La formation des futurs pilotes de chasse de la Marine nationale pourra-t-elle encore se dérouler aux États-Unis ?

La formation des futurs pilotes de chasse de la Marine nationale pourra-t-elle encore se dérouler aux États-Unis ?


Depuis le retrait de l’avion école CM-175 Zephyr, c’est-à-dire la version navalisée du CM-170 Fouga Magister, la Marine nationale compte sur l’US Navy pour former ses futurs pilotes de chasse. Ce qui, au-delà des aspects technologiques [catapultes et dispositifs d’arrêt du porte-avions] et capacitaire [avion de guet aérien E-2C/D Hawkeye] crée une dépendance à l’égard des États-Unis.

Après avoir passé les sélections en vol à l’École d’initiation au pilotage / Escadrille 50S, l’élève officier pilote de l’aéronautique navale débute une formation initiale de neuf mois à Salon de Provence. Puis, à l’issue d’un « tronc commun » de six mois à la base aérienne de Cognac, il peut soit poursuivre son parcours à l’École de chasse, soit rejoindre la base aéronavale de Meridian [Mississippi] s’il est retenu pour le cursus dit « Full US ».

Mais dans un cas comme dans l’autre, son cursus passera obligatoirement par les États-Unis, afin qu’il puisse obtenir toutes les qualifications nécessaires pour être affecté à bord d’un porte-avions. Pendant quinze mois, il volera ainsi à bord d’un T-45C Goshawk, une version navalisée de l’avion d’entraînement BAe Hawk.

Or, en 2020, le Naval Air Systems Command [NAVAIR] de l’US Navy a lancé des travaux préparatoires en vue du remplacement des T-45C Goshawk, par ailleurs régulièrement affectés par des problèmes techniques et des interdictions temporaires de vol. Ce qui a donné lieu au programme UJTS [pour Undergraduate Jet Training System].

Seulement, ce dernier prévoit de revoir en profondeur la formation des futurs pilotes de l’aéronavale américaine [et donc aussi de ceux de la Marine nationale]. Dans un premier avis émis pour obtenir des informations auprès des industriels, le NAVAIR avait indiqué qu’il souhaitait disposer d’un avion « existant » et suffisamment « robuste » pour résister à des taux de descente élevés afin d’effectuer des « touch and go » sur le pont d’un porte-avions et des simulations d’appontage à terre [Field Carrier Landing Practice – FCLP]. En un mot, l’appareil recherché n’avait pas besoin d’avoir une crosse d’appontage.

Depuis, après d’autres demandes d’informations, la réflexion du NAVAIR a évolué. En effet, selon un avis publié le 31 mars, le futur avion d’entraînement de l’US Navy n’aura plus à faire des « touch and go » sur un porte-avions. Au plus devra-t-il être capable d’effectuer les « phases d’approche » sans aller jusqu’à toucher le pont d’envol. En revanche, rien n’est changé pour les simulations d’appontage à terre.

Selon la marine américaine, cette évolution est rendue possible par les progrès en matière de simulation de vol ainsi que par des avancées technologiques, comme le système ATARI [Aircraft Terminal Approach Remote Inceptor], lequel permet à l’officier de pont de prendre éventuellement le contrôle d’un aéronef en phase d’approche ou d’apporter les corrections nécessaires pour son appontage.

Cette « réforme » pédagogique permettra de ne pas immobiliser un porte-avions pour faire passer les qualifications aux futurs pilotes et de hâter le remplacement des T-45C Goshawk, celui-ci étant désormais prévu en 2027 et non plus en 2028. En effet, il n’est plus question de modifier un appareil existant pour l’adapter aux anciennes exigences exprimées par le NAVAIR.

Trois modèles peuvent prétendre à participer à l’appel d’offres, qui devrait être lancé d’ici la fin de cette année : le T-7 « Red Hawk » de Boeing / Saab [déjà sélectionné par l’US Air Force… mais dont le développement a pris du retard], le M346 de Leonardo et le T-50 de Korea Aerospace Industries.

Quoi qu’il en soit, si l’US Navy juge qu’elle n’a plus besoin d’un avion d’entraînement embarqué, sera-t-il encore pertinent pour la Marine nationale d’envoyer ses EOPAN se former aux États-Unis ?

Guerre de l’information : et si nous regardions du mauvais côté ?

Guerre de l’information : et si nous regardions du mauvais côté ?

par Grégoire Darcy – Revue Conflits – publié le 3 avril 2025

Grégoire Darcy. ENS-PSL, Département d’Études Cognitives. Enseigne les sciences cognitives appliquées aux champs culturels et informationnels à l’EMSST – École Militaire

https://www.revueconflits.com/guerre-de-linformation-et-si-nous-regardions-du-mauvais-cote/


La lutte contre la désinformation se concentre souvent sur des mesures à court terme, en la traitant comme un problème isolé. Cependant, cette approche néglige les causes profondes telles que la solitude, la défiance envers les institutions et la polarisation sociale. Il est crucial de compléter les réponses immédiates par des politiques de fond pour traiter ces origines structurelles.

La lutte contre la désinformation se focalise souvent sur son atténuation immédiate, la traitant comme un fléau isolé, alors qu’elle est le symptôme de dysfonctionnements profonds dans nos écosystèmes sociaux et institutionnels. En effet, la diffusion, la force de persuasion et l’efficacité de la désinformation reposent principalement sur l’épidémie de solitude, la défiance grandissante envers les institutions et les médias, ainsi que sur l’intensification de la polarisation, des tensions entre groupes et de la précarité économique. Il est en conséquence impératif de compléter les réponses curatives spécifiques à court et moyen terme actuellement déployées par des politiques de fond, capables de traiter directement le mal à la racine.

La guerre de l’information a été déclarée. C’est du moins la perception qui prévaut, le Forum économique mondial identifiant la désinformation comme le plus important risque global à court terme dans son rapport 2025 [1]. Cette préoccupation est partagée au niveau institutionnel international : l’Organisation mondiale de la santé qualifie la prolifération de fausses informations d’« infodémie » [2], et Richard Stengel, ancien sous-secrétaire d’État américain à la diplomatie publique, évoquait dès 2019 une « guerre de l’information » [3]. Sur le plan national, la France multiplie les initiatives face à cette menace, l’exemple le plus récent étant la nomination d’une conseillère dédiée à la lutte contre la désinformation au cabinet du ministre des Affaires étrangères. Si l’ingérence informationnelle est aussi ancienne que la guerre elle-même, le sursaut actuel s’explique par une recrudescence d’actes d’ingérence récents : pour ne citer que les plus emblématiques, le scandale Cambridge Analytica – impliqué dans l’élection de Donald Trump en 2016 [4], via l’exploitation massive de données personnelles -, ou encore l’opération « Matriochka », détectée par VIGINUM en France [5], visant à relayer de faux contenus pro-russes via un réseau de sites et de comptes fictifs se faisant passer pour des médias locaux.

Lignes de défense immédiates : Soigner les symptômes, ignorer la fièvre.

À l’instar de plusieurs démocraties occidentales, l’État français a engagé une série de mesures pour se doter d’armes dans le champ cognitif. Un premier axe vise les producteurs de désinformation, à travers leur identification, leur traçabilité et, lorsque possible, leur neutralisation. La création de VIGINUM en 2021 s’inscrit dans cette logique : ce service technique rattaché au Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale a pour mission de détecter et d’analyser les opérations de manipulation informationnelle d’origine étrangère – une réponse structurelle à une menace désormais constante. À l’échelle européenne, le Digital Services Act (2022) impose aux très grandes plateformes numériques une obligation de vigilance : évaluer, documenter et atténuer les risques systémiques liés aux contenus nuisibles. Ce texte prévoit notamment un code de bonnes pratiques pour encadrer la désinformation et limiter l’amplification algorithmique des contenus mensongers. Mais sa mise en œuvre reste semée d’embûches : définitions juridiques floues, responsabilités diluées, et frilosité réglementaire sur certains volets freinent encore sa portée réelle.

Un second volet de mesures cible spécifiquement les consommateurs de désinformation afin de renforcer la « résilience » de la population française face aux ingérences informationnelles. L’idée est de rendre les citoyens moins crédules et plus vigilants pour qu’ils puissent distinguer eux-même les informations fiables de celles ne l’étant pas. Parmi ces nombreux dispositifs inspirés des sciences comportementales, plusieurs interventions peu coûteuses et complémentaires sont efficaces. Par exemple, l’inoculation – ou « prebunking » – consiste à exposer le public à une version atténuée des arguments mensongers, renforçant ainsi sa capacité à repérer et à contrecarrer les fausses informations, de la même manière qu’un vaccin prépare le système immunitaire à combattre une infection. Une étude de Roozenbeek et al. (2022) a ainsi démontré que de courtes vidéos animées présentant des tactiques de manipulation amélioraient significativement la capacité des utilisateurs à distinguer les fake news des informations véridiques [6]. Une deuxième approche fréquente consiste en des formations à la littératie médiatique et à la pensée critique, pour doter les citoyens d’outils d’évaluation de la crédibilité des sources. Une étude randomisée aux États-Unis et en Inde a ainsi révélé qu’un module de formation à l’esprit critique permettait de réduire de 20 à 25 % l’acceptation des fausses nouvelles [7]. Enfin, les nudges – ces « coups de pouces » à l’esprit pouvant être intégrés directement aux interfaces – encouragent des comportements plus réfléchis avant de partager du contenu, comme l’initiative « lire avant de retweeter » sur Twitter, qui a significativement freiné la diffusion de contenus mensongers [8].

Pourtant, ces interventions demeurent, dans leur grande majorité, centrées sur la gestion immédiate du symptôme, abordant la désinformation comme un phénomène isolé que l’on pourrait endiguer à coups de correctifs techniques ou éducatifs. Mais la désinformation n’est pas qu’un objet à combattre en aval : elle est le miroir, souvent déformant mais révélateur, de fractures plus profondes au sein de nos sociétés – solitude, défiance, désengagement, précarité. La traiter uniquement comme une anomalie à rectifier, c’est verser sans fin dans le tonneau des Danaïdes, s’épuiser à colmater sans jamais tarir la source [9]. Il devient dès lors urgent de déplacer le regard vers les causes structurelles qui alimentent sa persistance et son pouvoir de persuasion, et d’engager des politiques de fond, capables d’agir en amont, là où le mal prend racine.

Solitude, défiance, inégalités : les racines sociales de la vulnérabilité face à la désinformation.

Qui croit à la désinformation ? Et pourquoi celle-ci semble-t-elle se propager plus vite, frapper plus fort, et diviser plus profondément qu’auparavant ? La recherche contemporaine converge vers un constat : la désinformation n’opère pas dans un vide. Sa réception et sa diffusion sont moins le produit d’une naïveté individuelle que d’un terreau social fertile, fait de solitude, de défiance, de détresse ou de polarisation. Autrement dit, la croyance en des récits faux, partiels ou manipulateurs n’est pas un « accident de parcours » cognitif, mais souvent une réponse – parfois même une stratégie de survie [10] – face à des contextes marqués par l’exclusion ou le désenchantement. Si les interventions actuelles (vérification des faits, régulation des plateformes, éducation aux médias) permettent de contenir les symptômes, elles restent insuffisantes tant qu’elles ne s’attaquent pas aux conditions sociales, économiques et politiques qui rendent certains publics plus réceptifs à ces récits trompeurs. C’est à ces facteurs structurels de vulnérabilité à la désinformation que nous nous tournons maintenant.

La désinformation s’enracine d’abord là où les liens sociaux se sont effondrés et où le mal-être psychique prolifère. De nombreuses études convergent vers un même constat : la solitude chronique et la souffrance mentale affaiblissent les « défenses » cognitives, rendant les individus plus perméables aux récits complotistes. Une étude longitudinale publiée dans Nature Communications [11], portant sur plus de 2 000 participants suivis sur trois décennies, révèle que les personnes ayant souffert de solitude à l’adolescence ou dont l’isolement s’est aggravé avec le temps sont significativement plus susceptibles d’adhérer à des visions complotistes à l’âge adulte. L’isolement n’est pas seulement un manque de relations : il engendre un sentiment de perte de contrôle, que certaines personnes compensent en se tournant vers des récits qui offrent une grille d’explication et un sentiment d’appartenance. Cette dynamique s’est intensifiée durant la pandémie de COVID-19 : les confinements ont exacerbé l’isolement, et une autre étude, réalisée en 2022 [12] montre que la solitude pendant cette période prédisait la croyance aux théories du complot liées au virus, en lien avec des expériences paranoïaques légères. Le besoin de sens, dans un monde perçu comme chaotique et menaçant, pousse alors vers des récits alternatifs, fussent-ils mensongers. Or, la solitude n’est pas une condition marginale : elle est alimentée par le déclin des formes traditionnelles d’engagement [13], la hausse des foyers monopersonnels, l’éclatement des réseaux de proximité, et, selon certains, par la substitution des relations physiques par des connexions numériques, souvent creuses. Par exemple, aux États-Unis, la proportion de personnes dînant seules chaque soir a doublé entre 2000 et 2023, passant de 15 % à 30 % [14]. À cela s’ajoutent un urbanisme du repli et des rythmes de travail fragmentés, qui laissent peu de place à la sociabilité.

À cette fragilisation individuelle s’ajoute une dynamique plus systémique : la défiance envers les institutions, nourrie par des décennies de scandales, de promesses trahies et de fractures politiques, affaiblit les garde-fous informationnels et favorise la circulation de contenus non vérifiés. Lorsque l’autorité est perçue comme corrompue ou indifférente, ce sont les sources marginales – souvent porteuses de désinformation – qui gagnent en crédibilité. Une vaste enquête menée dans 21 pays [15] a montré que la méfiance envers les gouvernements et les autorités sanitaires prédisait fortement l’adhésion aux fausses informations sur la COVID-19. Or, en France, seuls 34 % des citoyens déclaraient en 2023 faire confiance à leur gouvernement, un chiffre nettement inférieur à la moyenne de l’OCDE (39 %) [16] – symptôme d’une défiance structurelle qui fragilise les fondements démocratiques. Ce phénomène s’auto-entretient : moins on fait confiance aux médias traditionnels, plus on se tourne vers des canaux alternatifs, souvent biaisés. Ainsi, seuls 32 % des Français estiment encore pouvoir faire confiance à ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité. Comme le rappelle Sacha Altay, cognitiviste français spécialiste de la désinformation, la majorité des vérifications factuelles étant publiées par ces mêmes médias, elles sont perçues comme suspectes par ceux-là même qui en auraient le plus besoin. Là où la confiance est rompue, l’efficacité des correctifs s’effondre.

Sur ce terreau de défiance croissante prospèrent les conflits identitaires et la polarisation politique. La dynamique partisane et les tensions intergroupes déforment les perceptions, brouillent le jugement, et renforcent l’adhésion à des récits partisans – qu’ils soient vrais ou faux. Plus la distance affective entre les groupes s’accroît, plus les individus acceptent sans réserve les informations qui confortent leur camp, tout en rejetant a priori celles issues du camp opposé. Une étude scientifique marquante [17] montre que les personnes les plus polarisées sur le plan émotionnel sont aussi les plus enclines à croire des informations favorables à leur parti, même lorsqu’elles sont fausses – y compris, paradoxalement, parmi les individus les plus politisés. Dans les contextes de tension entre groupes ethniques, religieux ou nationaux, la désinformation devient un instrument stratégique : elle attise les peurs, légitime l’hostilité, et prépare le terrain à des violences bien réelles. Ainsi, les campagnes russes de désinformation sur les réseaux sociaux ciblaient délibérément les lignes de fracture raciales et religieuses aux États-Unis, en diffusant de faux récits conçus pour exacerber les antagonismes [18]. Le débat public cesse alors de reposer sur la recherche de vérité : il devient un champ de loyautés conflictuelles, imperméables aux rectifications les plus rigoureuses.

Enfin, la précarité économique et l’aggravation des inégalités nourrissent puissamment cette vulnérabilité collective à la désinformation. Lorsque les conditions de vie se détériorent et que les perspectives s’évanouissent, l’espace mental se rétracte – laissant place aux récits simplificateurs, souvent fallacieux, qui offrent des coupables, une explication et un sens. Ainsi, les croyances conspirationnistes sont plus répandues dans les sociétés marquées par une faible croissance et de fortes inégalités [19]. Ces théories fonctionnent comme des catalyseurs émotionnels : elles transforment un sentiment diffus d’injustice en grille de lecture, parfois en appel à la revanche. Dans ces contextes, la désinformation ne promet pas seulement une explication : elle offre une riposte symbolique à un système vécu comme inique. La crise informationnelle, ici, n’est que l’écho d’une crise sociale plus profonde, où la désillusion prépare le terrain à la crédulité.

