Direction le cercle polaire pour la mission Jeanne d’Arc 2025

Direction le cercle polaire pour la mission Jeanne d’Arc 2025

Les officiers-élèves ont appareillé de Toulon pour la mission Jeanne d’Arc 2025 ce 24 février. Cette année, direction le cercle polaire pour la marine de demain.

par Samuel Azemard – le Var informations – publié le

https://mesinfos.fr/83000-toulon/direction-le-cercle-polaire-pour-la-mission-jeanne-d-arc-2025-217076.html

© S. Azemard - Le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral a une vitesse maximale de 19 nœuds.

© S. Azemard – Le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral a une vitesse maximale de 19 nœuds.


Ce 24 février, 151 officiers-élèves (OE) de l’école navale à Lanvéoc-Poulmic ont appareillé de Toulon pour la mission Jeanne d’Arc 2025. Thomas est l’un d’eux. Ce « bordache », surnom usuel des élèves de l’école navale rendant hommage au « Borda », navire qui l’accueillait historiquement, ne cache pas son enthousiasme à l’idée de participer à ce déploiement.

« J’ai hâte », débute-t-il ! « Ça fait longtemps que nous attendons ça. On a vu nos pairs faire la mission Jeanne d’Arc l’an passé, c’est une grande chance que ce soit notre tour », poursuit-il.

Former et déployer

La mission Jeanne d’Arc c’est un déploiement annuel opérationnel d’une durée de cinq mois, où près de 800 militaires, comprenant 640 marins, dont 151 OE, ainsi que 150 soldats de l’armée de Terre du groupement tactique embarqué (GTE), prennent le large. Une tradition vieille de 161 ans.

Le but de cette mission est double : former la marine de demain et déployer l’ensemble des fonctions stratégiques de la Marine nationale, à savoir : « connaissance – anticipation », « prévention », « influence » et, si la situation l’exige, « intervention ».

Le groupe Jeanne d’Arc 2025 est composé de :

  • Porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral
  • Frégate type La Fayette (FLF) Surcouf
  • Groupement tactique embarqué (GTE) de l’armée de Terre

Une mission décisive pour les officiers-élèves

Malheureusement la pluie était elle aussi au rendez-vous pour ce départ. Mais elle n’a pas gâché l’euphorie ambiante. Les troupes ont trouvé une solution de repli : la cérémonie s’est déroulée au sein du PHA, dans un hangar suffisamment grand pour accueillir les marins, les autorités militaires ainsi que celles politiques locales et nationales. 

La cérémonie était en effet présidée par la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants de France, Patricia Mirallès, en présence du vice-amiral d’escadre Éric Janicot, directeur du personnel militaire de la Marine.

C’est ici que nous retrouvons Thomas, avec son uniforme tiré à quatre épingles. Après son bac S, il s’est tourné vers les classes préparatoires au lycée naval de Brest. C’est à ce moment-là qu’il découvre l’école navale et décide de tenter son concours d’entrée. « J’ai eu la chance et l’honneur d’être pris et la mission Jeanne d’Arc est la finalité », conclut-il.

©S. Azemard – Thomas fait partie des 151 officiers-élèves présents pour cette JDA 2025.

Son enthousiasme a laissé place à la concentration face au poids des traditions et à l’enjeu de cette mission. Thomas sait qu’elle sera décisive pour sa carrière. « Je suis pré-orienté par l’école navale en filière opération énergie. Mais je souhaite toujours présenter la filière de pilote d’hélicoptère », souligne-t-il. En effet, les officiers-élèves sont soumis à un suivi et une évaluation continue tout au long de leur « Jeanne ». Le but : à la mi-mission, ils se verront attribuer une spécialité.

45 mètres de long et 141 tonnes : voici l’A400M Atlas, le plus gros avion de l’Armée française

45 mètres de long et 141 tonnes : voici l’A400M Atlas, le plus gros avion de l’Armée française


L’A400M Atlas, avec ses dimensions impressionnantes, s’impose comme un acteur majeur de l’Armée française, aux côtés des célèbres Rafale et Mirage.

[Article déjà publié le 11 juillet 2024]

Le 10 juillet 2024, un communiqué du Ministère des Armées indiquait que la base 123 d’Orléans-Bricy, de l’Armée de l’Air et de l’Espace avait reçu le 24ème modèle d’un avion particulier : l’A400M Atlas. 

L’occasion donc de se pencher sur les caractéristiques impressionnantes de ce géant des cieux qui est l’un des plus grands aéronefs de l’Armée française. 

La fiche technique de l’A400M Atlas

Conçu par Airbus Defence and Space (ADS), le colosse militaire est entré en service en 2013 et n’a cessé d’être utilisé par les forces armées françaises depuis. 

Sur le tarmac ou dans les airs, l’avion spécialisé de le transport de personnes ou d’équipements impressionne : 

  • 42,4 mètres d’envergure
  • 45,1 mètres de long
  • 14,7 mètres de haut
  • 141 tonnes au décollage
  • Capable d’embarquer jusqu’à 35 tonnes de charge utile 

Afin de se rendre compte de ce que cela représente, le Ministère des Armées, dans la fiche technique de l’A400M Atlas, précise qu’il peut donc transporter : 

  • 2 hélicoptères d’attaque Tigre
  • ou 1 camion d’artillerie CAESAR
  • ou 2 Véhicules de l’avant blindé (VAB) avec mortier, troupes et leur équipement
  • ou 9 palettes (standard OTAN) [ndr, à vide ces palettes pèsent chacune entre 130 et 161 kg et ont une capacité unitaire de 463 L]
  • ou 116 parachutistes

D’où son surnom d’Atlas qui signifie “le porteur” en grec ancien et qui fait référence au Titan, battu par Zeus, condamné à porter la voûte céleste sur ses épaules. 

Et pour transporter tout cela, l’A400M Atlas possède 4 moteurs d’une puissance de 11 600 chevaux chacun, il peut emporter jusqu’à 50 tonnes de carburant. Et en vol, sa vitesse de croisière se situe entre Mach 0,68 et Mach 0,72. 

Un avion polyvalent

On l’a vu avec sa fiche technique, l’A400M Atlas peut transporter différents matériels, équipements et personnes. Mais dans le détail, le nombre possible de ses missions est grand. 

Le Ministère des Armées en a renseigné douze, allant du simple transport de personnel sur le terrain, en passant par des missions de recherche et de sauvetage ou de largage d’équipement et/ou de personnel jusqu’au ravitaillement, en vol, d’hélicoptères, d’avions de chasse ou d’avions de transport. 

Un aéronef qui est donc à l’aise sur tous les terrains où l’Armée française peut intervenir. 

De plus, il a également un grand rayon d’action et peut rapidement intervenir, même sur des terrains d’opérations éloignés pour assister, secourir ou ravitailler les troupes ou les civils sur place. 

Après l’opération « Harpie », « Kapalu » assène un grand coup aux orpailleurs illégaux en Guyane

Après l’opération « Harpie », « Kapalu » assène un grand coup aux orpailleurs illégaux en Guyane

Après des années de lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane, l’armée française change de tactique : après l’opération « Harpie », place à « Kapalu », une opération de destruction systématique dont les résultats ne se sont pas fait attendre. Une technique d’une efficacité redoutable, qui pourrait être reproduite ailleurs dans la région.


