Donald Trump exigera un effort de défense de 3% PIB aux européens s’il est élu

Donald Trump exigera un effort de défense de 3% PIB aux européens s’il est élu

Pour Donald Trump, l’effort de défense des pays européens constitue, depuis de nombreuses années, l’un de ses thèmes de campagne préférés. Flattant l’ego de son électorat, il dénonce le trop faible niveau des investissements défense en Europe, obligeant les États-Unis à protéger ces pays, et aux contribuables américains, de payer pour la sécurité des allemands, belges et roumains.

Le candidat Républicain pour la campagne présidentielle 2024, avait déjà menacé les européens de cesser de les protéger, s’ils ne « payaient pas ce qu’ils devaient aux États-Unis ». Il est revenu sur ce thème, à l’occasion de son intervention devant la national Guard Association.

Pour l’occasion, il a promis d’exiger, rien de moins, des européens, qu’ils dépensent au moins 3 % de leur PIB dans le cadre de l’OTAN. Il est donc utile de revenir sur le fonctionnement de l’Alliance Atlantique, et sur le pouvoir dont disposent effectivement les États-Unis, vis-à-vis des états-membres, pour comprendre la portée de ces menaces, bien plus réelles qu’il n’y parait de prime abord.

Sommaire

Le sous-investissement des européens au sein de l’OTAN : un thème récurrent pour Donald Trump depuis 2016

Le thème du sous-investissement chronique des pays européens membres de l’OTAN, est un sujet récurrent pour Donald Trump. Déjà, lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2016, il avait mené plusieurs charges contre les capitales européennes, accusées de faire reposer leur sécurité sur la protection américaine, sans jamais les payer en retour.

Donald Trump Merkel 2020
Les relations entre Donald Trump et Angela Merkel ont longtemps été difficiles.

Lors de son mandat présidentiel, il s’était à plusieurs reprises montré particulièrement véhément vis-à-vis de ses homologues européens, provoquant notamment une sourde colère de la part de la chancelière allemande, Angela Merkel.

C’est suite à cet épisode que celle-ci s’engagea, aux côtés d’Emmanuel Macron nouvellement élu, dans plusieurs grands programmes de défense franco-allemands, comme SCAF, MGCS ou CIFS, tout en soutenant l’émergence d’une Europe de la Défense, et même d’une armée européenne.

Comme souvent avec Donald Trump, ces agressions ne durèrent qu’un temps. Et une fois les relations germano-américaines apaisées, à partir de 2018, A. Merkel prit certaines distances avec les positions exprimées peu de temps avant cela, ceci menant à l’abandon de plusieurs des programmes lancés peu de temps auparavant, comme MAWS et Tigre 3, parfois au profit d’équipements américains.

Cependant, si, en 2020, seuls 5 pays européens avaient effectivement atteint, ou dépassé, un effort de défense représentant 2 % du PIB, imposé lors du sommet de l’OTAN de Londres de 2014, la situation est très différente aujourd’hui. Ainsi, en 2023, 10 pays européens atteignaient ou dépassaient ce seuil, alors qu’ils seront, selon l’OTAN, 23 en 2024.

À l’exception de certains pays, comme la Belgique, l’Espagne ou l’Italie, qui n’ont pas produit de trajectoire budgétaire pour respecter cet objectif pour 2025, l’effort de défense européen a augmenté, en moyenne, de plus de 40 % depuis 2017, la moyenne européenne s’établissant à 2,15 % du PIB pour 2024.

L’Europe ne sera plus en situation de faiblesse militaire d’ici à 2030

Au-delà de cette progression remarquable depuis 2017, beaucoup de pays se sont engagés dans une trajectoire visant à encore davantage augmenter leur effort de défense d’ici à 2030, pour atteindre alors, en Europe, un effort de défense moyen de 2,4 % de PIB.

OTAN effort de défense par pays 2024
En 2024, 23 pays européens auront atteint l’objectif d’un effort de défense supérieur ou égal à 2% PIB exprimés en $ 2015 (source OTAN).

Ce faisant, l’Europe, ou plutôt les pays européens membres de l’OTAN, disposeront d’un budget annuel défense entre 550 et 600 Md$, soit 65 % du budget des États-Unis, pour un écart de seulement 0,45 % du PIB, si l’effort de défense US restait à 2,9 % PIB comme aujourd’hui.

En outre, il serait quatre fois plus important que le budget de la défense russe, de quoi compenser l’écart d’efficacité d’investissement entre les deux blocs. En d’autres termes, sur la simple trajectoire actuellement suivie, les Européens seront parvenus, d’ici à 2030, à neutraliser la menace militaire conventionnelle Russe, ne dépendant plus des États-Unis que pour la dissuasion, et certaines capacités de renseignement, de commandement et de communication.

Il faudra, évidemment, plusieurs années avant que les hausses d’investissements en Europe, permettent de faire évoluer sensiblement le rapport de force. Toutefois, cette trajectoire est largement suffisante pour permettre, au besoin, aux forces américaines de réduire sensiblement leur empreinte sur le sol européen, dans les années à venir.

S’il retourne à la Maison-Blanche, Donald Trump promet d’imposer aux européens un effort de défense à 3 % PIB

Logiquement, donc, Donald Trump devrait avoir toutes les raisons d’être satisfait de cette trajectoire européenne, d’autant que parallèlement, dans le Pacifique, l’Australie, la Corée du Sud et le Japon ont, eux aussi, sensiblement accrus leurs moyens dans ce domaine.

Pourtant, à l’occasion de son intervention devant la National Guard Association, lors de sa conférence annuelle qui se tenait, cette année, à Detroit, l’ancien président, et candidat républicain aux élections présidentielles de novembre 2024, s’en est à nouveau pris vivement aux Européens, et à leur effort de défense.

OTAN Sommet de Bruxelles 2019
Sommet de Bruxelles de l’OTAN en 2019.

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Frappes du Hezbollah sur Israël : un embrasement évité ?

Frappes du Hezbollah sur Israël : un embrasement évité ?

Interview Le point de vue de Didier Billion – IRIS – publié le 27 août 2024

 

Si les relations entre Israël et le Hezbollah libanais ont toujours été marquées par une importante conflictualité, un nouveau chapitre particulièrement tendu s’est ouvert à la suite des attentats du 7 octobre et des bombardements massifs sur Gaza. Plus proche allié de l’Iran au sein de l’« axe de la résistance » dirigé contre l’État hébreu comprenant également les Houthis au Yémen, le Hamas, la Syrie et divers groupes chiites en Irak, le Hezbollah dirigé par Hassan Nasrallah s’est montré particulièrement actif ces derniers mois. Alors que le meurtre du chef du Hamas Ismaël Haniyeh au cœur de Téhéran a ajouté de l’huile sur le feu dans une région déjà au bord de l’implosion, le Hezbollah a en effet lancé le 25 août une attaque d’envergure visant des structures militaires israéliennes. Une escalade pouvant mener à un embrasement régional est-elle envisageable dans ce contexte ? Entretien avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS en charge du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord de l’IRIS.

Dans quel contexte s’inscrit l’attaque du Hezbollah du 25 août 2024 ? Quels étaient les objectifs poursuivis par le Hezbollah ?

Il y a en réalité un double contexte pour comprendre les opérations militaires croisées du dimanche 25 août. Le contexte général, tout d’abord, qui réside bien sûr dans la montée des tensions régionales depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et qui n’a cessé de s’accroître depuis lors en raison de la politique à caractère génocidaire menée par l’État d’Israël contre la bande de Gaza. Le massacre méthodique organisé par les autorités israéliennes à l’encontre de la population gazaouie s’élève à ce jour à près de 40 000 morts – en réalité beaucoup plus sans qu’il soit possible de fournir un chiffre précis au vu de l’ampleur du désastre – dont une immense majorité de civils, et par la destruction de toute vie sociale possible pour de nombreuses années.

Le contexte plus conjoncturel est en rapport avec l’assassinat de Fouad Chokr – un des principaux responsables militaires du Hezbollah et bras droit de Hassan Nasrallah – le 30 juillet dernier à Beyrouth. Considérant l’importance politique de cette perte ainsi que le lieu où l’assassinat s’est produit, le Hezbollah ne pouvait le laisser impuni et avait fait des déclarations en ce sens à plusieurs reprises. Mais c’est en réalité Israël qui a lancé, dans la nuit de samedi à dimanche, une opération préventive de destruction des lances rampements de roquettes du Hezbollah pour empêcher l’opération d’envergure promise par ce dernier de se concrétiser.

Au lendemain de cette attaque, quelle a été la réponse d’Israël ? Quel bilan peut-on dresser de ces attaques pour chacune des parties ?

Le Hezbollah, par la voix de son secrétaire général Hassan Nasrallah, a précisé lors d’une conférence de presse organisée le soir même des opérations que les objectifs des tirs de roquettes Katioucha – dont les experts considèrent qu’ils s’avèrent peu précis et facilement interceptables – et de drones se concentraient sur onze bases militaires dont notamment celle de Glilot, près de Tel-Aviv, qui serait une base du renseignement militaire israélien et du Mossad, le service de renseignement extérieur. Aucune frappe du Hezbollah n’a visé de villes israéliennes ce qui indique assez bien les limites que le groupe militaire libanais s’est fixé lui-même.

Comme évoqué précédemment, la partie israélienne a, pour sa part, indiqué que les frappes effectuées par son aviation – une centaine d’avions mobilisés semble-t-il – avaient visé des milliers de rampes de lancement du Hezbollah. Chiffre immédiatement démenti par ce dernier.

Le bilan exact est quasi impossible à connaitre puisque, comme toujours dans ce type de situation, on peut considérer que les déclarations triomphalistes formulées de part et d’autre sont très largement exagérées et qu’en réalité les tirs croisés massifs n’ont en rien modifié les rapports de force militaires entre les deux belligérants.

Il est enfin à noter que si les États-Unis ont réaffirmé leur soutien sans faille à Israël ils n’ont visiblement pas participé aux interceptions des roquettes lancées par le Hezbollah.

