction de combat SETIS 3.0 de Naval Group et la nouvelle installation de tir reconfigurable de MBDA mettant en œuvre les missiles ASTER ».

Pour rappel, le système SETIS 3.0 et le radar Sea Fire vont aussi équiper les cinq futures Frégates de défense et d’intervention [FDI] de la Marine nationale.

Qualifié en octobre 2021 par la DGA, le Sea Fire est un radar qui fonctionne en bande S [partie du spectre électromagnétique allant de 2 à 4 GHz, ndlr]. Doté de quatre antennes actives [AESA] entièrement numériques et à panneaux fixes, il est en mesure de suivre plus de 800 pistes et de repérer des aéronefs et des missiles évoluant à plus de 500 km de distance. Il peut également détecter des navires de surface à plus de 80 km. Qui plus est, il peut être utilisé comme radar de conduite de tir pour les missiles surface-air Aster.

Cela étant, cet ATM 3 se penchera également sur la propulsion du navire. L’un des enjeux sera de voir s’il sera possible, en fonction de l’état des cuves de ses deux réacteurs nucléaires K15, de le prolonger au-delà de 2038, ce qui permettrait à la Marine nationale de disposer de deux porte-avions, avec le PA NG [porte-avions de nouvelle génération].

Lors de l’examen de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, un amendement avait en effet été adopté pour demander au gouvernement de remettre au Parlement un rapport sur le « coût et la viabilité du maintien en service après 2040 » du « Charles de Gaulle ».

Quant au coût de cet ATM 3, la DGA n’a donné aucun chiffre. Cependant, selon les projets annuels de performances publiés par le ministère de l’Économie et des Finances pour la Loi de Finances 2023, il est question d’un investissement de 579,31 millions d’euros en autorisations d’engagement.

« Dans le cadre du prochain arrêt technique pour entretien majeur du porte-avions [ATM3], cette opération vise à pérenniser les capacités actuelles du porte-avions en remplaçant des équipements ne pouvant être conservés en condition opérationnelle jusqu’à [son retrait du service], à intégrer des systèmes transverses arrivant à maturité à l’échéance de l’arrêt technique majeur et à prendre en compte des recommandations issues du réexamen de sûreté nucléaire », explique ce document.

L’armée française signe pour des drones de combat taillés pour la guerre sous-marine

L’armée française signe pour des drones de combat taillés pour la guerre sous-marine

Source : Naval Group
 
La France se prépare à avoir un jour dans sa marine des drones sous-marins de combat. Un démonstrateur va être construit par Naval Group.

Après l’espace aérien, les drones envahissent de plus en plus les fonds marins. La France, avec son immense domaine maritime, entend en être. Six mois après avoir lancé des études sur l’utilisation des drones sous-marins, décision a été prise de construire un démonstrateur de drone sous-marin de combat sans équipage.

La nouvelle a été annoncée le 30 janvier 2024 par la direction générale de l’Armement, dont la mission est de préparer les futurs systèmes de défense de la France. L’engin, appelé dans le jargon un UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), sera construit par Naval Group, l’un des géants de la construction navale dans le monde.

Une capacité de traitement propre et une autonomie décisionnelle

L’UCUV français appartiendra plus précisément à la classe des XL-UUV, soit la catégorie des drones sous-marins de combat sans équipage et de grandes dimensions. Il est précisé dans l’annonce de la DGA que l’engin atteindra à terme les 10 mètres de long pour une masse globale dépassant les 10 tonnes.

drone naval group sous marin
Un prototype en essai. // Source : Naval Group

Ce drone de combat devra afficher une « longue endurance », disposer de « capacités de traitement autonomes », grâce à la présence de capteurs, et assumer une certaine « autonomie décisionnelle ». Son armement éventuel n’est pas mentionné. Sa vocation militaire ouvre toutefois la possibilité de lui octroyer des armes.

