Transformation de l’armée de Terre. Que signifie la réorganisation « vers une armée de Terre de combat » ?

Transformation de l’armée de Terre. Que signifie la réorganisation « vers une armée de Terre de combat » ?

En juillet 2023, le général d’armée Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), a lancé une transformation des forces terrestres françaises intitulée « Vers une armée de Terre de combat ».

Soldat de l'armée de Terre
Soldat de l’armée de Terre – Yann DUPUY/armée de Terre/Défense

Prenant acte de l’avènement d’une « nouvelle ère stratégique » d’une part, et de l’opportunité de consolidation offerte par la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 de l’autre, le CEMAT entend faire évoluer le modèle « Au contact » de 2015 selon trois axes : « la modernisation des équipements, la refonte de l’organisation et l’adaptation du fonctionnement »

À travers cette « plus importante réforme de l’armée de Terre depuis la fin de la conscription  », l’intention du CEMAT est de libérer l’armée de Terre de la norme et des modalités, en plaçant la performance et l’efficacité au cœur de son fonctionnement par un modèle qui favorise la prise d’initiative et la responsabilisation des niveaux subordonnés. Comment cette réorganisation s’incarne-t-elle concrètement après un an de mise en œuvre ?


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Edito Transformation de l’armée de Terre

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Transformation de l’armée de Terre. Que signifie la réorganisation « vers une armée de Terre de combat » ?

Général Schill : Alors que la « place du char reste primordiale », l’armée de Terre a « besoin du MGCS »

Général Schill : Alors que la « place du char reste primordiale », l’armée de Terre a « besoin du MGCS »


Censé avoir été relancé après la signature d’un protocole d’accord par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue allemand, Boris Pistorius en avril 2024, le projet de Système principal de combat terrestre [MGCS – Main Ground Combat System] est toujours au même point.

Si les turbulences politiques de part et d’autre du Rhin n’y sont pas étrangères, il n’a pas encore été possible de notifier les premiers contrats à la société de projet devant être créée par les principaux industriels concernés [KNDS France, KNDS Deutschland, Thales et Rheinmetall], la constitution de cette dernière ayant pris du retard. En outre, la chambre basse du Parlement allemand [Bundestag] ne s’est pas encore prononcée sur l’accord signé par MM. Lecornu et Pistorius.

Pour rappel, comme il vise à développer une « famille de systèmes » [chars de nouvelle génération, drones, robots, etc.] reposant sur un  » cloud de combat », le MGCS doit être réorganisé selon huit piliers capacitaires distincts [plateforme, tourelles et canons, armement secondaire, système de communication et de commandement, simulation, capteurs, protection contre les drones, logistique], tout en assurant un partage industriel à 50-50 entre la France et l’Allemagne.

En outre, certains choix technologiques, comme l’armement principal du futur char de combat, n’ont pas encore été tranchés.

Quoi qu’il en soit, après s’être mis d’accord avec son homologue allemand sur une fiche commune d’expression des besoins [HLCORD], le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, s’est dit convaincu que le MGCS allait incarner une « bascule technologique ».

« En 2045, le char que nous utiliserons ne sera pas un char actuel amélioré, pour la simple raison que s’il faut équiper un seul véhicule de tous les équipements de protection et d’agression nécessaires, nos analyses montrent qu’il atteindrait un poids rédhibitoire de 70 ou 80 tonnes », a-t-il expliqué en novembre, lors d’une audition au Sénat dont le compte rendu vient d’être publié.
« C’est pourquoi nous nous orientons – et les Américains sont sur la même ligne – vers des systèmes combinant plusieurs véhicules. Ce ne sera pas une évolution des chars actuels, mais un système de systèmes au sein d’un cloud de combat », a poursuivi le CEMAT.

Au regard des implications technologiques et financières que cela suppose, le général Schill a estimé qu’un projet comme le MGCS ne peut qu’être conduit à « l’échelle européenne » car « aucun pays du continent n’aura la capacité de fabriquer seul les centaines d’équipements nécessaires à un coût contrôlé ».

Aussi, « nous sommes dans la ligne fixée […] par le préaccord industriel », a-t-il ajouté, alors que, de leur côté, Rheinmetall et Leonardo ont créé une coentreprise afin de proposer le char KF-51 « Panther » et le véhicule de combat d’infanterie KF-41 « Lynx » à l’armée italienne… A priori, le CEMAT ne pense pas que cette approche puisse être viable…

Quoi qu’il en soit, « l’armée de Terre a besoin du MGCS » car « la place du char reste primordiale », a insisté le général Schill.

Seulement, aussi « primordiale » soit-elle, cette place du char au sein de l’armée de Terre est réduite : la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 prévoit un parc de seulement 160 Leclerc rénovés [a minima] à l’horizon 2030… et de 200 en 2035.

L’un des objectifs de l’armée de Terre est d’avoir une brigade « bonne de guerre » en 2025

L’un des objectifs de l’armée de Terre est d’avoir une brigade « bonne de guerre » en 2025


L’an passé, dans le cadre de son nouveau plan stratégique, intitulé « armée de Terre de combat », l’armée de Terre s’est concentrée sur la réorganisation de ses grands commandements, désormais au nombre de quatre, avec le commandement de la force opérationnelle terrestre [CFOT], la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre [DRHAT], la Direction centrale de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres [DCSIMMT] et le Commandement du combat futur [CCF].

