L’armée de Terre compte un nouveau régiment, dédié à la cyberdéfense

L’armée de Terre compte un nouveau régiment, dédié à la cyberdéfense


Au lendemain des attentats de janvier 2015, avec le lancement de l’opération Sentinelle et la décision de porter l’effectif de la Force opérationnelle terrestre [FOT] de 66 000 à 77 000 hommes, les régiments d’infanterie ont chacun été doté d’une cinquième compagnie de combat.

Seulement, sept ans plus tard, ces mêmes régiments ont dû se résoudre à dissoudre ces unités récemment créées… et donc retrouver un format à quatre compagnies.

« De nouvelles adaptations sont apparues nécessaires pour permettre à l’armée de Terre de conserver la supériorité opérationnelle dans la perspective d’engagements majeurs », avait alors expliqué le ministère des Armées, en 2022. Et de préciser : « Une partie des effectifs récemment attribués à la mêlée [sera] réorientée pour renforcer les états-majors de régiment et les capacités de numérisation et de simulation, densifier la maintenance aéronautique et terrestre, développer la capacité drone et affecter des moyens à la préparation opérationnelle, à la formation et à l’intégration des effets dans les champs immatériels ».

En clair, il s’agissait de faire en sorte que l’armée de Terre fût en mesure de renforcer ses capacités dans certains domaines sans augmenter ses effectifs. Cette orientation a depuis été confirmée dans son nouveau plan stratégique [« Une armée de Terre de combat »] qui, dévoilé en 2023, s’est notamment concrétisé par la création de quatre commandements « alpha », dont le Commandement de l’Appui Terrestre Numérique et Cyber [CATNC].

Ayant la responsabilité de la « manœuvre numérique et cyber », ce dernier s’appuie sur la Brigade d’Appui Numérique et Cyber [BANC], à laquelle sont notamment affiliés cinq régiments de transmissions [28e RT, 40e RT, 41e RT, 48e RT et 53e RT]. L’an passé, il était question de former, en 2025, un bataillon « cyber » en associant les 807e et 808e compagnie de transmissions [CTRS], la seconde devant alors être créée.

Finalement, ce n’est pas un bataillon mais un « régiment de cyberdéfense » qui vient de voir le jour. C’est en effet ce qu’a annoncé l’armée de Terre, le 24 janvier.

« Le régiment de cyberdéfense a vu le jour le 1er janvier 2025 à Saint-Jacques de la Lande [Ille-et-Vilaine, ndlr]. Cette création marque l’effort porté par l’armée de Terre […] dans les domaines du numérique et du cyber. Cette nouvelle unité prend appui sur la 807e CTRS et le bureau cyber de la brigade d’appui numérique et cyber », a-t-elle en effet expliqué.

Outre son état-major, ce nouveau régiment compte quatre unités spécialisées, à savoir la 1ère compagnie [ex-807e CTRS], dédiée à la lutte informatique défense [LID], la 2e compagnie [héritière de la 808e CTRS], spécialisée, entre autres, dans la lutte informatique adaptée aux systèmes d’armes [LID SCORPION], d’une compagnie de réserve chargée d’appuyer les entités du régiment et d’armer ses unités opérationnelles et d’un Centre technique cyber [CTC].

Ce dernier est constitué d’un centre opérationnel [SOC-TERRE], chargé de surveiller les systèmes numériques de l’armée de Terre, y compris en opérations extérieures, d’une cellule d’ingénierie pour la veille technologique, d’une section de cyberprotection et d’un groupe de soutien SIC.

Pour l’armée de Terre, ce régiment de cyberdéfense « concrétise la densification et la mise en cohérence des capacités de sécurité numérique de la Force opérationnelle terrestre ».

Photo : Ministère des Armées

Le Sommet international des troupes de montagne : une première mondiale prometteuse (II de II)

Le Sommet international des troupes de montagne : une première mondiale prometteuse (II de II)


Par Murielle Delaporte – Pour la première fois dans l’histoire des salons militaires, un « sommet international » dédié aux communautés des troupes de montagne et du combat en milieu grand froid va voir le jour les 12 et 13 février prochains au parc évènementiel de Grenoble Alpexpo.

Né d’un partenariat entre le COGES, puissance organisatrice, d’une part, et la 27e BIM – Brigade d’infanterie de montagne de l’armée de Terre –, puissance invitante, d’autre part, cette initiative conjointe est une réponse à l’actualité géostratégique et à la nécessité de renforcer les capacités de combat à la fois en montagne et dans les conditions extrêmes de grand froid dans un environnement pas forcément montagneux.

Au travers de deux entretiens avec les responsables des entités en charge de ce Sommet international des troupes de montagne (SITM), à savoir le général de division (2S) Charles Beaudouin, président du COGES, et le général de brigade Lionel Catar, commandant la 27e BIM, cette série de deux articles explore les raisons ayant conduit à la genèse d’un tel évènement voué à perdurer et les enjeux tant techniques qu’opérationnels dont ce dernier va pouvoir donner la mesure.

Voici la seconde partie de cette série.

pour lire la première partie de cette série :

https://operationnels.com/2025/01/25/le-sommet-international-des-troupes-de-montagne-une-premiere-mondiale-prometteuse-i-de-ii/

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Le SITM : promouvoir un esprit de cordée interalliés

Entretien avec le général Lionel Catar, commandant de la 27e BIM

Conçu pour devenir « un forum d’échanges pour industriels et unités militaires spécialisées opérant dans des milieux variés », le général Catar est heureux de « recevoir cette communauté à Grenoble, capitale des Alpes et de la 27e BIM » et se montre confiant dans la réussite de la première édition du Sommet international des Troupes de montagne, lequel enregistre déjà une participation et un volume d’exposants et d’équipementiers conformes aux attentes.

La vocation de cette « Première mondiale » est de « faire réfléchir sur des thématiques communes à des milieux traditionnellement cloisonnés, la montagne pouvant relever d’un milieu froid, mais aussi d’un milieu chaud, et étant considérée selon les nations comme une zone frontière, une zone refuge ou encore un espace stratégique de rapports de force ».

Pour le commandant de la 27e brigade d’infanterie de montagne, il s’agit de « créer un esprit de cordée permettant de se soutenir entre alliés », tandis qu’existent déjà une forte dynamique internationale et de nombreux partenariats historiques.
Militaires – interarmes, interarmées et interalliés – et équipementiers seront ainsi à même pendant ces deux jours de « parler innovation et de multiplier les échanges d’enseignement » selon un fil directeur correspondant aux « axes élémentaires du combattant, à savoir se déplacer, stationner et utiliser ses armes ». « Avec ces trois familles », explique le général Catar, « vous couvrez toutes les conséquences infligées par ces milieux montagne et grand froid, (…) milieux les plus engageants qui exigent ce type de dialogue. »

 

Une Première, fruit d’une coopération internationale historique

Le SITM répond à « l’intuition et la finalité de faire rencontrer une communauté d’unités militaires opérant dans des milieux variés » et correspondant à des enjeux opérationnels bien spécifiques : d’un côté la montagne où la manœuvre en milieux chauds et froids nécessite une constante adaptation des tactiques et des équipements ; de l’autre le grand froid reflet des enjeux stratégiques et menaces actuelles en zone arctique et sur le flanc « Grand Nord » de l’OTAN.

Ces préoccupations se reflètent au travers des partenariats noués au fil des années par la 27e BIM de façon bilatérale et multilatérale, en raison de sa polyvalence et de sa maîtrise de savoir-faire relevant de l’ensemble de ces milieux – une spécificité partagée uniquement avec la brigade alpine Taurinense Italienne. Toutes deux – « créées mutuellement par menace croisée en 1888 » et aujourd’hui les plus volumineuses – avaient en particulier été déployées à plusieurs reprises en Afghanistan pour la guerre contre le terrorisme menée par l’OTAN au lendemain des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

 

Accords de défense et « offre intégrée » à la française

« La brigade de montagne est la brigade de l’armée de Terre qui a le plus d’activité à l’international, avec un nombre de partenaires très variés qui viennent chercher nos expertises, tandis que nous venons manœuver dans d’autres milieux qui nous intéressent », explique le général Catar, qui souligne la structure très intégrée de cette dernière et donc l’offre intégrée qu’elle peut proposer à ses partenaires étrangers : « nous avons en effet au sein de la 27e BIM une structure très intégrée avec une école de milieu pour former les sous-officiers, des équipements spécifiques, un espace de préparation opérationnelle réparti sur l’ensemble de l’arc alpin et doté de champs de tir et de postes militaires en montagne ».

