L’ex-aviso Premier maître L’Her a été coulé par une torpille F21 lancée par un sous-marin nucléaire d’attaque

L’ex-aviso Premier maître L’Her a été coulé par une torpille F21 lancée par un sous-marin nucléaire d’attaque


Non, ce n’est pas un exercice qui a dérapé.

Une image vaut mille mots. Et pour démontrer le pouvoir destructeur d’une arme, il faut parfois l’utiliser. C’est exactement ce qu’a fait la Marine nationale le 14 décembre 2024. En effet, pour tester une nouvelle torpille, la branche navale de l’armée française a tout simplement détruit l’un de ses navires, le Premier maître L’Her… retiré du service depuis le mois de juin 2024. 

Les images impressionnantes de l’explosion

C’est sur les réseaux sociaux que la Marine nationale a posté les images de la destruction de l’aviso, un navire patrouilleur de haute-mer, Premier maître L’Her ou PM L’Her. 

Sur celle-ci filmée depuis le ciel on peut donc observer le navire être touché sur le flanc par une torpille F21 et être envoyé par le fond après avoir été coupé en deux. Forcément, vous vous en doutez, personne ne se trouvait à bord du navire de guerre de 1200 tonnes envoyé par le fond pour l’exercice. 

La Marine nationale a même précisé sur Facebook que la coque du PM L’Her avait été dépolluée pour l’occasion.

Qu’est-ce que la torpille F21 ? 

Au-delà de tester son matériel en “conditions réelles”, la Marine nationale souhaite sûrement montrer aux autres puissances qu’elle a de quoi envoyer, très facilement, des navires de guerre par le fond depuis ses sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). 

En effet, la torpille F21 vise à être équipée sur les SNA des classes Suffren et Rubis ainsi que les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et ses capacités font froid dans le dos. 

Longue de 6 mètres, elle est équipée d’un système d’autoguidage fonctionnant grâce au son qui peut donc lui permettre de prendre en chasse une cible sur une portée maximale de 27 nautiques (50 km). 

Silencieuse, la torpille F21 peut également être guidée depuis le sous-marin qui l’a lancé et peut filer sous l’eau à 50 nœuds (93 km/h). Bref, la Marine nationale a mis la main sur une arme destructrice. 

La Marine nationale va sûrement prévoir d’autres exercices

Pour continuer d’attester de ses capacités en matière de production d’un armement capable de freiner de possibles velléités ennemies, la Marine nationale va sûrement organiser d’autres tirs de sa torpille F21 en conditions réelles. 

C’est en tout cas ce qu’a annoncé le ministère des Armées le 18 décembre 2024. “Compte tenu du durcissement du contexte international et de la mise en service de munitions complexes de dernière génération, il apparaît aujourd’hui pertinent et possible de recourir de nouveau, de manière ponctuelle, à de telles expérimentations d’armes en mer.

Attendez-vous donc à possiblement voir d’autres navires retirés du service se prendre de plein fouet des tirs de torpilles F21 par les engins de la Marine nationale. 

Source : Ministère des Armées

Marine nationale : La stratégie française de maîtrise des fonds marins comporte un « volet offensif »

Marine nationale : La stratégie française de maîtrise des fonds marins comporte un « volet offensif »


Réorganisation du Centre expert dans la plongée humaine et l’intervention sous la mer [CEPHISMER], expérimentations de nouvelles capacités, missions Calliope, acquisition de drones et robots sous-marins, partenariat avec l’IFREMER, etc. Ces derniers mois, la Marine nationale se met en ordre de marche pour être en mesure de mener des opérations dans les grandes profondeurs [jusqu’à moins 6 000 mètres], conformément aux orientations de la stragégie ministérielle de maîtrise des fonds marins, dévoilée en février 2022.

Cette dernière se résume en trois points : connaître, surveiller et agir.

Ainsi, il s’agit de cartographier les fonds marins, de mesurer les variations du champ de gravité de la Terre [on parle de gravimétrie], lesquelles peuvent avoir une influence sur les centrales inertielles, ou encore de collecter des informations sur les sédiments, qui, selon leur nature, sont susceptibles d’avoir des effets sur la propagation des ondes acoustiques.

En clair, la fonction « connaissance » a des implications au niveau opérationnel. Elle « permettra d’améliorer l’efficacité de nos moyens dans les grandes profondeurs et de faciliter leur navigation au sein de notre Zone économique exclusive et de nos zones d’intérêt », souligne la stratégie ministérielle.

La fonction « surveillance » concerne évidemment les infrastructures sous-marines sensibles [câbles de télécommunication, gazoduc, etc.], lesquelles sont susceptibles de faire l’objet d’actes malveillants, dans le cadre de ce que l’on appelle la « guerre hybride ». D’où la nécessité de disposer de moyens d’action pour intervenir si nécessaire.

« À l’instar de la surveillance et de la recherche, notre capacité à agir doit également être élargie afin de pouvoir opérer jusqu’à 6 000 m de profondeur. Il sera nécessaire de doter la Marine de capacités militaires complémentaires aux programmes d’armement actuels afin de pouvoir intervenir, même en milieu contesté », est-il expliqué dans la stratégie ministérielle.

Cela étant, cette capacité d’intervention a généralement été présentée comme étant défensive ou comme devant permettre de récupérer des objets « sensibles » dans les grandes profondeurs. Or, elle comporte un volet « offensif ». C’est en effet ce qu’a indiqué le contre-amiral Cédric Chetaille, coordonnateur central pour la maîtrise des fonds marins, lors du dernier point presse du ministère des Armées, le 13 février.

« Agir, ça veut dire aussi être en mesure de neutraliser ou de détruire des cibles chez l’adversaire puisque la maîtrise ne vise pas seulement un volet défensif mais développe aussi des options offensives au profit du chef d’état-major des armées [CEMA] et des opérations qu’il décidera », a affirmé le contre-amiral Chetaille.

« Donc, on s’entraîne, lors des missions Calliope, pour en être capable le jour où cela sera nécessaire et décidé », a-t-il ajouté, sans évidemment donner plus de détails, sensibilité du sujet oblige.

Cependant, le contre-amiral Chetaille a laissé entendre que les fonctions « connaissance » et « surveillance » contribuaient également à ce volet offensif étant donné qu’elle permettent de « collecter » des « informations sur l’infrastructure, les points de faiblesse ou les systèmes militarisés adverses posés sur les fonds marins ».

Justement, ces « systèmes militarisés », qui sont une source de « préoccupation », pourraient faire l’objet « d’actions offensives » menées par « nos futurs robots, des actions spéciales navales ou par des moyens de minage », a-t-il conclu.