En outre, elle a créé quatre nouveaux commandements dits « Alpha » [CAPR, CALT, CAST, CATNC] lesquels sont chargés de « mettre en synergie et de préparer les forces placées sous leurs ordres ».

Désormais, il est question de décliner ce plan stratégique au niveau des brigades. Pour rappel, ce dernier fait du principe de subsidiarité une « ligne directrice forte de la transformation de l’armée de Terre », l’idée étant de passer de la « culture de la norme à celle de l’intention, de la responsabilité et du résultat ».

En clair, il s’agit de donner plus d’autonomie aux « brigadiers » [c’est-à-dire les généraux commandant ces brigades] dans plusieurs domaines définis [gestion du personnel, soutien, infrastructures, etc.], dans la limite des « directives et du cadre fixé par les contrats opérationnels ». Ce qui suppose qu’ils aient la main sur les moyens financiers nécessaires.

Dans la dernière Lettre du CEMAT, qui vient d’être diffusée, l’armée de Terre indique ainsi que 2025 sera « l’année des brigades ». Concrètement, celles-ci auront plus de latitude dans quatre domaines.

Ainsi, détaille le document, la « subsidiarité » sera « renforcée en matière RH [ressources humaines], dans l’attribution de primes individuelles [prime de lien en service, prime du combattant terrestre, prime de commandement et de responsabilité militaire] et l’adaptation de la dotation ‘habillement’ des soldats au moyen d’une enveloppe financière ». En outre, le « plan de subsidiarité budgétaire permettant de marquer les efforts vers les unités » sera reconduit, que ce soit pour l’entretien des infrastructures, la condition du personnel, la préparation opérationnelle ou encore la communication.

Ainsi, précise la Lettre du CEMAT, la « mise en place d’enveloppes de ressources liées à l’activité et à l’entraînement permettront au brigadier de définir la meilleure ambition opérationnelle » en fonction des moyens qui lui auront été alloués.Par ailleurs, l’objectif de l’armée de Terre est de confier, là où c’est possible, les « prérogatives du soutien local », qui relèvent de Bases de défense, à ses commandants de brigades.

« Ce double casquettage doit fournir les leviers favorables à la coordination des effets des soutiens, sans remise en cause des prérogatives des chaînes de soutien. Cette évolution s’accompagne d’un regroupement des Bases de défense pour atteindre une taille critique d’environ 10 000 personnes » [soutenues], explique-t-elle.

Enfin, les brigades interarmes verront leurs « capacités de soutien propre accrues » avec la montée en puissance des « compagnies de commandement de transmission et de soutien » [CCTS].

Quoi qu’il en soit, ces mesures doivent permettre d’atteindre l’un des objectifs de l’armée de Terre pour 2025 : celui de disposer d’une brigade « bonne de guerre ». C’est le « premier jalon opérationnel de la remontée en puissance vers une composante terrestre réactive, puissante et endurante », souligne la Lettre du CEMAT.

Et d’ajouter : « Véritable échelon de cohérence, la brigade doit concilier l’exigence d’une réactivité accrue et la nécessaire amélioration du fonctionnement au quotidien de l’armée de Terre en opération permanente ».

Le chef d’état-major de l’armée de Terre insiste sur la considération qui doit être portée aux militaires du rang

Le chef d’état-major de l’armée de Terre insiste sur la considération qui doit être portée aux militaires du rang


Dans un rapport publié en 2012, le Haut comité d’évaluation de la condition militaire [HCECM] avait souligné que le manque de considération à leur égard faisait partie des motifs d’insatisfaction exprimés par les militaires du rang. Ces derniers avaient aussi fait part de leur incertitude face à leur avenir professionnel, les restructurations du ministère des Armées n’étant pas encore achevées à l’époque.

Douze ans plus tard, la question de la considération portée aux militaires du rang, est toujours d’actualité. C’est en effet ce qu’il ressort des rapports sur le moral dans les régiments et c’est ce qu’a pu mesure le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, à l’occasion des Journées des Présidents des Engagés Volontaires de l’armée de Terre [JPEVAT], qui viennent de se tenir aux Écoles militaires de Bourges [EMB].

« Les JPEVAT offrent un espace d’échange privilégié entre les présidents des engagés volontaires et les grands commandeurs au sujet des problématiques propres aux unités […]. Ces échanges permettent d’examiner les réformes en cours, de partager les bonnes pratiques et de diffuser efficacement les nouvelles orientations. Ces rencontres renforcent non seulement l’efficacité des unités mais aussi leur cohésion face aux défis actuels », explique l’armée de Terre.

Or, poursuit-elle, ces JPEVAT ont permis de « rendre compte de l’importance portée à la considération dans le commandement militaire », cette valeur arrivant « en tête des attentes des soldats ».

Porter de la considération à quelqu’un, c’est lui témoigner de l’estime et lui accorder les égards qu’il mérite. Ce qui est donc déterminant pour les militaires du rang.

