Crise sanitaire oblige, la Journée nationale des blessés de l’armée de Terre va se dérouler « autrement »

Crise sanitaire oblige, la Journée nationale des blessés de l’armée de Terre va se dérouler « autrement »

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Covid-19, surprise stratégique ?

Covid-19, surprise stratégique ?

Commission de la défense nationale et des forces armées


La crise du Covid-19 n’est pas finie et il faut faire preuve de beaucoup d’humilité, car cet ennemi invisible est difficile à cerner. Mon sentiment est que nous n’avons pas vécu de vraie surprise stratégique car une épidémie de grande ampleur était envisagée depuis longtemps. Pour autant, la force de la pandémie nous a collectivement déséquilibrés. À ce stade, j’estime que l’armée de Terre résiste bien et reste en mesure d’exécuter ses missions. Nous devons toutefois rester vigilants et bien apprendre de ces deux mois de crise.

Quelles sont tout d’abord les caractéristiques de cette crise ? J’en identifie deux principales. La première est que l’armée de Terre a dû composer avec deux impératifs apparemment contradictoires : protéger nos soldats contre le virus et continuer de préparer nos opérations. L’impératif le plus évident est de protéger nos soldats contre le virus et d’éviter que ces derniers participent à sa diffusion en interne, dans nos unités, et en externe, dans le reste de la population. Cette priorité que nous nous sommes fixés a été confirmée par la ministre des Armées. Pour autant, le télétravail n’a pas grand sens pour 80 % des militaires de l’armée de Terre. De même, d’un régiment à l’autre, nous devons également prendre en compte de multiples métiers et des configurations de casernes très différentes. Il a donc fallu inventer une nouvelle manière de travailler qui a changé le quotidien de toute l’armée de Terre. Grâce à l’autonomie laissée à nos formations, l’armée de Terre a su trouver des solutions adaptées pour protéger ses soldats. 

L’autre impératif, qui est aussi une priorité, est de préparer le mieux possible mes hommes à s’engager. Vos propos introductifs rappellent que nos opérations se poursuivent et qu’elles ne sont pas moins dangereuses. Or une contamination massive de l’armée de Terre ne permettrait plus de remplir nos missions. Ces deux impératifs qui sont moins contradictoires qu’il n’y paraît doivent donc être combinés. Protéger nos hommes et nos femmes du virus ne suffit pas car le Covid n’arrête pas nos ennemis. Vis-à-vis de la Nation, l’armée de Terre a le devoir d’être prête à s’engager en opérations. J’ai aussi un devoir vis-à-vis de mes hommes qui doivent être déployés avec toutes les chances de réussir leurs missions. Pour concilier ces deux exigences, il faut faire preuve de pédagogie, en interne et en externe, car certains se sont étonnés que nos soldats continuent de s’entraîner au lieu de rester confinés. Il s’agit bien de préparer nos soldats à l’exécution des missions que le Gouvernement nous confie. Et en voulant les protéger à court terme contre le risque du Covid, en stoppant tout entraînement, nous leur ferions prendre, ultérieurement, des risques plus grands en opérations. 

En outre, cette crise a exigé de la réactivité et de l’imagination. Cette réactivité de l’armée de Terre a d’abord consisté, le temps d’évaluer la situation, à « jeter un premier dispositif » permettant de faire face à toutes les options possibles. Avant même le lancement de l’opération Résilience, une mise en alerte a été déclenchée pour se préparer à d’éventuelles prochaines missions, tout en renforçant et en adaptant le fonctionnement pour protéger nos soldats. Il s’agissait de se tenir prêts à déployer sans délai les militaires et les moyens dont le pays avait besoin et d’adapter les activités de formation et de préparation opérationnelle indispensables à nos unités. Être capables de produire un engagement important en hommes et en matériels au profit de l’opération Résilience était bien notre objectif. Personne n’aurait compris que l’armée de Terre reste confinée et n’intervienne pas pour aider nos concitoyens et appuyer la résilience de l’État. 

Il a également fallu être imaginatif pour soutenir au mieux les Français et les services de l’État. Il n’existe aucun manuel pour qu’une section d’infanterie agisse en appui d’un hôpital. Nous avons donc engagé un dialogue étroit avec les acteurs locaux pour répondre à leurs attentes.

Des sections ont aussi été déployées pour monter des tentes à l’entrée de certains EHPAD pour permettre aux visiteurs de s’équiper avant de retrouver leurs aînés. Vous vous en doutez, cela ne s’improvise pas et nécessite un vrai dialogue entre civils et militaires.

