En 2021, suite à l’annonce du plan de soutien gouvernemental à la filière aéronautique décidé lors de la pandémie de covid-19, la Direction générale de l’armement [DGA] notifia à Survey Copter, une filiale d’Airbus, une commande portant sur 11 Systèmes de mini-drones aériens embarqués pour la Marine [SMDM], comprenant chacun deux aéronefs de type « Aliaca » et une station de contrôle. Le montant du contrat s’était élevé à 19,7 millions d’euros, formation et soutien logistique compris.
Déployable en moins de quinze minutes par deux opérateurs et doté d’une propulsion électrique, l’Aliaca affiche une autonomie de 3 heures pour un rayon d’action de 27 nautiques. À bord d’une frégate ou d’un patrouilleur, il est lancé au moyen d’une catapulte et sa récupération se fait automatiquement, grâce à un filet. Les données et les images qu’il collecte durant sa mission grâce à sa batterie de capteurs sont transmises en temps réel, de jour comme de nuit.
La Marine nationale mit très vite à l’épreuve ses premiers SMDM, en menant une phase d’évaluation opérationnelle [EVALOPS] depuis le patrouilleur de haute mer [PHM] « Commandant Bouan », avec le concours du Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale [CEPA/10S].
Ces mini-drones agissent comme des « capteurs déportés », c’est à dire qu’ils permettent à un patrouilleur de surveiller une zone donnée ainsi que de repérer et d’identifier les navires qui y naviguent tout en « caractérisant » leurs activités. Et cela à distance supérieures aux portées radar. L’an passé, dans le golfe de Guinée, le PHM « Premier-maître L’Her » a démontré l’apport du SMDM lors de la saisie de 4,7 tonnes de cocaïne à bord d’un cargo et en retrouvant la trace du pétrolier Monjasa Reformer, qui avait été détourné par des pirates.
Puis, en septembre dernier, la DGA fit savoir qu’elle venait de qualifier le SMDM. « Grâce à ces performances, le potentiel d’emploi de ces drones tactiques est large : identification et prise de photos de navires inconnus, repositionnement discret de navires d’intérêt, ou encore recherche de naufragés », avait-elle alors souligné. Et d’ajouter qu’il allait « intégrer progressivement de nouvelles technologies » afin d’améliorer ses capacités.
Initialement, le SMDM devait être uniquement destiné aux patrouilleurs et aux frégates de surveillance. Cela étant, la Marine nationale indiqua qu’elle avait l’intention d’en équiper ses sémaphores – ou du moins un partie d’entre eux – à moyen terme. Peut-être qu’elle sera bientôt en mesure de mettre en oeuvre ce projet.
En effet, ce 5 février, la DGA a annoncé qu’elle venait de commander 15 SMDM supplémentaires pour environ 30 millions d’euros.
« Les premières intégrations de SMDM ayant donné pleine satisfaction sur le plan opérationnel, cette commande complémentaire permettra de répondre aux attentes de massification de la Marine Nationale. Les nouvelles livraisons débuteront dès la fin de l’année 2024 », a précisé la DGA, via un communiqué. Et d’ajouter que ce système de mini-drones pourrait disposer bientôt d’un « transpondeur ».
De son côté, Survey Copter a dit voir dans cette « commande additionnelle » la confirmation de « la relation de confiance » nouée avec la DGA et la Marine nationale. En outre, a souligné l’industriel, depuis le 4 septembre dernier, le « SMDM s’illustre dans une configuration côtière afin d’appuyer les opérations de recherche et secours dans la Manche, menées par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage [CROSS] Gris-Nez [Pas-de-Calais].
Le groupement momentané d’entreprises (GME) engin blindé multi rôles (EBMR), composé de Nexter, Thales et Arquus, a livré, l’an dernier, 123 véhicules Griffon et 22 véhicules Jaguar à la Direction générale de l’armement (DGA).
Le GME EBMR a notamment assuré en 2023 les premières présentations de Griffon Sanitaire (SAN) destinés au Service de santé des Armées. Dix exemplaires de cette version, qualifiée en 2022, seront livrés aux forces au cours du premier trimestre.