L’autonomie décisionnelle sera partielle, avec le souci d’avoir toujours un humain dans la boucle. Le cerveau embarqué des drones restera sous la supervision des marins pour planifier et réaliser des missions. En somme, la France doit suivre la doctrine déjà observée avec les drones aériens : les engins agissent sous l’œil et sous la décision d’un opérateur.

Un nouveau champ de conflictualité : le fond des mers

Ce développement reflète la volonté des puissances d’investir un nouveau milieu, les fonds marins, déjà en partie occupés par les sous-marins. Ces dernières années, l’état-major et le gouvernement insistent sur la nécessité de se déployer dans ces nouveaux champs de conflictualité : cyber, espace, informationnel et le fond des océans.

Pour les États ayant un accès à la mer, cela devient un enjeu stratégique, pour protéger les approches maritimes d’un pays, ou sécuriser les abords d’une force navale déployée. Ces drones, de petite taille et pensés pour être très discrets, peuvent aussi servir à des actions offensives, ou bien faire du renseignement et de la surveillance.

Naval Group, qui équipe depuis longtemps la Marine nationale, travaille depuis 2016 sur des drones sous-marins, lui permettant d’accumuler déjà de l’expérience et de l’expertise dans ce secteur. Des développements sur fonds propres qui devraient ensuite se concrétiser avec la signature de contrats avec l’armée française.

Quand les marines occidentales s’interrogent sur le rôle de leurs porte-avions

Quand les marines occidentales s’interrogent sur le rôle de leurs porte-avions

https://www.lefigaro.fr/international/quand-les-marines-occidentales-s-interrogent-sur-le-role-de-leurs-porte-avions-20240125


Le porte-avions français Charles de Gaulle.

Le porte-avions français Charles de Gaulle. SAJJAD HUSSAIN / AFP

 

À l’heure où les crises internationales débordent en mer et les menaces évoluent, les alliés réfléchissent à un réarmement et à un autre type d’emploi des capacités de leurs porte-avions.

Le porte-avions Charles de Gaulle a commencé ses essais en mer avant de bientôt repartir en mission. Le principal bâtiment de la marine nationale était retenu à quai depuis plusieurs mois pour un arrêt technique. «La crise au Proche-Orient a reposé la question d’un deuxième porte-avions», soupire un député, fin connaisseur des questions militaires.

Pour afficher une présence en Méditerranée orientale, la France n’a pu envoyer que des porte-hélicoptères amphibies en vue d’éventuelles opérations d’évacuation ou de missions humanitaires. «La dissuasion a été assurée par les États-Unis», poursuit l’élu. Le porte-avions français n’aurait pas fait cesser la crise, dit-on au sein de la marine… Mais pour dissuader l’Iran ou d’autres de chercher à exploiter la situation, la marine américaine a envoyé deux porte-avions. «Tout le monde a compris qu’il ne fallait pas chercher l’escalade», a commenté le chef d’état-major des armées, le général Burkhard, à l’ouverture jeudi de la deuxième conférence navale organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri).

«Un outil de puissance»

À l’heure où les crises internationales débordent en mer, le rôle des groupes aéronavals (GAN) -c’est-à-dire le porte-avions et son escorte – revient au premier plan des préoccupations capacitaires ou doctrinales des armées. L’Ifri a ouvert le débat. «Le GAN est un outil de puissance par excellence», a poursuivi le général Burkhard en soulignant la puissance de feu, l’allonge et même le poids diplomatique d’un porte-avions. Outre le «signalement stratégique», un groupe aéronaval est capable «d’agréger» une coalition en permettant à des marines qui ne disposent pas de porte-avions de fournir d’autres capacités. «Un porte-avions exprime le rang d’une nation», a souligné l’amiral Enrico Credentino, qui commande la marine italienne et dont le navire principal, le Cavour, est un porte-aéronefs. Il intervenait aux côtés de l’amiral Vaujour, à la tête de la marine française, de l’amiral Luisa Franchetti, pour les États-Unis, de l’amiral Sir Ben Key, pour le Royaume-Uni, et du vice-amiral Rajesh Pendharkar, pour représenter l’Inde. Les porte-avions sont «une capacité structurante», a insisté l’amiral Vaujour en invitant cependant à repenser le combat naval «des fonds marins à l’espace».