Ce bref épisode indique à la fois la volatilité de la situation régionale mais aussi les limites que se posent chacune des parties. En tout cas dès la journée de dimanche chacun des protagonistes déclarait explicitement qu’il désirait en rester là à ce stade. Le Hezbollah ne peut certes laisser impuni les assassinats à répétition de ses responsables, au risque de se décrédibiliser, mais il a parfaitement conscience qu’il n’a aucun intérêt à lancer une offensive militaire d’ampleur contre Israël. Celle-ci, risquerait en retour non seulement d’être très préjudiciable à un Liban déjà extrêmement affaibli mais surtout amoindrirait le rôle politique de premier plan acquis dans le pays par le Hezbollah.

Israël pour sa part est dans une logique radicalement différente mais non exempte de contradictions. On comprend depuis des semaines que Benyamin Netanyahou cherche à régionaliser le conflit de façon à ressouder ses soutiens occidentaux, principalement états-uniens, qui sont verbalement de plus en plus critiques quant à la fuite en avant dont fait preuve chaque jour le gouvernement israélien. Pour autant, ce dessein de régionalisation ne reçoit pas l’agrément des puissances occidentales qui craignent plus que tout un risque d’embrasement susceptible de rapidement devenir incontrôlable.

Quel est à ce jour l’état des capacités militaires de l’« axe de la résistance » face à celle d’Israël ? Doit-on s’attendre à une escalade régionale du conflit après près d’un an de guerre à Gaza ?

Il faut prendre garde à ne pas raisonner principalement en termes de rapports de forces militaires, mais avant tout en termes politiques. Néanmoins, chacune des composantes dudit « axe de la résistance » possède des capacités opérationnelles qu’il est à la fois difficile à évaluer précisément mais qu’il serait vain de nier ou de sous-estimer. Rappelons tout d’abord quelles sont les principales forces de cet ensemble finalement composite.

Le Hamas et le Jihad islamique, bien que non éradiqués contrairement aux objectifs maintes fois réaffirmés de Benyamin Netanyahou, sont considérablement affaiblis et ne sont pas en situation d’une quelconque offensive.

Les milices chiites irakiennes proches de l’Iran, possèdent des capacités opérationnelles réelles, qui se déclinent notamment par des attaques contre des intérêts états-uniens sur le sol irakien, mais ne sont pas en situation de lancer une offensive à l’extérieur, justement en raison de leur caractère milicien.

Les houthis yéménites ont a contrario étonnamment démontré une aptitude opérationnelle qui induit de réels effets sur le trafic maritime en mer Rouge et son prolongement septentrional qu’est le canal de Suez. Pour autant s’ils possèdent un réel savoir-faire militaire, leur force réside surtout sur leur capacité à perturber le commerce international, ce qui n’est pas négligeable, convenons-en.

Passons rapidement sur la Syrie dont les capacités de l’armée à mener des opérations extérieures sont quasi nulles en raison des conséquences dévastatrices de la guerre civile.

Comme déjà mentionné, le Hezbollah possède un impressionnant potentiel militaire, particulièrement déployé à la frontière septentrionale de l’État hébreu, mais nous savons qu’il ne peut s’en servir véritablement pour les raisons politiques déjà évoquées.

Enfin l’Iran qui à la différence de tous les acteurs mentionnés est un acteur étatique possédant une variété de moyens militaires opérationnels et pouvant indéniablement causer pertes et dégâts en Israël, mais qui craint plus que tout d’être engagé dans un engrenage qu’il ne maitriserait pas dans le cas d’un conflit frontal avec Israël.

Pour une raison évidente, ce serait une erreur de perspective complète que de simplement additionner ces forces militaires. Chacune des composantes de l’axe de la résistance partage certes la même rhétorique sur l’« ennemi sioniste » – et plus généralement contre l’impérialisme états-unien – mais chacune possède de facto son propre agenda politique national qui rend quasi impossible une attaque concertée contre Israël. D’autant que chacune de ces forces comprend aussi parfaitement que dans le cas d’une telle attaque, la réaction de Washington serait foudroyante et ferait alors entrer les opérations militaires dans une autre dimension dans laquelle cet « axe de la résistance » n’aurait probablement rien à gagner.

L’Occident doit « se préparer à des temps très durs » : l’alerte du chef d’état-major des armées françaises

L’Occident doit « se préparer à des temps très durs » : l’alerte du chef d’état-major des armées françaises

Thierry Burkhard, le 26 juin 2024, à Paris ( AFP / BERTRAND GUAY )
 
information fournie par Boursorama avec Media Services 28/08/2024

Le général Thierry Burkhard a mis en garde les dirigeants de grands groupes français face à la « récusation du modèle occidental » qui gagne le monde.

« On va devoir vivre avec ». Devant un parterre de dirigeants d’entreprises, le chef d’état-major des armées françaises a prévenu face à la remise en cause inexorable du « modèle occidental » à travers le monde, appelant à « se préparer à des temps assez durs, sinon très durs, pour l’Occident ».

« On entre résolument dans une nouvelle ère, un Occident qui est contesté (…) et une fragmentation de l’ordre international extrêmement forte« , a averti le général Thierry Burkhard devant les responsables du Medef et de dix grands groupes français, mardi 27 août.

Cet ordre international « a été fondé sur le droit, construit par le monde occidental et on nous reproche de l’avoir construit pour le monde occidental », a-t-il ajouté, décrivant « en parallèle la montée d’un ordre alternatif (…) qui veut nous pousser dehors ».

Garnir les effectifs

Le général intervenait à Paris lors d’une cérémonie de lancement du partenariat ProMilès entre ces groupes et l’armée, visant notamment la reconversion des soldats blessés dans le secteur privé, le renforcement de la réserve et l’emploi des conjoints de militaires. En avril, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait indiqué vouloir moderniser le recensement pour identifier « en continu » les compétences de volontaires susceptibles de renforcer la réserve militaire. Le président de la République, Emmanuel Macron, veut doubler le nombre de réservistes, actuellement de 40.000, qui viennent en appui des plus de 200.000 militaires de l’armée française.

« Le recours à la force est désinhibé et apparaît comme la manière la plus forte d’imposer sa volonté et de résoudre les différends », a poursuivi le général Burkhard.  » Ne croyons pas qu’on va revenir au monde d’avant. Ce qui se met en place, on va devoir vivre avec ».

Les entreprises concernées, du domaine militaire (KNDS, Thalès, Dassault Aviation…) ou non (Société Générale, Michelin, Schneider Electric…) s’engagent via ce partenariat à « conforter ou initier » leurs relations avec la formation militaire pour une durée renouvelable de cinq ans. Parmi les facteurs stratégiques essentiels des années à venir, le militaire a aussi cité la guerre informationnelle, dans laquelle « nos compétiteurs agissent de manière extrêmement forte ».

Il a également cité le changement climatique comme « catalyseur de chaos, en termes de guerre d’accès aux ressources, de déplacement de population ou de famine ».

Les opinions européenne et française dans la guerre hybride

Les opinions européenne et française dans la guerre hybride

Par Laurent Chamontin – Diploweb – publié le 27 août 2024  

https://www.diploweb.com/7-Les-opinions-europeenne-et.html


Laurent Chamontin (1964-2020), était diplômé de l’École Polytechnique. Il a vécu et voyagé dans le monde russe. Il est l’auteur de « L’empire sans limites – pouvoir et société dans le monde russe » (préface d’isabelle Facon – Éditions de l’Aube – 2014), et de « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol », éditions Diploweb 2016.

Longtemps avant la relance de la guerre d’agression russe le 24 février 2022, Laurent Chamontin (1964-2020) a vu juste sur la Russie de Poutine et ses ambitions impériales à l’encontre de l’Ukraine. Il fait partie des quelques experts qui ont mis à disposition des faits à considérer et des analyses à intégrer pour ne pas être surpris. En accès gratuit, le Diploweb a publié dès août 2016 son ouvrage « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol ». L. Chamontin alertait non seulement sur les visions impériales de Moscou mais aussi sur les dangers de la désinformation russe, (Cf. Chapitre 6. « La guerre de l’information à la russe, et comment s’en défendre »). Créé en 2021, le Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) ne cesse depuis de mettre à jour des actions de désinformation russes à l’encontre de la France. Chapitre par chapitre, la publication numérique de l’ouvrage de L. Chamontin a été achevée en février 2017 par le chapitre « Le rôle crucial de l’Europe dans la résolution de la crise ukrainienne ». Après la publication numérique gratuite, le Diploweb en assuré la publication aux formats Kindle et livre papier, par Amazon. Sous ces trois formats, le livre « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol » a reçu un bel accueil. Ce dont témoigne d’ailleurs en creux sur Amazon la hargne de quelques trolls pro-russes aux commentaires pathétiques, hommages involontaires à la pertinence d’une pensée critique argumentée et toujours nuancée. Ce qui les gêne, c’est la mise à disposition d’éléments de connaissance qui réduisent l’efficacité de leurs manipulations mentales.

Laurent Chamontin est décédé le 15 avril 2020 de la combinaison d’un cancer et du Covid-19. Il nous manque humainement et intellectuellement tant sa lucidité aurait été la bienvenue pour éclairer la relance de la guerre russe en Ukraine. Cette dernière exerce des effets de long terme sur la reconfiguration stratégique de l’Europe géographique. C’est pourquoi il est utile de (re)lire un auteur qui avait su en distinguer les signes annonciateurs. La grâce de l’écriture et les possibilités de la publication internet permettent de remettre en avant son analyse contextualisée, puisque chaque page HTML porte en pied la date de publication initiale. Chacun saura trouver dans ces lignes rédigées en 2016 des réflexions pour aujourd’hui.