Plus inquiétant : ces dynamiques ne se juxtaposent pas, elles s’entrelacent et s’intensifient. La solitude prédit la défiance, qui elle-même alimente la polarisation ; les inégalités et l’absence de mobilité sociale creusent une méfiance structurelle envers les élites. Face à cette spirale, il ne suffit pas de corriger les contenus : seules des politiques de fond – sociales, économiques, éducatives – peuvent restaurer les conditions de la confiance, sans lesquelles aucun écosystème informationnel ne peut tenir.

De la réaction à la prévention : reconstruire un écosystème informationnel et cognitif résilient.

Combattre la désinformation suppose d’agir non seulement sur ses manifestations visibles, mais sur les conditions structurelles qui favorisent son enracinement. Cela implique de reconstruire la confiance institutionnelle, retisser les liens sociaux, réduire les inégalités et apaiser les clivages politiques. La restauration de la confiance passe par une gouvernance plus transparente : publication systématique des données publiques, traçabilité des financements politiques, sanctions effectives en cas de conflits d’intérêts. Elle suppose aussi des dispositifs de participation citoyenne concrets, comme les budgets participatifs à l’échelle locale ou les jurys citoyens délibératifs dans les grandes politiques publiques, qui renforcent le sentiment d’écoute et de représentation. Contre l’isolement, il s’agit de revitaliser les espaces de sociabilité – bibliothèques, maisons de quartier, cafés associatifs – et d’étendre les dispositifs de prescription sociale, où les soignants orientent vers des activités collectives plutôt que vers des traitements médicamenteux. Sur le front économique, le renforcement des filets de sécurité, la relance de la formation continue et des investissements ciblés dans les territoires laissés pour compte – à l’image du Just Transition Fund en Europe – permettent de désamorcer les récits de trahison et de bouc-émissaire [20]. Enfin, pour atténuer la polarisation, des programmes de rencontres intergroupes – échanges scolaires entre zones opposées socialement ou politiquement, projets civiques co-construits entre habitants de quartiers différents – ont montré leur efficacité pour réduire les stéréotypes et ouvrir à d’autres récits. Ces politiques de fond ne relèvent pas d’une stratégie parallèle à la lutte contre la désinformation : elles en sont la condition. À l’heure où les États réinvestissent massivement dans le champ sécuritaire, il serait périlleux d’affaiblir l’État social. Car c’est précisément sur ses piliers – confiance, égalité, solidarité – que repose l’immunité démocratique face aux fausses vérités.

Ces politiques de long terme, exigeantes et structurelles, doivent être complétées par des leviers plus ciblés, moins coûteux, et déployables à moyen terme, notamment dans le champ médiatique. Pour restaurer la confiance dans les médias – fondement d’un espace public sain – deux axes d’action s’imposent. D’une part, renforcer l’indépendance et la régulation du secteur : cela implique de lutter contre la concentration des groupes de presse, de doter l’ARCOM de véritables moyens d’investigation, mais aussi de créer un statut indépendant d’ombudsman médiatique, garant de la transparence et de la déontologie journalistique. D’autre part, il est crucial de soutenir activement le journalisme local, dont l’effacement a laissé le terrain libre aux rumeurs, à la défiance et à la désaffiliation civique. Là où les titres de proximité disparaissent, les fake news se répandent plus facilement, la participation démocratique s’érode, et les citoyens perdent le lien avec leur environnement immédiat. Des aides publiques pérennes, des incitations fiscales ciblées, ou encore des fonds d’innovation territoriale pourraient redonner souffle à ces acteurs décisifs de la vie démocratique [21]. Il ne suffit pas de traquer les fausses informations : il faut investir dans les conditions de leur marginalité. Car dans l’asymétrie structurelle entre la vitesse virale d’une rumeur et la lenteur coûteuse de sa réfutation, seule une information robuste, proche et digne de confiance peut durablement contenir la désinformation – et de telles politiques doivent donc être déployées en complément de celles aujourd’hui mises en oeuvre.

En conséquence, dans la lutte contre la désinformation, il ne suffit pas d’éteindre les départs d’incendies : encore faut-il assainir les sous-sols. Car tant que la solitude, la défiance et l’injustice continueront de miner nos fondations collectives, les fausses vérités y trouveront toujours un terreau fertile – prêtes à reprendre feu à la moindre étincelle.


Références :

  1. Elsner, M., Atkinson, G., & Zahidi, S. (2025). Global risks report 2025 (20th ed.). World Economic Forum. https://www.weforum.org/publications/global-risks-report-2025/
  2. https://www.who.int/health-topics/infodemic#tab=tab_1
  3. Richard Stengel, Information Wars. How We Lost the Global Battle Against Disinformation and What Can We Do About It, New York, Grove Press, 2019, p. 13.
  4. Wylie, Christopher (October 2019). Mindf*ck: inside Cambridge Analytica’s plot to break the world. London, United Kingdom: Profile Books. ISBN978-178816-506-8. Export edition.
  5. (2024). Matriochka: Une campagne prorusse ciblant les médias et la communauté des fact-checkers. Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.
  6. van der Linden, S., Roozenbeek, J., & Compton, J. (2022). Inoculation theory: Using misinformation vaccines to prebunk misinformation and fake news. _Harvard Kennedy School Misinformation Review, 1_(Preprint). https://doi.org/10.37016/mr-2020-8; Roozenbeek, J., & van der Linden, S. (2024). _The psychology of misinformation._ Cambridge University Press.
  7. Guess A, Lerner M, Lyons B, et al. A digital media literacy intervention increases discernment between mainstream and false news in the United States and India. Proceedings of the National Academy of Sciences 2020; 117: 15536–15545.
  8. Pennycook G, Epstein Z, Mosleh M, et al. Shifting attention to accuracy can reduce misinformation online. Nature 2021; 592: 590–595.
  9. Altay, S. (2022). _How effective are interventions against misinformation?_ PsyArXiv Preprint. https://doi.org/10.31234/osf.io/sm3vk
  10. Mercier H. Not Born Yesterday : The Science of Who We Trust and What We Believe. Princeton University Press, 2020.
  11. Bierwiaczonek, K., Fluit, S., von Soest, T., & Hornsey, M. J. (2024). Loneliness trajectories over three decades are associated with conspiracist worldviews in midlife. _Nature Communications, 15_(1), Article 3629. https://doi.org/10.1038/s41467-024-47113-xTerenzi et al. (2022)
  12. Putnam, R. D. (2000). Bowling alone: The collapse and revival of American community. Touchstone Books/Simon & Schuster. https://doi.org/10.1145/358916.361990
  13. Turkle, Sherry. (2011). Alone together : why we expect more from technology and less from each other. New York :Basic Books
  14. Helliwell, J. F., Layard, R., Sachs, J. D.,De Neve, J.-E., Aknin, L. B., & Wang, S. (Eds.). (2025). World Happiness Report 2025. University of Oxford: Wellbeing Research Centre. Cité par Y. Algan.
  15. Roozenbeek, J., Schneider, C. R., Dryhurst, S., Kerr, J., Freeman, A. L. J., Recchia, G., van der Bles, A. M., & van der Linden, S. (2020). Susceptibility to misinformation about COVID-19 around the world. Royal Society Open Science, 7_(10), 201199. https://doi.org/10.1098/rsos.201199.
  16. (2024). Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques – Résultats 2024. Organisation de coopération et de développement économiques. © OCDE.
  17. Jenke, L. (2023). Affective Polarization and Misinformation Belief. Political Behavior. https://doi.org/10.1007/s11109-022-09851-w
  18. Freelon, D., & Lokot, T. (2020). Russian Twitter disinformation campaigns reach across the American political spectrum. Harvard Kennedy School (HKS) Misinformation Review. https://doi.org/10.37016/mr-2020-003
  19. Casara, B. G. S., Suitner, C., & Jetten, J. (2022). The impact of economic inequality on conspiracy beliefs. Journal of Experimental Social Psychology, 98, 104245. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2021.104245
  20. https://commission.europa.eu/funding-tenders/find-funding/eu-funding-programmes/just-transition-fund_en
  21. Bateman, J., & Jackson, D. (2024). Countering disinformation effectively: An evidence-based policy guide. Carnegie Endowment for International Peace.
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Politique étrangère ou étrange politique ?

Politique étrangère ou étrange politique ?

par Jean Daspry* – CF2R – TRIBUNE LIBRE N°178 / avril 2025

*Pseudonyme d’un haut fonctionnaire français, docteur en sciences politiques

https://cf2r.org/tribune/politique-etrangere-ou-etrange-politique/


 

 

« L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe que des retardataires » (Jean Cocteau).

On ne saurait mieux dire de la sidération de l’élite française face aux bouleversements actuels du monde depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump. Pourtant, il fait ce qu’il dit depuis des mois et entend bien continuer sur cette voie ! En quelques semaines, il met à mal tous les paramètres de la gouvernance internationale d’un monde révolu. Il prend de court tous ceux qui avaient le tort de ne pas le prendre au sérieux sur des sujets comme le conflit russo-ukrainien, celui du Proche-Orient ou de la sécurité européenne. Pour avoir fait preuve d’une imprévoyance coupable, ils sont contraints, dans l’urgence absolue et dans l’agitation permanente, d’improviser d’improbables scénarios déconnectés du réel. Le temps des rêves des dividendes de la paix fait place au temps des cauchemars des dividendes de la guerre.

Le temps des rêves : les dividendes de la paix

Les accents joyeux de la symphonie d’un nouveau monde aux innombrables promesses conduisent à l’anesthésie d’une politique étrangère insouciante.

La symphonie d’un nouveau monde

Les trois décennies écoulées resteront dans l’Histoire comme celles d’un optimisme béat et d’une insouciance assumée. Avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, le monde entrerait dans une période de paix, de stabilité et de prospérité sans équivalent depuis des siècles. Le monde des bisounours où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Le monde des fins (histoire, géographie, nations, frontières, protectionnisme, recours à la force, coercition, guerre…) et des commencements (universalisme, sécurité, liberté, doux commerce, recours au droit, coopération, paix éternelle…). Le monde allant vers la paix perpétuelle chère à Emmanuel Kant. En un mot, un monde qui récolterait, intérêt et principal, les dividendes de la paix. Un remake des mots du ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand devant la Société des nations (SDN) à Genève en 1926 : « Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage à la paix ! ». Dans cet environnement euphorique, tout questionnement sur l’imprévisibilité du monde de demain est incongru, pour ne pas dire saugrenu. Les empêcheurs de tourner en rond sont stigmatisés pour leur pessimisme de mauvais aloi alors que les marchands d’illusion tiennent le haut du pavé médiatique. Le fameux « gouverner, c’est prévoir » est oublié, balayé pour faire place au « gouverner, c’est communiquer » à longueur de journée, c’est-à-dire être actif sur les réseaux sociaux.

L’anesthésie de la politique étrangère

Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que toute réflexion salutaire sur les linéaments de la politique étrangère du futur est proscrite tant l’avenir est radieux. Multilatéralisme à tout-va et Europe à tout bout de champ sont les marqueurs d’une action extérieure assoupie. A-t-on encore besoin de tous ces inutiles que sont les diplomates dont on ne devine guère la réelle valeur ajoutée ? Laissons-nous porter par l’air du temps qui passe ! Cessons de suivre les conseils de certains esprits retors qui nous incitent à nous interroger sur les adaptations requises par un monde nouveau ! Or, ce dernier n’est pas exempt de spasmes, de défis, de menaces telles que le terrorisme islamiste, l’accession à l’arme nucléaire de la Corée du Nord ou de l’Iran, le retour des conflits, l’affaissement du multilatéralisme… Le temps est à la paresse intellectuelle. Nos femmes et hommes politiques sont trop affairés à se quereller sur des questions intérieures pour perdre inutilement du temps à réfléchir aux surprises que pourrait nous réserver un avenir incertain, un ensauvagement inattendu d’un monde sans maître ni règles. Le temps est aux rêveries d’un voyageur solitaire aux quatre coins de la planète. Qu’il est doux de ne rien faire lorsque tout s’agite autour de vous ! Laissons-nous porter par les bienfaits éternels d’un monde merveilleux à perte de vue et d’un avenir réconfortant par toutes les promesses mirifiques qu’il laisse entrevoir à celui qui sait les attendre.

Or, il n’en est rien. Le rêve merveilleux tourne au cauchemar éveillé des dirigeants politiques français, des experts et des médias face à un changement d’ère qui était largement prévisible.

Le temps des cauchemars : les dividendes de la guerre

Face à la cacophonie croissante d’un nouveau monde en éruption constante, la politique étrangère de la France est marquée au sceau d’une vacuité certaine.

La cacophonie du nouveau monde

Plus les années passent, plus le monde apparaît chaotique : attentats du 11 septembre 2001, guerre en Afghanistan, en Irak, conflit en Crimée, crise économique et financière, crise du Covid 19, guerre en Ukraine, éruption au Proche-Orient (Palestine, Iran, Israël, Liban), opposition Nord-Sud, retour des Empires, poussée des régimes autoritaires et des phénomènes migratoires, dégradation du système de sécurité collective, multiples obstacles à la liberté du commerce… Rien à voir avec la promesse de l’aube d’un monde pacifié. Mais, nous n’avions encore rien vu. Le second mandat présidentiel de Donald Trump achève de secouer l’édifice patiemment mis en place successivement après la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’URSS. En quelques semaines, l’homme à la mèche blonde provoque incompréhension et sidération chez ses alliés. Le monde ne parvient pas à se réveiller d’un cauchemar qui a pour nom États-Unis. L’Union européenne érige le fameux mur du déni pour conjurer le mauvais sort. Or, cette posture du chien crevé au fil de l’eau est de moins en moins tenable au fil des annonces du locataire malappris à crinière jaune de la Maison Blanche : l’OTAN n’est plus une assurance tous risques pour les mauvais payeurs ; l’article 5 du traité de Washington n’est plus d’application automatique ; la sécurité européenne doit être du ressort des Européens ; les problèmes sérieux se négocient entre les trois Grands (Chine, États-Unis, Russie), les va-nu-pieds n’ayant qu’à s’exécuter comme de vulgaires laquais. L’Europe devient un acteur mineur aux yeux de ses partenaires, alliés et concurrents, spectateur d’un monde en pleine recomposition. Elle ne fait qu’étaler son actuelle faiblesse. Notre pays ne fait pas exception[1].

La vacuité de la politique étrangère

Quels constats objectifs peut-on dresser de l’action internationale de la France conduite sous la férule exigeante de Foutriquet à une époque de relations internationales chaotiques et de l’émergence d’un monde nouveau ? L’élite française fait table rase de l‘un des enseignements du général de Gaulle pour qui la « France doit tenir compte de ce que l’avenir comporte d’inconnu et le passé d’expérience »[2]. Qui plus est, « Jamais le contraste n’a été aussi saisissant entre un ordre mondial et chancelant et l’impréparation des principales formations politiques hexagonales. Concentrées depuis des années sur des enjeux strictement nationaux (…) ils paraissent s’être isolés « dans une bulle »[3]. Certains y voient la conséquence d’un « sous-investissement politique et bureaucratique » dans la sphère internationale. Après avoir pensé que Donald Trump ne serait pas élu 47e président des États-Unis et avoir refusé de prendre ses propos au sérieux et au pied de la lettre, la nomenklatura germanopratine peine à prendre toute la mesure du changement de paradigme et à en tirer les conséquences qui s’imposent. Dans ce contexte, on imagine aisément que la politique étrangère (stratégie du long terme) – trop souvent confondue avec la diplomatie (tactique du court terme) – sous le second mandat empli de munificence de Jupiter 1er s’apparente à un ensemble vide, à une succession de gadgets comme celui de la dissuasion nucléaire partagée. Et cela au moment où la réalité – celle du rapport de force, du primat de la puissance – reprend ses droits. Heureusement, tout va changer avec la nomination d’un « Macronboy », l’illustrissime Clément Beaune au poste de « haut-commissaire au plan, commissaire général à la stratégie et à la prospective » en remplacement de François Bayrou[4]. Il annonce, aussitôt après avoir été choisi par Emmanuel Macron, disposer de pistes de réflexion pour donner consistance à sa fonction de stratège et de prévisionniste du XXIe siècle. Alléluia !

Chaos mondial et heure de vérité

« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va ! » (Sénèque).

Les pays du « Nord global » n’ont toujours pas digéré la grande désillusion du « monde d’après ». Qui plus est, il y a de fortes chances que la « cicatrice diplomatique » du tsunami Donald Trump ne se referme pas de sitôt. Face à un monde qui vacille sur ses assises anciennes, un sursaut salutaire est indispensable. Il passe avant tout par l’adoption d’une stratégie cohérente dans le temps et dans l’espace. Or, nous en sommes encore loin tant le temps est à l’agitation et à la communication débridées. Entre le dire et le faire, il y a la page blanche qu’il faut commencer par noircir de réflexions. Face aux menaces, la France éternelle doit choisir entre puissance et effacement. La France doit effectuer un choix crucial pour espérer conserver sa place dans le monde de demain : définir une véritable politique étrangère ou bien se contenter d’une étrange politique (étrangère) ?


