La Russie met à l’eau un nouveau sous-marin nucléaire, équipé du missile hypersonique Zircon

La Russie met à l’eau un nouveau sous-marin nucléaire, équipé du missile hypersonique Zircon


Le Perm, cinquième sous-marin nucléaire de la classe Yasen-M, devrait rejoindre la marine russe l’année prochaine. C’est un actif stratégique pour le Kremlin, qui cherche à maintenir la présence de sa flotte dans l’océan mondial malgré la guerre en Ukraine.

Pendant que tous les regards sont tournés vers les plaines d’Ukraine et que l’industrie de guerre russe tourne à plein régime pour abreuver le front en chars, blindés et canons d’artillerie, la Russie poursuit le renouvellement de sa flotte de sous-marins à propulsion nucléaire, actifs stratégiques pour le Kremlin face à l’US Navy et aux marines de l’Otan. Ce jeudi 28 mars, le cinquième sous-marin d’attaque de classe Yasen-M, baptisé Perm, a été mis à l’eau à Sevmash, le seul chantier naval russe qui produit encore de nouveaux sous-marins nucléaires, dans la ville portuaire de Severodvinsk, devant la mer Blanche et à proximité du cercle arctique. Il devrait être admis au service actif au sein de la flotte du Pacifique l’année prochaine après plusieurs mois d’essais à quai et en mer.

Les Yasen-M, dont la première unité, le Kazan, a été commissionnée en 2021, sont suivis de près par les marines occidentales, car ils symbolisent une nouvelle génération de navires, beaucoup plus modernes, discrets et plus redoutablement armés que les précédents sous-marins nucléaires russes issus de la fin de la période soviétique et qui constituent encore une large part de la flotte russe. «Les Yasen et Yasen-M représentent un risque important pour les forces occidentales. La combinaison de leur silence et de leurs capacités de frappe à longue portée pose un défi inédit aux défenseurs occidentaux, tant sur mer que sur terre», écrivait dans une note dès 2021 le prestigieux RUSI (Royal United Services Institute), plus vieux think tank britannique.

Missile hypersonique Zircon

En 2018, déjà, le département d’État américain avait reconnu qu’il n’était pas parvenu, pendant plusieurs semaines, à détecter le Severodvinsk lors de sa première mission dans l’océan Atlantique. Et encore, il ne s’agissait que du seul et unique exemplaire de la classe Yasen, simple étape transitoire vers la classe Yasen-M, redessinée et équipée d’un réacteur nucléaire de quatrième génération qui rend le bâtiment encore plus discret. Depuis, la presse américaine qualifie souvent ces sous-marins de «cauchemar» de l’Otan.

Sous-marin russe de classe Yasen-M. GoodFon

Le Perm, mis à l’eau ce jeudi, ajoute une innovation supplémentaire. «Je voudrais souligner qu’il est devenu le premier sous-marin polyvalent armé de missiles de croisière hypersoniques Zircon», a ainsi précisé le président russe Vladimir Poutine qui assistait en vidéoconférence au lancement du navire. Le Zircon est une nouvelle génération de missile dévoilée par la Russie en 2018 : si ses performances réelles restent sujettes à caution, il est, sur le papier du moins, le premier missile de croisière hypersonique au monde, c’est-à-dire offrant une vitesse maximale supérieure à Mach 5 – les autorités russes évoquent au moins Mach 8, soit près de 10.000 km/h – avec en plus des capacités manoeuvrantes. Le Zircon peut être tiré depuis des navires de surface (par exemple les nouvelles frégates Gorchkov ), des sous-marins et sans doute à terme des batteries terrestres, à l’image du missile supersonique Onyx qu’il complète. Conçu d’abord comme un missile antinavire, il existe aussi en version de frappe au sol et dispose d’une portée d’un millier de kilomètres. 

Le Zircon, jugé par les autorités russes impossible à intercepter, est donc au cœur de la stratégie du Kremlin qui entend bâtir une dissuasion conventionnelle en complément de sa traditionnelle dissuasion nucléaire. Des rumeurs venues d’experts ukrainiens et rapportés par la presse américaine ont fait état de son utilisation pour la première fois en février 2024 en Ukraine, ce qui n’a pas été confirmé officiellement ni par Kiev ni par Moscou. Dans le conflit en Ukraine, un autre nouveau missile hypersonique, le Kinjal, tiré depuis les airs, a été utilisé plus massivement par les Russes : en août, l’armée ukrainienne affirmait avoir intercepté 25% d’entre eux, un chiffre bien supérieur à celui de l’interception des missiles balistiques plus classiques comme l’Iskander-M (moins de 5%).

Les performances réelles du Zircon sont donc à prendre avec les réserves d’usage tant les données relatives à ce type d’armements stratégiques sont nimbées de secret. Ce nouveau missile représente malgré tout une inquiétude supplémentaire pour les marines occidentales et renforce indubitablement l’arsenal des Yasen-M, qui comptait surtout jusque-là sur les missiles de la famille Kalibr, moins rapides et moins véloces. «Le missile de croisière Kalibr, dans sa version de frappe au sol, a donné des résultats mitigés en Ukraine, avec un taux d’interception élevé», confirme une source militaire française au Figaro. Si le Perm est le premier Yasen-M à être compatible dès sa mise en service avec le Zircon, ses prédécesseurs devraient l’être aussi à l’avenir. «Les seuls tirs documentés du Zircon ont d’ailleurs été réalisés par le Yasen, qui a servi de navire-laboratoire, et les quatre autres Yasen-M devraient passer en ’retrofit’ pour l’emporter», explique au Figaro Benjamin Gravisse, spécialiste de la marine russe, auteur du blog de référence Red Samovar.