C’est cet ensemble qui intéresse les partenaires de la 27e BIM avec laquelle la France a conclu des accords de défense, tels les Emirats arabes unis avec lesquels celle-ci a construit une « nouvelle capacité de montagne » axée sur la défense des frontières et la protection des voies de transit en montagne : « nous formons le 11e Bataillon de montagne émirati depuis dix ans et nous entraînons ensemble par le biais d’exercices qui progressent d’année en année. (…) Avec 35 degrés celsius et un taux d’humidité important, nous recherchons de notre côté un entraînement plus dur que dans d’autres montagnes chaudes. »

De tels plans de coopération bilatérale existent également avec la Jordanie et le Maroc, avec lesquels des manœuvres communes sont menées, ainsi que des échanges en matière de formation technique et tactique et de retour d’expérience opérationnelle.

 

Solidarité stratégique dans le Grand Nord et exercices multilatéraux

L’actualité récente a non seulement renforcé les partenariats existants traditionnellement entre troupes de montagne « de proximité », mais a également entraîné la création de nouvelles coopérations au sein de l’OTAN et de l’Union européenne.

La 27e BIM est ainsi engagée depuis le début des années 2000 dans tous les exercices Otaniens, tels Nordic Response et Dynamic Front, dans une « logique de solidarité stratégique dans le Grand Nord » en vue d’être en mesure de projeter rapidement des unités spécialisées dans cette région en vertu de l’Article V du Traité de l’Atlantique Nord, ainsi que dans une logique de dissuasion contribuant à l’expression du « poids militaire et diplomatique de la France ». La présence française est ainsi récurrente dans les Pays Baltes (actuellement en Estonie), en Norvège et depuis sa récente adhésion à l’OTAN, en Finlande. Pendant Nordic Response 2024, le 7e BCA (bataillon de chasseurs alpins) s’est intégré à un groupement tactique et une brigade norvégienne avec pour la première fois un soutien finlandais(1) : « grâce au concept de défense totale caractéristique des pays scandinaves et de la Finlande, les moyens projetés des troupes françaises – motoneiges et quads notamment – ont été complétés par des véhicules chenillés finlandais pendant trois semaines », raconte le commandant de la brigade française.

« Nous travaillons également avec les Américains en Alaska (qui ont récemment remonté une unité complète « Grand Froid ») dans le cadre de l’exercice Nanook, lequel nous permet de nous entraîner en milieu « très grand froid ». (…) Pour avoir de telles conditions de mise en tension des organismes et des matériels en France, il nous faut nous élever fortement en montagne. L’avantage de pays comme le Canada, la Norvège et la Finlande est d’offrir des plages de grand froid plus importantes pour opérer », explique le général Catar.

Les missions annuelles « Uppick » qui ont lieu au Groenland sous la forme de raids de trois semaines en autonomie complète participent à cette recherche d’entraînement en zone de très grand froid(2). Y participent le Groupe militaire de haute montagne (3) et le Groupement commando de montagne(4).

Le partage de RETEX (retours d’expérience) est devenu un acte réflexe au sein de l’armée de Terre, mais aussi au sein des Alliés, notamment par le biais des centres d’excellence de l’OTAN. Deux concernent particulièrement les activités de la 27e BIM : celui sur le combat en montagne situé en Slovénie et celui sur le combat en zone grand froid situé en Norvège.

La France a par ailleurs accueilli en automne dernier l’édition 2024 du forum MTI – une initiative européenne dédiée au combat en montagne et appelée « Mountain Training Initiative », laquelle inclut différents partenaires européens, dont certains non-membres de l’OTAN comme la Suisse qui y participe comme membre observateur(5).

 

Un nouveau terrain d’échanges dédié à la préparation opérationnelle en milieu exigeant

Une approche tout terrain

Peu d’équipements sont conçus pour pouvoir résister à la fois en milieu chaud et en milieu froid : au contraire les savoir faire tendent à être très différents en raison d’expression de besoins adaptés à chaque mission : « en montagne chaude la tenue du combattant devra être respirante et légère, alors qu’elle devra être respirante et isolante en montagne froide. En milieu froid, il faut jouer sur des combinaisons d’équipements et des couches techniques de matériels », rappelle le général Catar.

L’Homme demeure au cœur de toute action et ce dernier « n’aime pas trop les extrêmes qu’ils soient chauds ou froids », d’où l’importance de savoir-faire spécifique à chaque milieu, une spécificité qu’ont les Brigades française et italienne, ayant servi toutes deux en Afghanistan : « la 27e BIM a été déployée en Aghanistan pour les mandats hiver quatre années d’affilée ; elle a également servi au Sahel et est régulièrement déployée pour la Mission Harpie en Guyane. (…) C’est cette compétence des deux extrêmes qu’il nous a semblé intéressant de mettre en valeur pour ce Sommet international des troupes de montagne. (…) Il s’agit également d’un état d’esprit, en ce sens que tout milieu exigeant vous prépare à des engagements dans tous les milieux exigeants. La maîtrise technique des matériels par grand froid vous prépare à une bonne préparation opérationnelle pour n’importe quelle mission … ».

Cette polyvalence de la 27e BIM en est une autre spécificité, tandis que « le ticket d’entrée n’est pas atteignable par tous pour opérer dans le grand froid », d’où le besoin de diffuser certains savoir-faire devenus nécessaires pour la majorité des forces conventionnelles, d’autant qu’elles doivent s’entraîner dans des endroits où les températures ne sont pas forcément très clémentes (Jura par exemple). C’est ce que font déjà les troupes de montagne par le biais de stages de formateur « zone froide » s’adressant à toutes les armes et à l’ensemble de l’armée de Terre et permettant de se familiariser avec les premières mesures de la vie en campagne par températures négatives. La 27e BIM a également participé à la généralisation de certains équipements grand froid au profit du reste des forces appelées à renforcer le flanc Est de l’OTAN depuis 2022 et a rédigé des documents de maintenance des véhicules en milieu froid destinés à être diffusés plus largement.

Non seulement certains matériels sont spécifiques, mais leur entretien est spécifique également : l’humidité est ainsi l’ennemi numéro un en zone froide, car se transformant en glace elle fendillera les écrans. Eviter la condensation et les chocs thermiques font partie des principes à acquérir tant pour l’homme que pour le matériel. Comment éviter le choc thermique de son équipement alors que l’homme doit se régénérer dans la chaleur ? « Vous faites dormir le matériel dans la fosse à froid de votre igloo à -5 ou -6 degrés tandis que vous dormez sur une petite banquette avec un confort à 0 ou 1 degré… », répond le général. Idem : fonctionner en autonomie totale y compris en matière de connectivité requiert des savoir faire spécifiques au sein des unités de transmetteurs.

Malgré des déploiements en zone chaude au cours des dernières décennies, la 27e BIM a pu préserver ses compétences « zone modérée » grâce à son Ecole militaire de haute montagne(6) et au groupement d’aguerrissement montagne(7), mais aussi « grand froid » grâce aux interactions avec les alliés scandinaves. Un secteur où ces savoir faire sont particulièrement essentiels, mais demandent à être toujours améliorés, concernent les équipes de secours au combat : « réaliser une perfusion par – 20 degrés n’est pas un sport de masse », ainsi que le souligne le général Catar. Le SSA (Service de Santé des Armées, qui exposera au SITM) développe des produits spécifiques à ce milieu exigeant.

