OPINION. Brasser du vent ou défendre l’Europe ?

OPINION. Brasser du vent ou défendre l’Europe ?

Deux programmes d’équipement gigantesques sont jugés nécessaires en Europe. L’un porte sur la décarbonation, l’autre porte sur un renforcement rapide et massif des armées et de leur équipement. Ces programmes, qui demanderont chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires, sont financièrement incompatibles. Par Philippe Roger, Ingénieur Général de l’Armement hors classe (2S).

« La défection au moins partielle des Etats-Unis et l'observation des techniques de combat en Ukraine créent des besoins très importants, qui viennent s'ajouter à l'énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies passées » (Philippe Roger, Ingénieur Général de l’Armement hors classe 2S)

« La défection au moins partielle des États-Unis et l’observation des techniques de combat en Ukraine créent des besoins très importants, qui viennent s’ajouter à l’énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies…DR

Deux programmes d’équipement gigantesques sont jugés nécessaires en Europe : l’un porte sur la décarbonation, à travers des éoliennes et des parcs photovoltaïques, et, entre autres, des subventions aux véhicules électriques et à l’isolation des bâtiments. L’autre porte sur un renforcement rapide et massif des Armées et de leur équipement. Ces programmes, qui demanderont chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires, sont financièrement incompatibles.

En tous cas en France où on ne veut pas toucher à la durée du travail, et à l’âge de la retraite, et où on ne peut plus emprunter aux frais de nos enfants. Et où, comme ailleurs, on s’approche d’un gouffre de dépenses de santé lié au vieillissement de la population. Quels sont actuellement l’utilité et les conséquences industrielles de ces deux programmes ?

Décarbonation, une vertu qui a un prix colossal

L’intérêt de principe du programme de décarbonation n’est contesté que par des scientifiques, que le GIEC fait déclarer hérétiques. Leurs arguments sur les causes non-anthropiques de l’augmentation du taux de CO2, sur le fait que cette augmentation suit, au lieu de la précéder, l’augmentation des températures, sur le rôle dominant de la vapeur d’eau dans la régulation des températures, sur l’existence et la saturation, s’il existe, de l’effet de serre, voire sur l’influence négligeable du taux de CO2 sur l’évolution des climats, ne parviennent pas à être mieux publiés et discutés que ceux de Galilée en son temps.

Rejetons ces hérétiques dans les ténèbres extérieures, puisqu’on ne peut les mettre au bûcher, où ils dégageraient exprès du CO2. En revanche, le rythme retenu, pour des motifs politiques purs, au niveau français comme au niveau européen, pour nos actions de décarbonation, de la quasi-neutralité carbone en Europe en 2050 à la suppression des véhicules thermiques en 2035, peut et doit être contesté sans risquer le bûcher. On peut à bon droit le considérer comme infondé et suicidaire.

Infondé, car l’objectif de CO2 visé pour l’Europe ne ferait gagner que 0,014 degrés sur la température finale « moyenne » de la Terre, d’après les formules mêmes du GIEC, la part de l’Europe dans les émissions « fossiles » du monde étant de 7,2% du total mondial. Pendant ce temps, les 92,8 % restants semblent ne faire l’objet que d’efforts minimes, et l’idée selon laquelle le concours de vertu publique des COP va obliger le reste du monde à se repentir et à nous imiter ne tient pas plus la route que celle qui voit la France, lumière du monde, imposer par son exemple la paix, la laïcité, ou l’égalité hommes-femmes, au reste du monde béat d’admiration. Pour la France, qui pèse 10% du total européen d’émissions, donc 0,72% du total mondial, l’objectif visé amènerait à gagner 0,0014 degrés, soit une quantité imperceptible pour le commun des mortels, qui supporte allégrement 15 degrés d’amplitude diurne, comme pour la Planète, qui en a vu d’autres.

Suicidaire, car il accélère le remplacement des produits de notre industrie par des importations, et l’exode de nos capitaux pour construire des usines ailleurs. Ce d’autant que notre industrie et notre agriculture sont déjà extrêmement affaiblies, victimes depuis longtemps de décisions politiques dépourvues de toute base scientifique, limitation du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2035, arrêt des réacteurs surgénérateurs, refus de tout OGM, refus du glyphosate, interdiction de la prospection d’hydrocarbures, menace permanente de l’obscurantiste mais constitutionnel-principe-de-précaution, et j’en passe.

La fureur déconstructrice ne s’est pas donnée libre cours que dans la philosophie et l’Éducation Nationale. C’est à ce rythme dément qu’il faut maintenant s’attaquer. Les objectifs retenus à Bruxelles de façon uniforme pour tous les États membres,sans tenir compte en rien des investissements que nous avons faits pendant des années sur la production nucléaire d’électricité, doivent être révisés très fortement à la baisse, et les dates arbitrairement fixées pour les atteindre doivent être reculées, pour tenir compte du rythme de la décarbonation en Chine, en Inde, et aux États-Unis.

Il est ridicule de détruire nos industries sans effet notable sur les émissions mondiales de CO2, qui ne dépendent en pratique, vu la désindustrialisation européenne, et vu les efforts déjà faits en France, que de la politique de nos lointains concurrents, qui se moquent de notre vertu comme de leur première centrale à charbon.

Parmi les outils que nous employons pour tenir ce rythme, il faut prêter une attention particulière à la production éolienne et solaire. Le nucléaire constitue environ les trois-quarts de la production électrique française. Pour le réduire à 50%, c’est environ le tiers de sa production qui devra donc, vers une date qui a aujourd’hui été fixée à 2035, avoir été remplacé par une électricité qui ne pourra pratiquement être que de l’éolien et du solaire, seuls moyens décarbonés disposant du potentiel de croissance nécessaire. D’où, pour être à ce rendez-vous, leur développement à marche forcée actuel.

Mais, n’étant pas pilotables du fait de leur intermittence, on ne peut compter sur eux : ils ne permettent pas de fermer des réacteurs nucléaires, sauf à mettre en service au fur et à mesure, comme l’Allemagne, des centrales thermiques de puissance équivalente. D’où la décision, début 2022, de prolonger la durée de vie des réacteurs du parc actuel jusqu’à au moins 60 ans, ce qui, au vu de ce qui se fait dans le monde, ne devrait pas poser de problème majeur, et reporter vers 2040 les premières fermetures. En définitive, du fait que l’on a attribué à l’éolien et au solaire la priorité d’injection sur le réseau, en particulier par rapport au nucléaire, le seul résultat de leur croissance est une diminution équivalente de la production du parc nucléaire. Non seulement cela ne réduit pas les émissions de CO2, et au contraire les augmente en Chine, mais c’est un véritable non-sens économique et technique.

Il résulte en outre de cette priorité d’injection, qui équivaut pratiquement à une garantie d’achat, et de ce qu’ils disposent d’un prix de vente garanti pour 20 ans très incitatif, et toujours très supérieur à celui du nucléaire qu’ils remplacent, d’une part une explosion des factures d’électricité des particuliers et des industriels et, d’autre part, qu’ils sont une affaire extraordinaire pour leurs opérateurs. De plus leur dispersion géographique (moindre pour les éoliennes marines, qui présentent plus d’intérêt) oblige à construire ab nihilo un maillage serré de lignes électriques ; rien que pour ce bouleversement du réseau, on pense devoir investir 100 milliards, rien qu’en France.

Il faut ajouter que l’injection forcée d’électricité intermittente amène fréquemment, pour ne pas dépasser le niveau de la consommation, à réduire puis remettre à niveau la puissance de nos centrales nucléaires. Ces cycles vont en fatiguer les éléments, en réduire la durée de vie, en augmenter les coûts de maintenance. Comme aucun pays n’a utilisé ainsi ses réacteurs pour compenser des variations rapides d’une production massive d’énergie éolienne et photovoltaïque, on ne dispose d’aucun retour d’expérience sur ce mode de fonctionnement inquiétant.

On détruit aujourd’hui à tour de bras le bénéfice des sages investissements faits autrefois dans la production d’électricité nucléaire. On marche sur la tête ! Faut-il, pour gagner le concours de vertu auquel nous, Européens, sommes les seuls à vouloir participer, continuer des politiques suicidaires, dont la base lointaine a été électoraliste, pour nous trouver faute d’armes aux mains d’occupants dont les élections ne seront pas le premier souci ?

Comment financer le réarmement en Europe

Le programme de réarmement européen est lancé maintenant depuis trois ans et nous avons pu doubler ou tripler nos cadences de production d’armes, au profit de l’Ukraine, mais aussi pour commencer à nous remettre à niveau. Mais « la défection au moins partielle des Etats-Unis, et l’observation des techniques de combat en Ukraine, créent des besoins très importants, qui viennent s’ajouter à l’énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies passées. Or, ce n’est pas à Bruxelles que l’on trouvera les financements nécessaires, car les centaines de milliards évoquées par la Commission ne sont que des autorisations d’endettement des États, dont nous ne sommes plus en état de profiter. »

L’appel actuellement fait à l’épargne privée ne répond qu’à la marge à la question. En effet, nul industriel ne va voir son banquier pour lui demander de financer la production en série d’armes, s’il n’y a pas de perspective, et même de quasi-certitude, d’obtenir des contrats. Or ces contrats ne peuvent venir que des États, seuls clients, États qui engagent des crédits budgétaires.

A fortiori, on ne peut demander à emprunter pour le développement de nouveaux matériels complexes, car le risque technique et l’impossibilité de prédire si l’on trouvera un client rendent impossible la spéculation, tant pour l’industriel que pour le banquier. En particulier, emprunter de quoi développer en spéculation un matériel complexe destiné uniquement à l’export serait une folie financière, du fait du montant à engager et du fait que les clients étrangers ne veulent pas d’armes que les Armées du pays fabricant n’ont pas mises en service.

Cet appel aux banquiers, et à l’épargne privée, ne doit être envisagé, à mon sens, que pour alimenter des fonds de roulement, et préfinancer une partie des outillages, et pour faire crédit aux clients export, et uniquement pour des armes dont la production est déjà sous contrat ou va l’être sous peu. Certes, ce n’est pas rien, mais le flux financier du réarmement restera, à mon avis pour 80 à 90%, budgétaire. La modification des pratiques des banquiers, lancés eux aussi, jusqu’à aujourd’hui, dans un concours de vertu autoproclamée, aura toutefois un petit intérêt psychologique pour les acteurs de l’armement, ces pelés, ces galeux, dont nous venait tout le mal.