L’hélicoptère des forces armées françaises survole l’étendue de la forêt amazonienne guyanaise, le long de la frontière avec le Brésil. Les pilotes, habitués à repérer les sites d’orpaillage depuis les airs, montrent des camps difficiles à discerner pour les non avertis.

Un changement de couleur de l’eau, une trouée dans la canopée peut leur indiquer la présence de garimpeiros, orpailleurs illégaux d’origine brésilienne. Parfois, un point blanc dans l’immensité verte ne laisse pas de place au doute.

« Ils sont trahis par leurs antennes Starlink« , le service de connexion par satellite leur permettant d’avoir du réseau internet, explique un pilote des Forces armées guyanaises (FAG).

Depuis des années, le département français d’Amérique du Sud est le théâtre d’une lutte perpétuelle entre orpailleurs clandestins et forces de l’ordre. Avec un succès tout relatif: 400 sites illégaux étaient recensés en 2024, selon des chiffres de la préfecture.

Mais en octobre, les forces de sécurité – gendarmerie et FAG conjointement – ont lancé une nouvelle opération baptisée Kapalu dans le bassin de la rivière Camopi, qui traverse la commune du même nom, à la frontière avec le Brésil. Le but : « éradiquer l’orpaillage » dans la zone, détaille le général Jean-Christophe Sintive, commandant de la gendarmerie en Guyane.

Une méthode systématique plus efficace

Pour cela, 150 militaires et gendarmes ont été déployés pendant six semaines dans cette région isolée de 3,000 km2, accessible uniquement par les airs et le fleuve, pour détruire l’intégralité des chantiers recensés.

Le maintien de plusieurs patrouilles sur place pour limiter le retour des garimpeiros a suivi cette « phase de destruction systématique ». Et ça marche, assurent les autorités.

« En 2019, l’est guyanais concentrait 20 % de l’orpaillage illégal en Guyane. En 2025, c’est 3 %« , détaille le général Sintive, selon qui l’orpaillage est devenu « résiduel » sur le bassin de la Camopi.

Les préjudices infligés aux garimpeiros – saisies de pirogues, d’or, de carburant… – sont estimés à environ cinq millions d’euros.

La méthode tranche avec l’opération « Harpie » lancée en 2008. Depuis longtemps, des élus locaux reprochaient aux militaires d’abandonner la zone – immense – une fois les puits illégaux et le matériel des orpailleurs détruit. Sitôt les militaires partis, les orpailleurs reprenaient leurs activités.

Des limites persistent : la réponse judiciaire, pas toujours adaptée. « Il y a un décalage entre la sophistication que requièrent les enquêtes et la dureté du milieu », pointe le procureur général près la cour d’appel de Cayenne, Joël Sollier. En témoigne le bilan de l’opération Harpie : depuis son démarrage, onze militaires français sont morts en mission.

Une lutte contre un crime organisé

L’orpaillage illégal s’apparente à du « crime organisé », insiste Joël Sollier. « Il ne peut y avoir qu’une organisation qui achemine 400 000 litres de pétrole chaque année, des quads en quantité, des pirogues, de la nourriture pour plusieurs centaines voire plusieurs milliers de personnes ».

Et malgré des centaines de gardes à vue chaque année, le travail de renseignement est long et interpeller les têtes de réseaux difficile.

Pourtant, la coopération avec le Brésil est bonne. C’est l’un des paramètres qui a convaincu les autorités de lancer l’opération Kapalu sur le bassin de la Camopi.

« Il y a une forte demande de la part des autorités, des élus et des chefs coutumiers », explique le préfet de la Guyane Antoine Poussier, venu fin janvier faire un premier bilan sur place.

Lors d’une visite en mars 2024, le président Emmanuel Macron avait promis « d’aller encore plus loin dans la lutte contre l’orpaillage illégal ». Neuf mois plus tard, « l’engagement est tenu, on poursuit la lutte », assure le préfet.

Mais de l’autre côté de la Guyane, à sa frontière avec le Suriname, les garimpeiros prospèrent encore, aidés par la présence d’innombrables comptoirs commerciaux susceptibles d’approvisionner les orpailleurs en vivres et matériel le long du fleuve Maroni. Les autorités assurent pourtant vouloir dupliquer là-bas aussi les méthodes de Kapalu.

Mobilité militaire: les déplacements de troupes et d’armements entre pays de l’UE restent problématiques

Mobilité militaire: les déplacements de troupes et d’armements entre pays de l’UE restent problématiques

Un convoi militaire français en Estonie (photo P. CHAPLEAU)

La Cour des comptes européenne a consacré un rapport spécial à la mobilité militaire de l’UE qui, selon elle, n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Les forces armées des États membres de l’UE ne sont pas encore en mesure de se déplacer rapidement sur son territoire. Le dernier plan d’action de l’UE sur la mobilité militaire a connu un succès mitigé en raison de défauts de conception et d’obstacles à sa mise en œuvre. L’objectif visant à assurer un déplacement rapide et sans entrave des personnels, matériels et fournitures militaires, à brève échéance et à grande échelle, tant au sein qu’en dehors de l’UE, n’a pas encore été atteint.

Ce rapport spécial 04/2025 sur « la mobilité militaire de l’Union – Les défauts de conception et les obstacles rencontrés ralentissent la progression » est disponible sur le site internet de la Cour.

En voici un résumé:
Avec le retour d’une guerre de haute intensité sur le continent européen, les objectifs chiffrés en matière de défense ont changé et l’UE cherche à se prémunir de façon efficiente contre toute agression future. Sa politique en matière de mobilité militaire a évolué depuis son premier plan d’action de 2018. Dans son budget pour 2021‑2027, elle a pour la première fois consacré spécifiquement un montant à des projets d’infrastructures de transport à double usage (militaire et civil). Mais ce qui a vraiment changé la donne, c’est la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine: elle a rendu impérieux le besoin stratégique de mobilité militaire des Vingt-Sept. Dans l’urgence, l’UE a ainsi publié son second plan d’action en novembre 2022.

«La mobilité militaire est fondamentale pour doter l’UE d’une capacité de défense crédible. Il est grand temps d’en accélérer le rythme. Mais des obstacles l’empêchent de passer à la vitesse supérieure», a déclaré Marek Opioła, le Membre de la Cour responsable du rapport.

L’organisation des déplacements militaires risque en effet d’accuser d’importants retards pour plusieurs raisons, dont les formalités administratives. À titre d’exemple, les chars de tel État membre ne peuvent pas se déplacer dans tel autre si leur poids dépasse la limite autorisée dans les règles de circulation routière. Dans des circonstances normales, un pays de l’UE exige actuellement une notification 45 jours à l’avance pour autoriser les mouvements transfrontières.

Les auditeurs ont constaté qu’avant d’établir le plan 2.0, la Commission européenne n’a pas évalué de façon approfondie les besoins et n’a donc pas pu effectuer une estimation fiable du financement nécessaire pour atteindre ses objectifs. Le budget total consacré à la mobilité militaire par l’UE est relativement modeste, avec 1,7 milliard d’euros pour la période 2021‑2027, mais les États membres l’ont salué comme un pas dans la bonne direction. En mettant rapidement ces fonds à disposition, l’UE a envoyé un signal politique fort. Avec une demande largement supérieure à l’offre, cette enveloppe était toutefois déjà entièrement utilisée à la fin de 2023. Plus de quatre longues années vont ainsi s’écouler avant que des fonds européens soient à nouveau disponibles pour la mobilité militaire, ce qui compromet la stabilité et la prévisibilité du financement.