Je voudrais maintenant vous faire une appréciation de situation sur l’engagement de l’armée de Terre et sur les conséquences de la crise sur notre armée.

Auparavant, je voudrais dire combien les soldats de l’armée de Terre sont admiratifs devant l’action du personnel de santé ; ils ont mesuré la force de leur engagement et l’ampleur des risques qu’ils prennent. C’est admirable et nous étions heureux de les aider et de les appuyer.

Dans cette crise, l’engagement de l’armée de Terre a été « multi-domaines », sur un très large spectre de missions. L’opération Résilience est beaucoup plus diverse que Sentinelle. En effet, l’armée de Terre s’est déployée depuis l’Assemblée nationale jusqu’à des hôpitaux de toutes petites villes, en passant par des entreprises et des centres d’action sociale. L’armée de Terre a ainsi montré qu’elle était un peu « l’armée des territoires », s’appuyant sur la densité de son maillage géographique.

Pour vous donner quelques exemples de la diversité des missions, nous avons appuyé les structures médicales et hospitalières par des unités d’active et des unités de réserve, en particulier à Paris. Vous avez cité le 2e régiment étranger de génie à l’hôpital de La Conception. Des militaires, spécialisés dans le secourisme, au 68e régiment d’artillerie d’Afrique ont aussi contribué, aux côtés du SAMU, à la régulation médicale à Bourg‑en‑Bresse. Nous avons également apporté un appui logistique auprès des services de l’État en transportant des malades, en distribuant des équipements sanitaires ou en sécurisant des sites sensibles. Tout le monde a vu les évacuations par hélicoptères, une cinquantaine de patients transportés au total. Il y a eu des actions moins visibles comme la distribution de plusieurs dizaines de millions de masques dans l’ensemble du pays. Le 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine a assuré la protection du site hospitalier de Toulouse. Le 92e régiment d’infanterie a assuré la protection de l’hôpital de Limoges et la sécurisation de la livraison de matériels. Mais au-delà des effets produits sur le terrain, la participation de l’armée de Terre à l’opération Résilience a permis la « réassurance » de certaines structures hospitalières, dont le personnel de santé a ressenti, au travers de l’aide des armées, l’appui de l’ensemble du pays. L’armée de Terre doit montrer l’exemple en appuyant psychologiquement la résilience de la nation.

Le 2e régiment de dragons, régiment d’appui NRBC a exécuté 250 opérations de désinfection, principalement d’administrations, et une dizaine d’équipes a été déployée outre‑mer. Son expertise n’aurait pas été maintenue à ce niveau si, dès février, son chef de corps n’avait pas pris l’initiative de constituer des stocks de produits de désinfection ! 

Une action moins visible a été l’appui aux structures de commandement et de gestion de crise. L’armée de Terre a déployé assez vite des officiers en scolarité à l’école de guerre ou affectés en état-major, en renfort des structures de l’État, comme au ministère des solidarités et de la santé ou dans les agences régionales de santé (ARS), avec lesquelles il a fallu dialoguer et avec lesquelles nous étions assez peu familiarisés. 

Je vous ai décrit l’engagement. J’identifie deux facteurs qui l’ont rendu possible : notre chaîne de commandement et le maillage territorial.

Si nos unités ont bien réagi, c’est d’abord lié à une chaîne de commandement, qui est solide, efficace et qui repose sur trois principes : la subsidiarité, le contrôle et l’appui aux subordonnés. Ce triptyque est fondamental pour construire une confiance qui ne se décrète pas mais se travaille en permanence. Dans l’incertitude, nos soldats se tournent vers leur chef et attendent des réponses à leurs interrogations. Dans cette crise, la chaîne de commandement a donc réussi à jouer ce rôle : donner du sens à la mission. C’est ce que nos hommes attendent des chefs : réduire et éclairer l’incertitude. 

L’efficacité de la réponse réside également dans notre maillage territorial qui rend possible le contact à tous les niveaux : il y a d’abord Paris au niveau central, il y a ensuite les officiers généraux de zone de défense et de sécurité en contact avec le préfet de zone de défense et de sécurité, il y a enfin les délégués militaires départementaux en contact avec les préfets de département et les chefs de corps avec les maires, les parlementaires, les conseillers régionaux et les chefs d’entreprise.

La dynamique de rayonnement local que nous construisons et que nous entretenons avec soin dans nos garnisons depuis des années, s’est muée, durant cette crise, avec l’aide des acteurs locaux, en dynamique opérationnelle.

