Ukraine: la Russie revendique la prise de la ville minière de Toretsk

Ukraine: la Russie revendique la prise de la ville minière de Toretsk

Après des mois d’assauts, la ville minière de Toretsk est aux mains des Russes. C’est en tout cas ce que revendique Moscou. Les autorités ukrainiennes n’ont pour l’instant pas confirmé la chute totale de la ville qui comptait 30 000 habitants avant l’invasion russe à grande échelle. C’est une prise d’importance pour les troupes russes qui poursuivent leur rythme de progression lent, mais régulier.

Les ruines de Toretsk (est de l’Ukraine), en juin 2024.
Les ruines de Toretsk (est de l’Ukraine), en juin 2024. © ANATOLII STEPANOV / AFP

Depuis plus d’un an, l’armée russe avance malgré de lourdes pertes humaines et matérielles face aux forces ukrainiennes, qui peinent à compenser le manque d’effectifs et d’armements. Le 7 février 2025, Moscou a annoncé la « libération » de Dzerjinsk (ancien nom soviétique de Toretsk), aujourd’hui largement en ruines, après les victoires précédentes d’Avdiïvka, Vougledar et Kourakhové en 2024.

Toretsk, un centre industriel clé du Donbass, était sous attaque russe depuis l’été 2024. Des journalistes de l’AFP avaient observé, dès la fin de juillet 2024, une cité dévastée par les combats, où quelques retraités se terraient dans leurs caves, ne pouvant ou ne voulant pas fuir. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères n’a pas réagi à cette annonce, se contentant de publier une photo montrant une route enneigée menant vers des immeubles détruits.

Cependant, une unité militaire ukrainienne sur place, la 28ᵉ brigade, a affirmé à l’AFP que les troupes russes ne contrôlaient pas totalement la ville. « Nous sommes toujours là dans la zone… Ils ne l’ont pas occupée dans son intégralité », a déclaré l’officier de presse de la brigade, déployée en périphérie de Toretsk.

Stratégie russe

Selon l’analyste géopolitique Ulrich Bounat, cette progression des troupes russes s’inscrit dans une stratégie visant à « épuiser la défense ukrainienne, en espérant qu’elle finisse par craquer, bien que cela semble peu probable ». L’objectif de Moscou serait aussi de créer l’illusion d’une avancée inexorable, démoralisant ainsi les Occidentaux et mettant la Russie en position de force pour d’éventuelles négociations. « L’idée est de forcer les Ukrainiens à demander un cessez-le-feu, tout en présentant la Russie comme capable de continuer la guerre pendant des années », « c’est un peu ce qu’ils font avec leur propagande, en disant ‘pour nous, tout va bien !’ »

Perspectives de négociations

La prise de Toretsk permet à l’armée russe de se rapprocher de Konstantinivka, et met les troupes russes en position d’atteindre Kramatorsk, leur objectif final. Selon l’agence de presse Ria Novosti, cela compliquera le ravitaillement ukrainien vers Tchassiv Iar et ralentira les forces ukrainiennes sur les routes reliant Pokrovsk à Sloviansk et Kramatorsk. Toutefois, cette dynamique pourrait être trompeuse. « Bien que la Russie tente de donner l’illusion d’une guerre facile et durable, elle fait face à de réels problèmes internes, comme le manque de ressources humaines et une économie qui plafonne en termes de production industrielle. », souligne l’analyste.

Les appels à la paix se multiplient. Donald Trump a exprimé son désir de mettre fin rapidement au conflit et a relancé les discussions sur une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. De son côté, Zelensky s’est dit prêt à discuter directement avec Vladimir Poutine, bien que le Kremlin ait rejeté ses propos en les qualifiant de « paroles vides de sens ».

Les grands acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle

Les grands acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle

par Revue Conflits avec AFP – publié le 8 février 2025

https://www.revueconflits.com/les-grands-acteurs-mondiaux-de-lintelligence-artificielle/


Partie en retard après que ses cerveaux ont irrigué les principaux centres de recherche américains, la France veut toujours montrer qu’elle est un pionnier de l’IA. Elle organise donc les 10 et 11 février prochain un grand raout mondial en rassemblant les principaux acteurs. 

La France avec l’IA est un peu comme la cavalerie pendant la conquête de l’Ouest. En retard, mais avec style. Elle organise donc les 10 et 11 février prochain un grand raout mondial sur l’IA. Du très beau monde est attendu. Le Premier ministre indien Narendra Modi, coprésident de l’évènement, les patrons d’Open AI, de Google Deepmind et d’Anthropic, le vice-président américain J.D. Vance, seront présents.

C’est l’occasion de passer en revue le monde de l’IA.

L’évènement arrive à un moment clé de l’euphorie autour de l’IA. Après un moment de domination américaine depuis le lancement de Chat GPT auprès du grand public en 2022, la Chine vient d’ébranler la table avec l’arrivée Deepseek.

OpenAI, le pionnier

Leader de l’intelligence artificielle générative, la société américaine OpenAI s’est fait connaître avec ChatGPT, référence des agents conversationnels. Cet outil a démocratisé l’IA et attiré des investissements massifs. Depuis sa création, OpenAI a levé environ 20 milliards de dollars, principalement auprès de Microsoft, son actionnaire principal. Selon le Wall Street Journal, elle négocie actuellement une levée de 40 milliards supplémentaires.

Fondée sous un statut non lucratif par Sam Altman – brièvement évincé avant de retrouver son poste de PDG – OpenAI amorce une transition vers une structure à but lucratif.

Anthropic, la rivale américaine

Créée en 2021 par Dario et Daniela Amodei, anciens cadres d’OpenAI, Anthropic se distingue par des protocoles de sécurité renforcés dans son modèle Claude. Bien que moins financée que son concurrent, elle suscite l’intérêt des géants de la tech. Fin novembre, Amazon a investi 4 milliards de dollars, portant son total à 8 milliards. Depuis sa création, Anthropic a levé 12,9 milliards de dollars, dont plus de 3 milliards de la part d’Alphabet, maison mère de Google.

Google DeepMind et MetaAI, la puissance des géants

L’émergence de ChatGPT a intensifié la compétition entre les grands acteurs technologiques. En février 2023, Meta a lancé son modèle Llama, suivi de Llama 2 et 3, et intégré son assistant MetaAI à ses plateformes (Facebook, Instagram, WhatsApp, Threads), inaccessible en Europe en raison d’un cadre réglementaire incertain. Fin janvier, Mark Zuckerberg a annoncé un investissement annuel de 65 milliards de dollars en IA.

Google a introduit Bard en mars 2023, rebaptisé Gemini en février 2024 pour refléter l’évolution de son modèle. En avril 2024, Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a indiqué ne pas divulguer les montants investis dans l’IA.