Par ailleurs, la DGA a qualifié, le 16 juin 2023, la version Véhicule d’Observation d’Artillerie (VOA) du Griffon et le 3e régiment d’artillerie de marine (3e RAMa) a perçu ses premiers exemplaires. Le Griffon VOA remplace le VAB OBS. Une quinzaine d’exemplaires ont été livrés.
Ces livraisons portent le total des véhicules livrés depuis 2019 à 575 Griffon et 60 Jaguar.
Aux dernières nouvelles, le porte-avions Charles de Gaulle a appareillé de Toulon il y a environ trois semaines pour mener des essais à la mer dans le cadre de son arrêt technique intermédiaire [ATI], débuté en mai dernier.
Pour rappel, cette opération, qui a nécessité de mettre le porte-avions en cale sèche durant cinq mois, s’est concentrée sur l’entretien de la coque [l’accumulation de balanes peut faire perdre jusqu’à trois nœuds de vitesse au navire] ainsi que sur la révision des lignes d’arbre et des catapultes. En outre, les installations médicales du bord et les zones de vie de l’équipage ont été rénovées, de même que son système de combat, avec l’intégration d’une station de télécommunications par satellite Syracuse 4, plus puissante et mieux sécurisées.
Le 28 décembre, alors que cet ATI n’était pas encore terminé, la Direction générale de l’armement [DGA] a notifié à Naval Group le contrat relatif au troisième [et dernier] arrêt technique majeur [ATM] du porte-avions. Celui-ci avait été brièvement évoqué la semaine passée, dans un communiqué résumant toutes les commandes qu’elle venait de passer au titre de la loi de finances 2023.
Via un autre communiqué, diffusé le 1er février, la DGA a donné quelques détails sur le contenu de ce futur ATM du « Charles de Gaulle ». Ainsi, comme prévu, cette opération débutera en 2027 et portera en particulier sur la «rénovation du système de combat et du systèmes anti-missiles avec le nouveau radar à quatre panneaux fixes Sea Fire de Thales, le dernier système de direction de combat SETIS 3.0 de Naval Group et la nouvelle installation de tir reconfigurable de MBDA mettant en œuvre les missiles ASTER ».
Pour rappel, le système SETIS 3.0 et le radar Sea Fire vont aussi équiper les cinq futures Frégates de défense et d’intervention [FDI] de la Marine nationale.
Qualifié en octobre 2021 par la DGA, le Sea Fire est un radar qui fonctionne en bande S [partie du spectre électromagnétique allant de 2 à 4 GHz, ndlr]. Doté de quatre antennes actives [AESA] entièrement numériques et à panneaux fixes, il est en mesure de suivre plus de 800 pistes et de repérer des aéronefs et des missiles évoluant à plus de 500 km de distance. Il peut également détecter des navires de surface à plus de 80 km. Qui plus est, il peut être utilisé comme radar de conduite de tir pour les missiles surface-air Aster.
Cela étant, cet ATM 3 se penchera également sur la propulsion du navire. L’un des enjeux sera de voir s’il sera possible, en fonction de l’état des cuves de ses deux réacteurs nucléaires K15, de le prolonger au-delà de 2038, ce qui permettrait à la Marine nationale de disposer de deux porte-avions, avec le PA NG [porte-avions de nouvelle génération].
Lors de l’examen de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, un amendement avait en effet été adopté pour demander au gouvernement de remettre au Parlement un rapport sur le « coût et la viabilité du maintien en service après 2040 » du « Charles de Gaulle ».
Quant au coût de cet ATM 3, la DGA n’a donné aucun chiffre. Cependant, selon les projets annuels de performances publiés par le ministère de l’Économie et des Finances pour la Loi de Finances 2023, il est question d’un investissement de 579,31 millions d’euros en autorisations d’engagement.