Cette crise nous apprend aussi que nous gagnerions à diversifier le panel de nos contacts. Mais n’oublions pas que le rôle du préfet doit rester central, la connaissance interpersonnelle et la confiance mutuelle pouvant accélérer la réponse à la crise.

Je voudrais maintenant évoquer l’impact de la crise sur l’armée de Terre. L’armée de Terre reste en mesure d’exécuter les missions qui lui sont fixées. Pour autant, il ne faut être ni catastrophiste ni naïf mais deux mois de crise Covid avec beaucoup d’activités gelées ne peuvent pas être sans conséquence. Elles sont multiples. Dans le domaine des ressources humaines, l’interruption du recrutement, qui reprendra la semaine prochaine, entraîne un déficit potentiel de mille à deux mille jeunes engagés. Ce retard ne sera pas rattrapé en intégralité mais nous avons pris des mesures pour faciliter les engagements et permettre à ceux qui ne voudraient pas quitter l’armée de rester. 

S’agissant de la préparation opérationnelle, nous avons réduit des deux tiers nos activités d’entraînement interarmes et interrompu une bonne partie de nos formations pour nous concentrer sur les relèves et sur l’opération Résilience. Il y a donc un déficit de préparation opérationnelle que nous allons chercher à résorber.

Malgré un entraînement moins important que prévu, nous n’avons pas réduit le niveau d’engagement en OPEX. La prise de risque est maîtrisée pour la relève de juin et devrait être acceptable pour celle de fin d’année. Si le niveau de contrainte continue à être très fort l’an prochain et si le périmètre des opérations change – une nouvelle crise qui se déclare par exemple – la prise de risque sera plus forte et devra être finement évaluée. 

La situation du maintien en condition opérationnelle (MCO) apparaît comme satisfaisante à court terme. Les ateliers ont continué de travailler en utilisant les stocks de pièces dont nous disposons. Certains véhicules ayant moins roulé, nous avons donné la priorité technique à des véhicules engagés dans l’opération Résilience. La disponibilité technique opérationnelle (DTO) s’améliore, mais au prix d’un fort recours aux stocks. Si l’industrie de défense ne rouvre pas rapidement les flux, nous serons en difficulté, à moyen terme. Je suis donc très vigilant.

L’armée de Terre est prête à s’engager et à exécuter ses missions. Il y a toutefois des inquiétudes et des incertitudes bien normales. Les soldats se posent les mêmes questions que tous les Français, mais cela ne remet pas en cause l’engagement opérationnel. Nos soldats et leurs familles s’interrogent sur la sortie du confinement, la scolarisation, les vacances d’été et les mutations, etc.

J’en viens maintenant aux enseignements. Le premier, c’est qu’un modèle d’armée complet n’est pas une assurance inutile. Il y a six mois, certains auraient peut-être jugé le 2e régiment de dragons, qui aligne 800 à 900 hommes, un peu trop coûteux. Mais ce n’est pas au moment du déclenchement d’une crise que l’on peut acquérir une telle expertise, rassembler des hommes et des matériels, etc.

Deuxième enseignement : la résilience n’est pas un luxe même si elle ne fait pas toujours bon ménage avec l’efficience. Et l’autonomie stratégique est bien évidemment une composante de cette résilience. Nous devons donc identifier nos équipements les plus stratégiques dont il faudra sécuriser toute la chaîne de valeur. En cas de guerre ou même de crise, nos ennemis feront tout pour nous empêcher de compléter nos stocks de munitions et de pièces de rechange. On ne saurait en constater l’insuffisance, comme cela a été le cas pour les stocks de masques, que seule la loi de l’offre et de la demande nous a empêchés de reconstituer plus rapidement.

Troisième enseignement : notre mode de fonctionnement est devenu trop complexe. L’accumulation de normes et de directives multiples nous empêche de fonctionner de manière souple et réactive. Nous devons retrouver une forme d’agilité au service de l’opérationnel, à l’instar de la procédure des urgences opérationnelles qui nous permet d’obtenir rapidement certains équipements qui nous font défaut. C’est donc possible. L’état d’esprit qui consiste à trouver la solution plutôt que d’expliquer pourquoi les choses ne devraient pas être faites devrait être un peu plus répandu. Beaucoup réglementent mais les armées à qui l’on demande de remplir ses missions en tout temps, en tous lieux, sont enfermées dans un excès de normes. Il faut être vigilant à ce que celles-ci ne nous étouffent pas. C’est une de mes priorités car l’armée de Terre n’est pas exempte de reproches dans ce domaine, nous devons aussi trouver des solutions, simplifier nos procédures et faire évoluer certaines mentalités.