Mistral AI, l’ambition française

Fondée en mai 2023 par Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, chercheurs passés par les grands laboratoires américains, Mistral AI vise à s’imposer comme une alternative européenne. Dès son lancement, la start-up a levé 100 millions d’euros et en février 2024, elle a dévoilé son assistant conversationnel « Le Chat ». Microsoft y a investi 15 millions d’euros.

Mi-janvier, Mistral a signé un partenariat avec l’AFP pour intégrer ses dépêches à son IA. Quelques jours plus tard, lors du sommet de Davos, l’entreprise a évoqué une introduction en Bourse afin de garantir son indépendance. À ce jour, elle a levé plus d’un milliard d’euros.

Deepseek, le choc chinois

La start-up chinoise Deepseek a bouleversé le marché fin janvier avec son agent conversationnel R1, provoquant une chute des valorisations de géants américains comme Nvidia. Sa singularité réside dans son coût de développement extrêmement faible : seulement 5,6 millions de dollars, bien en deçà des standards américains.

Sam Altman (OpenAI) s’est déclaré « impressionné » mais aussi « stimulé » par cette concurrence. Toutefois, il a accusé certaines entreprises chinoises de copier les modèles d’IA américains.

Alibaba, nouvel acteur incontournable

Dernier entrant dans la course aux IA conversationnelles, le géant chinois Alibaba a lancé son modèle avancé Qwen2.5-Max, destiné aux développeurs. Selon le groupe, ce modèle surpasse les performances des outils existants, consolidant ainsi la position d’Alibaba dans l’intelligence artificielle.

Après l’opération « Harpie », « Kapalu » assène un grand coup aux orpailleurs illégaux en Guyane

Après l’opération « Harpie », « Kapalu » assène un grand coup aux orpailleurs illégaux en Guyane

Après des années de lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane, l’armée française change de tactique : après l’opération « Harpie », place à « Kapalu », une opération de destruction systématique dont les résultats ne se sont pas fait attendre. Une technique d’une efficacité redoutable, qui pourrait être reproduite ailleurs dans la région.


L’hélicoptère des forces armées françaises survole l’étendue de la forêt amazonienne guyanaise, le long de la frontière avec le Brésil. Les pilotes, habitués à repérer les sites d’orpaillage depuis les airs, montrent des camps difficiles à discerner pour les non avertis.

Un changement de couleur de l’eau, une trouée dans la canopée peut leur indiquer la présence de garimpeiros, orpailleurs illégaux d’origine brésilienne. Parfois, un point blanc dans l’immensité verte ne laisse pas de place au doute.

« Ils sont trahis par leurs antennes Starlink« , le service de connexion par satellite leur permettant d’avoir du réseau internet, explique un pilote des Forces armées guyanaises (FAG).

Depuis des années, le département français d’Amérique du Sud est le théâtre d’une lutte perpétuelle entre orpailleurs clandestins et forces de l’ordre. Avec un succès tout relatif: 400 sites illégaux étaient recensés en 2024, selon des chiffres de la préfecture.

Mais en octobre, les forces de sécurité – gendarmerie et FAG conjointement – ont lancé une nouvelle opération baptisée Kapalu dans le bassin de la rivière Camopi, qui traverse la commune du même nom, à la frontière avec le Brésil. Le but : « éradiquer l’orpaillage » dans la zone, détaille le général Jean-Christophe Sintive, commandant de la gendarmerie en Guyane.

Une méthode systématique plus efficace

Pour cela, 150 militaires et gendarmes ont été déployés pendant six semaines dans cette région isolée de 3,000 km2, accessible uniquement par les airs et le fleuve, pour détruire l’intégralité des chantiers recensés.

Le maintien de plusieurs patrouilles sur place pour limiter le retour des garimpeiros a suivi cette « phase de destruction systématique ». Et ça marche, assurent les autorités.

« En 2019, l’est guyanais concentrait 20 % de l’orpaillage illégal en Guyane. En 2025, c’est 3 %« , détaille le général Sintive, selon qui l’orpaillage est devenu « résiduel » sur le bassin de la Camopi.

Les préjudices infligés aux garimpeiros – saisies de pirogues, d’or, de carburant… – sont estimés à environ cinq millions d’euros.

La méthode tranche avec l’opération « Harpie » lancée en 2008. Depuis longtemps, des élus locaux reprochaient aux militaires d’abandonner la zone – immense – une fois les puits illégaux et le matériel des orpailleurs détruit. Sitôt les militaires partis, les orpailleurs reprenaient leurs activités.

Des limites persistent : la réponse judiciaire, pas toujours adaptée. « Il y a un décalage entre la sophistication que requièrent les enquêtes et la dureté du milieu », pointe le procureur général près la cour d’appel de Cayenne, Joël Sollier. En témoigne le bilan de l’opération Harpie : depuis son démarrage, onze militaires français sont morts en mission.

Une lutte contre un crime organisé

L’orpaillage illégal s’apparente à du « crime organisé », insiste Joël Sollier. « Il ne peut y avoir qu’une organisation qui achemine 400 000 litres de pétrole chaque année, des quads en quantité, des pirogues, de la nourriture pour plusieurs centaines voire plusieurs milliers de personnes ».

Et malgré des centaines de gardes à vue chaque année, le travail de renseignement est long et interpeller les têtes de réseaux difficile.

Pourtant, la coopération avec le Brésil est bonne. C’est l’un des paramètres qui a convaincu les autorités de lancer l’opération Kapalu sur le bassin de la Camopi.

« Il y a une forte demande de la part des autorités, des élus et des chefs coutumiers », explique le préfet de la Guyane Antoine Poussier, venu fin janvier faire un premier bilan sur place.

Lors d’une visite en mars 2024, le président Emmanuel Macron avait promis « d’aller encore plus loin dans la lutte contre l’orpaillage illégal ». Neuf mois plus tard, « l’engagement est tenu, on poursuit la lutte », assure le préfet.

Mais de l’autre côté de la Guyane, à sa frontière avec le Suriname, les garimpeiros prospèrent encore, aidés par la présence d’innombrables comptoirs commerciaux susceptibles d’approvisionner les orpailleurs en vivres et matériel le long du fleuve Maroni. Les autorités assurent pourtant vouloir dupliquer là-bas aussi les méthodes de Kapalu.

Le ministère allemand de la Défense a notifié les premiers contrats pour le futur char Leopard 3

Le ministère allemand de la Défense a notifié les premiers contrats pour le futur char Leopard 3


Comme l’a répété la Direction générale de l’armement [DGA] à l’occasion de la commande des 100 derniers chars Leclerc devant être portés au standard XLR, le ministère des Armées n’envisage pas, pour le moment, de financer une solution « intérimaire » permettant d’attendre 2045 et la mise en service du Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System], dont le développement fait l’objet d’une coopération entre la France et l’Allemagne.