C’est pourquoi il faut maintenant s’attaquer à une au moins des vaches sacrées budgétaires qui paissent sur nos impôts et nos emprunts, et génèrent, outre du méthane à effet de serre, des dettes. Et, comme aurait pu le dire le regretté Professeur Choron, le premier qui dit qu’il ne s’agit pas de vaches mais de danseuses a perdu. Commençons donc par les énergies intermittentes terrestres, cela soulagera nos centrales, nos finances et notre balance commerciale, et cela réduira les émissions de CO2 de la Chine, quoi de plus vertueux ?

Mais les crédits budgétaires ainsi réorientés, quel serait leur effet ? Ils fourniront de la sécurité par une production accrue des produits déjà développés de l’industrie française existante, donc sans obérer notre autonomie stratégique comme le feraient des achats d’armes hors d’Europe, et bien sûr sans effet négatif sur notre balance commerciale. Certains de ces produits résultent d’une coopération bilatérale comme le missile SCALP ou le missile anti-aérien Aster, ou multilatérale comme l’avion de transport A400M ou l’avion ravitailleur MRTT, et produiront les mêmes effets dans les pays participants.

Ils auront un effet important sur l’industrie et sur les recettes de l’État qui en proviennent, même si ce n’est pas leur objectif premier. C’est autre chose que de brasser du vent avec du CO2 importé de Chine, pour continuer sur un chemin tracé il y a longtemps pour ramasser des voix. Ces crédits financeront aussi la recherche et le développement (R&D), si possible en coopération européenne, d’armes plus évoluées, qui seront nécessaires dans une dizaine d’années ou plus. Et le développement rapide des systèmes plus simples dont la nécessité est apparue en Ukraine, et qui n’ont pas besoin de passer par la complexification et les retards qu’entraîne nécessairement la définition d’un besoin et d’un produit communs à plusieurs pays.

C’est dans ce domaine de la R&D, donc du long terme, que les propositions d’abondement des crédits nationaux par des crédits européens, présentées par la Commission pour favoriser les développements en coopération, ont leur intérêt, mais il ne faut pas oublier que le budget européen est soumis comme les budgets nationaux à la nécessité d’arbitrages, et qu’il faudrait là sacrifier plutôt des mammouths sacrés que des vaches. Vaste programme !

Si les dépenses à faire en France vont fournir de la sécurité et, accessoirement, de l’activité ne nécessitant pas d’importations, c’est que l’industrie française, créée pour l’État et sur son budget, dispose des types de matériels dont on veut accélérer la production, et des bureaux d’études compétents pour s’attaquer aux sujets nouveaux, tels que les lacunes capacitaires listées par l’OTAN et par l’Agence Européenne de Défense (par exemple missiles de croisière à grande portée, défense antimissiles élargie, Intelligence artificielle du champ de bataille, connectivité spatiale).

Tout cela résulte de la politique d’autonomie stratégique menée avec continuité pour l’État par la Direction générale de l’armement (DGA) depuis les années soixante, principalement au profit des forces de dissuasion, avec le CEA/DAM, politique qui a aussi porté par entraînement toute l’industrie des armements conventionnels au meilleur niveau. La France a su mener des programmes d’armement sans attache étrangère autre que celles des coopérations européennes qu’elle a décidées et organisées. Elle dispose avec la DGA et son industrie d’outils sans équivalents en Europe.

En Allemagne, en Pologne, en Italie, en Espagne, et bien sûr en Ukraine, il existe des organisations et une industrie de même nature, qui pour l’instant sont dans beaucoup de secteurs techniques moins développées, et souvent orientées vers l’achat ou la production sous licence de systèmes américains. C’est ce qui fait, au fond, la difficulté des coopérations européennes, quand chacun essaye d’acquérir chez son voisin des compétences nouvelles au lieu de se contenter d’apporter ce qu’il sait déjà faire.

Cette difficulté est moins forte avec la Grande-Bretagne, qui est à parité technique avec nous dans beaucoup de domaines, et qui, pour l’instant, est la seule à partager avec nous une doctrine d’emploi de la force. L’exclure du mouvement de réarmement serait une profonde erreur. Ces pays vont comme nous augmenter la production des armes déjà développées, et, pour l’avenir, il faut espérer qu’ils privilégieront les coopérations européennes, et les achats en Europe, dans le champ actuellement occupé par les importations de matériels américains. La Commission veut s’employer à les en convaincre.On peut donc considérer que nous avons ce qu’il faut, en France et ailleurs en Europe, pour remettre nos armes au niveau nécessaire, mais il y faut un peu de temps. Et beaucoup d’argent. Trouvons-le !

Que faire ?

Il faut, pendant une bonne dizaine d’années, mettre bas celles des armes dirigées contre le gaz carbonique qui sont inutiles et dommageables, pour construire plus rapidement les armes nécessaires à notre survie et à celle de l’Europe, et étoffer nos armées. Cela s’impose à nous comme aux autres Européens. Si, dans dix ans, nous avons survécu, et recréé les conditions matérielles de la paix, nous pourrons à loisir reprendre l’importation à bride abattue de parcs de moulins à vent et de panneaux solaires. Et en finir avec les restes de notre industrie et de notre agriculture, aux applaudissements de nos concurrents et fournisseurs chinois et américains, dont les dégagements de CO2 pourront ainsi croître et embellir. Mais, d’ici là, moins de moulins à vent, plus de canons !

Deux dates importantes pour l’Armée de l’Air et de l’Espace

Deux dates importantes pour l’Armée de l’Air et de l’Espace


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 18 mars dernier, le président de la République était sur la base aérienne 116 de Luxeuil-saint-Sauveur, en Haute-Saône pour annoncer un investissement de 1,5 milliard d’euro en vue de préparer le déploiement du futur missile nucléaire hypersonique français ASN4G en 2035

Le 25  mars, l’AAE  lançait sa première opération Poker de l’année 2025. L’opération a pour objectif de recréer, de jour ou de nuit, un raid nucléaire complet (ravitailleurs, Rafale B porteurs de maquettes d’ASMP-A, Rafale et Mirage d’escorte,…), devant pénétrer un espace aérien défendu par une force aérienne ennemie et des batteries antiaériennes ennemies

L’ASN4NG

Le missile nucléaire ASN4G sera déployé à Luxeuil sur Rafale B F5.

C’est d’abord le sauvetage de cette base et un soutien économique majeur pour ce bout de Haute-Saône. La base aérienne 116 de Luxeuil, régulièrement menacée de fermeture depuis 2011 va retrouver un rôle de premier plan  avec la mise en service du missile air-sol nucléaire de 4e génération (ASN4G) à compter de 2035.

L’ASN4G est développé par MBDA et l’ONERA depuis 2014. Il doit devenir la « figure du renouvellement entamé de la modernisation de notre dissuasion nucléaire », a assuré mardi le chef de l’Etat .

Ce missile, porté par la version F5 du Rafale, embarquera une tête nucléaire aéroportée. Il sera capable d’évoluer à une vitesse supérieure à Mach 5 et serait doté d’une très grande manœuvrabilité.

Les missiles hypersoniques

L’objectif de ces armes,  à ce jour très peu répandues dans le monde, est de « déjouer les défenses antimissiles adverses, de plus en plus sophistiquées », explique Etienne Marcuz, spécialiste des questions nucléaires

Un missile hypersonique, « c’est un missile ayant la capacité à la fois de voler à vitesse hypersonique [Mach 5 et plus, c’est-à-dire au moins 6.100 km/h] et de manœuvrer à cette vitesse », insiste -t-il. «Toutes les armes balistiques, comme le M51 [missile mer-sol balistique équipant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, l’autre composante de la dissuasion nucléaire française], se déplacent à vitesse hypersonique, mais elles ne manœuvrent pas à cette vitesse. C’est là que se situe toute la différence. »

La manœuvrabilité de l’arme hypersonique permet de lui faire effectuer des mouvements, notamment des virages à très grande vitesse pour le rendre ininterceptable.  » il faut déjouer les défenses adverses antimissiles, de plus en plus sophistiquées« .

L‘ASN4NG

Il est a priori acquis que le missile ASN4G dépassera la vitesse Mach 5; il pourrait même selon certains spécialistes atteindre Mach 6 ou 7, soit entre 7.400 et 8.600 km/h. Il sera également doté d’une grande manœuvrabilité. Sa portée devrait être de plus de 1.000 kilomètres. Il doublerait ainsi celle de l’ASMPA, ce qui permettra de le tirer de plus loin, et de moins exposer l’appareil et l’équipage qui le portent.

Les pays maitrisant cette technologie

Le Kinjal russe  a une vitesse  hypersonique, mais sa capacité de manœuvre reste limitée. Les Russes entretiennent le flou sur cette question

Les Iraniens ont annoncé avoir tiré des missiles hypersoniques « Fattah »contre Israël, le 1er octobre 2024. La plupart ont été interceptés par les systèmes de défense israéliens car ces missiles n’effectuent que de légères manœuvres, insuffisantes pour les qualifier d’hypersoniques.

Selon Etienne Marcuz, les USA « n’ont pas encore démontré qu’ils arrivaient à faire quelque chose de véritablement concluant avec leurs armes hypersoniques. »

La Chine  avec le DF-17, qui pourrait voler à Mach 10, serait le seul pays assurément en possession d’une arme hypersonique. Selon le spécialiste, «…les Chinois sont véritablement les seuls à pouvoir prétendre détenir une arme hypersonique, sachant qu’ils travaillent dessus depuis très longtemps.» Avant d’ajouter «…en réalité, il n’existe aucune information, non classifiée.... »

La France : le rappel ci-dessus permet de comprendre l’importance stratégique que représentera le missile hypersonique. « la France est excellente dans la conception de missiles, soutient Etienne Marcuz. Le missile de croisière ASMPA, qui va à des vitesses de Mach 3, Mach 4, est déjà un bijou de technologie. C’est donc tout à fait crédible pour la France d’arriver à mettre au point un système hypersonique, même si la technologie est très différente de celle de l’ASMPA, puisque vous passez d’un statoréacteur à un superstatoréacteur [ou statoréacteur mixte, c’est-à-dire un moteur effectuant successivement une combustion subsonique et supersonique], ce qui est beaucoup plus complexe. »

Les défis

  • Le Rafale F5 attendu pour 2030-2035 embarquera le missile dont la masse et le poids sont bien supérieurs à l’ASMP actuel. LeRafale F5 Marine, armé de l’ASN4NG devra aussi être catapultable par un porte-avions.