Via le réseau social LinkedIn, le général Schill a également souligné l’importance de ces JPEVAT, qui constituent « un moment privilégié, indispensable à la construction d’une relation de confiance entre chef et subordonnés », à l’heure où les « soldats de l’armée de Terre ont placé la considération en tête des valeurs les plus importantes dans les rapports sur le moral des unités ».

D’où la réflexion du CEMAT. « Éléments constitutifs d’une relation de commandement apaisée et efficace, la confiance et la considération sont les prérequis à l’éclosion de la fraternité d’armes », a-t-il d’abord rappelé.

Et d’ajouter, à l’adresse des cadres :  » Si les chefs sont chargés de commander, s’ils doivent être obéis parce que la discipline est la condition essentielle du succès au combat, ils ont également le devoir d’être à l’écoute et de considérer chaque membre de leur unité comme indispensable à la réussite collective ».

« Connaître son subordonné et valoriser ses compétences renforce la motivation et conforte la loyauté », a-t-il insisté. Et cela ne peut que renforcer la cohésion d’une unité… et donc la rendre plus forte dans l’adversité et les situations les plus difficiles… Lesquelles, a-t-il conclu, sont « celles que vit un soldat au combat, qui est notre raison d’être et notre finalité ».

Protection du combattant et résilience des transmissions, deux impératifs capacitaires pour l’infanterie de demain

Protection du combattant et résilience des transmissions, deux impératifs capacitaires pour l’infanterie de demain

– Forces opérations Blog – publié le

Quels équipements pour le fantassin de demain ? C’est à cette question qu’ont cherché à répondre des Journées nationales de l’infanterie placées sous le prisme de « la technologie au centre, le fantassin au coeur ». Deux impératifs sont désormais dans le collimateur de l’armée de Terre, l’un portant sur la protection du combattant et l’autre sur la résilience des systèmes d’information.

Intercepteur i-X, robot HE441, brouilleur SPART ou encore munition téléopérée ORQA. Ces noms n’évoqueront sans doute rien et ce ne sera pas surprenant, car aucun de ces systèmes n’est en service dans l’armée de Terre. Du moins, pour l’instant, car chacun représente néanmoins une piste de réflexion pour adapter l’équipement de l’infanterie française à l’heure où celle-ci se transforme en profondeur. C’est avec cet enjeu d’adaptation capacitaire en tête que l’armée de Terre et une soixantaine d’industriels français et étrangers se sont prêtés au jeu de la prospective lors d’une démonstration sur le camp de Bergerol des Écoles militaires de Draguignan (Var). Temps fort des JNI, trois tableaux ont exploré ce que pourrait être la mission de reconnaissance offensive d’un groupement tactique interarmes à dominante infanterie dans un futur proche. L’occasion de revenir sur plusieurs dizaines de matériels novateurs susceptibles d’accroître l’efficacité opérationnelle de l’infanterie. 

« Il y a des opportunités d’innovation et d’évolution qui sont très importantes. Il y a un intérêt à saisir l’esprit de ces évolutions, de cette innovation pour distinguer celles qui seront vraiment utiles et qu’on pourra intégrer pour qu’il y ait ensuite une évolution tactique », constatait le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, en marge de cette démonstration. Deux priorités se démarquent selon lui pour l’infanterie : la protection du combattant et la résilience des systèmes d’information opérationnelle et de commandement (SIOC). 

Face à la transparence du champ de bataille, mieux se protéger « serait, pour l’infanterie, la priorité absolue aujourd’hui ». Se protéger en leurrant ou en brouillant l’adversaire, en se dispersant, en privilégiant le mouvement, en se cachant autrement, en exploitant l’environnement : qu’importe la carapace, blindage et camouflage ne suffisent plus pour contrer « cette menace aérienne qui est de plus en plus prégnante, qui fait que des drones démultiplient la façon de voir le champ de bataille ».

Ainsi, la section d’infanterie motorisée montrée aux JNI agissait sous la protection d’un boîtier individuel HADDES que MC2 Technologies a conçu pour détecter et discriminer les drones jusqu’à une portée de 3 km. Une fois détectée, la menace 3D doit ensuite être neutralisée selon « le critère du moindre coûts financier ». Hormis l’arme laser HELMA-P de Cilas et son tir à « quelques euros », l’auto-protection du groupe de combat pourrait s’élargir à quelques idées simples, immédiatement disponibles et souvent à usage multiple. C’est le cas d’un fusil semi-automatique de calibre 12 ETD. Tirant de la grenaille de plomb, sa portée en lutte anti-drones limitée à une cinquantaine de mètres est contrebalancée par  un panel d’effets allant du combat en localité à la neutralisation d’individus par l’utilisation de munitions non létales.