Pour rappel, comme le prévoit un protocole d’accord signé en avril dernier par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue allemand Boris Pistorius, ce projet doit être réorganisé selon huit piliers capacitaires afin de garantir un partage des tâches à 50-50 entre les industriels des deux pays. Cependant, certains choix technologiques ne seront confirmés qu’à l’issue d’évaluations technico-opérationnelles. Ce sera ainsi le cas pour l’armement principal du futur char de combat de ce « système de systèmes ».

Sur ce point, deux solutions sont en lice. Ainsi, KNDS France défend son système ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], qui a la particularité de pouvoir tirer des obus de 120 ou de 140 mm, tandis que Rheinmetall entend imposer son canon de 130 mm, par ailleurs censé équiper le char KF-51 Panther. « Censé » car les deux pays qui l’ont choisi, à savoir la Hongrie et l’Italie ont préféré s’en tenir au traditionnel canon de 120 mm pour le moment.

Quoi qu’il en soit, lors de l’examen du projet de loi de finances 2025, l’automne dernier, plusieurs rapports parlementaires ont insisté sur la nécessité de soutenir l’ASCALON en s’appuyant sur char E-MBT du groupe KNDS ou sur une évolution du Leclerc. Ce qui est donc exclu pour le moment, même si le Délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a admis que « la question de la prolongation du char Leclerc jusqu’en 2040 [était] aujourd’hui identifiée ».

Outre-Rhin, on estime, au contraire, qu’une « solution de pont » permettant d’attendre le MGCS est nécessaire. Et celle-ci ne reposera pas sur le Leopard 2A8, c’est-à-dire la dernière version du char Leopard 2.

Chef des opérations de l’équipe du projet MGCS au sein de l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr, des technologies de l’information et de l’appui en cours d’emploi [BAAINBw], le colonel Armin Dirks n’avait laissé aucun doute à ce sujet lors de la dernière conférence annuelle « International Armoured Vehicle », organisée au Royaume-Uni, en janvier.

Alors qu’il est question d’un Leopard 2AX [ou Leopard 3, tant les évolutions attendues seront importantes] depuis plusieurs mois, le BAAINBw vient de notifier plusieurs contrats pour développer cette « solution de pont ». C’est en effet ce que vient de révéler la presse spécialisée allemande, sur la foi d’avis d’attribution de marché publiés le 5 février via la plateforme européenne « EU Tenders » [ou TED].

Ainsi, ce Leopard 3 devrait être armée d’un canon de 130 mm étant donné que Rheinmetall s’est vu notifier des contrats pour mener des études techniques en vue de développer au moins trois modèles d’obus de ce calibre.

« Cela suggère qu’une décision préliminaire a été prise en faveur du canon de 130 mm de Rheinmetall, au moins pour la solution du pont et peut-être même pour le MGCS » a résumé Europaïsche Sicherheit & Technik [ESUT].

En outre, le BAAINBw a retenu Hensoldt et KNDS Deutschland pour mener des études sur un nouveau système de conduite de tir.

La première vise à mettre au point un « système de réglage automatique sur le terrain » pouvant être adapté « à toutes les variantes du Leopard 2 » avec un canon de 120 mm et quelle que soit la variante de l’ordinateur de contrôle de tir. Quant à la seconde, confiée à KNDS Deutschland, elle doit permettre de « corriger automatiquement les influences thermiques sur le canon, lesquelles sont susceptibles de réduire sa précision ».

Enfin, KNDS Deutschland a également été chargé de développer un nouveau groupe motopropulseur, appelé OLYMP. D’après des sources sollicités par Hartpunkt, le moteur serait produit par Liebherr, qui « motorise » déjà les véhicules de combat d’infanterie Marder 1 et Lynx KF41.

« Dans le cadre de l’étude visant à augmenter l’agilité de la chaîne cinématique, un moteur alternatif [moteur à combustion] doit être développé. Il convient d’utiliser autant de composants du système existant [pièces identiques] que possible », a précisé le BAAINBw dans son avis de marché.

Les résultats de ces études devront être communiqués en novembre 2026, au plus tard. Ce qui est conforme au calendrier qui avait été évoqué par ESUT en janvier dernier, l’objectif étant de mettre en service ce Leopard 3 au début des années 2030.

Carte – Le canal de Panama

Carte – Le canal de Panama

Mandatory Credit: Photo by Daren Fentiman/ZUMA Press Wire/Shutterstock (15121068ae)

par Revue Conflits avec AFP – publié le 7 février 2025

https://www.revueconflits.com/le-canal-de-panama/


Le canal de Panama, reliant l’océan Pacifique à la mer des Caraïbes sur environ 80 kilomètres, est une infrastructure clé du commerce maritime international. Grâce à son système d’écluses, il permet le passage de navires de grande capacité, évitant ainsi un détour de plusieurs milliers de kilomètres par le cap Horn.

Ouvert en 1914 et modernisé à plusieurs reprises, le canal de Panama est aujourd’hui un passage maritime incontournable. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD), il représente environ 3 % du commerce maritime mondial. Il est particulièrement stratégique pour le transport des hydrocarbures, des conteneurs et des céréales entre les États-Unis, l’Asie et l’Europe. D’après l’Autorité du Canal de Panama, près de 14 000 navires empruntent cette voie chaque année, représentant plus de 300 millions de tonnes de marchandises.

Élargissement de 2016 et nouveaux défis

Face à la croissance du commerce maritime et à l’augmentation de la taille des navires, un programme d’expansion a été initié et achevé en 2016. Cette modernisation a inclus la création d’une nouvelle voie de navigation, permettant le passage des porte-conteneurs Neo-Panamax, capables de transporter jusqu’à 14 000 EVP (équivalents vingt pieds), contre 5 000 EVP pour les navires Panamax traditionnels. L’Autorité du Canal de Panama indique que cette expansion a permis d’augmenter de 50 % la capacité de transit.

Cependant la raréfaction de l’eau douce, essentielle au fonctionnement des écluses, est un véritable défi pour le canal. En effet, le changement climatique et les sécheresses récurrentes affectant les bassins du lac Gatún et du lac Alajuela compliquent l’approvisionnement en eau du canal. En 2023, ces conditions ont contraint l’Autorité du Canal de Panama à réduire le nombre de transits quotidiens de 36 à 24, impactant ainsi le trafic maritime mondial.

Trump et l’influence chinoise

Sous la première présidence de Donald Trump, la relation entre Washington et Panama avait déjà évolué, notamment en raison des tensions commerciales avec la Chine, l’un des principaux utilisateurs du canal. Les États-Unis ont ainsi exprimé leurs inquiétudes quant à l’implication croissante des entreprises chinoises dans l’économie panaméenne, y compris dans des projets portuaires liés au canal. Le renforcement des relations entre Panama et Pékin après l’établissement de relations diplomatiques en 2017 a conduit à des pressions diplomatiques américaines pour limiter l’influence chinoise sur le canal.