« Dans le cadre du prochain arrêt technique pour entretien majeur du porte-avions [ATM3], cette opération vise à pérenniser les capacités actuelles du porte-avions en remplaçant des équipements ne pouvant être conservés en condition opérationnelle jusqu’à [son retrait du service], à intégrer des systèmes transverses arrivant à maturité à l’échéance de l’arrêt technique majeur et à prendre en compte des recommandations issues du réexamen de sûreté nucléaire », explique ce document.
La France se prépare à avoir un jour dans sa marine des drones sous-marins de combat. Un démonstrateur va être construit par Naval Group.
Après l’espace aérien, les drones envahissent de plus en plus les fonds marins. La France, avec son immense domaine maritime, entend en être. Six mois après avoir lancé des études sur l’utilisation des drones sous-marins, décision a été prise de construire un démonstrateur de drone sous-marin de combat sans équipage.
La nouvelle a été annoncée le 30 janvier 2024 par la direction générale de l’Armement, dont la mission est de préparer les futurs systèmes de défense de la France. L’engin, appelé dans le jargon un UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), sera construit par Naval Group, l’un des géants de la construction navale dans le monde.
Une capacité de traitement propre et une autonomie décisionnelle
L’UCUV français appartiendra plus précisément à la classe des XL-UUV, soit la catégorie des drones sous-marins de combat sans équipage et de grandes dimensions. Il est précisé dans l’annonce de la DGA que l’engin atteindra à terme les 10 mètres de long pour une masse globale dépassant les 10 tonnes.
Un prototype en essai. // Source : Naval Group
Ce drone de combat devra afficher une « longue endurance », disposer de « capacités de traitement autonomes », grâce à la présence de capteurs, et assumer une certaine « autonomie décisionnelle ». Son armement éventuel n’est pas mentionné. Sa vocation militaire ouvre toutefois la possibilité de lui octroyer des armes.
L’autonomie décisionnelle sera partielle, avec le souci d’avoir toujours un humain dans la boucle. Le cerveau embarqué des drones restera sous la supervision des marins pour planifier et réaliser des missions. En somme, la France doit suivre la doctrine déjà observée avec les drones aériens : les engins agissent sous l’œil et sous la décision d’un opérateur.
Un nouveau champ de conflictualité : le fond des mers
Ce développement reflète la volonté des puissances d’investir un nouveau milieu, les fonds marins, déjà en partie occupés par les sous-marins. Ces dernières années, l’état-major et le gouvernement insistent sur la nécessité de se déployer dans ces nouveaux champs de conflictualité : cyber, espace, informationnel et le fond des océans.
Pour les États ayant un accès à la mer, cela devient un enjeu stratégique, pour protéger les approches maritimes d’un pays, ou sécuriser les abords d’une force navale déployée. Ces drones, de petite taille et pensés pour être très discrets, peuvent aussi servir à des actions offensives, ou bien faire du renseignement et de la surveillance.
Naval Group, qui équipe depuis longtemps la Marine nationale, travaille depuis 2016 sur des drones sous-marins, lui permettant d’accumuler déjà de l’expérience et de l’expertise dans ce secteur. Des développements sur fonds propres qui devraient ensuite se concrétiser avec la signature de contrats avec l’armée française.
Principale initiative de conception des équipements du combattant débarqué de demain, CENTURION est parvenu l’an dernier à mi-parcours. L’occasion d’un bilan à la fois synonyme de réorientations et préambule au lancement d’une nouvelle vague de projets.
2023, année charnière
CENTURION, c’est ce projet de technologies de défense (PTD) engagé fin 2019 par la Direction générale de l’armement (DGA). Notifié sous la forme d’un accord-cadre de sept ans au duo Thales-Safran, il conserve depuis lors pour objectif central de progresser sur les futurs équipements du combattant débarqué en soutenant des acteurs innovants, en accélérant la montée en maturité des idées les plus prometteuses et en tirant profit des boucles courtes d’exploration, de développement et d’expérimentation.