Alors que les fonds doivent être bien ciblés pour avoir une incidence, la sélection des projets d’infrastructure à double usage à financer n’a pas suffisamment tenu compte des facteurs géopolitiques et militaires. De plus, les projets ont été sélectionnés de façon fragmentaire, pas toujours aux endroits les plus stratégiques et sans prendre en considération le contexte élargi. L’essentiel des projets financés étaient situés dans l’est de l’UE, mais les Vingt-Sept n’en ont presque pas soutenu sur la route du sud vers l’Ukraine. En outre, la sélection des projets à financer par l’Union a eu lieu avant l’établissement des priorités les plus urgentes.

En raison de la complexité et de la fragmentation des dispositifs de gouvernance relatifs à la mobilité militaire dans l’UE, ainsi que de l’absence de point de contact unique, il est difficile de savoir qui fait quoi. Pour aider l’Europe à avancer, les auditeurs suggèrent d’améliorer la gouvernance et le ciblage de son action, ainsi que de rendre ses financements plus prévisibles. L’UE pourrait aussi exploiter le potentiel des fonds qu’elle consacre actuellement au transport civil pour éliminer les goulets d’étranglement en matière de mobilité militaire.

Le plus long tunnel immergé du monde est presque terminé : un projet de 7 milliards de dollars sans tunnelier

Le plus long tunnel immergé du monde est presque terminé : un projet de 7 milliards de dollars sans tunnelier

Le tunnel Fehmarnbelt va réduire vos trajets entre Copenhague et Hambourg à seulement 7 minutes ! Découvrez comment cette innovation pourrait transformer vos voyages et booster l’économie régionale d’ici 2029. Ne manquez pas cette révolution sous-marine !


Le tunnel Fehmarnbelt : une aventure sous-marine époustouflante
Le plus long tunnel immergé du monde est presque terminé : un projet de 7 milliards de dollars sans tunnelier | Armees.com

Le tunnel Fehmarnbelt, en plein chantier entre l’Allemagne et le Danemark, promet de chambouler les trajets et le commerce en Europe. Ce futur plus long tunnel immergé au monde est une belle avancée pour connecter l’Europe tout en misant sur l’innovation et le respect de la planète. Avec un budget qui avoisine les 7 milliards de dollars, ce projet impressionne par son ampleur et sa capacité à redessiner les échanges entre pays.

Un défi technique hors du commun

Ce qui frappe avec le tunnel Fehmarnbelt, c’est sa méthode de construction inédite. Oubliez les traditionnels tunnels creusés à la machine : ici, on utilise des segments préfabriqués. Pas moins de 89 segments énormes seront assemblés, chacun pesant 73 500 tonnes et mesurant 217 mètres de long. Ces morceaux sont fabriqués sur terre avant d’être plongés sous l’eau avec une précision chirurgicale. Ils sont équipés de cloisons étanches pour éviter toute infiltration, assurant ainsi la sécurité du passage.

Cette technique innovante accélère non seulement la construction mais réduit aussi au minimum l’impact sur l’environnement (une vraie prouesse !). Des mesures strictes sont prises pour protéger le fragile écosystème de la mer Baltique.

Début de la construction d'un tunnel sous la mer Baltique pour relier l'Allemagne au Danemark

Quand écologie rime avec technologie

L’environnement est vraiment pris au sérieux dans le projet Fehmarnbelt. Les équipes mettent tout en œuvre pour réduire le bruit pendant les travaux afin de ménager la vie marine locale. Les sections du tunnel sont positionnées avec soin pour éviter toute perturbation superflue. En plus, des solutions durables comme un éclairage et une ventilation économes en énergie font partie intégrante du design final.

Ce souci constant pour l’environnement montre non seulement une responsabilité écologique mais aussi un désir d’intégrer des solutions vertes dans nos infrastructures modernes.

Des chiffres qui donnent le vertige

Le tunnel Fehmarnbelt s’étendra sur 18 kilomètres sous la mer Baltique, détrônant ainsi le tunnel Øresund comme plus long tunnel immergé mondialement parlant. Il proposera une autoroute à quatre voies et une voie ferrée à deux voies, offrant un passage fluide entre les deux pays.

Les travaux devraient se terminer d’ici 2029, avec un premier segment déjà descendu début 2024. Une fois opérationnel, il raccourcira drastiquement les trajets entre Copenhague et Hambourg.

Voyagez autrement : fini les longues attentes

Grâce au tunnel Fehmarnbelt, traverser la mer Baltique sera un jeu d’enfant : au lieu des 45 minutes actuelles en ferry, il ne faudra que 7 minutes en train ou 10 minutes en voiture ! Cette réduction spectaculaire incitera sûrement à préférer le train aux vols courts, donc un choix bien plus écologique.

En prime, ce projet facilitera grandement le transport de marchandises entre l’Allemagne et le Danemark, simplifiant ainsi les échanges commerciaux et boostant l’économie régionale.

L’union fait la force : un exemple à suivre

Au-delà des aspects techniques et économiques, ce tunnel est aussi un symbole fort de coopération transfrontalière entre l’Allemagne et le Danemark. Il reflète parfaitement les valeurs européennes d’innovation, de durabilité et de progrès communs.

En fin de compte, ce n’est pas juste une prouesse technique ; c’est surtout une étape vers un avenir où connectivité européenne rime avec infrastructures modernes et respectueuses de notre planète. Alors qu’on s’approche doucement mais sûrement de son achèvement prévu en 2029, cela nous pousse tous à réfléchir à combien il est important d’unir nos forces pour construire ensemble un avenir durable !

Le Sommet international des troupes de montagne : une première mondiale prometteuse (II de II)

Le Sommet international des troupes de montagne : une première mondiale prometteuse (II de II)


Par Murielle Delaporte – Pour la première fois dans l’histoire des salons militaires, un « sommet international » dédié aux communautés des troupes de montagne et du combat en milieu grand froid va voir le jour les 12 et 13 février prochains au parc évènementiel de Grenoble Alpexpo.

Né d’un partenariat entre le COGES, puissance organisatrice, d’une part, et la 27e BIM – Brigade d’infanterie de montagne de l’armée de Terre –, puissance invitante, d’autre part, cette initiative conjointe est une réponse à l’actualité géostratégique et à la nécessité de renforcer les capacités de combat à la fois en montagne et dans les conditions extrêmes de grand froid dans un environnement pas forcément montagneux.

Au travers de deux entretiens avec les responsables des entités en charge de ce Sommet international des troupes de montagne (SITM), à savoir le général de division (2S) Charles Beaudouin, président du COGES, et le général de brigade Lionel Catar, commandant la 27e BIM, cette série de deux articles explore les raisons ayant conduit à la genèse d’un tel évènement voué à perdurer et les enjeux tant techniques qu’opérationnels dont ce dernier va pouvoir donner la mesure.

Voici la seconde partie de cette série.

pour lire la première partie de cette série :

https://operationnels.com/2025/01/25/le-sommet-international-des-troupes-de-montagne-une-premiere-mondiale-prometteuse-i-de-ii/

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Le SITM : promouvoir un esprit de cordée interalliés

Entretien avec le général Lionel Catar, commandant de la 27e BIM

Conçu pour devenir « un forum d’échanges pour industriels et unités militaires spécialisées opérant dans des milieux variés », le général Catar est heureux de « recevoir cette communauté à Grenoble, capitale des Alpes et de la 27e BIM » et se montre confiant dans la réussite de la première édition du Sommet international des Troupes de montagne, lequel enregistre déjà une participation et un volume d’exposants et d’équipementiers conformes aux attentes.