Tout juste investi pour son 2e mandat, Donald Trump a une nouvelle fois annoncé son intention de réévaluer les relations commerciales avec Panama, critiquant une influence chinoise jugée grandissante sur le canal et une surtaxation des navires américains qui empruntent le canal. Il a menacé de réduire les accords commerciaux avec Panama et de renforcer la présence américaine dans la région – voire prendre le contrôle du canal – pour sécuriser les routes commerciales vitales des États-Unis. Cette annonce a suscité une réaction immédiate du gouvernement panaméen, qui a réaffirmé son engagement envers la neutralité du canal et son autonomie totale dans la gestion de cette infrastructure stratégique.

Espace : C’est quoi ce satellite espion que l’armée française va bientôt lancer pour surveiller la Terre ?

Espace : C’est quoi ce satellite espion que l’armée française va bientôt lancer pour surveiller la Terre ?

Troisième satellite du programme de reconnaissance et identification Musis, CSO-3 doit être lancé le 26 février par Ariane 6 depuis Kourou pour renforcer ce programme de surveillance militaire de la Terre

 


L’essentiel

  • CSO-3 est le troisième satellite du programme Musis, constellation dédiée à l’observation de la Terre à des fins de défense et sécurité pour les forces armées françaises.

  • Il aurait dû rejoindre en 2022 les deux autres satellites, en orbite depuis 2018 et 2020, mais les déboires techniques d’Ariane 6 ont retardé son lancement de trois ans.

  • Il sera placé à une orbite de 800 km, comme CSO-1, pour des missions de reconnaissance de très haute résolution, tandis que CSO-2, à une orbite de 480 km, effectue des missions d’identification, avec des images encore plus précises.

Il va enfin pouvoir rejoindre CSO 1 et 2. Le satellite CSO (pour Composante spatiale optique) 3 sera lancé le 26 février par Ariane 6 depuis Kourou, en Guyane, a annoncé il y a quelques jours Arianespace.

CSO-3 est le troisième satellite du programme Musis (Multinational Space-based Imaging System), piloté par la Direction générale de l’armement (DGA) et le Cnes (Centre national d’études spatiales), au profit du Commandement de l’espace de l’Armée de l’air et de l’espace. Il s’agit d’une constellation dédiée à l’observation de la Terre à des fins de défense et sécurité.

« Compléter la constellation »

D’une masse de 3,5 tonnes chacun, ces satellites ont été réalisés par Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space pour les instruments optiques, pour un coût de 920 millions d’euros (1,75 milliard d’euros pour l’ensemble du programme).

Arrivée du satellite CSO-3 au au port spatial européen de Kourou, en Guyane, le 15 janvier dernier.
Arrivée du satellite CSO-3 au au port spatial européen de Kourou, en Guyane, le 15 janvier dernier. - Arianeespace

« Le satellite CSO-3 aurait dû être lancé en 2022, du coup nous attendons avec impatience de pouvoir le lancer pour compléter la constellation, qui est prévue avec trois satellites, sachant que les deux premiers sont déjà en orbite depuis 2018 et 2020 » explique à 20 Minutes l’ingénieur en chef de l’armement Yann, directeur de programme Musis/CSO à la DGA. Les déboires d’Ariane 6 ont en effet retardé de trois ans le lancement de ce troisième satellite.

« Appareils photos géants »

Mais, à quoi servent exactement ces satellites dits « espion » ? « Ce sont des appareils photos géants, permettant de prendre des images de n’importe quel point du globe, à n’importe quel moment, de jour comme de nuit grâce à l’infrarouge », poursuit l’ingénieur en chef de l’armement Yann.

« Les deux satellites déjà en orbite exercent des missions complémentaires de reconnaissance et identification », complète le lieutenant-colonel René, chef du bureau capacitaire satellites d’observation au Commandement de l’espace, en charge du programme Musis/CSO. CSO-1 est ainsi positionné à une altitude de 800 km pour effectuer des missions de reconnaissance (Très haute résolution, THR), ce qui permet des revisites, c’est-à-dire un passage plus rapide, plus fréquent, en tous points de la Terre. CSO-2 est, lui, positionné à une altitude de 480 km, et effectue des missions d’identification avec une extrême haute résolution (EHR) permettant d’avoir des images encore plus précises. CSO-3 sera positionné comme CSO-1, à 800 km, pour renforcer le taux de revisite.

800 clichés par jour

« Les satellites qui sont plus hauts peuvent voir plus de choses en un passage, mais ils sont moins précis en matière de résolution, ajoute l’ingénieur en chef de l’armement Yann. Pour améliorer la résolution, il faut descendre au plus bas que l’on peut, sans frotter sur l’atmosphère, et améliorer la technologie, qui progresse à chaque génération. »

Capables de réaliser quelque 800 clichés par jour à une vitesse de 25.000 kilomètres/heure, les satellites CSO seraient ainsi sans équivalent en Europe. CSO-2, celui positionné sur l’orbite la plus basse, étant même « l’appareil photo le plus puissant jamais construit en Europe » déclarait à son lancement le PDG de Thales Alenia Space. La résolution (taille du plus petit élément observable) est de l’ordre d’une trentaine de centimètres pour les satellites THR, tandis qu’elle est « classifiée » pour le satellite EHR, mais serait d’une vingtaine de centimètres, avancent certains spécialistes.

Des satellites « opérés par des militaires, pour des opérations militaires »

Les satellites du programme Musis sont dédiés à des missions très spécifiques. « Le système CSO contribue avec d’autres moyens à apporter du renseignement, c’est-à-dire la fonction stratégique de connaissance et anticipation : avoir une meilleure connaissance des crises à travers le monde pour pouvoir agir plus rapidement, assure le lieutenant-colonel René. Dans le détail, cela permet d’apporter du renseignement, en appui aux opérations militaires, et être dans un bon tempo pour les mener sur le théâtre de guerre. Ensuite, cela fournit des données sur la géographie, pour élaborer les cartes nécessaires à l’évolution de nos forces terrestres, notamment quand elles sont déployées sur des théâtres inconnus. » Les satellites peuvent aussi être amenés à vérifier le respect de traités de désarmement ou de non-prolifération

A ceux qui s’interrogent sur les questions liées au respect de la vie privée des citoyens, le lieutenant-colonel René soutient que « ces satellites sont opérés par des militaires, pour des opérations militaires, et absolument rien d’autre ». Ce qui ne les empêche pas d’être amenés à surveiller des cibles civiles si cela s’avère nécessaire.

« L’Espace, un champ de bataille qui prend de plus en plus d’ampleur »

Ces satellites qui opèrent pour des missions de renseignement et de surveillance le font en complément de ce que les avions ou les drones peuvent apporter. « L’engin spatial évolue à des altitudes qui lui permettent d’être en relative protection, même si ce qui était vrai hier ne l’est plus forcément au regard de l’évolution des menaces » explique le lieutenant-colonel René.