 

Une approche interarmes et interarmées intrinsèque

La 27e BIM se caractérise par une approche interarmes constante et opère sous la forme d’un GTIA (Groupement Tactique Interarmes) intégrant de nombreuses unités, y compris en matière de soutien (avec notamment le 511e Régiment du Train, le 7e Régiment du matériel de Lyon, le 7e centre médical des Armées, le Commissariat de l’armée de Terre de Grenoble).
La 4e BAC (brigade aéroterrestre) de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre) fait notamment partie des unités venant se qualifier « Montagne » dans le cadre des stages offerts par la 27e BIM où sont par exemple enseignés flux logistiques et gestion de l’énergie.

Les échanges militaires sur le grand froid se font également en mode interarmées par le biais de séminaires et sur le terrain. Les évènements récents en Ukraine et le regain d’intérêt pour les grandes voies maritimes du Nord en pleine transformation en raison du changement climatique ont ainsi été le catalyseur d’une coopération nouvelle entre la 27e BIM et la Marine nationale : expertise Grand Froid en milieu marin, mais aussi « mise à terre d’unités dans le cadre de la surveillance de l’Atlantique Nord et de la zone arctique » font partie des échanges en cours de développement entre armée de Terre et Marine nationale, tandis que l’interopérabilité avec l’armée de l’Air et de l’Espace est permanente en raison des besoins d’acheminement et de livraison par air.

Une telle approche est logique en ce sens que « le grand froid touche l’ensemble des capacités militaires », d’où le fil directeur adopté pendant le Sommet international des troupes de montagne couvrant « les axes élémentaires du combattant, à savoir se déplacer, stationner et utiliser ses armes ». Mobilité, soutien du combattant, protection contre le froid, régénération et « points chauds », camouflage visuel et thermique (« un corps à 37 par -15 degrés celsius se remarque… », souligne le général Catar), gestion de l’énergie, gestion des fluides « qui sont très perturbés dans de tels milieux », optique, connectivité (laquelle demande beaucoup d’énergie), simulation pour l’entraînement et pour évaluer l’impact du combat en milieu froid sur les hommes et les matériels … Autant de sujets où toute solution innovante est la bienvenue pour améliorer les capacités au combat et à s’inscrire dans la durée en montagne et en milieu grand froid.

Cette durée peut varier selon les missions allant d’opérations commandos de 3-4 jours à des raids de 3 semaines en autonomie totale, « le diktat du poids notamment pour la nourriture et de l’autonomie en énergie » devant être géré et faisant partie des exigences et du label de ce milieu.

Les équipementiers attendus au SITM, ainsi que certains exposants tels le Commissariat à l’énergie atomique avec lequel la 27e BIM est partenaire, vont couvrir ces grandes familles de matériels, mais ce qui est intéressant est qu’il n’y a pas qu’une nuance de froid ou de neige et que les matériels doivent se décliner en fonction de l’environnement géographique : « une adaptation en termes de mobilité est nécessaire pour chaque déploiement. (…) Les chenillettes dans le Grand Nord sont faites pour une neige légère et pulvérulente n’ayant rien à voir avec nos neiges des Alpes, beaucoup plus humides … »

Pour le général Catar, le SITM offre un moyen de répondre à toutes ces problématiques et à certaines lacunes capacitaires. Il en identifie deux majeures pour les troupes de montagne : « La manœuvre du renseignement est le premier enjeu important. Le second est le soutien et une logistique intégrée et poussée vers l’avant : la capacité à être bien soutenu – ravitaillement, maintien en condition opérationnelle, soutien sanitaire – est ce qui donne la supériorité opérationnelle en pourvoyant la capacité à résister dans les milieux extrêmes et à délivrer les effets militaires dans la durée. (…) Il ne faut pas juste « donner un coup d’épée dans la neige », mais s’inscrire dans la durée en anticipant ce type d’opérations, ce qui exige une grosse planification », conclut-il.


Notes :

 (1) Voir : https://www.youtube.com/watch?v=Kyr0OYSEqAg

(2) Voir par exemple sur l’expédition Uppick de 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=l5w3wi1sWR4

(3) Voir : https://www.gmhm.fr/

(4) Voir : http://le.cos.free.fr/gcm.htm

(5) Voir : https://www.mti.bmlv.gv.at/

(6) https://www.defense.gouv.fr/terre/unites-larmee-terre/nos-brigades/27e-brigade-dinfanterie-montagne-27e-bim/ecole-militaire-haute-montagne

(7) https://www.defense.gouv.fr/terre/groupe


Photo : Test de drones en milieu montagne grand froid pendant l’exercice Cerces © 27e BIM, décembre 2024

De l’usage du retour d’expérience (CMF – Dossier 31)

De l’usage du retour d’expérience (CMF – Dossier 31)


 

Pour bâtir la défense du futur il est essentiel de s’appuyer sur le retour d’expérience (RETEX) que l’on peut tirer des opérations en cours ou passées. C’est ce à quoi nous invite le colonel (ER) Claude Franc qui, à la lumière de l’histoire, met en avant les erreurs à éviter et les obstacles à surmonter car, ne l’oublions pas, le RETEX épargne des vies !

* * *

Après les succès des campagnes napoléoniennes, ses anciens vaincus ont cherché à les décortiquer pour tenter, sinon de trouver ses « recettes », au moins pour définir un certain nombre de principes. Les plus célèbres furent Clausewitz[1] et Jomini[2], qui parvinrent d’ailleurs à des conclusions fort différentes, ce qui illustre bien l’idée selon laquelle ce genre d’exercice est loin d’être une science exacte. En France, le plus connu est sans contexte Foch, qui a tiré de l’étude des campagnes napoléoniennes ses Principes[3] qui font toujours autorité.

Après avoir survolé la façon dont les enseignements tirés des conflits ont – ou non – innervé la pensée militaire des grandes nations militaires durant les deux siècles passés, la question à laquelle il va falloir répondre est la suivante : aujourd’hui, et demain, les grands choix capacitaires qui sont prononcés en France reposent-ils sur des enseignements tangibles et pérennes, si tant est qu’ils puissent l’être, des grands conflits en cours ? Pour répondre à cette question, l’exemple du conflit ukrainien peut servir de support.

Le premier constat qui s’impose est que la victoire est fort mauvaise conseillère. Des enseignements réalistes ont toujours été mieux tirés à la suite d’une défaite que d’une victoire, qui par nature ankylose la pensée. Les exemples foisonnent : le réveil militaire prussien qui aboutira aux grandes victoires décisives de Sadowa[4] et de Sedan date de la réaction intellectuelle de Scharnhorst et Gneisenau[5] après Iéna. La France en a fait de même après Sedan, puisque la grande réforme de l’armée du début de la Troisième République n’est que la copie du système prussien qui l’avait battue.

A contrario, les grandes armées vainqueurs sont souvent les futures armées vaincues. Le cas le plus édifiant est donné par l’armée française, vainqueur en 1918 et auréolé du titre de « première armée du monde », ce qui ne l’empêchera pas, quelque vingt-deux ans plus tard, de subir la plus grande défaite qu’elle ait connue depuis Azincourt. Ce constat vaut également pour les armées hors d’Europe : Tsahal, grande vainqueur de la Guerre des Six jours s’est reposée sur ses lauriers et est passée à deux doigts d’une défaite cinglante lors de la Guerre du Kippour, où elle a profité de la pusillanimité de l’armée égyptienne. Ce constat est identique même dans les armées de culture différente : Giap, vaincu à Na San en 1952, en tire les enseignements, corrige l’organisation de son armée, notamment les dotations de ses grandes unités en moyens d’appui et gagne à Diên Biên Phu dix-huit mois plus tard. L’armée vietnamienne disposait, du fait de sa culture marxiste-léniniste, d’un redoutable outil de « retour d’expérience », l’autocritique. En revanche, auréolé de sa victoire et ayant conservé son commandent lors de la guerre contre les États-Unis, Giap se fait battre à Khe San[6] (un Diên Biên Phu qui a réussi) car il n’avait pas intégré les capacités d’appui aérien fournies par les moyens aéronavals de la VIIe Flotte.