L’opinion européenne a été prise à froid par la crise russo-ukrainienne : soumise à un feu roulant de propagande et au travail de sape des groupes de pression du Kremlin, au sujet de pays qu’elle connaît mal, elle peine encore aujourd’hui à admettre la réalité et l’importance du conflit. Dans le cas français, se surimposent à tout ceci une tradition anti-américaine parfois très excessive, et une russophilie qui n’a rien de répréhensible en soi mais qui ne facilite pas la compréhension de la singularité russe, ni d’ailleurs celle des causes de la chute de l’URSS. Il s’agit ici d’un ensemble de facteurs pesants, même si au total l’opinion n’a pas trop mal résisté au choc.

Une opinion prise à froid par les évènements

LE MONDE CHANGE, et il change vite. Le public découvre avec stupeur que la mondialisation heureuse, celle des plages de l’île Maurice, a aussi sa face noire. Cette prise de conscience est spécialement pénible pour les Européens, qui ont la malchance stratégique d’être entourés de deux zones où la modernisation est particulièrement laborieuse – nous aurons l’occasion d’y revenir en conclusion.
Depuis en fait le début des printemps arabes en 2011, les habitants de notre continent sont quotidiennement confrontés à des crises qui les concernent mais se déroulent dans des pays qu’ils connaissent mal, dont il faut apprendre à toute vitesse la géographie, la composition ethnique et la culture.

En ce qui concerne l’espace anciennement soviétique, il faut de plus tenir compte d’une réalité qui a évolué brusquement au début des années quatre-vingt-dix, mettant le public, ou du moins sa part la plus âgée, face à des pays nouveaux, qu’il a du mal à se représenter.
Parmi ceux-ci, la Russie fait bien sûr ici exception, du fait de la continuité qu’elle a maintenue avec l’Empire via l’URSS sur le plan des perceptions, et aussi du fait qu’elle conserve bon nombre des attributs soviétiques de la puissance – une taille encore suffisante pour être le plus vaste pays du Monde, l’arme nucléaire, et un siège au conseil de sécurité de l’ONU, pour ne citer que les principaux.
Comme nous l’avons détaillé au chapitre précédent, face à ce contexte complexe et angoissant, l’opinion est de plus soumise au travail de sape des groupes de pression du Kremlin, avec une dissymétrie fondamentale, puisqu’une action en sens inverse se heurte à des difficultés considérables du fait du verrouillage autoritaire de la société russe ; et elle doit faire face à ses propres démons, ceux qui par haine d’eux-mêmes font de l’Occident la source de tous les maux.
Cependant, le désarroi du citoyen provient aussi d’une difficulté importante à comprendre le point de vue de l’autre ; pour le dire schématiquement, l’idée que Moscou puisse choisir la voie de l’aventurisme militaire au détriment de la croissance et de la stabilité à ses frontières, qui est pourtant un fait patent, est rarement menée jusqu’à ses ultimes conséquences, dans la mesure où il est difficile de se représenter la forme de rationalité qui la sous-tend.
D’où par exemple la floraison de propositions [1] qui prônent la reconnaissance du fait accompli en Crimée, au nom du « réalisme ». Passons sur le fait que ces propositions font bon marché du fait inouï qu’un membre permanent du conseil de sécurité ait bafoué un accord lié à la non-prolifération (la Russie ayant garanti les frontières de l’Ukraine en échange de la dénucléarisation de cette dernière) ; au-delà de cette désinvolture, elles signalent aussi une incapacité complète à comprendre la nature de la menace.

Encore une fois, l’option d’une fuite en avant mettant Moscou aux prises avec l’OTAN ou une déstabilisation complète de la zone ne peuvent pas être aujourd’hui complètement exclues, compte tenu de ce que nous avons appris des blocages de la société russe et de l’instabilité intrinsèque qui en découle. Le fait de donner une prime au premier pas, sans de très solides contreparties qui ne sont jamais mentionnées, ne fait dans un tel contexte qu’augmenter la sensation d’impunité et donc le danger.
Au fond, le Narcisse postmoderne, l’hédoniste de la guerre à zéro mort imaginait paresseusement que les États post-soviétiques s’aligneraient à plus ou moins long terme sur son mode de vie, d’autant que ses dépenses militaires étaient au plus bas et que l’OTAN s’était judicieusement abstenue d’installer des bases aux frontières de la Russie. Au-delà d’une résistance à la réalité pénible de l’augmentation du risque, certes compréhensible après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale, les conflits qui surviennent à ses portes ont de la peine à se frayer un chemin dans une psychologie qui favorise le relativisme des opinions, la psychologie de ceux qui pratiquent «  la fuite devant l’épreuve de la coexistence conflictuelle  » selon Marcel Gauchet [2].

Quand on est dépolitisé aussi profondément que notre Narcisse, et fermement convaincu que rien ne justifie de mourir pour des idées, qu’on ignore les réalités consternantes de l’État friable post-soviétique, les martyrs de l’Euromaïdan comme l’idolâtrie dont Vladimir Poutine est l’objet en Russie sont des réalités difficilement appréhendables.
Cela n’empêche pas d’ailleurs la résurgence périodique du mythe de l’homme fort, ou providentiel, dont le maître du Kremlin est soudain censé représenter l’archétype ; il faut y voir la réaction d’une opinion, confrontée aux lenteurs d’une société aux processus complexes, et soudain tentée par les vertus du court-circuit.
L’enthousiasme soudain pour un sauveur, plus doué pour mettre en scène sa résolution à la télévision que pour se soucier des conséquences de ses actes, dont le président George W. Bush est un exemple aussi emblématique que déplorable, est un phénomène indéniable.
Il est clair qu’il est difficile de construire un nouvel aéroport (ou de décider d’abandonner ce projet) avec des procédures de concertation exhaustives comme nous en avons en France ; mais il est également assuré que la mise en scène de la pacification de la Tchétchénie par Vladimir Poutine, pour totale qu’elle soit, a fait des victimes par dizaines de milliers. En d’autres termes, le récit du héros pliant la réalité à ses désirs est tout à fait incompatible avec l’exercice des valeurs démocratiques d’écoute et de concertation.
Malgré cet argument de bon sens, il est à craindre que le spectre de G. W. Bush ne vienne encore longtemps polluer le jeu démocratique, y compris dans les sociétés libérales ; c’est en particulier vrai dans le cas français où subsiste dans une partie de l’opinion une nostalgie bonapartiste, que les conditions de la prise de décision dans le Monde moderne rendent de plus en plus surannée.


Un livre également édité par Diploweb.com via Amazon, format papier et format Kindle

7 - Les opinions européenne et française dans la guerre hybride
L. Chamontin. Ukraine et Russie. Pour comprendre.
Laurent Chamontin, « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol », éditions Diploweb 2016. Un classique également disponible sur Amazon format papier et format Kindle

Laurent Chamontin, « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol », éditions Diploweb 2016. Un classique également disponible sur Amazon format papier et format Kindle


Le cas de la France

Cela sort de notre propos, mais il faut quand même le rappeler en préambule : les États-Unis, pour n’être pas exempts de toute critique, par exemple au sujet de l’intervention en Irak, cultivent des valeurs de démocratie et de liberté ; ils garantissent la libre circulation sur les mers, la sécurité de l’Europe et jouent un rôle crucial dans la lutte contre la prolifération nucléaire.
L’antiaméricanisme français, qui prend sans doute sa source dans le recul de la puissance nationale au XXème siècle et dans le deuil laborieux auquel il contraint, a cependant le privilège inégalable d’être dans certains milieux érigé en dogme ; comme nous l’avons évoqué plus haut, la guerre en Ukraine, dans cette optique, est surtout vue comme une occasion de régler des comptes avec l’oncle Sam, ce qui a pour effet déplorable de détourner de la compréhension de ce qui se passe en réalité.

Il faut cependant mentionner, à côté de cet antiaméricanisme pathologique, une certaine tradition de russophilie française, transférée de l’Empire à l’URSS puis à la Fédération de Russie, qui a pour elle le poids de la géopolitique et de l’Histoire, conserve sa force jusqu’à aujourd’hui, et n’a rien de répréhensible en soi.
De fait, l’éloignement entre les deux pays permet aux Français d’attribuer spontanément à leur contrepartie un statut de puissance lointaine, et leur évite donc de se confronter aux inconvénients de leur voisinage, ce qui n’est pas le cas des Baltes ou des Polonais. Dans les faits, de l’alliance franco-russe de 1894 jusqu’en 1945, Moscou a joué pour Paris le rôle d’une puissance de contrepoids face à l’Allemagne ; et, dans les années soixante, la relation entretenue avec le Kremlin a permis au général De Gaulle de cultiver sa différence par rapport aux États-Unis, dans un contexte où ceux-ci tendaient un peu trop à considérer l’Europe comme quantité négligeable.
Dans la mesure où certains « gaullistes » d’aujourd’hui se laissent attirer par les sirènes du culte de Vladimir Poutine, il importe au passage de préciser quelques points à ce sujet, et en premier lieu, que l’homme du 18 juin est l’auteur de la déclaration définitive selon laquelle «  un État digne de ce nom n’a pas d’amis  » ; ensuite, qu’il était un lecteur averti de Custine [3], et qu’à ce titre il n’avait aucune illusion sur l’Union Soviétique, ni sur l’ouverture de la civilisation russe à la démocratie libérale ; et enfin, qu’il était porteur d’une vision et d’un sens de l’honneur dont l’ensemble de notre propos suggère qu’ils pourraient ne pas être le lot de l’homme du Kremlin.