« De nombreuses menaces contre les satellites se sont effectivement avérées, particulièrement récemment avec le conflit en Ukraine, ajoute l’ingénieur en chef de l’armement Yann. Les trois domaines de conflictualité, qui étaient auparavant terre, air, mer, sont dorénavant complétés par le cyber et l’Espace, l’Espace étant un champ de bataille qui prend de plus en plus d’ampleur. »

Lancement sous haute surveillance

Musis est le troisième programme militaire d’observation de la Terre. « Les deux premiers étaient Helios I et II, lancés en 1995-1999 puis en 2004-2009, rappelle l’ingénieur en chef de l’armement Yann. Musis est ainsi la troisième génération de satellites. » Une quatrième génération est en préparation pour remplacer les CSO à l’horizon 2030 [dans le cadre d’un programme appelé Iris], sachant que la durée de vie prévue pour les satellites CSO est de dix ans.

Le lancement de CSO-3 le 26 février est d’autant plus important qu’il sera effectué par un lanceur européen, Ariane 6, dont ce sera le premier vol commercial après son vol inaugural le 9 juillet dernier. En 2018 et 2020, les CSO 1 et 2 avaient été envoyés dans l’espace via… le lanceur russe Soyouz, ce qui peut interroger quant à d’éventuels risques d’espionnage, même si les lancements avaient été effectués depuis le pas de tir de Kourou, en Guyane. La coopération spatiale avec la Russie a depuis été suspendue en raison de la guerre en Ukraine.

Aujourd’hui, « nous sommes très contents de profiter d’Ariane 6 pour envoyer CSO-3 en orbite, et du retour de l’Europe dans la souveraineté de l’accès à l’Espace » se contentent de commenter les deux militaires interrogés. S’agissant d’un satellite militaire, ce lancement est considéré comme particulièrement sensible et se fera sous haute surveillance de l’Armée de l’air, qui devrait déployer sur place des avions de chasse Rafale pour sécuriser le pas de tir de Kourou.

Décollage réussi pour le missile Akeron LP

Décollage réussi pour le missile Akeron LP

– Forces opérations Blog – publié le

Décollage réussi pour le missile Akeron LP de MBDA, dont un prototype a été tiré pour la première fois dans le cadre du programme « missile air-sol tactique futur » (MAST-F) piloté au nom de la France par l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAr).

Annoncé hier, ce tir a été réalisé depuis le sol sur un site de DGA Essais de missiles. Il aura permis de valider le comportement de l’Akeron LP (ou « missile haut de trame » pour les armées françaises) selon une trajectoire type ainsi que le tube en vue d’une future séparation depuis une plateforme. Un prélude, a première vue, au premier tir depuis un hélicoptère d’attaque Tigre. 

Cet aura également participé à consolider l’aérodynamique et le guidage du missile, explique l’OCCAr. Il aura par ailleurs confirmé la poussée du propulseur conçu pour fournir l’accélération initiale ainsi que celle du système de propulsion principal, qui assure au missile sa portée de 8 km. La sécurité relevant des mécanismes d’ouverture des ailettes et dérives a elle aussi été validée. 

Retenu en 2020 pour armer le Tigre rénové, le missile Akeron LP devrait en théorie être qualifié l’an prochain pour ensuite basculer sur des livraisons à compter de 2028. Son horizon a été élargi en juillet 2022 à un emploi depuis le drone MALE européen développé en coopération avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. 

« Ce tir réussi est un beau succès pour le programme MAST-F piloté par l’OCCAr pour la France. Grâce à la grande coopération et à l’implication étroite de tous les acteurs clés (MBDA et ses sous-traitants, la DGA et l’OCCAr), ce succès constitue une avancée importante pour le développement de ce nouveau système d’arme », s’est félicitée l’organisation. 

Reste que la position française demeure ambiguë en ce qui concerne son intégration effective dans l’arsenal des armées. La poursuite du programme Tigre Mk III avec l’Espagne mais sans l’Allemagne s’est soldée par une réduction des ambitions d’améliorations capacitaires au détriment, essentiellement, des missiles. 

« Le programme MAST-F a ainsi été réorienté, en cohérence avec cette hypothèse, vers l’acquisition de missiles sur étagère », indiquait le ministère des Armées à l’automne dernier. L’échéancier sera donc mis à jour selon cette hypothèse. La perspective d’un abandon n’aura pas échappé aux parlementaires, ceux-ci pointant une baisse drastique des crédits alloués à ce programme en 2025. 

Crédits image : DGA

« La seule armée taillée pour la haute intensité » : comment la Pologne devient la première armée d’Europe

« La seule armée taillée pour la haute intensité » : comment la Pologne devient la première armée d’Europe

Avec près de 5 % de son PIB consacré à la défense et des milliers de commandes de chars, lance-roquettes et avions de combat, Varsovie devient le géant militaire de l’Europe sur le segment terrestre. Mais cette montée en puissance va se heurter à quelques écueils.

La Pologne, première armée d’Europe ? Il y a dix ans, le simple énoncé aurait fait sourire le microcosme de la défense. En ce début d’année, plus personne ne rit. Depuis 2014, le budget de défense polonais a triplé, à 44,2 milliards d’euros en 2025, selon les chiffres du gouvernement. Il dépasse désormais celui de l’Italie et n’est plus devancé, au sein de l’UE, que par l’Allemagne et la France. Et la part du PIB consacrée aux armées est passée de 1,88 % en 2014 à 4,7 % en 2025, le chiffre le plus élevé de tous les pays de l’Otan, Etats-Unis compris. Quant aux effectifs militaires, ils ont plus que doublé en dix ans : avec plus de 216 000 soldats, l’armée polonaise devance désormais son homologue française (204 000).

La Pologne ne fait pas mystère de ses ambitions. « Aujourd’hui, nous construisons l’armée la plus moderne d’Europe, expliquait le premier ministre Donald Tusk en septembre lors d’un déplacement à Gdansk, dans le nord du pays. La Pologne réalise un effort extraordinaire pour développer ses capacités de défense. Le monde entier commence à s’en apercevoir. » Varsovie veut désormais atteindre un effectif de 300 000 militaires à l’horizon 2035, dont 250 000 soldats d’active et 50 000 soldats rattachés aux forces de défense territoriale (opérations défensives, contre-insurrection, gestion de crise…).

Cette montée en puissance, inédite en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, est en train de bousculer les équilibres traditionnels. « La Pologne sera la première armée terrestre et aéroterrestre à la fin de la décennie, avec une puissance de feu unique en Europe », résume Léo Péria-Peigné, auteur, avec Amélie Zima, d’un rapport du think tank Ifri publié le 5 février, intitulé « Pologne, première armée d’Europe en 2035 ? ».