Route maritime du Nord

La mise à l’eau du Perm confirme enfin que le renouvellement de la flotte de sous-marins stratégiques russes s’accélère, ce que l’on observe depuis 2021. Alors que la construction des Yasen-M a commencé dès 2009 et que la première guerre en Ukraine (2014-2015) a représenté une gageure pour les chantiers navals russes en termes de substitution aux importations, un rythme de croisière a été trouvé depuis cinq ans. En 2026, cinq Yasen-M auront été mis en service en cinq ans. Dans le même temps, cinq sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de nouvelle génération, Boreï-A, chargés de la dissuasion nucléaire, devraient rejoindre la flotte russe. Soit un rythme soutenu de près de deux sous-marins nucléaires par an. Ce n’est pas anecdotique : sans compter qu’il s’agit de navires complexes à propulsion nucléaire, ce sont aussi d’imposants bâtiments (14.000 tonnes pour les Yasen et même 24.000 pour les Boreï).

Sous-marin nucléaire lanceur d’engins de classe Boreï. ALEXEY NIKOLSKY / AFP

La marine, parent pauvre de la modernisation des forces armées russes depuis 20 ans, connaît une exception : tous les efforts financiers et industriels ont été concentrés dans la construction de nouveaux sous-marins nucléaires, un chantier prioritaire pour le Kremlin. Dans son discours, Vladimir Poutine a mis en avant cette «composante stratégique» de la marine afin, notamment, de «protéger les intérêts nationaux dans diverses zones de l’océan mondial, y compris dans la zone Arctique qui, dans le contexte d’intensification de la concurrence mondiale, acquiert une très grande importance». Les sous-marins nucléaires russes, basés à la fois dans la flotte du Nord et dans celle du Pacifique, sont déployés aux deux bouts de la fameuse «route maritime du Nord» traversant l’Arctique, que cite également Vladimir Poutine. 

Pour la Russie, l’accès à l’océan mondial ne passe plus seulement par l’accès aux mers chaudes, qui est l’un des enjeux stratégiques de la guerre en Ukraine, mais aussi par les eaux plus froides que convoitent en même temps Américains et Chinois. Lors d’une conférence à Mourmansk, mercredi, sur l’Arctique, Vladimir Poutine a jugé «sérieux» les plans de Trump qui veut récupérer le Groenland où son vice-président J.D. Vance est en visite ce vendredi malgré la polémique qu’il suscite. «Les pays de l’Otan considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d’éventuels conflits», a assuré le président russe, qui a annoncé un renforcement des capacités militaires russes dans cette région.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville met à l’épreuve sa capacité à naviguer « dans les glaces »

Le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville met à l’épreuve sa capacité à naviguer « dans les glaces »

https://www.opex360.com/2025/03/13/le-sous-marin-nucleaire-dattaque-tourville-met-a-lepreuve-sa-capacite-a-naviguer-dans-les-glaces/


En novembre 1987, alors que le Canada envisageait de se procurer jusqu’à douze sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] dans le cadre du programme CASAP [Canadian Submarine Acquisition Program], la Marine nationale envoya un SNA de type Rubis en « mission commerciale » à Halifax [Nouvelle-Écosse].

Comme l’a relaté l’ingénieur général de l’armement [IGA] Louis Le Pivain, alors impliqué dans cette affaire, la Marine royale canadienne avait exigé un modèle de SNA « capable de faire surface en perçant un mètre d’épaisseur de glace arctique de première année. Ce qui s’annonçait compliqué pour les sous-marins de la classe Rubis, leurs barres de plongée étant situées sur leur kiosque. Aussi, a révélé l’IGA Le Pivain, un « dispositif ingénieux de mât perceur de banquise », intégré au niveau du massif pour ne pas endommager les barres de plongées, avait été mis au point. Cependant, ces efforts se révélèrent vains… puisque Ottawa renonça à mener le programme CASAP jusqu’à son terme et décida, à la place, d’acquérir quatre sous-marins à propulsion diesel électrique d’occasion [classe Victoria] auprès du Royaume-Uni.

Trente-huit ans plus tard, le Canada a lancé une procédure en vue de se procurer jusqu’à douze nouveaux sous-marins « à propulsion classique » et « capables de naviguer sous la glace ». Et cela afin de renforcer ses capacités à « détecter et à dissuader les menaces maritimes, à contrôler ses approches maritimes et à projeter sa puissance et ses capacités de frappe plus loin de ses côtes ». Au regard des sommes en jeu, ce marché s’annonce très disputé.

Hasard du calendrier, dans le cadre de son déploiement de longue durée [DLD] visant vérifier ses capacités militaires avant son admission au service actif, le SNA Tourville, de type Barracuda [ou Suffren], fait actuellement une escale à Halifax qui n’est pas passée inaperçue.

Étant donné qu’un DLD est planifié relativement longtemps à l’avance, la présence du Tourville à Halifax n’est pas liée au projet d’Ottawa d’acquérir de nouveaux sous-marins, lancé en septembre dernier. D’ailleurs, après avoir longuement hésité, Naval Group n’a confirmé son intention de participer à l’appel d’offres canadien qu’en février dernier, avec une proposition reposant sur une version à propulsion classique du Barracuda.

Cela étant, il ne s’agit pas non plus de perdre une occasion de « faire l’article » au profit des savoir-faire français en la matière. Comme cela a pu être le cas lors des expérimentations menées avec l’avion de transport A400M « Atlas » dans le grand nord canadien. C’est d’ailleurs ce que n’a pas manquer de rappeler le colonel Bruno Heluin, l’attaché de défense près l’ambassade de France au Canada, via le réseau social LinkedIn.