Cependant les excès de la russophilie française ne se limitent pas au culte de Vladimir Poutine, qui ne concerne au fond que les bonapartistes que nous évoquions plus haut.
Tout au long du XXème siècle, le public français aura ainsi été abreuvé de thèses progressistes sur la révolution russe, censée être une étape majeure sur le chemin de la société sans classes. Cette grille explicative s’appuyait sur une vision abstraite du développement des sociétés humaines, supposé suivre les mêmes étapes dans toutes les aires culturelles.
Sans doute faut-il attribuer à ce contexte particulier le fait que l’Histoire de la Russie des tsars de l’Américain Richard Pipes [4], dont l’approche est complètement différente, ait dû attendre pendant près de quarante ans une traduction dans notre langue, même si bien sûr l’antipathie déclarée de Pipes pour l’expérience soviétique a aussi joué son rôle. Il ne faisait pas bon, dans les années soixante-dix, être qualifié de « réactionnaire ».
Quoi qu’il en soit, l’un des mérites de cet ouvrage fondamental est de mettre en évidence les continuités essentielles qui existent entre la Russie impériale et l’URSS en matière de développement étatique – en d’autres termes, il souligne de manière convaincante le caractère très russe de la révolution de 1917 et de l’expérience soviétique qui s’en est ensuivie, ainsi que la continuité du développement de l’État policier…
Dans une société française dont l’un des travers est de s’accrocher à des vérités supposées sacrées (l’Algérie française, les Ardennes infranchissables…) au prix de démentis cinglants, une thèse de ce type se heurte à la conviction rarement interrogée selon laquelle la Russie est un pays européen.

Il est pourtant utile, pour comprendre la Russie telle qu’elle est, de se pénétrer du fait suivant, difficilement contestable : que la construction de l’État russe, dans sa logique, n’a rien à voir avec l’État de droit, des origines à nos jours – un fait qui suffit à en faire une civilisation sui generis, certes influencée par l’Europe, mais tout à fait inassimilable à celle-ci.
De même, il faut sans doute soupçonner l’existence d’une inavouée nostalgie pour le modèle soviétique de l’emploi à vie dans une partie de la société française, pour expliquer un certain manque de curiosité à l’égard des causes et des conséquences de la chute de l’URSS – lesquelles, comme nous l’avons rappelé, brossent un tableau très éloigné des lendemains qui chantent de la propagande communiste…

Tout ceci explique l’acceptation aisée par l’opinion des discours de certains intellectuels français qui ont pour caractéristiques de mettre en avant une hypothétique «  marche de la Russie vers l’Europe  », à laquelle nous n’aurions pas suffisamment prêté attention, d’ignorer complètement le fait national ukrainien, pourtant difficilement contestable d’après les données que nous avons présentées, et de rester d’une discrétion de violette sur les logiques de prédation qui font l’instabilité fondamentale de l’État russe. On a connu Hélène Carrère d’Encausse, chef de file de ce courant d’interprétation [5], plus inspirée à d’autres époques…

Le public français est ainsi maintenu dans une ignorance regrettable d’intérêts nationaux qui ne s’arrêtent plus depuis longtemps à la frontière du Rhin : quand la Russie, en juillet 2015, déplace de quelques centaines de mètres la ligne de démarcation entre l’Ossétie du sud et la Géorgie, elle met la main sur un tronçon d’oléoduc qui approvisionne l’Occident en pétrole de la mer Caspienne. A-t-on prêté ici à cet incident l’attention qu’il méritait ?…
Ce que nous avons passé ici en revue, c’est un ensemble de facteurs pesants, qu’il ne faut pas ignorer et qui ne pourront évoluer que sur le long terme ; cependant, encore une fois, les opinions n’ont pas trop mal résisté au choc, ce qui est à mettre au crédit de la démocratie en tant que système. C’est un point sur lequel il va falloir maintenant bâtir, tant le rôle de l’Europe sera déterminant dans la suite de la crise, comme nous allons le voir maintenant.


Encadré 8

Que nous apprend sur la France l’affaire des « Mistral » ? par Bernard Grua, porte-parole du collectif « No mistrals for Putin »

En 2008, peu de temps après la guerre menée par le Kremlin contre la Géorgie, certains membres de l’État-Major russe font part de leur souhait d’acquérir des BPC (Bâtiments de Projection et Commandement) Mistral. Concrètement il s’agit d’acheter le nec plus ultra des navires d’invasion, ceux-ci étant construits par la France au chantier STX de Saint Nazaire. L’amiral Vyssotsky, chef d’Etat-Major de la Marine, déclare, que, dotées d’un navire de la trempe du Mistral, les troupes russes auraient gagné la guerre éclair menée contre la Géorgie « en quarante minutes au lieu de vingt-six heures »…
En dépit de l’opposition de nos partenaires de l’OTAN, et plus particulièrement des voisins de la Russie, devant la matérialisation de la menace stratégique qu’elle représente, en dépit de la désapprobation de nombres d’officiers généraux français, malgré la réprobation du syndicat CFDT de STX, le Président Nicolas Sarkozy finit par céder à toutes les exigences russes, y compris le système « Senit-9 » de pilotage tactique.
Le 25 janvier 2011, le gouvernement Fillon signe un contrat de 1,2 milliards d’Euros prévoyant la livraison de deux navires d’invasion Mistral (Vladivostok – automne 2014 et Sébastopol – automne 2015) équipés du « Senit-9 » ainsi que d’une flottille d’engins de débarquement.

Ce contrat militaire, le plus gros signé par une puissance occidentale depuis la fin de la Deuxième mondiale avec l’ex-URSS permet au constructeur, le chantier STX de Saint Nazaire, de garnir son carnet de commandes, désespérément vide à cette époque, fournissant ainsi du travail à environ 2 000 employés et sous-traitants.
Trois ans plus tard, la situation a bien changé : la Russie de Vladimir Poutine ayant annexé la Crimée, le gouvernement français se retrouve dans une situation de plus en plus inconfortable, avec la perspective de la livraison prochaine du premier BPC. Quant au chantier STX, ses perspectives économiques se sont considérablement redressées depuis 2011 ; il bénéfice d’un carnet de commande pléthorique et se trouve dans une situation de plein emploi.
Sur le plan international, au fur et à mesure que l’échéance approche, un seul pays, la Russie, se montre ouvertement favorable à la livraison. La plupart des États occidentaux et le Japon font connaître leur opposition, d’autant plus vivement qu’ils sont proches géographiquement de la Russie. Les autres pays sont neutres. À moins de se rapprocher encore plus clairement du régime de Poutine, la France est donc très isolée.

Il faut également compter avec l’émergence en mai 2014 du collectif « No Mistrals for Putin« , mouvement démocratique et décentralisé, lancé par une poignée de Français, qui lutte seul contre la livraison des Mistral. On peut y voir un exemple particulièrement encourageant d’une mobilisation endogène de la société civile ayant su rassembler par-delà les frontières un groupe de citoyens qui partagent les mêmes valeurs et une même vision consciente de l’Histoire en train de s’écrire, Histoire dans laquelle ils décident d’être acteurs.
Cependant, au sein de ce collectif créé en France, la part des Français reste faible : l’analyse des sympathisants de la communauté Facebook montre que ceux-ci ne constituent que 8 % du total, et qu’en termes de nombre de fans rapporté à la population totale, notre pays ne se trouve qu’à la 7ème place…

Bien plus, à de très rares exceptions près, aucune ONG, aucun homme politique, aucune association ne participent au mouvement contre la livraison des Mistral dans la patrie des droits de l’Homme. Le PS et le Gouvernement, après quelques mois cacophoniques, se voient imposer un mutisme absolu. Le Front National, le reste de l’extrême droite, les communistes, une bonne partie de l’extrême gauche et la plupart des hommes politiques de droite sont ouvertement pour la livraison, quand ils ne relayaient pas directement et consciemment la propagande du Moscou.

Entre juillet 2014 et septembre 2015, la presse du Kremlin, notamment par l’intermédiaire de « Sputnik« , paraissant en de nombreuses langues dont le français, se déchaîne littéralement en cherchant à affoler la population sur les conséquences d’une non-livraison. Ce pilonnage est repris par tous les médias ou blogs favorables au Kremlin avant de finir comme une vérité établie dans la pensée commune, reprise par les médias « mainstream ».
Quant au gouvernement, certes dans une position délicate, il met fort longtemps à sortir d’une position très ambiguë, illustrée par deux faits caractéristiques entre tant d’autres : l’annonce par François Hollande le 22 juillet 2014, 5 jours après la destruction du vol MH17 par un missile russe, de la décision ferme de livrer le Vladivostok en octobre de la même année ; et le 14 novembre 2014, le passage sous pavillon russe du Vladivostok, brutalement désactivé sans qu’on connaisse le fin mot de l’histoire quand « No Mistrals for Putin » a levé le lièvre.

Bien loin des explications par l’assujettissement à l’impérialisme américain, on peut raisonnablement penser que ce sont les représentants des pays européens à l’OTAN et au sein de l’UE qui font véritablement fait pencher la balance en faveur de l’abandon de la livraison, de même que les marchés polonais. La destruction du vol MH17, en juillet 2014 et l’implication du Kremlin dans la boucherie de la bataille d’Ilovaïsk, Donbass, en août 2014 y tiennent, de plus, une part considérable.
La victoire que représente l’abandon de la livraison sans préjudice financier majeur nous montre que, pour les grands défis internationaux, l’Etat français doit sortir de son mutisme et de ses « éléments de langage » afin de communiquer, à la population, les observations tangibles et prouvées dont il a connaissance. Elle nous force à reconnaître qu’il est inacceptable de laisser une puissance hostile occuper le champ médiatique français, déserté par ceux qui ont la charge de notre pays.


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Table des matières

Introduction. Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol

1 – Aux racines du conflit : la décomposition de l’URSS

2 – Géopolitique de l’ »Etranger proche »

3 – L’Ukraine : émergence d’un nouvel État-nation

4 – « Euromaïdan » : une lame de fond

5 – Russie : les risques d’une puissance instable

6 – La guerre de l’information à la russe, et comment s’en défendre

7 – Les opinions européenne et française dans la guerre hybride

Conclusion. Le rôle crucial de l’Europe dans la résolution de la crise ukrainienne

Le « Projet 2025 » : les démocrates l’adorent, les républicains l’ignorent

Le « Projet 2025 » : les démocrates l’adorent, les républicains l’ignorent

par Alexandre Mendel – Revue Conflits – publié le 28 août 2024

https://www.revueconflits.com/le-projet-2025-les-democrates-ladorent-les-republicains-lignorent/


Écrit sous l’égide de la très conservatrice Heritage Foundation, ce texte de plus de 900 pages, prévoit un plan d’action pour le futur mandat de Trump, sur une ligne dure et ultradroitière. La gauche américaine dénonce un fascisme rampant. Les républicains font mine de ne pas être au courant.