Le deuxième constat qui s’impose en termes de piètre retour d’expérience est que la suffisance d’une « grande » armée par rapport à une « petite » débouche également sur de mauvais enseignements. C’est typiquement le cas de l’armée française dans l’entre-deux guerres, comme le souligne le général Beaufre dans son ouvrage magistral Le drame de 1940[7] : « La guerre de 1914 –1918, codifiée par Pétain et Debeney avait conduit à tout placer sous le signe de barèmes, d’effectifs, de munitions, de tonnes, de délais, de pertes, le tout ramené au kilomètre courant. C’était technique et commode, voire rassurant, mais foncièrement faux ; on le vit bien en 1940… Les moindres réflexions sur les fronts de Russie, de Salonique et de Palestine en eussent montré l’inanité. Mais c’étaient là des fronts secondaires, sans intérêt pour l’armée française ».

Les Allemands, eux, s’étaient intéressés aux « fronts secondaires » !

Le cas le plus emblématique demeure les enseignements tirés des deux guerres balkaniques de 1912 et 1913. L’armée française avait pourtant envoyé sur place une commission chargée d’en recueillir « les enseignements susceptibles d’éclairer la doctrine d’emploi de nos unités dans l’hypothèse d’une guerre générale en Europe ». Évidemment, quand on parle de « guerre générale européenne », un conflit local balkanique, mettant aux prises des armées aussi « importantes » que les armées serbe, bulgare ou grecque n’avait pas de quoi soulever l’enthousiasme des bureaux du ministère de la guerre de l’Îlot-Saint-Germain à Paris. Personne n’en tint le moindre compte. Et pourtant !

Ces enseignements se sont révélés – après coup bien sûr – singulièrement prémonitoires : la supériorité du feu direct (les mitrailleuses) ou indirect (l’artillerie lourde) interdisait toute manœuvre fondée sur le mouvement. En effet, la seule façon de se prémunir des effets de ce feu devenu tyrannique a consisté à recourir aux principes de la guerre de siège et de s’enterrer dans des tranchées. Ceci a été écrit en 1912 par une commission composée de professeurs de l’École Supérieure de Guerre, mais leur prose n’a intéressé personne, et n’a jamais été lue. Pensez donc ! L’armée grecque ou l’armée bulgare ! C’est en raisonnant de la sorte que, pendant la seule journée du 22 août 1914, l’armée française a accusé 22 000 tués.

À cet égard, les enseignements tirés par le commandement français de la campagne éclair de Pologne, en septembre 1939, par la Wehrmacht sont également révélateurs. Alors que la manœuvre blindée allemande aurait largement dû ouvrir les yeux du commandement, en mars 1940, le général Boucherie, éminent « spécialiste » des blindés, écrivait dans la Revue de Défense nationale, lancée un an auparavant pour redynamiser la pensée stratégique française « L’armée française n’est pas l’armée polonaise. La plaine polonaise n’est pas comparable au terrain compartimenté qui domine en France. Et, de toutes façons, l’armée française veille ! ». Deux mois avant Sedan ! En janvier, dans un mémorandum adressé à quatre-vingts personnalités politiques et militaires, le commandant des chars de la 5e Armée, en tirait, pour sa part, des conclusions radicalement opposées. Il s’agissait d’un certain colonel de Gaulle. Son étude a été annotée en marge de façon fort condescendante par le général Georges.

Le troisième et dernier obstacle s’opposant à tirer des enseignements justes et pérennes est l’esprit de système qui prévaut encore parfois. Le cas le plus flagrant consiste à adapter à un niveau de commandement donné la solution qui avait fonctionné à un autre niveau, le plus souvent, subalterne. À cet égard, le cas de Nivelle est parfaitement révélateur. À Verdun, en octobre et décembre 1916, comme commandant d’armée, il avait actionné Mangin, commandant de corps d’armée, de telle sorte que les Allemands ont été reconduits en deçà de leur ligne de débouché de février. À ce titre, Nivelle peut s’enorgueillir du titre de véritable vainqueur de Verdun. C’est du moins ce qu’écrit Joffre dans ses Mémoires. Fort de ce succès, Joffre limogé, Nivelle a été promu directement de tout jeune commandant d’armée au commandement suprême, assuré d’avoir « la » solution pour résoudre l’impasse tactique qui durait depuis plus de deux ans, l’impossibilité de percer les défenses ennemies. Ce fut l’échec du Chemin des Dames[8], car un mode d’action qui est probant au niveau d’une armée et d’un corps d’armée sur un terrain donné, n’est pas transposable en l’état, au niveau d’un groupe d’armées et sur un terrain radicalement différent.

Ceci posé, parmi beaucoup d’autres, il existe deux exemples par lesquels une mise à jour, voire une innovation, des procédés tactiques est directement issue des enseignements tirés d’opérations en cours ou récentes : la découverte de l’aéromobilité, ancêtre de l’aérocombat, grâce à l’étude de l’engagement de la First Cav au Vietnam à la fin des années soixante et la modification radicale de la manœuvre blindée, eu égard aux enseignements tirés de la guerre du Kippour de 1973, au cours de laquelle les missiles antichars soviétiques qui équipaient l’armée égyptienne ont fait subir des hécatombes aux escadrons de chars israéliens.

S’agissant du premier cas, l’US Army avait conçu une grande unité originale, au sein de laquelle les bataillons de combat se trouvaient intégrés à des sous-groupements d’hélicoptères. La nouveauté résidait dans le rythme de la manœuvre : tandis que jusqu’alors, les hélicoptères agissaient en soutien des forces terrestres, la manœuvre se déroulait au rythme de ces dernières. Dans le cas de la First Cav, les bataillons manœuvraient au rythme des hélicoptères, ce qui changeait tout. C’est ainsi, qu’en France, le concept d’aéromobilité a progressivement vu le jour : d’abord par la création des régiments d’hélicoptères de combat (RHC) en 1975, puis, par leur regroupement au sein des éléments organiques de corps d’armée (EOCA) dans les groupements de reconnaissance des corps d’armée (GRCA) ce qui leur procurait une allonge considérable, véritable atout dans des actions de reconnaissance. Puis enfin, en 1984, par la création d’une grande unité aéromobile autonome, la 4e DAM. La France disposait alors de sa First Cav ! Le concept a ensuite évolué en aérocombat, le terme étant beaucoup plus évocateur que celui d’aéromobilité, qui pouvait passer pour réducteur, la mobilité ne constituant qu’un aspect du combat. En tactique, comme en toute chose, la sémantique a son importance.

Dans le second exemple, il s’agit des enseignements tirés « à chaud » des opérations de la guerre du Kippour. Toutes les armées occidentales avaient été surprises par les pertes considérables en blindés que les divisions blindées israéliennes avaient subies au cours du conflit, que ce soit dans la première phase, défensive pour Tsahal, comme dans la seconde, au cours de laquelle l’armée israélienne avait repris l’offensive. Pour schématiser, le concept d’emploi blindé israélien privilégiait la puissance, la vitesse et la mobilité de leurs chars aux dépens de leur environnement interarmes. De la sorte, agissant en masse et seuls, sans soutien d’infanterie, les chars israéliens sont rapidement devenus des objectifs de choix pour les missiliers égyptiens. La leçon n’a pas été perdue. Un an plus tard, l’Inspection de l’arme blindée cavalerie (ABC) faisait diffuser une note prohibant les « déboulés de chars à la Guderian » et privilégiant l’utilisation du terrain entre deux positions de tir. Simultanément, le manuel ABC 101, la « bible » du combat blindé était refondu et diffusé en 1978. Quant à l’Infanterie, elle devait privilégier les missiles antichars à courte et moyenne portée, et progressivement substituer des AMX 30 aux AMX 13 dans les unités de chars de ses régiments mécanisés. La vérité oblige à dire que si les documents de doctrine ou d’organisation ont été publiés rapidement, l’évolution des mentalités fut plus lente.