[1] B. D., « Macron enfin populaire … », Le Canard enchaîné, 2 avril 2025, p. 1.

[2] Maurice Vaïsse, « Les propos gaulliens de 1959 collent à l’actualité », Le Monde, 7 mars 2025, p. 26.

[3] Claire Gatinois/Gilles Paris/Philippe Ricard, « Politique étrangère. Torpeur et tremblements dans les partis français », Le Monde, 9-10 mars 2025, pp. 20-21.

[4] Décret du 5 mars 2025, JORF du 6 mars 2025.

Guerre hybride : OVH devient un champion de la cybersécurité

Guerre hybride : OVH devient un champion de la cybersécurité

par Axelle Ker – armees.com – Publié le

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Guerre hybride : OVH devient un champion de la cybersécurité | Armees.com

Dans un environnement marqué par une intensification des menaces hybrides et une dépendance accrue aux infrastructures numériques, OVHcloud a obtenu une reconnaissance de premier plan. Le fleuron technologique français s’est vu attribuer une certification stratégique, susceptible de renforcer son rôle dans les dispositifs de sécurité et de souveraineté numérique, tant au niveau national qu’européen.

OVHcloud obtient la certification SecNumCloud 3.2

L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a attribué, le 31 mars 2025, la qualification SecNumCloud 3.2 à la plateforme Bare Metal Pod développée par OVHcloud. Cette certification, comme le précise ZDNet, valide la conformité d’une infrastructure aux normes de sécurité exigées pour le traitement de données sensibles ou classifiées. Elle s’adresse aux opérateurs d’importance vitale (OIV), aux services de l’État et aux entités soumises à des obligations réglementaires strictes.

Le dispositif Bare Metal Pod fonctionne dans un environnement physiquement et logiquement isolé. Il intègre des fonctions de chiffrement, de gestion autonome des clés, de journalisation et d’isolation réseau. Comme le rappelle Clubic, plus de 360 critères doivent être validés pour obtenir cette qualification. Parmi eux figurent : la gouvernance, la traçabilité et la protection contre les législations extraterritoriales. Un niveau d’exigence très élevé qui place OVHcloud parmi les rares opérateurs capables de répondre aux besoins souverains en cybersécurité.

Une intégration dans les infrastructures de l’État

L’administration française s’appuie déjà sur la technologie d’OVHcloud. C’est notamment le cas de l’Agence pour l’informatique financière de l’État (AIFE), qui a choisi la plateforme Bare Metal Pod pour héberger le Portail Public de Facturation, un service central dans les échanges numériques entre administrations, entreprises et collectivités. Désormais certifiée SecNumCloud 3.2, cette offre d’OVHcloud assure un haut niveau de sécurité, en intégrant des dispositifs tels que le chiffrement des données, l’isolation des réseaux et un contrôle granulaire des accès.

DEEP, la division numérique du groupe POST Luxembourg, a également retenu la solution proposée par le fleuron français OVH pour construire un cloud souverain. L’une des grandes forces d’OVHcloud réside dans la flexibilité de son offre Bare Metal Pod, qui peut être déployée aussi bien en environnement connecté que totalement isolé, en fonction du niveau de sensibilité des données.

Une extension prévue au cloud public et aux services critiques

OVHcloud prévoit d’étendre la qualification SecNumCloud à 40 services de son cloud public d’ici fin 2025. L’information a été confirmée par le directeur général du groupe, Benjamin Revcolevschi, dans une interview au Journal du Net. Cette stratégie vise à répondre aux nouvelles exigences imposées par des règlements européens comme DORA ou la directive NIS 2.

Comme le rapporte La Revue Tech, l’objectif est de couvrir l’ensemble des besoins en services numériques critiques dans les domaines de la santé, de la défense, de la finance et des services publics. Dans un contexte de guerre informationnelle et de menaces numériques persistantes, ce type de déploiement traduit une volonté claire : proposer une alternative crédible et souveraine aux solutions de cybersécurité proposées par les géants du numérique, notamment américains.

Analyse – L’Union européenne face à la guerre en Ukraine : Conflit géopolitique ou prétexte à une intégration fédérale européenne ?

Analyse – L’Union européenne face à la guerre en Ukraine : Conflit géopolitique ou prétexte à une intégration fédérale européenne ?


Projet fédéraliste de l’Union européenne
Réalisation Le Lab Le Diplo

Depuis février 2022, le conflit en Ukraine a profondément bouleversé l’équilibre géopolitique du continent européen. Officiellement, l’Union européenne s’est positionnée comme un seul bloc, solidaire aux côtés de Kyiv, au nom de la défense du droit international, de la souveraineté des peuples et de la sécurité collective. Mais derrière cette posture qui se veut le plus consensuelle, certains observateurs perçoivent un autre enjeu, moins visible : l’exploitation du contexte de guerre afin de faire avancer un projet d’intégration politique plus ambitieux, porté notamment par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et par notre président de la république, Emmanuel Macron.

Analyse – L’Union européenne face à la guerre en Ukraine : Conflit géopolitique ou prétexte à une intégration fédérale européenne ?


Un conflit aux ramifications multiples

La guerre russo-ukrainienne, dans sa forme actuelle, a éclaté en février 2022 avec l’offensive militaire de la Russie contre l’Ukraine, après huit années de tensions persistantes depuis les événements de l’EuroMaïdan, suivi de l’annexion de la Crimée en 2014. Moscou justifie son intervention par la nécessité de “dénazifier” l’Ukraine et de protéger les populations russophones du Donbass. Kyiv, de son côté, soutenu massivement par l’Occident, y voit une invasion impérialiste de la Russie. Visant à remettre en cause son intégrité territoriale et sa légitimité souveraine sur la région.

Le conflit oppose donc deux blocs : la Russie de Vladimir Poutine, soutenue plus ou moins discrètement par plusieurs puissances émergentes dans une logique de reconfiguration multipolaire ; et l’Ukraine, adossée au soutien militaire, financier et diplomatique de l’OTAN, des États-Unis et de l’Union européenne.

Trump, OTAN, UE : Une fracture transatlantique révélatrice

L’attitude de l’ancien président américain Donald Trump vis-à-vis de l’OTAN et de l’Union européenne a amplifié les doutes sur la solidité du lien transatlantique. En qualifiant l’OTAN d’organisation “obsolète” et l’Union européenne de “véhicule pour les intérêts allemands”, Trump a ouvertement remis en cause les fondements du système de sécurité européen. Plus récemment, ses déclarations évoquant l’éventualité de ne pas défendre un pays européen ne respectant pas les engagements budgétaires de l’Alliance (2 % du PIB annuel) ont renforcé un sentiment d’incertitude.

Dans ce climat de doute, certains dirigeants européens ont vu une opportunité : celle d’accélérer une intégration fédérale de l’Union, au nom de “l’autonomie stratégique”.

Des signaux clairs d’une bascule fédérale

Sous couvert de répondre aux urgences du moment, l’Union européenne a multiplié les initiatives qui dépassent largement son mandat initial. En voici quelques exemples :

  • Un prêt commun de 806,9 milliards d’euros, lancé via le plan de relance post-Covid “Next Generation EU”, a ouvert la voie à une mutualisation de la dette à l’échelle européenne – sans consultation directe des citoyens ;
  • L’euro, déjà en circulation dans 20 pays, est désormais envisagé comme levier de stabilisation politique, au-delà de son rôle économique initial ;
  • Le projet d’euro numérique, porté par la BCE, est censé moderniser les paiements dans la zone euro. Mais il suscite de vives inquiétudes : traçabilité des transactions, restrictions potentielles à l’usage, affaiblissement du rôle des banques commerciales et recentralisation du pouvoir monétaire à Francfort ; 
  • Le marché unique continue de s’étendre, imposant progressivement ses normes aux États membres, au détriment de certaines prérogatives nationales ;
  • La coopération militaire s’intensifie avec le projet d’armée européenne et les discussions autour d’un parapluie nucléaire européen, potentiellement adossé à la dissuasion française ;
  • Des fonds dédiés à la Défense, comme la Facilité européenne pour la paix (FEP) ou le Fonds européen de défense (FED), permettent à l’Union de financer directement la livraison d’armes à des pays tiers – une première historique.

Pris dans leur ensemble, ces éléments dessinent les contours d’une structure quasi-étatique. Or, cette mutation politique majeure s’opère sans mandat explicite des peuples européens.

Vers une Europe technocratique et hors sol ?

La critique principale formulée par les opposants à cette dynamique fédérale tient dans l’absence de légitimation démocratique. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, n’a pas été élue au suffrage universel des populations. Pourtant, elle a négocié et validé un prêt commun de 800 milliards d’euros engageant les générations futures, sans avoir consulté les citoyens européens.

Sur le plan militaire, domaine historiquement réservé aux souverainetés nationales, l’Union avance désormais vers une intégration doctrinale, stratégique et budgétaire. Ce glissement remet en cause le principe même de subsidiarité des États membres.

La France, quant à elle, semble opérer un recentrage stratégique. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, elle accepte de plus en plus de partager, voire de diluer, ses leviers de puissance (diplomatie autonome, industrie de défense, dissuasion nucléaire) dans une architecture européenne technocratique peu soumise au contrôle des urnes.

Un fossé grandissant entre les institutions et les peuples

Cette fracture n’est plus théorique. Lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, en février 2025, la venue du vice-président américain James David Vance a illustré le décalage croissant entre les élites européennes et leurs opinions publiques. Alors que Bruxelles et certaines capitales, Paris en tête, plaident pour une intégration stratégique plus poussée – y compris sur le nucléaire –, Washington a rappelé l’importance d’une Europe “alignée sur la volonté de ses peuples”.

Des sondages récents, évoqués en marge de la conférence, confirment cette tendance : de nombreux citoyens européens expriment leur méfiance vis-à-vis des choix opérés à Bruxelles, notamment en matière militaire, budgétaire ou énergétique. Le manque de transparence, le contournement des parlements nationaux et l’absence de référendums alimentent une crise de légitimité démocratique qui ne cesse de s’aggraver.

Une Union européenne à la croisée des chemins

L’idée d’une Europe unie reste porteuse d’espoir, comme en témoignent déjà les ambitions des traités de Maastricht. Mais l’instrumentalisation d’une crise majeure – en l’occurrence la guerre en Ukraine – pour faire progresser un projet fédéraliste sans le consentement des citoyens constitue un précédent lourd de conséquences.

L’Union européenne peut-elle encore se réclamer démocratique lorsque ses choix les plus structurants sont élaborés à huis clos, dans les couloirs de la Commission, loin des regards et des urnes ? Les idéaux d’union, de paix et de coopération sont nobles. Mais ils ne doivent pas servir de prétexte à une confiscation silencieuse des souverainetés nationales au profit d’un projet technocratique qui remet en question l’essence même de la démocratie : la libre souveraineté des peuples.


Projet fédéraliste de l’Union européenne
Alexandre Raoult

Alexandre Raoult est étudiant en master dans une grande école de commerce à La Rochelle. Photographe indépendant et jeune passionné de géopolitique, il s’intéresse également à l’histoire et à la satire politique. Il a intégré l’équipe du Diplomate média en tant que rédacteur en mars 2025.

Ukraine. Intelligence économique des guerres d’Ukraine

par Bernard BESSON* – Cf2R – TRIBUNE LIBRE N°172 / mars 2025

https://aassdn.org/amicale/ukraine-intelligence-economique-des-guerres-d-ukraine/


Les guerres d’Ukraine sont aussi multiples que leurs lectures. On sait depuis Montaigne que la géographie commande la vérité. La Défaite de l’Occident[1] d’Emmanuel Todd parle d’un affaiblissement sociologique, religieux et moral de l’Occident. C’est une lecture. Nous serons plus court et tenterons de prévoir les conséquences de l’affrontement. Rien ne commence le 24 février 2022. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une conséquence avant d’être une cause. L’Opération Z ne doit pas cacher la forêt qui précède. Ces guerres viennent de loin. Plusieurs grilles d’interprétations décrivent des événements superposés à d’autres évènements. Comme les couches géologiques ces évidences s’accumulent sans s’annuler. Les guerres d’Ukraine interrogent les diplomaties de nos États et de nos entreprises. Des acteurs émergent qui ne pensent pas le monde comme nous.

Le droit international

Le droit international est invoqué par les deux parties. L’Occident dénonce la violation des frontières. L’ONU déplore l’agression commise par la Fédération de Russie contre l’Ukraine en violation du paragraphe 4 de l’article 2 de la Charte des Nations unies. L’Organisation « exige que la Fédération de Russie cesse immédiatement d’employer la force contre l’Ukraine et s’abstienne de tout nouveau recours illicite à la menace ou à l’emploi de la force contre tout État membre. » On ne peut être plus clair.

La Russie de son côté invoque l’article 51 de la charte des Nations unies qui lui permet après la reconnaissance des Républiques de Donetsk et de Lougansk de répondre à la demande de légitime défense d’États soucieux de mettre fin aux bombardements des populations civiles. En théorie l’argument est recevable. Mais les circonstances sont pour le moins discutables…

Il n’en reste pas moins que le droit international est malmené. Par exemple le non-respect des multiples résolutions de l’ONU dans le conflit israélo palestinien, la contestation par plusieurs pays africains de la justice pénale internationale, les guerres illégales des États-Unis depuis 1945[2] affaiblissent ce même droit international.

Le non-respect des accords de Minsk 1 et Minsk 2 garantis par la France et l’Allemagne conjointement avec l’Ukraine et la Russie dans le format Normandie[3] ne renforce pas le droit international. La chancelière aussi bien que le président français ont reconnu publiquement avoir menti aux Russes pour permettre à l’Ukraine de se réarmer entre 2014 et 2022 afin de reconquérir la Crimée et le Donbass[4].

Savoir que les Russes n’étaient pas dupes, n’oblitère pas l’affaiblissement de la crédibilité occidentale dans le respect des engagements diplomatiques. Le décret présidentiel ukrainien interdisant toute discussion avec le président Poutine ajouté à l’annulation des élections en Ukraine paralysent pour l’instant les solutions diplomatiques.

Les accords d’Istanbul[5] signés le 29 mars 2022 grâce aux démarches du gouvernement israélien et de la présidence turque décrivaient sur 32 pages un accord de cessez-le feu. Une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine était prévue sous l’égide des Nations Unies. L’Ukraine reconnaissait des droits linguistiques et administratifs aux minorités russophones de l’Est dont elle conservait les territoires. En échange du retrait militaire russe, déjà entamé, elle s’engageait à ne pas intégrer l’OTAN, seconde exigence de Moscou. L’arrivée à Kiev le 8 avril 2022 de Boris Johnson, Premier ministre britannique, encourage un revirement de la partie ukrainienne soutenue par l’Union européenne et les États-Unis[6]. La guerre va se poursuivre.

Cette paix ratée, confirmée par le Premier ministre israélien Naftali Bennett et le président turc Recep Erdogan, offrait une porte de sortie au président Zelensky. Celui-ci avait été élu le 20 mai 2019 avec 73,2% des voix à la suite de sa promesse de finir une guerre civile ayant fait 14 000 morts depuis la destitution du président Ianoukovitch en février 2014, après l’insurrection de Maïdan. Les historiens, en Ukraine et aux États-Unis, débattent du déroulement et du financement de cette révolution de couleur, notamment du rôle de la CIA, du MI 6 et de madame Victoria Nuland, alors sous-secrétaire d’État à l’Eurasie dans la conduite des opérations.

Depuis leur arrivée à la Maison Blanche le président Donald Trump et Robert F. Kennedy Jr ont à plusieurs reprises confirmé cette thèse affirmant que la CIA, avec les fonds dE L’USAID (5 milliards de dollars) a programmé le coup d’État de Maïdan et poussé la Russie à intervenir en Ukraine pour secourir les populations russophones.

L’objectif était comme nous allons le démontrer de s’emparer des richesses et matières premières de l’immense Fédération de Russie à la suite de son effondrement économique. L’échec de cette entreprise démocrate conduit les Républicains à se replier sur le Groenland et Panama, et à taxer l’Union européenne le Canada, le Mexique, la Chine.

L’équilibre de la terreur

Le conflit entre la Russie et les États-Unis n’a pas éclaté pour cause de terreur réciproque. En 2022 les deux puissances renoncent à s’affronter directement. En témoigne l’absence d’interdiction aérienne par les États-Unis et à fortiori par l’OTAN. L’Occident laisse l’aviation russe décapiter celle de l’Ukraine. La partie sur le plan militaire est jouée dès le début malgré les discours sur les plateaux de télévision. Plusieurs raisons expliquent la non-intervention américaine.