Observateur avisé des États-Unis, qu’il ne cesse de parcourir dans ses espaces ruraux comme urbains, Alexandre Mendel livre chaque semaine, en exclusivité pour Conflits, une « Lettre d’Amérique » pour décrypter les élections en cours.

C’est devenu un classique des meetings démocrates. Casquette Make America Great Again sur la tête, perruque blonde et cravate rouge portée trop longue, un sosie de Donald Trump est toujours présent pour égayer les supporters de Kamala Harris. Devant le gigantesque United Center de Chicago, où se tenait la convention démocrate la semaine dernière, un jumeau mal dégrossi du milliardaire signait d’immenses livres, aux tranches aussi épaisses que la liste des élus qui ont sacrifié Joe Biden quelques semaines auparavant. « Venez chercher votre Projet 2025 dédicacé ! » : la blague fait référence à un document intitulé Project 2025, long de 920 pages et dont le titre a dû être répété, pendant les trois jours de ce grand raout, une bonne centaine de fois par les personnalités invitées à prendre la parole devant plus de 5 000 délégués du parti.

La marque du complot

Si bien que Project 2025 est devenu une marque : celle du complot pour la gauche qui voit dans ce grimoire conservateur une feuille de route pour l’installation du fascisme en Amérique, et celle de l’embarras pour les trumpistes qui jurent, la main sur le cœur, qu’ils n’ont rien à voir avec ce mode d’emploi à destination des conservateurs. Aucun doute que Kamala Harris reprendra, face à Donald Trump, le 10 septembre prochain (si le débat est maintenu)  les arguments de la presse libérale américaine. À savoir que Donald Trump a puisé dans les propositions du Project 2025 pour nourrir son Agenda 47, le nom de son programme officiel. Mais que le véritable projet présidentiel du républicain, c’est tout le Project 2025.

« Sauver le pays de l’emprise de la gauche radicale. »

Comme souvent aux États-Unis (bipartisme aidant), les versions des deux camps sont très exagérées. Donald Trump était certes parfaitement au courant de l’existence de ce document et ses dénégations actuelles ne tiennent pas la route. Pour autant, les trumpistes, tout fascinés qu’ils puissent être parfois par l’autorité, et même par les régimes autoritaires, ne sont pas en train d’installer secrètement une dictature en Amérique. Les rédacteurs du Project 2025 sont bien connus des républicains. Ils n’ont rien d’illuminé se réunissant en secret pour fomenter un coup d’État : beaucoup d’entre eux ont travaillé dans l’administration Trump du temps où il était président et ce ne sont pas eux qui ont pu prévenir deux impeachments et une défaite.  Mais quand Trump affirme, sur son réseau Truth Social, qu’il « n’a aucune idée de qui se trouve derrière Project 2025 », il ment, d’autant qu’il dîne régulièrement avec ses auteurs qui ne font pas qu’écrire puisqu’ils sont aussi doués en matière de levée de fonds… pour sa campagne ! Parmi les auteurs, figurent l’ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows ou encore Stephen Miller, conseiller principal de Trump.

L’Heritage Foundation, think tank à l’origine de ce sulfureux pavé édite, depuis le premier mandat de Ronald Reagan, ces mémentos, faits de recommandations, à destination des républicains, à un rythme d’à peu près tous les deux ou trois ans. Leur objectif est écrit noir sur blanc : « Sauver le pays de l’emprise de la gauche radicale. » La différence, cette fois-ci, est que le Project 2025 semble être taillé sur mesure pour Trump s’il advenait qu’il soit élu. Ce pavé fait mention de Trump plus d’une centaine de fois. Surtout, il consacre certains thèmes chers au candidat républicain qui promet, en meeting et en interview, « d’être un dictateur le premier jour ». Ainsi, l’Heritage Foundation ne fait pas mystère de ses intentions en suggérant d’en finir avec la toute-puissance de l’État, un thème classique chez les républicains, mais qui ici prend une dimension très régalienne, à rebours de la tradition américaine. Il est ainsi prévu de « démanteler le gouvernement fédéral » par la mise en œuvre « d’une expansion radicale du pouvoir présidentiel sur l’appareil gouvernemental » sur une transition de 180 jours baptisée « manuel de jeu ». Concrètement cela consisterait à regrouper toutes les agences fédérales (FBI et CIA par exemple) sous l’unique responsabilité de l’exécutif, c’est-à-dire sous celle de Trump. Pour se justifier, les rédacteurs du texte interprètent l’article 2 de la Constitution américaine qui dispose que le pouvoir exécutif du pays « est dévolu au président ». C’est la théorie de « l’exécutif unitaire » qui écarte le Congrès dans le contrôle des agences fédérales et des nominations des hauts fonctionnaires les dirigeant.

Le Project 2025 va encore plus loin en permettant une sorte de chasse aux sorcières avec tests de loyauté des futurs fonctionnaires ou encore création d’une académie présidentielle pour former les nouveaux cadres du trumpisme amenés à rester à Washington bien après l’expiration d’un deuxième mandat de Trump. De tout cela, bien sûr, il n’est pas question dans l’Agenda 47. Trump lui-même parle de « bêtise abyssale », mais le mal est fait : en l’associant si fortement au candidat républicain, les démocrates en ont fait un repoussoir, voter pour Trump, c’est directement s’attaquer à la démocratie.

Et s’il n’y avait que ça ! À la recherche du soutien crucial des suburban women (les femmes de banlieue), Donald Trump qui tente de donner des gages à ce segment de l’électorat doit également s’expliquer sur la partie « famille » du Project 2025 qui prévoit que toutes les grossesses doivent être menées à terme, même en cas de danger de mort pour la mère ou que le mariage hétérosexuel est la seule forme d’union possible. Un peu beaucoup pour un candidat qui a promis, à la grande déception des évangéliques, de « garantir les droits reproductifs des femmes », allant jusqu’à utiliser cette terminologie démocrate qui horripile tant les conservateurs.

Des nouvelles du M10 BOOKER

Des nouvelles du M10 BOOKER

– le 26 août 2024

https://blablachars.blogspot.com/2024/08/des-nouvelles-du-m10-booker.html


L’armée américaine a accordé à General Dynamics Land Systems (GDLS) un nouveau contrat d’un montant de 322 millions de dollars. Le document qui est une modification du précédent contrat signé en juin dernier, permet de lancer la production d’un second lot de M10 Booker dans le cadre de la production des engins de présérie. La production des engins prévus par ce nouveau contrat devrait être effective avant octobre 2026 et devrait être répartie sur plusieurs sites de la firme américaine. Le M10 Booker devrait donner aux IBCTs (Infantry Brigade Combat teams) de nouvelles capacités aux unités d’infanterie dans le domaine de la mobilité et de la puissance de feu. Un total de 504 M10 Booker devrait être livré à l’armée américaine d’ici 2035, avec quatre premiers bataillons équipés d’ici 2030. Bien qu’il ne soit pas officiellement désigné sous le terme de « tank », le M10 Booker marque une évolution importante dans la conception des futurs engins blindés dont l’avenir pourrait se décliner autour d’engins plus légers, plus polyvalents et dotés de bonnes capacités d’agression.  

Parallèlement à la signature de ce contrat, le M10 Booker a franchi un nouveau jalon dans le cadre de son évaluation par l’armée américaine avec le premier embarquement de l’engin à bord d’un C-17 Globemaster III durant le mois d’aout. Une des exigences de l’état-major américain  était de pouvoir embarquer deux de ces engins à bord d’un C-17, imposait aux concepteurs de l’engin de limiter son poids au regard de la charge utile de l’avion américain qui peut embarquer 77,5 tonnes. L’engin dont le poids initial est annoncé à 38 tonnes peut recevoir jusqu’à 4 tonnes de blindage additionnel. Selon l’unité de transport (le 145ème Airlift Wing) aucun C-17 n’a volé avec deux M10 à bord, les clichés diffusés ne montrant qu’un seul engin à bord de l’avion. Il est probable que cette étape décisive sera franchie dans les mois à venir pour confirmer les aptitudes du nouvel engin américain et démontrer son aptitude à la projection et sa mobilité stratégique. 

 

Préparation à l’embarquement à bord du C-17

 

A bord de l’avion

Quels liens entre la guerre russe en Ukraine depuis 2022 et la relance du conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre 2023 ?

Quels liens entre la guerre russe en Ukraine depuis 2022 et la relance du conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre 2023 ?

Par Guillaume Ancel – Diploweb – publié le 23 août 2024 

https://www.diploweb.com/Quels-liens-entre-la-guerre-russe-en-Ukraine-depuis-2022-et-la-relance-du-conflit-israelo.html    


Guillaume Ancel est un ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, breveté de l’Ecole de Guerre et de l’Institut royal supérieur de défense de Bruxelles. Il a quitté l’armée de terre en 2005 pour rejoindre le monde des entreprises. Il est aussi chroniqueur radio et TV sur les sujets de sécurité et de défense. Il a publié aux Belles Lettres et chez Flammarion des récits particulièrement réalistes, suscitant de nombreux débats. Il est l’auteur du Blog Ne pas subir.

Une sorte de concurrence médiatique s’est établie entre ces deux conflits depuis le 7 octobre 2023, comme si l’opinion publique ne pouvait en suivre qu’un seul à la fois. Comme si l’opinion publique ne pouvait pas comprendre les interactions. Guillaume Ancel se livre à une intéressante réflexion sur les interactions entre deux conflits, leurs différences et leurs possibles points communs. Voilà qui illustre brillamment l’interdépendance des évènements à la surface de la planète.