Trois marchés étatiques et une vingtaine de projets plus tard, le PTD CENTURION a désormais parcouru la moitié du chemin. Un moment charnière idéal pour établir un premier bilan, apprenait-on lors du dernier Forum Innovation Défense (FID) organisé en novembre à Paris. Conduit à la mi-2023, ce bilan intermédiaire conduit par la DGA et l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) aura permis de statuer sur les orientations stratégiques et de redéfinir les grands axes d’investigation.
Si les finalités de stimulation de l’innovation et de maturation des technologies sont maintenues, certains enjeux se voient sans doute renforcés par les retours d’expérience des conflits en cours. Ce sont l’optimisation de l’endurance, donc la résistance et le maintien des performances tout au long des phases opérationnelles, mais également l’autonomie tant en énergie qu’en terme de logistique, la résilience, la protection passive et la vélocité du combattant.
De ces réorientations découle un nouvel ordre de priorités parmi les neufs thématiques initiales. Ainsi, l’armée de Terre a souhaité refocaliser les efforts sur les questions de survivabilité, d’énergie, de mobilité et de positionnement. Quatre thématiques de premier plan à prendre en compte lors des prochains marchés, mais qui n’empêchent pas de maintenir la veille sur le reste. Deux thématiques, que sont la connectivité et le soutien, conservent toute l’attention des militaires. Quant aux problématiques d’entraînement, d’agression et d’observation, celles-ci sont désormais à la marge.
CENTURION se révèle être un laboratoire idéal pour l’engagement d’une autre réflexion, cette fois d’ordre méthodologique. Quand la progression d’une idée est encore évaluée à l’aune des jalons « TRL » de l’échelle de maturité technologique, d’autres proposent une prise en compte des notions analogues d’ « human readiness level », de « system readiness level », ou encore de « manufacturing readiness level » dans le cycle de développement. Loin de la cosmétique, cette volonté aujourd’hui au stade de l’étude vise à inclure des mesures périphériques pour caractériser des équipements qui ne seraient pas que « techno-centrés » mais aussi définis selon d’autres paramètres, notamment anthropocentrés comme les charges cognitive et physique.
Culs-de-sac et perspectives
La fin de l’année 2023 coïncidait par ailleurs avec l’achèvement des 13 projets du premier marché subséquent (MSM 1) notifié fin 2020 et d’une partie de la deuxième vague (MSM 2), contractualisée un an plus tard. Plusieurs d’entre eux sont parvenus au stade du démonstrateur. Tous se trouvent à la croisée des chemins, entre fin du voyage, poursuite éventuelle de l’aventure sous un autre angle ou futur passage à l’échelle.
Lancé en décembre 2020 par la jeune pousse provençale NAWA Technologies, le développement de fibres à base de nano-tubes de carbone (NTC) devait en théorie aboutir sur un premier cas d’emploi dans le transfert d’électricité. Gênant pour le fantassin, le câblage aurait été directement intégré dans le tissu. Las, la combinaison de la crise sanitaire, de moyens d’essais mobilisés tardivement et d’un échantillon n’ayant pas généré les effets attendus aura abouti à l’arrêt du projet.
L’environnement CENTURION tel que présenté au FID : une vingtaine de projets clôturés ou en cours dont le pilotage est confié à Safran ou Thales, ou parfois les deux.
D’autres n’ont pas donné satisfaction aux forces, souvent impliquées dans les processus d’expérimentation. C’est le cas du bouchon d’oreille intelligent SENTI-BANG conçu par Cotral Lab, lui-même accompagné par l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL). La porte est-elle pour autant définitivement close ? « Pas nécessairement », nous indique-t-on. Non seulement le besoin opérationnel peut parfois être affiné, mais son usage peut-être réorienté vers d’autres acteurs étatiques.
Pour d’autres, CENTURION n’est peut-être qu’un début. L’un d’entre eux est d’ores et déjà pressenti pour une industrialisation. Il s’agit du casque TAP F3+ imaginé par MSA, version allégée de 25% mais à iso performance balistique et surface de couverture du modèle en dotation dans l’armée de Terre. Le secret ? Une bascule de l’aramide au polyéthylène et la mise au point de nouveaux procédés de mise en forme et de fabrication. Son passage à l’échelle est à l’étude, une phase délicate car non définie dans CENTURION. La suite demande donc une réflexion et un passage de flambeau vers les potentiels donneurs d’ordre, que sont essentiellement le Service du commissariat des Armées (SCA) et son Centre interarmées du soutien équipements commissariat (CIEC).