 

Et de nos jours ?

Depuis plus de deux ans, une guerre majeure a lieu sous nos yeux en Europe, en Ukraine. Des enseignements probants en sont-ils tirés ou bien, le commandement agit-il comme Gamelin face à la campagne de Pologne ? Force est de constater que la vérité se situe un peu entre ces deux positions. Pour s’en rendre compte, il suffit de se livrer à un exercice assez simple : confronter les évènements d’Ukraine (même s’ils ne représentent pas l’alpha et l’oméga de toute guerre future, car il y aura une guerre future, ne le perdons surtout pas de vue) avec les arbitrages capacitaires de la dernière loi de programmation.

Tous les grands programmes sont maintenus. Dont acte. Mais sont-ils tous d’actualité, eu égard à ce qui se passe en Ukraine ? Sur ce théâtre, manifestement, le drone et le missile ont supplanté l’avion piloté, car, compte tenu de la densité de la défense sol-air, dans les deux camps, peu d’avions volent dans l’espace aérien des zones de combat[9]. Aujourd’hui, si le chef de l’État ukrainien attend toujours de recevoir un nombre plus conséquent de F-16 américains, il réclame surtout des missiles à longue portée. Développe-t-on en France un armement de défense sol-air d’accompagnement dont l’absence se fait cruellement sentir ? Il semblerait que oui, ce domaine est redevenu un sujet de préoccupation pour les armées dont l’armée de Terre et les industriels planchent sur des solutions que l’on regroupe sous le vocable de SABC (sol-air basse couche). Il reste à pouvoir concrétiser ce besoin dans un contexte politique incertain.

Au niveau de l’organisation du commandement, le modèle ukrainien prouve toute la pertinence d’un commandement largement décentralisé, sans « mille feuilles » hiérarchique et disposant de PC légers et manœuvrants. Aujourd’hui, en France, comme dans toutes les armées occidentales, la tendance est aux PC lourds, étoffés et peu ou pas manœuvrants. La cause en semble double, l’héritage otanien et la nécessité de traiter des fonctions qui n’existaient pas dans un passé encore proche. Mais est-ce une raison suffisante pour s’interdire de réfléchir à un allègement des PC, quitte à revoir leur fonctionnement, en déportant ailleurs certaines de leurs fonctions ?

Le programme MGCS[10], (programme franco-allemand pour le développement d’un système multiplateformes habitées et non habitées, dont l’une d’elle sera dite « plateforme canon » correspondant à un char futur) devant déboucher à la moitié du siècle. La France disposerait alors d’un char encore en service à l’aube du XXIIe siècle. Qu’en sera-t-il du char de bataille à cette échéance ? Des systèmes d’armes robotisés, couplés à des programmes d’intelligence artificielle mis à jour au fur et à mesure des avancées technologiques en ce domaines, ne produiraient-ils pas le même effet, pour un coût d’acquisition et de possession bien moindre ? Car, l’effet premier attendu d’un char de bataille est avant tout la destruction du système d’armes adverse, tout en protégeant son équipage de la « ferraille du champ de bataille ». Conçu lors de la Première Guerre mondiale, il arrivera bien un jour où le char de bataille sera révolu. Il convient non seulement d’y penser, mais également d’anticiper ce moment. Le retour d’expérience, par une juste appréciation des enseignements tirés, peut y aider.

Il en va de même pour l’avion piloté, dont l’arrivée sur le champ de bataille a d’ailleurs été concomitante avec celle du char. Commandant en chef en 1918, alors que Foch le poussait à adopter une posture offensive, Pétain répliquait « J’attends les chars et les avions »[11]. C’était il y a un siècle. L’attaque massive de drones (encore lents, mais leur vitesse ne pourra que croître) dont le territoire israélien a été l’objectif de la part de l’Iran ne préfigure-t-elle pas une nouvelle forme de guerre, à court terme ?

Le programme du porte-avions futur ne sera pas évoqué car il répond à une autre logique. Sa seule justification est de faire figurer la Marine nationale parmi les rares marines qui en sont dotées, ce qui peut, à la limite, se concevoir.

Même les moyens de la dissuasion nucléaire ne sauraient échapper à ce qui se passe de nos jours, sur les marches de l’Est, et ce, d’autant mieux que l’Occident se trouve soumis, depuis deux ans, à une récurrence de la dialectique nucléaire (pour rester aimable) de la part du chef de l’État russe et ses siloviki.

Avoir négligé les enseignements de la guerre de Sécession (disparition du rôle de choc de la cavalerie sur le champ de bataille et importance de la voie ferrée pour les mouvements et la logistique) nous a conduits à Sedan. S’être endormis sur nos lauriers en 1918 nous a amenés à un nouveau Sedan (il existe décidément des terres fatales à nos armes !).

Mais encore conviendrait-il de se concentrer sur le bon niveau d’enseignements des conflits, celui de la manœuvre. J’observe que, depuis 1914 et ce, jusqu’à l’adoption du système Félin, l’armée française a toujours clamé sur tous les tons que le sac du fantassin était trop lourd ! Ce qui est vrai. Mais j’observe également que malgré ce RETEX de bon sens, vieux de plus d’un siècle, le problème n’a jamais été résolu. Sortons de la norme, et, en matière de RETEX, retournons à notre cœur de métier, à savoir faire la guerre.

Pour conclure, au regard de l’Histoire et des menaces futures, il apparait clairement que ce que l’armée française appelle « Retour d’expérience » devrait aller au-delà de son aspect actuel, essentiellement normatif, pour atteindre le niveau opérationnel le plus haut, celui de la conception des opérations. Une telle démarche se révélerait de nature à pouvoir tirer de véritables enseignements pour l’avenir, à partir des conflits qui ont cours aujourd’hui.


NOTES :

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_von_Clausewitz
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Jomini
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Des_Principes_de_la_Guerre
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Sadowa
  5. https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerhardt-johann-david-von-scharnhorst/
  6. https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/915086
  7. Général Beaufre, Mémoires 1920 – 1940 – 1945,Tome 1, le drame de 1940, Paris, Plon, 1965, p. 56.
  8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Chemin_des_Dames
  9. Il ne s’agit pas ici de faire le procès de l’avion qui révèle tout son intérêt par ailleurs : au-dessus de la Mer noire, protégés par les chasseurs, les AWACS renseignent l’Ukraine, de la Russie les chasseurs-bombardiers délivrent leurs « bombes planantes »…
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/MGCS
  11. Il s’agit du Pétain d’avant 1940, donc fréquentable dans nos études.

CERCLE MARÉCHAL FOCH

CERCLE MARÉCHAL FOCH

Le Cercle Maréchal Foch est une association d’officiers généraux en 2e section de l’armée de Terre, fidèles à notre volonté de contribuer de manière aussi objective et équilibrée que possible à la réflexion nationale sur les enjeux de sécurité et de défense. Nous proposons de mettre en commun notre expérience et notre expertise des problématiques de Défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, afin de vous faire partager notre vision des perspectives d’évolution souhaitables. Le CMF est partenaire du site THEATRUM BELLI depuis 2017. (Nous contacter : Cercle Maréchal Foch – 1, place Joffre – BP 23 – 75700 Paris SP 07).

Il y a dix ans, neuf aviateurs français périssaient à Albacete, en Espagne, après le crash d’un F-16 grec

Il y a dix ans, neuf aviateurs français périssaient à Albacete, en Espagne, après le crash d’un F-16 grec

Photo MANU/EPA/MAXPPP

Le 26 janvier 2015, un F-16D BLK 50 du 341e escadron de la Force aérienne grecque participant à une mission d’entraînement dans le cadre du Tactical Leadership Programme (TLP) sur la base aérienne espagnole de Los Llanos (Albacete AFB), s’est écrasé, tuant les deux membres d’équipage.