La grenaille de plomb, autre solution pour protéger le fantassin face à la menace des drones

Se pose en parallèle la problématique de la survie des SIOC, la réactivité du commandement étant intimement liée à leur résilience et à leur efficacité. D’autres voies sont à l’étude pour compléter un socle constitué, à l’échelon du GTIA, de la radio CONTACT et du système d’information du combat SCORPION. Illustration avec cette section d’aide à l’engagement débarqué (SAED) équipée du système radio SILVUS commercialisé par FGH. Ce réseau multidomaine permet d’interconnecter tous les intervenants, jusqu’aux équipements cynotechniques. Son réseau maillé haut débit transmet autant la phonie que les données, les flux vidéo et la géolocalisation amie (Blue Force Tracking). Ce BFT était pour l’occasion amené par les balises individuelles AGENA-M de SYANS. Chiffrée, cette capacité est générée de manières autonome et furtive par l’émission d’un signal court et très faible à une échéance pré-déterminée en amont. Les réseaux civils offrent une opportunité indéniable pour transmettre des données mais représentent aussi un risque, notamment en matière d’interception. C’est pourquoi Thales a planché sur un kit d’hybridation intégré sur véhicule et permettant d’utiliser les infrastructures existantes en sécurisant les communications pour diminuer ce risque tout en conservant une capacité militaire durcie. 

Derrière les unités connues, les JNI revenaient également sur l’émergence de la section de renseignement et de guerre électronique (SRGE), cette « section des effets spécialisés » préfiguratrice de ce que pourrait être l’unité robotisée d’infanterie de demain et dont le volet capacitaire plus spécialisé demeure embryonnaire. Agile et discrète, cette SRGE à double visage requiert de se pencher autant sur sa dotation en munitions téléopérées et robots terrestres qu’en outils de brouillage local, de leurrage et de localisation. Des systèmes dont l’infanterie est dépourvue, mais pour lesquels des solutions existent. En témoigne ce module de déception conçu par Spherea. Monté sur un drone, il reproduit à l’identique les signaux électromagnétiques et autres communications amies. De quoi, par exemple, faire croire à l’ennemi qu’un sous-GTIA blindé manoeuvre en deuxième échelon de la force qui s’infiltre dans son dispositif. Il devra donc mobiliser des moyens et perdra du temps à infirmer l’information. 

Contre les drones, la SRGE pourrait bénéficier d’un capteur STM4000 de Flying Eye capable de discriminer les drones amis des ennemis jusqu’à 10 km en analysant les gammes de fréquence utilisées. Une fois détecté, le système adverse pourra être brouillé par le système SPART de MC2 Technologies. Le tout, doté d’une réelle agilité par l’emport sur un 4×4 léger Masstech S4 de Technamm ou sur le HUTP de Haulotte, deux véhicules non protégés mais peu onéreux, rapides et rustiques. 

Le Masstech S4 de Technamm, l’un des véhicules susceptibles de répondre à l’exigence de légèreté et de discrétion des SRGE

« Ce qui m’intéresse dans certains aspects de cette démonstration, ce sont justement des technologies qui sont peu chers, accessibles mais qui vont démultiplier l’efficacité », résumait le CEMAT. Ce dernier en est cependant conscient : la technologie ne s’oppose pas à la masse et va de pair avec la rusticité. Il s’agit dès lors de construire « des unités qui soient capables d’utiliser au maximum la technologie tout en gardant la capacité de se replier vers des capacités plus traditionnelles et rustiques, mais avec lesquelles elles iront moins vite ». L’exemple type, c’est celui du GPS et de la boussole.

« Il y a aujourd’hui un bouillonnement technologique absolument extraordinaire, qui est poussé notamment parce que, malheureusement, il y a une guerre », poursuivait le CEMAT. Ce bouillonnement, l’armée de Terre cherche à l’exploiter au mieux en privilégiant davantage les achats en boucle courte. Une logique de « patchs successifs » matérialisée à partir de solutions disponibles sur étagère pour répondre aux besoins urgents sans pour autant éluder la conduite de grands programmes structurants. Ce rééquilibrage entre l’immédiat et le futur, l’armée de Terre l’a déjà matérialisée par l’acquisition de drones DT-46 et d’engins de bréchage mécaniques de zone minée avec le soutien de la force d’acquisition réactive de la Direction générale de l’armement. L’expérience pourrait tout à fait être reproduite pour « saisir les innovations qui permettraient de démultiplier ce que nous avons », indique le CEMAT. 

Exploratoire, la démonstration des JNI n’aboutira sans doute pas à l’adoption de l’ensemble des moyens présentés à Draguignan. Plusieurs questions restent en effet en suspens face à un panorama technologique « très intéressant mais à sédimenter, à réfléchir ». « Est-ce que cela fonctionne vraiment et en quoi cela apporte quelque chose aux unités ? », souligne un chef d’état-major pour qui se pose aussi la problématique du volume. « J’ai une armée de 77 000 hommes et femmes. Comment passe-t-on, le cas échéant, à l’échelle ? ». Sans oublier « l’importance de combiner un socle cohérent et complet » et d’ « utiliser au mieux les moyens octroyés dans un contexte budgétaire difficile », rappelait le général Schill jeudi dernier lors de la Présentation de l’armée de Terre. Autant d’enjeux dont s’emparent désormais les acteurs concernés, l’École de l’infanterie et la STAT en tête.

Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, la cohérence est plus importante que la « masse »

Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, la cohérence est plus importante que la « masse »

https://www.opex360.com/2024/11/24/pour-le-chef-detat-major-de-larmee-de-terre-la-coherence-est-plus-importante-que-la-masse/


« Venez vous y frotter : », a lancé le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], dans un récent entretien accordé au quotidien Var Matin pour répondre à ceux qui décrivent l’armée française comme étant « échantillonnaire ».