Autre exemple de pari réussi, la structure de portage X-Os Neo doit faciliter le transport d’armements collectifs tels que la mitrailleuse MAG 58 et le missile Akeron MP. Une innovation proposée par le bureau d’études Geopack Industries et améliorée itérativement avec l’aide de plusieurs régiments. Elle aussi se trouve maintenant aux portes de l’industrialisation.
Une quatrième vague
Loin de ralentir, CENTURION se poursuivra avec un quatrième marché subséquent. Huit nouveaux projets seront ainsi mis les rails prochainement. Quant aux thématiques, enjeux et acteurs retenus, motus et bouche cousue. Ou presque. De nouvelles voies seront ainsi explorées dans les champs de l’énergie, en pariant sur des batteries de nouvelle génération ou sur un textile fonctionnalisé et la distribution d’énergie via les bandes molles du gilet du fantassin. D’autres projets traiteront d’observation par l’injection d’intelligence artificielle dans l’optronique portable et de connectivité en lien avec le pilotage de drones, deux preuves que la veille parmi les thématiques non prioritaires fonctionne.
Exemple d’effort pérennisé et de partenariat fidélisé, l’un des projets à venir s’inscrirait dans la continuité de X-Os Neo. Geopack se retrouverait à nouveau mobilisé, cette fois dans la conception d’une structure modulaire balistique combinant sa solution de portage et la protection balistique. D’autres sujets arrivés à terme s’avèrent suffisamment prometteurs que pour potentiellement réintégrer la boucle CENTURION lors d’un prochain marché subséquent. Dans un tout autre domaine, le gant LEGION, engagé dès novembre 2021, devait permettre de faire du commandement aux gestes « sans être vu » pour simplifier et rendre plus discrète la communication entre combattants. Un cas d’usage auquel pourrait venir s’ajouter celui du pilotage de drone à l’occasion d’un potentiel projet « LEGION 2 ».
Idem pour CALAMAR, issu du marché MSM 1. Cet effort visait à concevoir des molécules photochromatiques négatives ayant la propriété de changer de couleur en réaction à l’intensité lumineuse. Conduit avec un laboratoire de l’ENS Paris-Saclay, ce camouflage intelligent pour l’instant à très bas TRL est parvenu au stade de la caractérisation des propriétés de la molécule. Il pose néanmoins la question de la conservation des propriétés physico-chimiques de la molécule une fois celle-ci intégrée sur un tissu et employée dans des environnements souvent « corrosifs ». Une solution existe peut-être, l’écosystème CENTURION ayant fait surgir l’idée d’encapsulation des pigments au travers d’une société qui pourrait associée lors d’un possible CALAMAR 2.
À quoi bon continuer à gonfler une facture estimée à une quinzaine de millions d’euros depuis le lancement du PTD, diront ceux concentrés sur les quelques semi-échecs mentionnés plus haut. Il n’y a ni erreur, ni succès sans tentative. Et c’est là l’intérêt de CENTURION que de permettre de défricher plusieurs voies en parallèle sans certitude que celles-ci mèneront systématiquement quelque part. Une prise de risque à coûts maîtrisés, assumée dès l’origine et, dans un sens, préfiguratrice de ce qu’exige de plus en plus le ministère des Armées de la filière industrielle française : un surplus d’audace.
En décembre 2022, l’armée de Terre avait indiqué que le 61e Régiment d’Artillerie [RA], implanté à Chaumont, allait sans tarder entamer la « phase d’appropriation » du Système de drones tactiques [SDT] « Patroller », issu d’un programme notifié six ans plus tôt par la Direction générale de l’armement [DGA] à Safran.