La menace chinoise

Faute d’investissements massifs après la fin de la Guerre froide et parce que le coût d’un porte-avions est démesuré, les marines européennes ont restreint leur nombre au minimum. Deux pour le Royaume-Uni, un pour la France… Elles pèsent donc peu par rapport aux onze porte-avions américains. Un porte-avions «offre des options» aux responsables politiques, a estimé l’amiral Luisa Franchetti, qui commande l’US navy en insistant sur les atouts «d’adaptabilité» et de «flexibilité» des porte-avions : «100.000 tonnes de diplomatie américaine» chacun. Mais la masse américaine ne suffit plus : en nombre de bateaux, la marine chinoise l’a rattrapée. «Par sa taille et ses opérations, la marine chinoise va déterminer ce que les Occidentaux feront de leurs groupes aéronavals», prévient le spécialiste des questions militaires à la Heritage Fondation Brent Sadler. La puissance chinoise constitue la principale menace à la liberté de navigation en Indopacifique. La Russie ou l’Iran disposent aussi de moyens maritimes.

Les marines doivent se réarmer

Depuis la deuxième guerre mondiale les porte-avions ne se sont plus trouvés en première ligne des conflits. Depuis plusieurs décennies, l’espace maritime n’était plus contesté aux puissances occidentales. Ces temps ont changé. Missiles hypervéloces, drones, cyber, déni d’accès… De nouvelles menaces rendent les groupes aéronavals plus vulnérables dans un contexte de transparence plus grande du champ de bataille.

En Chine, l’armée populaire de libération s’entraîne dans le désert contre une maquette grandeur réelle d’un porte-avions américain. Pékin a développé un arsenal de missiles de longue portée pour détruire les bâtiments adverses. Les marines doivent se préparer. Les chefs d’état-major des marines française, américaine, britannique, italienne ou indienne, invités par l’Ifri, sont tous persuadés de l’avenir des porte-avions. Les moyens aéroportés offrent toujours un accès à des théâtres fermés tout en garantissant permanence et mobilité. «Cibler un porte-avions» qui se déplace en mer «est difficile», assure l’amiral Franchetti. Mais l’éventualité d’un engagement n’est plus à exclure. Pire, le combat naval est une guerre d’attrition où la destruction des bâtiments adverses constitue un objectif. Instrument de prestige et symbole politique, les armées européennes seront-elles prêtes à perdre un porte-avions dans un combat naval ? Pour dégager des marges financières pour d’autres capacités, certains remettent en cause la pertinence des porte-avions. «C’est un débat franco-français», a balayé en clôture du colloque l’ancien ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. «L’évolution des théâtres et leur diversification pose la question de l’efficacité des déploiements et celle du format de nos marines», a-t-il ajouté.

Les marines doivent se réarmer. Elles devront aussi réfléchir à un autre type d’emploi de leurs capacités. «La fin du confort opérationnel signifie qu’il ne sera plus possible d’acquérir une supériorité (maritime) totale», a insisté le général Burkhard. Cet objectif «est devenu hors de portée». Mais face à leurs adversaires, les groupes aéronavals devront être capables d’acquérir «une bulle de supériorité temporaire», demande le chef d’état-major. Les armements devront aussi évoluer. «Dans une guerre imposée, il y a un défi de soutenabilité», a relevé le général. «Nous devons être capables de concevoir des armes d’usure, moins chères, et ne pas chercher systématiquement à résoudre un problème tactique par la haute technologie», a-t-il souligné. En clair, pour défendre un bâtiment visé par des drones valant quelques dizaines de milliers d’euros, il faudra trouver autre chose qu’un missile à plus d’un million d’euros. Même si le navire coûte des milliards.