Cette dernière est « complète et souveraine. Son format fait partie de l’idée stratégique fondamentale de la France : nous voulons avoir notre destin en main et donc nous voulons avoir un socle cohérent et complet. Cela passe par la dissuasion nucléaire qui nous protège. Cela implique aussi qu’on fasse un certain nombre de choix, notamment en termes de taille. Mais notre armée est faite pour se battre, pas pour défiler. Et je peux vous affirmer que l’armée française fait le job », a ensuite développé le général Schill.

A priori, ce propos a suscité beaucoup de réactions, à tel point que le CEMAT a dû préciser sa pensée via le réseau social LinkedIn.

Ainsi, l’expression « armée échantillonnaire » renvoie au débat sur l’équilibre à trouver entre la « masse », la technologie et la cohérence. L’idéal serait évidemment de concilier les deux… Mais encore faut-il en avoir les moyens, et pas seulement au niveau financier.

Ce débat – certes ancien – a repris de la vigueur depuis le début de la guerre en Ukraine, voire avant. La question de la « masse » est plus compliquée qu’il n’y paraît étant donné qu’elle concerne non seulement les effectifs mais aussi les équipements, les munitions et la logistique, qui reste le nerf de la guerre.

En 2020, la British Army avait expliqué qu’elle misait sur la robotisation pour pallier son manque d’effectifs.

« Nous pourrions avoir une armée de 120 000 soldats, dont 30 000 pourraient être des robots », avait expliqué son chef d’état-major, à l’époque. Mais cela ne règle qu’une partie du problème : la raison d’être des robots terrestres est d’amplifier les effets sur le terrain et non de se substituer aux fantassins. En outre, il s’avère qu’ils ont besoin de « davantage de soldats » que prévu pour pouvoir fonctionner. Du moins, c’est la conclusion à laquelle est arrivée l’US Army, à l’issue d’une expérimentation récente.

Quoi qu’il en soit, pour le général Schill, la « masse » est évidemment un facteur de supériorité. « Je la recherche », écrit-il. Mais « la cohérence prime », a-t-il ajouté.

La masse « se décline à trois niveaux : interne en garantissant les équilibres entre les armes et fonctions opérationnelles [masse cohérente], interarmées car rien ne se fait seul [masse souveraine] et interalliés pour peser avec un rapport de force suffisant [masse critique, au sein d’une coalition] », a ensuite détaillé le CEMAT.

L’objectif de l’armée de Terre est donc d’avoir une « masse cohérente » afin de « garantir [sa] crédibilité dans les phases successives du conflit ». Ce qui suppose, le cas échéant, qu’elle soit capable de « marquer la détermination » de la France. « Quand je dis ‘venez-vous y frotter’, je crois à notre capacité à intimider, à décourager nos adversaires », a expliqué le général Schill.

En attendant, la « masse » de l’armée de Terre, selon lui, est conforme au « format d’armée souverain qui s’inscrit dans notre doctrine de dissuasion. Et elle est suffisante pour lui permettre d’être une « nation cadre au sein d’une alliance » et de « protéger dès aujourd’hui les Français, notre territoire comme nos intérêts face aux menaces du bas du spectre jusqu’aux plus sophistiquées ».

« La transformation en cours de l’armée de Terre a pour objectif de consolider la cohérence en ajustant mêlée, appuis et soutiens pour combattre jusqu’à la haute intensité. L’armée de Terre assure ainsi son contrat moral, celui d’être prête dès ce soir en ‘faisant le job’ tout en innovant pour être au rendez-vous des défis de demain », a conclu le CEMAT.

Les réservistes opérationnels vont troquer leurs fusils FAMAS contre des HK416F

Les réservistes opérationnels vont troquer leurs fusils FAMAS contre des HK416F

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En septembre 2016, la Direction générale de l’armement [DGA] fit savoir qu’elle allait commander plus de 100 000 fusils d’assaut HK416F auprès de l’armurier allemand Heckler & Koch dans le cadre du programme « Arme individuelle du futur » [AIF]. Soit de quoi couvrir les besoins des trois armées, et en particulier ceux de la Force opérationnelle terrestre [FOT]. Pour autant, cette annonce ne signait pas la fin de l’emblématique FAMAS. Du moins pas dans un avenir proche.

En décembre 2022, la DGA indiqua qu’elle avait déjà livré 69 340 HK416F aux armées, sur les 117 000 devant être reçus d’ici 2028. D’où la commande annoncée de 8 000 fusils supplémentaires dans le projet de loi de finances 2025.

Le HK416F « a été conçu comme un véritable système d’armes, compatible avec les équipements FELIN, évolutif et capable d’intégrer les nouvelles technologies à venir, en particulier dans le domaine des optiques de jour et de nuit et des aides à la visée », rappelle la DGA.

Cela étant, les livraisons de ces nouveaux fusils d’assaut se faisant progressivement, il reste encore beaucoup de FAMAS en dotation.

« En ce qui concerne le FAMAS, il en reste encore puisque, cette année, on va recevoir 8 000 HK et on va encore en commander 8 000 », a ainsi relevé le général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 15 octobre.