Peu après le décollage, le F-16 a viré sur la droite, perdu de l’altitude, touché terre et s’est embrasé. Il a ensuite a glissé vers la zone où se trouvaient des appareils français et italiens prêts à décoller.
L’impact et l’incendie qui ont suivi le crash du F-16 ont détruit ou endommagé huit autres aéronefs (dont 6 avions français: 2 Mirage 2000D, 2 Alpha Jet, 2 Rafale B). Ils ont aussi fortement endommagé les équipements au sol et les infrastructures de la base aérienne de Los Llanos et du TLP.

Neuf membres de l’armée de l’Air française ont péri:
– le capitaine Mathieu Bigand, 30 ans, originaire de Croix (Nord), sous-chef de patrouille, « pilote de chasse émérite » totalisant près de 1 000 heures de vol, ayant participé notamment aux opérations Epervier puis Serval au Mali.
– le capitaine Gildas Tison, 35 ans, originaire de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), était officier de liaison depuis septembre 2014 avec le centre tactique international qui organisait l’exercice interalliés TLP à Albacete. Il avait été auparavant instructeur sur Alphajet puis expert Mirage 2000.
– le lieutenant Marjorie Kocher, 29 ans, originaire de Metz (Moselle), était sous-chef navigatrice et avait participé notamment aux opérations Pamir en Afghanistan, Unified Protector en Libye et Serval.
– le lieutenant Arnaud Poignant, 26 ans, originaire de Paris, était officier mécanicien, spécialiste des Mirage 2000.
– l’adjudant François Combourieu, 37 ans, était responsable « maintenance vecteur et moteur », spécialiste de la coordination de piste. Il avait été déployé notamment en Afghanistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan.
– l’adjudant Thierry Galoux, 41 ans, originaire de Nîmes (Gard), était chef d’équipe « maintenance avionique » et avait été déployé notamment en Côte d’Ivoire.
– le sergent-chef Gilles Meyer, 27 ans, originaire de Colmar (Haut-Rhin), était technicien de maintenance avionique, et avait été déployé notamment en Afghanistan et en Libye.
– le sergent Nicolas Dhez, 25 ans, né à Arcachon (Gironde), était armurier opérationnel sur Mirage 2000.
– le sergent Régis Lefeuvre, 25 ans, originaire de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), était mécanicien spécialisé dans les systèmes et matériels électroniques de bord.

Une dizaine d’autres militaires français ont été blessés dont 5 grièvement.

Trois années après le drame, a été érigé sur la base aérienne d’Albacete un mémorial, avec un obélisque, « symbole ancestral du souvenir », sur lequel les noms des neuf victimes françaises ont été inscrits. Orné de trois ondes représentant l’Honneur, la Mémoire et la Paix, il symbolise le fait que « ceux qui ont sacrifié leur vie reposent avec Honneur, qu’ils reposent affectueusement dans notre Mémoire, et qu’ils reposent pour toujours en Paix ». La place du mémorial a été baptisée « Place du Commandant Tison ».

Le témoignage d’un survivant.

Parmi les blessés français, le mécanicien Franck Poirot. Dix ans après, il a témoigné dans l’édition de ce jour de Dimanche Ouest-France. L’article est à lire ici, sur ouest-france.fr.

Et maintenant le Léopard 3 !

Et maintenant le Léopard 3 !

 

Blablachars – publié le 24 janvier 2025

https://blablachars.blogspot.com/2025/01/et-maintenant-le-leopard-3.html#more


Les hasards du calendrier sont parfois surprenants comme en témoigne l’actualité blindée de ces derniers jours, au cours desquels deux nouvelles se sont télescopées. La première de ces informations nous parvient de Farnoborough où se tient l’édition 2025 de l’IAV (International Armoured Vehicle) Conference. C’est dans cette enceinte que le colonel Armin Dirks, chef des opérations de l’équipe de projet combiné MGCS au sein de l’Office fédéral de l’équipement de la Bundeswehr, des technologies de l’information et de l’appui en cours d’emploi (BAAINBw) a livré quelques informations sur le programme. Cette intervention a été « percutée » par l’annonce de la signature en présence des ministres français et allemands du pacte d’actionnaire de la MGCS project company réunissant KNDS France, Thales, KNDS Deutschland et Rheinmetall.  

L’intervention du colonel Dirks dans l’enceinte de Farnoborough a confirmé les propos qu’il avait tenus il y a un an dans cette même enceinte. Le concept déjà présenté l’année dernière s’articule autour de plusieurs plateformes d’un poids inférieur à cinquante tonnes qui seraient équipées d’armements divers comme de missiles hypervéloces, des missiles NLOS (Non Line Of Sight) ou de capteurs dédiés. Le calendrier du projet a subi quelques modifications imposées par des considérations de politique interne allemande. Selon le colonel Dirks, la signature du contrat de développement initialement prévue avant les élections au Bundestag est désormais reportées à l’automne 2025, en espérant que la chambre issue des urnes ne s’oppose pas au projet. Évoquée la veille par le colonel Dirks comme préalable indispensable au démarrage des négociations, la MGCS projet company est fondée le lendemain.  

Signature du pacte d’actionnaires de la société de projet

Hasard du calendrier ou simple coïncidence C’est en effet de façon quasi simultanée que l’on a appris par la voix de Nicolas Chamussy (CEO de KNDS France) la création de la société par Sébastien Lecornu et Boris Pistorius. Celle-ci doit donc servir de cadre aux discussions entre les partenaires sur les différents sujets parmi lesquels le partage du pilier 2 sobrement intitulé « feu principal. » On ne peut que se réjouir de cette avancée essentiellement structurelle du projet dont on attend encore la présentation, que Boris Pistorius avait annoncée à la fin de l’année 2023. S’inscrivant dans le calendrier du projet franco-allemand, la création de cette société n’apporte aucune précision sur les prochaine échéances que l’on découvre dans la suite du propos de l’officier allemand. 

Les plateformes du MGCS (Conception graphique Bundeswehr)

Selon lui, l’arrivée du MGCS prévue à partir de 2040, échéance jugée irréaliste par de nombreux observateurs, motive la modernisation au standard A7 des deux tiers du parc de Leopard en service dans la Bundeswehr. Parallèlement à cette opération, l’Allemagne devrait recevoir d’ici 2030 les 123 Leopard 2A8, commandés cet été. Ces engins étant destinés à rejoindre la Lituanie, à la fois au sein de la future brigade allemande et des forces armées lituaniennes. Évoquant le délai existant entre la mise en service de ces chars, pour lesquels le colonel Dirks évoque une durée de vie opérationnelle de vingt ans, et la pleine efficacité opérationnelle du MGCS, l’officier allemand souligne la nécessité de développer une solution de transition. Cette opération a déjà débuté par le recensement des compétences pouvant être intégrées dans un char de transition, avant un gel de la configuration retenue en 2026. Cet engin à la sauce allemande conçu sur la base du Leopard 2 actuel serait donc une plateforme unique sur laquelle seraient intégrées un certain nombre de technologies existantes, telles qu’une numérisation accrue des systèmes, une capacité drone et un canon de 130mm. Ce char de transition à la sauce allemande pourrait être baptisé Leopard 3 !