Photo : Ministère des Armées

Grâce à Strava, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île-Longue

Grâce à Strava, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île-Longue

https://www.opex360.com/2025/01/13/grace-a-strava-il-serait-possible-danticiper-les-departs-des-sous-marins-nucleaires-lanceurs-dengins-de-lile-longue/


En 2018, alors que la Délégation à l’information et la communication de la Défense [DICoD] avait publié un guide sur l’utilisation des réseaux sociaux à l’intention des militaires, auxquels il était d’ailleurs demandé de désactiver la fonction « géolocalisation » de leurs téléphones portables au titre de la sécurité opérationnelle [SECOPS], le ministère des Armées dut faire une piqûre de rappel après que des informations potentiellement sensibles furent révélées par l’intermédiaire de l’application Strava.

Développée par l’entreprise californienne Strava Labs et utilisant la fonctionnalité GPS des téléphones mobiles et des montres connectées, cette dernière permet de suivre à la trace les activités sportives de ses abonnés. Se présentant comme étant le « réseau social des sportifs », ce service permet aux utilisateurs de se suivre mutuellement, d’évaluer leurs performances respectives et de se lancer des défis.

Or, il y a maintenant sept ans, il fut constaté que l’on pouvait assez facilement localiser et suivre les militaires français abonnés à cette application, via la carte « Global Heat Map », publiée par Strava Labs. Évidemment, cela ne pouvait que soulever des problèmes en termes de sécurité, voire de confidentialité, certains endroits [ou zones de déploiement] n’ayant pas vocation à être connus du public.

« Les données que Strava collecte sont un cauchemar sécuritaire pour les gouvernements du monde entier. Les données collectées pourraient permettre à toute personne ayant accès à cette carte de créer un modèle de carte de vie pour les utilisateurs individuels, dont certains peuvent être très intéressants », avait résumé The Daily Beast, à l’époque.

Pour autant, malgré les mises en garde et les rappels à l’ordre, l’utilisation de Strava par les militaires demeure problématique.

Ainsi, selon une enquête publiée par le quotidien Le Monde, ce 13 décembre, il serait possible d’anticiper les départs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de la base de l’Île-Longue où, pourtant, toutes les précautions sont prises pour éviter toute fuite préjudiciable. Ainsi, dans la plupart des endroits de ce haut-lieu de la dissuasion nucléaire, les téléphones portables sont proscrits… Mais pas, apparemment, les montres connectées, qui stockent les données avant de les transmettre en bloc à un smartphone dès que cela est possible.

En outre, certains marins abonnés à Strava n’utilisent pas de pseudonymes et disposent d’un profil public.

Résultat : quand plusieurs sous-mariniers – identifiés comme tels – effectuent quotidiennement une séance de sport le long des quais où sont amarrés les SNLE et qu’ils arrêtent brusquement ce type d’activité, on peut éventuellement en déduire qu’ils sont partis en mission. Et qu’ils en sont revenus dès qu’ils communiquent leurs données à Strava.

Or, c’est là que le bât blesse : théoriquement, en suivant leur activité sportive, notamment le long des quais, il est possible d’anticiper le départ en mission d’un SNLE… alors que, justement, tout est fait pour le maintenir confidentiel, le goulet de Brest [lieu de passage obligé des « bateaux noirs », ndlr] étant même sous une surveillance étroite afin d’empêcher les curieux d’en savoir plus qu’ils n’ont à en connaître. Reste qu’une telle information est susceptible d’intéresser une puissance étrangère, laquelle pourrait chercher à « pister » le sous-marin après sa dilution ou à obtenir des renseignements à son sujet.

Quand un SNLE part en patrouille, « il faut s’assurer que l’espace sous-marin et en particulier les fonds marins sont exempts de tout capteur acoustique étranger. En effet, la présence d’un dispositif d’écoute, disposé sur le fond et exploité par un compétiteur, pourrait mettre en péril la discrétion de nos SNLE, par la captation de leur empreinte acoustique, élément essentiel pour une identification ultérieure, et affecter in fine la posture de dissuasion », avait en effet expliqué le capitaine de vaisseau Jean-Christophe Turret dans la Revue Défense nationale, rappelle Le Monde.

Quoi qu’il en soit, s’il reconnaît des « négligences » parmi ses marins [les sous-mariniers ne sont pas les seuls en cause, ndlr], la Marine nationale estime que la sécurité des activités opérationnelles de la base de l’Île-Longue n’est pas fondamentalement remise en cause. L’une des sources du journal parle d’une « situation problématique » mais pas d’un « risque majeur ».

L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025

L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025

L’industrie de la défense indienne s’apprête à franchir une étape majeure dans sa modernisation navale. Un accord stratégique avec la France devrait être conclu d’ici janvier 2025, renforçant considérablement les capacités maritimes de l’Inde. Cette collaboration franco-indienne s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par l’expansion maritime chinoise et les activités navales pakistanaises dans la région indo-pacifique.

Linde Conclura Un Accord Avec La France Pour 26 Rafale M Et 3 Sous Marins Scorpene Dici Janvier 2025
L’Inde conclura un accord avec la France pour 26 Rafale-M et 3 sous-marins Scorpène d’ici janvier 2025 – © Armees.com

L’acquisition prévue de 26 avions de chasse Rafale-M constitue un pilier majeur de cet accord. Ces appareils, spécialement conçus pour les opérations maritimes, viendront équiper le fleuron de la marine indienne, le porte-avions INS Vikrant. Le Rafale-M se distingue par sa structure renforcée et son train d’atterrissage adapté aux catapultages et appontages sur porte-avions.

Les caractéristiques techniques du Rafale-M en font un atout précieux pour la marine indienne :

  • Vitesse maximale : supérieure à Mach 1,8
  • Rayon d’action en combat : plus de 1 850 km
  • Armement varié : missiles air-air Meteor, missiles de croisière SCALP-EG, missiles anti-navires Exocet
  • Technologie de pointe : radar RBE2-AA AESA, système de guerre électronique SPECTRA

Cette acquisition s’inscrit dans la continuité de la collaboration franco-indienne en matière d’aviation de combat. En effet, l’Indian Air Force a déjà intégré 36 Rafale entre 2019 et 2022, validant l’efficacité de ces appareils dans diverses missions.

Expansion de la flotte sous-marine

Le volet sous-marin de l’accord prévoit la construction de trois nouveaux sous-marins de classe Scorpène. Ces submersibles, fruit d’une collaboration entre l’Inde et le groupe Naval, viendront compléter la flotte existante de six sous-marins Scorpène, dont le dernier a été livré en 2021.