Bretagne : un sous-marin nucléaire à Brest pour 30 mois de maintenance

Bretagne : un sous-marin nucléaire à Brest pour 30 mois de maintenance

Le Vigilant est en service depuis novembre 2004. Anton Petrus 

Un sous-marin nucléaire va faire l’objet d’une longue maintenance de 30 mois pour assurer sa longévité et prévenir les risques de panne. L’entretien va avoir lieu dans la base navale de Brest.

Cet entretien du Vigilant permet d’effectuer des travaux «de maintenance préventive et corrective» qui concernent «l’énergie» et «la propulsion», mais aussi la sécurité des plongées et le confort de vie à bord. L’appareil va faire l’objet de nombreuses vérifications afin d’assurer son bon fonctionnement et sa longévité.

Assurer la dissuasion nucléaire

Pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français, il s’agit d’un passage obligé. Tous les dix ans, les appareils doivent faire l’objet d’une longue maintenance. Le ministère des Armées et Naval Group évoquent également la nécessité de «conserver durablement la crédibilité technologique nécessaire à la posture de dissuasion nucléaire française».

Les quatre engins dont dispose l’armée française sont basés à l’île Longue, près de Brest, et mesurent près de 138 mètres avec 16 missiles à bordLe VigilantLe TriomphantLe Téméraire et Le Terrible ont été mis en service entre 1997 et 2010.

La France et l’Italie veulent « impulser » une dynamique au niveau européen pour la sécurité en mer Rouge

La France et l’Italie veulent « impulser » une dynamique au niveau européen pour la sécurité en mer Rouge

https://www.opex360.com/2024/01/16/la-france-et-litalie-veulent-impulser-une-dynamique-au-niveau-europeen-pour-la-securite-en-mer-rouge/


Au regard de la situation en mer Rouge, où le trafic commercial est menacé par des attaques lancées depuis le Yémen par les rebelles Houthis [liés à l’Iran], cette IEI aurait pu favoriser le lancement d’une opération menée conjointement par des pays européens volontaires, comme ce fut le cas à la fin de l’année 2019, avec la mission de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz [EMASoH, pour European Maritime Awareness in the Strait of Hormuz].

En attendant, alors qu’elle commence à s’inquiéter des conséquences économiques de la dégradation de la sécurité en mer Rouge, l’UE envisage de lancer une nouvelle opération navale, faute de pouvoir étendre le mandat de l’EUNAVFOR Atalanta, qui, sous commandement espagnol, est principalement chargée de lutter contre la piraterie maritime dans le golfe d’Aden.

« En tant qu’UE, nous travaillons intensément sur la manière dont nous pouvons renforcer la situation en mer Rouge et contribuer à une stabilisation. Nous devons en décider ensemble dans le cadre européen. Nous y travaillons d’arrache-pied », a ainsi expliqué Annalena Baerbock, la ministre allemande de la Défense, le 12 janvier.

D’ailleurs, Berlin semble être à la manoeuvre pour planifier cette opération navale européenne. Le 14 janvier, le Welt am Sonntag a d’ailleurs indiqué que la Deutsche Marine y engagerait l’une de ses trois frégates appartenant à la classe Sachsen, sous réserve d’un feu vert du Bundestag.

Cela étant, Paris et Rome ont déjà engagé des moyens en mer Rouge, avec les frégates multimissions « Languedoc » [qui a déjoué deux attaques de drones en décembre] et « Virginio Fasan » [qui devrait être bientôt rejoint par le « Federico Martinengo »]. Ces navires sont restés sous commandement national, alors que la participation de la France et de l’Italie à la coalition navale « Gardien de la prospérité », dirigée par les États-Unis, avait été annoncée.

« Il n’y a aucune subordination au partenaire américain. En revanche, on a une répartition géographique intelligente des efforts et nous partageons nos informations », a récemment expliqué le vice-amiral Emmanuel Slaars, commandant la zone maritime de l’océan Indien [ALINDIEN] et les forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis [FFEAU].