JE suis souvent tenté d’associer, ou plutôt de relier ces deux conflits bien qu’ils soient séparés par 2 000 km de distance, des acteurs très différents et des contextes sans comparaison. Et pourtant, ces guerres – celle relancée par la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022 et celle déclenchée par le Hamas contre Israël par une attaque terroriste le 7 octobre 2023 – sont reliées par de nombreux points que je vais essayer de tracer, sans prétendre à l’exhaustivité.

Ces conflits en Ukraine et au Proche-Orient, déclenchés par des actes d’agression (invasion russe et attaque terroriste du Hamas) ont un impact direct sur nos sociétés occidentales et tout spécialement européennes. Le premier parce qu’il menace directement et militairement les pays européens, et particulièrement ceux qui se situent au contact de la Russie et d’une Biélorussie vassalisée par V. Poutine. Pas la peine de discuter longtemps avec nos amis finlandais, baltes ou polonais pour observer que cette guerre n’est pas un sujet virtuel mais une menace directe de leur intégrité.

Le second conflit, au Proche-Orient, concerne nos pays européens indirectement et socialement, puisque comme les nord-Américains, nos sociétés intègrent d’importantes communautés juives dont Israël est l’Etat refuge (qu’il leur faut soutenir) ainsi que de vastes communautés musulmanes qui ressentent une forme de solidarité pour les souffrances infligées au peuple palestinien, dont la bande de Gaza est emblématique.

Pour ces deux guerres, nos sociétés occidentales se sentent donc concernées et observent avec attention leur évolution quand pour beaucoup d’autres conflits malheureusement, elles estiment généralement une forme de détachement, probablement parce que « la paix, c’est quand il y a la guerre ailleurs » (Jacques Prévert).

 

Paris le 2 mai 2018. Guillaume Ancel
Guillaume Ancel
Ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, breveté de l’Ecole de Guerre et de l’Institut royal supérieur de défense de Bruxelles. Auteur de plusieurs ouvrages.
Ancel

Mais, au-delà de leurs impacts sur nos sociétés, ces guerres sont aussi reliées par certains de leurs acteurs. La Russie de Poutine affiche volontiers sa coopération militaire et politique avec l’Iran et la Corée du Nord. Si cette dernière semble « se contenter » de fournir des munitions que la Russie peine à produire pour bombarder massivement l’Ukraine, l’Iran joue elle un rôle de premier plan au Proche-Orient, en particulier par ses liens forts avec les rebelles Houthis au Yémen, plusieurs groupes armés en Irak, sa quasi-mainmise sur la Syrie d’Assad et le contrôle exercé sur le Hezbollah au sud du Liban.

L’Iran fournit par ailleurs des milliers de drones de combat à la Russie et probablement d’autres munitions qui manquent à Poutine pour sa guerre contre l’Ukraine. Il est étonnant d’observer qu’à ce titre, l’Iran n’ait pas fait l’objet de sanctions économiques et technologiques renforcées alors qu’il joue un rôle de premier plan pour le bombardement de cibles civiles en Ukraine. Tandis que les Occidentaux se torturent le cerveau au sujet de l’emploi des armes qu’ils fournissent à l’Ukraine.

Mais tous ces sujets sont connus, bien documentés et n’étonneront personne. Je vais décrire maintenant des événements moins voyants et qui méritent réflexion, en se rappelant que dans la guerre, ce qui est voyant n’est forcément important.

L’attaque terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 est arrivée à point nommé pour Poutine

A la fin de l’été 2023, la contre-offensive ukrainienne s’échinait à percer les lignes russes avec des moyens importants mais insuffisamment concentrés et combinés. En face, l’armée russe craignait de voir rompre cette digue longue de 1 100 km, trop longue pour être suffisamment puissante, un peu comme le mur de l’Atlantique qui avait été conçu pour ralentir un débarquement allié, pas pour l’empêcher. Une percée dans leurs lignes aurait pu être dévastatrice si elle avait créé un effet de débâcle dans une organisation militaire russe qui repose sur une centralisation rigide et l’absence de prise d’initiative.

Les alliés de l’Ukraine retenaient leur souffle mais commençaient à s’inquiéter… quand le Hamas a déclenché le 7 octobre 2023 son raid ultra violent contre Israël.

Les armées de Poutine jouaient à l’été 2023 une course contre la montre tandis que les Ukrainiens s’acharnaient avec l’énergie du désespoir. Début octobre 2023, deux des trois lignes défensives russes étaient déjà enfoncées dans la région de Zaporijia. Les alliés de l’Ukraine retenaient leur souffle mais commençaient à s’inquiéter… quand le Hamas a déclenché le 7 octobre 2023 son raid ultra violent contre Israël, avec une volonté manifeste de terroriser et de le montrer, provoquant stupeur et consternation de l’Etat hébreu mais aussi de son parrain, les Etats-Unis qui garantissent depuis l’origine la survie de cette nation continuellement menacée.

Théoriquement, les Etats-Unis sont capables de gérer plusieurs conflits en même temps, mais celui d’Israël est prioritaire dans leur esprit et leurs stocks de munitions ne sont pas extensifs à l’infini. Les Américains choisissent immédiatement de donner la priorité à la défense d’Israël et réduisent en proportion leurs livraisons militaires à l’Ukraine. Ces derniers voient tarir une source essentielle d’approvisionnement tandis que les Européens sont incapables de prendre véritablement le relais, faute d’avoir réellement mobilisé leurs puissantes industries. La contre-offensive ukrainienne de 2023 est un échec, pour de multiples raisons, mais cette opération du Hamas contre Israël en a été le coup de grâce, au moment où l’armée russe – qu’on croyait essorée – recevait des centaines de milliers d’obus d’artillerie complaisamment fournis par la Corée du Nord.

Pur hasard que l’action terroriste qui va enflammer tout le Proche-Orient se déclenche au moment où Poutine en a le plus besoin dans son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine qui n’en finit pas de s’enliser ? Rappelons-nous qu’un an auparavant, Sergueï Lavrov, le fidèle ministre des Affaires étrangères de Poutine, rencontrait les chefs du Hamas. Or, d’après les spécialistes des questions militaires dont je fais parfois partie, il a fallu un an au Hamas pour préparer cette action terrifiante qui n’était pas à sa portée. Les services israéliens ont rapporté que le Hamas avait bénéficié de la formation et des conseils d’instructeurs iraniens (dépêchés sur place à Gaza ?) pour préparer l’opération du 7 octobre 2023, en particulier en termes de neutralisation des systèmes de détection et de coordination israéliens.

Il est très probable que l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 contre Israël ait été préparée avec l’aide de l’Iran et sur l’incitation de la Russie de Poutine pour détourner l’attention des Américains du front ukrainien.

A partir du 7 octobre 2023, l’aide militaire américaine à l’Ukraine se réduit de manière drastique jusqu’au mois de mai 2024 où, en pleine campagne électorale présidentielle, le candidat Donald Trump lève enfin son blocage du Congrès pour des raisons non éclaircies à ce jour. Est-ce que certains services américains l’ont menacé de publier des éléments de preuve sur sa relation plus qu’ambiguë avec V. Poutine ? Trump a-t-il craint d’être tenu responsable d’un échec possible de l’Ukraine dans cette période si sensible de la campagne électorale américaine ?

Koursk, un argument dans la concurrence médiatique entre la guerre qui frappe l’Ukraine et celle que mène Israël ?

En tout état de cause, depuis octobre 2023 avec l’opération « Netanyahou » particulièrement violente contre Gaza et qui menace tout le Proche-Orient, l’Ukraine ne parvient plus réellement à attirer et retenir l’attention des médias et du grand public, même lorsqu’elle reçoit enfin des avions F16. La destinée de la guerre en Ukraine ressemble à la chronique d’un échec annoncé (dans le Donbass)… jusqu’au 6 août 2024, lorsque l’armée ukrainienne lance une opération particulièrement audacieuse d’invasion de la région russe de Koursk. Tout le monde est surpris par son ampleur et sa durée, y compris les décideurs ukrainiens alors que l’attention internationale était monopolisée par le risque de riposte Iranienne contre Israël après l’élimination d’Ismael Haniyeh, le chef du Hamas en visite officielle à Téhéran.

De fait, une sorte de concurrence médiatique s’est établie entre ces deux conflits, comme si l’opinion publique ne pouvait en suivre qu’un seul à la fois. Comme si l’opinion publique ne pouvait pas comprendre les interactions. Pour l’Ukraine, la perte d’attention fait peser un risque existentiel en affaiblissant l’effort consenti par les cinquante nations du « groupe de Ramstein » qui la soutiennent. Pour Israël, l’aide américaine est la condition sine qua non de sa survie, Tsahal ne disposant même pas des stocks de munitions qui lui permettrait de mener un conflit en toute autonomie. Les deux guerres semblent presque en compétition.

Concrètement, les Américains, qui sont déterminants dans l’approvisionnement en armes et surtout en munitions d’Israël comme de l’Ukraine, opèrent des choix drastiques entre ces deux conflits, notamment en fonction de la perception qu’ils ont de leur issue.

Pour Israël, il apparaît de plus en plus urgent de stopper l’offensive Netanyahou contre Gaza dont le bilan est désastreux, avec un accord de cessez-le-feu.

Pour l’Ukraine, les Américains ont désormais conscience qu’aucun des deux belligérants ne peut l’emporter « en l’état ». Les Ukrainiens n’ont pas les moyens de chasser l’armée de Poutine de l’intégralité de leur territoire, tandis que celle-ci ne peut espérer plus que conquérir le Donbass à défaut de soumettre son impétueux voisin. Il leur faut donc aussi trouver une voie de sortie, probablement dans une négociation, à condition que les Ukrainiens n’arrivent pas sans cartes à la table de discussion qui ne serait plus alors qu’une capitulation.

L’offensive commencée le 6 août 2024 dans la région de Koursk constitue donc une étape sur le chemin d’une négociation, ainsi que dans l’élargissement de « la marge de manœuvre » accordée à l’Ukraine. Là où les Israéliens ne semblent soumis à aucune contrainte dans l’utilisation de l’armement américain, y compris contre leurs voisins les plus éloignés (l’Iran à 1 500 km), les Ukrainiens doivent jusqu’ici se restreindre à ne pas attaquer de cibles (même militaires) en territoire russe au-delà de leur périmètre de défense élargi à 30-40 km de la frontière comme dans l’opération contre Koursk.