Cette crise inédite n’est pas finie, nous continuerons à vivre sous cette menace, mais le monde n’a pas changé : loin de se substituer aux autres défis sécuritaires, la pandémie peut les exacerber ou en créer de nouveaux. Nous n’en mesurons pas encore toutes les conséquences, notamment économiques. Nous pourrions d’ailleurs être un acteur du plan de relance gouvernemental et nous nous préparons à faire des propositions dans ce sens.

Cette crise conforte mon point de vue sur les orientations du plan stratégique de l’armée de Terre. Le monde est dangereux, la crise contribue à cette dangerosité et un conflit majeur n’est pas improbable – on voit en Libye quelque chose qui s’en approche. Face à une crise majeure, il faut être prêts d’emblée, et il faut être résilients, savoir encaisser les chocs, sinon nous serons balayés.

Le ministère des Armées confirme avoir acheté du phosphate de chloroquine « par précaution »

Le ministère des Armées confirme avoir acheté du phosphate de chloroquine « par précaution »

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Covid-19 : comment l’épidémie a été gérée sur le Charles de Gaulle

Covid-19 : comment l’épidémie a été gérée sur le Charles de Gaulle


60% de l’équipage est positif au Covid. Le point sur le déroulement de l’affaire

 

Le Porte-avions Charles de Gaulle

Le Porte-avions Charles de Gaulle © Sipa Press

1 060 marins du porte-avions, sur les 1 760 qui étaient à bord, ont été testés positifs au Covid, soit 60 % d’entre eux, indique la Marine nationale. Près de la moitié des «  positifs  » sont asymptomatiques.

Au total, 24 marins sont actuellement hospitalisés, dont dix sous oxygène et un intubé. Ce dernier est l’un des trois marins évacués du bord par hélicoptère.

Alors que les rumeurs vont bon train, nous pouvons apporter des précisions, même si celles-ci sont partielles, sur la base d’informations de source navale. Deux enquêtes – épidémiologiques et de commandement – sont en cours et la ministre des armées a promis vendredi qu’elles seraient rendues publiques.

L’escale à Brest. Elle est au centre des interrogations sur l’origine de la contamination. Elle s’est déroulée du vendredi 13 au lundi 16 mars au matin. Il s’agit du week-end où tout a basculé en France, avant le confinement effectif le 17 mars en milieu de journée. Environ un tiers de l’équipage (notamment les personnels du groupe aérien embarqué) habite dans la région de Brest. Ces marins ont pu regagner leur domicile, même si la visite des familles à bord a été annulée par mesure de précaution. Au moment de l’escale, une trentaine de cas de Covid était identifiée dans le Finistère. Les marins ont reçu la consigne de ne pas se rendre dans le seul foyer épidémique (cluster) alors connu en Bretagne, la région d’Auray (Morbihan).

Les mesures prises à bord. Le porte-avions a quitté Brest le lundi 16 mars, avant l’intervention du président de la République le soir même, annonçant un très net durcissement des mesures déjà prises. A bord, un questionnaire a été rempli par tout l’équipage sur son état de santé et ses contacts durant l’escale. L’équipe médicale a alors identifié 350 marins qui devaient faire l’objet d’un suivi préventif, avec une prise de température deux fois par jour. La Marine reconnaît que «  100 % des marins n’ont pas été suivis  ». D’autres mesures ont été prises, comme le doublement (2 fois par jour) des postes de propreté ou la suppression des rassemblements du matin. Enfin, le bateau a «  évité  » toutes les venues à bord, même si du ravitaillement a été livré.

Les entrées et les sorties de l’infirmerie ont été l’indicateur d’alerte. Celles-ci sont restées normales, de l’ordre de la dizaine par jour, indique la Marine. Un seul cas suspect avait été identifié, mais un scanner des poumons, transmis à terre, a indiqué qu’il ne s’agissait pas du covid.

L’alerte et l’interruption de la mission. Tout a basculé le lundi 6 avril au soir, lorsque les entrées à l’infirmerie ont «  tout à coup  » fortement augmenté et se sont poursuivies durant la nuit, indique-t-on dans la Marine.