À noter que plusieurs pays européens ont rejoint – ou sont sur le point de le faire – cette coalition sous commandement américain. C’est notamment le cas des Pays-Bas, du Danemark et de la Grèce. Évidemment, cela limite d’autant les marges de manoeuvre pour lancer une opération européenne, dont les contours restent encore à définir.

C’est dans ce contexte que, ce 16 janvier, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue italien, Guido Crosetto, ont eu un échange téléphonique. Si leur entretien à notamment porté sur le « soutien sanitaire apporté par la France et par l’Italie aux civils blessés de Gaza » à bord des navires Dixmude et Vulcano, depuis le port égyptien d’El Arish [Égypte], les deux responsables ont aussi évoqué la situation en mer Rouge, où les Houthis poursuivent leurs attaques malgré les frappes aériennes récemment effectuées par les forces américaines et britanniques pour dégrader leurs capacités militaires.

Selon un communiqué du ministère des Armées, les deux responsables ont en effet « échangé sur la situation en mer Rouge » ainsi que sur « leur volonté d’impulser une dynamique franco-italienne au niveau européen, pour accroître et coordonner les efforts des États européens et partenaires dans la zone ». Reste à voir comment cela va se traduire…

Mer Rouge : La Marine nationale justifie l’emploi de missiles Aster 15 pour détruire des drones bon marché

Mer Rouge : La Marine nationale justifie l’emploi de missiles Aster 15 pour détruire des drones bon marché

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Évidemment, cela a ouvert un débat sur le rapport entre le coût de ces missiles et celui des engins qu’ils ont détruits, sachant que le prix d’une munition téléopérée iranienne [MTO ou drone « kamikaze »] de type Shahed-136, comme celle probablement utilisée par les Houthis, est d’environ 20’000 dollars.

Lors du dernier point presse du ministère des Armées, le 11 janvier, le vice-amiral Emmanuel Slaars, commandant la zone maritime de l’océan Indien [ALINDIEN] ainsi que les forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis [FFEAU] n’a pas manqué d’être interrogé sur ce sujet. Pour lui, « analyser les choses » sous cet angle est un « peu court » étant donné que ce n’est pas le prix de la munition utilisée pour écarter une menace qui compte mais la valeur de ce qu’elle a permis de protéger.

« Il faut intégrer dans vos analyses le fait que le coût à prendre en compte n’est pas seulement celui du missile que l’on utilise mais également le coût de ce que l’on protège. Là, en l’occurrence, il s’est agi de protéger nos marins et leur bateau parce que, lors des attaques des 9 et 11 décembre, il n’y a aucun doute sur le fait que la Languedoc était visée. Donc, il n’y a aucun état d’âme à avoir », a affirmé le vice-amiral Slaars.

Par ailleurs, toujours selon ce dernier, le prix des drones utilisés par les Houthis seraient plus élevés que ceux généralement avancés. « Certains sont assez sophistiqués, notamment ceux utilisés […] pour repérer les bateaux. Être capable de les détruire, c’est finalement anticiper une frappe beaucoup plus létale [avec des missiles, ndlr] et plus critique », a-t-il estimé.

Cela étant, les options de la FREMM en matière de défense aérienne sont limitées. Outre ses missiles Aster 15, associés au radar multifonctions Herakles, capable de détecter et de suivre jusqu’à 400 cibles maritimes et aériennes, elle dispose d’une tourelle de 76 mm.

Si des exercices ont démontré l’efficacité de cette dernière contre les drones, encore faut-il que les conditions opérationnelles se prêtent à son utilisation. À ce jour, sur les vingt-six attaques déjouées en mer Rouge, seul le « destroyer » britannique HMS Diamond a fait usage de son canon de 114 mm contre des drones lancés par les Houthis [lors de l’attaque que ceux-ci ont mené le 9 janvier, ndlr]. Mais il ne l’a fait qu’à une seule reprise, les missiles Aster de son système Viper [ou PAAMS pour Principal Anti Air Missile System] ayant été jusqu’alors privilégiés.