« Après les expérimentations de posés terrains sommaires dans l’extrême nord canadien et la navigation dans les glaces, la coopération franco-canadienne se renforce avec l’escale du SNA Tourville, dernier né des sous-marins d’attaque », a en effet commenté le colonel Heluin.

Et d’ajouter : « Ce bâtiment de la Marine nationale vient d’effectuer sa première traversée transatlantique. C’est une excellente occasion pour partager une expertise opérationnelle, humaine et industrielle. À l’heure où le Canada annonce vouloir relancer sa capacité sous-marine, la France peut indéniablement apporter un savoir-faire unique ».

Reste à voir si le Tourville va « briser la glace », comme le font les SNA américains, russes et britanniques. Contrairement à ses prédécesseurs de la classe Rubis, dont, a priori, aucun n’a réalisé une telle manœuvre, ses barres de plongée sont situées au niveau inférieur de sa proue, ce qui réduit considérablement le risque d’une avarie au moment de faire surface dans un tel environnement.

Pour rappel, affichant un déplacement de 5 300 tonnes en plongée pour une longueur de 99 mètres et un diamètre de 8,8 mètres, les SNA de la classe Suffren possèdent des capteurs dix à quinze fois plus performants que ceux de la classe Rubis. Encore plus discrets, ils emportent des missiles antinavires Exocet SM39 modernisés, des torpilles lourdes filoguidées F-21, des mines et, surtout, des missiles de croisière navals [MdCN]. Le Tourville est le troisième d’une série qui doit compter six exemplaires.

Quoi qu’il en soit, l’intérêt de la Marine nationale pour les glaces de l’Arctique n’est pas nouveau, les sous-marins Espadon et Marsouin ayant effectué une patrouille polaire en mer de Norvège,  » jusqu’au parallèle 70°N en 1964. Celle-ci avait permis de préparer l’opération « Sauna », menée l’année suivante par le « Dauphin » et le « Narval », lesquels naviguèrent ponctuellement sous la banquise.

Photo : SNA Tourville / Marine nationale – archive

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

La présence du sous-marin français FS Tourville au Canada intrigue. Test stratégique ou démonstration de force ? Décryptage des enjeux derrière cette apparition.

par Jean-Baptiste Leroux – armees.com -publié le

Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv
Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv | Armees.com

L’apparition d’un sous-marin d’attaque français Barracuda dans un port canadien a suscité de nombreuses interrogations. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, certains y voient un signal politique fort. Mais la vérité se trouve ailleurs : cette opération s’inscrit dans une démarche purement technique et industrielle.

Un test grandeur nature pour le FS Tourville

La présence du FS Tourville à Halifax, en Nouvelle-Écosse a suscité de vives réactions dans le contexte international actuel. Pourtant, elle répond à un objectif clair : démontrer les capacités des sous-marins français. Ce navire de la classe Barracuda, conçu par le groupe français Naval Group, a effectué sa première traversée de l’Atlantique pour tester ses performances en conditions réelles.

Le Canada prévoit en effet de moderniser sa flotte sous-marine avec l’acquisition de six à douze nouveaux sous-marins d’ici 2035. En février dernier, Ottawa a sollicité plusieurs constructeurs, dont Naval Group, pour obtenir des informations sur leurs modèles. Face à cette opportunité commerciale majeure, estimée à 40 milliards d’euros, la France a donc décidé de mettre en avant son expertise.

Le Barracuda, Un atout technologique pour le Canada

Les exigences canadiennes sont particulièrement élevées. Le pays, qui possède le plus long littoral du monde, recherche des sous-marins capables de naviguer sous la banquise arctique et d’opérer dans des conditions extrêmes.

Le Barracuda présente plusieurs atouts qui pourraient convaincre la Marine royale canadienne. Doté d’un système de propulsion avancé et d’une autonomie prolongée, il est conçu pour des missions de longue durée. De plus, sa furtivité et ses capacités en matière de renseignement en font un outil stratégique de premier plan.

Une compétition internationale acharnée

La France n’est pas seule dans cette course. D’autres acteurs européens et asiatiques sont en lice pour répondre à l’appel d’offres canadien. En octobre dernier, le ministre de la Défense canadien, Bill Blair, a confirmé que plusieurs pays étaient sollicités pour ce projet.

Naval Group peut cependant s’appuyer sur un succès récent : la vente de quatre sous-marins Barracuda aux Pays-Bas pour près de 5 milliards d’euros. Un précédent qui pourrait jouer en faveur de la France et renforcer ses chances d’emporter le contrat canadien.

Une opération sous haute surveillance

L’épreuve de test du FS Tourville ne s’arrête pas à Halifax. Le sous-marin doit encore effectuer des exercices en conditions réelles dans les eaux froides du Grand Nord. Des essais d’endurance et de navigation sous la glace sont prévus pour prouver la capacité du Barracuda à répondre aux exigences canadiennes.

L’ex-aviso Premier maître L’Her a été coulé par une torpille F21 lancée par un sous-marin nucléaire d’attaque

L’ex-aviso Premier maître L’Her a été coulé par une torpille F21 lancée par un sous-marin nucléaire d’attaque


Non, ce n’est pas un exercice qui a dérapé.

Une image vaut mille mots. Et pour démontrer le pouvoir destructeur d’une arme, il faut parfois l’utiliser. C’est exactement ce qu’a fait la Marine nationale le 14 décembre 2024. En effet, pour tester une nouvelle torpille, la branche navale de l’armée française a tout simplement détruit l’un de ses navires, le Premier maître L’Her… retiré du service depuis le mois de juin 2024. 

Les images impressionnantes de l’explosion

C’est sur les réseaux sociaux que la Marine nationale a posté les images de la destruction de l’aviso, un navire patrouilleur de haute-mer, Premier maître L’Her ou PM L’Her. 