Le 24 février 2022 la Russie dispose de forces balistiques, aériennes et sous-marines redoutables. Les vecteurs R-28 Sarmate, Avangard, Kinjal, Poséidon, RS-26, R28, Zircon, pour ne citer que ceux-là, sont des armes hypervéloces atteignant des vitesses proches des 30 000 km/h. Ils sont également d’une grande précision. Ces vecteurs utilisent les possibilités offertes par la MHD, magnétohydrodynamique[7] théorisée en France par le physicien Jean-Pierre Petit. Les forces balistiques russes ont accordé de l’importance à ses publications scientifiques.

Le 21 novembre 2024 une attaque conventionnelle à partir de l’un de ces vecteurs l’Oreshnik (noisetier) pouvant transporter quatre bombes atomiques a touché le complexe militaro-industriel Iouzhmash à Dnipropetrovsk. La destruction par armes cinétiques de ces installations n’est pas anodine. Il s’agit d’une réponse politique et personnelle adressée au président Joe Biden qui autorisa l’Ukraine le 16 novembre 2024 à tirer 6 missiles ATACMS dans la profondeur du territoire russe[8].

Pour éviter tout malentendu, le Kremlin prévint les États-Unis avant le lancement du missile en certifiant qu’il ne transporterait pas d’armes nucléaires. Avertissement confirmé le lendemain par la porte-parole du Pentagone. Depuis 1945, les deux puissances n’ont jamais cessé d’utiliser les « canaux de sécurité habituels » afin d’éviter les méprises. Il en fut ainsi lors de la crise des missiles de Cuba en 1962.[9] Il en va de même dans le monde du renseignement où les dirigeants des deux communautés, russes et américaines, se connaissent et gardent le contact.

La « nuit du noisetier » s’adresse à la France et à la Grande-Bretagne autant qu’aux États-Unis. La Russie montre qu’elle peut à partir d’un missile hypersonique de moyenne portée (5 000 km), atteindre le sol ennemi et surtout le sous-sol avec des armes cinétiques.[10] En avertissant l’adversaire, elle montre que ses vecteurs sont à l’abri de toute interception. Elle met en avant un souci des populations civiles destiné à la propagande qui impressionne l’opinion.

En ajoutant un échelon conventionnel en amont de la dissuasion nucléaire, la Russie plonge les états-majors de l’OTAN dans une réflexion qu’ils avaient anticipée. Le Pentagone, bien informé, avait déjà retiré son porte-avions de mer Rouge.[11] La Chine, préoccupée par Taïwan, observe avec envie ce nouvel outil dissuasif. L’Inde, nous le verrons, coopère déjà avec le complexe militaro-industriel russe.

Ironie de l’Histoire, cette dissuasion non-nucléaire d’une portée moyenne a été rendue possible par le président Donald Trump lorsqu’il a dénoncé les traités interdisant ce type de missiles sur le théâtre européen lors de son premier mandat (2019). « La Russie a dû s’adapter » affirme le Kremlin. L’initiative de ces traités et leur dénonciation par les uns ou les autres mérite une étude spécifique tant les propagandes et désinformations entourent le sujet.

Présentée le 13 avril 2018 par le président Poutine devant les députés de la Douma et plusieurs centaines de scientifiques,[12]la panoplie balistique russe dissuade pour l’instant tout belligérant, fussent-ils les États-Unis. Cette technologie intéresse depuis longtemps les BRICS. Le BrahMos est un missile de croisière supersonique pouvant être lancé à partir d’un sous-marin, d’un bâtiment de surface, d’un avion ou d’une station terrestre. Développé conjointement par l’Inde et la Russie – qui ont créé à cette fin une société commune, BrahMos Aerospace Private Limited -, il tire son nom du Brahmapoutre, fleuve indien, et de la Moskova, fleuve russe. Sa vitesse de croisière est d’environ Mach 2,5-2,8, ce qui le rend trois fois et demie plus rapide que le missile subsonique américain Harpoon. Une version hypersonique de ce vecteur est en développement, le BrahMos-II. Cette supériorité aérospatiale se retrouve dans le domaine aéronautique où les performances des derniers Sukoi 57[13] et Mig 41 intéressent les armées de plusieurs nations.

Le champ de bataille

Avant d’aborder les conséquences économiques, culturelles, politiques de cette guerre, il est utile de comparer les deux lectures du champ de bataille.

Les experts occidentaux, à part quelques exceptions, commentent les combats à partir des avancées ou des reculs sur la carte. Ils recensent sur des tableaux les moyens matériels et financiers à la disposition des belligérants. Les experts russes s’expriment sur les médias domestiques et ceux du Sud Global où ils sont écoutés. Le souvenir de l’URSS qui soutint les guerres anticoloniales leur garantit une attention particulière. Les auditeurs et téléspectateurs comparent les spécialistes de la « guerre civile européenne ». Pour l’OTAN, les progrès territoriaux de Moscou ont longtemps paru médiocres, obtenus au prix de « pertes abyssales ».

L’art de la guerre russe, héritier d’une longue tradition[14] ne vise pas prioritairement la conquête ou la conservation des territoires. Les campagnes contre la Suède, la Pologne, l’Allemagne ou la France ont enseigné aux officiers russes que l’essentiel est la destruction de l’armée ennemie. L’espace, le temps et la météo sont pour eux des avantages gratuits. Le silence également.

La foi dans l’industrie financière caractérise l’approche anglo-saxonne. Avec un budget militaire de 916 milliards de dollars – contre 109 pour la Russie -, les États-Unis disposent d’une force écrasante.[15] Cette supériorité justifie la dépréciation de l’ennemi. Madame Ursula Van der Layen déclarait le 14 septembre 2022 à la tribune du Parlement européen que la Russie achetait des machines à laver partout dans le monde pour récupérer des puces électroniques afin de faire voler ses fusées et ses avions. Elle ajoutait que le complexe militaro-industriel russe était en lambeaux…

Selon Karen Kwiatkoswski, sociologue du complexe militaro-industriel, ancien officier, le budget américain entretient une pléthore de généraux. Il produits des armements couteux bénéficiant aux entreprises de la Défense dans lesquelles nombre d’officiers achèveront leur carrière. Cette armée trop grasse est moins efficace que dans le passé. Sur le terrain il s’avère que les matériels occidentaux ne sont pas à la hauteur d’une guerre terrestre de haute intensité. Les armes qui devaient « changer la donne » en faveur de l’Ukraine se révèlent les unes après les autres inefficaces. Seul le Caesar français, dont les tubes chauffent malheureusement plus vite que ses concurrents russes, et nos Rafale pourraient tenir tête à l’armée russe[16].

Les rapports se succèdent sur les échecs répétés du F-35. Fiabilité et furtivité ne sont pas à la hauteur des attentes. Parmi les problèmes figurent des retards fréquents dans la maintenance, des dysfonctionnements de l’armement et des vulnérabilités non résolues en matière de cyberdéfense. Selon Greg Williams, directeur du Project on Government Oversight (POGO) le dernier rapport révèle des failles importantes qui pourraient inciter l’administration Trump II à exiger une révision complète d’un programme dont les coûts immenses ne sont pas à la hauteur du résultat.[17]

Quand on sait que le projet F 35 « séduit » les aviations de l’OTAN, on mesure les défis auxquels nos forces aériennes, hormis la France, seront soumises. On se souviendra à l’occasion des déclarations d’experts militaires, de généraux, d’ambassadeurs, évoquant sur nos médias les faiblesses structurelles, voire congénitales, d’une armée russe démoralisée, sous-équipée, confrontée à des désertions massives, se battant avec des pelles…

Des journalistes de renom complétaient le tableau en évoquant la santé mentale voire physique du président Poutine, isolé dans son pays, paria sur la scène internationale. Ces encouragements repris par les médias ukrainiens galvaniseront une infanterie qui subira des pertes réellement abyssales, en croyant percer le système Sourovikine[18] en particulier à Robotino, Krinki, Uglédar et autres « sacs à feux ».

La très lente avancée des forces russes jusqu’à décembre 2024 n’a pas pour seule cause la stratégie d’attrition chère à Moscou. Une autre raison explique l’absence des grandes chevauchées blindées des années 1944-1945. Elles sont impossibles aujourd’hui car vouées à l’échec. Des deux côtés.

Les drones changent la guerre

Le combattant vit une guerre de plus en plus terrifiante menée des deux côtés par des jeunes gens intégrés dans les unités de première ligne. Ces nouveaux soldats jouent à la vraie guerre comme dans un jeu vidéo. Il n’y a plus de protection, il n’y a plus de tranchée ou d’abri comme à Verdun. « Si tu bouges le drone te repère, il te tue. Si tu es immobile il finit par te repérer, si tu urines contre un arbre, il détecte la chaleur qui sort de toi[19] ». « L’artillerie russe, tu ne la vois jamais mais elle te voit ! ».

Dans les deux camps l’ingéniosité des dronistes est stupéfiante. Le Babayaga ukrainien était à l’origine un drone agricole. Il en existe désormais plusieurs versions larguant des mines ou des grenades sur l’ennemi. Il va sans dire que la mise au point de ces engins est à l’origine d’accidents mortels, d’amputations des bras.

Chez les Russes la famille des Kolibri fait l’objet d’incessantes modifications. Ces appareils volent en essaim. Certains font de la reconnaissance. Ils éclairent le chemin des drones frappeurs. Spécialistes de la guerre électronique les Russes mettent au point une nouvelle génération de drones. Ils sautent d’une fréquence à une autre afin d’échapper aux tentatives de brouillage. Les drones deviennent compacts. Les Hummingbirds sont pliables. Ils tiennent dans un petit boîtier. Ils ne pèsent pas plus de quatre kilos. Des championnats internationaux de guerre des robots ont lieu dans les pays appartenant aux BRICS.

La guerre des drones augure d’un avenir inquiétant pour l’Europe. Les compétences du champ de bataille seront le bras armé de groupes radicaux ou mafieux. Ils mèneront des guerres dévastatrices contre leurs concurrents. Les spécialistes se forment sur place, in vivo. Le combattant de demain sera jeune, manipulable. Il opérera depuis le trottoir d’en face. Nos services de renseignement extérieurs et intérieurs pensent déjà aux contre-mesures. Comme en 1946, l’après-guerre risque d’être violent.

Les drones comme les satellites qui peuvent en coordonner les essaims sont par ailleurs un enjeu de la guerre économique comme nous le verrons plus loin.[20] En décembre 2024, la Chine réduit le volume de ses exportations de métaux précieux comme le gallium, l’antimoine ou le germanium vers les États-Unis. Pékin d’attire l’attention de la Maison Blanche sur le rapport de force des deux géants dans le domaine des technologies à double usage, militaire et civil. En cette occasion, le ministère du Commerce annonce que les livraisons de graphite à usage civil, notamment dans les batteries, feront l’objet de contrôles stricts.

Le renseignement, arme déterminante

Dans un article du New York Times paru le 25 février, 2024 on apprend ce que l’on savait déjà. La CIA est largement impliquée en Ukraine. Après plus de 200 entretiens avec d’actuels ou anciens fonctionnaires ukrainiens, américains et européens, deux journalistes dressent le tableau d’une collaboration des agences de renseignement ukrainiennes et américaines depuis la révolution de Maïdan en février 2014.

La « Compagnie » compte officiellement 12 bases le long de la frontière russe, et elle n’est pas le seul service de renseignement américain. On sait que la NSA est venu « durcir » les communications ukrainiennes avant le 24 février 2024, dans l’optique d’une reconquête de la Crimée et du Dombass.

La cohabitation des services occidentaux avec leurs homologues ukrainiens n’a jamais été un fleuve tranquille. Des complications surviendront lorsque le président Donald Trump demandera à son homologue Zelensky une enquête sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, lors de son premier mandat. Il n’en reste pas moins que le renseignement occidental fournit à l’Ukraine de précieuses informations permettant la réalisation de frappes dans une profondeur limitée…

A la suite de l’invasion russe, Joe Biden autorise les agences américaines à abandonner les anciennes règles. Elles sont autorisées à soutenir des opérations létales visant les troupes russes présentes sur le territoire ukrainien. La CIA avertit ses alliés d’un couloir humanitaire déployé à Marioupol risquant de se transformer en piège mortel. Elle permet de déjouer un complot qui menaçait le président ukrainien. Les services américains ne sont pas les seuls sur place. Tous les pays membres de l’Union européenne ont leurs « observateurs ».

La collaboration n’exclut pas la méfiance. Jusqu’à la destitution par le parlement du président Viktor Ianoukovytch les services de Kiev collaboraient avec leurs homologues russes civils et militaires. Il reste des sympathies inavouées au sein de l’appareil ukrainien pour le grand frère russe. Cela explique les ciblages, les attentats contre les sergents recruteurs,[21] les sabotages sur les lignes logistiques, et les dépôts d’armes. Emerge à l’ouest du Dniepr une résistance qui ne peut survivre sans la complicité d’une partie du renseignement ukrainien.

Les entreprises occidentales impliquées dans les guerres d’Ukraine disposent de compétences en matière de renseignement privé. Les cellules bien équipées sont animées par des anciens des services officiels. Les investisseurs céréaliers ou miniers animent des réseaux qui s’étendent bien au-delà des frontières ukrainiennes. Depuis le Moyen-Âge et la Ligue hanséatique, l’Allemagne, l’Angleterre et les Pays-Bas ont des intérêts en Ukraine et en Russie. Leurs entreprises, banques et compagnies d’assurance sont en mesure d’éclairer le gouvernement de Kiev à partir d’entrelacements commerciaux, philanthropiques, philosophiques, religieux. Bien des ONG sont les avatars de ces traditions. Il en va de même d’Israël dont les services civils et militaires, les start-ups dans le domaine de la cybersécurité ont des clients des deux côtés de la frontière.

Rien cependant ne laissait prévoir le rôle prépondérant de Starlink. « Sans lui nous aurions perdu la guerre » commentent les officiers ukrainiens. Sur le front, le système de satellites d’Elon Musk est un outil-clé pour Kiev. Il permet des liaisons en principe sécurisées et joue un rôle dans le pilotage des drones. Une entreprise privée devient belligérante, pèse sur le cours des opérations militaires.[22] La médaille a cependant son revers. Le propriétaire de SpaceX a empêché son utilisation pour frapper une base de la marine russe afin d’éviter, dit-il, un « mini Pearl Harbor. »

Le diable, se situe dans les détails. La couverture de l’Ukraine en septembre 2023, selon la carte officielle sur le site web de Starlink « oublie » les zones situées le long des frontières biélorusses et russes. La Crimée et certaines parties du Donbass ne sont pas protégées. Elon Musk sait dès le 24 février 2022 que les États-Unis ne combattront pas. La guerre économique suffira à faire tomber le gouvernement russe. Par la même occasion, il montre à la Chine où il possède des intérêts et qu’il n’est pas un jusqu’au-boutiste. Inutile d’insulter l’avenir. La participation du réseau privé de communication ouvre un chapitre peu connu des guerres d’Ukraine : la cyberguerre.

La cyberguerre au centre de toutes les autres

L’interception du signal, le brouillage des fréquences, l’interprétation des captations par le cerveau humain ou l’intelligence artificielle atteignent des niveaux de sophistication jamais vus auparavant. Les drones dont nous venons de voir l’efficacité sont désormais pilotés par fibre optique, tel autrefois le célèbre Milan, arme antichar française filoguidée. Les images en direct des impacts transforment le conflit en « spectacle ». Dans les deux camps, chaque unité se déplace avec ses brouilleurs et ses dronistes. Les groupes d’assaut, de plus en plus petits pour limiter les pertes, « reniflent » l’ennemi, le rendent visibles à l’artillerie, aux bombes planantes, aux lance-flammes.

Les belligérants développent des politiques de souveraineté numérique. Celles-ci se déclinent en trois chapitres, la maîtrise du hardware, les installations lourdes, le software, les logiciels et le cloud, la maîtrise des données. L’Europe et la Russie cherchent par tous les moyens à bâtir une industrie du cyber avec l’aide de nombreux partenaires de manière à anticiper les risques et saisir les opportunités d’affaires.

A Moscou, les semaines de la cybersécurité ressemblent à des écosystèmes rassemblant des milliers de participants à l’échelle des BRICS. Des administrations, des entreprises privées chinoises ou indiennes y côtoient des militaires mais aussi les directeurs de système d’information de grandes entreprises.

Il en va de même dans l’Union européenne. Le NIS2[23] qui fait suite au règlement général sur la protection des données (RGPD) prépare nos administrations et organismes d’intérêts vitaux à toutes les éventualités. La vulnérabilité du système Internet, notamment les câbles par lesquels transitent 99% des données, préoccupe nos services qui disposent d’un département cyberguerre important. L’ANSSI[24] anime un écosystème de souveraineté numérique à l’image de celui de Moscou. Des rencontres de praticiens telles que les « Lundi de la cybersécurité », ou des associations comme l’ARCSI[25] sont des lieux d’échanges entre spécialistes. Comme les autres, la cyberguerre a besoin d’idées.