Les Scorpène, construits localement au chantier naval Mazagon Dock Limited à Mumbai, offrent des capacités avancées :

L’amiral Dinesh K. Tripathi, chef de la marine indienne, a souligné l’importance de ces acquisitions dans un contexte où l’Inde surveille étroitement les mouvements navals en océan Indien. La présence croissante de navires de recherche et de suivi par satellite chinois, ainsi que la collaboration militaire sino-pakistanaise, poussent New Delhi à renforcer sa flotte pour maintenir l’équilibre stratégique dans cette région cruciale.

Transferts technologiques et production locale

Au-delà des acquisitions d’équipements, cet accord franco-indien vise à développer l’industrie de défense locale. Dassault Aviation prévoit d’établir un centre de maintenance, réparation et révision (MRO) en Uttar Pradesh pour soutenir les flottes indiennes de Rafale et de Mirage 2000. De son côté, Naval Group s’est engagé à augmenter la part de composants locaux dans les nouveaux sous-marins Scorpène.

Cette stratégie de transfert technologique et de fabrication locale s’inscrit dans la vision plus large de l’Inde visant à :

  1. Renforcer son autonomie en matière de défense
  2. Stimuler l’innovation technologique nationale
  3. Créer des emplois qualifiés dans le secteur de la défense
  4. Réduire la dépendance aux importations d’armements

En bref, l’acquisition prochaine de Rafale-M et de sous-marins Scorpène supplémentaires témoigne de la volonté de l’Inde de s’affirmer comme une puissance navale majeure dans la région indo-pacifique. Face aux défis sécuritaires croissants, New Delhi mise sur une coopération renforcée avec Paris pour moderniser ses forces armées et consolider sa position stratégique. Cette collaboration franco-indienne promet de redéfinir l’équilibre des forces maritimes dans une région au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux.


Laurène Meghe

Rédactrice spécialisée en économie et défense armées. Je couvre également les domaines des enjeux industriels et politique, y compris les relations entre les entreprises et leurs partenaires financiers.

Les risques d’AUKUS s’accumulent. L’Australie doit se préparer à construire des SSN français à la place

Les risques d’AUKUS s’accumulent. L’Australie doit se préparer à construire des SSN français à la place

par Peter Briggs – The Strategist – publié le 5 décembre 2024 

L’Australie devrait commencer à planifier l’acquisition d’au moins 12 sous-marins de la conception française Suffren. Le plan actuel d’AUKUS pour huit sous-marins d’attaque à l’arme nucléaire (SSN) a toujours été imparfait, et maintenant ses risques s’accumulent.

Nous devrions aller de l’avant avec les aspects de l’opération navale du plan SSN AUKUS, tels que le soutien aux sous-marins américains et britanniques lorsqu’ils arrivent en Australie. Mais pour l’effort d’acquisition, nous devrions être prêts à abandonner le plan d’achat de huit SSN sous AUKUS – trois aux États-Unis que Washington a de plus en plus de chances de fournir, et cinq qui sont censés être construits selon un design britannique surdimensionné et probablement pas arriver à temps.

Au lieu de cela, nous commencerions un programme de construction franco-australen pour un plus grand nombre de sous-marins de la classe Suffren, un design qui est déjà en service avec la marine française.

Pour garantir que les livraisons puissent commencer dès 2038, le gouvernement australien qui est élu l’année prochaine devrait s’engager à décider en 2026 s’il convient de passer à la conception française.

Même si le plan d’acquisition d’AUKUS réussit, il fournira une capacité discutable. La conception des sous-marins serait un mélange de deux blocs de sous-marins de classe Virginia, à plus de 14 ans de conception, et de SSN-AUKUS encore à concevoir en utilisant le réacteur PWR3 de la Grande-Bretagne. En outre, SSN-AUKUS serait en partie construit par l’entreprise sous-marine britannique sous-marine qui est sous forte pression pour livrer la prochaine classe de sous-marins de missiles balistiques de la Royal Navy.

Déplaçant plus de 10 000 tonnes, les sous-marins SSN-AUKUS seront trop importants pour les besoins de l’Australie. Leur taille augmentera leur détectabilité, leur coût et leurs équipages. (La grande taille semble être entraînée par les dimensions du réacteur.)

La marine royale australienne est déjà incapable d’équiper ses navires et de croître pour répondre aux besoins futurs. Il aura de grandes difficultés à équiper des Virginias, qui ont besoin de 132 personnes chacun, et les bateaux SSN-AUKUS, aussi, si leurs équipages sont égaux à la quelque 100 choses nécessaires pour l’actuelle classe d’Astute britannique.

Nous n’avons pas encore vu de calendrier pour le processus de conception britannique, pas plus qu’une équipe de conception conjointe ne semble avoir été établie. En l’absence de nouvelles que les jalons ont été atteints ou même fixés, il est très probable que le programme SSN-AUKUS, comme le programme Astute, fonctionnera tard et fournira un bateau de première classe avec de nombreux problèmes. Sachant que la Revue stratégique de la défense de la Grande-Bretagne est aux prises avec de graves déficits de financement, il n’est guère insufflé de confiance.

En outre, huit SSN suffiront à maintenir le déploiement d’un ou deux à tout moment, ce qui n’est pas suffisant pour un moyen de dissuasion efficace. La difficulté de formation des équipages et la mise en place de l’expérience acquise dans trois conceptions de sous-marins renforcerait les défis évidents de la chaîne d’approvisionnement pour parvenir à une force opérationnelle.

Il est moins probable que même cette capacité insuffisante soit moins probable. Les rapports du récent US Navy Submarine League Symposium révèlent que les États-Unis n’ont cessé d’augmenter les taux de construction sous-marin. À présent, un sous-marin supplémentaire aurait dû être commandé pour couvrir le transfert d’un bloc IV de Virginie en Australie dans huit ans, mais aucun contrat n’a été passé. Pire encore, la production de Virginie des deux constructeurs sous-marins américains se ralentit en fait en raison des retards dans la chaîne d’approvisionnement. Le programme de construction de la construction la plus prioritaire des États-Unis, pour les sous-marins de type missiles balistiques de classe Columbia, continue de subir des retards. Fin novembre, la Maison Blanche a demandé un financement d’urgence au Congrès pour les programmes de Virginie et de Columbia.

Cette situation signale de plus en plus probable que, malgré tous ses efforts, la marine américaine ne sera pas en mesure d’épargner des Virginias pour la vente à l’Australie. Le président de l’époque ne sera probablement pas en mesure, comme l’exige la législation, de certifier 270 jours avant le transfert, il ne dégradera pas les capacités sous-marines des États-Unis.