Cela étant, les 117 000 HK416F devant être commandés seront insuffisants pour armer les réservistes opérationnels de l’armée de Terre, dont le nombre va doubler d’ici 2030, passant ainsi de 24 000 à 50 000. Pour le moment, il est prévu de leur confier des FAMAS. Mais il ne s’agit que d’une solution temporaire.

« Je pense, qu’un jour, il faudra passer sur un système d’arme unique pour ne pas avoir des réservistes avec un type d’arme et les gens de l’active avec un autre », a en effet déclaré le général Burkhard. Un telle mesure permettrait de rationaliser l’entretien des armes individuelles, celui des FAMAS étant coûteux. « On sous-traite le percuteur, qui représente 380 euros pour 3 000 coups de fusil. Avec 3 percuteurs, on peut acheter un HK-416 », avait en effet expliqué le général Bosser, alors chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], en 2016.

Pour rappel, l’ambition du ministère des Armées est de compter un réserviste opérationnel pour deux militaires d’active. Ce qui permettra à l’armée de Terre de développer une « réserve de compétences », une « réserve territoriale » et une « réserve de combat ».

Pour cela, l’actuel CEMAT, le général Pierre Schill, a dit vouloir expérimenter « l’implication beaucoup plus étroite des réservistes » dans les régiments, l’idée étant de les insérer « dans les escadrons ou les compagnies de ces unités d’active ». Aussi, il ne serait pas compréhensible que les uns soient armés de FAMAS et les autres de HK416.

Photo : armée de Terre

Face à la menace russe, l’armée de terre française muscle sa logistique

Face à la menace russe, l’armée de terre française muscle sa logistique

L’armée de terre va participer à plusieurs exercices d’envergure sur le flanc est de l’Europe. La France veut montrer à ses alliés ses capacités de projection.

Par Clément Machecourt – Le Point –

https://www.lepoint.fr/monde/face-a-la-menace-russe-l-armee-de-terre-francaise-muscle-sa-logistique-10-10-2024-2572354_24.php


 

Rentrée studieuse pour l’armée de terre française. Son chef d’état-major (Cemat), le général Pierre Schill, a dressé, vendredi 4 octobre à Lille, les grandes lignes du programme qui attend les quelque 130 000 soldats français dans les mois et les années à venir. Le lieu n’a pas été choisi au hasard. C’est dans la ville du Nord que se trouve le Commandement Terre Europe (CTE) et le Commandement de la Force et des opérations terrestres (CFOT). Deux états-majors qui regardent désormais en grande partie vers l’est de l’Europe.

Un engagement important de nos forces est devenu une hypothèse crédible, a prévenu le général Schill, avec une « menace russe présente pour les années à venir à l’est de notre continent ». L’armée française doit être prête à la fois à intervenir « ce soir » tout en préparant les engagements du futur. La LPM de 2024-2030 et ses 413 milliards d’euros pour les armées, permet d’envoyer un premier message de volonté aux alliés et pays compétiteurs de la France.

Une brigade déployée en dix jours

Expérience du combat, force morale présente, polyvalence… Le Cemat a listé les différents points forts de l’armée de terre, qui doit maintenant gagner en réactivité et passer à une autre échelle d’engagement et de projection de force. Dans le cadre de l’exercice Dacian Spring, c’est une brigade interarmes (7 000 à 8 000 soldats) « bonne de guerre », c’est-à-dire tout de suite apte au combat et capable de tenir dans la durée, qui sera déployée en 10 jours sur le sol roumain en avril 2025.

Cela représente un effort logistique conséquent, avec 1 500 conteneurs qui, mis bout à bout, forme un convoi ferroviaire long de neuf kilomètres. « Un jour de combat, c’est une consommation de 80 conteneurs, dont 20 rien que pour les munitions », détaille le Général Guillot, adjoint au CTE.

En 2022, sept jours seulement après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la France avait déployé le Sparhead Battalion de la force de réaction rapide de l’Otan en Roumanie, composée de 500 Français et 300 Belges. Une vingtaine de rotations d’Antonov 124, plus gros avion du monde, trois de KC130 et trois d’A330 MRTT avaient été nécessaires. Depuis, 2 500 militaires de la mission Aigle sont relevés tous les quatre mois, et 500 véhicules par an. Une année de logistique représente 36 vols pour transporter le personnel, 10 vols, 35 trains et 25 convois routiers pour le fret.

L’importance du fret ferroviaire

Un transport multimodal qui, malgré la menace russe, connaît encore quelques ratés. À l’image de contrôles douaniers tatillons de la part d’un pays voisin de la France, obligeant, pour une histoire de tampon mal placée, à faire descendre un char Leclerc de son wagon porte-char. L’Union européenne a investi 1,7 milliard d’euros dans la création d’un « Schengen militaire », pour permettre le déplacement rapide de troupes d’ouest en est sans les tracasseries administratives de chaque pays traversé.

En Roumanie, c’était un pont trop fragile qui imposait il y a peu encore les convois blindés français à faire un détour de plusieurs heures avant d’atteindre leur base. Signe de l’importance d’un bon réseau ferroviaire, la Finlande, arrivée dans l’Otan en 2023, songe à remplacer l’écartement russe de 1 520 mm d’une de ses voies de chemin de fer pour passer à un écartement standard de 1 453 mm.