A ce sujet, il est assez étonnant de constater le « deux poids, deux mesures » qui prévaut pour ces belligérants. L’Ukraine doit se tenir à carreau et éviter tout bombardement intempestif qui ferait des dommages collatéraux importants, tandis qu’Israël – tout du moins leur premier ministre Benyamin Netanyahou – ne semble connaître aucune limite à la dévastation de la bande Gaza qui n’est pourtant pas peuplée que de miliciens du Hamas…

Cette affaire du « deux poids, deux mesures » pollue considérablement la gestion de ces crises, une large partie des pays musulmans qui soutiennent l’Ukraine – comme la Tunisie ou la Turquie – n’admettent pas que Netanyahou puisse ravager la bande de Gaza quand l’Ukraine n’en a pas le droit : un droit qui serait différent selon les environnements et les pays ?

Cette question de l’utilisation de l’armement fourni et de la manière de procéder sépare clairement ces deux guerres puisque les réponses apportées sont diamétralement opposées.

Un dernier point commun entre ces deux guerres est enfin l’importance de l’élection présidentielle américaine, le 5 novembre 2024. Poutine comme Netanyahou misaient gros sur l’élection de Trump et c’est une terrible déconvenue pour ces deux dirigeants – qui entretiennent par ailleurs une relation d’une proximité malvenue – que Joe Biden se soit retiré (par surprise aussi) de la course à la Maison Blanche au profit d’une candidate bien plus jeune et dynamique. Parions qu’elle ne s’en laissera pas compter par ces vieux crocodiles qui se complaisent dans la guerre et qu’elle pèsera efficacement pour leur trouver une issue.

Manuscrit clos le 21 août 2024

Août 2024-Ancel/Diploweb.com

Israël affirme avoir détruit «des milliers de lance-roquettes» du Hezbollah

Israël affirme avoir détruit «des milliers de lance-roquettes» du Hezbollah

Dans un message adressé aux habitants du sud du Liban, l’armée israélienne a annoncé le lancement, ce dimanche 25 août, de frappes sur le pays en ciblant le Hezbollah, qui a cependant mené au petit matin « des attaques de grande envergure » contre Israël. Le ministre de la Défense israélien a décrété l’état d’urgence pour 48 heures. Les avions israéliens auraient « visé et détruit des milliers de rampes de lancement de roquettes du Hezbollah ». 

Un homme regarde l'effet d'une frappe israélienne sur le sud du Liban, le 25 août 2024.
Un homme regarde l’effet d’une frappe israélienne sur le sud du Liban, le 25 août 2024. AFP – –

L’armée israélienne a annoncé ce dimanche 25 août qu’elle avait opéré des frappes préventives au Liban. Le Hezbollah libanais a cependant annoncé avoir lancé dimanche « plus de 320 » roquettes Katiouchas sur onze bases militaires en Israël et sur le Golan syrien occupé, dans le cadre de « la première phase » de sa riposte à l’assassinat d’un chef militaire le 30 juillet. Dans un communiqué, la formation pro-iranienne a précisé que cette « première phase » s’était « achevée avec succès », précisant qu’elle avait pour objectif de viser les « casernes et positions israéliennes afin de faciliter le passage des drones d’attaques » vers le territoire israélien « en profondeur ». « Notre opération militaire d’aujourd’hui est terminée et accomplie », a donc déclaré le Hezbollah soutenu par l’Iran. Les affirmations d’Israël « concernant l’action préventive qu’il a menée […] et l’échec de l’attaque de la résistance sont des affirmations vides de sens », a-t-il ajouté. Dans l’immédiat, les autorités israéliennes n’ont pas fait état de positions militaires touchées. Le Hezbollah a en outre averti qu’Israël serait « sévèrement puni » s’il portait atteinte aux civils au Liban.

Les murs de la maison ont tremblé plusieurs fois…00:45, Johanna, habitante de la ville israélienne de Maalot

Nicolas Falez

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a tenu une réunion du cabinet de sécurité à 4h TU. Le ministère de la Défense a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire d’Israël pour 48 heures. Yoav Gallant a publié un décret dans lequel il écrit être « convaincu qu’il existe une forte probabilité qu’une attaque soit menée contre la population civile également dans les autres zones du pays sur lesquelles la déclaration de « situation spéciale » sur le front intérieur ne s’applique pas ». « Je déclare par la présente la « situation spéciale » […] dans les autres zones du pays », ajoute le texte. En raison des frappes, des vols de ce dimanche matin à Tel-Aviv ont été retardés ou déroutés, mais la situation est depuis revenue à la normale, a annoncé l’aéroport Ben-Gourion.

« Toute personne se trouvant à proximité de zones où le Hezbollah opère doit quitter immédiatement les lieux pour se protéger et protéger sa famille », a exhorté l’armée israélienne. Celle-ci a affirmé avoir « observé des préparatifs pour lancer des obus et des missiles » contre Israël. L’armée « fera tout ce qui est nécessaire pour protéger les citoyens d’Israël », a-t-elle encore indiqué. « Décréter l’état d’urgence permet à l’armée de donner des instructions aux civils en Israël, notamment d’interdire des rassemblements ou de fermer des sites », précise le cabinet de Yoav Gallant. Le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, a précisé lors d’une allocution télévisée qu’il reste « possible d’organiser des activités éducatives et de se rendre au travail » dans les secteurs du nord du pays où l’état d’urgence vient d’être étendu, à condition de rester dans « des zones où l’on peut atteindre un abri dans le délai conforme », soit moins d’une minute et demie.

Ces frappes surviennent en pleines négociations au Caire visant à tenter d’obtenir une trêve dans la guerre dans la bande de Gaza. Celle-ci a été déclenchée par une attaque sans précédent en territoire israélien le 7 octobre 2023 par le mouvement islamiste palestinien Hamas. Dans un message vidéo sur le réseau social X, le porte-parole de l’armée israélienne Daniel Hagari a déclaré que « des avions de chasse sont en train d’attaquer des cibles du Hezbollah ».

Les échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah, mouvement chiite soutenu par l’Iran, sont quasiment quotidiens depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza. Le Pentagone a assuré que les États-Unis étaient au côté d’Israël : « Nous continuons à suivre de près la situation et nous avons été très clairs sur le fait que les États-Unis sont prêts à soutenir la défense d’Israël », a déclaré un porte-parole du Pentagone dans un communiqué. 

Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant a annoncé avoir informé son homologue américain Lloyd Austin par téléphone : « Nous sommes déterminés à utiliser tous les moyens dont nous disposons pour défendre nos citoyens », a-t-il notamment dit. Dans le même temps, son bureau assure que les deux ministres ont « discuté de l’importance d’éviter une escalade régionale ». À ce stade, écrit notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul, on ne sait pas si la délégation israélienne aux pourparlers sur une trêve et la libération d’otages va se rendre dans la capitale égyptienne pour la reprise des négociations.

La dernière classe de sous-marins chinois inquiète les occidentaux avec ce nouveau record qui remet en cause leur suprématie

La dernière classe de sous-marins chinois inquiète les occidentaux avec ce nouveau record qui remet en cause leur suprématie


La dernière classe de sous-marins chinois inquiète les occidentaux avec ce nouveau record qui remet en cause leur suprématie
La dernière classe de sous-marins chinois inquiète les occidentaux avec ce nouveau record qui remet en cause leur suprématie

 

Les sous-marins chinois surclassent l’OTAN : Nouveau record de transmission sous-marine.

Le 23 août 2024, la Chine a franchi une étape significative dans le domaine de la communication sous-marine. Les tests réalisés dans la mer de Chine méridionale par la People’s Liberation Army (PLA), en collaboration avec l’Université de Xiamen, ont permis de transmettre des données sur une distance record de 18,6 miles (30 kilomètres) sous l’eau, surpassant ainsi les capacités actuelles de l’OTAN.

Avancées technologiques avec Huawei

La réussite de ces tests est attribuée à l‘utilisation d’un dispositif de codage polar développé par Huawei Technologies. Cette technologie, qui améliore considérablement la transmission de données sous-marines, a permis d’atteindre une vitesse de 4,000 bits par seconde. Le polar code, introduit par l’académicien turc Erdal Arıkan en 2008, est une technique de correction d’erreur qui facilite une transmission de données précise et sans erreur, particulièrement dans les conditions où le signal est fort.

Contexte et implications

Les communications sous-marines, traditionnellement limitées par la difficulté de transmettre des données sur de longues distances à cause des perturbations océaniques, voient un progrès notable avec l’introduction de cette technologie. La méthode Higher-Order Polarisation Weight (HPW) utilisée, développée en collaboration entre l’unité 92150 de la PLA et l’équipe du professeur Tong Feng de l’Université de Xiamen, permet une réduction significative de la consommation d’énergie et de la complexité des dispositifs.

Comparaison avec les normes de l’OTAN

Le protocole de communication sous-marine de l’OTAN, JANUS, permet actuellement une communication jusqu’à 28 km (17,4 miles) avec une fréquence de 900Hz, ce qui limite la transmission de données. En contraste, la technologie chinoise permet une transmission sans erreur sur 30 km avec des fréquences entre 4,000Hz et 8,000Hz, offrant une capacité nettement supérieure.

Implications stratégiques

Cette avancée technologique pourrait redéfinir la stratégie de sécurité sous-marine globale, en particulier dans un contexte où l’OTAN exprime des préoccupations croissantes quant à l’expansion de l’influence chinoise en Asie. Le développement par la Chine d’un système de communication sous-marine plus efficace souligne l’importance croissante de la technologie dans la supériorité militaire et stratégique.