Pendant ce temps, l’establishment de soutien sous-marin britannique a des difficultés à amener les SSN à la mer. Un incendie récent affectant la livraison de la classe Astute finale SSN ne peut que s’ajouter à ces malheurs.

La classe SSN française Suffren était la conception de référence pour la classe d’attaque diesel que l’Australie avait l’intention d’acheter avant de passer à des SSN. Il offre la solution à nos problèmes d’AUKUS. Il est en production par Naval Group, avec trois des six sous-marins prévus en cours de commande dans la marine française.

À 5 300 tonnes et avec une endurance de 70 jours, une capacité de 24 torpilles ou missiles, quatre tubes torpilleurs et un équipage de 60, il serait moins cher de construire, de posséder et d’équipage que les bateaux AUKUS. La conception est flexible – optimisée pour la guerre anti-sous-marine, mais avec une bonne capacité de navires anti-surfaces à partir de torpilles à double usage et de missiles de croisière anti-navires. Il peut également transporter des missiles de croisière, des mines et des forces spéciales.

La classe Suffren utilise du combustible d’uranium faiblement enrichi et a besoin de se ravitailler tous les 10 ans, tandis que les modèles américains et britanniques, avec de l’uranium hautement enrichi, sont censés ne jamais être ravitaillés. Mais le réacteur de Suffren est conçu pour simplifier le ravitaillement, qui pourrait être achevé lors d’un réaménagement prévu en Australie. Le carburant usagé peut être retraité, ce qui simplifie le déclassement en fin de vie.

Il est vrai que la conception de Suffren n’a pas la charge d’arme, les tubes de lancement verticaux ou l’endurance de 90 jours de la Virginie et, vraisemblablement, SSN-AUKUS. Cependant, en tant que parent à propulsion nucléaire de la classe Attack, il est beaucoup plus proche de l’exigence initiale australienne de remplacement de la classe Collins que SSN-AUKUS est en train de s’éteindre. La conception offre une capacité adéquate aux besoins de l’Australie dans un ensemble que nous pouvons nous permettre de posséder. Nous pourrions utiliser 12 Suffrens et nous avons encore besoin de moins de membres d’équipage que nous ne le ferions dans le cadre du plan AUKUS.

Si nous nous sommes tournés vers la conception de Suffren, nous devrions néanmoins nous en tenir aux programmes d’entraînement SSN que nous avons mis en place avec l’US Navy et la Royal Navy. Nous devrions également aller de l’avant avec la mise en place d’une installation de réparation intermédiaire qui soutiendrait leurs NDS ainsi que les nôtres et les faire tourner vers l’Australie-Occidentale.

En ce qui concerne le plan d’acquisition d’AUKUS, nous devons commencer dès maintenant les préparatifs pour construire conjointement des Suffrens avec la France. L’Australie ne peut pas attendre que les États-Unis disent enfin que les Virginias ne seront pas disponibles.

Dans la mesure où la conception a besoin d’être modifiée, nous pouvons revenir au travail accompli pour la classe Attack, en particulier l’intégration d’un système de combat américain et des normes australiennes.

Difficile, difficile et politiquement courageux ? Assurément. Mais ce n’est pas presque aussi improbable que les SSN sous AUKUS à l’heure.

10 tonnes, 10 mètres, la marine française prépare un énorme drone sous-marin pour inspecter les mers

10 tonnes, 10 mètres, la marine française prépare un énorme drone sous-marin pour inspecter les mers

Cachalot de métal

Au salon Euronaval, grand rendez-vous de la marine de guerre, l’armée française a présenté un premier prototype de drone de combat sous-marin aux dimensions impressionnantes.

Dans le grand hall, tous les yeux sont tournés vers lui. Au salon Euronaval 2024 qui se tient jusqu’au 7 novembre à Paris, la direction générale de l’Armement (DGA) a présenté ses dernières innovations, dont une panoplie de drones conçus pour épauler les navires en opération. Parmi eux, un « cachalot » de métal, aux proportions inhabituelles pour ce genre de modèle.

Baptisé UCUV – Unmanned Combat Underwater Vehicle (Véhicule sous-marin de combat sans pilote) – cet engin de 10 tonnes pour 10 mètres de long devrait pouvoir sillonner les mers, scrutant les profondeurs et transmettant de précieuses informations aux bateaux de combat. Il est développé en partenariat avec le géant français de la défense, Naval Group.

Le drone sous-marin UCUV exposé à Salon Euronaval. // Source : Numerama
Le drone sous-marin UCUV exposé à Salon Euronaval. // Source : Numerama

L’UCUV a déjà eu droit à une première phase de test sous l’eau. Les principales missions envisagées sont pour l’instant cantonnées à du renseignement.

Le drone dispose d’un sonar et d’une faculté optronique pour détecter des objets et récupérer de l’imagerie. Un « périscope » moderne est déjà positionné sur le toit de l’appareil. D’autres capacités de renseignements sont étudiées, comme l’emport d’un armement, aussi à l’étude, d’après un ingénieur de la DGA avec qui Numerama a pu échanger.

Les modules de renseignement du drone. // Source : Numerama
Les modules de renseignement du drone. // Source : Numerama

Les drones, nouveau danger des batailles navales

Ce premier prototype du drone peut parcourir les mers pendant plusieurs heures. À terme, l’appareil devrait être assez endurant pour opérer durant des jours, offrant aux forces armées une option pour des déploiements plus longs sur une zone d’intérêt.

La marine française ne dispose pas encore d’un drone sous-marin de référence pour ses forces armées. Plusieurs autres appareils du même ordre étaient présentés autour de l’UCUV, démontrant une volonté d’investir dans une dronisation accrue de la marine.

Encore une fois, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a accéléré les projets de robot, après de nombreux succès en mer Noire mis en avant par l’armée ukrainienne. De nombreux pays ont lancé des plans pour moderniser leur équipement, les États-Unis étant en pointe.

Les principaux appareils en circulation aujourd’hui sont des navires autonomes ou des drones en forme de torpilles pour détecter et frapper. La France pourrait déployer un arsenal intéressant, à condition que les délais de production soient tenus.

Quel est ce sous-marin français qui équipe de plus en plus d’armées dans le monde ?

Quel est ce sous-marin français qui équipe de plus en plus d’armées dans le monde ?

 

Les succès s’accumulent pour le fabricant français de sous-marins, Naval Group. Ce week-end, des échos venant d’Argentine évoquaient la vente à venir de trois nouveaux submersibles français à Buenos Aires.