40 fois plus de lance-roquettes que la France

Pour mener à bien cet objectif, Varsovie a multiplié les contrats d’armement ces dernières années. Le pays a commandé un millier de chars sud-coréens K2 (dont 380 fermes), 366 chars américains Abrams, mais aussi 672 obusiers coréens K9 Thunder et environ un millier de lance-roquettes multiples (Himars américain, K239 Chunmoo sud-coréen). « L’objectif est de construire une dissuasion conventionnelle crédible pour pallier l’absence de dissuasion nucléaire indépendante face une Russie plus agressive que jamais », résument Léo Péria-Peigné et Amélie Zima dans leur note.

Mobilité militaire: les déplacements de troupes et d’armements entre pays de l’UE restent problématiques

Mobilité militaire: les déplacements de troupes et d’armements entre pays de l’UE restent problématiques

Un convoi militaire français en Estonie (photo P. CHAPLEAU)

La Cour des comptes européenne a consacré un rapport spécial à la mobilité militaire de l’UE qui, selon elle, n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Les forces armées des États membres de l’UE ne sont pas encore en mesure de se déplacer rapidement sur son territoire. Le dernier plan d’action de l’UE sur la mobilité militaire a connu un succès mitigé en raison de défauts de conception et d’obstacles à sa mise en œuvre. L’objectif visant à assurer un déplacement rapide et sans entrave des personnels, matériels et fournitures militaires, à brève échéance et à grande échelle, tant au sein qu’en dehors de l’UE, n’a pas encore été atteint.

Ce rapport spécial 04/2025 sur « la mobilité militaire de l’Union – Les défauts de conception et les obstacles rencontrés ralentissent la progression » est disponible sur le site internet de la Cour.

En voici un résumé:
Avec le retour d’une guerre de haute intensité sur le continent européen, les objectifs chiffrés en matière de défense ont changé et l’UE cherche à se prémunir de façon efficiente contre toute agression future. Sa politique en matière de mobilité militaire a évolué depuis son premier plan d’action de 2018. Dans son budget pour 2021‑2027, elle a pour la première fois consacré spécifiquement un montant à des projets d’infrastructures de transport à double usage (militaire et civil). Mais ce qui a vraiment changé la donne, c’est la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine: elle a rendu impérieux le besoin stratégique de mobilité militaire des Vingt-Sept. Dans l’urgence, l’UE a ainsi publié son second plan d’action en novembre 2022.

«La mobilité militaire est fondamentale pour doter l’UE d’une capacité de défense crédible. Il est grand temps d’en accélérer le rythme. Mais des obstacles l’empêchent de passer à la vitesse supérieure», a déclaré Marek Opioła, le Membre de la Cour responsable du rapport.

L’organisation des déplacements militaires risque en effet d’accuser d’importants retards pour plusieurs raisons, dont les formalités administratives. À titre d’exemple, les chars de tel État membre ne peuvent pas se déplacer dans tel autre si leur poids dépasse la limite autorisée dans les règles de circulation routière. Dans des circonstances normales, un pays de l’UE exige actuellement une notification 45 jours à l’avance pour autoriser les mouvements transfrontières.

Les auditeurs ont constaté qu’avant d’établir le plan 2.0, la Commission européenne n’a pas évalué de façon approfondie les besoins et n’a donc pas pu effectuer une estimation fiable du financement nécessaire pour atteindre ses objectifs. Le budget total consacré à la mobilité militaire par l’UE est relativement modeste, avec 1,7 milliard d’euros pour la période 2021‑2027, mais les États membres l’ont salué comme un pas dans la bonne direction. En mettant rapidement ces fonds à disposition, l’UE a envoyé un signal politique fort. Avec une demande largement supérieure à l’offre, cette enveloppe était toutefois déjà entièrement utilisée à la fin de 2023. Plus de quatre longues années vont ainsi s’écouler avant que des fonds européens soient à nouveau disponibles pour la mobilité militaire, ce qui compromet la stabilité et la prévisibilité du financement.

Alors que les fonds doivent être bien ciblés pour avoir une incidence, la sélection des projets d’infrastructure à double usage à financer n’a pas suffisamment tenu compte des facteurs géopolitiques et militaires. De plus, les projets ont été sélectionnés de façon fragmentaire, pas toujours aux endroits les plus stratégiques et sans prendre en considération le contexte élargi. L’essentiel des projets financés étaient situés dans l’est de l’UE, mais les Vingt-Sept n’en ont presque pas soutenu sur la route du sud vers l’Ukraine. En outre, la sélection des projets à financer par l’Union a eu lieu avant l’établissement des priorités les plus urgentes.

En raison de la complexité et de la fragmentation des dispositifs de gouvernance relatifs à la mobilité militaire dans l’UE, ainsi que de l’absence de point de contact unique, il est difficile de savoir qui fait quoi. Pour aider l’Europe à avancer, les auditeurs suggèrent d’améliorer la gouvernance et le ciblage de son action, ainsi que de rendre ses financements plus prévisibles. L’UE pourrait aussi exploiter le potentiel des fonds qu’elle consacre actuellement au transport civil pour éliminer les goulets d’étranglement en matière de mobilité militaire.

Vers une arme nucléaire sud-coréenne ? Considérations politiques et stratégiques

Vers une arme nucléaire sud-coréenne ? Considérations politiques et stratégiques

Note

par Emmanuelle Maitre – Fondation pour la recherche stratégique – publié le 29 janvier 2025

Le 11 janvier 2023, le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a provoqué de vives réactions en indiquant que la Corée du Sud pourrait envisager de se doter de l’arme nucléaire « si les menaces nord-coréennes [devenaient] plus sérieuses »

Cette réflexion est principalement alimentée par les progrès des capacités nord-coréennes et l’évolution de l’asymétrie perçue entre le Nord et le Sud. Sous l’administration Biden, les États-Unis n’ont pas ménagé leurs efforts pour rassurer leur allié sud-coréen et afficher la robustesse de l’alliance américano-sud-coréenne, et en particulier de la dissuasion élargie américaine dans la région. Cependant, l’élection de Donald Trump le 5 novembre 2024 soulève de nouvelles questions sur la fiabilité du soutien américain.

Si le débat sur l’opportunité pour la Corée du Sud de développer sa propre dissuasion nucléaire n’est pas nouveau, il est probablement appelé à connaître de nouveaux développements en 2025.