[Actualisé (1) : Interrogé sur TF1, le chef d’état-major des armées François Lecointre a précisé que le nombre de malades était brutalement passé de 18 le 5 avril à 36 le lendemain 6 avril. ]

Le commandant a aussitôt rendu compte et la décision d’interrompre la mission Foch a été prise le lendemain, mardi 7 avril, en accord entre le bord, l’état-major de la marine, le chef d’état-major des armées et la ministre des armées. Cette décision n’a été rendue publique que le jour suivant, le mercredi 8 avril.

L’armée française a indiqué, ce samedi, que 1 046 marins du porte-avions Charles-de-Gaulle ont été contaminés par le coronavirus

L’armée française a indiqué, ce samedi, que 1 046 marins du porte-avions Charles-de-Gaulle ont été contaminés par le coronavirus

Une équipe de désinfection sur le Charles-de-Gaulle à Toulon. ©Benoit Emile/EPA/MAXPPP (EPA)


Le Télégramme -Publié le 18 avril 2020

https://www.letelegramme.fr/france/1-046-cas-sur-le-charles-de-gaulle-bilan-definitif-selon-l-armee-18-04-2020-12540855.php


Le bilan est définitif : 1 046 marins du porte-avions français Charles-de-Gaulle ont été testés positifs au nouveau coronavirus sur un total de 1 760, selon l’armée française. Une immense majorité d’entre eux vient bien du bâtiment nucléaire lui-même, sur lequel le virus s’est répandu comme une traînée de poudre, touchant presque 60 % des effectifs.

Un major en réanimation

Près de 50 % des cas sont asymptomatiques. Entre 20 et 30 marins sont actuellement hospitalisés selon les jours, et un major d’une cinquantaine d’années est en réanimation. Son état est stationnaire et ses « réflexes respiratoires fonctionnent ».

Deux enquêtes ont été diligentées sur la gestion de la crise par l’encadrement militaire et le processus de contamination du bâtiment. Deux questions qui continuent de faire polémique, avec des témoignages qui dénoncent un encadrement dépassé par les évènements. La marine nationale a de nouveau dénoncé certaines informations « fausses ».

Coronavirus : l' »opération désinfection » commence à bord du Charles-de-Gaulle

Coronavirus : l' »opération désinfection » commence à bord du Charles-de-Gaulle

 

Par Thomas Liabot – Le Journal du dimanche – Publié le 13 avril 2020

https://www.lejdd.fr/Societe/covid-19-loperation-desinfection-commence-a-bord-du-charles-de-gaulle-3961707


Rentré à sa base de Toulon après que plusieurs cas de Covid-19 se sont manifestés à bord, le porte-avions Charles-de-Gaulle sera désinfecté par des équipes spécialisées à partir de mardi.


Une cinquantaine de cas suspects de Covid-19 ont été recensés à bord du Charles-de-Gaulle.
Une cinquantaine de cas suspects de Covid-19 ont été recensés à bord du Charles-de-Gaulle. (AFP)

Les opérations inédites se poursuivent pour l’armée française, confrontée à des cas de coronavirus dans ses rangs. Après le retour à Toulon du Charles-de-Gaulle, dimanche, une opération logistique lourde de débarquement de tout l’équipage a eu lieu jusqu’à lundi. Les quelque 1.700 marins qui étaient présents à bord vont être testés et confinés pour un isolement sanitaire de deux semaines. Ils ont été répartis dans plusieurs endroits dans le Var, précise la Marine au JDD, dont l’hôpital militaire de Sainte-Anne et la base navale, à Toulon, les bases de Saint-Mandrier et Hyères. Ce n’est qu’après qu’ils pourront retrouver leurs familles.

L’origine de la contagion toujours inconnue

Parallèlement, des « unités expertes » – le 2e régiment de dragons (2e RD) notamment – appuyées par des entreprises spécialisées vont désinfecter dès mardi le porte-avions, une opération qui devrait durer plusieurs jours au moins. Dimanche, tous les aéronefs présents à bord du Charles-de-Gaulle ont aussi été nettoyés à base d' »eau javélisée, de gel hydroalcoolique et de vapeur d’eau à plus de 60° degrés ». L’objectif étant de « recouvrer au plus tôt leur pleine capacité opérationnelle ». Aucun délai de retour à la normale n’a été communiqué.