Un sous-marin Scorpène de la marine brésilienne fabriqué par Naval Group au Brésil
© Naval Group – Un sous-marin Scorpène de la marine brésilienne fabriqué par Naval Group au Brésil

https://www.capital.fr/entreprises-marches/quel-est-ce-sous-marin-francais-qui-equipe-de-plus-en-plus-d-armees-dans-le-monde-1503507


À Cherbourg, il est encore un peu tôt pour sabler le champagne. Mais les bouteilles sont déjà au frais à l’ombre des grandes nefs du chantier naval où sont construits, pièces après pièces, les sous-marins de Naval Group. L’ancien arsenal normand, qui voit défiler régulièrement des délégations de militaires étrangers, est en effet en passe de remporter un nouveau contrat d’ampleur avec l’Argentine selon la presse sud-américaine, qui se fait l’écho de discussions approfondies entre le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu et son homologue argentin, Luis Petri, justement reçu à Paris la semaine dernière.

Buenos Aires cherche en effet à renouveler une flotte totalement désuète et envisagerait donc l’achat de trois sous-marins Scorpène pour un montant d’environ deux milliards d’euros. Ce modèle est certes moins puissant que les Barracuda qui équipent la Marine française notamment, mais il intéresse beaucoup les pays émergents souhaitant s’équiper à moindres coûts.

C’est notamment le choix qu’a fait son grand rival dans la région le Brésil en 2009, en signant déjà avec Naval Group et l’État français pour s’équiper. En mars dernier, le troisième des quatre sous-marins Scorpène du programme ProSub était en effet mis à l’eau sur la base navale d’Itaguai, en présence du président brésilien Lula et d’Emmanuel Macron.

Après la perte du contrat australien, « nous avons revu notre stratégie« , dit Naval Group

Après la signature il y a quelques jours du contrat avec les Pays Bas, c’est donc un coup double qui se profile pour Naval Group qui empocherait l’affaire au nez des Allemands de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), déjà battus sur le contrat batave.

«Ce contrat est une bonne surprise car les Pays Bas ne sont pas un client historique de la France. Ils regardaient plutôt vers TKMS. On voit que pour les sous-marins, plusieurs marchés se superposent. À côté des grands contrats très chers, du matériel plus petit avec un armement limité permet à des pays émergents de s’équiper à tarifs raisonnables», note Julien Malizard, titulaire adjoint de la chaire Économie de défense à l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), dans un long article à venir dans le prochain numéro de Capital (en kiosque fin octobre) où nous avons pu visiter l’installation de Naval Group à Cherbourg.

À cette occasion, la directrice du site, Muriel Lenglin, nous confiait justement que l’industriel s’était redimensionné après l’échec du contrat australien, torpillé par la nouvelle alliance géostratégique portée par les États-Unis et baptisée «Aukus». «Nous avons revu notre stratégie, mais cela n’a pas affecté nos résultats. Ici, avec les 5 000 salariés sur le site, nous réalisons 4,8 millions d’heures de travail par an. L’État français est notre principal client avec 70% du chiffre d’affaires (4,25 milliards d’euros en 2023, NDLR), mais notre objectif est d’équilibrer la répartition avec l’export», nous indiquait notamment Muriel Lenglin juste avant la finalisation du contrat avec les Pays-Bas.

Pour ce qui est du deal avec l’Argentine, une lettre d’intention serait en préparation même si le principal défi du gouvernement de l’ultralibéral Javier Milei, sera de boucler le financement de ce contrat.

Naval Group est sur le point de signer le contrat des quatre futurs sous-marins de la marine royale néerlandaise

Naval Group est sur le point de signer le contrat des quatre futurs sous-marins de la marine royale néerlandaise


En 1978, le ministère néerlandais de la Défense confia au constructeur naval RDM [Rotterdamsche Droogdok Maatschappij] le soin de mener à bien le programme Walrus II, lequel devait permettre de doter la marine royale des Pays-Bas de quatre nouveaux sous-marins.

Depuis, l’industrie navale néerlandaise a perdu ses savoir-faire dans ce domaine, RDM ayant dû baisser le rideau en 1996. Et, faute d’avoir pu lancer un nouveau programme dans les délais, un premier sous-marin de type Walrus a été retiré du service en octobre 2023, afin de pouvoir continuer à mettre en œuvre les trois exemplaires restants jusqu’à la réception de leurs successeurs.

Cela étant, en mars dernier, soit quarante-six ans après le lancement du programme Walrus, le gouvernement néerlandais annonça qu’il avait finalement retenu le français Naval Group pour lui fournir quatre sous-marins à propulsion classique de type Black Sword Barracuda. Et cela, aux dépens du tandem formé par Damen et Kockhums ainsi qu’à ceux de ThyssenKrupp Marine Systems [TKMS]. Seulement, il fallait encore transformer l’essai.

Un premier obstacle fut franchi en juin, quand les députés néerlandais, malgré une campagne de presse ayant critiqué les modalités de l’appel d’offres, approuvèrent le choix de Naval Group et celui de son partenaire IHC Royal pour ce programme de sous-marins, désormais appelé « Orka ». Un second le fut après que le tribunal de La Haye rejeta un recours qui avait été déposé par TKMS.

Pour autant, avant de notifier officiellement le contrat, il restait encore à trouver un accord sur l’organisation industrielle du programme. Ce qui fut fait le 10 septembre, avec la signature d’un « Accord de coopération industrielle obligatoire » [ICA], d’une valeur d’un milliard d’euros.

« Cet accord définit la stratégie de coopération industrielle de Naval Group avec le secteur maritime et de défense néerlandais, impliquant des industries et des centres d’excellence, dans le but de maximiser l’autonomie stratégique », avait alors précisé l’industriel français.

Quoi qu’il en soit, la voie étant ouverte, plus rien n’empêche la signature du contrat. Selon La Presse de la Manche, la Tribune et le site spécialisé MarineSchepen, elle devrait avoir lieu ce 30 septembre. Quant à son montant, il serait de l’ordre de 5 à 6 milliards d’euros. Du moins, est-ce la « fourchette » la plus fréquemment évoquée.

Par la suite, Naval Group et ses partenaires auront dix ans pour construire et livrer les deux premiers sous-marins [l’Orka et le Zwaardvis] à la marine royale néerlandaise. Suivront ensuite le Barracuda et le Tijgerhaai, avant 2039. Pour rappel, les quatre unités seront produites à Cherbourg.

Une révision de la dissuasion française s’imposera-t-elle dès 2025 ?

Une révision de la dissuasion française s’imposera-t-elle dès 2025 ?

La dissuasion française constitue, aujourd’hui, l’un des piliers de la posture de défense du pays, tout en conférant à Paris son autonomie stratégique lui garantissant une liberté de position et de ton rare, y compris dans le camp occidental.