Sur le champ de bataille elle brouille les vecteurs de l’ennemi. C’est ainsi que la guerre électronique rend aveugle certains missiles de croisière qui n’atteignent plus leurs cibles. L’obus de 155 mm Excalibur guidé par GPS n’est plus aussi performant qu’au début du conflit. Des corsaires ou mercenaires apparaissent dans le cyberespace. Ils traversent les frontières, menacent les souverainetés des États. A l’Est comme à l’Ouest des groupes informels tels que Conti[26] en Russie ou IT Ukrainian Army, préfigurent des guerres étonnantes, inattendues.

Encore limitée, la cyberguerre peut devenir cataclysmique. Entre la dissuasion nucléaire et la dissuasion conventionnelle existe désormais une dissuasion informatique tout aussi terrifiante. Après « la nuit du noisetier » celle de Chronos menace tous les belligérants.

Au XXIe siècles, avoir l’heure exacte est critique pour de grands pans de l’industrie et des transports. En mer Baltique, notamment depuis l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN, la navigation commerciale est rendue plus difficile. L’heure est diffusée de plusieurs façons : par des émetteurs radio, par les satellites GNSS (GPS, Galileo, etc.), par Internet avec le protocole NTP, par des fibres optiques dédiées, etc.

Toutes les méthodes actuelles posent de gros problème de sécurité : les GNSS, très précis, utilisés absolument partout, sont très sensibles au brouillage, qui empêche la localisation, et au leurrage, qui vous transporte n’importe où. Or le brouillage, nous l’avons vu est une spécialité russe. Le protocole NTP, qui distribue l’heure sur Internet avec une précision bien moins grande, est facilement attaquable. Et les conséquences des attaques de plus en plus nombreuses peuvent être très graves[27].

En cas d’aggravation du conflit, des pirates pourraient modifier l’heure affichée sur des serveurs de temps, entraînant des désynchronisations massives et des dysfonctionnements dans les systèmes qui s’y réfèrent. Des attaques par déni de service pourraient rendre inaccessibles les serveurs de temps, paralysant les systèmes qui en dépendent. Les conséquences de la cyberguerre pourraient être catastrophiques. Les systèmes d’exploitation, les bases de données et leurs applications dépendent d’une horloge précise pour fonctionner correctement. Une heure erronée pourrait entraîner des pertes de données, des plantages et des dysfonctionnements généralisés.

Les réseaux de télécommunications s’appuient sur la synchronisation horaire pour router les paquets de données de manière efficace. Une heure inexacte pourrait entraîner des retards, des pertes de paquets et une dégradation de la qualité des communications. Les marchés financiers fonctionnent en temps réel et s’appuient sur des horloges précises pour exécuter les transactions. Une heure erronée pourrait entraîner des erreurs de calcul, des pertes financières et une perte de confiance dans les marchés. Les réseaux électriques, les systèmes de transport et les systèmes de contrôle industriels dépendent tous d’une synchronisation horaire précise. Une heure erronée pourrait entraîner des pannes, des accidents et des perturbations majeures. Le professeur Gérard Berry auteur de L’Hyperpuissance de l’informatique, Algorithmes, données, machines,réseaux[28] trace les grandes lignes d’un conflit généralisé.

La cyberguerre ne se limite pas au terrain militaire. Elle facilite le développement de technologies qui contournent les sanctions, bâtissent une souveraineté numérique partagée entre les BRICS. C’est sur elles que s’appuieront les réponses russes à la guerre économique occidentale.

La guerre économique occidentale

La guerre économique devait vaincre la Russie grâce aux sanctions économiques et financières. Il était inutile et risqué comme nous venons de le voir d’engager l’OTAN le 24 février 2022. L’Ukraine, forte d’une armée rééquipée, aux effectifs trois fois supérieurs à ceux de la force d’invasion russe, devait obliger cette dernière à l’envahir pour éviter la reconquête de la Crimée et du Donbass. Excellent prétexte pour lancer les sanctions finales. Tout était prêt, rien n’était caché puisque visible, écouté, par les service de renseignement des uns et des autres.

Le projet de guerre économique contre la Russie est une vielle idée anglo-saxonne qui prend ses racines après le congrès de Vienne de 1815. L’Angleterre ne pardonne pas au Tsar d’avoir ménagé la France. Tout au long du XIXe siècle, ce sont les milieux libéraux britanniques pour des motifs coloniaux qui inventeront le terme russophobie. Celui-ci ne fera pas toujours l’unanimité au sein de cette famille de pensée. Les États-Unis prennent le relais avec des géopoliticiens tels que Alfred Mahan, qui développe le concept de puissance maritime, John Mackinder[29], qui voit dans le Heartland eurasiatique une menace existentielle pour l’Amérique, ou Nicolas Spikman, qui, avec la théorie de l’anneau, est à l’origine de la politique de Containment de la Russie soviétique puis de la Chine.

C’est dans la continuité de ces auteurs que se situe Le Grand échiquier de Zbigniew Brzezinski et l’émergence des néo-conservateurs américains au sein du Parti démocrate et de son concurrent républicain. Madame Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat à l’Eurasies en sera l’une des figures politiques. On remarquera la filiation « polonaise » de cette école jusqu’au président Duda qui, en juin 2024, parlait de la nécessaire décolonisation de la Russie. Bien avant le 24 février, un axe Washington-Varsovie émerge. Il joue maintenant un rôle diplomatique et militaire au sein même de l’Union européenne…

En 2019, un rapport intitulé Overextending and Unbalancing Russia de la Rand Corporation[30], sous l’administration Trump I, décrit les mesures à prendre pour ruiner la Russie. Sont abordés les chapitres suivants : Economie – Géopolitique – Système informationnel et idéologique – Dimension aérienne et spatiale – Dimension maritime – Dimension terrestre et multi-domaines. Ce rapport s’inscrit dans le contexte des sanctions communes aux États-Unis et à l’Union européenne qui depuis la sécession des oblasts russophones sont censées affaiblir la Russie. On notera que les rédacteurs envisageaient déjà la possibilité d’une victoire militaire russe.

L’attaque économique décisive est déclenchée au lendemain du 24 février 2024. Bruno Le Maire déclare le 3 mars 2022 : « Nous allons mettre l’économie russe à genoux ». Le 23 mars au sommet de l’OTAN, le président Macron annonce : « Au moment où je vous parle la Russie est en état de cessation de paiement. Nous allons l’isoler sur la scène mondiale ». La déclaration de guerre de la France s’inscrit dans celle plus globale de l’Occident. Les banques russes, exceptions faites de certaines qui négocient les hydrocarbures, sont déconnectées du système SWIFT. La Russie plie, le rouble chute lourdement, mais le pays résiste.

Le 26 septembre 2022, en mer Baltique, deux explosions occasionnent d’importantes fuites de gaz. La première, sur Nord Stream 2 est découverte au sud-est de l’île danoise de Bornholm. Plusieurs heures plus tard, deux autres fuites sont décelées sur Nord Stream 1 au nord-est de l’île. Ces actes de guerre sanctionnent les économies allemandes et françaises. On mesure mieux aujourd’hui le désastre subi. Engie, partenaire de Gazprom avec des sociétés allemandes et hollandaises, perd 900 millions d’euros d’investissement[31]. Le gaz revendu en Europe ne peut plus l’être.

Trois pays bénéficient de cette agression. La Russie libère des stocks importants qu’elle peut écouler en direction des BRICS. Elle profite de l’affaiblissement européen. Les États- Unis rentabilisent leur industrie des gaz de schiste. Ils le vendent aux Européens qui le boudaient pour des raisons environnementales. Un troisième pays tire son épingle du jeu : la Norvège[32] qui vend son gaz plus cher elle aussi. La question demeure de savoir qui a commis cette destruction stratégique, mais il est évident que le grand perdant demeure l’Union européenne.

En septembre 2024, le rapport Draghi tire un bilan provisoire des conséquences de la guerre économique. Il annonce un lent appauvrissement de l’Europe occidentale. Selon le FMI (octobre 2024) la croissance est plus forte dans les BRICS qu’au G7. En termes de pouvoir d’achat du consommateur, la Russie dépasse l’Allemagne et la France. Après la défaite militaire, l’Europe enregistre une défaite économique. Comment la Russie a-t-elle surmonté les sanctions ? Comment les a-t-elle utilisées ?

La guerre économique russe

L’échec des sanctions occidentales a pour cause première leur publicité. Bien avant 2014, les « trains » de sanctions commentés, discutés dans les assemblées et les chancelleries, décrivent par le menu toutes les attaques dont l’économie russe sera la cible. La discrétion n’est pas une arme occidentale. Depuis longtemps, la Russie maîtrise l’art de se taire. Cet avantage nous est étranger. Souffrant d’un climat rude, d’un espace immense, de conditions de vie difficiles, le peuple russe développe des capacités de résilience étonnantes. Judoka dans l’âme, le président Poutine a profité des sanctions pour « secouer » l’intelligence économique et technologique de ses concitoyens.

Comme aurait dit le général de Gaulle, la paresse et le renoncement menacent les Russes autant que les autres. Les sanctions occidentales renforcent l’idée d’encerclement autant que les Léopard dans les plaines d’Ukraine ou les bases de l’OTAN autour de la Rodina. La Russie est le pays de la TRIZ (acronyme de Théorie de Résolution des Problèmes Inventifs[33]). Chaque sanction, chaque retrait de fournisseur, chaque rupture d’approvisionnement de pièce détachée devient un problème appelant une innovation, souvent par simplification ou alliance iconoclaste de technologies séparées par des préjugés[34]. La démarche est une approche heuristique destinée à résoudre des problèmes d’inventivité technique. Comme lors du siège de Leningrad, l’intelligence russe collective va retourner les sanctions contre l’ennemi.

Dotée d’une mémoire séculaire, la diplomatie russe puise des idées dans l’histoire de l’URSS. Celle-ci commerçait en rouble et en roupies avec l’Inde dans le domaine des hydrocarbures. L’expérience cessa avec le régime communiste. Avant même les guerres d’Ukraine, la vielle idée reprend du service. Lorsque les BRICS apparaissent, l’envie d’échapper à de nouvelles sanctions se confond avec celle d’ajouter aux FMI et à la Banque mondiales des institutions financières plus souples, mieux adaptées au désir du Sud de commercer avec le Sud, sans risquer l’extraterritorialité judiciaire du dollar.

Pour madame Anuradha Chenoy analyste financière indienne, le programme des BRICS pour une dédollarisation prendra du temps. Le dollar représente encore 80% des échanges mondiaux, l’euro 16%, devant les monnaies chinoises et indiennes. La monnaie de remplacement n’existe pas encore. Cependant le manque de crédibilité militaire et diplomatique de l’Union européenne pourrait entraîner la chute de l’euro avant celle du dollar, qui a encore de beaux jours devant lui.

Lors du 16e forum de Kazan[35] les BRICS se définissent comme un club d’affaires non occidental mais pas anti-occidental. La plupart des pays membres, y compris la Russie, souhaitent entretenir des relations commerciales voire culturelles avec l’Occident. Cependant les BRICS opposent la notion d’état civilisationnel à celle d’universalisme occidental. Beau sujet de thèse pour nos étudiants en géopolitique.

Malgré la domination du dollar, le forum de Kazan réaffirme les fondements d’un projet financier calqué sur les institutions de Bretton Woods, mais plus souples, plus « technologiques ». Les BRICS envisagent la création d’une unité de compte commune basée sur la blockchain.[36] L’exercice est ardu car il faut concilier une technologie par essence décentralisée avec une nécessaire centralisation. La nouvelle unité de compte pourrait intégrer des devises mais aussi de l’or ou des matières premières.

Un système d’assurance mondial pourrait compléter le tableau de façon classique. Il est encore au stade des idées. La création d’une agence de notation mondiale indépendante posera des problèmes politiques. La Banque de développement de Shanghai, faiblement dotée (100 milliards en dollars), reste un nain. En revanche l’idée d’un dépositaire de règlement, chambre de compensation, est stratégique. Une grande partie du commerce mondial échappera aux regards des statistiques occidentales. Le monde commercera sans nous.

Les BRICS sont un animal diplomatique qui interroge les ministres des Affaires étrangères occidentaux. Le forum de Kazan acte la fin de l’anthropocène à l’instar d’un nombre croissant de scientifiques, géologues, physiciens ou climatologues. La transition climatique est ajournée. Les conclusions du GIEC sur le CO2 sont soupçonnées de favoriser les études accusant le dioxyde de carbone au détriment de celles qui relient le changement climatique à des phénomènes complexes, voire aux nanoparticules de plastique, aux évolutions du système solaire. Une telle politique remet en cause les réglementations européennes. L’industrie du Vieux continent, basée sur la « protection de la planète », est prise à revers.

Outre l’extraterritorialité juridique du dollar, les BRICS dénoncent les sanctions unilatérales. Selon Anuradha Chenoy, 15 entreprises indiennes ont récemment été sanctionnées par les États-Unis. Ce qui ulcère New Delhi. La politique du genre et l’étude de la transsexualité à l’école primaire choquent ses valeurs de société qui reconnaissent le masculin et le féminin. Les BRICS ont permis un gel du conflit frontalier de l’Himalaya entre la Chine et l’Inde. Ces deux pays ont reculé leurs troupes. L’Iran et l’Arabie saoudite mènent des manœuvres militaires conjointes. Pour les spécialistes du Moyen-Orient, la chose était inconcevable.

Ces développements diplomatiques sont pour la Russie une source d’influence. Ils sont dus à la compétence de fonctionnaires travaillant depuis plusieurs décennies sous les ordres du même ministre. Sergueï Viktorovitch Lavrov associe son pays à un regroupement planétaire dont le PIB dépasse celui du G7. Ce diplomate est en passe d’isoler l’Union européenne. Celle-ci, confrontée à la signature le 6 décembre 2024 du traité de libre-échange avec le Mercosur[37], doit gérer le mécontentement d’agriculteurs hostiles à l’importation de produit alimentaires et céréaliers ukrainiens ne respectant pas nos normes sanitaires.

Le souvenir, du bombardement de la Serbie en 1999 par les États-Unis hante les guerres d’Ukraine. L’annulation du premier tour des élections présidentielle en Roumanie[38] le 6 décembre 2024 par la Cour constitutionnelle empêche M Calin Georgescu, pro-russe opposé au maintien de la Roumanie dans l’OTAN, d’accéder au second tour. La condamnation par son challenger, madame Elena Lasconi, de cette décision constitutionnelle ouvre une crise politique. Dans les derniers sondages, Georgescu était crédité de 63% des voix le 8 décembre 2024. Ce séisme politique concerne la France qui dispose de troupes[39]au camp de Cincu.

La Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie – pays frontaliers de l’Ukraine – et la Serbie sont le théâtre d’évolutions hostiles au gouvernement de Kiev. La Moldavie, grâce à l’apport controversé des Moldaves de l’étranger, échappe de justesse à un gouvernement pro-russe. En Allemagne les élections partielles et la crise économique favorisent à droite comme à gauche un courant hostile à l’OTAN et à Kiev. La Géorgie souhaite une politique d’apaisement avec Moscou.

Le retrait partiel des États-Unis, renforce la tendance. Dans une Ukraine en paix, rien ne garantit un résultat électoral favorable à l’Union européenne. Le ressentiment gagne du terrain parmi la population. L’Occident est accusé de ne pas avoir été à la hauteur des promesses. L’image de la Russie s’améliore, malgré les cimetières qui s’étendent à perte de vue. La langue russe se parle à nouveau dans certains milieux. L’opposition à la guerre en France[40] affaiblit notre « soutien indéfectible » au gouvernement de Kiev. Pourquoi envoyer des jeunes Français mourir à la place des Ukrainiens, accueillis chez nous ?

Le 7 décembre 2024, à l’occasion de la réouverture de Notre Dame, Ursula Van der Layen était absente. C’est plus qu’un symbole. C’est un avertissement. L’Union européenne incapable de gagner la guerre commence à perdre une paix qu’elle n’a pas anticipée[41]. Sa dislocation devient une possibilité.

Intelligence économique et stratégique

Les guerres d’Ukraine obligent la France à voir le monde tel qu’il est. La proposition de loi du Sénat[42] du 25 mars 2021 portant sur une politique d’intelligence économique et stratégique, est une réponse à la hauteur de la menace. Il faut féliciter les sénateurs qui ont conçu un système innovant inspiré des actions de monsieur Alain Juillet, premier Haut responsable à l’Intelligence économique de 2003 à 2009. Les fondements doctrinaux, législatifs, réglementaires, existent. Il est inutile de refaire un énième rapport. Il faut passer à l’acte…Difficulté française.

Sans intelligence nationale il est impossible de lire et conduire la guerre économique[43] qui ne s’arrêtera jamais. Cette ambition, source de cohérence nationale, mobilise les élus, les chefs d’entreprises, les territoires, les métiers, les ingénieurs et les scientifiques. Elle nécessite une formation des dirigeants et des cadres aux éléments fondamentaux de la discipline.[44] Elle nous oblige à une réflexion sur les temps qui viennent. Des milliers de questions nécessiteront des réponses. En voici quelques-unes parmi une immensité :

– La Russie voudra-t-elle nous envahir ? En a-t-elle les moyens ? Le veut-elle ?