Covid-19 : Mis à l’isolement, tous les marins de la mission Foch feront l’objet d’une enquête épidémiologique

Covid-19 : Mis à l’isolement, tous les marins de la mission Foch feront l’objet d’une enquête épidémiologique

http://www.opex360.com/2020/04/12/covid-19-mis-a-lisolement-tous-les-marins-de-la-mission-foch-feront-lobjet-dune-enquete-epidemiologique/


Coronavirus. L’armée peut « faire plus », estime Florence Parly

Coronavirus. L’armée peut « faire plus », estime Florence Parly

L’armée française est disposée à en faire plus pour aider les services de l’État à lutter contre le coronavirus, a déclaré la ministre des Armées, auditionnée par la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, ce vendredi 10 avril. Florence Parly a aussi convenu que l’armée pourrait faire évoluer son dispositif, en fonction de l’évolution de l’épidémie sur le territoire national.


Florence Parly, ministre des Armées.
Florence Parly, ministre des Armées. | ERIC FEFERBERG / AFP

L’armée française, mobilisée dans la lutte contre le coronavirus sous le parapluie de l’opération Résilience, est disposée à en faire plus dans les semaines à venir, a indiqué la ministre des Armées, invitant les différentes institutions à exprimer plus de demandes.

Il faut être inventif et créatif. Nous avons la volonté de faire plus, a déclaré vendredi 10 avril Florence Parly, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, dont l’intégralité a été publiée dans la soirée. Nous pouvons avoir des idées mais il faut aussi que les services de l’État et autres expriment leurs besoins .

Florence Parly a indiqué que les armées n’avaient jamais refusé de demande d’intervention depuis le début de la crise sanitaire. Jusqu’à présent nous étions en posture d’écoute et de disponibilité pour répondre à des demandes. Nous pouvons peut-être faire plus encore, c’est-à-dire être force de proposition face aux préfets et aux autres services de l’État, a-t-elle souligné.

Vers une évolution du dispositif militaire

L’opération Résilience avait été lancée par le président Emmanuel Macron le 25 mars pour coordonner l’ensemble des interventions des militaires contre le virus. Elle comprend notamment des évacuations de malades et de personnels soignants, l’ouverture d’une structure médicale de réanimation (EMR) de 30 lits à Mulhouse, ainsi que la sécurisation et le convoyage de matériel médical et l’envoi de renforts en outre-mer.

La ministre a convenu que le dispositif était susceptible d’évoluer en fonction de la situation sanitaire, notamment dans le Grand Est où des rumeurs ont fait état ces derniers jours d’un possible déménagement de l’EMR.

Des réflexions sont en cours sur comment répartir au mieux notre effort en fonction de la dynamique de l’épidémie sur le territoire, a indiqué la ministre sans entrer dans les détails. Le dispositif, tel qu’il est aujourd’hui, sera certainement amené à évoluer.

Coronavirus. L’armée peut « faire plus », estime Florence Parly

Covid-19 : Selon la ministre des Armées, environ 400 militaires ont été contaminés

Covid-19 : Selon la ministre des Armées, environ 400 militaires ont été contaminés

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Service de santé des armées et service public de santé

Service de santé des armées et service public de santé

À l’heure où les grandes pandémies réapparaissent, le médecin général inspecteur (2S) Raymond WEY nous rappelle au combien la médecine militaire participe d’un système de santé français à vocation mondiale.

 

« La médecine militaire est à la médecine ce que la musique militaire est à la musique. »

En modifiant le propos prêté à Georges CLEMENCEAU sur la justice militaire, l’auteur de ce pastiche commettait surtout un faux-sens démontrant une méconnaissance de ce qu’est la médecine aux armées !

En effet, cette dernière est, depuis la formation initiale des hommes et des femmes, qui en sont l’âme et le bras armé, jusqu’à l’application des bonnes pratiques diagnostiques et thérapeutiques, parfaitement identique au quotidien médical de leurs confrères civils. De fait, la médecine dans les armées ne constitue qu’un écosystème distinct, car en interrelation avec son biotope, son milieu militaire et les conditions spécifiques de son emploi. Cet écosystème réalise une structure de santé complète, cohérente et expérimentée, dont le but — et la singularité la plus caractéristique — est d’être en mesure de sauver des vies en situation isolée, en milieu hostile et/ou en environnement extrême. Ce faisant, aujourd’hui plus encore que par le passé, les modes d’action auxquels le soignant militaire est spécialement entraîné trouvent aussi leur place dans la gestion de situations apportées par l’actualité, faisant du soignant militaire un intervenant non seulement au sein des armées, mais également au profit de l’ensemble de la Nation dont il contribue à la résilience.