Son incontestable efficacité, depuis 1964, sera préservée, pour les quatre décennies à venir, par la modernisation de ses deux composantes stratégiques, avec l’arrivée du nouveau missile de croisière supersonique aéroporté ASN4G, dès 2035, et l’entrée en service des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SNLE 3G, à cette même échéance.

C’est, tout du moins, ainsi que la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, présente le sujet, qui va consacrer plus de 50 Md€ à cette mission sur son exécution, avec l’objectif de remplacer, presque à l’identique et à partir de 2035, les moyens actuels, par des capacités largement modernisées, donc plus efficaces.

Toutefois, ces dernières années, les menaces pouvant viser, potentiellement, la France, comme ses intérêts vitaux, censées protéger par la dissuasion nationale, ont considérablement évoluer, dans leur nature, leur origine et leur volume.

Alors que de nombreuses voix s’élèvent, outre-Manche comme outre-Atlantique, appelant à une révision profonde et rapide des postures de dissuasion britanniques et américaines, pour répondre à ces évolutions, il est, peut-être, nécessaire de faire de même en France, sans attendre la fin de la LPM en cours, pour transformer l’outil au cœur de la sécurité stratégique du pays, et de ses intérêts vitaux.

 

Sommaire

La dissuasion française, sa modernisation et le principe de stricte nécessité

Bâtie sur le principe de stricte nécessité, la dissuasion française a pour fonction de donner aux autorités du pays, les moyens nécessaires et suffisants, pour s’intégrer efficacement dans le discours stratégique mondial, et ce, de manière strictement autonome, tout en assurant la sécurité et l’intégrité du pays.

Rafale M armé d'un missile ASMPA nucléaire au catapultage
La FaNu permet à la France de déployer des missiles nucléaires ASMPA à partir de Rafale M embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle. Toutefois, avec un unique porte-avions, la Marine nationale ne peut deployer cette capacité que 50 % du temps, au mieux.

Celle-ci se décompose, aujourd’hui, en deux forces aux capacités complémentaires. La première est la Force aérienne stratégique, forte de deux escadrons de chasse équipés de chasseurs Rafale et d’une cinquantaine de missiles nucléaires supersoniques ASMPA-R, d’une portée de plus de 500 km, et transportant une tête nucléaire TNA de 100 à 300 kilotonnes.

À cette capacité mise en œuvre par l’Armée de l’air, s’ajoute, ponctuellement, la Force Aéronavale Nucléaire, ou FaNu, permettant à des Rafale M de la flottille 12F, de mettre en œuvre ce même missile ASMPA-R, à partir du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle.

La seconde est la Force Océanique Stratégique, disposant de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ou SNLE, de la classe le Triomphant. Celle-ci conserve, à chaque instant, un de ces navires à la mer, pour évoluer caché dans les profondeurs océaniques, et lancer, à la demande présidentielle, ses 16 missiles balistiques M51.3, d’une portée de 10.000 km, et transportant chacun 6 à 10 têtes nucléaires à trajectoire indépendante TNO de 100 kt.

Ensemble, ces deux capacités confèrent aux autorités françaises en vaste champ opérationnel et lexical stratégique, la composante aérienne formant la force visible pour répondre aux déploiements de forces ou à la menace d’un adversaire potentiel, et la composante sous-marine, en assurant l’adversaire d’une destruction presque complète, s’il venait à frapper la France ou ses intérêts vitaux, et ce, même si la France était elle-même frappée massivement par des armes nucléaires.

FOST SNLE Le terrible classe Le triomphant
Avec quatre SNLE classe Le Triomphant, la France dispose en permance d’un navire en patrouille, susceptible de déclencher un tir nucléaire stratégique de riposte contre un pays ayant attaqué le Pays, y compris avec des armes nucléaires stratégiques.

Contrairement à ce qui est parfois avancé, la dissuasion française est aujourd’hui correctement dimensionnée, et certainement efficace, pour contenir la menace d’un pays comme la Russie, et ce, en dépit d’un nombre beaucoup plus important de vecteurs et de têtes nucléaires pour Moscou.

En outre, cette dissuasion, face à la Russie, toujours, est également suffisante pour être étendue à d’autres pays européens alliés, le cas échéant. Son efficacité est, en effet, liée à sa capacité de destruction chez l’adversaire, et non au périmètre qu’elle protège, même si, dans ce domaine, la perception de la détermination française pour protéger ses alliés, y compris en assumant le risque nucléaire, joue également un rôle déterminant.

De fait, aujourd’hui, la dissuasion française remplie pleinement, et parfaitement sa mission, et peut même, le cas échéant, le faire sur un périmètre plus étendu. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la LPM 2024-2030, sa modernisation, avec l’arrivée du missile ASN4G pour remplacer l’ASMPA-R, et du SNLE 3G pour remplacer les SNLE classe Triomphant, est prévue à partir de 2035, avec un périmètre strictement identique.

L’apparition de nouvelles menaces change les données de l’équation stratégique française

Toutefois, ces dernières années, sont apparues de nouvelles menaces, susceptibles de profondément bouleverser l’équilibre stratégique sur lequel est aujourd’hui bâtie la dissuasion française, et qui est transposé, au travers de la LPM 2024-2030, dans la dissuasion NG française, à partir de 2035.

ICBM KN-22 Pyonguang
première présentation publique du missile ICBM KN-22 à Pyongyang en 2020

Ainsi, alors que la menace stratégique pouvant viser la France et ses intérêts vitaux, jusqu’à présent, était avant tout constituée par l’arsenal stratégique russe, d’autres pays, aujourd’hui, se sont dotés de moyens comparables, susceptibles d’atteindre la France, ses territoires ultramarins ou ses intérêts.

C’est en particulier le cas de la Corée du Nord, qui a développé un missile ICBM pouvant atteindre l’Europe, le Hwasong-15, d’une portée de 13.000 km, et qui pourrait, prochainement, être doté de têtes nucléaires à trajectoire indépendante MIRV.

L’Iran, pour sa part, dispose déjà de missiles balistiques susceptibles d’atteindre le sol européen, avec le Shahab-5 d’une portée estimée au-delà de 4500 km. Si le pays ne dispose pas, pour l’heure, d’un arsenal nucléaire, plusieurs services de renseignement, y compris le Mossad israélien, estiment que Téhéran ne serait plus qu’à quelques mois de pouvoir s’en doter.

Dans les deux cas, ces pays pourraient enregistrer, dans les mois et années à venir, des progrès substantiels dans leurs programmes nucléaires et balistiques, avec une aide technologique possible venue de Russie, en échange du soutien de Téhéran et Pyongyang à l’effort militaire russe contre l’Ukraine.