Il pourra aussi être embarqué par le Scaf [Système de combat aérien du futur, qui prévoit la conception d’un nouvel avion de chasse entre la France, l’Allemagne, et l’Espagne], qui sera beaucoup plus gros.

  • Il reste à étudier l’adaptation de la TNA (tête nucléaire aéroportée) actuellement emportée par la cinquantaine de missiles ASMPA sur les missiles ASN4G. Les TNA sont des armes stratégiques d’une puissance maximale estimée à 300KT mais inférieure à une bordée de missiles M51 des SNLE. «L’ASN4G devrait rester l’armement privilégié  pour le tir d’ultime avertissement» explique Etienne Marcuz.
  • La base de Luxeuil devra être équipée de soutes à munitions spécifiques pour accueillir ces missiles nucléaires. « Il faudra par exemple très certainement y déployer des batteries de systèmes antiaériens et antimissiles » rappelle Etienne Marcuz.

POKER 2025

L’opération

Ce 25 mars, la première opération Poker de l’année 2025 était lancée par les Forces Aériennes Stratégiques françaises (FAS).

L’opération Poker demande à l’Armée de l’Air et de l’Espace le déploiement d’un nombre important d’appareils : avions de combat, avions porteurs du missile nucléaire ASMP-A (maquette), ravitailleurs,

Elle  a pour objectif de recréer un raid nucléaire complet (ravitailleurs, Rafale B porteurs de maquettes d’ASMP-A, Rafale et Mirage d’escorte,…), devant pénétrer un espace aérien défendu par une force aérienne ennemie et des batteries antiaériennes ennemies. L’exercice engage de nombreux personnels, moyens et ressources de l’AAE  pour à la fois créer le raid en tant que tel mais aussi des avions de combat pour la force aérienne adverse ainsi qu’une batterie antiaérienne longue portée SAMP/T.

Sauf exception, c’est une opération totalement française.

L’hypothèse d’une participation européenne ?

Étienne Marcuz, chercheur auprès du FRS, émet une hypothèse intéressante : pourquoi ne pas inclure, lors de certaines opérations Poker, des avions de combat européens ?

Alors qu’un réel raid aérien stratégique français devrait réussir sans aide externe, ajouter des appareils alliés permettrait d’encore augmenter l’efficacité de cette opération. Cet argument prend de la consistance depuis l’arrivée de Donald Trump.

Pratiquement, ces appareils étrangers ne seraient bien évidemment pas porteurs d’ASMP-A mais pourraient en revanche ouvrir la voie au raid, donnant plus de poids aux avions d’escorte français ou encore créer une bulle de défense aérienne autour du raid.

Ces configurations ouvriraient une participation européenne à dissuasion française européenne tout en garantissant l’indépendance de la dissuasion nucléaire française.

GCA (2S) Robert MEILLE
Vice-président de l’ASAF
31/03/2025

L’armée de Terre cherche sa nouvelle dépanneuse blindée

L’armée de Terre cherche sa nouvelle dépanneuse blindée

– Forces opérations Blog – publié le

L’armée de Terre cherche une nouvelle dépanneuse blindée. Jusqu’à 150 exemplaires pourraient être acquis via une compétition engagée hier par la Direction générale de l’armement (DGA). 

Derrière cette mise en concurrence, des « engins lourds de dépannage (ELD) destinés au dépannage de véhicules tactiques au profit des armées ». À commencer par les Serval, Jaguar et Griffon de la famille SCORPION, des engins à roues de 17 à 25 tonnes progressivement livrés à l’armée de Terre. 

Cet ELD sera composé d’un camion doté d’une cabine blindée, d’une grue et d’une fonction de levage avec lesquelles il pourra extraire et récupérer les véhicules SCORPION au contact sur route ou hors route tout en contribuant aux opérations de maintenance. 

La cible envisagée par ce futur accord-cadre conclu pour une durée de cinq ans ? Quelque 150 ELD, dont 20 en tranche ferme. Les cinq premiers seront livrés au maximum 18 mois après la notification du contrat. Les 15 suivants sont attendus dans les six mois qui suivront ce lot initial. L’envergure de l’investissement n’est pas connue. 

L’annonce devrait intéresser au moins un acteur français : SOFRAME. Cette filiale du groupe Lohr aurait plusieurs cartes à jouer. D’une part, un porteur poids lourd de dépannage (PPLD) développé avec Iveco et en service dans l’armée de Terre. D’autre part, un Protected Recovery Vehicle (PRV) acquis en 2019 par la Composante Terre belge. Suivre cette voie, ce serait donc renforcer l’interopérabilité matérielle engagée avec un partenaire stratégique. 

Crédits image : SOFRAME

Le char Leclerc XLR sera doté d’une intelligence artificielle pour détecter et identifier les cibles

Le char Leclerc XLR sera doté d’une intelligence artificielle pour détecter et identifier les cibles


Le 28 janvier, la Direction générale de l’armement a fait savoir qu’elle venait de notifier à KNDS France un contrat portant sur la modernisation de 100 chars Leclerc supplémentaires, ceux-ci devant être portés au standard XLR. Pour rappel, l’armée de Terre devra en aligner 160 exemplaires en 2030 et 200 en 2035.

Cette opération vise à doter le Leclerc de l’ensemble des équipements nécessaires au combat collaboratif [Système d’information du combat SCORPION, radio CONTACT], d’un tourelleau téléopéré de 7,62 mm, d’un brouilleur BARAGE pour renforcer sa protection contre les engins explosifs improvisés [EEI ou IED].

En outre, il s’agit également d’améliorer sa conduite de tir, grâce à des viseurs « PASEO », fournis par Safran Electronics & Defense. Seulement, les premiers Leclerc XLR remis à l’armée de Terre [34 l’avaient été au 10 décembre 2024] ne disposent pas de cette fonctionnalité… puisque celle-ci ne sera pas disponible avant 2028.

Le contrat relatif à l’intégration des viseurs PASEO a été attribué à KNDS France et à Safran Electronics & Defense par la DGA en février 2024.

« Ces viseurs sont les deux systèmes d’observation et d’engagement principaux du char Leclerc qui permettent à l’équipage de détecter, d’identifier et de cibler un objectif à plusieurs kilomètres avant de l’engager », avaient alors expliqué les deux industriels. Et d’ajouter que l’objectif était de « numériser le cœur optronique du système d’arme du char » afin d’accroître le « flux de données » et de « fournir des images de très haute qualité dans toutes les conditions ».

Cela étant, en juin de la même année, à l’occasion du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, Safran dévoila sa solution d’intelligence artificielle ACE [pour « Advanced Cognitive Engine »], celle-ci devant être intégrée à l’ensemble de ses produits, dont les viseurs PASEO.

« ACE permet notamment d’augmenter les capacités de détection, de classification et d’identification des cibles en corrigeant les effets générés par les conditions environnementales comme la turbulence atmosphérique ou la faible luminosité », avait expliqué l’industriel.

Et de préciser que « d’autres fonctions telles que le suivi avancé de pistes ou la détection d’objets d’intérêts aideront les utilisateurs à accomplir leurs missions en allégeant leur charge cognitive ».

Cette avancée a conduit la DGA à notifier un autre contrat au groupement momentané d’entreprises MODVIS, formé par KNDS France et Safran.

« Le GME Modernisation des Viseurs du char Leclerc rénové [MODVIS] vient d’être notifié par la DGA de l’intégration de fonctions avancées d’Observation au Viseur Chef », a en effet annoncé KNDS France, le 28 mars, via les réseaux sociaux X et LinkedIn.

« S’appuyant sur l’Intelligence Artificielle de Safran Electronics & Defense, ces dernières améliorent significativement les capacités de surveillance, de détection et de classification de cibles », a-t-il poursuivi, avant de rappeler que le GME MODVIS a « pour objectif d’améliorer la performance des viseurs du char [viseur Tireur et viseur Chef], notamment en remplaçant le viseur Chef par un viseur PASEO ».

La Russie met à l’eau un nouveau sous-marin nucléaire, équipé du missile hypersonique Zircon

La Russie met à l’eau un nouveau sous-marin nucléaire, équipé du missile hypersonique Zircon


Le Perm, cinquième sous-marin nucléaire de la classe Yasen-M, devrait rejoindre la marine russe l’année prochaine. C’est un actif stratégique pour le Kremlin, qui cherche à maintenir la présence de sa flotte dans l’océan mondial malgré la guerre en Ukraine.

Pendant que tous les regards sont tournés vers les plaines d’Ukraine et que l’industrie de guerre russe tourne à plein régime pour abreuver le front en chars, blindés et canons d’artillerie, la Russie poursuit le renouvellement de sa flotte de sous-marins à propulsion nucléaire, actifs stratégiques pour le Kremlin face à l’US Navy et aux marines de l’Otan. Ce jeudi 28 mars, le cinquième sous-marin d’attaque de classe Yasen-M, baptisé Perm, a été mis à l’eau à Sevmash, le seul chantier naval russe qui produit encore de nouveaux sous-marins nucléaires, dans la ville portuaire de Severodvinsk, devant la mer Blanche et à proximité du cercle arctique. Il devrait être admis au service actif au sein de la flotte du Pacifique l’année prochaine après plusieurs mois d’essais à quai et en mer.

Les Yasen-M, dont la première unité, le Kazan, a été commissionnée en 2021, sont suivis de près par les marines occidentales, car ils symbolisent une nouvelle génération de navires, beaucoup plus modernes, discrets et plus redoutablement armés que les précédents sous-marins nucléaires russes issus de la fin de la période soviétique et qui constituent encore une large part de la flotte russe. «Les Yasen et Yasen-M représentent un risque important pour les forces occidentales. La combinaison de leur silence et de leurs capacités de frappe à longue portée pose un défi inédit aux défenseurs occidentaux, tant sur mer que sur terre», écrivait dans une note dès 2021 le prestigieux RUSI (Royal United Services Institute), plus vieux think tank britannique.