Ces nouveaux drones tactiques, destinés à remplacer les « Sperwer » du Système de drones tactiques intérimaire [SDTI] du 61e RA, auraient dû être livrés bien plus tôt. Seulement, l’accident d’un Patroller lors d’un « vol de réception industrielle », en décembre 2019, obligea Safran à revoir sa copie, la perte de l’appareil ayant été causée par la défaillance d’un calculateur de commandes de vol d’origine américaine.
Quoi qu’il en soit, ce programme fit l’objet de nouvelles campagnes d’essais, lesquelles donnèrent pleinement satisfaction à l’industriel. Puis, en février, son PDG, Olivier Andriès, affirma que le Patroller venait d’être certifié par la DGA selon la norme Otan de navigabilité STANAG 4671, qui concerne les aéronefs pilotés à distance de plus de 150 kg. Et cela lui offrait la possibilité d’évoluer dans des espaces aériens civils et militaire ségrégés et de survoler les zones peuplées.
Pour autant, bien qu’ayant pris part à l’exercice interarmées Orion, en avril dernier, le Patroller n’a toujours pas été déclaré opérationnel par la DGA. A priori, cela pourrait prendre encore du temps, d’après le quotidien Le Monde, qui vient de publier un reportage sur l’École des drones de l’armée de Terre.
« Soigneusement garé sous un hangar, le Patroller, fabriqué par Safran et qui doit être armé d’ici à 2026, ne sera toutefois pas opérationnel avant de longs mois. […] Ce condensé de technologie nécessite encore de nombreux réglages, concède-t-on à Chaumont, en dissimulant poliment l’impatience », écrit en effet le quotidien.
Les Sperwer ayant été retirés du service après plusieurs incidents, l’armée de Terre connaît donc une rupture temporaire de capacité… qui commence à durer. Et cela alors que, selon la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, elle doit recevoir cinq SDT « Patroller », soit 28 appareils et 10 stations au sol.
Pour rappel, développé à partir du motoplaneur allemand Stemme S15, le Patroller peut voler à 20’000 pieds d’altitude pendant 20 heures. Devant être armé [par des missiles Akeron LP?], il est doté d’une boule optronique Euroflir 410, d’une nacelle de désignation laser et d’un radar PicoSAR AESA [fourni par Leonardo] pour détecter des cibles mobiles terrestres. Il est aussi prévu de lui ajouter une charge de guerre électronique.
Avec ce drone, l’armée de Terre entend récupérer d’autres capacités qu’elle avait perdues, notamment en matière de surveillance du champ de bataille avec des radars, cette mission ayant été autrefois assurée par le Cougar HORIZON [Hélicoptère d’observation radar et d’investigation sur zone].
Pour assurer la décontamination des véhicules, aéronefs et infrastructures, les armées françaises sont dotées de trois systèmes intégrés sur véhicules porteurs : le VLRA NBC, le SDA et le SYMODA. « Le remplacement de ces systèmes doit prochainement être réalisé », selon DGA.
A cet effet, une demande d’informations (DI) a été émise par la DGA qui recherche des informations sur la capacité des opérateurs économiques à développer et fournir : – une solution de remplacement du VLRA NBC1 ; – une solution de remplacement du Système de Décontamination Approfondie (SDA, photo ci-dessous) ; – une solution de remplacement du SYstème MObile de Décontamination des Aéronefs (SYMODA).
Cette DI cite le chiffre de 40 systèmes de décontamination à acquérir éventuellement pour remplacer les VLRA NBC1 et les SDA et de 26 systèmes pour le remplacement des SYMODA. Actuellement, le parc rassemble 45 véhicules légers de reconnaissance et d’appui (VLRA) de décontamination, 28 systèmes de décontamination approfondie (SDA) et 26 SYMODA.
La Direction générale de l’armement (DGA) a été chargée d’étudier la viabilité économique de la relance d’une filière de munitions petit calibre sur le sol français, un exercice déjà mené auparavant et un nouvel épisode dans une saga au long cours.