– Sommes-nous si appétissants ? Qu’avons-nous à part du charbon, du granit et de la neige l’hiver ? L’Europe occidentale a toujours été un continent pauvre…

– Quid de la Roumanie après l’annulation de la présidentielle ?

– Qui assumera la dette ukrainienne ?

– Quid de l’Ukraine dans l’Union européenne ?

– Quid des terrorismes nés de l’après-guerre ?

– Nos intérêts sont-ils compatibles avec ceux de l’Union européenne ?

– Une défense européenne est-elle crédible ?

– Nos « alliés » sont-ils nos alliés, nos « ennemis » sont-ils nos ennemis ?

– Comment rétablir nos positions en Afrique ?

– Quelles énergies pour demain ?

– Quelles valeurs compatibles avec celles des autres ?

– Pourquoi les autres ne pensent-ils pas comme nous ?

– Interactions entre le conflit ukrainien et celui du Moyen Orient ?

– Le Sud Global est déjà parmi nous, quelle approche ?

L’intelligence économique nationale travaille en collaboration avec les entreprises, car celles-ci sont déjà des intelligences économiques. La fiabilité des sources et la véracité de l’information sont prioritaires. Le présent article s’inspire à 90% de sources ouvertes facilement accessibles dont on trouvera une liste non exhaustive ci-dessous.

Beaucoup de médias ont traité le sujet conformément à la charte de Munich régissant la profession de journaliste et dont l’article premier stipule : « Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité ».

par Bernard BESSON* – Cf2R – TRIBUNE LIBRE N°172 / mars 2025

*Contrôleur général honoraire de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Ancien chef de cabinet du directeur central des Renseignements Généraux (DCRG) et du directeur de la Surveillance du territoire (DST), il a été chargé de mission auprès du Haut responsable pour l’intelligence économique (HRIE).
Bernard Besson est également directeur scientifique du Comité intelligence économique des Ingénieurs et scientifiques de France (IESF), membre de la Commission intelligence économique du MEDEF Ile-de-France et auteur de nombreux ouvrages consacré à l’intelligence économique et de thrillers géopolitiques dont l’un a obtenu le prix Edmond-Locard 2000 du roman noir en langue française.


Nota

Les analystes et les media dont les noms suivent ont été validés par les faits, la pertinence des commentaires, malgré des divergences d’opinions. Utiles pour comprendre la guerre, ils le sont pour anticiper l’après-guerre.

Idriss Aberkane, essayiste, Agence internationale de l’énergie, Frédéric Aigouy, journaliste, Brainlesspartisans X, Jacques Baud, analyste militaire, Espoir et Dignité, George Beebe, analyste, Bloomberg News, BFMTV.Cyril Gloagen, militaire-géopoliticien. Karine Bechet-Golovko, juriste, Anne-Laure Bonnel, journaliste, Fabien Bouglé, énergéticien. André Bercoff journaliste. Hervé Carresse analyste militaire, Tucker Carlson, journaliste, Régis de Castelnau, avocat. Consortium international des journalistes d’investigation, Eric Denécé, analyste, CF2R, CNEWS, Grillard Eric X. Dialogue franco-russe, Glenn Diesen, universitaire, Donbass insider, Diploweb, Sylvain Ferreira, historien, Chas W Freeman, analyste, JacquesFrèreX. Vladimir Fédorovski, écrivain, The Economist. FMI news, Fulguradvenit, Caroline Galactéros, géopolitologue, Géopolitique profonde, Géopragma, Charles Gave, économiste, Jacques Hogard, militaire, François Hollande ex-président. Intelligence online, Jean-Loup Izambert, écrivain, Alain Juillet, Sergueï Alexandrovitch Karaganov, politique, Olivier Kempf, militaire, Kyiv Post, Régis Le Sommier, journaliste. Le courrier des stratèges, Pascal Lottaz, universitaire, LCI, Ligne droite, Thierry Mariani, député, Dimitri Marckenko, militaire, Jack Matlock, diplomate, Le nouveau Conservateur. Mediazona, Viktor Medvedchuk, politicien, Alexander Mercouris, avocat, Angela Merkel, ex-chancelière. Military Summary Chanel. Nikola Mirkovic, écrivain, Arta Moeini, analyste Xavier Moreau, entrepreneur, Camille Moscow blogueuse, Omerta, Vasyl Muravytskyi, journaliste.Christelle Néant, journaliste, Open Box TV, New York Times, Victoria Nuland, ministre, Renard Paty, Jean-Pierre Petit, scientifique, Jean Bernard Pinatel, général, Politico, Piotr Olegovitch Tolstoï, député.  Markus Reisner, universitaire, Jeff Rich, analyste, Fabrice Ribère, analyste. Rand Corporation Scott Ritter analyste, Alexandre Robert analyste, Henri Roure, analyste militaire, RussiaToday Jeffrey Sachs, économiste, Jacques Sapir économiste, Sputnik, Sud Radio. TerciosdelsolX, Sanevox, Stratpol, Tocsin, Emmanuel Todd essayiste, SitRepInternational Reporter, TVlibertés, Veille stratégique, Dominique de Villepin, politique.


[1] La Défaite de l’Occident Emmanuel Todd, Gallimard janvier 2024. L’auteur qui avait prévu de manière détaillée et documentée la fin de l’empire communiste réitère l’exercice avec l’Occident et en particulier l’OTAN.

[2] CF. Liste des guerres des États-Unis (Wikipédia). Le bombardement de l’OTAN sur la Serbie en 1999 pendant 78 jours a marqué les esprits en Europe balkanique. Voir plus loin.

[3] Le Format Normandie est une discussion diplomatique impliquant quatre pays : Russie, Ukraine, Allemagne et France, visant à régler la guerre du Donbass. Cette configuration des rencontres diplomatiques à quatre pays a été adoptée pendant la guerre civile opposant de 2014 à 2022 l’armée ukrainienne aux deux républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk

[4] Dans un entretien au Kyiv Independent (12 décembre 2022), François Hollande a revendiqué que les accords de Minsk avaient amené la Russie sur le terrain diplomatique, laissant à l’armée de Kiev le temps de se renforcer. Un aveu contredisant les déclarations pacifiques d’alors.

[5] Guerre en Ukraine : après des pourparlers « substantiels » à Istanbul, Moscou promet de « réduire radicalement » son offensive vers Kiev (Le Monde 29 mars 20).

[6] Poutine et Zelensky “voulaient un cessez-le-feu” mais les négociations ont été rompues par les pays occidentaux a expliqu » Naftali Bennett (France soir, 6 février 2023).

[7] Site de Jean Pierre Petit. Le missile tiré le 21 novembre 2024 était un MRBM Oreshnik volant à Mach 10 (3km/s). Sur ce sujet on se réfèrera aux explications de Cyril Gloagen cité plus loin. Quant à Jean Pierre Petit sa connaissance intime du milieu scientifique russe en fait un expert également très écouté. Spécialiste des problèmes liés à l’hypervélocité, il traite de l’apparition de ces technologies dans l’industrie aérospatiale.

[8] La paternité de cette décision n’est pour l’instant pas clairement établie. La » profondeur » toute relative n’excède pas 300 km. Le tir fut d’une efficacité réduite : 5 missiles abattus, le 6edestabilisé. On peut dire que l’OTAN malgré ses fermes déclarations soutient l’Ukraine comme la corde soutient le pendu.

[9] 1962, roman de Bernard Besson, Odile Jacob, 2015. A cette époque déjà (crise des missiles de Cuba), les ambassadeurs des deux puissances jouèrent un rôle stratégique de premier plan. Aujourd’hui encore, des personnalités comme William Burns et Serguei Naryshkin qui se connaissent bien, reproduisent le dialogue de 1962, équilibre de la terreur oblige.

[10] Cyril Gloagen, « Portrait possible du missile russe Oreshnik », Diploweb, 8 décembre 2024. Ce spécialiste détaille longuement les défauts et qualités du missile, son histoire technologique.

[11] Les États-Unis retirent le porte-avions Eisenhower de la mer Rouge en raison de l’intensification des attaques des Houthis (Jade, 24 juin 2024).

[12] Site de Jean Pierre Petit.

[13] Le Russie revendique une première vente à l’export pour son nouveau chasseur Sukhoi Su-57. Le pays acheteur n’a pas été nommé mais il pourrait s’agir de l’Algérie ou de l’Iran (Frédéric Lert, Aéro Buzz, 18 novembre 2024). On écoutera avec intérêt l’analyse d’Hervé Carresse le 24 novembre 2024 sur TVL.

[14] Jacques Baud, L’Art de la guerre russe, Max Milo, 2023. Ancien expert militaire de l’ONU, r ex officier de renseignement suisse, il a travaillé en Ukraine et en Russie dans le cadre du Format Normandie. Ses analyses de terrain ont été confirmées par les faits à de nombreuses reprises.

[15] Statista 202,3 Statista Research Department, 21 mai 2024.

[16] Dès 2026, la version F4 du Rafale de Dassault va utiliser l’IA pour désigner des cibles au sol

Après huit ans de travaux de recherche, Thales est parvenu à injecter une dose d’intelligence artificielle dans le pod Talios de la nouvelle version du Rafale. Cet équipement sert à la reconnaissance des objets et à la désignation laser. Cette innovation va équiper la future version F4 du chasseur-bombardier français, prévue pour 2026 (L’Usine Digitale, IA Insider, 10 décembre 2026)

[17] Yves Pagot, « Les déboires du programme F-35 ou le paradoxe de Zénon », Aviation militaire, août 2018.

[18] Sergueï Vladimirovitch Sourovikine concepteur et réalisateur d’une « défense active », un des vainqueurs de cette guerre.

[19] Confidence d’un engagé français dans la Légioni ayant combattu du côté ukrainien. Cette relation est confirmée par le grand reporter Régis le Sommier sur la chaîne Omerta. Celui-ci a passé plusieurs semaines des deux côtés du front notamment dans le saillant de Soudja. Où il a fréquenté les « dronistes ».

[20]  Harold Thibault, Le Monde,4 décembre 2024 La Chine a annoncé, mardi 3 décembre, bloquer ses exportations de certains métaux stratégiques vers les États-Unis, au lendemain de nouvelles restrictions américaines à son encontre, dans une accélération de la guerre technologique entre les deux premières puissances de la planète. Le ministère du commerce chinois, accusant Washington d’avoir « politisé les questions commerciales et technologiques », explique dans un communiqué qu’il ne délivrera plus de licences d’exportation de gallium, de germanium, d’antimoine et d’autres matériaux vers les États-Unis dès lors qu’ils peuvent avoir un double usage civil et militaire.

[21] Des centaines de milliers de jeunes ukrainiens ont fui leur pays dès 2014 pour rejoindre les États-Unis, l’Union européenne ou la Russie. L’armée de Kiev manque cruellement d’hommes. L’argument, repris par des officiers américains, pèse dans la politique de retrait des États-Unis. Côté russe, des centaines de volontaires affluent chaque jour, motivés par des primes, de bons salaires et un patriotisme évident.

[22] Elise Vincent, Alexandre Piquard et Cédric Pietralunga Le Monde, 15 décembre 2022

[23] Securityhttps://waterfall-security.com/guides/nis2 NIS2 Directive Guide NIS2 Compliance Guide

[24] Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (https://cyber.gouv.fr). Clé de voute de la souveraineté numérique française, l’Agence mettra en œuvre les recommandations de NIS2. Les esprits critiques pour ne pas dire chagrins, remarqueront que l’Europe réglemente, la Fédération de Russie agit, les États-Unis achètent…

[25] Association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l’information (https://www.arcsi.fr). La cybersécurité est également enseignée à l’Ecole européenne d’intelligence économique de Versailles (EEIE).

[26] « Ransomware : le groupe pro-russe Conti pratique volontiers un terrorisme numérique », Le Monde Informatique(https://www.lemondeinformatique.fr/ac).

[27] Gérard Berry, ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur général du corps des Mines, membre de l’Académie des sciences, de l’Académie des technologies est titulaire de la médaille d’or du CNRS qu’il a reçue en 2014. Il est professeur émérite (au mérite) au Collège de France, ex-chaire Algorithmes, machines et langages (Gérard Berry Le Temps vu autrement, Odile jacob, 2025).

[28] Odile Jacob, 2017.

[29] D’après sa théorie du Heartland, il estime que pour dominer le monde, il faut tenir la plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale, qui rayonne sur la mer Méditerranée, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et la Chine.

[30] « Le rapport de la Rand Corporation pour déstabiliser la Russie », 31 octobre 2022 (https://www.francesoir.fr/politique-monde/le-rapport-de-la-rand). La Rand Corporation semble quelque peu embarrassée par ces preuves qui montrent que les États-Unis ont cherché à déstabiliser la Russie.

[31] Alors que l’enquête de la police allemande avance à petits pas, le flou demeure sur les commanditaires du sabotage des gazoducs Nord Stream survenu il y a deux ans. Les actionnaires européens et leur partenaire russe Gazprom restent dans le noir (Intelligence online, 05/12/2024). Ce média laisse clairement entendre que tout est fait pour masquer les preuves…Cette affaire marque les esprits en Allemagne ; elle jouera un rôle dans les évolutions politiques du pays.

[32] Seymour Hersh, “How America Took Out The Nord Stream Pipeline”, (https://seymourhersh.substack.com/p/how-amer). L’auteur très connu outre-Atlantique pour son sérieux, avoue ne pas apporter de preuve évidente. Mais la thèse qui accuse les Russes ou les Ukrainiens ne prouve rien non plus.

[33] Teorija Reshenija Izobretateliskih Zadatch (Теория Решения Изобретательских Задач – ТРИЗ).

[34] L’utilisation de GPS sur de vielles bombes héritées de la Seconde Guerre mondiale en est un exemple.

[35] Sommet des BRICS : 24 dirigeants étrangers et le secrétaire général de l’ONU attendus en Russie. Ce sommet revêt une importance particulière pour la Russie, qui y voit l’opportunité de briser son isolement diplomatique consécutif au conflit en Ukraine (i24News, Kazan Russian Federation, 23 october 2024).

[36] La blockchain est une technologie numérique de stockage et de transmission d’informations sans autorité centrale. Elle fonctionne comme une base de données sécurisée par des moyens cryptographiques, répertoriant les transactions dans un ordre chronologique. La validation et l’authentification des transactions se font par un réseau décentralisé et de pair à pair, sans intermédiaire ou tiers de confiance. La blockchain permet de minimiser les coûts et les retards liés à l’utilisation d’intermédiaires tiers pour les transactions financières.

[37] « L’UE et le Mercosur annoncent avoir conclu les négociations pour un accord de libre-échange », Africanews.

[38] https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/06/roumanie.

[39] Ministère des Armées, 12 juillet 2022. Depuis le début de la guerre en Ukraine, 800 soldats français sont déployés en Roumanie pour consolider la défense du flanc Est de l’Europe.

[40] « Sondage : 68% des Français opposés à une intervention militaire » (www.cnews.fr/france/2024-11-28).

[41]« L’ancien chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dans une interview au journal El Diario le 11 décembre 2024, reconnait que les sanctions économiques de l’Union européenne ont été rendues inefficaces du fait de la solidarité des BRICS. Il s’interroge également sur la capacité de l’Union européenne à remplacer l’effort militaire américain si celui-ci s’arrête.

[42] Proposition de loi, Texte n° 489 (2020-2021) de Mme Marie-Noëlle Lienemann, M. Fabien Gay et plusieurs de leurs collègues, déposé au Sénat le 25 mars 2021

[43] Bernard Besson,4 mai 2022 (https://www.diploweb.com/Ukraine-Comment-lire-et-conduire-la-guerre). L’auteur du présent article approuvait la nécessité d’arrêter cette guerre par la négociation comme lors des rencontres diplomatiques du format Normandie. La nation ukrainienne a été brisée par ce conflit. Lorsque les pertes humaines seront comptabilisées de part et d’autre, l’Europe et la Russie prendront conscience d’une faillite morale et politique sans précédent depuis 1945.