La vocation de cette « Première mondiale » est de « faire réfléchir sur des thématiques communes à des milieux traditionnellement cloisonnés, la montagne pouvant relever d’un milieu froid, mais aussi d’un milieu chaud, et étant considérée selon les nations comme une zone frontière, une zone refuge ou encore un espace stratégique de rapports de force ».

Pour le commandant de la 27e brigade d’infanterie de montagne, il s’agit de « créer un esprit de cordée permettant de se soutenir entre alliés », tandis qu’existent déjà une forte dynamique internationale et de nombreux partenariats historiques.
Militaires – interarmes, interarmées et interalliés – et équipementiers seront ainsi à même pendant ces deux jours de « parler innovation et de multiplier les échanges d’enseignement » selon un fil directeur correspondant aux « axes élémentaires du combattant, à savoir se déplacer, stationner et utiliser ses armes ». « Avec ces trois familles », explique le général Catar, « vous couvrez toutes les conséquences infligées par ces milieux montagne et grand froid, (…) milieux les plus engageants qui exigent ce type de dialogue. »

 

Une Première, fruit d’une coopération internationale historique

Le SITM répond à « l’intuition et la finalité de faire rencontrer une communauté d’unités militaires opérant dans des milieux variés » et correspondant à des enjeux opérationnels bien spécifiques : d’un côté la montagne où la manœuvre en milieux chauds et froids nécessite une constante adaptation des tactiques et des équipements ; de l’autre le grand froid reflet des enjeux stratégiques et menaces actuelles en zone arctique et sur le flanc « Grand Nord » de l’OTAN.

Ces préoccupations se reflètent au travers des partenariats noués au fil des années par la 27e BIM de façon bilatérale et multilatérale, en raison de sa polyvalence et de sa maîtrise de savoir-faire relevant de l’ensemble de ces milieux – une spécificité partagée uniquement avec la brigade alpine Taurinense Italienne. Toutes deux – « créées mutuellement par menace croisée en 1888 » et aujourd’hui les plus volumineuses – avaient en particulier été déployées à plusieurs reprises en Afghanistan pour la guerre contre le terrorisme menée par l’OTAN au lendemain des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

 

Accords de défense et « offre intégrée » à la française

« La brigade de montagne est la brigade de l’armée de Terre qui a le plus d’activité à l’international, avec un nombre de partenaires très variés qui viennent chercher nos expertises, tandis que nous venons manœuver dans d’autres milieux qui nous intéressent », explique le général Catar, qui souligne la structure très intégrée de cette dernière et donc l’offre intégrée qu’elle peut proposer à ses partenaires étrangers : « nous avons en effet au sein de la 27e BIM une structure très intégrée avec une école de milieu pour former les sous-officiers, des équipements spécifiques, un espace de préparation opérationnelle réparti sur l’ensemble de l’arc alpin et doté de champs de tir et de postes militaires en montagne ».

C’est cet ensemble qui intéresse les partenaires de la 27e BIM avec laquelle la France a conclu des accords de défense, tels les Emirats arabes unis avec lesquels celle-ci a construit une « nouvelle capacité de montagne » axée sur la défense des frontières et la protection des voies de transit en montagne : « nous formons le 11e Bataillon de montagne émirati depuis dix ans et nous entraînons ensemble par le biais d’exercices qui progressent d’année en année. (…) Avec 35 degrés celsius et un taux d’humidité important, nous recherchons de notre côté un entraînement plus dur que dans d’autres montagnes chaudes. »

De tels plans de coopération bilatérale existent également avec la Jordanie et le Maroc, avec lesquels des manœuvres communes sont menées, ainsi que des échanges en matière de formation technique et tactique et de retour d’expérience opérationnelle.

 

Solidarité stratégique dans le Grand Nord et exercices multilatéraux

L’actualité récente a non seulement renforcé les partenariats existants traditionnellement entre troupes de montagne « de proximité », mais a également entraîné la création de nouvelles coopérations au sein de l’OTAN et de l’Union européenne.

La 27e BIM est ainsi engagée depuis le début des années 2000 dans tous les exercices Otaniens, tels Nordic Response et Dynamic Front, dans une « logique de solidarité stratégique dans le Grand Nord » en vue d’être en mesure de projeter rapidement des unités spécialisées dans cette région en vertu de l’Article V du Traité de l’Atlantique Nord, ainsi que dans une logique de dissuasion contribuant à l’expression du « poids militaire et diplomatique de la France ». La présence française est ainsi récurrente dans les Pays Baltes (actuellement en Estonie), en Norvège et depuis sa récente adhésion à l’OTAN, en Finlande. Pendant Nordic Response 2024, le 7e BCA (bataillon de chasseurs alpins) s’est intégré à un groupement tactique et une brigade norvégienne avec pour la première fois un soutien finlandais(1) : « grâce au concept de défense totale caractéristique des pays scandinaves et de la Finlande, les moyens projetés des troupes françaises – motoneiges et quads notamment – ont été complétés par des véhicules chenillés finlandais pendant trois semaines », raconte le commandant de la brigade française.

« Nous travaillons également avec les Américains en Alaska (qui ont récemment remonté une unité complète « Grand Froid ») dans le cadre de l’exercice Nanook, lequel nous permet de nous entraîner en milieu « très grand froid ». (…) Pour avoir de telles conditions de mise en tension des organismes et des matériels en France, il nous faut nous élever fortement en montagne. L’avantage de pays comme le Canada, la Norvège et la Finlande est d’offrir des plages de grand froid plus importantes pour opérer », explique le général Catar.

Les missions annuelles « Uppick » qui ont lieu au Groenland sous la forme de raids de trois semaines en autonomie complète participent à cette recherche d’entraînement en zone de très grand froid(2). Y participent le Groupe militaire de haute montagne (3) et le Groupement commando de montagne(4).

Le partage de RETEX (retours d’expérience) est devenu un acte réflexe au sein de l’armée de Terre, mais aussi au sein des Alliés, notamment par le biais des centres d’excellence de l’OTAN. Deux concernent particulièrement les activités de la 27e BIM : celui sur le combat en montagne situé en Slovénie et celui sur le combat en zone grand froid situé en Norvège.

La France a par ailleurs accueilli en automne dernier l’édition 2024 du forum MTI – une initiative européenne dédiée au combat en montagne et appelée « Mountain Training Initiative », laquelle inclut différents partenaires européens, dont certains non-membres de l’OTAN comme la Suisse qui y participe comme membre observateur(5).

 

Un nouveau terrain d’échanges dédié à la préparation opérationnelle en milieu exigeant

Une approche tout terrain

Peu d’équipements sont conçus pour pouvoir résister à la fois en milieu chaud et en milieu froid : au contraire les savoir faire tendent à être très différents en raison d’expression de besoins adaptés à chaque mission : « en montagne chaude la tenue du combattant devra être respirante et légère, alors qu’elle devra être respirante et isolante en montagne froide. En milieu froid, il faut jouer sur des combinaisons d’équipements et des couches techniques de matériels », rappelle le général Catar.