Sur celle-ci filmée depuis le ciel on peut donc observer le navire être touché sur le flanc par une torpille F21 et être envoyé par le fond après avoir été coupé en deux. Forcément, vous vous en doutez, personne ne se trouvait à bord du navire de guerre de 1200 tonnes envoyé par le fond pour l’exercice. 

La Marine nationale a même précisé sur Facebook que la coque du PM L’Her avait été dépolluée pour l’occasion.

Qu’est-ce que la torpille F21 ? 

Au-delà de tester son matériel en “conditions réelles”, la Marine nationale souhaite sûrement montrer aux autres puissances qu’elle a de quoi envoyer, très facilement, des navires de guerre par le fond depuis ses sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). 

En effet, la torpille F21 vise à être équipée sur les SNA des classes Suffren et Rubis ainsi que les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et ses capacités font froid dans le dos. 

Longue de 6 mètres, elle est équipée d’un système d’autoguidage fonctionnant grâce au son qui peut donc lui permettre de prendre en chasse une cible sur une portée maximale de 27 nautiques (50 km). 

Silencieuse, la torpille F21 peut également être guidée depuis le sous-marin qui l’a lancé et peut filer sous l’eau à 50 nœuds (93 km/h). Bref, la Marine nationale a mis la main sur une arme destructrice. 

La Marine nationale va sûrement prévoir d’autres exercices

Pour continuer d’attester de ses capacités en matière de production d’un armement capable de freiner de possibles velléités ennemies, la Marine nationale va sûrement organiser d’autres tirs de sa torpille F21 en conditions réelles. 

C’est en tout cas ce qu’a annoncé le ministère des Armées le 18 décembre 2024. “Compte tenu du durcissement du contexte international et de la mise en service de munitions complexes de dernière génération, il apparaît aujourd’hui pertinent et possible de recourir de nouveau, de manière ponctuelle, à de telles expérimentations d’armes en mer.

Attendez-vous donc à possiblement voir d’autres navires retirés du service se prendre de plein fouet des tirs de torpilles F21 par les engins de la Marine nationale. 

Source : Ministère des Armées

Marine nationale : La stratégie française de maîtrise des fonds marins comporte un « volet offensif »

Marine nationale : La stratégie française de maîtrise des fonds marins comporte un « volet offensif »


Réorganisation du Centre expert dans la plongée humaine et l’intervention sous la mer [CEPHISMER], expérimentations de nouvelles capacités, missions Calliope, acquisition de drones et robots sous-marins, partenariat avec l’IFREMER, etc. Ces derniers mois, la Marine nationale se met en ordre de marche pour être en mesure de mener des opérations dans les grandes profondeurs [jusqu’à moins 6 000 mètres], conformément aux orientations de la stragégie ministérielle de maîtrise des fonds marins, dévoilée en février 2022.

Cette dernière se résume en trois points : connaître, surveiller et agir.

Ainsi, il s’agit de cartographier les fonds marins, de mesurer les variations du champ de gravité de la Terre [on parle de gravimétrie], lesquelles peuvent avoir une influence sur les centrales inertielles, ou encore de collecter des informations sur les sédiments, qui, selon leur nature, sont susceptibles d’avoir des effets sur la propagation des ondes acoustiques.

En clair, la fonction « connaissance » a des implications au niveau opérationnel. Elle « permettra d’améliorer l’efficacité de nos moyens dans les grandes profondeurs et de faciliter leur navigation au sein de notre Zone économique exclusive et de nos zones d’intérêt », souligne la stratégie ministérielle.

La fonction « surveillance » concerne évidemment les infrastructures sous-marines sensibles [câbles de télécommunication, gazoduc, etc.], lesquelles sont susceptibles de faire l’objet d’actes malveillants, dans le cadre de ce que l’on appelle la « guerre hybride ». D’où la nécessité de disposer de moyens d’action pour intervenir si nécessaire.

« À l’instar de la surveillance et de la recherche, notre capacité à agir doit également être élargie afin de pouvoir opérer jusqu’à 6 000 m de profondeur. Il sera nécessaire de doter la Marine de capacités militaires complémentaires aux programmes d’armement actuels afin de pouvoir intervenir, même en milieu contesté », est-il expliqué dans la stratégie ministérielle.

Cela étant, cette capacité d’intervention a généralement été présentée comme étant défensive ou comme devant permettre de récupérer des objets « sensibles » dans les grandes profondeurs. Or, elle comporte un volet « offensif ». C’est en effet ce qu’a indiqué le contre-amiral Cédric Chetaille, coordonnateur central pour la maîtrise des fonds marins, lors du dernier point presse du ministère des Armées, le 13 février.

« Agir, ça veut dire aussi être en mesure de neutraliser ou de détruire des cibles chez l’adversaire puisque la maîtrise ne vise pas seulement un volet défensif mais développe aussi des options offensives au profit du chef d’état-major des armées [CEMA] et des opérations qu’il décidera », a affirmé le contre-amiral Chetaille.

« Donc, on s’entraîne, lors des missions Calliope, pour en être capable le jour où cela sera nécessaire et décidé », a-t-il ajouté, sans évidemment donner plus de détails, sensibilité du sujet oblige.

Cependant, le contre-amiral Chetaille a laissé entendre que les fonctions « connaissance » et « surveillance » contribuaient également à ce volet offensif étant donné qu’elle permettent de « collecter » des « informations sur l’infrastructure, les points de faiblesse ou les systèmes militarisés adverses posés sur les fonds marins ».

Justement, ces « systèmes militarisés », qui sont une source de « préoccupation », pourraient faire l’objet « d’actions offensives » menées par « nos futurs robots, des actions spéciales navales ou par des moyens de minage », a-t-il conclu.