[44] https://www.iesf.fr/752_p_43175/comite-intelligence-economique. Le MOOC-IESF-UNIT sur l’intelligence économique propose des outils pédagogiques, une certification des personnels, une évaluation de l’intelligence économique déjà présente à partir du TEST 1000 et un Questionnement stratégique. Cet enseignement en ligne s’appuie sur les retours d’expérience en France et dans le monde de nos ingénieurs confrontés à la concurrence loyale autant qu’à la guerre économique. Ce programme est supporté par L’Université numérique ingénierie et technologie (UNIT) qui est l’une des sept universités numériques thématiques nationales (UNT) créées à l’initiative d’universités, de grandes écoles et du ministère chargé de l’Enseignement supérieur. Le badge IESF-MOOC -UNIT certifie les compétences de celui ou celle qui obtient une moyenne de 14/20 en répondant au Quiz du MOOC intelligence économique. Il n’est d’ailleurs pas interdit d’obtenir 20/20…

«Immaturité» des engagés, sanctions trop faibles : un rapport pointe les causes des désertions en hausse dans l’Armée de terre

«Immaturité» des engagés, sanctions trop faibles : un rapport pointe les causes des désertions en hausse dans l’Armée de terre

Publié le 19 mars dernier, ce rapport parlementaire énumère les multiples raisons de cette augmentation et dresse des pistes pour endiguer le phénomène.

Les chiffres sont là, implacables. Il ne reste qu’à les comprendre. Les désertions au sein des personnels militaires de l’armée de terre sont en forte hausse depuis 2022, d’après un rapport parlementaire publié le 19 mars dernier par l’Assemblée nationale, rédigé par les députés Loïc Kervran (Horizons) et Caroline Colombier (RN), et intitulé «recrutement et fidélisation : gagner la bataille des ressources humaines du ministère des Armées» .

D’après les chiffres transmis par l’État-major des armées, il y a eu 1485 désertions en 2022, soit une hausse de 56% par rapport à l’année précédente. Ils étaient 1253 en 2023, soit un chiffre en légère baisse qui correspond toutefois à une augmentation de 31% par rapport à 2021. Avant 2022, les chiffres étaient globalement stables, avoisinant les 900 départs par an, avec une baisse notable en 2020, du fait de la crise du Covid.

Des raisons multiples

Selon l’article L321-2 du Code de justice militaire, un militaire est déclaré déserteur s’il «s’évade, s’absente sans autorisation, refuse de rejoindre sa formation de rattachement ou ne s’y présente pas», sur le sol français ou à l’étranger, ou s’il ne se présente pas au départ d’une mission se déroulant à l’extérieur du territoire national. La désertion est constatée 7 jours après l’absence, et punie de 5 à 10 ans d’emprisonnement, en vertu de l’article 698 du Code de procédure pénale. Le statut de déserteur concerne seulement les personnels militaires du ministère des Armées.

Le rapport pointe trois facteurs principaux : le premier fut la guerre en Ukraine, qui a eu pour conséquence le départ de 85 légionnaires d’origine ukrainienne pour leur pays. Traditionnellement, et officieusement, ces départs sont tolérés par l’encadrement lorsque les légionnaires ressortissants d’un pays en guerre repartent chez eux pour se battre. Ça s’était produit dans les Balkans, et presque à chaque conflit. Même si elles sont comptabilisées comme telles, ce ne sont pas des désertions comme les autres.

Les deux autres facteurs principaux sont la sortie de la crise du Covid, avec un «effet de rattrapage des départs», et la «période de plein-emploi» qui a entraîné une hausse des départs alimentée par les réformes et les radiations disciplinaires.

Le texte relève d’autres facteurs de désertion, comme les «incertitudes et versatilités professionnelles  des jeunes actifs» et, plus largement, «un problème d’adaptation à la vie militaire et d’acceptation des singularités et contraintes de cet engagement». Il y aurait une part «d’immaturité toujours difficile à modéliser», liée à la difficulté pour certains engagés de respecter leur contrat jusqu’au bout.

À cela s’ajoute une justice trop peu répressive. «Les peines prononcées sont des peines assorties d’un sursis simple allant de 15 jours à 6 mois, voire par un classement sans suite» affirme le texte. Les sanctions ne seraient donc pas assez dissuasives pour endiguer les défections. «La section AC3 du Parquet de Paris – affaires militaires et atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation – classe systématiquement sans suite», déplore-t-il.

Lutter contre la désertion, fidéliser les personnels

Les armées ont récemment développé des mesures pour lutter contre le phénomène, notamment «la création d’alternatives au recours à la désertion ou à l’absentéisme sous couvert médical», une individualisation du parcours à travers la prise en compte des ambitions personnelles, ainsi que la valorisation des parcours des militaires du rang. 

Dans une perspective plus large, le texte rappelle que l’objectif est d’améliorer le bien-être des personnels, militaires et civils. Le programme «Fidélisation 360», annoncé en mars 2024 par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, a pour objectif, comme l’indique son nom, de «fidéliser les effectifs, militaires et civils», à travers cinq mesures principales. Entre autres, l’aide à la mobilité familiale et la mutation, l’accès à des prêts immobiliers à des taux avantageux, ou encore l’intégration de primes dans le calcul des droits à pension à partir de 2026. En conclusion, le rapport énumère douze recommandations pour accroître la fidélisation. Il conseille par exemple de doter chaque département d’un CIRFA commun aux trois armées (centres de recrutement, ndlr), de veiller à l’exécution des mesures de revalorisation des rémunérations, ou encore de permettre aux régiments de recruter directement les candidats qui souhaitent les rejoindre.

Ces mesures sont à comprendre en lien avec les aspirations affichées par la Loi de programmation militaire 2024-2030, qui souhaite porter le budget consacré à la Défense à 67 milliards d’euros en 2030, soit 16,5 milliards de plus que ce que prévoit le budget de 2025. Le ministère des Armées ambitionne d’augmenter ses effectifs de 6.000 hommes en six ans, en plus de son objectif d’atteindre le seuil de 80.000 réservistes.

OPINION. Brasser du vent ou défendre l’Europe ?

OPINION. Brasser du vent ou défendre l’Europe ?

Deux programmes d’équipement gigantesques sont jugés nécessaires en Europe. L’un porte sur la décarbonation, l’autre porte sur un renforcement rapide et massif des armées et de leur équipement. Ces programmes, qui demanderont chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires, sont financièrement incompatibles. Par Philippe Roger, Ingénieur Général de l’Armement hors classe (2S).

« La défection au moins partielle des Etats-Unis et l'observation des techniques de combat en Ukraine créent des besoins très importants, qui viennent s'ajouter à l'énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies passées » (Philippe Roger, Ingénieur Général de l’Armement hors classe 2S)

« La défection au moins partielle des États-Unis et l’observation des techniques de combat en Ukraine créent des besoins très importants, qui viennent s’ajouter à l’énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies…DR

Deux programmes d’équipement gigantesques sont jugés nécessaires en Europe : l’un porte sur la décarbonation, à travers des éoliennes et des parcs photovoltaïques, et, entre autres, des subventions aux véhicules électriques et à l’isolation des bâtiments. L’autre porte sur un renforcement rapide et massif des Armées et de leur équipement. Ces programmes, qui demanderont chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires, sont financièrement incompatibles.

En tous cas en France où on ne veut pas toucher à la durée du travail, et à l’âge de la retraite, et où on ne peut plus emprunter aux frais de nos enfants. Et où, comme ailleurs, on s’approche d’un gouffre de dépenses de santé lié au vieillissement de la population. Quels sont actuellement l’utilité et les conséquences industrielles de ces deux programmes ?

Décarbonation, une vertu qui a un prix colossal

L’intérêt de principe du programme de décarbonation n’est contesté que par des scientifiques, que le GIEC fait déclarer hérétiques. Leurs arguments sur les causes non-anthropiques de l’augmentation du taux de CO2, sur le fait que cette augmentation suit, au lieu de la précéder, l’augmentation des températures, sur le rôle dominant de la vapeur d’eau dans la régulation des températures, sur l’existence et la saturation, s’il existe, de l’effet de serre, voire sur l’influence négligeable du taux de CO2 sur l’évolution des climats, ne parviennent pas à être mieux publiés et discutés que ceux de Galilée en son temps.

Rejetons ces hérétiques dans les ténèbres extérieures, puisqu’on ne peut les mettre au bûcher, où ils dégageraient exprès du CO2. En revanche, le rythme retenu, pour des motifs politiques purs, au niveau français comme au niveau européen, pour nos actions de décarbonation, de la quasi-neutralité carbone en Europe en 2050 à la suppression des véhicules thermiques en 2035, peut et doit être contesté sans risquer le bûcher. On peut à bon droit le considérer comme infondé et suicidaire.

Infondé, car l’objectif de CO2 visé pour l’Europe ne ferait gagner que 0,014 degrés sur la température finale « moyenne » de la Terre, d’après les formules mêmes du GIEC, la part de l’Europe dans les émissions « fossiles » du monde étant de 7,2% du total mondial. Pendant ce temps, les 92,8 % restants semblent ne faire l’objet que d’efforts minimes, et l’idée selon laquelle le concours de vertu publique des COP va obliger le reste du monde à se repentir et à nous imiter ne tient pas plus la route que celle qui voit la France, lumière du monde, imposer par son exemple la paix, la laïcité, ou l’égalité hommes-femmes, au reste du monde béat d’admiration. Pour la France, qui pèse 10% du total européen d’émissions, donc 0,72% du total mondial, l’objectif visé amènerait à gagner 0,0014 degrés, soit une quantité imperceptible pour le commun des mortels, qui supporte allégrement 15 degrés d’amplitude diurne, comme pour la Planète, qui en a vu d’autres.

Suicidaire, car il accélère le remplacement des produits de notre industrie par des importations, et l’exode de nos capitaux pour construire des usines ailleurs. Ce d’autant que notre industrie et notre agriculture sont déjà extrêmement affaiblies, victimes depuis longtemps de décisions politiques dépourvues de toute base scientifique, limitation du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2035, arrêt des réacteurs surgénérateurs, refus de tout OGM, refus du glyphosate, interdiction de la prospection d’hydrocarbures, menace permanente de l’obscurantiste mais constitutionnel-principe-de-précaution, et j’en passe.

La fureur déconstructrice ne s’est pas donnée libre cours que dans la philosophie et l’Éducation Nationale. C’est à ce rythme dément qu’il faut maintenant s’attaquer. Les objectifs retenus à Bruxelles de façon uniforme pour tous les États membres,sans tenir compte en rien des investissements que nous avons faits pendant des années sur la production nucléaire d’électricité, doivent être révisés très fortement à la baisse, et les dates arbitrairement fixées pour les atteindre doivent être reculées, pour tenir compte du rythme de la décarbonation en Chine, en Inde, et aux États-Unis.

Il est ridicule de détruire nos industries sans effet notable sur les émissions mondiales de CO2, qui ne dépendent en pratique, vu la désindustrialisation européenne, et vu les efforts déjà faits en France, que de la politique de nos lointains concurrents, qui se moquent de notre vertu comme de leur première centrale à charbon.

Parmi les outils que nous employons pour tenir ce rythme, il faut prêter une attention particulière à la production éolienne et solaire. Le nucléaire constitue environ les trois-quarts de la production électrique française. Pour le réduire à 50%, c’est environ le tiers de sa production qui devra donc, vers une date qui a aujourd’hui été fixée à 2035, avoir été remplacé par une électricité qui ne pourra pratiquement être que de l’éolien et du solaire, seuls moyens décarbonés disposant du potentiel de croissance nécessaire. D’où, pour être à ce rendez-vous, leur développement à marche forcée actuel.

Mais, n’étant pas pilotables du fait de leur intermittence, on ne peut compter sur eux : ils ne permettent pas de fermer des réacteurs nucléaires, sauf à mettre en service au fur et à mesure, comme l’Allemagne, des centrales thermiques de puissance équivalente. D’où la décision, début 2022, de prolonger la durée de vie des réacteurs du parc actuel jusqu’à au moins 60 ans, ce qui, au vu de ce qui se fait dans le monde, ne devrait pas poser de problème majeur, et reporter vers 2040 les premières fermetures. En définitive, du fait que l’on a attribué à l’éolien et au solaire la priorité d’injection sur le réseau, en particulier par rapport au nucléaire, le seul résultat de leur croissance est une diminution équivalente de la production du parc nucléaire. Non seulement cela ne réduit pas les émissions de CO2, et au contraire les augmente en Chine, mais c’est un véritable non-sens économique et technique.

Il résulte en outre de cette priorité d’injection, qui équivaut pratiquement à une garantie d’achat, et de ce qu’ils disposent d’un prix de vente garanti pour 20 ans très incitatif, et toujours très supérieur à celui du nucléaire qu’ils remplacent, d’une part une explosion des factures d’électricité des particuliers et des industriels et, d’autre part, qu’ils sont une affaire extraordinaire pour leurs opérateurs. De plus leur dispersion géographique (moindre pour les éoliennes marines, qui présentent plus d’intérêt) oblige à construire ab nihilo un maillage serré de lignes électriques ; rien que pour ce bouleversement du réseau, on pense devoir investir 100 milliards, rien qu’en France.

Il faut ajouter que l’injection forcée d’électricité intermittente amène fréquemment, pour ne pas dépasser le niveau de la consommation, à réduire puis remettre à niveau la puissance de nos centrales nucléaires. Ces cycles vont en fatiguer les éléments, en réduire la durée de vie, en augmenter les coûts de maintenance. Comme aucun pays n’a utilisé ainsi ses réacteurs pour compenser des variations rapides d’une production massive d’énergie éolienne et photovoltaïque, on ne dispose d’aucun retour d’expérience sur ce mode de fonctionnement inquiétant.

On détruit aujourd’hui à tour de bras le bénéfice des sages investissements faits autrefois dans la production d’électricité nucléaire. On marche sur la tête ! Faut-il, pour gagner le concours de vertu auquel nous, Européens, sommes les seuls à vouloir participer, continuer des politiques suicidaires, dont la base lointaine a été électoraliste, pour nous trouver faute d’armes aux mains d’occupants dont les élections ne seront pas le premier souci ?

Comment financer le réarmement en Europe

Le programme de réarmement européen est lancé maintenant depuis trois ans et nous avons pu doubler ou tripler nos cadences de production d’armes, au profit de l’Ukraine, mais aussi pour commencer à nous remettre à niveau. Mais « la défection au moins partielle des Etats-Unis, et l’observation des techniques de combat en Ukraine, créent des besoins très importants, qui viennent s’ajouter à l’énorme besoin de rattrapage des effets du sous-financement chronique des décennies passées. Or, ce n’est pas à Bruxelles que l’on trouvera les financements nécessaires, car les centaines de milliards évoquées par la Commission ne sont que des autorisations d’endettement des États, dont nous ne sommes plus en état de profiter. »

L’appel actuellement fait à l’épargne privée ne répond qu’à la marge à la question. En effet, nul industriel ne va voir son banquier pour lui demander de financer la production en série d’armes, s’il n’y a pas de perspective, et même de quasi-certitude, d’obtenir des contrats. Or ces contrats ne peuvent venir que des États, seuls clients, États qui engagent des crédits budgétaires.

A fortiori, on ne peut demander à emprunter pour le développement de nouveaux matériels complexes, car le risque technique et l’impossibilité de prédire si l’on trouvera un client rendent impossible la spéculation, tant pour l’industriel que pour le banquier. En particulier, emprunter de quoi développer en spéculation un matériel complexe destiné uniquement à l’export serait une folie financière, du fait du montant à engager et du fait que les clients étrangers ne veulent pas d’armes que les Armées du pays fabricant n’ont pas mises en service.

Cet appel aux banquiers, et à l’épargne privée, ne doit être envisagé, à mon sens, que pour alimenter des fonds de roulement, et préfinancer une partie des outillages, et pour faire crédit aux clients export, et uniquement pour des armes dont la production est déjà sous contrat ou va l’être sous peu. Certes, ce n’est pas rien, mais le flux financier du réarmement restera, à mon avis pour 80 à 90%, budgétaire. La modification des pratiques des banquiers, lancés eux aussi, jusqu’à aujourd’hui, dans un concours de vertu autoproclamée, aura toutefois un petit intérêt psychologique pour les acteurs de l’armement, ces pelés, ces galeux, dont nous venait tout le mal.

C’est pourquoi il faut maintenant s’attaquer à une au moins des vaches sacrées budgétaires qui paissent sur nos impôts et nos emprunts, et génèrent, outre du méthane à effet de serre, des dettes. Et, comme aurait pu le dire le regretté Professeur Choron, le premier qui dit qu’il ne s’agit pas de vaches mais de danseuses a perdu. Commençons donc par les énergies intermittentes terrestres, cela soulagera nos centrales, nos finances et notre balance commerciale, et cela réduira les émissions de CO2 de la Chine, quoi de plus vertueux ?

Mais les crédits budgétaires ainsi réorientés, quel serait leur effet ? Ils fourniront de la sécurité par une production accrue des produits déjà développés de l’industrie française existante, donc sans obérer notre autonomie stratégique comme le feraient des achats d’armes hors d’Europe, et bien sûr sans effet négatif sur notre balance commerciale. Certains de ces produits résultent d’une coopération bilatérale comme le missile SCALP ou le missile anti-aérien Aster, ou multilatérale comme l’avion de transport A400M ou l’avion ravitailleur MRTT, et produiront les mêmes effets dans les pays participants.