L’Homme demeure au cœur de toute action et ce dernier « n’aime pas trop les extrêmes qu’ils soient chauds ou froids », d’où l’importance de savoir-faire spécifique à chaque milieu, une spécificité qu’ont les Brigades française et italienne, ayant servi toutes deux en Afghanistan : « la 27e BIM a été déployée en Aghanistan pour les mandats hiver quatre années d’affilée ; elle a également servi au Sahel et est régulièrement déployée pour la Mission Harpie en Guyane. (…) C’est cette compétence des deux extrêmes qu’il nous a semblé intéressant de mettre en valeur pour ce Sommet international des troupes de montagne. (…) Il s’agit également d’un état d’esprit, en ce sens que tout milieu exigeant vous prépare à des engagements dans tous les milieux exigeants. La maîtrise technique des matériels par grand froid vous prépare à une bonne préparation opérationnelle pour n’importe quelle mission … ».

Cette polyvalence de la 27e BIM en est une autre spécificité, tandis que « le ticket d’entrée n’est pas atteignable par tous pour opérer dans le grand froid », d’où le besoin de diffuser certains savoir-faire devenus nécessaires pour la majorité des forces conventionnelles, d’autant qu’elles doivent s’entraîner dans des endroits où les températures ne sont pas forcément très clémentes (Jura par exemple). C’est ce que font déjà les troupes de montagne par le biais de stages de formateur « zone froide » s’adressant à toutes les armes et à l’ensemble de l’armée de Terre et permettant de se familiariser avec les premières mesures de la vie en campagne par températures négatives. La 27e BIM a également participé à la généralisation de certains équipements grand froid au profit du reste des forces appelées à renforcer le flanc Est de l’OTAN depuis 2022 et a rédigé des documents de maintenance des véhicules en milieu froid destinés à être diffusés plus largement.

Non seulement certains matériels sont spécifiques, mais leur entretien est spécifique également : l’humidité est ainsi l’ennemi numéro un en zone froide, car se transformant en glace elle fendillera les écrans. Eviter la condensation et les chocs thermiques font partie des principes à acquérir tant pour l’homme que pour le matériel. Comment éviter le choc thermique de son équipement alors que l’homme doit se régénérer dans la chaleur ? « Vous faites dormir le matériel dans la fosse à froid de votre igloo à -5 ou -6 degrés tandis que vous dormez sur une petite banquette avec un confort à 0 ou 1 degré… », répond le général. Idem : fonctionner en autonomie totale y compris en matière de connectivité requiert des savoir faire spécifiques au sein des unités de transmetteurs.

Malgré des déploiements en zone chaude au cours des dernières décennies, la 27e BIM a pu préserver ses compétences « zone modérée » grâce à son Ecole militaire de haute montagne(6) et au groupement d’aguerrissement montagne(7), mais aussi « grand froid » grâce aux interactions avec les alliés scandinaves. Un secteur où ces savoir faire sont particulièrement essentiels, mais demandent à être toujours améliorés, concernent les équipes de secours au combat : « réaliser une perfusion par – 20 degrés n’est pas un sport de masse », ainsi que le souligne le général Catar. Le SSA (Service de Santé des Armées, qui exposera au SITM) développe des produits spécifiques à ce milieu exigeant.

 

Une approche interarmes et interarmées intrinsèque

La 27e BIM se caractérise par une approche interarmes constante et opère sous la forme d’un GTIA (Groupement Tactique Interarmes) intégrant de nombreuses unités, y compris en matière de soutien (avec notamment le 511e Régiment du Train, le 7e Régiment du matériel de Lyon, le 7e centre médical des Armées, le Commissariat de l’armée de Terre de Grenoble).
La 4e BAC (brigade aéroterrestre) de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre) fait notamment partie des unités venant se qualifier « Montagne » dans le cadre des stages offerts par la 27e BIM où sont par exemple enseignés flux logistiques et gestion de l’énergie.

Les échanges militaires sur le grand froid se font également en mode interarmées par le biais de séminaires et sur le terrain. Les évènements récents en Ukraine et le regain d’intérêt pour les grandes voies maritimes du Nord en pleine transformation en raison du changement climatique ont ainsi été le catalyseur d’une coopération nouvelle entre la 27e BIM et la Marine nationale : expertise Grand Froid en milieu marin, mais aussi « mise à terre d’unités dans le cadre de la surveillance de l’Atlantique Nord et de la zone arctique » font partie des échanges en cours de développement entre armée de Terre et Marine nationale, tandis que l’interopérabilité avec l’armée de l’Air et de l’Espace est permanente en raison des besoins d’acheminement et de livraison par air.

Une telle approche est logique en ce sens que « le grand froid touche l’ensemble des capacités militaires », d’où le fil directeur adopté pendant le Sommet international des troupes de montagne couvrant « les axes élémentaires du combattant, à savoir se déplacer, stationner et utiliser ses armes ». Mobilité, soutien du combattant, protection contre le froid, régénération et « points chauds », camouflage visuel et thermique (« un corps à 37 par -15 degrés celsius se remarque… », souligne le général Catar), gestion de l’énergie, gestion des fluides « qui sont très perturbés dans de tels milieux », optique, connectivité (laquelle demande beaucoup d’énergie), simulation pour l’entraînement et pour évaluer l’impact du combat en milieu froid sur les hommes et les matériels … Autant de sujets où toute solution innovante est la bienvenue pour améliorer les capacités au combat et à s’inscrire dans la durée en montagne et en milieu grand froid.

Cette durée peut varier selon les missions allant d’opérations commandos de 3-4 jours à des raids de 3 semaines en autonomie totale, « le diktat du poids notamment pour la nourriture et de l’autonomie en énergie » devant être géré et faisant partie des exigences et du label de ce milieu.

Les équipementiers attendus au SITM, ainsi que certains exposants tels le Commissariat à l’énergie atomique avec lequel la 27e BIM est partenaire, vont couvrir ces grandes familles de matériels, mais ce qui est intéressant est qu’il n’y a pas qu’une nuance de froid ou de neige et que les matériels doivent se décliner en fonction de l’environnement géographique : « une adaptation en termes de mobilité est nécessaire pour chaque déploiement. (…) Les chenillettes dans le Grand Nord sont faites pour une neige légère et pulvérulente n’ayant rien à voir avec nos neiges des Alpes, beaucoup plus humides … »

Pour le général Catar, le SITM offre un moyen de répondre à toutes ces problématiques et à certaines lacunes capacitaires. Il en identifie deux majeures pour les troupes de montagne : « La manœuvre du renseignement est le premier enjeu important. Le second est le soutien et une logistique intégrée et poussée vers l’avant : la capacité à être bien soutenu – ravitaillement, maintien en condition opérationnelle, soutien sanitaire – est ce qui donne la supériorité opérationnelle en pourvoyant la capacité à résister dans les milieux extrêmes et à délivrer les effets militaires dans la durée. (…) Il ne faut pas juste « donner un coup d’épée dans la neige », mais s’inscrire dans la durée en anticipant ce type d’opérations, ce qui exige une grosse planification », conclut-il.