Photo : Ministère des Armées

Grâce à Strava, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île-Longue

Grâce à Strava, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île-Longue

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En 2018, alors que la Délégation à l’information et la communication de la Défense [DICoD] avait publié un guide sur l’utilisation des réseaux sociaux à l’intention des militaires, auxquels il était d’ailleurs demandé de désactiver la fonction « géolocalisation » de leurs téléphones portables au titre de la sécurité opérationnelle [SECOPS], le ministère des Armées dut faire une piqûre de rappel après que des informations potentiellement sensibles furent révélées par l’intermédiaire de l’application Strava.

Développée par l’entreprise californienne Strava Labs et utilisant la fonctionnalité GPS des téléphones mobiles et des montres connectées, cette dernière permet de suivre à la trace les activités sportives de ses abonnés. Se présentant comme étant le « réseau social des sportifs », ce service permet aux utilisateurs de se suivre mutuellement, d’évaluer leurs performances respectives et de se lancer des défis.

Or, il y a maintenant sept ans, il fut constaté que l’on pouvait assez facilement localiser et suivre les militaires français abonnés à cette application, via la carte « Global Heat Map », publiée par Strava Labs. Évidemment, cela ne pouvait que soulever des problèmes en termes de sécurité, voire de confidentialité, certains endroits [ou zones de déploiement] n’ayant pas vocation à être connus du public.

« Les données que Strava collecte sont un cauchemar sécuritaire pour les gouvernements du monde entier. Les données collectées pourraient permettre à toute personne ayant accès à cette carte de créer un modèle de carte de vie pour les utilisateurs individuels, dont certains peuvent être très intéressants », avait résumé The Daily Beast, à l’époque.

Pour autant, malgré les mises en garde et les rappels à l’ordre, l’utilisation de Strava par les militaires demeure problématique.

Ainsi, selon une enquête publiée par le quotidien Le Monde, ce 13 décembre, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de la base de l’Île-Longue où, pourtant, toutes les précautions sont prises pour éviter toute fuite préjudiciable. Ainsi, dans la plupart des endroits de ce haut-lieu de la dissuasion nucléaire, les téléphones portables sont proscrits… Mais pas, apparemment, les montres connectées, qui stockent les données avant de les transmettre en bloc à un smartphone dès que cela est possible.

En outre, certains marins abonnés à Strava n’utilisent pas de pseudonymes et disposent d’un profil public.

Résultat : quand plusieurs sous-mariniers – identifiés comme tels – effectuent quotidiennement une séance de sport le long des quais où sont amarrés les SNLE et qu’ils arrêtent brusquement ce type d’activité, on peut éventuellement en déduire qu’ils sont partis en mission. Et qu’ils en sont revenus dès qu’ils communiquent leurs données à Strava.

Or, c’est là que le bât blesse : théoriquement, en suivant leur activité sportive, notamment le long des quais, il est possible d’anticiper le départ en mission d’un SNLE… alors que, justement, tout est fait pour le maintenir confidentiel, le goulet de Brest [lieu de passage obligé des « bateaux noirs », ndlr] étant même sous une surveillance étroite afin d’empêcher les curieux d’en savoir plus qu’ils n’ont à en connaître. Reste qu’une telle information est susceptible d’intéresser une puissance étrangère, laquelle pourrait chercher à « pister » le sous-marin après sa dilution ou à obtenir des renseignements à son sujet.

Quand un SNLE part en patrouille, « il faut s’assurer que l’espace sous-marin et en particulier les fonds marins sont exempts de tout capteur acoustique étranger. En effet, la présence d’un dispositif d’écoute, disposé sur le fond et exploité par un compétiteur, pourrait mettre en péril la discrétion de nos SNLE, par la captation de leur empreinte acoustique, élément essentiel pour une identification ultérieure, et affecter in fine la posture de dissuasion », avait en effet expliqué le capitaine de vaisseau Jean-Christophe Turret dans la Revue Défense nationale, rappelle Le Monde.

Quoi qu’il en soit, s’il reconnaît des « négligences » parmi ses marins [les sous-mariniers ne sont pas les seuls en cause, ndlr], la Marine nationale estime que la sécurité des activités opérationnelles de la base de l’Île-Longue n’est pas fondamentalement remise en cause. L’une des sources du journal parle d’une « situation problématique » mais pas d’un « risque majeur ».

L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025

L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025

L’industrie de la défense indienne s’apprête à franchir une étape majeure dans sa modernisation navale. Un accord stratégique avec la France devrait être conclu d’ici janvier 2025, renforçant considérablement les capacités maritimes de l’Inde. Cette collaboration franco-indienne s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par l’expansion maritime chinoise et les activités navales pakistanaises dans la région indo-pacifique.

Linde Conclura Un Accord Avec La France Pour 26 Rafale M Et 3 Sous Marins Scorpene Dici Janvier 2025
L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025 – © Armees.com

L’acquisition prévue de 26 avions de chasse Rafale-M constitue un pilier majeur de cet accord. Ces appareils, spécialement conçus pour les opérations maritimes, viendront équiper le fleuron de la marine indienne, le porte-avions INS Vikrant. Le Rafale-M se distingue par sa structure renforcée et son train d’atterrissage adapté aux catapultages et appontages sur porte-avions.

Les caractéristiques techniques du Rafale-M en font un atout précieux pour la marine indienne :

  • Vitesse maximale : supérieure à Mach 1,8
  • Rayon d’action en combat : plus de 1 850 km
  • Armement varié : missiles air-air Meteor, missiles de croisière SCALP-EG, missiles anti-navires Exocet
  • Technologie de pointe : radar RBE2-AA AESA, système de guerre électronique SPECTRA

Cette acquisition s’inscrit dans la continuité de la collaboration franco-indienne en matière d’aviation de combat. En effet, l’Indian Air Force a déjà intégré 36 Rafale entre 2019 et 2022, validant l’efficacité de ces appareils dans diverses missions.