Ils auront un effet important sur l’industrie et sur les recettes de l’État qui en proviennent, même si ce n’est pas leur objectif premier. C’est autre chose que de brasser du vent avec du CO2 importé de Chine, pour continuer sur un chemin tracé il y a longtemps pour ramasser des voix. Ces crédits financeront aussi la recherche et le développement (R&D), si possible en coopération européenne, d’armes plus évoluées, qui seront nécessaires dans une dizaine d’années ou plus. Et le développement rapide des systèmes plus simples dont la nécessité est apparue en Ukraine, et qui n’ont pas besoin de passer par la complexification et les retards qu’entraîne nécessairement la définition d’un besoin et d’un produit communs à plusieurs pays.

C’est dans ce domaine de la R&D, donc du long terme, que les propositions d’abondement des crédits nationaux par des crédits européens, présentées par la Commission pour favoriser les développements en coopération, ont leur intérêt, mais il ne faut pas oublier que le budget européen est soumis comme les budgets nationaux à la nécessité d’arbitrages, et qu’il faudrait là sacrifier plutôt des mammouths sacrés que des vaches. Vaste programme !

Si les dépenses à faire en France vont fournir de la sécurité et, accessoirement, de l’activité ne nécessitant pas d’importations, c’est que l’industrie française, créée pour l’État et sur son budget, dispose des types de matériels dont on veut accélérer la production, et des bureaux d’études compétents pour s’attaquer aux sujets nouveaux, tels que les lacunes capacitaires listées par l’OTAN et par l’Agence Européenne de Défense (par exemple missiles de croisière à grande portée, défense antimissiles élargie, Intelligence artificielle du champ de bataille, connectivité spatiale).

Tout cela résulte de la politique d’autonomie stratégique menée avec continuité pour l’État par la Direction générale de l’armement (DGA) depuis les années soixante, principalement au profit des forces de dissuasion, avec le CEA/DAM, politique qui a aussi porté par entraînement toute l’industrie des armements conventionnels au meilleur niveau. La France a su mener des programmes d’armement sans attache étrangère autre que celles des coopérations européennes qu’elle a décidées et organisées. Elle dispose avec la DGA et son industrie d’outils sans équivalents en Europe.

En Allemagne, en Pologne, en Italie, en Espagne, et bien sûr en Ukraine, il existe des organisations et une industrie de même nature, qui pour l’instant sont dans beaucoup de secteurs techniques moins développées, et souvent orientées vers l’achat ou la production sous licence de systèmes américains. C’est ce qui fait, au fond, la difficulté des coopérations européennes, quand chacun essaye d’acquérir chez son voisin des compétences nouvelles au lieu de se contenter d’apporter ce qu’il sait déjà faire.

Cette difficulté est moins forte avec la Grande-Bretagne, qui est à parité technique avec nous dans beaucoup de domaines, et qui, pour l’instant, est la seule à partager avec nous une doctrine d’emploi de la force. L’exclure du mouvement de réarmement serait une profonde erreur. Ces pays vont comme nous augmenter la production des armes déjà développées, et, pour l’avenir, il faut espérer qu’ils privilégieront les coopérations européennes, et les achats en Europe, dans le champ actuellement occupé par les importations de matériels américains. La Commission veut s’employer à les en convaincre.On peut donc considérer que nous avons ce qu’il faut, en France et ailleurs en Europe, pour remettre nos armes au niveau nécessaire, mais il y faut un peu de temps. Et beaucoup d’argent. Trouvons-le !

Que faire ?

Il faut, pendant une bonne dizaine d’années, mettre bas celles des armes dirigées contre le gaz carbonique qui sont inutiles et dommageables, pour construire plus rapidement les armes nécessaires à notre survie et à celle de l’Europe, et étoffer nos armées. Cela s’impose à nous comme aux autres Européens. Si, dans dix ans, nous avons survécu, et recréé les conditions matérielles de la paix, nous pourrons à loisir reprendre l’importation à bride abattue de parcs de moulins à vent et de panneaux solaires. Et en finir avec les restes de notre industrie et de notre agriculture, aux applaudissements de nos concurrents et fournisseurs chinois et américains, dont les dégagements de CO2 pourront ainsi croître et embellir. Mais, d’ici là, moins de moulins à vent, plus de canons !

Deux dates importantes pour l’Armée de l’Air et de l’Espace

Deux dates importantes pour l’Armée de l’Air et de l’Espace


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 18 mars dernier, le président de la République était sur la base aérienne 116 de Luxeuil-saint-Sauveur, en Haute-Saône pour annoncer un investissement de 1,5 milliard d’euro en vue de préparer le déploiement du futur missile nucléaire hypersonique français ASN4G en 2035

Le 25  mars, l’AAE  lançait sa première opération Poker de l’année 2025. L’opération a pour objectif de recréer, de jour ou de nuit, un raid nucléaire complet (ravitailleurs, Rafale B porteurs de maquettes d’ASMP-A, Rafale et Mirage d’escorte,…), devant pénétrer un espace aérien défendu par une force aérienne ennemie et des batteries antiaériennes ennemies

L’ASN4NG

Le missile nucléaire ASN4G sera déployé à Luxeuil sur Rafale B F5.

C’est d’abord le sauvetage de cette base et un soutien économique majeur pour ce bout de Haute-Saône. La base aérienne 116 de Luxeuil, régulièrement menacée de fermeture depuis 2011 va retrouver un rôle de premier plan  avec la mise en service du missile air-sol nucléaire de 4e génération (ASN4G) à compter de 2035.

L’ASN4G est développé par MBDA et l’ONERA depuis 2014. Il doit devenir la « figure du renouvellement entamé de la modernisation de notre dissuasion nucléaire », a assuré mardi le chef de l’Etat .

Ce missile, porté par la version F5 du Rafale, embarquera une tête nucléaire aéroportée. Il sera capable d’évoluer à une vitesse supérieure à Mach 5 et serait doté d’une très grande manœuvrabilité.

Les missiles hypersoniques

L’objectif de ces armes,  à ce jour très peu répandues dans le monde, est de « déjouer les défenses antimissiles adverses, de plus en plus sophistiquées », explique Etienne Marcuz, spécialiste des questions nucléaires

Un missile hypersonique, « c’est un missile ayant la capacité à la fois de voler à vitesse hypersonique [Mach 5 et plus, c’est-à-dire au moins 6.100 km/h] et de manœuvrer à cette vitesse », insiste -t-il. «Toutes les armes balistiques, comme le M51 [missile mer-sol balistique équipant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, l’autre composante de la dissuasion nucléaire française], se déplacent à vitesse hypersonique, mais elles ne manœuvrent pas à cette vitesse. C’est là que se situe toute la différence. »

La manœuvrabilité de l’arme hypersonique permet de lui faire effectuer des mouvements, notamment des virages à très grande vitesse pour le rendre ininterceptable.  » il faut déjouer les défenses adverses antimissiles, de plus en plus sophistiquées« .

L‘ASN4NG

Il est a priori acquis que le missile ASN4G dépassera la vitesse Mach 5; il pourrait même selon certains spécialistes atteindre Mach 6 ou 7, soit entre 7.400 et 8.600 km/h. Il sera également doté d’une grande manœuvrabilité. Sa portée devrait être de plus de 1.000 kilomètres. Il doublerait ainsi celle de l’ASMPA, ce qui permettra de le tirer de plus loin, et de moins exposer l’appareil et l’équipage qui le portent.

Les pays maitrisant cette technologie

Le Kinjal russe  a une vitesse  hypersonique, mais sa capacité de manœuvre reste limitée. Les Russes entretiennent le flou sur cette question

Les Iraniens ont annoncé avoir tiré des missiles hypersoniques « Fattah »contre Israël, le 1er octobre 2024. La plupart ont été interceptés par les systèmes de défense israéliens car ces missiles n’effectuent que de légères manœuvres, insuffisantes pour les qualifier d’hypersoniques.

Selon Etienne Marcuz, les USA « n’ont pas encore démontré qu’ils arrivaient à faire quelque chose de véritablement concluant avec leurs armes hypersoniques. »

La Chine  avec le DF-17, qui pourrait voler à Mach 10, serait le seul pays assurément en possession d’une arme hypersonique. Selon le spécialiste, «…les Chinois sont véritablement les seuls à pouvoir prétendre détenir une arme hypersonique, sachant qu’ils travaillent dessus depuis très longtemps.» Avant d’ajouter «…en réalité, il n’existe aucune information, non classifiée.... »

La France : le rappel ci-dessus permet de comprendre l’importance stratégique que représentera le missile hypersonique. « la France est excellente dans la conception de missiles, soutient Etienne Marcuz. Le missile de croisière ASMPA, qui va à des vitesses de Mach 3, Mach 4, est déjà un bijou de technologie. C’est donc tout à fait crédible pour la France d’arriver à mettre au point un système hypersonique, même si la technologie est très différente de celle de l’ASMPA, puisque vous passez d’un statoréacteur à un superstatoréacteur [ou statoréacteur mixte, c’est-à-dire un moteur effectuant successivement une combustion subsonique et supersonique], ce qui est beaucoup plus complexe. »

Les défis

  • Le Rafale F5 attendu pour 2030-2035 embarquera le missile dont la masse et le poids sont bien supérieurs à l’ASMP actuel. LeRafale F5 Marine, armé de l’ASN4NG devra aussi être catapultable par un porte-avions.

Il pourra aussi être embarqué par le Scaf [Système de combat aérien du futur, qui prévoit la conception d’un nouvel avion de chasse entre la France, l’Allemagne, et l’Espagne], qui sera beaucoup plus gros.

  • Il reste à étudier l’adaptation de la TNA (tête nucléaire aéroportée) actuellement emportée par la cinquantaine de missiles ASMPA sur les missiles ASN4G. Les TNA sont des armes stratégiques d’une puissance maximale estimée à 300KT mais inférieure à une bordée de missiles M51 des SNLE. «L’ASN4G devrait rester l’armement privilégié  pour le tir d’ultime avertissement» explique Etienne Marcuz.
  • La base de Luxeuil devra être équipée de soutes à munitions spécifiques pour accueillir ces missiles nucléaires. « Il faudra par exemple très certainement y déployer des batteries de systèmes antiaériens et antimissiles » rappelle Etienne Marcuz.

POKER 2025

L’opération

Ce 25 mars, la première opération Poker de l’année 2025 était lancée par les Forces Aériennes Stratégiques françaises (FAS).

L’opération Poker demande à l’Armée de l’Air et de l’Espace le déploiement d’un nombre important d’appareils : avions de combat, avions porteurs du missile nucléaire ASMP-A (maquette), ravitailleurs,

Elle  a pour objectif de recréer un raid nucléaire complet (ravitailleurs, Rafale B porteurs de maquettes d’ASMP-A, Rafale et Mirage d’escorte,…), devant pénétrer un espace aérien défendu par une force aérienne ennemie et des batteries antiaériennes ennemies. L’exercice engage de nombreux personnels, moyens et ressources de l’AAE  pour à la fois créer le raid en tant que tel mais aussi des avions de combat pour la force aérienne adverse ainsi qu’une batterie antiaérienne longue portée SAMP/T.

Sauf exception, c’est une opération totalement française.

L’hypothèse d’une participation européenne ?

Étienne Marcuz, chercheur auprès du FRS, émet une hypothèse intéressante : pourquoi ne pas inclure, lors de certaines opérations Poker, des avions de combat européens ?

Alors qu’un réel raid aérien stratégique français devrait réussir sans aide externe, ajouter des appareils alliés permettrait d’encore augmenter l’efficacité de cette opération. Cet argument prend de la consistance depuis l’arrivée de Donald Trump.

Pratiquement, ces appareils étrangers ne seraient bien évidemment pas porteurs d’ASMP-A mais pourraient en revanche ouvrir la voie au raid, donnant plus de poids aux avions d’escorte français ou encore créer une bulle de défense aérienne autour du raid.

Ces configurations ouvriraient une participation européenne à dissuasion française européenne tout en garantissant l’indépendance de la dissuasion nucléaire française.

GCA (2S) Robert MEILLE
Vice-président de l’ASAF
31/03/2025

Thales et l’armée française : un contrat militaire qui durera au moins 10 ans

Thales et l’armée française : un contrat militaire qui durera au moins 10 ans

L’armée française franchit un cap décisif dans sa préparation aux conflits futurs. En confiant à Thales un contrat logistique de dix ans, les forces armées optent pour une stratégie intégrée, réactive et durable, taillée pour les enjeux d’aujourd’hui comme ceux de demain.

par Jade Blachier – armees.com – Publié le
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thales-larmee-francaise-contrat-militaire-durera-10-ans | Armees.com

L’armée française franchit un cap décisif dans sa préparation aux conflits futurs. En confiant à Thales un contrat logistique de dix ans, les forces armées optent pour une stratégie intégrée, réactive et durable, taillée pour les enjeux d’aujourd’hui comme ceux de demain.

Le 26 mars 2025, Thales s’est vu confier par la SIMMT — la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres — un contrat d’envergure baptisé « ABSOLU ». D’une durée de dix ans, cet accord marque un tournant majeur dans la façon dont les forces françaises gèrent leur soutien logistique. En concentrant en un seul dispositif ce qui relevait jusqu’ici de plusieurs dizaines de contrats dispersés, l’armée entend gagner en efficacité, en rapidité et en résilience.

Un contrat stratégique pour transformer le soutien des armées

Le contrat ABSOLU, acronyme d’« Adaptation de Bout en bout du Soutien Opérationnel et de la Logistique Uniformisée », n’est pas un contrat de plus. Il constitue une réforme en profondeur du soutien aux équipements terrestres. L’idée est simple : rassembler près de trente contrats jusque-là gérés séparément en un dispositif unique, piloté par Thales. Une centralisation qui permet non seulement de simplifier les processus administratifs, mais surtout de rationaliser toute la chaîne de maintenance, du diagnostic à la remise en service.

Ce choix de cohérence est stratégique. Il répond à un constat partagé au sein des armées : face à l’intensification des menaces et à la complexité croissante des théâtres d’opérations, il devient impératif d’avoir des équipements disponibles rapidement, en état de marche, avec une capacité de projection renforcée. Le contrat ABSOLU permet précisément d’accélérer les cycles de réparation et de garantir une meilleure disponibilité opérationnelle des matériels.

Pourquoi Thales a été choisi : une expertise au service des forces

Si Thales a été retenu pour piloter ce contrat, ce n’est pas par hasard. Le groupe dispose d’un savoir-faire industriel éprouvé, d’une implantation nationale solide et d’une connaissance fine des besoins des armées françaises. En matière de soutien, Thales n’est pas un novice. Mais avec ABSOLU, le groupe passe à la vitesse supérieure.

L’industriel s’engage à mettre en place une organisation réactive et évolutive : création d’un centre de décision commun avec les autorités militaires pour fluidifier les arbitrages, sécurisation de stocks critiques sur plusieurs sites pour éviter les ruptures, et recours massif à la science des données pour anticiper les besoins en maintenance avant même qu’ils ne se manifestent sur le terrain.

C’est aussi un engagement fort pour la montée en puissance. En cas de crise ou de conflit de haute intensité, Thales s’engage à doubler ses capacités logistiques pour soutenir un volume de matériels bien supérieur à la normale, sans dégradation du service.

Ce que couvre le contrat : radios, réseaux et simulation

Le périmètre couvert par ABSOLU est aussi vaste que stratégique. Il inclut, dès son lancement, les postes radios de quatrième génération PR4G, essentiels pour les communications tactiques. Il englobe également les systèmes de radiocommunications longue portée Melchior, utilisés pour les échanges inter-théâtres. Enfin, il prend en charge les stations du programme ASTRIDE (Accès par satellite et par transmission hertzienne au réseau de zone), qui constituent le cœur du commandement déployé des forces françaises en opération.

À terme, le contrat a vocation à s’étendre à l’ensemble des équipements terrestres fournis par Thales, y compris les simulateurs de combat. Cela permettra une homogénéisation du suivi, une continuité logistique renforcée et une vision unifiée de l’état des parcs.

Une nouvelle arme logistique : l’économie circulaire militaire

L’un des aspects les plus novateurs du contrat réside dans l’intégration de l’économie circulaire au cœur du dispositif. Thales ne se contente pas de réparer. Le groupe développe des capacités de réutilisation des composants, de recyclage des matériaux critiques et de tri systématique des équipements en fin de cycle. Objectif : prolonger la durée de vie des systèmes, sécuriser les approvisionnements en matières rares et réduire l’empreinte écologique des opérations de soutien.

Concrètement, cela veut dire qu’une carte électronique révisée ou un châssis récupéré pourra être remis dans le circuit sans attendre une pièce neuve. Cela permet à la fois de gagner du temps, de faire des économies et de préserver les ressources. Une approche pragmatique et moderne, en phase avec les nouvelles contraintes de soutenabilité et les réalités des chaînes logistiques mondiales.