Bombardier Tu-160M
Les forces aériennes stratégiques russes disposeront d’une cinquantaine de bombardiers supersoniques à très long rayon d’action Tu-160M et M2 d’ici à 2040.

La Russie, justement, développe et modernise rapidement son arsenal nucléaire, avec l’entrée en service de nouveaux vecteurs, comme les SNLE de la classe Boreï, les bombardiers stratégiques Tu-160M et les ICBM RS-28 Sarmat, équipés du planeur hypersonique Avangard.

Surtout, les armées russes se dotent très rapidement de nouvelles capacités nucléaires non stratégiques, qu’il s’agisse de missiles balistiques à courte et moyenne portée, ou de missiles de croisières super ou hypersoniques, tous pouvant alternativement être équipés de charges militaires conventionnelles ou nucléaires.

Enfin, la Chine produit un effort sans équivalent, pour accroitre et étendre ses capacités de frappe nucléaire, son arsenal devant être triplé d’ici à 2035, pour atteindre 1000 vecteurs opérationnels.

DF41 ICBM Chine
le missile balsitique ICBM DF41 chinois représente un immense progrès vis-à-vis des DF-5 à carburant liquide en silo, employés jusqu’à présent.

Pékin se dote, notamment, de capacités stratégiques renouvelées, avec le nouveau missile ICBM à carburant solide DF-41, qui existe en version mobile et en silos, et le missile SLBM JL-3 qui arme les nouveaux SNLE Type 09IV chinois. Comme Moscou, toutefois, les forces chinoises s’équipent aussi d’un nombre croissant de vecteurs à plus courte portée, et d’une puissance de destruction non stratégique, à vocation conventionnelle ou nucléaire.

L’émergence de nouvelles menaces stratégiques non nucléaires doit également être considérée et traitée

À ces nouvelles menaces stratégiques nucléaires, pouvant directement menacer la France et ses intérêts vitaux, s’ajoutent, également, de nouvelles capacités au potentiel de destruction stratégique, mais armées de charges conventionnelles et/ou faiblement létales.

L’exemple le plus célèbre, pour illustrer ces nouvelles menaces, est l’arrivée des drones d’attaque à longue portée, mis en évidence avec les drones Shahed-136 iraniens et Geran-2 russes, employés par les forces de Moscou pour frapper les installations civiles clés en Ukraine.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
Les drones d’attaque, comme le Shahed 136 iraniens, se sont montrés très efficaces pour frapper les infrastructures civiles ukrainiennes.

Bien que vulnérables et transportant une charge militaire relativement réduite, ces drones disposent de deux atouts les transformants en menace potentiellement stratégique, pour un pays comme la France.

D’abord, leur portée, pouvant dépasser les 2000 km aujourd’hui, probablement davantage demain, leur permet d’atteindre des cibles très distantes, pour mener des frappes destructrices contre les infrastructures civiles d’un pays, comme le réseau de communication, le réseau de transport, les réserves de carburant, les capacités industrielles et énergétiques, voire les centres de commandement et de coordination militaires et civils, y compris politiques.

Or, au-delà de la possibilité d’atteindre dans la profondeur des infrastructures clés, cette portée augmente, au carré, le nombre d’infrastructures potentiellement ciblées, rendant leur protection presque impossible par des moyens antidrones classiques. Ainsi, si un drone d’une portée de 500 km peut atteindre, potentiellement, les cibles présentes sur 200.000 km² du territoire adverse, une portée de 1000 km, porte cette surface à 800.000 km².

Surtout, ces drones sont relativement simples et rapides à concevoir et à construire, et ils sont peu onéreux. Ainsi, un drone de la famille Geran-2, serait produit pour 2 à 3 millions de roubles en Russie, soit 20 à 30 k$. Ce faisant, une flotte de 5000 de ces drones, susceptibles de saturer, endommager ou détruire la plupart des grandes infrastructures d’un pays comme la France, peut-être construire en une année, et pour à peine 150 m$.

Usine drones d'attaque Geranium-2
La Russie prévoit de construire plus de 8000 Geran-2, version russe modifiée du Shahed 136, sur la seule année 2024.

Ainsi, certains pays hostiles ou sous influence, peuvent se doter, à moindres frais, et sur des courts délais, de capacités de frappes au potentiel de destruction quasi stratégique, contre un pays très développé, qu’il serait presque impossible de contrer, et ce, sans même devoir franchir le seuil nucléaire.

Cette capacité, et d’autres comme les armes à impulsion électromagnétique, les attaques cyber, voire les moyens chimiques ou biologiques, peuvent engendrer, à relativement court terme, un profond bouleversement de la menace stratégique susceptible de viser, potentiellement, la France, contre laquelle la dissuasion, dans son format actuel, et tel que prévu dans les décennies à venir, pourrait ne pas suffire.

De nombreuses voix appellent à l’extension et la transformation de la dissuasion américaine

Si les questions portant sur la dissuasion, sont très rarement débattues sur la scène publique en France, en particulier par les militaires et les Think Tank qui travaillent pour le ministère des Armées, ce n’est pas le cas, bien au contraire, aux États-Unis.

SSBN CLasse Columbia US Navy
L’US Navy prévoit de n’acquerir que 12 SSBN de la classe Columbia. Un nombre jugé très insuffisant par la Heritage Foundation, qui préconise un retour à 16 navires, comme pendant la guerre froide.

Ainsi, le think tank conservateur américain Heritage Foundation, vient de publier une analyse stratégique pour anticiper la nouvelle Nuclear Posture Review (NPR), qui doit être rédigée et débattue en 2025, par la nouvelle administration américaine, qui sortira des urnes en novembre 2024.

Comme évoqué ici, la Heritage Foundation porte un regard critique sur le renouvellement, entamé aujourd’hui presque à l’identique des moyens de la dissuasion américaine, avec le développement de l’ICBM Sentinel, du bombardier stratégique B-21 Raider, ainsi que du nouveau SSBN classe Columbia, alors même que la menace, elle, a considérablement évoluée, en volume comme en nature, ces dix dernières années.

Sans surprise, la principale préoccupation du think tank américain, concerne la montée en puissance très rapide des moyens de frappe nucléaire chinois, venant déstabiliser le statu quo russo-américain hérité de la guerre froide.