Expansion de la flotte sous-marine

Le volet sous-marin de l’accord prévoit la construction de trois nouveaux sous-marins de classe Scorpène. Ces submersibles, fruit d’une collaboration entre l’Inde et le groupe Naval, viendront compléter la flotte existante de six sous-marins Scorpène, dont le dernier a été livré en 2021.

Les Scorpène, construits localement au chantier naval Mazagon Dock Limited à Mumbai, offrent des capacités avancées :

L’amiral Dinesh K. Tripathi, chef de la marine indienne, a souligné l’importance de ces acquisitions dans un contexte où l’Inde surveille étroitement les mouvements navals en océan Indien. La présence croissante de navires de recherche et de suivi par satellite chinois, ainsi que la collaboration militaire sino-pakistanaise, poussent New Delhi à renforcer sa flotte pour maintenir l’équilibre stratégique dans cette région cruciale.

Transferts technologiques et production locale

Au-delà des acquisitions d’équipements, cet accord franco-indien vise à développer l’industrie de défense locale. Dassault Aviation prévoit d’établir un centre de maintenance, réparation et révision (MRO) en Uttar Pradesh pour soutenir les flottes indiennes de Rafale et de Mirage 2000. De son côté, Naval Group s’est engagé à augmenter la part de composants locaux dans les nouveaux sous-marins Scorpène.

Cette stratégie de transfert technologique et de fabrication locale s’inscrit dans la vision plus large de l’Inde visant à :

  1. Renforcer son autonomie en matière de défense
  2. Stimuler l’innovation technologique nationale
  3. Créer des emplois qualifiés dans le secteur de la défense
  4. Réduire la dépendance aux importations d’armements

En bref, l’acquisition prochaine de Rafale-M et de sous-marins Scorpène supplémentaires témoigne de la volonté de l’Inde de s’affirmer comme une puissance navale majeure dans la région indo-pacifique. Face aux défis sécuritaires croissants, New Delhi mise sur une coopération renforcée avec Paris pour moderniser ses forces armées et consolider sa position stratégique. Cette collaboration franco-indienne promet de redéfinir l’équilibre des forces maritimes dans une région au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux.


Laurène Meghe

Rédactrice spécialisée en économie et défense armées. Je couvre également les domaines des enjeux industriels et politique, y compris les relations entre les entreprises et leurs partenaires financiers.

Les risques d’AUKUS s’accumulent. L’Australie doit se préparer à construire des SSN français à la place

Les risques d’AUKUS s’accumulent. L’Australie doit se préparer à construire des SSN français à la place

par Peter Briggs – The Strategist – publié le 5 décembre 2024 

L’Australie devrait commencer à planifier l’acquisition d’au moins 12 sous-marins de la conception française Suffren. Le plan actuel d’AUKUS pour huit sous-marins d’attaque à l’arme nucléaire (SSN) a toujours été imparfait, et maintenant ses risques s’accumulent.

Nous devrions aller de l’avant avec les aspects de l’opération navale du plan SSN AUKUS, tels que le soutien aux sous-marins américains et britanniques lorsqu’ils arrivent en Australie. Mais pour l’effort d’acquisition, nous devrions être prêts à abandonner le plan d’achat de huit SSN sous AUKUS – trois aux États-Unis que Washington a de plus en plus de chances de fournir, et cinq qui sont censés être construits selon un design britannique surdimensionné et probablement pas arriver à temps.

Au lieu de cela, nous commencerions un programme de construction franco-australen pour un plus grand nombre de sous-marins de la classe Suffren, un design qui est déjà en service avec la marine française.

Pour garantir que les livraisons puissent commencer dès 2038, le gouvernement australien qui est élu l’année prochaine devrait s’engager à décider en 2026 s’il convient de passer à la conception française.

Même si le plan d’acquisition d’AUKUS réussit, il fournira une capacité discutable. La conception des sous-marins serait un mélange de deux blocs de sous-marins de classe Virginia, à plus de 14 ans de conception, et de SSN-AUKUS encore à concevoir en utilisant le réacteur PWR3 de la Grande-Bretagne. En outre, SSN-AUKUS serait en partie construit par l’entreprise sous-marine britannique sous-marine qui est sous forte pression pour livrer la prochaine classe de sous-marins de missiles balistiques de la Royal Navy.

Déplaçant plus de 10 000 tonnes, les sous-marins SSN-AUKUS seront trop importants pour les besoins de l’Australie. Leur taille augmentera leur détectabilité, leur coût et leurs équipages. (La grande taille semble être entraînée par les dimensions du réacteur.)

La marine royale australienne est déjà incapable d’équiper ses navires et de croître pour répondre aux besoins futurs. Il aura de grandes difficultés à équiper des Virginias, qui ont besoin de 132 personnes chacun, et les bateaux SSN-AUKUS, aussi, si leurs équipages sont égaux à la quelque 100 choses nécessaires pour l’actuelle classe d’Astute britannique.

Nous n’avons pas encore vu de calendrier pour le processus de conception britannique, pas plus qu’une équipe de conception conjointe ne semble avoir été établie. En l’absence de nouvelles que les jalons ont été atteints ou même fixés, il est très probable que le programme SSN-AUKUS, comme le programme Astute, fonctionnera tard et fournira un bateau de première classe avec de nombreux problèmes. Sachant que la Revue stratégique de la défense de la Grande-Bretagne est aux prises avec de graves déficits de financement, il n’est guère insufflé de confiance.