Missile hypersonique Zircon

En 2018, déjà, le département d’État américain avait reconnu qu’il n’était pas parvenu, pendant plusieurs semaines, à détecter le Severodvinsk lors de sa première mission dans l’océan Atlantique. Et encore, il ne s’agissait que du seul et unique exemplaire de la classe Yasen, simple étape transitoire vers la classe Yasen-M, redessinée et équipée d’un réacteur nucléaire de quatrième génération qui rend le bâtiment encore plus discret. Depuis, la presse américaine qualifie souvent ces sous-marins de «cauchemar» de l’Otan.

Sous-marin russe de classe Yasen-M. GoodFon

Le Perm, mis à l’eau ce jeudi, ajoute une innovation supplémentaire. «Je voudrais souligner qu’il est devenu le premier sous-marin polyvalent armé de missiles de croisière hypersoniques Zircon», a ainsi précisé le président russe Vladimir Poutine qui assistait en vidéoconférence au lancement du navire. Le Zircon est une nouvelle génération de missile dévoilée par la Russie en 2018 : si ses performances réelles restent sujettes à caution, il est, sur le papier du moins, le premier missile de croisière hypersonique au monde, c’est-à-dire offrant une vitesse maximale supérieure à Mach 5 – les autorités russes évoquent au moins Mach 8, soit près de 10.000 km/h – avec en plus des capacités manoeuvrantes. Le Zircon peut être tiré depuis des navires de surface (par exemple les nouvelles frégates Gorchkov ), des sous-marins et sans doute à terme des batteries terrestres, à l’image du missile supersonique Onyx qu’il complète. Conçu d’abord comme un missile antinavire, il existe aussi en version de frappe au sol et dispose d’une portée d’un millier de kilomètres. 

Le Zircon, jugé par les autorités russes impossible à intercepter, est donc au cœur de la stratégie du Kremlin qui entend bâtir une dissuasion conventionnelle en complément de sa traditionnelle dissuasion nucléaire. Des rumeurs venues d’experts ukrainiens et rapportés par la presse américaine ont fait état de son utilisation pour la première fois en février 2024 en Ukraine, ce qui n’a pas été confirmé officiellement ni par Kiev ni par Moscou. Dans le conflit en Ukraine, un autre nouveau missile hypersonique, le Kinjal, tiré depuis les airs, a été utilisé plus massivement par les Russes : en août, l’armée ukrainienne affirmait avoir intercepté 25% d’entre eux, un chiffre bien supérieur à celui de l’interception des missiles balistiques plus classiques comme l’Iskander-M (moins de 5%).

Les performances réelles du Zircon sont donc à prendre avec les réserves d’usage tant les données relatives à ce type d’armements stratégiques sont nimbées de secret. Ce nouveau missile représente malgré tout une inquiétude supplémentaire pour les marines occidentales et renforce indubitablement l’arsenal des Yasen-M, qui comptait surtout jusque-là sur les missiles de la famille Kalibr, moins rapides et moins véloces. «Le missile de croisière Kalibr, dans sa version de frappe au sol, a donné des résultats mitigés en Ukraine, avec un taux d’interception élevé», confirme une source militaire française au Figaro. Si le Perm est le premier Yasen-M à être compatible dès sa mise en service avec le Zircon, ses prédécesseurs devraient l’être aussi à l’avenir. «Les seuls tirs documentés du Zircon ont d’ailleurs été réalisés par le Yasen, qui a servi de navire-laboratoire, et les quatre autres Yasen-M devraient passer en ’retrofit’ pour l’emporter», explique au Figaro Benjamin Gravisse, spécialiste de la marine russe, auteur du blog de référence Red Samovar.

Route maritime du Nord

La mise à l’eau du Perm confirme enfin que le renouvellement de la flotte de sous-marins stratégiques russes s’accélère, ce que l’on observe depuis 2021. Alors que la construction des Yasen-M a commencé dès 2009 et que la première guerre en Ukraine (2014-2015) a représenté une gageure pour les chantiers navals russes en termes de substitution aux importations, un rythme de croisière a été trouvé depuis cinq ans. En 2026, cinq Yasen-M auront été mis en service en cinq ans. Dans le même temps, cinq sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de nouvelle génération, Boreï-A, chargés de la dissuasion nucléaire, devraient rejoindre la flotte russe. Soit un rythme soutenu de près de deux sous-marins nucléaires par an. Ce n’est pas anecdotique : sans compter qu’il s’agit de navires complexes à propulsion nucléaire, ce sont aussi d’imposants bâtiments (14.000 tonnes pour les Yasen et même 24.000 pour les Boreï).

Sous-marin nucléaire lanceur d’engins de classe Boreï. ALEXEY NIKOLSKY / AFP

La marine, parent pauvre de la modernisation des forces armées russes depuis 20 ans, connaît une exception : tous les efforts financiers et industriels ont été concentrés dans la construction de nouveaux sous-marins nucléaires, un chantier prioritaire pour le Kremlin. Dans son discours, Vladimir Poutine a mis en avant cette «composante stratégique» de la marine afin, notamment, de «protéger les intérêts nationaux dans diverses zones de l’océan mondial, y compris dans la zone Arctique qui, dans le contexte d’intensification de la concurrence mondiale, acquiert une très grande importance». Les sous-marins nucléaires russes, basés à la fois dans la flotte du Nord et dans celle du Pacifique, sont déployés aux deux bouts de la fameuse «route maritime du Nord» traversant l’Arctique, que cite également Vladimir Poutine. 

Pour la Russie, l’accès à l’océan mondial ne passe plus seulement par l’accès aux mers chaudes, qui est l’un des enjeux stratégiques de la guerre en Ukraine, mais aussi par les eaux plus froides que convoitent en même temps Américains et Chinois. Lors d’une conférence à Mourmansk, mercredi, sur l’Arctique, Vladimir Poutine a jugé «sérieux» les plans de Trump qui veut récupérer le Groenland où son vice-président J.D. Vance est en visite ce vendredi malgré la polémique qu’il suscite. «Les pays de l’Otan considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d’éventuels conflits», a assuré le président russe, qui a annoncé un renforcement des capacités militaires russes dans cette région.

Avec quelles nouvelles armes la France prépare son effort de défense ?

Avec quelles nouvelles armes la France prépare son effort de défense ?

L’effort de défense pour l’Armée française se traduit par des commandes de matériels militaires plus importantes et adaptés aux conflits actuels.

par Frédéric Delmonte – mesinfos.fr – publié le

https://mesinfos.fr/avec-quelles-nouvelles-armes-la-france-prepare-son-effort-de-defense-219056.html

@Dassault Aviation - Dassault Aviation travaille sur un drone de combat, qui sera furtif et accompagnera en mission le Rafale. Du combat collaboratif.

@Dassault Aviation – Dassault Aviation travaille sur un drone de combat, qui sera furtif et accompagnera en mission le Rafale. Du combat collaboratif.

L’effort de défense de la France passe par des commandes d’équipements militaires pour moderniser l’arsenal des nos armées et surtout le renforcer. L’objectif est de mettre à niveau les capacités militaires de la France dans le cadre d’un conflit de haute intensité, qui nécessiterait des réserves importantes de munitions et un nombre plus conséquent d’armes et de véhicules militaires.

Si cette question des capacités de défense de la France est revenue sur le devant de la scène politique ces dernières semaines, à la suite des évolutions géopolitiques à la suite de l’élection de Donald Trump, elle se posait déjà bien avant l’attaque de la Russie contre l’Ukraine.

Pour comprendre quels sont les besoins en armes, munitions et hommes des armées françaises et quelle est sa doctrine, il se faut d’abord se pencher sur les Lois de programmation militaires. Parce qu’au delà des discours politiques de circonstance, protéger la France et les Français, c’est planifier .

 

2019-2025. Une Loi de programmation militaire dans un contexte de terrorisme

Cet effort, dans la mise à niveau des capacités de défense et d’intervention des armées françaises, s’est  concrétisé par la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025. Votée en 2018 elle a permis de réparer et moderniser nos armées après des décennies de coupes budgétaires.

Cette dernière a été élaborée dans un contexte géopolitiques plus belliqueux, marqué par le retour des attentats contre la France. L’objectif est d’engager 10 000 soldats sur le territoire national, dans le cadre de l’opération Sentinelle est d’accélérer les actions offensives contre Daech en Irak et en Syrie. A cette période aussi, les stratèges militaires regardent aussi les actions des séparatistes Russes du côté du Donbass et de la Crimée.

2024-2030. Une LPM pour envisager un conflit de haute intensité.

Cette politique de réarmement de la France s’est poursuivie avec la LPM 2024-2030 qui a été adoptée en 2022 avec un objectif fort : organiser nos armées face aux nouvelles menaces. Cette dernière loi LPM a pris en compte la nouvelle réalité sécuritaire, notamment avec la guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie, la situation en Afrique, ou dans le Pacifique avec les prétentions territoriales de la Chine. Il s’agit de muscler les troupes françaises et de les préparer à la haute intensité face à un adversaire aussi puissant, voir plus puissant.

« Notre armée, je la compare à un bonsaï, à une armée américaine en version bonsaï. C’est-à-dire que nous avons, comme les Etats-Unis, une armée qui sait tout faire. Sauf que comme nous ne sommes pas les États-Unis, nous l’avons en petit. En version bonsaï. C’est efficace, ça marche, mais ça ne permet pas de faire les choses pendant longtemps et ça ne permet pas de faire les choses de manière massive » analysait sur France Info Jean-Dominique Merchet, journaliste, spécialiste des questions militaires et stratégiques.

La France entend renforcer sa dissuasion, notamment nucléaire

Avec cette LPM 2024-2030, « les commandes de 2023, et plus spécifiquement celles de décembre 2023 sont destinées à renouveler et moderniser les capacités des forces armées dans tous les domaines : aérien, terrestre, naval et spatial » rappelle le ministère de la Défense. La dernière PLM entend « maintenir la crédibilité de notre dissuasion » en renforçant « la résilience sur le territoire national, notamment les Outre-mer, et l’affirmation de notre souveraineté ».