Notes :

 (1) Voir : https://www.youtube.com/watch?v=Kyr0OYSEqAg

(2) Voir par exemple sur l’expédition Uppick de 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=l5w3wi1sWR4

(3) Voir : https://www.gmhm.fr/

(4) Voir : http://le.cos.free.fr/gcm.htm

(5) Voir : https://www.mti.bmlv.gv.at/

(6) https://www.defense.gouv.fr/terre/unites-larmee-terre/nos-brigades/27e-brigade-dinfanterie-montagne-27e-bim/ecole-militaire-haute-montagne

(7) https://www.defense.gouv.fr/terre/groupe


Photo : Test de drones en milieu montagne grand froid pendant l’exercice Cerces © 27e BIM, décembre 2024

Organisation des soutiens de l’armée de Terre : un demi-siècle de transformation (III de III)

Organisation des soutiens de l’armée de Terre : un demi-siècle de transformation (III de III


Par le chef d’escadron Jérôme Guilbert, Officier Officier breveté de l’armée de Terre – Partie III : vers un retour de la haute intensité 

Réconciliation : les enjeux opérationnels actuels, bien compris et assumés par les soutiens interarmées et les chefs logistiques de l’armée de Terre, favorisent un équilibre entre le nécessaire retour de la verticalité du commandement et l’incontournable interdépendance

2023 – ? : retour de la haute-intensité et recherche d’autonomie

En 2023, le modèle « au Contact » cède à nouveau sa place à une autre organisation, l’armée de Terre « de Combat », plus adaptée aux défis de l’hypothèse d’engagement majeur, à laquelle on préfère aujourd’hui le terme d’opération d’envergure, et au combat de haute-intensité, mais aussi plus cohérente avec la nouvelle loi de programmation militaire qui ne prévoit pas d’augmentation significative des effectifs ou des moyens.

Ce modèle abandonne l’idée des commandements en piliers pour adopter une approche matricielle, au sein de laquelle le commandement de l’appui et de la logistique de théâtre (CALT) continue d’assumer un rôle opératif en opérations tout en cherchant à se recentrer sur le soutien d’une composante terrestre apte à l’engagement : la division projetée doit désormais être soutenue par la base de soutien divisionnaire (BSD) commandée par le PCFL, devenu état-major de la brigade logistique (BLOG).

Les DSIA déploient leurs zones fonctionnelles sur la BSD comme autorités de tutelle, le commandeur organique et intégrateur des soutiens étant le chef de la brigade logistique qui conçoit et conduit désormais la manœuvre des soutiens. La BSD devient un échelon tactique de même pied que les brigades interarmes de la division : elle s’inscrit ainsi mieux dans la manœuvre tactique et y est parfaitement intégrée. En 2024, la 1ère Division a commencé à faire apparaître la brigade logistique dans le tableau des rôles de son ordre d’opérations, au même niveau que les brigades interarmes : elle est ainsi parfaitement considérée comme échelon de la manœuvre interarmes du commandeur tactique.

Articulation organique (de temps de paix, ou « au quartier ») et opérationnelle (de temps de guerre, ou « projetée) sont rapprochées. L’appellation même de BSD, plutôt que de bataillon logistique (BATLOG) ou de groupement tactique logistique (GTLOG), permet de mieux situer l’échelon de soutien dans l’articulation de la division. Elle permet de réconcilier le chef tactique avec le « fait soutien », notion perdue depuis la dissociation entre « soutenant » et « soutenu ».

En parallèle, l’hiver 2023 est aussi celui de la création d’un commandement pour les opérations aéroterrestres en Europe (CTE), état-major terrestre ayant vocation à assumer sur ordre et dans une logique de milieu certaines fonctions de niveau opératif en Europe. Elles induisent jusqu’à aujourd’hui et pour l’essentiel des enjeux logistiques interarmées. Moins bien maîtrisées par les autres armées, dont les milieux et les besoins logistiques sont particuliers, ces responsabilités logistiques opératives interarmées sont en grande partie assumées par le CALT, dont le périmètre dépasse alors celui de la composante terrestre. En opération, Il intègre et synchronise également les DSIA, responsables de leur zone fonctionnelle respective au sein d’un unique GSIAT : le Groupement de soutien interarmées de théâtre est le plus haut niveau de la chaîne des soutiens déployés en opérations et dont la responsabilité échoyait auparavant au PCFL.

 

De l’indépendance à l’interdépendance : un changement de paradigme à prendre en compte

Ainsi, on peut identifier, en cinquante ans, six grandes phases de transformation de l’organisation de la logistique directement liée au changement de contexte géopolitique, politique, budgétaire et, par déclinaison, doctrinal. Elles s’inscrivent dans un système en mouvement, passant de phases ou les forces à soutenir sont plus importantes mais utilisées en réassurance ou en dissuasion à des phases d’engagement plus systématiques mais aux ambitions modérées.

Le soutien de l’armée de Terre doit désormais prendre en compte dans son agencement les interdépendances entre des acteurs distincts, autrefois parfaitement intégrés, et la recherche de cohérence entre l’organique et l’opérationnel.

Avec l’externalisation et la mutualisation, le soutien « pour la composante tactique » (ici, la composante terrestre) ne sera désormais plus le soutien « de la composante ». Cette perte d’autonomie du chef tactique a également provoqué son désintérêt pour un « fait soutien » devenu trop complexe. Il doit se le réapproprier pour mieux l’intégrer dans une manœuvre qui tend elle-même à intégrer d’autres champs et d’autres milieux.

 

Conclusion : une interdépendance aux effets atténués par le respect des grands principes du C2

Pour l’armée de Terre, les facteurs de transformation exogènes sont liés à l’appréciation de situation stratégique et ses implications tactiques. Cependant, cette dernière, qui devrait par essence n’être rapportée qu’au contexte militaire, dépend de choix organisationnels et budgétaires plus larges, de niveau politique, qui s’appuient ou conditionne le narratif stratégique (par exemple, les « dividendes de la paix »). Ces facteurs exogènes, dans tous les cas, obligent les organisations à s’adapter.

On constate cependant qu’ils ne permettent pas, pour l’armée de Terre, d’inscrire une transformation dans la durée : dans un contexte en perpétuel mouvement, la solution optimale n’est jamais acquise.

  • Premièrement, à la guerre, les adversaires cherchent en permanence la rupture organisationnelle ou technique qui provoquera la surprise et lui donnera l’avantage.
  • Deuxièmement, l’armée de Terre s’intègre dans une stratégie dont elle n’est pas propriétaire et où le cadre espace-temps de son action est restreint, impermanent.
  • Troisièmement, la composante terrestre est soumise à trois risques interdépendants que sont l’essoufflement logistique, l’isolement ou l’éloignement de ses bases.

Là où les théories de supply chain management supposent une forme de linéarité et une solution conceptuelle dans le perfectionnement et l’efficience du modèle logistique, cette singularité de l’armée de Terre peut l’amener à « revenir » sur un modèle ante.

Les effectifs perdus lors de la RGPP ne seront pas retrouvés et la mutualisation des soutiens a aussi montré des avantages, il est alors possible de paraphraser Paul Valéry et considérer, en matière de soutien, qu’il ne s’agit pas de « refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et en fera d’autres en d’autres temps ».

L’esprit, ou les principes, survivent aux évolutions doctrinales, qu’elles proposent un modèle centralisé ou bien déconcentré, des soutiens intégrés au sein des composantes ou bien mutualisés. Pour que les fonctions dites « de contact » (unités d’infanterie, blindées ou aéromobiles) bénéficient d’appuis et de soutien, la chaine de commandement doit être simple et efficace, c’est-à-dire anticipée, décrite, connue, unique, acceptée et assumée.