Pikne, Diodore, Hedgehog, le cahier d’exercices chargé de l’armée française

Au-delà de l’échéance de Dacian Spring, d’autres exercices vont ponctuer le calendrier déjà chargé de l’armée française, afin de travailler l’interopérabilité avec ses alliés. Le nord de la mer Baltique sera, en décembre 2024, le théâtre de l’exercice Pikne mené au côté des forces britanniques et estoniennes. Des tirs interarmes, commandés depuis des PC en France, seront effectués sur terre, mais également depuis des frégates et des avions en appui air-sol.

Mars 2025, l’exercice Diodore devra démonter les capacités du Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement (Capr). Créé en 2024, il vise à mener des actions dans la profondeur de l’ennemi au niveau corps d’armée ou division entre 30 et 500 km. En avril, l’exercice Hedgehog en Estonie enverra un autre bataillon français dans le cadre de la mission lynx. Enfin, en juin, Warfighter, entraînera la 1ʳᵉ division française au côté d’un corps d’armée américain. Mis bout à bout, ces exercices envoient des signaux stratégiques à la Russie, visant à la dissuader d’aller plus en avant contre l’est de l’Europe. Pour « gagner la guerre avant la guerre », l’armée française espère pouvoir déployer une division (environ 25 000 soldats) en 30 jours en Europe de l’Est dès 2027.

L’armée de Terre a redressé la barre en matière de recrutement et de fidélisation

L’armée de Terre a redressé la barre en matière de recrutement et de fidélisation


Au cours de l’été 2023, le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] avait sonné le tocsin en demandant à ses subordonnés d’utiliser « tous les leviers » à leur disposition pour enrayer une « baisse inhabituelle des effectifs globaux », les projections pour la fin d’année ayant suggéré que les objectifs en matière de recrutement et de fidélisation n’allaient pas être tenus. Il était alors question d’un « déficit » de l’ordre de 2000 postes.

En outre, il s’agissait aussi pour l’armée de Terre de « jouer » sur deux autres variables pour optimiser son recrutement, à savoir le taux de sélectivité et le taux de dénonciation de contrat durant la période probatoire. Or, alors qu’il doit être le plus élevé possible, le premier s’était effondré l’an passé, avec à peine plus d’un candidat pour un poste. Quant au second, il s’était élevé à environ 30 %.

En octobre, revenant sur ces chiffres au cours d’une audition parlementaire, le général Schill avait expliqué que la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre [DRHAT] cherchait à savoir si cette tendance était « structurelle », c’est-à-dire due à un vivier de recrutement en train de se tarir pour des raisons démographiques et/ou sociologiques, ou « conjoncturelle » car liée à un « contre-coup du covid », avec des classes d’âges ayant « souffert des confinements peut-être plus qu’on ne l’imaginait au départ ».

Puis, le CEMAT avait énuméré plusieurs mesures pour tenter d’inverser la tendance, dont le renforcement de la chaîne de recrutement, un nouvelle campagne de communication [qui ne devrait pas tarder à être dévoilée] et l’adaptation des processus de sélection, notamment en matière d’aptitudes médicales.

« Il ne s’agit pas de diminuer nos objectifs [sur le plan des aptitudes, ndlr] mais de les individualiser davantage en fonction des métiers et réfléchir à la notion d’aptitude immédiate puisque nous formons nos jeunes durant un an avant de les envoyer en opération », avait alors expliqué le général Schill. Puis, un nouveau type de contrat a été créé, à titre d’expérimentation : celui de volontaire découverte de l’armée de Terre [VDAT].

Un an plus tard, l’armée de Terre a visiblement corrigé le tir. C’est, en tout cas, ce qu’a affirmé le CEMAT dans un entretien publié par le Figaro, ce 12 septembre.

« L’armée de Terre doit recruter entre 15’000 et 16’000 soldats chaque année. Jusqu’en 2022, nous n’avions pas rencontré de difficultés. L’année dernière […], nous avons connu une alerte : moins de jeunes s’étaient présentés. Nous avons pris des mesures et nous avons ensuite atteint nos objectifs, même si nous n’avons pas rattrapé tout notre retard », a confié le général Schill.

Quant à ce « trou d’air » constaté l’an passé, selon le CEMAT, il avait à la fois des causes structurelles et conjoncturelles. Et de citer, pêle-mêle, la diminution des classes d’âges, la baisse du chômage et « l’écart sans doute croissant entre le style de vie de notre société et les impératifs des armées ». Mais il s’est aussi dit « persuadé qu’un facteur conjoncturel, lié à la génération qui avait entre 16 et 18 ans pendant le confinement, a joué ».

Quoi qu’il en soit, la tendance observée durant les neuf premiers mois de l’année est « satisfaisante ». Selon le général Schill, les « chiffres du recrutement » ont retrouvé leur niveau et la « fidélisation s’améliore ». Et cela, a-t-il dit, « grâce à des mesures spécifiques ».

Pour autant, devant être aussi menée pour renforcer la réserve opérationnelle, la « bataille des effectifs » est permanente… Et l’armée de Terre devra s’adapter pour tenir compte des facteurs structurels décrits par son chef d’état-major. La féminisation peut être un levier. « Notre campagne de recrutement s’adresse aussi aux jeunes femmes, dont nous avons besoin », a-t-il souligné dans les pages du Figaro.