Un soignant…

Rappeler que les soignants dans les armées sont issus du même creuset universitaire que leurs confrères civils relève du truisme. Ne compte-t-on pas dans leurs rangs des personnels qui n’ont pas fait le choix d’être militaire dès le début de leurs cursus de formation ? Le recrutement des réservistes n’est-il pas effectué sur les critères des titres professionnels et techniques détenus ? Énumérer la liste des parités ne présente qu’un intérêt fort limité : mêmes cursus effectués dans les mêmes universités ou instituts de formation paramédicale, stages cliniques identiques, assurés tant en milieu civil que militaire ; mêmes examens passés dans les mêmes conditions et avec des sanctions communes. Compte tenu de l’organisation actuelle des études médicales, comme l’étudiant civil, l’élève militaire devra confronter sa vocation à la factualité des nouvelles modalités de classement en fin de deuxième cycle des études médicales, ce « sésame » pour l’exercice de la médecine générale ou des différentes spécialités. S’agissant des paramédicaux, la spécialisation reste, pour l’heure, un choix effectué après une période de pratique des soins infirmiers généralistes.

…adapté à un biotope spécifique…

Ces similitudes absolues cachent cependant une singularité fondamentale de vocation : le soignant militaire a fait le choix de partager avec ses camarades des armes la spécificité de la condition militaire qui, par essence, intègre tous les risques du combat, pour lesquels ils sont formés au cours de leur préparation opérationnelle. Il sait en outre que sa mission essentielle de sauvetage et de soins aux combattants blessés lui imposera, en permanence et quel que soit son mode d’exercice, la maîtrise au plus haut niveau d’excellence des armes qui sont les siennes, celles de la vie. La disponibilité absolue et l’adaptation technique à la fonction opérationnelle propre au biotope militaire modifie profondément l’approche de l’exercice de son art. L’appropriation de cette singularité commence dès son entrée en école lors de ses formations militaire, technique et opérationnelle adaptées à sa future fonction. Cet apprentissage précoce des techniques et des pratiques opérationnelles permet l’acquisition des synergies d’action qui feront de lui un acteur indispensable de la chaîne de prise en charge des blessés au combat. Ces formations, initiale puis continue, permettent seules d’assurer la cohésion et la confiance réciproque entre les différents échelons de cette chaîne de soins qui, contractant l’espace et le temps, permet de gagner le combat pour la survie des blessés. Elles assurent par ailleurs l’amélioration constante de la qualité du soutien opérationnel des forces qui permet à la France d’être l’une des rares nations occidentales, capable d’entrer en premier, en mesure de déployer, sur quelque théâtre que ce soit et dans les délais les plus brefs, une chaîne « santé » complète, cohérente, autonome et réactive offrant aux blessés la certitude de bénéficier de toutes les chances de survie avec le minimum de séquelles possibles.

…acteur d’un écosystème particulier…

Cet écosystème, constitutif des armées et destiné à répondre à leurs besoins, s’est adapté en permanence afin de s’ajuster aux multiples réformes ayant affecté non seulement les armées, mais également le service public de soins, dont il a dû adopter les contraintes légales. Il a été conduit à modeler son organisation, pour préserver sa capacité opérationnelle, autour de cinq composantes en interrelations étroites : la médecine des forces, les hôpitaux militaires, la formation spécifique, l’approvisionnement en produits de santé et la recherche biomédicale.

Par définition la plus proche des unités des trois armées et de la gendarmerie nationale, la médecine des forces est adaptée à la diversité des milieux d’emploi et des missions à assurer. La médecine de diagnostic et de soins au profit de l’ensemble du personnel des Armées et des familles y est exercée dans les centres médicaux et leurs antennes. Ces structures de proximité sont soumises à une très forte sujétion opérationnelle, qui ne se limite pas à la seule disponibilité ou à la prise en charge initiale du militaire blessé physique ou psychique, mais également à son suivi et son accompagnement jusqu’à sa réhabilitation, tout au long d’un parcours qui peut s’avérer douloureux, difficile et long. C’est aussi sur ce maillage que repose la prévention des maladies, des risques et des blessures mettant en jeu la santé du militaire. S’y déroule le contrôle de l’aptitude médicale initialisé lors de la sélection et l’établissement du profil médical individuel et contrôlé systématiquement à l’occasion des visites médicales réglementaires. Ce marqueur de l’évolution qui, des aléas de santé du militaire et des conséquences physiques et psychologiques de son emploi, permet en permanence aux forces armées d’employer des personnels présentant un état de santé compatible avec les missions qui leur sont dévolues et de prévenir les aggravations. Tenant toute leur place en matière de surveillance épidémiologique, de formation continue, de préparation opérationnelle et de recherche, pilotes de la transversalité des parcours individuels de soin et de suivi des militaires, les structures de la médecine des forces ne sont pas isolées. La composante hospitalière y tient toute sa place.