En outre, huit SSN suffiront à maintenir le déploiement d’un ou deux à tout moment, ce qui n’est pas suffisant pour un moyen de dissuasion efficace. La difficulté de formation des équipages et la mise en place de l’expérience acquise dans trois conceptions de sous-marins renforcerait les défis évidents de la chaîne d’approvisionnement pour parvenir à une force opérationnelle.

Il est moins probable que même cette capacité insuffisante soit moins probable. Les rapports du récent US Navy Submarine League Symposium révèlent que les États-Unis n’ont cessé d’augmenter les taux de construction sous-marin. À présent, un sous-marin supplémentaire aurait dû être commandé pour couvrir le transfert d’un bloc IV de Virginie en Australie dans huit ans, mais aucun contrat n’a été passé. Pire encore, la production de Virginie des deux constructeurs sous-marins américains se ralentit en fait en raison des retards dans la chaîne d’approvisionnement. Le programme de construction de la construction la plus prioritaire des États-Unis, pour les sous-marins de type missiles balistiques de classe Columbia, continue de subir des retards. Fin novembre, la Maison Blanche a demandé un financement d’urgence au Congrès pour les programmes de Virginie et de Columbia.

Cette situation signale de plus en plus probable que, malgré tous ses efforts, la marine américaine ne sera pas en mesure d’épargner des Virginias pour la vente à l’Australie. Le président de l’époque ne sera probablement pas en mesure, comme l’exige la législation, de certifier 270 jours avant le transfert, il ne dégradera pas les capacités sous-marines des États-Unis.

Pendant ce temps, l’establishment de soutien sous-marin britannique a des difficultés à amener les SSN à la mer. Un incendie récent affectant la livraison de la classe Astute finale SSN ne peut que s’ajouter à ces malheurs.

La classe SSN française Suffren était la conception de référence pour la classe d’attaque diesel que l’Australie avait l’intention d’acheter avant de passer à des SSN. Il offre la solution à nos problèmes d’AUKUS. Il est en production par Naval Group, avec trois des six sous-marins prévus en cours de commande dans la marine française.

À 5 300 tonnes et avec une endurance de 70 jours, une capacité de 24 torpilles ou missiles, quatre tubes torpilleurs et un équipage de 60, il serait moins cher de construire, de posséder et d’équipage que les bateaux AUKUS. La conception est flexible – optimisée pour la guerre anti-sous-marine, mais avec une bonne capacité de navires anti-surfaces à partir de torpilles à double usage et de missiles de croisière anti-navires. Il peut également transporter des missiles de croisière, des mines et des forces spéciales.

La classe Suffren utilise du combustible d’uranium faiblement enrichi et a besoin de se ravitailler tous les 10 ans, tandis que les modèles américains et britanniques, avec de l’uranium hautement enrichi, sont censés ne jamais être ravitaillés. Mais le réacteur de Suffren est conçu pour simplifier le ravitaillement, qui pourrait être achevé lors d’un réaménagement prévu en Australie. Le carburant usagé peut être retraité, ce qui simplifie le déclassement en fin de vie.

Il est vrai que la conception de Suffren n’a pas la charge d’arme, les tubes de lancement verticaux ou l’endurance de 90 jours de la Virginie et, vraisemblablement, SSN-AUKUS. Cependant, en tant que parent à propulsion nucléaire de la classe Attack, il est beaucoup plus proche de l’exigence initiale australienne de remplacement de la classe Collins que SSN-AUKUS est en train de s’éteindre. La conception offre une capacité adéquate aux besoins de l’Australie dans un ensemble que nous pouvons nous permettre de posséder. Nous pourrions utiliser 12 Suffrens et nous avons encore besoin de moins de membres d’équipage que nous ne le ferions dans le cadre du plan AUKUS.

Si nous nous sommes tournés vers la conception de Suffren, nous devrions néanmoins nous en tenir aux programmes d’entraînement SSN que nous avons mis en place avec l’US Navy et la Royal Navy. Nous devrions également aller de l’avant avec la mise en place d’une installation de réparation intermédiaire qui soutiendrait leurs NDS ainsi que les nôtres et les faire tourner vers l’Australie-Occidentale.

En ce qui concerne le plan d’acquisition d’AUKUS, nous devons commencer dès maintenant les préparatifs pour construire conjointement des Suffrens avec la France. L’Australie ne peut pas attendre que les États-Unis disent enfin que les Virginias ne seront pas disponibles.

Dans la mesure où la conception a besoin d’être modifiée, nous pouvons revenir au travail accompli pour la classe Attack, en particulier l’intégration d’un système de combat américain et des normes australiennes.

Difficile, difficile et politiquement courageux ? Assurément. Mais ce n’est pas presque aussi improbable que les SSN sous AUKUS à l’heure.

10 tonnes, 10 mètres, la marine française prépare un énorme drone sous-marin pour inspecter les mers

10 tonnes, 10 mètres, la marine française prépare un énorme drone sous-marin pour inspecter les mers

Cachalot de métal

Au salon Euronaval, grand rendez-vous de la marine de guerre, l’armée française a présenté un premier prototype de drone de combat sous-marin aux dimensions impressionnantes.

Dans le grand hall, tous les yeux sont tournés vers lui. Au salon Euronaval 2024 qui se tient jusqu’au 7 novembre à Paris, la direction générale de l’Armement (DGA) a présenté ses dernières innovations, dont une panoplie de drones conçus pour épauler les navires en opération. Parmi eux, un « cachalot » de métal, aux proportions inhabituelles pour ce genre de modèle.

Baptisé UCUV – Unmanned Combat Underwater Vehicle (Véhicule sous-marin de combat sans pilote) – cet engin de 10 tonnes pour 10 mètres de long devrait pouvoir sillonner les mers, scrutant les profondeurs et transmettant de précieuses informations aux bateaux de combat. Il est développé en partenariat avec le géant français de la défense, Naval Group.