« J’ai confié une mission au DGA [Délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva] il y a de cela maintenant quelques semaines pour documenter le coût de la recréation d’une filière en la matière», déclarait hier le ministre des Armées Sébastien Lecornu au Sénat.
Cette analyse, la DGA l’établira « en travaillant de concert avec l’ensemble des environnements concernés par les munitions de petit calibre », ajoutait le ministre lors de débats entourant l’adoption du projet de loi de finances pour 2024. Derrière les armées, bien d’autres acteurs sont susceptibles d’y jouer un rôle. Le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer et les douanes, évidemment, mais également la Fédération française de tir car le sujet « pose aussi la question des débouchés civils ».
Un petit calibre n’est pas l’autre et il s’agira aussi de caractériser le marché en tenant compte de sa segmentation. « Le petit calibre, ce n’est pas uniforme », rappelle le ministre des Armées avant de mentionner un 9 mm sur lequel « il y a quelque chose à faire ».
Cheval de bataille des parlementaires du Rassemblement national, la question de la recréation d’une filière souveraine a maintes fois été posée par le passé. Dès 2017, les analyses préalables du ministère relevait l’absence de compétitivité d’un tel projet. Entre le retour à une logique de stock, le durcissement de la préparation opérationnelle, la demande accrue et le protectionnisme appliqué à certaines matières premières, le contexte a depuis lors bien changé. Mais si le fond fait consensus, la forme fait toujours autant débat.
« Cela aura forcément un coût », rappelle le ministre des Armées. Un investissement initial évalué à 100 M€ par le sénateur Aymeric Durox, à l’origine d’un amendement proposant d’ôter cette somme du programme 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » pour la réinjecter au profit des équipements. Sans succès. Hors de question, en effet, de grever les budgets fléchés vers l’innovation et le renseignement alors que s’amorce une loi de programmation militaire allouant 16 Md€ aux munitions entre 2024 et 2030, une ligne en hausse de 7 Md€ par rapport à la période en finition.
Pour Sébastien Lecornu, il est impensable d’y aller à l’aveugle. « Si on recrée une filière sans modèle économique et sans débouchés avérés, le risque est d’y mettre de l’argent public et de le voir disparaître à terme, et cela évidemment personne ne le souhaite ». C’est tout l’enjeu du mandat confié au DGA.
« Je reviendrai devant le Sénat, et devant le parlement de manière globale, je pense d’ici à la moitié de l’année 2024 pour donner une orientation définitive sur ce sujet », clôturait Sébastien Lecornu. En cas de nouvel échec, restera l’idée d’un partenariat stratégique avec un allié proche. Une voie médiane qui sacrifie la pleine souveraineté à la maîtrise des coûts, car potentiellement synonyme de communalisation des besoins.
Top départ pour le véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE). Hier, l’OCCAR a contractualisé KNDS France et Arquus pour entamer le développement d’une plateforme destinée à équiper les forces terrestres belges et françaises à l’horizon 2030.
Notifié au nom de la France et de la Belgique, ce marché de 15 M€ comprend l’étape initiale de pré-définition conduite par le groupement momentané d’entreprises formé par Arquus, mandataire désigné, et son co-traitant, KNDS France. La filière défense belge y prendra une part active par l’intermédiaire de John Cockerill Defense (JCD), intégré au titre de sous-traitant de KNDS France.
« L’objectif est d’avoir une répartition industrielle qui soit la plus équilibrée possible entre la France et la Belgique et, cela doit encore être défini dans les phases ultérieures, d’avoir une présence importante de l’industrie belge. La partie relative au tourelleau, par exemple, pourrait être une composante belge intégrée sur l’ensemble de la flotte, ce qui permettrait d’avoir un ancrage belge sur un vecteur binational », nous explique le lieutenant-général Frédéric Goetynck, à la tête de la Direction générale des ressources matérielles de la Défense belge.
« Le VBAE, comme tous les véhicules de la famille CaMo, sera utilisé autant par les armées belge et française avec une doctrine et des concepts d’emploi rigoureusement identiques. Le véhicule est développé de façon conjointe et conduit par la Direction générale de l’armement [DGA] et la DGMR pour parvenir à un résultat qui réponde aux besoins des deux armées », ajoute-t-il.