État du débat à Séoul

Certains observateurs estiment qu’on ne peut parler de débat nucléaire à Séoul, mais plutôt de « cacophonie »

En effet, on observe davantage des déclarations souvent politisées à fins électoralistes, et peu de réflexions construites sur les tenants et aboutissants des différentes options. En particulier, les avantages stratégiques mais également les coûts liés au développement d’un programme nucléaire ne sont pas mis en avant dans cette discussion

L’objectif des appels au développement de capacités nucléaires autonomes semble être avant tout de répondre à une demande de l’opinion publique, qui apparaît de manière constante favorable à ce projet. En effet, l’analyse de différentes études et sondages d’opinion montre depuis plusieurs années un soutien marqué au développement d’un programme nucléaire. Ainsi, depuis 2016, dans une enquête d’opinion conduite à fréquence régulière, entre 60 % et 70 % des sondés se positionnent en faveur de cette option

Ce soutien est particulièrement fort chez les électeurs du parti conservateur PPP. De manière notable, cette adhésion populaire ne reflète pas simplement un manque de confiance dans l’allié américain et la stratégie de dissuasion élargie américaine. Au contraire, les personnes se situant en faveur de l’option nucléaire sont plus susceptibles, selon les sondages, d’être confiantes dans la solidité de cette alliance. Au-delà d’une crainte d’un moindre engagement américain, ce positionnement reflète donc principalement un calcul stratégique des sondés, qui jugent en majorité que seule la possession d’armes nucléaires par Séoul pourrait rétablir un équilibre stratégique sur la péninsule et dissuader une agression nord-coréenne

Il est également à souligner que le soutien à la nucléarisation du pays s’effrite peu lorsque les sondés sont informés des coûts probables d’un programme nucléaire, par exemple en termes de sanctions et d’isolement international

Dans ce contexte, des discussions régulières sont observées non seulement sur la péninsule, mais aussi à l’extérieur, avec une interrogation de plus en plus sérieuse quant à la possibilité pour les dirigeants sud-coréens de résister à cette pression populaire en faveur d’un programme national. Cette préoccupation est d’autant plus forte que la Corée du Nord est perçue comme une menace dont l’acuité s’accroît, et que l’élection de D. Trump ajoute de l’incertitude sur la possible trajectoire de la politique américaine dans la région.

Rapports de force sur la péninsule

Le développement des capacités militaires, en particulier nucléaires, de la Corée du Nord est un facteur important de tension à Séoul et d’interrogations sur la meilleure stratégie à mettre en œuvre pour dissuader Pyongyang de s’en prendre aux intérêts du pays.

Parmi les développements préoccupants figurent les efforts produits par la Corée du Nord pour développer une capacité de seconde frappe crédible, capable de toucher non seulement Guam et Hawaii mais également l’Alaska et le territoire continental américain. À travers le développement de plusieurs programmes de missiles balistiques intercontinentaux à vocation nucléaire, Pyongyang a considérablement crédibilisé sa posture de dissuasion

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Par ailleurs, le développement en Corée du Nord d’un arsenal fourni d’armes de courte portée, missiles balistiques et quasi-balistiques, en particulier, accentue la vulnérabilité de certaines infrastructures critiques sud-coréennes et suscite de nouveaux scénarios d’escalade reposant sur l’emploi d’armes conventionnelles, chimiques ou nucléaires

Les responsables sud-coréens ont cherché à prendre en compte ces évolutions en adaptant leur stratégie de dissuasion et de défense. En 2013, le ministère a mentionné pour la première fois la notion de « kill chain », qui vise à conduire des frappes préventives sur les sites nucléaires et de missiles nord-coréens en amont d’une frappe

Cette stratégie a été rebaptisée « Strategic Target Strike » en 2019. En parallèle, en septembre 2016, l’administration de Park Geun-hye a détaillé une nouvelle stratégie intitulée « Korea Massive Punishment and Retaliation » (KMPR). Ce plan prévoit des représailles massives en cas d’attaque nord-coréenne, et notamment des frappes de précision contre les dirigeants du pays et des cibles militaires d’importance. Il est à l’origine du développement d’un arsenal balistique particulièrement développé côté sud-coréen, avec la gamme des Hyunmoo, qui inclut des systèmes quasi-balistiques, des missiles mer-sol ou encore des systèmes extrêmement lourds visant à frapper des cibles enfouies, comme le Hyunmoo-5, présenté à l’été 2024

Enfin, Séoul investit massivement dans des capacités de défense antimissile, avec l’acquisition de systèmes américains sur étagère mais également le développement de technologies nationales. La combinaison de ces trois dimensions (frappe préemptive, dissuasion par représailles et dissuasion par interdiction) forme la stratégie des « trois axes »

Malgré ces réflexions doctrinales et ses efforts capacitaires offensifs et défensifs, Séoul considère que ces éléments de dissuasion conventionnelle ne peuvent être suffisants face à un adversaire nucléarisé. Elle insiste donc fortement sur la nécessité de la dissuasion élargie américaine et réclame à Washington des assurances sur le fait que toute agression nucléaire nord-coréenne aurait pour réponse une riposte nucléaire

Comme évoqué précédemment, les garanties américaines ne parviennent cependant pas à rassurer une majorité de Coréens, qui préfèreraient disposer d’une force nucléaire indépendante. Le retour à la Maison Blanche de l’administration Trump pourrait renforcer ces questionnements.

La dissuasion élargie américaine et l’administration Trump II

Le débat nucléaire en Corée du Sud a été perçu avec inquiétude par l’administration Biden, qui a investi de nombreuses ressources diplomatiques pour convaincre le gouvernement sud-coréen de la solidité de ses engagements. Ces initiatives ont notamment débouché sur la déclaration de Washington, publiée le 26 avril 2023

Dans ce document, Joe Biden et Yoon Suk-yeol ont rappelé que « toute attaque nucléaire par la Corée du Nord contre la Corée du Sud sera contrée par une réponse rapide, puissante et décisive [swift, overwhelming and decisive response] ». Le texte pointe la création d’un nouveau forum de concertation sur les questions nucléaires, le Nuclear Consultative Group (NCG), qui a pour vocation de « renforcer la dissuasion élargie, discuter de planification nucléaire et stratégique, et gérer la menace au régime de non-prolifération posée par la Corée du Nord ». Est également prévue une meilleure intégration des forces conventionnelles sud-coréennes aux exercices nucléaires américains et la réalisation de simulations conjointes de gestion de crises nucléaires sur la péninsule. Washington indique que ses capacités stratégiques, bombardiers mais également sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, seront plus fréquemment déployées en Corée du Sud, ce qui n’était pas le cas précédemment

Yoon Suk-yeol lui-même a décrit ces engagements comme « une extension sans précédent et un renforcement de la stratégie de dissuasion intégrée », et a noté que cette déclaration devrait « soulager les inquiétudes des Sud-Coréens liées aux armes nucléaires nord-coréennes »

Kim Gi-hyeon, le président du Parti conservateur au pouvoir, le PPP, a pour sa part jugé que l’accord était « très important » et constituait un « succès diplomatique notable »

Kim Tae-hyo, directeur adjoint au National Security Office, a déclaré que les « citoyens sud-coréens pourront de facto considérer être en situation de partage nucléaire avec les États-Unis »

Cette démarche venait répondre à des doutes et interrogations vis-à-vis de l’alliance américano-sud-coréenne nées lors de la première administration Trump. D’une part, le président républicain avait prononcé un certain nombre de commentaires et de remarques regrettant les coûts pour les États-Unis de la défense sud-coréenne

Tout comme avec l’Europe, Trump avait appelé les Sud-Coréens à contribuer davantage à leur propre défense

Cette logique transactionnelle a pu atténuer la confiance de Séoul vis-à-vis de son partenaire. De plus, les initiatives diplomatiques de Trump envers Kim Jong-un, matérialisées par la rencontre de Singapour le 12 juin 2018, ont également été perçues avec circonspection à Séoul. En particulier, cette rencontre avait eu pour conséquence l’annulation par Washington de certains exercices conjoints, une décision regrettée en Corée du Sud.