Cette PLM prend en compte l’hypothèse qu’un « conflit de haute intensité ne peut plus être exclue« .

La dissuasion passe par un effort important dans le renouvellement des équipements nucléaires. Une grosse partie des 413 milliards, atour de 60%, va partir dans la modernisation des armes nucléaires, mais aussi des porteurs de cette arme, comme les Rafales ou les sous-marins.

Financer et préparer l’effort de guerre

Pour poursuivre cet « effort de guerre » comme l’a présenté Emmanuel Macron, la France cherche des financements. Le ministre de l’Economie, Éric Lombard, a appelé les investisseurs privés à soutenir l’industrie de défense, soulignant l’importance stratégique et économique du secteur. L’Etat réfléchit également à un placement citoyen pour financer les nouvelles armes de la France.

Concrètement, quels sont les équipements militaires commandés par les armées françaises à la base industrielle et technologique de défense ? Cette BITD regroupe entre 2 000 et 4 000 entreprises. Parce que l’objectif est également d’acheter des armes produites en France, ou en Europe. mesinfos.fr a essayé de faire un état des lieux des nouvelles armes qui arrivent dans nos casernes.

Des véhicules blindés légers et modernes pour l’Armée de terre

La guerre de haute intensité qui se joue entre la Russie et l’Ukraine rappelle la nécessité de disposer d’un nombre plus important de véhicules militaires à aligner sur une ligne de front étendue. Des véhicules adaptés aux nouveaux besoins et menaces, comme les drones. 

@Armée de Terre – le Jaguar est un engin blindé de l’Armée de terre.

La France est engagée depuis quelques années dans un programme de remplacement de ses véhicules blindés légers. C’est le cas avec le Griffon qui remplace progressivement les 2 700 véhicules de l’avant blindés (VAB). 1 872 Griffon sont livrés depuis 2019 souligne le ministère de la Défense.

En compléments, 35 EBRC Jaguar vont être livrés en 2024, soit 95 depuis 2021. 103 VBMR-L Serval seront livrés également en 2024, soit 292 depuis 2022.

@Armée de terre – La France dispose de plus de 600 VBCI.

La France dispose également de plus de 600 VBCI, livrés entre 2015 et 2018. Ce véhicule blindé à roues 8×8 « doit pouvoir être engagé, de nuit comme de jour, sous la menace des armes d’infanterie ou d’artillerie, en ambiance NBC tout en assurant la capacité à durer au personnel embarqué » détaille l’Armée de terre.

Du lourd avec la modernisation des chars de combat Leclerc

La France dispose de 241 chars Leclerc en service, mais seulement 147 chars sont disponibles. Ces chars, mis en service au début des années quatre-vingt-dix est vieillissant.

@Armée de terre – Le char Leclerc est modernisé pour répondre aux nouveaux enjeux militaires.

Plus d’un millions d’euros d’investissement dans la modernisation du char Leclerc qui arrive au milieu de sa vie. La Direction générale de l’armement (DGA) a validé en 2024 la rénovation de 100 chars Leclerc (XLR), portant à 200 le nombre de chars rénovés commandés. Les travaux de rénovation sont réalisés sur le site de l’industriel KNDS France à Roanne.

L’artillerie passe par plus de canon Caesar

Plus que la poudre, le canon Caesar a fait parler de lui dans le cadre de sa livraison aux forces armées ukrainiennes. Pour remplacer ses équipements et les compléter, 109 canons Caesar nouvelle génération sont commandés au profit de l’Armée de terre.

@Ministère de la défense – Les qualités du canon Caesar ont fait leurs preuves en Ukraine.

Pour répondre à cette demande, les cadences de la chaîne de production des Caesar, fabriqué par KNDS à Roanne, ont augmenté pour passer à 6 Caesar par mois. Il faut 15 mois pour fabriquer ce canon contre 30 auparavant.

En complément, 54 mortiers embarqués pour l’appui au contact ont été commandés entre 2025 et 2028

Des camions pour transporter des armes et du carburant

La logistique des armées françaises fait aussi partie des priorités. Ainsi, l’Armée de terre va bénéficier de 165 camions citernes de nouvelle génération à partir de 2027 et de 1 110 camions logistique de 6 tonnes à partir de 2028.

Des munitions pour éviter à l’Armée française de tirer à blanc

Avoir des canons et des chars mais pas suffisamment de munitions ? Alors que les Russes tirent autour de 10 000 obus par jour en Ukraine, la France est au défi de renforcer ses stocks.

Cela passe par plusieurs commandes : 260 millions d’euros de commandes de missiles anti-char ont été valisés entre 2022 et 2025, 75 millions d’euros d’investissements en défense sol-air ont été injectés depuis 2022, 750 millions d’euros de minutions d’artillerie ont aussi été validés depuis 2022…

L’Armée de l’air et de l’espace complète sa flotte de Rafale

Fin décembre 2023, la Direction générale de l’armement (DGA) a notifié à Dassault Aviation une commande de 42 avions de combat Rafale, dite « tranche 5 » à destination de l’armée de l’Air et de l’Espace.

© Shutterstock – Dassault Aviation espère livrer 25 Rafale en 2025.

La nécessité de renforcer l’Armée de l’air a été soulignée par Emmanuel Macron, lors de la visite de la base aérienne de Luxeuil-les-Bains, au sujet de la dissuasion nucléaire de la France.

En complément, 47 Mirages 2000D ont été rénovés en 2024.

Ces commandes de l’Armée françaises ou d’armées étrangères dopent les résultats de Dassault Aviation. En 2021, l’armée de l’Air et de l’Espace comptait 211 avions de chasse du groupe Dassault, les Rafale et Mirage 2000.

Des hélicoptères NH90 pour les forces spéciales

Les forces spéciales des l’Armée de terre font pouvoir être projetées sur des théâtres d’opération par 18 hélicoptères NH90 de plus. L’hélicoptère effectue des missions de transport tactique de troupes et de matériel ainsi que des évacuations sanitaires. 

@Ministère de l’intérieur – Le NH90 en version marine.

« Avec le retrait progressif des PUMA, les NH90 Caïman TTH constituent désormais la principale flotte d’hélicoptères de manœuvre et d’assaut des forces, aux côtés des Cougar rénovés et des Caracal, avec 63 appareils en service au sein de l’armée de Terre et 27 au sein de la Marine nationale » rappelle le ministère de la Défense.

Des hélicoptères en renfort des Gendarmes et des pompiers

La Direction générale de l’armenent A a passé commande en janvier 2024 de 42 hélicoptères H145-D3 FR auprès d’Airbus Helicopters pour les forces de Gendarmerie et les secours, comme les pompiers. Le contrat prévoit une option pour 22 hélicoptères supplémentaires pour la DGGN. Ces nouveaux hélicoptères amélioreront l’efficacité et la sécurité des missions d’assistance aux personnes, de sécurité publique et d’appui aux forces de l’ordre.

Drones, missiles… Le danger vient du ciel

@Ministère de la défense – Un fusil Nerod de lutte contre les drônes.

La Direction générale de l’armement a commandé, en décembre 2024, de nouveaux systèmes de défense surface-air et de lutte anti-drones au profit des trois armées. « D’un montant global de l’ordre de 600 M€, ces commandes s’inscrivent dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2024-2030 qui prévoit de renforcer et moderniser les capacités des forces dans ces domaines stratégiques » rappelle le ministère de la Défense.*

Concrètement la défense sol-air de la France va passer de 8 systèmes SAMP Manba à 12 pour 2035, de 2 VL MICA à 16 en 2029, puis 24 en 2035. En 2035, 18 systèmes bi-couche basés sur le couple SAMP NG et VL MICA seront en service. La lutte anti-drone s’étoffe avec l’arrivée de 3 nouveaux systèmes laser en 2024 et un quatrième en 2025 et 4 systèmes PARADE en 2026.

Ravitailleurs, avions espions, satellites, la flotte de l’Armée de l’air et de l’espace s’étoffe

En 2026 une troisième avion léger de surveillance va entrer en service. A l’horizon 2026-2027, la France va tester deux démonstrateurs de satellites patrouilleurs-guetteurs pour protéger les moyens spatiaux de la France.

Adjudant D.THERBY – Une image aérienne du 1er terminal militaire de la base aérienne 125 d’Istres.

Pour améliorer la projetions de ses avions l’Armée de l’air et de l’espace va compter sur 15 nouveaux exemplaires de l’A330 MRTT Phénix qui est un avion ravitailleurs. Ils sont notamment basés à la BA 125d’Istres qui devient le premier terminal militaire de France. Cette année, la flotte des 24 avions de transports va recevoir un nouveau A400M Atlas pour arriver à 37 appareils en 2030.

Un plan pour le futur porte-avion français et un chantier à Toulon

L’arme la plus imposante des armées françaises reste le porte-avions de nouvelle génération [PA NG] que la France va commander pour remplacer à terme le porte avion Charles-de-Gaulle. « L’année 2025 sera celle de la passation de commande du porte-avions de nouvelle génération » a confirmé Sébastien Lecornu, le ministre de la Défense.

@D. R – Le futur porte-avions de la Marine nationale sera plus imposant que le Charles-de-Gaulle.

Difficile d’avoir un budget exact, mais l’investissement prévu devrait s’élever à « une dizaine de milliards d’euros« , selon Cols Bleus, le magazine de la Marine nationale. La construction du futur porte-avions sera réalisée par la MO-Porte-avions, la coentreprise créée par Naval Group, les Chantiers de l’Atlantique et TechnicAtome.

@K. Sarrazin – La base navale de Toulon est en chantier pour accueillir le futur porte-avions.

D’une capacité de déplacement de 80 000 tonnes, sa longueur sera de 310 mètres. Pour accueillir ce géant des mers, la base navale de Toulon a déjà lancé un chantier colossal. Elle va construire des quais et un bassin dédié au futur navire amiral de la Marine nationale.

Des sous-marins de nouvelle génération dans la Marine

La Marine nationale renouvelle sa flotte de sous-marins nucléaire.