« Actuellement, une série de besoins ont été identifiés. Ce véhicule doit être rapide et capable d’accompagner, dans le cadre de missions de reconnaissance, un véhicule plus armé », complète le patron de la DGMR. Appelé à succéder au VBL en service depuis les années 1980, le VBAE « sera un système polyvalent adapté à un spectre de missions très varié », pointe KNDS France. Mobile, furtive et compacte, cette plateforme de la classe 6-8 tonnes sera déclinée en deux variantes, chacune détenant une fonction feu. Les trois industriels retenus hier pourront miser sur les résultats engrangés grâce à leur participation dans FAMOUS 1 et 2, programmes européens visant à progresser sur les briques technologiques susceptibles de monter à bord du véhicule blindé de demain.
Attendu en 2023, le démarrage du programme VBAE aura demandé une année de patience supplémentaire. « Un projet de développement est toujours délicat. Il faut faire travailler ensemble des entreprises de pays différents, ce qui nécessite un petit alignement au début. J’espère que nous allons pouvoir accélérer et arriver plus tôt au stade de l’exécution », explique le lieutenant-général Goetynck. Cette phase durera environ deux ans. Deux années de travail conjoint pour faire converger les exigences opérationnelles et l’architecture. Et une phase au terme de laquelle la Belgique se réserve le droit de se retirer si le besoin évolue, si la concrétisation s’avère impossible ou si les coûts dépassent les moyens disponibles.
En cas de succès, cet effort de préconception sera suivi de la réalisation d’un ou plusieurs prototypes à compter 2026. L’industrialisation devrait démarrer aux alentours de 2028. Un calendrier pour répondre à l’objectif fixé par la France dans sa la loi de programmation militaire pour 2024-2030 d’une entrée en service des 180 premiers VBAE pour fin 2030.Près de 2000 exemplaires seraient potentiellement acquis par les deux pays, dont 1440 par la partie française.
L’horizon du VBAE ne se limitera probablement pas au duo franco-belge. Le partenariat CaMo et le programme SCORPION dont il s’inspire sont depuis longtemps dans le collimateur du Grand-Duché de Luxembourg, qui poursuit notamment la construction d’un bataillon de reconnaissance avec son voisin belge. Un bataillon doté de VBAE et de Jaguar, deux véhicules que la Défense luxembourgeoise projette d’acquérir pour garantir l’interopérabilité avec ses partenaires, nous confirme-t-on.
La Direction générale de l’armement (DGA) a commandé le 17 novembre 2023 sept patrouilleurs hauturiers (ex-patrouilleurs océaniques) destinés à la Marine Nationale pour remplacer les patrouilleurs de haute mer (PHM).
Cette commande fait l’objet de trois marchés pour un montant total de 900 millions d’euros : – Le marché de production a été notifié au groupement momentané d’entreprises composé de CMN, PIRIOU et SOCARENAM. – Un marché d’assistance à la maîtrise d’ouvrage et de réalisation du système de direction de combat a été attribué à NAVAL GROUP. – THALES s’est par ailleurs vu notifier un marché pour équiper les sept premiers patrouilleurs hauturiers de la dernière génération d’équipements de surveillance maritime (sonar de coque Bluewatcher, radar de surveillance compact multimissions et IFF – système d’identification ami/ennemi).
Dix patrouilleurs hauturiers sont attendus en service à l’horizon 2035, avec une première livraison prévue en 2026. Ils sont destinés à remplacer les patrouilleurs de haute mer (PHM) basés à Brest et Toulon, ainsi que les patrouilleurs de service public cherbourgeois.
Ces navires de la classe 2400t accueilleront 84 personnes (équipage et passagers) avec une autonomie de 6000 MN. Ils sont dotés d’excellentes capacités d’intervention permettant d’embarquer les futures EDO 4G et ETRACO NG ainsi que le futur Guépard Marine.