L’entrée en fonction de Donald Trump en janvier 2025 pourrait à nouveau compromettre la confiance du gouvernement sud-coréen dans la solidité des garanties américaines. A peine élu pour un second mandat, le président républicain a rapidement critiqué l’accord entre les deux pays sur le stationnement de troupes américaines en Corée renégocié en octobre 2024, jugeant que s’il avait été à la Maison Blanche, il aurait demandé bien plus à Séoul, à laquelle il a reproché de considérer les États-Unis comme un « distributeur de billets »

Le caractère imprévisible de D. Trump et l’absence de stratégie assumée et annoncée pendant la campagne empêche d’anticiper la politique qui sera menée vis-à-vis de Pyongyang. Néanmoins, il est possible que Trump cherche à reprendre ses efforts de négociations avec Kim Jong-un. De tels développements seraient observés avec beaucoup d’intérêt à Séoul, en particulier si les États-Unis acceptaient des concessions sur leur présence sur la péninsule, en termes de troupes ou d’armements. Enfin, les menaces du président républicain de réduire la présence américaine de manière unilatérale pour forcer ses alliés à davantage financer leur défense sont également une cause de préoccupation en Corée du Sud. 

Cependant, à l’inverse, si certains conseillers républicains devaient avoir des marges de manœuvre dans la définition de la politique coréenne, cela pourrait favoriser un certain renforcement de la dissuasion élargie, compatible avec certaines préférences exprimées à Séoul. En effet, plusieurs experts ayant servi dans la première administration Trump ont soutenu l’accroissement des capacités nucléaires en Asie, en particulier la remise en service de missiles de croisière nucléaires embarqués (SLCM-N) ou le déploiement d’un plus grand nombre de systèmes de défense antimissile dans la région

Ces propositions découlent notamment de la perception de la Chine comme menace justifiant le renforcement de la posture de dissuasion en Indopacifique. Enfin, certains ont noté que Trump pourrait adopter une attitude tolérante vis-à-vis de Séoul si le pays venait à se lancer dans un programme nucléaire, suivant ainsi l’analyse selon laquelle cela lui permettrait de se défendre plus efficacement à moindre coût pour Washington

Les obstacles au développement d’un programme national

La période qui s’ouvre se caractérise donc par une grande incertitude, et il est certain que les appels au développement d’un programme nucléaire national sud-coréen risquent de redoubler d’intensité. Ces pressions sont préoccupantes, en particulier pour la robustesse du régime de non-prolifération. Pour autant, une éventuelle nucléarisation de la Corée du Sud fait face à un certain nombre d’obstacles.

Premièrement, un retrait du TNP et le développement d’un programme nucléaire militaire porteraient un risque énorme de fracturation de l’alliance avec les États-Unis et donc un coût immédiat majeur en termes de sécurité. Certains experts sud-coréens sont certains que les États-Unis, notamment des membres du cercle rapproché de D. Trump, pourraient in fine faire preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis de Séoul et ne soumettraient pas le pays à un régime de sanctions sévères. Il est néanmoins très probable que Washington s’opposerait à ce changement de statut, y compris en application automatique de ses lois nationales comme le Nuclear Non-Proliferation Act de 1978, qui interdit toute coopération avec des États proliférants, et le Nuclear Proliferation Prevention Act de 1994, qui requiert l’adoption de sanctions à l’égard des entités proliférantes. Outre le risque d’un retrait des troupes américaines stationnées en Corée du Sud, Séoul serait donc très probablement également confrontée à des conséquences économiques et technologiques

Même dans le cas le plus favorable où les États-Unis accepteraient plus ou moins tacitement la situation, de nombreux pays imposeraient des sanctions à la Corée du Sud, qui, du fait de sa forte intégration au sein de l’économie mondiale, subirait des retombées économiques majeures. En raison des coopérations approfondies avec plusieurs pays, dont les États-Unis, sur le secteur du nucléaire, une telle décision aurait également des effets technologiques puisque la filière serait lourdement impactée, en particulier en ce qui concerne l’approvisionnement en combustible nucléaire

Les élites coréennes sont vraisemblablement conscientes des conséquences majeures qu’entraînerait la nucléarisation du pays et des sacrifices engendrés. En effet, les responsables politiques, notamment au sein du Parti conservateur, ont pu se montrer moins revendicatifs sur ce sujet une fois aux responsabilités. Néanmoins, comme indiqué précédemment, le fait que la crainte des sanctions dissuade peu l’opinion publique dans son soutien au lancement d’un programme nucléaire national semble traduire deux éléments : tout d’abord, une confiance peut-être excessive dans le fait que les sanctions seraient légères et que Washington en particulier chercherait des moyens de s’extraire de sa propre législation de non-prolifération pour des motifs d’intérêt stratégique. Deuxièmement, ce positionnement pourrait refléter une réelle crainte de la Corée du Nord qui justifie aux yeux des personnes interrogées des sacrifices y compris au regard des autres priorités nationales

Conclusion

Dès le 11 novembre 2024, des élus du parti présidentiel PPP discutaient des options s’offrant à la Corée du Sud suite à l’élection de Donald Trump. La majorité des participants soutenaient l’idée d’à tout le moins développer les capacités nucléaires pour être un État du seuil, prêt à revendiquer son statut d’État nucléaire en cas de besoin. Certains élus proposaient l’adoption d’une loi forçant le pays à acquérir une arme nucléaire en cas de nouvelle « provocation » du Nord

Cette réunion traduit une atmosphère d’inquiétude à Séoul, qui fait face à une Corée du Nord qui ne ralentit pas ses efforts de modernisation, y compris dans le domaine nucléaire, et un allié américain redevenu imprévisible. 

Dans ces circonstances, il sera inévitable pour Séoul de faire émerger un débat construit sur ce sujet, prenant en compte l’ensemble des variables et conséquences liées à un changement de politique : les effets stratégiques bien sûr, et les conséquences dans les relations intercoréennes d’une prolifération sud-coréenne, mais aussi les conséquences dans les relations avec les autres États de la région. Les retombées sur les alliances et partenariats qu’entretient aujourd’hui Séoul devront être correctement anticipées, tout comme les effets économiques et technologiques. Enfin, le retrait du TNP par la Corée du Sud affecterait durablement la norme de non-prolifération, ce qui aurait des effets dommageables d’ordre global.