Ainsi, l’articulation logistique peut évoluer, pourvu qu’elle soit dotée d’une structure de command and control robuste. Autrement dit, plutôt que craindre ces transformations et se désoler de leurs conséquences, on peut s’y adapter en maîtrisant la question du C2 logistique, et en étant capable de la faire évoluer, de façon dépassionnée et rationnelle.

Photo : manoeuvre de franchissement du Vistule pendant l’exercice Dragon 24 © A.Thomas-Trophime, armée de Terre, Pologne, mars 2024 >>>

https://www.defense.gouv.fr/terre/actualites/larmee-terre-pologne-lexercice-dragon-24

Organisation des soutiens de l’armée de Terre : un demi-siècle de transformation (III de III)

Organisation des soutiens de l’armée de Terre : un demi-siècle de transformation (III de III)


Par le chef d’escadron Jérôme Guilbert, Officier Officier breveté de l’armée de Terre – Partie III : vers un retour de la haute intensité 

Réconciliation : les enjeux opérationnels actuels, bien compris et assumés par les soutiens interarmées et les chefs logistiques de l’armée de Terre, favorisent un équilibre entre le nécessaire retour de la verticalité du commandement et l’incontournable interdépendance

2023 – ? : retour de la haute-intensité et recherche d’autonomie

En 2023, le modèle « au Contact » cède à nouveau sa place à une autre organisation, l’armée de Terre « de Combat », plus adaptée aux défis de l’hypothèse d’engagement majeur, à laquelle on préfère aujourd’hui le terme d’opération d’envergure, et au combat de haute-intensité, mais aussi plus cohérente avec la nouvelle loi de programmation militaire qui ne prévoit pas d’augmentation significative des effectifs ou des moyens.

Ce modèle abandonne l’idée des commandements en piliers pour adopter une approche matricielle, au sein de laquelle le commandement de l’appui et de la logistique de théâtre (CALT) continue d’assumer un rôle opératif en opérations tout en cherchant à se recentrer sur le soutien d’une composante terrestre apte à l’engagement : la division projetée doit désormais être soutenue par la base de soutien divisionnaire (BSD) commandée par le PCFL, devenu état-major de la brigade logistique (BLOG).

Les DSIA déploient leurs zones fonctionnelles sur la BSD comme autorités de tutelle, le commandeur organique et intégrateur des soutiens étant le chef de la brigade logistique qui conçoit et conduit désormais la manœuvre des soutiens. La BSD devient un échelon tactique de même pied que les brigades interarmes de la division : elle s’inscrit ainsi mieux dans la manœuvre tactique et y est parfaitement intégrée. En 2024, la 1ère Division a commencé à faire apparaître la brigade logistique dans le tableau des rôles de son ordre d’opérations, au même niveau que les brigades interarmes : elle est ainsi parfaitement considérée comme échelon de la manœuvre interarmes du commandeur tactique.

Articulation organique (de temps de paix, ou « au quartier ») et opérationnelle (de temps de guerre, ou « projetée) sont rapprochées. L’appellation même de BSD, plutôt que de bataillon logistique (BATLOG) ou de groupement tactique logistique (GTLOG), permet de mieux situer l’échelon de soutien dans l’articulation de la division. Elle permet de réconcilier le chef tactique avec le « fait soutien », notion perdue depuis la dissociation entre « soutenant » et « soutenu ».

En parallèle, l’hiver 2023 est aussi celui de la création d’un commandement pour les opérations aéroterrestres en Europe (CTE), état-major terrestre ayant vocation à assumer sur ordre et dans une logique de milieu certaines fonctions de niveau opératif en Europe. Elles induisent jusqu’à aujourd’hui et pour l’essentiel des enjeux logistiques interarmées. Moins bien maîtrisées par les autres armées, dont les milieux et les besoins logistiques sont particuliers, ces responsabilités logistiques opératives interarmées sont en grande partie assumées par le CALT, dont le périmètre dépasse alors celui de la composante terrestre. En opération, Il intègre et synchronise également les DSIA, responsables de leur zone fonctionnelle respective au sein d’un unique GSIAT : le Groupement de soutien interarmées de théâtre est le plus haut niveau de la chaîne des soutiens déployés en opérations et dont la responsabilité échoyait auparavant au PCFL.

De l’indépendance à l’interdépendance : un changement de paradigme à prendre en compte

Ainsi, on peut identifier, en cinquante ans, six grandes phases de transformation de l’organisation de la logistique directement liée au changement de contexte géopolitique, politique, budgétaire et, par déclinaison, doctrinal. Elles s’inscrivent dans un système en mouvement, passant de phases ou les forces à soutenir sont plus importantes mais utilisées en réassurance ou en dissuasion à des phases d’engagement plus systématiques mais aux ambitions modérées.

Le soutien de l’armée de Terre doit désormais prendre en compte dans son agencement les interdépendances entre des acteurs distincts, autrefois parfaitement intégrés, et la recherche de cohérence entre l’organique et l’opérationnel.

Avec l’externalisation et la mutualisation, le soutien « pour la composante tactique » (ici, la composante terrestre) ne sera désormais plus le soutien « de la composante ». Cette perte d’autonomie du chef tactique a également provoqué son désintérêt pour un « fait soutien » devenu trop complexe. Il doit se le réapproprier pour mieux l’intégrer dans une manœuvre qui tend elle-même à intégrer d’autres champs et d’autres milieux.

Conclusion : une interdépendance aux effets atténués par le respect des grands principes du C2

Pour l’armée de Terre, les facteurs de transformation exogènes sont liés à l’appréciation de situation stratégique et ses implications tactiques. Cependant, cette dernière, qui devrait par essence n’être rapportée qu’au contexte militaire, dépend de choix organisationnels et budgétaires plus larges, de niveau politique, qui s’appuient ou conditionne le narratif stratégique (par exemple, les « dividendes de la paix »). Ces facteurs exogènes, dans tous les cas, obligent les organisations à s’adapter.

On constate cependant qu’ils ne permettent pas, pour l’armée de Terre, d’inscrire une transformation dans la durée : dans un contexte en perpétuel mouvement, la solution optimale n’est jamais acquise.

  • Premièrement, à la guerre, les adversaires cherchent en permanence la rupture organisationnelle ou technique qui provoquera la surprise et lui donnera l’avantage.
  • Deuxièmement, l’armée de Terre s’intègre dans une stratégie dont elle n’est pas propriétaire et où le cadre espace-temps de son action est restreint, impermanent.
  • Troisièmement, la composante terrestre est soumise à trois risques interdépendants que sont l’essoufflement logistique, l’isolement ou l’éloignement de ses bases.

Là où les théories de supply chain management supposent une forme de linéarité et une solution conceptuelle dans le perfectionnement et l’efficience du modèle logistique, cette singularité de l’armée de Terre peut l’amener à « revenir » sur un modèle ante.

Les effectifs perdus lors de la RGPP ne seront pas retrouvés et la mutualisation des soutiens a aussi montré des avantages, il est alors possible de paraphraser Paul Valéry et considérer, en matière de soutien, qu’il ne s’agit pas de « refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et en fera d’autres en d’autres temps ».

L’esprit, ou les principes, survivent aux évolutions doctrinales, qu’elles proposent un modèle centralisé ou bien déconcentré, des soutiens intégrés au sein des composantes ou bien mutualisés. Pour que les fonctions dites « de contact » (unités d’infanterie, blindées ou aéromobiles) bénéficient d’appuis et de soutien, la chaine de commandement doit être simple et efficace, c’est-à-dire anticipée, décrite, connue, unique, acceptée et assumée.