Les tests réussis par la Chine marquent un progrès notable dans la communication sous-marine, posant les bases pour de futures applications dans la surveillance, la gestion des ressources maritimes et la sécurité défensive. Ce record non seulement démontre le potentiel des codes polaires développés par Huawei mais souligne également le rôle de la technologie avancée dans le renforcement de la position de la Chine sur l’échiquier mondial de la défense.

Source : SCMP

Virus Mpox : une nouvelle urgence de santé publique de portée internationale qui doit nous interroger

Virus Mpox : une nouvelle urgence de santé publique de portée internationale qui doit nous interroger

Après une première flambée épidémique en 2022, la Mpox, aussi appelée « variole du singe », sévit à nouveau, obligeant l’OMS à déclencher une urgence de santé publique de portée internationale de manière à coordonner une coopération internationale. Qu’est-ce que la Mpox et quel est son potentiel épidémique ? Que nous dit la multiplication des zoonoses de nos pratiques ? Le point avec le Dr Anne Sénéquier, co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS, pour qui la Mpox doit nous faire repenser notre approche sanitaire en la poussant sur une approche intégrée et transversale, propre au concept « One Health/Une santé ».

Qu’est-ce que la Mpox ?

Zoonose émergente, la Moox est provoquée par un virus à ADN du genre orthopoxvirus.   Son identification à Copenhague au Danemark en 1958 au sein d’un groupe de singe lui a valu son nom de « variole du singe », une appellation porteuse de fausses informations et à haut risque de stigmatisation, qui a poussé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à en changer le nom pour « MPox » en 2022. Une nécessité d’autant plus pertinente que l’hôte naturel du virus MPox est en fait un rongeur de l’Afrique équatoriale : le rat de Gambie ou écureuils de forêt. À ce jour, le réservoir animal n’est pas encore formellement identifié, mais une analyse de l’ADN du virus a plutôt révélé des passages multiples chez différents animaux forestiers.

La Mpox provoque fièvre, éruptions cutanées au niveau du visage, mains, pieds, corps et régions génitales, ainsi que des maux de tête, des douleurs musculaires, le tout accompagné d’une fatigue importante. Bénigne dans la majorité des cas, on peut voir apparaitre des complications comme des surinfections cutanées ou des septicémies chez les personnes vulnérables (les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes et les jeunes enfants).

La maladie peut se transmettre par voie cutanée, le peau à peau (par l’intermédiaire des pustules et croûtes), par voie sexuelle, et de manière indirecte via le contact de literie et/ou linges contaminés. La transmission aéroportée via les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée est également possible.

Il existe deux types de virus Mpox : le clade 1 provenant du bassin du fleuve Congo en Afrique centrale est associé à des symptômes plus sévères (taux de mortalité pouvant aller jusqu’à 10%) et au mode de transmissions interhumaines plus efficace ; le clade 2 provenant d’Afrique de l’Ouest, avec un taux de mortalité plus faible (inférieur à 1%) et à la transmission interhumaine moins efficace.

Quel est le potentiel épidémique de la Mpox ?

En 2022, la flambée épidémique était portée par le clade 2b (un variant du clade 2), ce qui a permis, malgré la forte diffusion du virus, de maintenir un taux de létalité inférieur à 1%. Une épidémie qui avait déclenché une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) devant l’émergence de la pathologie dans 110 pays à travers le monde.

Cette année, cependant, le déclenchement de l’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) porte bien sur la Mpox, mais sur un variant du clade 1 baptisé « Clade 1b ». Il est donc porteur d’une mortalité (5 à 10%) et d’une contagiosité supérieure à l’épidémie de 2022.

Détectée pour la première fois en 1970 chez l’humain, la Mpox est endémique (présente de manière constante) en République démocratique du Congo depuis une dizaine d’années. Depuis, le nombre de cas ne cesse d’augmenter chaque année. 2024 a marqué une augmentation de +160% par rapport à 2023, alors que nous ne sommes qu’en milieu d’année avec 15 600 cas et 537 décès.

Le Clade 1b est apparu en septembre 2023 au nord-Est de la RDC près de Goma, une région de gangrenée par les conflits depuis le milieu des années 90. On y trouve de nombreux camps de déplacés dans lequel le virus circule déjà.

Au mois de juillet, 90 cas de « Mpox clade 1b » ont été identifiés dans les 4 pays voisins : le Burundi, le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda, tout en sachant que de nombreux autres cas sont probablement passés sous les radars de la détection épidémiologique. L’OMS a en conséquence déclenché l’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) le 14 août dernier.

La déclaration de l’état d’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), permet de coordonner une coopération internationale afin de limiter l’étendue de l’épidémie le plus rapidement possible. Elle a pour objectif de rassembler les différents acteurs et partenaires (Gavi, Unicef, etc.) pour amplifier la réponse vaccinale, en facilitant administrativement et logistiquement le processus de mobilisation des stocks de vaccination. La vaccination contre la Mpox se fait aujourd’hui avec les stocks de vaccination contre la variole humaine, mais également avec un vaccin spécifique à la Mpox approuvé récemment. Une riposte dont le coût initial est estimé à 15 millions d’US$ par l’OMS.

Des cas viennent d’apparaître sur d’autres continents : un en Suède, un autre au Pakistan. Avec une période d’incubation de 5 à 21 jours, il est fort probable de voir apparaitre d’autres cas dans les jours et semaines à venir.

L’appartenance de la Mpox à la famille des orthopoxvirus est à la fois une chance et une difficulté supplémentaire.

Une chance parce que c’est un virus apparenté à l’« orthopoxvirus variola » (la variole) éradiqué en 1980 par une campagne mondiale de vaccination mené par l’OMS. Par conséquent les personnes ayant été vaccinées dans leur enfance contre la variole sont protégées. Ils bénéficient de ce que l’on appelle une immunité croisée : la vaccination contre la variole protège à 85% contre la Mpox, tout en maintenant un taux de reproduction inférieur à 1, ce qui a permis d’éviter jusqu’en 2022 une épidémie à grande échelle.

Mais c’est également une difficulté parce qu’on ne vaccine plus contre la variole depuis les années 1980 (au moment de son éradication). De fait, les personnes de moins de 40-50 ans ne sont pas vaccinées, ce qui entrave de manière évidente l’immunité collective des populations. Nous nous retrouvons au niveau mondial avec une immunité collective diminuée impliquant un potentiel épidémique augmenté.

C’est ce qui explique, entre autres, le nombre croissant de cas annuels en RDC ces dernières années.

Comment lutter contre la Mpox ? Pourquoi observe-t-on autant de zoonoses ces dernières années ? 

La fréquence des épidémies et leur impact dans les populations ne cessent d’augmenter ces dernières années. La Mpox a quitté la lisière des forêts tropicales pour s’étendre d’abord localement, puis jusqu’aux zones urbaines, d’où elles se sont catapultées dans le monde entier.

Depuis 2018, la Mpox s’est exportée depuis le Nigéria (plus grand foyer de population africain) vers le Royaume-Uni, Israël, les États-Unis et Singapour sans être en mesure de donner lieu à des clusters.

En 2022, une première épidémie mondiale avait nécessité de tirer la sonnette d’alarme : déclenchant une USPPI. Entre début 2022 et mi 2023 (fin de l’USPPI), quasi 90 000 cas ont été rapportés dont 147 décès. Nous voilà en 2024 avec un variant plus transmissible et plus virulent, jeté dans notre mondialisation devenue pathogène.

La Mpox est une zoonose, une maladie de la faune sauvage qui a su, à la faveur de l’augmentation des interactions avec l’homme, sauter la barrière de l’espèce.

Cette rencontre du monde sauvage et de notre humanité s’explique par la déforestation massive et la destruction de ces habitats. Un phénomène qui entraîne une perte de biodiversité déstructurant les dynamiques des communautés animales. Le changement d’usage des terres (agriculture dans les forêts à la recherche de terre fertile), l’urbanisation croissante et les conflits aggravent encore les risques de passage de virus de l’animal à l’humain.

Dans le cas de la Mpox, il nous faut superposer à cette dégradation des écosystèmes due aux activités humaines, une diminution de l’immunité croisée par l’arrêt de la vaccination contre la variole suite à son éradication.

On constate ainsi que se protéger des épidémies n’est pas qu’affaire de vaccination et déclaration d’USPPI. Quatre ans seulement après la première pandémie du 21e siècle, la menace que représente la Mpox doit nous faire repenser notre approche sanitaire en la poussant sur une approche intégrée et transversale, propre au concept « One Health/Une santé ».  Celui-ci met en évidence les liens qui unissent la santé humaine, la santé animale et la santé planétaire. Nous ne pouvons pas maintenir une bonne santé publique dans un monde aux écosystèmes dégradés.

Pour véritablement nous protéger des zoonoses (sujet récurrent du 21e siècle), il nous faut donc prendre soin de nos écosystèmes : limiter de la déforestation et de l’agriculture intensive en bordure de forêts ; changement d’usage des terres ; stopper l’urbanisation galopante en zone forestière ; limiter les conflits… vœux pieux mais n’oublions pas qu’ils permettent l’émergence et/ou recrudescence de pathologie (Polio, cholera, Mpox, etc.)

Il faut donc changer notre manière de faire, et veiller à ce que cela soit accompagné d’un changement de comportement/consommation qui sous-tend cette dégradation des écosystèmes. Un challenge qui peut paraître insurmontable, mais a-t-on vraiment le choix ?

À la manière du changement climatique qui s’impose à notre devoir de faire, la protection de nos écosystèmes devient tout aussi urgente.

L’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) a été créée en 2005. Déclenchée pour la première fois en 2009, elle a été déclenchée 8 fois en 14 ans, avec une petite tendance à être de plus en plus fréquente : Grippe H1N, avril 2009 (continuant en 2010) ; poliovirus, mai 2014 (encore en cours) ; épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, août 2014 ; Zika, février 2016 ; épidémie d’Ebola en Kivu (RDC), juillet 2019 ; Covid-19, janvier 2020 ; Mpox (variole du singe), juillet 2022 ; nouvelle déclaration du Mpox, août 2024…