Si les recrues doivent être formées au combat [« c’est le socle »], le général Schill a rappelé que l’armée de Terre recherche aussi des « profils diversifiés dans le numérique, le cyber, les drones, le renseignement, l’entretien mécanique », avec notamment 300 postes de plus ouverts en matière de numérique et de cyber, une centaine dans le domaine du renseignement et une cinquantaine « en ce qui concerne les drones ». « Nous avons besoin de jeunes à l’aise avec les nouvelles technologies pour être performants sur le champ de bataille 2.0 », a-t-il conclu.

Photo : armée de Terre

Le général Schill défend la pertinence des troupes aéroportées

Le général Schill défend la pertinence des troupes aéroportées

https://www.opex360.com/2024/09/08/le-general-schill-defend-la-pertinence-des-troupes-aeroportees/


Un article publié en 2016 par le Modern War Institute, affilié à l’académie militaire de West Point, avait été catégorique : les opérations aéroportées [OAP] massives appartiennent au passé. Pourquoi ? Parce que « l’augmentation spectaculaire de la précision des systèmes de défense aérienne a considérablement réduit la capacité de survie des avions impliqués dans ce type de mission ».

Et d’ajouter : « Les avantages tactiques limités des opérations aéroportées modernes de grande envergure sont éclipsés par leurs pertes stratégiques potentielles. L’armée devrait donc les mettre de côté et plutôt se limiter aux opérations spéciales. »

La guerre en Ukraine a pu apporter de l’eau au moulin à l’auteur de cet article. La seule manœuvre d’ampleur dite d’enveloppement vertical tentée par les troupes aéroportées russes [VDV] a pris la forme d’un assaut aéromobile contre l’aéroport de Hostomel, avec l’objectif d’établir une tête de pont près de Kiev. Or, elle s’est soldée par un échec.

« Ce type d’assaut pouvait être anticipé compte tenu d’une part de l’appétence de longue date de l’armée russe pour l’enveloppement vertical, d’autre part de la géographie du champ de bataille : l’objectif est positionné à moins de 100 km de la zone de contact », a ainsi résumé une note de la Fondation pour la recherche stratégique [FRS], publiée en mars 2022.

Depuis, les combats en Ukraine ont pris la forme d’une guerre d’usure et de position, avec un recours massif aux feux indirects [roquettes, missiles, munitions téléopérées, etc.].

Pour autant, ces dernières années, l’armée de Terre a mené plusieurs OAP au Sahel. Mais il est vrai que l’environnement n’y était pas contesté comme il l’est en Ukraine. Cependant, en 2022, la 11e Brigade Parachutiste [BP] prit par à l’exercice « Thunder Lynx », lequel consista à mener une opération aéroportée à très court préavis en Estonie. Celle-ci « illustre la capacité des forces françaises à intervenir en urgence et à soutenir un pays allié », fit alors valoir l’État-major des armées [EMA]. Et d’ajouter qu’elle avait été « exécutée comme un acte de solidarité stratégique » envers Tallinn.

Quoi qu’il en soit, comme l’a rappelé le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] à l’issue d’une inspection de la 11e BP, cette semaine, certains « concluent de l’observation des conflits actuels que les troupes parachutistes, légères par nature, deviennent désuètes ». Or, pour lui, c’est tout le contraire.

La 11e BP, « faite d’unités cultivant agilité et capacité d’autonomie tactique, est capable d’opposer à l’hyper létalité des drones et de l’artillerie sa mobilité et sa capacité à s’adapter », a fait valoir le CEMAT. « Celles-ci sont des sources de fulgurance, de nature à dépasser le blocage tactique de la prévalence du feu que la guerre en Ukraine illustre aujourd’hui », a-t-il ajouté.

En outre, « l’esprit para », qui se caractérise par « la souplesse » et la « trempe », pour reprendre les mots du général Marcel Bigeard, illustre « parfaitement les qualités nécessaires à la mise en œuvre du commandement par l’intention », a poursuivi le CEMAT.  »

« Pour être aux résultats, il convient de laisser toute leur place aux subordonnés et à leur esprit d’initiative. Alors que la transparence s’impose sur le champ de bataille et que la tendance est à la centralisation de la décision, le commandement par l’intention apparaît comme un moyen concret d’entretenir la liberté d’action nécessaire à la victoire », a-t-il expliqué.

Le général Schill n’est pas le seul à considérer que les troupes aéroportées ne sont pas « désuètes » : en témoigne l’exercice aéroporté Saber Junction, dont le coup d’envoi a été donné à Eglsee [Allemagne], sous l’égide de l’US Army, le 4 septembre. Celui-ci mobilise 4500 parachutistes venus de 11 pays membres de l’Otan.

« Les opérations de combat à grande échelle sont quelque chose que nous devons constamment pratiquer, nous devons rester au courant de tous les changements qui se produisent », a expliqué le général américain Steve Carpenter, le chef du 7th Army Training Command. « Nous devons nous adapter à ce qui se passe en Ukraine et nous entraîner […] afin que tout adversaire de l’Otan […] pense qu’il est absolument impensable de déclencher une guerre contre les États-Unis ou leurs alliés et partenaires », a-t-il conclu.