Les hôpitaux d’instruction des armées remplissant une double mission, l’une de soutien médical des forces, l’autre de participation au service public hospitalier, dont ils se soumettent aux procédures et aux normes d’accréditation et de certification, réalisent un ensemble cohérent. Cette composante est organisée, actuellement, autour de deux plateformes hospitalières militaires, l’une en région Ile-de-France, l’autre en région PACA, ordonnancées autour des pôles d’excellence de chirurgie, de réanimation, de psychiatrie et de médecine pluridisciplinaire, ainsi que de quatre formations plus ou moins affiliées à leur territoire de santé, selon leurs situations. Ce modèle hospitalier constitue le vivier de spécialistes armant les structures opérationnelles de sauvetage et de soins des blessés sur les théâtres d’opération, en particulier des équipes chirurgicales et de réanimation dont l’entraînement à l’urgence traumatique de guerre et la disponibilité doivent être constantes, de même que celles de psychiatrie. Ces ensembles participent à la transmission en interne du savoir pratique, du vécu et des savoir-faire spécifiques à la médecine aux armées.

La formation aux missions essentielles de ses personnels a toujours été au cœur des préoccupations de l’écosystème médical militaire. La concentration des formations initiale, spécialisée et continue sur deux composantes assure leur cohérence. La première, constituée par les Écoles de santé des armées de LYON-BRON, complète les formations universitaires par les premiers acquis militaires. La seconde, l’École du Val-de-Grâce, rassemble toutes les formations spécifiques aux milieux d’emplois et à leurs particularités.

L’approvisionnement en produits de santé des armées présente les originalités de son milieu d’action car il implique une démarche rigoureuse de dimensionnement des flux et des stocks de ravitaillement en matériels et produits au plus près des besoins opérationnels. Cette démarche est indissociable d’une anticipation indispensable des besoins futurs, liés à la modernisation et l’optimisation des capacités à détenir pour faire face aux nouvelles menaces auxquelles peuvent être confrontés les combattants. Il repose également sur des productions galéniques assurées par la Pharmacie centrale des armées et qui répondent à des besoins spécifiques aux armées.

Les travaux de la composante recherche sont induits par les évolutions de ces menaces militaires ou environnementales, naturelles ou agressives, émergentes ou anciennes. Les centres d’intérêts des chercheurs biomédicaux militaires sont directement adaptés aux besoins des armées, concernant tout naturellement, entre autres, les menaces et les risques nucléaires, radiologiques, chimiques ou biologiques, les maladies transmissibles ou les questions d’ergonomie et d’adaptation des combattants à leur milieu et aux technologies nouvelles.

…additionnel au service de santé public et au-delà… 

Cette analyse des capacités propres à l’écosystème médical militaire révèle rapidement en filigrane, avant de les placer en pleine clarté, les retombées de ses capacités spécifiques sur le service de santé public et au-delà des limites nationales. Il faut, trop souvent, des situations de crise pour que cette évidence s’impose.

Tel fut le cas, entre autres, en novembre 2015 lors des attentats qui endeuillèrent la France ou en début de la même année, lorsque l’épidémie due au virus Ébola frappa la Guinée et que les autorités se soient tournées vers le Service de santé des armées pour ouvrir à Conakry un centre de traitement des soignants locaux, durement touchés par la maladie. Ce déploiement a permis de valider la capacité du Service de santé des armées de répondre dans l’urgence à une mission à risque biologique, étape essentielle dans la recherche opérationnelle conduite dans de ce domaine de crises épidémiques émergentes et/ou exotiques.

La recherche biomédicale, inscrite dans la stratégie nationale de recherche, entraîne des partenariats avec le milieu académique et l’industrie de défense et hors défense dans des secteurs aussi variés que, par exemple, la thérapie cellulaire, les études et les essais sur la perception sensorielle ou l’électro-neurophysiologie, l’imagerie et le calcul haute performance, l’intelligence artificielle, la capacité en bio-analyse ou les effets sur l’homme des contraintes physiologiques extrêmes.

Autre champ d’intervention au-delà de son biotope naturel et à la demande du ministère des Solidarités et de la Santé, il produit au profit de l’ensemble de la population les comprimés d’iodure de potassium qui seraient utilisés en cas d’incident nucléaire comme il assure au profit de la Nation le stockage de traitements stratégiques.

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Texte issu du dossier n°25 du G2S « Le militaire et la société »