Toutefois, là aussi, les analystes américains pointent la transformation des moyens stratégiques et nucléaires non stratégiques russes, et l’émergence de nouvelles menaces avérées (ICBM nord coréens), ou en devenir (programme nucléaire iranien), avec le risque d’une propagation rapide des armes nucléaires dans les décennies à venir.

silos missiles chine
La construction de plusieurs centaines de silos pour missiles ICBM a été observée en Chine

Pour répondre à ces menaces, et bien que d’obédience républicaine, donc proche de Donald Trump, dont le programme Défense demeure très incertain, la Heritage Foundation préconise l’augmentation rapide des moyens de dissuasion américains, avec le retour à une flotte de SNLE à 16 navires, le développement d’une version mobile de l’ICBM Sentinel, et l’augmentation du nombre de B-21 Raider.

Surtout, elle préconise le développement et le déploiement rapide de capacités nucléaires non stratégiques, notamment en Europe, pour contenir l’émergence de ce type de menaces sur les théâtres européens, Pacifiques et, potentiellement, moyen-oriental.

La modernisation itérative de la dissuasion française pour 2035 répond-elle à la réalité de l’évolution de la menace ?

Les arguments avancés par le Think Tank américain, pour appeler à une révision de la dissuasion américaine, dans son format comme dans sa composition, se transposent, évidemment, à la dissuasion française, elle aussi visant une modernisation itérative, des moyens dont elle dispose aujourd’hui.

Ainsi, même si elle intégrera probablement, à l’avenir, des drones de combat de type Loyal Wingmen furtifs pour accompagner les missions Poker, la composante aérienne de la dissuasion française demeurera armée d’un missile sol-air à moyenne portée et forte puissance, comme l’ASMPA-R aujourd’hui, mis en œuvre par des avions de combat tactiques Rafale, comme aujourd’hui, et soutenus par des avions de chasse d’escorte et des appareils de soutien, tanker et Awacs, comme aujourd’hui.

Rafale B missile ASMPA
Le missile nucléaire supersonique ASMPA-R (Rénové) sera remplacé, à partir de 2035, par le missile ASN4G, qui pourrait être doté d’un planeur hypersonique.

En outre, si les équipements seront beaucoup plus modernes, et performants, le nombre d’appareils, de missiles, et de têtes nucléaires, ne semble pas destiner à évoluer, alors que la répartition de la menace, elle, est appelée à sensiblement s’étendre.

De même, la force océanique stratégique à venir, prévoit toujours de s’appuyer sur 4 SNLE, permettant de disposer d’un navire en patrouille à tout instant, d’un navire en alerte à 24 heures, d’un navire à l’entrainement, mobilisable en quelques semaines, et d’un navire en maintenance.

Pourtant, l’arrivée de la Chine dans l’équation stratégique mondiale, et, dans une moindre mesure, de la Corée du Nord, obligera la FOST à diviser ses moyens, pour contenir simultanément ces menaces à la limite de la portée de ses missiles, notamment en déployant, au besoin, un SNLE dans une zone de patrouille mieux adaptée.

En outre, la montée en puissance des flottes sous-marines russes et chinoises, en particulièrement des flottes de sous-marins nucléaires d’attaque ou lance-missiles, SSN et SSGN, viendra accroitre le risque de compromission de l’unique navire en patrouille français, ce d’autant que le nombre de drones de patrouille sous-marine, conçus précisément pour accroitre les opportunités de détection, va nécessairement bondir dans les années à venir.

SNLE 3G Naval Group
Le conception et la construction des 4 SNLE 3G, destinés à remplacer, à partir de 2035, les SNLE classe le Triomphant, sera le chantier industriel et technologique le plus complexe réalisé en France dans les dix années à venir.

Enfin, l’absence de capacités de frappes de basse intensité, dites « Low Yield » en anglais, et de « de frappe nucléaire non stratégique », dans la nomenclature russe et en chinois, pourrait considérablement affaiblir la posture dissuasive française dans les années à venir, qu’il s’agisse de répondre à ce type de déploiement visible, de la part d’un adversaire potentiel, voire de contenir, au besoin, la menace de frappes stratégiques non nucléaires, par l’intermédiaire d’une flotte massive de drones d’attaque, à la portée budgétaire et technologique d’un grand nombre de pays.

Conclusion

On le voit, si la dissuasion française a rempli parfaitement son rôle, jusqu’à aujourd’hui, la trajectoire retenue, pour son évolution, dans les décennies à venir, bénéficierait, très certainement, d’une nouvelle analyse, prenant en considération, non pas le simple remplacement des moyens existants par des équipements plus modernes et performants, mais aussi la transformation qui est à l’œuvre, concernant la menace stratégique dans le monde.

Cet exercice permettrait, sans le moindre doute, de bâtir une vision plus actuelle sur la réalité des menaces, et leur évolution prévisible dans les années et décennies à venir, et ferait émerger une dissuasion française plus homogène, plus résiliente, et donc plus efficace, pour y faire face.

Enfin, cette démarche bénéficierait certainement d’une exposition publique, certes maitrisée pour préserver la nécessaire confidentialité là où elle est requise, mais qui permettrait de mieux cerner la construction de cette dissuasion, les moyens qui lui sont alloués, et donc, l’effort budgétaire et technologique demandé aux concitoyens, pour s’en doter, et pour assurer la sécurité du pays, comme de ses intérêts vitaux.

Faute de quoi, la France pourrait se voir doter, à l’avenir, d’une dissuasion, certes technologiquement très performante, mais incapable d’assurer efficacement sa mission dans sa globalité, avec, à la clé, des risques existentiels non maitrisés sur le pays, lui-même.

Article du 30 juillet en version intégrale jusqu’au 29 septembre

Marine française : le sous-marin nucléaire Tourville retourne en urgence à Cherbourg

Marine française : le sous-marin nucléaire Tourville retourne en urgence à Cherbourg

Par Cédric Bonnefoy – armees.com – Publié le 19 septembre 2024

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Marine française : le sous-marin nucléaire Tourville retourne en urgence à Cherbourg – © Armees.com

Quelques semaines après une série de tests, le sous-marin nucléaire le Tourville est de retour dans les chantiers navals de Cherbourg. Pour le moment, la raison reste confidentielle. Il semble que plusieurs problèmes aient été détectés par l’équipage et la marine française.

Un sous-marin nucléaire de retour à Cherbourg

Le sous-marin Tourville avait entamé une série d’essais en mer, prévus pour valider ses capacités opérationnelles dans des zones plus profondes que celles offertes par la Manche. Ces tests, qui faisaient suite à deux séries d’essais estivaux, visaient à confirmer la performance du sous-marin avant qu’il ne rejoigne son port d’attache à Toulon. Cependant, quelques jours seulement après son départ, des ajustements techniques imprévus ont nécessité son retour express à Cherbourg. Bien que ces ajustements aient surpris, ils ne sont pas inhabituels dans le cadre de la mise au point d’un sous-marin nucléaire.