Elle va notamment bénéficier d’ici 2030 de six SNA, ou sous-marin nucléaire d’attaque de nouvelle génération, dite de classe Suffren, pour remplacer ceux de classe Rubis. Deux SNA ont rejoint la flotte et la base navale de Toulon et un est en test en Méditerranée. Les trois autres vont être mis en service dans les cinq prochaines années.

@Marine Nationale – Un nouveau SNA dans le port militaire de Toulon.

La construction du sous-marin nucléaire lanceur d’engins de nouvelle génération a également débuté, selon le ministère des Armées. Il s’agit du premier des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de troisième génération, appelés à incarner à partir de 2035 la composante océanique de la force de dissuasion nucléaire française.

Des Frégates Bleu Blanc Rouge en renfort sur les mers du globe

Cinq Frégates de défense et d’intervention vont compléter la flotte de la Marine nationale. Il en aurait fallu plus pour assurer une présence de la Marine nationale dans toutes les mers du globe où la France a des intérêts. Mais à plus de 600 millions d’euros l’unité, la facture s’élève vite… Trois premières seront livrées entre 2025 et 2029. Il s’agit de Frégates de classe Amiral Ronarc’h qui sont construite à Lorient par Naval Group.

@Naval Group – Les nouvelles Frégates de la Marine nationale seront fabriquées à Lorient.

« Les FDI sont des navires de haute mer polyvalents, endurants et capables d’opérer, seuls ou au sein d’une force navale, dans tous les domaines de lutte : antinavire, anti-aérien, anti-sous-marin, contre les menaces asymétriques et capable de projeter des forces spéciales » détaille Naval Group.

Ces Frégates de nouvelle génération seront protégées contre les attaques cyber et elles seront « les premières frégates à bénéficier à bord d’une architecture numérique qui leur permettra de s’adapter en continu aux évolutions technologiques et opérationnelles« .

De nouveaux patrouilleurs hauturiers

En 2023 la DGA a commandé à Naval Group sept patrouilleurs hauturiers pour la Marine Nationale, pour un total de 900 millions d’euros. « Les patrouilleurs combleront le déficit de bâtiments de second rang et seront déployés à Brest, Toulon et Cherbourg. Adaptés à un environnement maritime hostile, ils disposeront d’une capacité de traitement de l’information avancée et pourront opérer des hélicoptères ou des drones » précise le ministère de la Défense.

@Naval Group – La Marine française doit se doter de nouveaux patrouilleurs hauturiers.

« En conformité avec la LPM 2024-2030, dix patrouilleurs seront en service d’ici 2035, avec une première livraison prévue en 2026, pour remplacer les patrouilleurs de haute mer et de service public existants » ajoute ce dernier.

Des drones militaires pour compléter l’arsenal sur terre, en mer et dans les airs

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine met en première ligne l’usage intensif des drones. Les armées françaises entendent être à la page de ces nouvelles armes. Dernièrement un exercice militaire s’est tenu au large de Toulon avec la Marine nationale et la participation d’industriels. L’objectif était de tester une opération avec l’usage de drones en mer et dans le ciel. Dernièrement la Marine nationale a acheté à Thales et Exail huit drones sous-marins autonomes de nouvelle génération, avec une option pour acquérir huit drones supplémentaires.

@MBDA – Le NX70 un drone militaire d’observation fabriqués prés d’Aix-en-Provence.

Les drones sont aussi utilisés pour faire du renseignement, comme le NX70 capable d’observer de jour comme de nuit. Ces drones sont fabriqués par Novadem, prés d’Aix-en-Provence.

Le génie militaire utilise également des drones, comme le Minirogen, qui permet de déconstruire à terre des obstacles ou cibles à distance. L’Armée de terre emploie aussi un drone avion de reconnaissance, le SDT Patroller. Sa mise en œuvre est assurée exclusivement par le 61e régiment d’artillerie, régiment de recherche par imagerie des forces terrestres.

Pour préparer la guerre du futur, Dassault Aviation travaille sur un drone de combat aérien furtif capable d’assurer une mission en même temps que le Rafale. On parle là de combat collaboratif…

La Direction générale de l’armement a fait franchir un « premier jalon » à la coopération drone / hélicoptère

La Direction générale de l’armement a fait franchir un « premier jalon » à la coopération drone / hélicoptère


L’idée de mettre en œuvre un drone aérien [voire plusieurs] depuis un hélicoptère n’est pas nouvelle : le Tigre porté au standard MK2+ ainsi que le NH-90 devraient disposer de cette capacité qui, appelée MUM-T [pour Manned-Unmanned Teaming], a récemment fait l’objet d’une démonstration organisée par Airbus Helicopters et Leonardo dans le cadre du projet MUSHER.

Ainsi, l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] développe le concept de « dronisation de l’aérocombat », qui est dans ses « cartons » depuis quinze ans, selon son commandant, le général David Cruzille. « Le drone, aujourd’hui, c’est une belle opportunité. Il y a un tel bond technologique que l’on peut passer de la doctrine à la mise en œuvre », a-t-il d’ailleurs récemment souligné, lors d’un entretien diffusé par le Commandement du combat futur [CCF].

Outre la notion d’Engins Lancés par Aéronefs [ELA], l’ALAT envisage le développement d’un drone tactique d’aérocombat [DTA], capable d’évoluer, comme un ailier, au côté d’un hélicoptère habité. Selon le CCF, il permettrait de « préserver l’effet de masse et d’augmenter la liberté d’action du chef en fonction du niveau de risque ou de complexité de l’enjeu opérationnel ».

En attendant, il s’agit de défricher le terrain… D’où les essais simulés de coopération entre des drones et un hélicoptère, conduits en février par DGA Essais en Vol [DGA EV] avec le concours de pilotes du Groupement aéromobile de la Section technique de l’armée de Terre [GAMSTAT], du 3e Régiment d’hélicoptères de combat [RHC], en pointe dans l’élaboration de la doctrine d’emploi des futurs ELA, et du 4e Régiment d’hélicoptères des forces spéciales [RHFS].

Cette campagne d’essais avait trois objectifs : définir les interactions « les plus pertinentes » entre les équipages et les drones, mesurer la charge cognitive des personnels navigants et évaluer une « interface tactile pour la gestion des drones ».

Le scénario a consisté à mener « une mission de reconnaissance offensive d’un hélicoptère appuyé par deux drones. Cette mission a été découpée en plusieurs phases élémentaires qui ont été jouées plusieurs fois chacune en variant les niveaux d’interopérabilité [LOI] et la configuration de l’équipage [à 2 ou à 3]. Pour chaque phase, des mesures subjectives et physiologiques de la charge cognitive des équipages ont été réalisées pour évaluer leur capacité à gérer toutes les tâches induites », explique la Direction générale de l’armement [DGA].

Quant à l’interface tactile, elle permettra « d’interagir avec une cartographie, d’afficher les informations venant des drones et de prendre le contrôle de ceux-ci [création et assignation du plan de vol, contrôle de la charge utile] », précise-t-elle, avant de se féliciter d’avoir franchi un « premier jalon ».

Les résultats de ces essais, réalisés grâce à « plusieurs simulateurs interconnectés », seront utilisés pour développer une capacité analogue pour la Marine nationale et l’armée de l’Air & de l’Espace ainsi que pour préparer un « projet d’étude amont devant intégrer des briques technologiques développées par l’industrie. »

« Cet apport améliorera la représentativité de certaines fonctionnalités, augmentera l’autonomie fonctionnelle intégrée dans les systèmes, drones ou hélicoptères, permettra d’affiner les scénarios d’emploi et devra déboucher sur la conduite d’essais en vol hybridés avec la simulation », conclut la DGA.

Photo : DGA

Trois ans pour livrer un embryon de DSA d’accompagnement

Trois ans pour livrer un embryon de DSA d’accompagnement

– Forces opérations Blog – publié le

Le compte à rebours est lancé pour KNDS France, chargé de fournir deux nouvelles variantes du Serval pour permettre à l’armée de Terre de muscler son bouclier anti-drones et de reconstruire une défense sol-air d’accompagnement au profit des forces déployées en opération. L’objectif ? Livrer des plateformes et des munitions abouties dans moins de 36 mois. 

Ces deux véhicules attendus par l’armée de Terre, ce sont les Serval « lutte anti-drones » (LAD) et Serval « défense sol-air » (DSA). Deux membres parmi d’autres d’une nouvelle famille « sol-air basse-couche » (SABC) de ce blindé 4×4 produit par KNDS France et Texelis dans le cadre du programme SCORPION. Et une capacité sur les rails depuis décembre 2024 avec la notification par la Direction générale de l’armement (DGA) d’un contrat majeur à KNDS France.

Fraction majeure des 600 M€ investis fin 2024 pour muscler la DSA française, ce contrat global prévoit non seulement le développement et la qualification des plateformes et des munitions associées mais aussi la livraison de 24 Serval LAD et 30 Serval DSA. Pour l’un comme pour l’autre, ces tranches initiales dépassent déjà les cibles fixées par la loi de programmation à horizon 2030, établies à 12 Serval LAD et 24 Serval DSA.

« C’est vraiment une course contre la montre », résume un représentant de KNDS France. Restent en effet moins de trois ans pour développer et fournir une capacité suffisamment mature que pour entamer le processus de qualification étatique, préliminaire obligatoire aux premières perceptions par les régiments d’artillerie. Celles-ci sont attendues en fin de LPM, potentiellement à compter de 2029. 

Le Serval LAD sera une solution complète intégrant un tourelleau téléopéré ARX30 et son canon de 30 mm, des antennes radio-fréquences, un système de commandement et de contrôle (C2) et un radar de détection et de suivi sur mât télescopique. Complexe, l’objet est aussi nouveau. Pour KNDS, « il faudra donc être excellents sur chacune des briques ». Aller vite suppose notamment de « faire travailler un certain nombre de gens ayant une grande expérience en matière de LAD » en misant sur des briques éprouvées et éventuellement adaptées. 

Le choix du radar embarqué, par exemple, na pas été officialisé mais l’intention serait de pousser la solution proposée par CS Défense, division d’un groupe devenu l’un des maîtres d’œuvre du programme interarmées PARADE (Protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs). Combiné avec le viseur de l’ARX30, le radar constituera la brique essentielle pour traquer, identifier et suivre efficacement des « objets tout petits, qui vont plutôt vite, volent au ras du sol et dont le spectre est très large ».