 

Leopard 2A-RC 3.0 à Eurosatory

Les propos du colonel Dirks révèlent toute l’ambiguïté allemande vis à vis du projet franco-allemand. Alors qu’il fixe l’arrivée du MGCS en 2040, le colonel Dirks n’apporte aucune précision sur la date d’atteinte de la capacité opérationnelle, qu’elle soit initiale (IOC) ou finale (FOC) alors que celles-ci peuvent nécessiter plusieurs années. A titre d’exemple, le Leclerc introduit dans l’armée de Terre en janvier 1994 a vu sa Mise en Service Opérationnelle prononcée en 1999, Boris Pistorius évoque quand à lui une durée de dix ans pour l’intégration des chars de combat.  Il est clair que pour la partie allemande le MGCS, projet essentiellement politique selon Ralf Ketzel, le calendrier du programme ne sera pas respecté, ce décalage impose donc le développement dès maintenant d’une solution de transition. Évidemment celle-ci est développée à partir du Leopard 2 qui, toujours selon le CEO de KNDS est « vraiment le fondement des forces terrestres en Europe » et surtout une véritable réussite commerciale dont il faut préserver le succès dans les années à venir. Le choix du nom de Leopard 3 répond à cette exigence, introduisant une véritable continuité technologique destinée à rassurer les futurs clients et conforter la position du char allemand en Europe. Le Leopard 2A-RC 3.0, présenté en juin dernier à Eurosatory semble donc posséder les caractéristiques nécessaires pour devenir dans un futur proche le Leopard 3. Quelques modifications pourraient apporter au projet initial comme l’introduction du canon Rh-130 de Rheinmetall en lieu et place du canon L-55 de 120 mm équipant actuellement les Leopard 2. Cette intégration scellerait l’union des deux « frères ennemis » allemands autour d’un projet unique et permettrait à Berlin d’imposer le canon de 130mm comme standard européen. Cette fusion placerait en outre l’Allemagne en très bonne position au moment où l’on évoque un renforcement de la base industrielle de défense européenne.

Leopard 2A-RC 3.0 ou Leopard 3

A la différence de la France, l’Allemagne suit une feuille de route précise, adaptée à l’arrivée du MGCS à la date qui leur conviendra le mieux et à laquelle la France devra s’adapter, de gré ou de force. L’évocation d’un Leopard 3 comme solution de transition répond à de nécessaires nécessités commerciales et vise à préserver la position dominante de l’Allemagne sur le marché des chars lourds en Europe. L’intervention du colonel Dirks nous montre que, comme l’a écrit Blablachars, 2025 est bien une année capitale pour notre segment de décision pour lequel la simple question budgétaire ne peut plus être une excuse ! 

Le Leclerc Evo ou la transition Made in France

 

Guerre hybride : encire un sabotage de câble sous-marin en Europe

Guerre hybride : encore un sabotage de câble sous-marin en Europe

Les câbles sous-marins sont parmi les infrastructures les plus critiques de l’économie moderne.

par Laurène Meghe – armees.com -Publié le
Sabotage ou accident ? la Finlande enquête sur la panne d’un câble sous-marin
Guerre hybride : encore un sabotage de câble sous-marin en Europe | Armees.com

Depuis quelques mois, la mer Baltique est le théâtre d’une série d’incidents visant les câbles sous-marins, essentiels à la communication et à l’approvisionnement énergétique des pays européens. Le dernier en date, rapporté le 26 janvier 2025, concerne un câble reliant la Suède à la Lettonie. Ce sabotage soulève des inquiétudes sur la sécurité des infrastructures critiques en zone maritime et dévoile des pratiques de guerre hybride menées dans un contexte de guerre en Ukraine.

Le dernier incident : un sabotage ciblé et coordonné d’un câble sous-marin letton

Le câble endommagé reliait les réseaux de télécommunication suédois et lettons, fonctionnant à la fois comme une infrastructure de communication stratégique et un maillon énergétique vital. La Suède a immédiatement lancé une enquête pour « sabotage aggravé », indiquant des dommages importants attribués à des facteurs externes.

Dans ce contexte, un navire suspect, identifié comme le Michalis San, a été saisi alors qu’il se dirigeait vers la Russie. Les autorités suédoises, soutenues par les forces armées et les gardes-côtes, collaborent étroitement avec la Lettonie et d’autres nations. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises, notamment le déploiement d’un navire de guerre letton sur le site de l’incident.

Les câbles sous-marins : une cible stratégique pour la guerre hybride

Les câbles sous-marins sont parmi les infrastructures les plus critiques de l’économie moderne. Ils transportent environ 95 % des communications mondiales, y compris les transactions financières et les données gouvernementales.

En mer Baltique, leur importance est encore amplifiée par la densité des réseaux reliant plusieurs nations de l’Union européenne. Ces câbles jouent également un rôle clé dans l’approvisionnement électrique transfrontalier, comme le montrent les récents dommages sur le câble EstLink 2 entre la Finlande et l’Estonie.

Une menace dans le cadre de la guerre hybride

Les incidents répétés dans la mer Baltique ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large de guerre hybride, qui vise à exploiter les vulnérabilités des infrastructures civiles pour exercer une pression politique et économique. Les soupçons se tournent vers la Russie, accusée d’orchestrer ces sabotages dans le cadre des tensions liées à la guerre en Ukraine. Ces actions seraient destinées à déstabiliser les nations occidentales et à renforcer son influence stratégique dans la région.

Selon des experts militaires, de telles attaques permettent de perturber les réseaux de communication tout en restant difficiles à attribuer avec certitude. L’utilisation de navires civils pour masquer les opérations est une technique souvent observée dans ce type de conflit. Face à cette menace, l’Otan a annoncé en janvier 2025 le lancement d’une mission spécifique pour protéger les infrastructures sous-marines critiques en mer Baltique. Objectif : une surveillance renforcée des zones sensibles par des drones, des navires de guerre et des systèmes de détection avancés.

Les pays riverains, notamment la Suède et la Lettonie, collaborent étroitement avec leurs alliés pour coordonner les efforts de protection et renforcer la résilience de leurs infrastructures. Les marines nationales patrouillent désormais en continu, tandis que des systèmes de surveillance sous-marins sont déployés pour détecter toute activité suspecte.

Sécuriser les câbles sous-marins : une priorité pour la Défense européenne

La sécurisation des câbles sous-marins représente un défi majeur pour les nations européennes. Ces infrastructures, souvent exposées dans des zones géographiques complexes, nécessitent des technologies de surveillance et de protection coûteuses. Par ailleurs, l’attribution des sabotages reste un obstacle politique et juridique, ralentissant les réponses diplomatiques et militaires.

La mer Baltique devient un laboratoire stratégique pour tester de nouvelles doctrines de défense en milieu maritime. La protection des câbles sous-marins s’impose comme une priorité absolue pour les gouvernements et les alliances militaires, soulignant l’importance de la coopération internationale face à des menaces asymétriques.

Face à des adversaires exploitant les zones grises entre guerre et paix, la réponse doit être à la fois rapide, coordonnée et adaptée à une menace en constante évolution. L’Europe et ses alliés semblent avoir pris conscience de l’urgence de protéger ces artères invisibles, mais indispensables, de l’économie mondiale.

Renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées (JISR)

AASSDN :  information sur la coopération renseignement- publié le 24 janvier 2025

https://aassdn.org/amicale/renseignement-surveillance-et-reconnaissance-interarmees_jisr/


Le JISR est essentiel à toutes les opérations militaires. Il vient à l’appui de la prise de décision et de la conduite de l’action militaire en fournissant une meilleure connaissance de la situation au sol, dans les airs, en mer, dans l’espace et dans le cyberespace. Il permet aux Alliés de procéder, ensemble et avec une efficacité maximale, au recueil, à l’analyse et au partage des informations, ce qui en fait un excellent exemple de coopération et de partage des charges au sein de l’Alliance.

  • L’OTAN a mis en place un système JISR permanent grâce auquel les décideurs obtiennent des informations et des renseignements leur permettant de prendre en temps voulu des décisions éclairées et judicieuses.
  • Le JISR est un élément clé des opérations et missions de l’OTAN, et une pierre angulaire de la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance.
  • Le recueil de données et d’informations JISR repose sur la capacité alliée de surveillance terrestre (AGS) et sur les avions de surveillance du système aéroporté de détection et de contrôle (AWACS) de l’OTAN, ainsi que sur un vaste éventail de moyens JISR nationaux opérant dans le milieu spatial, aérien, terrestre ou maritime.
  • La surveillance comme la reconnaissance s’appuient sur l’observation visuelle (soldats sur le terrain) et sur l’observation électronique (par exemple satellites, drones, capteurs au sol et unités maritimes), l’analyse permettant ensuite de transformer en renseignement l’information ainsi obtenue.
  • En février 2023, un groupe d’Alliés, rejoints par la Finlande et la Suède, alors pays invités (à présent pays membres), ont annoncé leur intention de lancer une nouvelle initiative, dénommée « capacité alliée de surveillance permanente depuis l’espace » (APSS), qui fera évoluer la manière dont l’OTAN recueille et utilise les données provenant de l’espace, qui améliorera de manière significative ses moyens de renseignement et de surveillance et qui fournira un soutien essentiel aux missions et opérations militaires de l’Alliance.