Ainsi, l’articulation logistique peut évoluer, pourvu qu’elle soit dotée d’une structure de command and control robuste. Autrement dit, plutôt que craindre ces transformations et se désoler de leurs conséquences, on peut s’y adapter en maîtrisant la question du C2 logistique, et en étant capable de la faire évoluer, de façon dépassionnée et rationnelle.


Photo : manoeuvre de franchissement du Vistule pendant l’exercice Dragon 24 © A.Thomas-Trophime, armée de Terre, Pologne, mars 2024 >>> https://www.defense.gouv.fr/terre/actualites/larmee-terre-pologne-lexercice-dragon-24

Quelques chiffres intéressants

Quelques chiffres intéressants

 

par Blablachars – publié le 28 novembre 2024

https://blablachars.blogspot.com/2024/11/quelques-chiffres-interessants.html#more


La Direction technologique et logistique de l’armée israélienne a publié ces derniers jours de nouvelles données relatives aux opérations menées par Tsahal dans la bande de Gaza et au Sud-Liban. Parmi les nombreux éléments communiqués, Blablachars s’est intéressé aux chiffres concernant les véhicules blindés et les chars. On apprend que 90% des engins atteints par des projectiles antichars ou des Engins Explosifs Improvisés (EEI) de forte puissance ont été réparés et remis en service. Le délai moyen pour la réparation des engins est de 20 jours selon les services de maintenance de l’armée israélienne, même si les plus endommagés ont nécessité des durées d’immobilisation supérieures aux 2 jours mentionnés. 90% des problèmes 90% des problèmes mineurs ayant affecté les engins blindés de Tsahal ont tous été réglés sur la zone des opérations dans des bases d’opérations avancées ou dans des centres logistiques dédiés situés à proximité de le zone des combats, sans qu’il soit nécessaire de procéder à leur évacuation. Enfin on apprend que la capacité opérationnelle  est de 88% pour les engins blindés engagés à Gaza et au Sud-Liban et pour certains depuis quatorze mois.

Sur le plan humain, Tsahal indique que 5300 soldats ont été blessés et soignés durant l’offensive terrestre dans la Bande de Gaza, alors que 709 soldats avaient été traités en 2014 lors des opérations dans cette zone. Concernant le Sud-Liban, 700 soldats ont été blessés et soignés alors qu’en 2006 ce chiffre était de 833. Le taux de létalité s’établit à 6.9% des blessés traités à Gaza et à 7.1% au Liban, ce taux était de 9.2% à Gaza en 2014 et de 14.8% au Liban en 2006. Le Corps médical de Tsahal indique que cette baisse du taux de létalité est liée à l’amélioration de la prise en charge et du traitement des soldats blessés sur le champ de bataille, avec pour la première fois la réalisation de transfusions de sang total sur la zone, dont 300 soldats auraient bénéficié. La présence d’officiers médicaux supérieurs au sein de chaque unité élémentaire a également contribué à améliorer la prise en charge des soldats blessés, avec un temps moyen inférieur à 4 minutes entre la blessure et l’arrivée du médecin, ce délai est de 10 à 25 minutes au Liban en 2006. 

Enfin en termes de transport, il faut en moyenne 66 minutes à un blessé évacué par hélicoptère depuis Gaza pour rejoindre un hôpital et 84 minutes depuis le Liban. Par voie terrestre ces durées sont respectivement de 91 et 111 minutes. Ces chiffres indiquent que les opérations de Tsahal à Gaza et au Sud-Liban sont bien des opérations de haute intensité conduites face à des adversaires déterminés et bien équipés.Selon les autorités israéliennes 12000 soldats blessés ont suivi des programmes de réhabilitation physique depuis le début des opérations de Tsahal dans la bande de Gaza soit un peu moins de 1000 par mois. Sur ces 12000 soldats 66% sont des réservistes, 93% sont des hommes et 51% ont entre 18 et 30 ans. Le nombre de blessés a augmenté dans la zone Nord de 150% entre septembre et octobre dernier en raison de l’engagement de Tsahal au Sud-Liban avec plus de 900 blessés évacués vers les hôpitaux de la région en un mois. Enfin on apprend qu’au moins 1500 soldats ont été blessés au moins deux fois depuis le début des opérations. Même si les élongations logistiques restent relativement réduites, les chiffres communiqués montrent une véritable progression depuis les derniers engagements majeurs de Tsahal, tant dans le domaine de la maintenance que dans celui du traitement des blessés, permettant à l’armée israélienne de mener ses opérations dans de meilleures conditions. 

Ci-dessous les clichés du premier Merkava IV Barak détruit par un Engin Explosif Improvisé de forte puissance.

Les multiples offensives russes accentuent la pression sur l’Ukraine

Les multiples offensives russes accentuent la pression sur l’Ukraine

Un mortier ukrainien en action près de Pokrovsk (Photo Diego Herrera Carcedo / ANADOLU / Anadolu via AFP)

La guerre de « trois jours » lancée par les Russes en février 2022 (il y a bientôt mille jours) a tout d’un fiasco. Les gains territoriaux initiaux, dans le nord et le sud de l’Ukraine, ont été perdus ; l’armée russe connaît une saignée sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale et les irréductibles Ukrainiens soutenus par les Occidentaux continuent de lui tenir tête.

Néanmoins plus de 18 % du territoire ukrainien, si l’on compte la Crimée et les secteurs du Donbass déjà aux mains des Russes depuis 2014, échappent au contrôle de Kiev. En outre les efforts insensés de l’armée russe lui permettent actuellement de grignoter des pans de l’est de l’Ukraine. Au cours de chacune des dernières semaines, les gains territoriaux russes au détriment des Ukrainiens ont varié de 160 km2 à 200 km2 selon le cartographe français « Poulet Volant « . L’objectif est d’arriver en force à la future table de négociations, surtout si est acceptée l’idée de Donald Trump d’imposer une fin des hostilités figeant le front et entérinant de facto les conquêtes territoriales russes.

C’est pourquoi le pouvoir russe entend atteindre des objectifs nouveaux et précis.

D’abord, chasser les forces de Kiev du territoire russe en reconquérant la poche au sud de Koursk aux mains des Ukrainiens depuis août dernier. D’où le déploiement suspecté de quelque dix mille soldats nord-coréens aux côtés des Russes.

Ensuite, multiplier les coups de boutoirs dans l’Est, de Koupiansk (nord du Donbass) à Robotyne (sud du Donbass), à proximité de la grande ville de Zaporijia. Du nord au sud, les forces russes attaquent donc en masse sur plusieurs axes. Un de leurs objectifs est la ville de Koupiansk où ils ont tenté une incursion mercredi13 novembre. Ils visent aussi Sloviansk, Chassiv Yar, Kostiantynivka et Pokrovsk où les combats acharnés saignent les deux camps.

Enfin, couper les voies de communication routières (dont les nationales H-2O et T-0504) et ferroviaires et empêcher l’arrivée des renforts et du ravitaillement vitaux pour les défenseurs du sol ukrainien. Malgré les avancées russes, les pertes humaines et la lassitude, ces derniers ont toujours le soutien d’une majorité de la population. En effet, à 58 %, les Ukrainiens restent opposés à des concessions territoriales à la Russie pour obtenir la paix, selon un sondage publié mardi par l’institut international de sociologie de Kiev (KIIS).