Le contrat français vient surtout soutenir le développement de l’ARX30 et de ses munitions, engagé sur fonds propres et poursuivi aujourd’hui autour d’un unique prototype. Conçu à Bourges, ce tourelleau suit en quelque sorte la voie tracée par sa « grande soeur » de Satory, la tourelle de 40 mm RapidFire. « Les équipes échangent beaucoup. Le moment est complexe, car c’est l’heure des choix », nous explique-t-on. Construit autour du canon court 30M781MPG de l’hélicoptère d’attaque Tigre, l’ARX30 sera « redessiné » pour gagner en compacité et descendre en dessous des 850 mm de hauteur. 

Le futur Serval LAD, élément central de la LAD dite « spécialisée »

Autre choix acté, l’ARX30 embarquera un viseur non panoramique, donc doté d’un débattement inférieur à 360° et partiellement asservi au canon. « Un moyen de s’assurer que la ligne de visée reste proche de celle du canon », précise KNDS. Le choix de ce viseur n’est pas affermi à ce jour, mais « quelques perles » ont été identifiées en France. Rien n’est acté, mais la démarche tendrait à première vue vers un duel entre deux candidats ayant des approches différentes : d’un côté une solution très aboutie et directement disponible et de l’autre un produit plus innovant mais exigeant un peu de patience. Léger, l’ARX30 exige cependant de plancher sur un Serval à toit renforcé tant pour augmenter la capacité d’emport que pour compenser l’effort de recul du canon, de l’ordre de 650 kg contre 240 kg pour un armement de 12,7 mm.

D’autres évolutions sont annoncées pour l’ARX30 par un industriel engagé dans une feuille de route à deux vitesses. La double entrée par exemple, cette capacité soutenue par un financement européen mais qui arrivera « plus tard » et pourra être l’objet d’un rétrofit. Son enjeu ? Dédoubler l’approvisionnement en munitions, offrir un choix au tireur et renforcer par là le caractère « multi-cibles » de l’ARX30, dont les 2 km de portée sont également étendus aux menaces de surface.

Les spécificités de la lutte anti-drones exigent par ailleurs de travailler sur une munition dédiée. L’obus airburst conventionnel est aujourd’hui la voie privilégiée pour « envoyer de la ferraille dans les airs » plutôt qu’une solution s’inspirant d’un obus antiaérien A3B conçu pour la tourelle RapidFire et dont la fin du développement était lui aussi notifié en décembre. Cette version airburst bénéficiera d’une quinzaine d’années de travaux entamées avec le calibre 25 mm et suivies avec le 40 mm. Le choix d’une fusée 100% électronique et non plus mécanique amène un challenge de taille pour les équipes munitionnaires : le degré d’utilisation des MEMS, ces composants électromécaniques ultra miniaturisés soumis aux contraintes extrêmes du domaine pyrotechnique. L’objectif sera de tenir a minima six secondes en vol, une performance qui suppose de maîtriser la consommation d’énergie avant l’impact donc de miser sur une électronique à la fois limitée et frugale. « Aujourd’hui, nous savons faire cette munition », assure un industriel pour qui il est « tout à fait jouable » de déboucher sur un produit mature dans le délai imparti. 

Si le Serval LAD est conçu pour opérer en autonomie, il est logiquement prévu de l’intégrer dans la chaîne DSA de l’armée de Terre. Il y rejoindra un Serval DSA que l’armée de Terre a rebaptisé « Tourelle MISTRAL ». Celui-ci reposera principalement sur une tourelle ATLAS RC armée de deux missiles MISTRAL 3 et d’une capacité d’autodéfense rapprochée, en attendant un MISTRAL 3+ espéré d’ici deux à trois ans. Ce véhicule sera complémentaire du Serval SATCP, cette autre version du véhicule de patrouille blindée adaptée pour l’emport d’un lanceur MISTRAL sur trépied et dont les premiers exemplaires sont attendus pour l’an prochain. 

Deux autres versions du Serval – non contractualisées à ce jour – viendront compléter un segment pour l’instant centré sur les effecteurs : l’une, un « PC DSA », pour la coordination des feux et l’autre pour l’emport d’un radar en bande X pour la détection et le suivi de cibles. Le radar Giraffe 1X de Saab, testé avec succès durant les Jeux olympiques et paralympiques de l’été dernier, serait en pôle position. Une nouvelle génération est déjà dans les cartons de l’entreprise suédoise. La commande de ces deux briques manquantes est attendue pour « cette année ou l’année prochaine ».

Sauf écueil majeur, l’armée de Terre disposera d’une première solution nativement conçue pour la LAD à la fin de la décennie. La montée en gamme se poursuit en parallèle en misant entre autres sur l’adaptation de matériels à l’origine non conçus pour cette mission, à l’image du VAB ARLAD Std 2 et du canon de 20 mm PROTEUS. Un premier éventail de moyens qui viendra armer la section LAD créée dans chaque batterie de défense sol-air. Demain, les déclinaisons du Serval permettront de reconstruire une DSABC d’accompagnement perdue depuis le retrait du système Roland. Combiner la mise sous blindage des équipages et la mobilité du porteur, c’est en effet récupérer des capacités de protection de convoi en mouvement ou de suivi de la manœuvre en avant du dispositif et jusqu’au plus près de la FLOT, la ligne de contact. 

L’armée de Terre gagnera aussi en souplesse, ces nouvelles ressources l’autorisant à constituer une bulle anti-aérienne selon la mission, l’adversaire et les systèmes disponibles. Le radar en bande X, le C2 propre à l’armée de Terre et en cours de développement, et les effecteurs seront autant de briques à assembler pour garantir une forme de cohérence dans chaque section et batterie. Rien n’empêcherait, par exemple, de rassembler trois Serval Tourelle MISTRAL et autant de Serval LAD au sein d’une section de circonstance. Bref, une perspective parmi d’autres d’un nouveau chapitre qui ne pourra s’écrire qu’une fois les délais tenus.

Spatial Militaire français : Attention au déclassement

Spatial Militaire français : Attention au déclassement

par André Rougé* – Revue Conflits – publié le 27 mars 2025

*André Rougé, au nom du groupe défense des Horaces.

https://www.revueconflits.com/spatial-militaire-francais-attention-au-declassement/

La France veut se doter d’une stratégie spatiale nationale. Il y a urgence tant le pays risque le déclassement

François Bayrou a annoncé jeudi 6 mars le lancement d’une mission gouvernementale afin d’établir d’ici à juin une « stratégie spatiale nationale » devant permettre à la France de « rester une puissance de premier rang mondial ».

Cette mission n’est pas inutile, tant le secteur spatial français a souffert des deux révolutions spatiales portées par SpaceX : les lanceurs, dits réutilisables, et la constellation télécom en orbite basse Starlink. La viabilité économique du programme Ariane 6 est désormais fortement remise en cause à moyen terme et malgré les 18 lancements commerciaux signés avec Amazon, Arianespace reste une société commerciale déficitaire. Les autres pays européens n’ont pas souhaité contribuer à la viabilité du lanceur européen et l’Allemagne développe même un lanceur concurrent d’Ariane 6.

Le Commandement de l’Espace pousse vers un changement de stratégie, mais il se heurte au conservatisme de la DGA et des industriels TAS et ADS.

Outre le développement du programme Ariane 6, la France a beaucoup investi dans l’accès à l’Espace : 5 programmes de micro-lanceurs (dont la viabilité technologique et commerciale reste hypothétique), 2 démonstrateurs de lanceurs réutilisables et 5 nouveaux pas de tirs en Guyane. L’urgence est désormais clairement de passer de systèmes à deux ou trois satellites – télécoms, observation ou écoute- à des systèmes de constellations de plusieurs dizaines de satellites. Les grandes puissances spatiales militaires (USA, Chine, Russie) possèdent toutes des constellations qui leur assurent une revisite importante des zones d’intérêt pour les satellites de renseignement et une couverture beaucoup plus large pour les satellites de télécom. Par ailleurs, nos satellites militaires sont aujourd’hui de « big juicy target » et la perte de l’un d’entre eux a des conséquences majeures. Les constellations permettent donc d’assurer la redondance du service, une meilleure revisite et complexifient les actes hostiles. Le Commandement de l’Espace pousse vers ce changement de stratégie, mais il se heurte au conservatisme de la DGA et des industriels TAS et ADS. L’État devrait pour le moins exiger, en contrepartie, qu’ils aient la capacité de répondre aux nouveaux besoins des forces, et ce à des prix raisonnables.

Aujourd’hui les satellites militaires et civils français et européens dépendent des données américaines pour assurer leur sécurité en orbite

L’augmentation du nombre de satellites de renseignement optique et écoute doit s’accompagner d’une montée en puissance de notre capacité d’analyse et de valorisation de la donnée, une donnée acquise et non traitée est une donnée perdue. Cet effort sur l’analyse des données spatiales permettra d’accentuer notre effort vers des zones géographiques aujourd’hui moins prioritaires, comme le Pacifique, où nos intérêts sont primordiaux. Il faut encourager des sociétés de surveillance de l’espace (SSA) à y implanter des capteurs radars et optiques pour surveiller les parties d’orbites invisibles depuis la métropole. Aujourd’hui les satellites militaires et civils français et européens dépendent des données américaines pour assurer leur sécurité en orbite. Paradoxalement la France dépense énormément pour garantir sa souveraineté d’accès à l’Espace, mais peu d’argent pour assurer sa souveraineté en surveillance de l’Espace.

Augmenter nos capacités de renseignement de façon massive pour obtenir une utilisation tactique et opérationnelle des données spatiales, assurer la redondance de nos communications par la mise en orbite de constellations télécoms en orbite basse et assurer l’autonomie de la surveillance de l’Espace va nécessiter d’engager de gros budgets militaires.

Le spatial militaire français a été pendant des années une grande réussite, mais aujourd’hui, il doit se réinventer, car il risque sinon le déclassement par les autres puissances militaires spatiales.