Le drone sous-marin UCUV exposé à Salon Euronaval. // Source : Numerama
Le drone sous-marin UCUV exposé à Salon Euronaval. // Source : Numerama

L’UCUV a déjà eu droit à une première phase de test sous l’eau. Les principales missions envisagées sont pour l’instant cantonnées à du renseignement.

Le drone dispose d’un sonar et d’une faculté optronique pour détecter des objets et récupérer de l’imagerie. Un « périscope » moderne est déjà positionné sur le toit de l’appareil. D’autres capacités de renseignements sont étudiées, comme l’emport d’un armement, aussi à l’étude, d’après un ingénieur de la DGA avec qui Numerama a pu échanger.

Les modules de renseignement du drone. // Source : Numerama
Les modules de renseignement du drone. // Source : Numerama

Les drones, nouveau danger des batailles navales

Ce premier prototype du drone peut parcourir les mers pendant plusieurs heures. À terme, l’appareil devrait être assez endurant pour opérer durant des jours, offrant aux forces armées une option pour des déploiements plus longs sur une zone d’intérêt.

La marine française ne dispose pas encore d’un drone sous-marin de référence pour ses forces armées. Plusieurs autres appareils du même ordre étaient présentés autour de l’UCUV, démontrant une volonté d’investir dans une dronisation accrue de la marine.

Encore une fois, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a accéléré les projets de robot, après de nombreux succès en mer Noire mis en avant par l’armée ukrainienne. De nombreux pays ont lancé des plans pour moderniser leur équipement, les États-Unis étant en pointe.

Les principaux appareils en circulation aujourd’hui sont des navires autonomes ou des drones en forme de torpilles pour détecter et frapper. La France pourrait déployer un arsenal intéressant, à condition que les délais de production soient tenus.

Quel est ce sous-marin français qui équipe de plus en plus d’armées dans le monde ?

Quel est ce sous-marin français qui équipe de plus en plus d’armées dans le monde ?

 

Les succès s’accumulent pour le fabricant français de sous-marins, Naval Group. Ce week-end, des échos venant d’Argentine évoquaient la vente à venir de trois nouveaux submersibles français à Buenos Aires.

Un sous-marin Scorpène de la marine brésilienne fabriqué par Naval Group au Brésil
© Naval Group – Un sous-marin Scorpène de la marine brésilienne fabriqué par Naval Group au Brésil

https://www.capital.fr/entreprises-marches/quel-est-ce-sous-marin-francais-qui-equipe-de-plus-en-plus-d-armees-dans-le-monde-1503507


À Cherbourg, il est encore un peu tôt pour sabler le champagne. Mais les bouteilles sont déjà au frais à l’ombre des grandes nefs du chantier naval où sont construits, pièces après pièces, les sous-marins de Naval Group. L’ancien arsenal normand, qui voit défiler régulièrement des délégations de militaires étrangers, est en effet en passe de remporter un nouveau contrat d’ampleur avec l’Argentine selon la presse sud-américaine, qui se fait l’écho de discussions approfondies entre le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu et son homologue argentin, Luis Petri, justement reçu à Paris la semaine dernière.

Buenos Aires cherche en effet à renouveler une flotte totalement désuète et envisagerait donc l’achat de trois sous-marins Scorpène pour un montant d’environ deux milliards d’euros. Ce modèle est certes moins puissant que les Barracuda qui équipent la Marine française notamment, mais il intéresse beaucoup les pays émergents souhaitant s’équiper à moindres coûts.

C’est notamment le choix qu’a fait son grand rival dans la région le Brésil en 2009, en signant déjà avec Naval Group et l’État français pour s’équiper. En mars dernier, le troisième des quatre sous-marins Scorpène du programme ProSub était en effet mis à l’eau sur la base navale d’Itaguai, en présence du président brésilien Lula et d’Emmanuel Macron.

Après la perte du contrat australien, « nous avons revu notre stratégie« , dit Naval Group

Après la signature il y a quelques jours du contrat avec les Pays Bas, c’est donc un coup double qui se profile pour Naval Group qui empocherait l’affaire au nez des Allemands de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), déjà battus sur le contrat batave.

«Ce contrat est une bonne surprise car les Pays Bas ne sont pas un client historique de la France. Ils regardaient plutôt vers TKMS. On voit que pour les sous-marins, plusieurs marchés se superposent. À côté des grands contrats très chers, du matériel plus petit avec un armement limité permet à des pays émergents de s’équiper à tarifs raisonnables», note Julien Malizard, titulaire adjoint de la chaire Économie de défense à l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), dans un long article à venir dans le prochain numéro de Capital (en kiosque fin octobre) où nous avons pu visiter l’installation de Naval Group à Cherbourg.

À cette occasion, la directrice du site, Muriel Lenglin, nous confiait justement que l’industriel s’était redimensionné après l’échec du contrat australien, torpillé par la nouvelle alliance géostratégique portée par les États-Unis et baptisée «Aukus». «Nous avons revu notre stratégie, mais cela n’a pas affecté nos résultats. Ici, avec les 5 000 salariés sur le site, nous réalisons 4,8 millions d’heures de travail par an. L’État français est notre principal client avec 70% du chiffre d’affaires (4,25 milliards d’euros en 2023, NDLR), mais notre objectif est d’équilibrer la répartition avec l’export», nous indiquait notamment Muriel Lenglin juste avant la finalisation du contrat avec les Pays-Bas.

Pour ce qui est du deal avec l’Argentine, une lettre d’intention serait en préparation même si le principal défi du gouvernement de l’ultralibéral Javier Milei, sera de boucler le financement de ce contrat.