Quoi qu’il en soit, la Marine nationale aura à mener une réflexion sur les capacités surface-air de ses frégates. L’intégration de missiles VL Mica NG, comme cela avait été proposé pour les futures frégates de défense et d’intervention [FDI] grecques, pourrait être une solution susceptible d’être mise en oeuvre assez rapidement.

Lors d’un colloque à l’Institut Montaigne, le 7 décembre, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Thierry Burkhard, avait mis ce sujet sur la table.

« Dans l’arsenal russe, une des armes les plus utilisées pour les frappes dans la profondeur est le drone Shahed d’origine iranienne qui doit coûter à peine 20’000 dollars. Aujourd’hui, on abat quelquefois ce drone avec des Patriot ou des Aster [Aster 30 du système sol-air moyenne portée / terrestre, ndlr] qui coûtent plusieurs millions. Quand on tue un Shahed avec un Aster, en réalité c’est le Shahed qui a tué l’Aster », avait-il expliqué, selon un compte-rendu de l’AFP.

Or, avait-il continué, « si on veut gagner la guerre il va falloir développer des armes d’usure peu chères, en parallèle des armes de haute technologie qui permettent d’emporter la décision ».

L’État-major des armées diffuse les images de la destruction de drones par une frégate multimissions

L’État-major des armées diffuse les images de la destruction de drones par une frégate multimissions

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Cela étant, la marine américaine n’est pas la seule à être impliquée dans la préservation de la sécurité maritime à proximité du détroit de Bab el-Mandeb.

Ainsi, le 16 décembre, le « destroyer » britannique de type 45 HMS Diamond a intercepté un drone lancé par les Houthis grâce à son système surface-air Sea Viper, issu du programme PAAMS [Principal Anti Air Missile System]. C’était la première fois que la Royal Navy détruisait un aéronef depuis la guerre du Golfe [de 1991].

Mais le HMS Diamond avait été précédé par la frégate multimissions [FREMM] française « Languedoc ». Quelques jours plus tôt, celle-ci avait dû abattre deux drones kamikazes qui, selon le ministère des Armées, la visaient sciemment. Puis, moins de quarante-huit heures plus tard, elle fut de nouveau sollicitée pour détruire un autre engin qui menaçait, cette fois, le pétrolier norvégien Strinda.

Les drones hostiles, lancés depuis le Yémen, furent chacun abattus par un missile surface-air Aster 15, dont c’était le baptême du feu. Une FREMM en emporte 16 exemplaires qui, stockés en silos [SYLVER A-43], sont couplés au radar multifonctions Herakles, lequel est en mesure de détecter et de suivre jusqu’à 400 cibles navales et aérienne. Ce type de munition peut engager tout aéronef représentant une menace dans un rayon de 30 km et à une altitude de 13 km.

Quoi qu’il en soit, l’État-major des armées [EMA] vient de diffuser une vidéo pour rappeler les raisons de la présence de la FREMM Languedoc en mer Rouge, à savoir la lutte contre les « activités illicites » [trafics, piraterie] et le terrorisme. Et cela après avoir rappelé que plus de 20’000 navires transitent, chaque année, par le détroit de Bab el-Mandeb [soit 12% du flux du commerce maritime mondial]. Aussi, a-t-il insisté sur la contribution « active » de la Marine nationale à la sûreté maritime.

Pour illustrer son propos, l’EMA a inséré, dans son film, deux séquences montrant chacune la destruction d’un drone par un Aster 15. S’agit-il de l’épisode au cours duquel la FREMM Languedoc a abattu les deux appareils qui la menaçaient? Cela n’est pas explicitement précisé… seulement suggéré. Évidemment, la qualité des images a été volontairement dégradée, ce qui ne permet pas d’identifier les engins interceptés.

Pour rappel, même s’il a été avancé que la France participerait à l’opération « Gardiens de la prospérité », mise sur les rails par les États-Unis le 18 décembre afin d’assurer la sécurité en mer Rouge, la FREMM Languedoc reste placée sous commandement national.

Photo : copie d’écran / EMA