Ces engagements devront tout d’abord être compensés par des économies sur d’autres domaines moins essentiels du spatial militaire. Les déclarations du Président Macron visant un budget de la défense jusqu’à 5% du PIB relevant encore du vœu pieux, la prudence doit donc nous pousser à proposer une stratégie pour le spatial de défense dans une enveloppe seulement légèrement supérieure à l’actuelle. Des économies sont possibles en arrêtant les développements peu pertinents ou peu prometteurs, comme ceux d’action dans l’Espace, les missions d’observation hyperspectrale ou tout simplement en utilisant davantage les talents des agents de l’État du CNES plutôt que de payer des ingénieurs de TAS ou ADS !

Le spatial militaire français a été pendant des années une grande réussite, mais aujourd’hui, il doit se réinventer, car il risque sinon le déclassement par les autres puissances militaires spatiales. À cet égard, la priorité à accorder au lancement de constellations spatiales est une nécessité tant pour le renseignement que pour les communications de nos forces déployées sur les futurs champs d’opérations.

Les missions spatiales pour 2030-2035 se décident aujourd’hui, il faut aujourd’hui des actes forts et courageux, pour reprendre la devise du Commandement de l’Espace : Res non verba !

A propos du « Mystérieux » Char chinois !

A propos du « Mystérieux » Char chinois !

par Blablachars – publié le 25 mars 2025

https://blablachars.blogspot.com/2025/03/a-propos-du-mysterieux-char-chinois.html#more


Les images relayées par de nombreux internautes, d’un « mystérieux » prototype chinois de char semblent indiquer que la Chine, comme plusieurs autres pays, cherche à réduire le gabarit de ses futurs engins blindés et plus spécialement de son prochain char. Au-delà d’une simple réduction des dimensions, les modifications supposées s’accompagneraient aussi d’une augmentation de certaines performances du futur engin, qui pourrait être synonyme d’une modification de la doctrine de l’Armée Populaire de Libération (APL) dans le domaine. Depuis de longues années, les chars sont systématiquement employés au sein d’ensembles interarmes au sein desquels ils sont le plus souvent utilisés au profit des autres armes et très rarement comme une force de rupture autour de laquelle les autres composantes s’organisent. Cette relative stabilité doctrinale a connu peu d’évolutions, allant de pair avec l’introduction d’une nouvelle génération de chars. Le char mystère, probablement doté de technologies innovantes pourrait bouleverser cet équilibre et entrainer d’importantes modifications doctrinales au sein de l’APL.

L’emploi de chars en grand nombre au sein de dispositifs interarmes dont on peut voir de nombreuses illustrations sur les images diffusées par l’APL, repose sur l’utilisation par cette dernière de chars polyvalents, techniquement simples et dotés d’une puissance de feu conséquente. Le traité sino-soviétique d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle signé en 1950 permet à Pékin de bénéficier de l’appui soviétique pour le développement de ses chars, avec la construction en 1956 d’une usine destinée à produire le T-54A, qui est mis en service en 1959 sous l’appellation de type-59, armé comme son « cousin » soviétique d’un canon de 100mm. Les productions chinoises qui suivent ce premier engin contiennent peu d’innovations techniques et la faible qualité des chars chinois est compensée par la mise en service de nombreux exemplaires. A la fin des années 1960, l’APL compte jusqu’à 8000 chars dont une majorité de Type 59. Ce choix se traduit par l’adoption au fil des années de versions successives d’un même char sur lesquelles les évolutions techniques sont limitées et souvent liées à l’apport de technologies étrangères comme le canon L7 britannique intégré sur le Type 69 (lui même dérivé du T-62 soviétique) pour donner naissance au Type 79. Le Type 96 mis en service à la fin des années 1980 est la dernière évolution du Type 69 développé à la fin des années 1970.

La mise en service du Type 98 et de son évolution le Type 99, marquent une première inflexion de la doctrine blindée chinoise qui privilégie l’aspect technique des engins au détriment de la masse, qui semble se rapprocher des usages en cours dans les armées occidentales. La mise en service du Type-15 à la fin des années 2010 concrétise la seconde tentative de développement d’un char léger répondant à un besoin spécifique. A la fin des années 1950, le développement par la firme NORINCO d’une version allégée du Type 59 conduit à la mise en service du Type 62 capable de combattre sur des terrains difficilement accessibles au char d’origine. Pour atteindre cet objectif, la firme chinoise diminue le calibre du canon qui passe de 100 à 85mm ainsi que l’épaisseur du blindage et simplifie les systèmes embarqués. Ces différentes solutions permettent au Type-62 d’afficher un poids de 21 tonnes, inférieur de 15 tonnes au poids du Type 59 dont il est dérivé.

En dépit d’une réduction de la puissance du moteur qui passe de 520cv sur le Type 59 à 430cv sur le Type 62, la mobilité du Type 62 est considérablement améliorée par rapport à celle du Type 59, amélioration symbolisée par un rapport poids/puissance de 20.5cv/t, largement supérieur à celui du Type-59 s’établissant à 14.4 cv/t. Le Type 15, qui est aussi le premier char chinois « non inspiré » d’un modèle russe, ne bouleverse cependant pas la doctrine chinoise d’emploi des blindés, mais s’inscrit plutôt dans une démarche identique à celle de la conception du Type 62.  Comme pour ce dernier, la réduction de calibre de l’armement principal, qui passe de 125 à 105mm et le recours à des matériaux composites pour le blindage structurel de l’engin permettent d’arriver à un poids de 33 ou 36 tonnes. Cette variation est liée à l’éventuel montage d’un pack de blindage réactif additionnel. La mobilité est également favorisée par l’installation d’un moteur de 1000 cv associé à une transmission entièrement automatique, tandis que les traditionnelles barres de torsion laissent place à une suspension hydropneumatique. Ces choix permettent au Type 15 d’afficher un rapport poids/puissance de 27.8 ou 30.3 cv/t, en fonction du poids de l’engin, le rendant particulièrement adapté au milieu pour lequel il a été développé. Sa première apparition en 2019, six ans après le retrait des derniers Type 62, précède son déploiement dans la région du Ladakh au sein des unités de l’APL stationnées dans la zone frontalière, objet de tensions entre Pékin et New Delhi. Ce déploiement a été suivi en juin 2021 de la mise en service du Type 15 au sein de l’infanterie de marine chinoise.

 

 

A l’inverse des engins précédents, le mystérieux char aperçu ces derniers mois pourrait marquer une inflexion majeure de la doctrine chinoise en matière d’emploi des blindés. L’engin dont le poids serait inférieur à 40 tonnes et doté d’une tourelle téléopérée pourrait être servi par un équipage réduit à deux hommes. L’armement principal serait constitué d’un canon rayé de 105mm, une solution similaire à celle retenue pour le Type-15 mais aussi aux Etats-Unis pour le M10 Booker. L’appellation « Assault gun » retenue pour cet engin par l’armée américaine illustre parfaitement le rôle pour lequel le Booker a été conçu, tout comme son évaluation par la 82ème Division Aéroportée ! Pourrait-on imaginer la 11ème Brigade Parachutiste évaluant un engin chenillé de 40 tonnes armé d’un canon de 105mm, capable de fournir un appui-feu de proximité aux unités parachutistes ? Le calibre 105mm qui a subi une éclipse de plusieurs années face aux armements de 120 ou 125mm semble redevenir d’actualité grâce à aux améliorations apportées aux munitions utilisées. Ainsi, les informations (non confirmées) concernant l’armement du char chinois font état de la possible utilisation de munitions flèche de nouvelle génération dont l’efficacité serait similaire à celles des obus flèche de 125mm de génération précédente utilisés par le Type 99. Cette réduction de calibre favorise l’emport d’une plus grande quantité de munitions, qui serait de 38 obus sur le Type 15 et de 42 coups sur le M10 Booker, autorisant la conduite de missions d’appui-feu de plus longue durée. Autre possibilité offerte par ces engins et probablement par le futur char chinois, la réalisation de tirs indirects permise grâce aux qualités de l’arme, à l’intégration de dispositifs de visée adéquats et aussi par le débattement en site. Le choix d’une tourelle téléopérée augmente cette possibilité, comme l’illustre l’exemple de la tourelle 3105 de John Cockerill Defense capable d’atteindre une élévation maximale de 42°,  supérieure à celle du M10 Booker de +20° et du Type 15 atteignant +18°. Ces deux engins utilisant une tourelle habitée dont l’intrusion en châssis constitue une limite mécanique au débattement vertical. 

 

 

La conception de l’engin chinois semble privilégier la mobilité et la compacité qui pourraient entrainer une modification de la doctrine au profit d’un emploi privilégiant la mobilité et la « discrétion ». A côté de ces caractéristiques qui contribuent à augmenter la survivabilité du char, la diminution du blindage structurel serait compensée par le recours à un système de protection active, comme le GL-6 dévoilé en février dernier.

Le caractère encore incertain des informations disponibles à propos de ce nouvel engin, laisse subsister de nombreuses inconnues sur son niveau de développement. La présence de différents modèles sur les images disponibles permet de penser que les travaux sur le futur engin se poursuivent et que plusieurs solutions sont probablement explorées. Cependant, la récente mise en service du Type 15 ainsi que son emploi spécifique empêchent de considérer ce char mystère comme son remplaçant mais plutôt comme un nouveau char. On sait que la Chine travaille sur un char de nouvelle génération, dont l’engin entrevu présente apparemment de nombreuses caractéristiques telles qu’une tourelle téléopérée, le positionnement de l’équipage dans le châssis, un gabarit réduit ou encore une mobilité accrue. L’hypothèse d’un équipage de deux hommes laisse entrevoir un recours à des solutions technologiques comme l’intelligence artificielle pour l’accomplissement de certaines tâches, normalement dévolues à un équipier humain. L’apparition de nouvelles images permettra de préciser certaines informations et de dissiper les doutes existant sur ses caractéristiques mais aussi sur son possible emploi au sein de l’APL. De façon plus générale, il est probable que le degré de sophistication des futurs engins imposera de profonds changements doctrinaux qui permettront aux équipages de tirer le meilleur parti des technologies embarquées parmi lesquelles figurera probablement l’intelligence artificielle. Plus compact, plus mobile, mieux protégé, plus puissant et versatile, le char médian a tout pour devenir le standard des futurs plateformes blindées.