Composantes 

L’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) constitue la pierre angulaire de toute opération militaire. Dans ses principes, il est utilisé en temps de guerre depuis des siècles. Il se compose des éléments suivants :

  • le renseignement : le produit final de la surveillance et de la reconnaissance, fusionné avec d’autres informations ;
  • la surveillance : le suivi constant d’une cible ;
  • la reconnaissance : le recueil d’informations dans le but de répondre à une question militaire spécifique.

Tant la surveillance que la reconnaissance peuvent inclure l’observation visuelle (p.ex. soldats observant discrètement une cible sur le terrain, drones équipés de dispositifs de prise de vues) et l’observation électronique.

Les activités de surveillance et de reconnaissance se différencient par leur durée et leur spécificité : la surveillance est une activité minutieuse qui s’inscrit dans la durée, alors que les missions de reconnaissance sont généralement brèves et ciblées sur le recueil d’informations spécifiques.

Une fois les données de surveillance et de reconnaissance obtenues, les spécialistes du renseignement peuvent les analyser, les fusionner avec des informations provenant d’autres sources de données et en tirer du renseignement, qui est ensuite utilisé pour informer les décideurs militaires et civils, notamment aux fins de planification et de conduite d’opérations.

Les pays ont tous leurs propres sources et méthodes pour la production de renseignement, et il ne leur est pas toujours facile de partager ce dernier avec d’autres Alliés, que ce soit pour des raisons de sécurité, d’exigences procédurales internes ou de contraintes technologiques. 

Au travers du JISR, l’OTAN cherche à défendre le principe du « besoin de partager » face à celui du « besoin d’en connaître ».  Cela ne signifie pas que tous les Alliés vont automatiquement tout partager, mais plutôt que l’OTAN peut aider à mettre au point des procédures et des technologies visant à faciliter l’échange d’informations tout en protégeant – c’est ce qu’on appelle l’assurance de l’information – les données et les réseaux.  Les Alliés peuvent ainsi obtenir une image globale d’une crise, quelle qu’elle soit, et les décideurs de l’OTAN peuvent prendre, en toute connaissance de cause et en temps voulu, des décisions judicieuses.

Mécanisme

Grâce à l’expérience acquise par l’Alliance au cours des opérations en Afghanistan et en Libye, les moyens de recueil de données (par exemple les avions de surveillance) ont été rendus bien plus accessibles au personnel militaire, y compris aux niveaux tactiques les plus bas. Des moyens qui, il y a quelques années, n’auraient été utilisés qu’à des fins stratégiques et à la discrétion d’officiers généraux, sont maintenant largement disponibles, et leur utilisation est décentralisée. Ce changement s’est produit parce que les pays de l’OTAN ont acquis de nombreux moyens maritimes, terrestres, aériens, cyber et spatiaux de recueil d’informations, ceci pour aider à la localisation d’adversaires opérant souvent dans des environnements complexes et au sein de la population civile.

S’agissant du recueil et de l’analyse des informations, et de la production du renseignement aux fins de la prise de décision, les éléments et acteurs principaux sont recensés ci-dessous.

  • Moyens de recueil des données de surveillance et de reconnaissance
    Leur rôle consiste à recueillir des informations. Il s’agit par exemple de la capacité alliée de surveillance terrestre (AGS) et des avions de surveillance du système aéroporté de détection et de contrôle (AWACS), équipés de radars, ainsi que des satellites d’observation, des moyens électroniques et des troupes spéciales de reconnaissance au sol.
     
  • Analystes du renseignement
    Leur rôle consiste à exploiter et analyser les informations provenant de sources multiples. Il s’agit par exemple des analystes militaires et civils nationaux travaillant au niveau stratégique dans les organismes chargés du renseignement. Il s’agit aussi des analystes d’images à tous les niveaux, et des experts en chiffrement.
     
  • Décideurs
    Leur rôle consiste à exploiter le renseignement dont ils disposent pour prendre des décisions éclairées. Il s’agit, par exemple, des dirigeants politiques et des commandants militaires.

Enfin, l’Alliance teste régulièrement ses capacités JISR. Ainsi, l’OTAN a organisé en juin 2020 un essai, Unified Vision, auquel ont participé plus de 250 représentants de 12 pays de l’Alliance. Cet événement, dans le cadre duquel ont été mis en œuvre de nombreux systèmes de renseignement opérant dans le milieu spatial, aérien, terrestre ou maritime, a permis d’échanger et d’analyser de grandes quantités de données de renseignement dans un environnement opérationnel. Le prochain essai de la série Unified Vision est prévu pour 2023.

Rôle de l’espace dans le JISR

Les moyens spatiaux tels que les satellites jouent un rôle essentiel dans la fourniture de capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance aux pays de l’OTAN et à leurs partenaires.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie montre que l’Alliance doit avoir une idée claire de tout ce qui se passe au sol, dans les airs et en mer. Les moyens spatiaux offrent à l’OTAN un avantage sur le plan du renseignement et permettent aux Alliés de recueillir des informations tout en réduisant leurs vulnérabilités (parce qu’ils remplacent des moyens sur le terrain).

On constate également, depuis plusieurs années, une croissance significative du secteur du renseignement spatial commercial, ce qui est à la fois un risque et une opportunité : si la prolifération des acteurs privés accroît le risque de voir des adversaires potentiels mener depuis l’espace des activités ISR contre les populations, les territoires et les forces de l’Alliance, ces acteurs commerciaux peuvent également répondre à des besoins de l’OTAN en offrant à moindre coût des solutions déployables à grande échelle qui sont complémentaires aux moyens possédés en propre par les États, et qui permettent dès lors à ces derniers d’être moins tributaires d’une ressource disponible en quantité limitée.

À la réunion des ministres de la Défense de février 2023, un groupe d’Alliés, rejoints par la Finlande et la Suède, alors pays invités (à présent pays membres), ont annoncé leur intention de lancer une initiative dénommée « capacité alliée de surveillance permanente depuis l’espace » (APSS), qui apportera des capacités ISR accrues basées sur les données collectées par une vaste constellation virtuelle de satellites de surveillance nationaux et commerciaux dénommée « Aquila ». Ce nouveau mécanisme permettra à l’Alliance de disposer plus rapidement de données de renseignement de meilleure qualité, il injectera encore plus de données spatiales dans l’écosystème « renseignement » de l’OTAN, et il s’appuiera sur les avancées technologiques du secteur commercial. Les bases de cette initiative porteuse ont été jetées par le Luxembourg, qui a apporté l’investissement initial de 16,5 millions d’euros ; les pays participants pourront contribuer à Aquila avec leurs propres moyens, données et/ou fonds. Les 19 Alliés qui participent à cette initiative sont la Belgique, la Bulgarie, le Canada, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Roumanie, l’Espagne, la Suède, la Türkiye, le Royaume-Uni et les États-Unis.

L’initiative APSS, axée sur des moyens pointés vers la Terre, s’inscrira en complément du système de connaissance stratégique de la situation spatiale (3SAS), qui est en cours de développement au siège de l’OTAN et qui est pointé vers l’espace. La capacité 3SAS permettra à l’Alliance de mieux appréhender l’environnement spatial et les événements spatiaux, ainsi que leurs effets dans tous les milieux d’opérations. Il bénéficie lui aussi d’un financement de 6,7 millions d’euros du Luxembourg. Ce projet concourra aux activités du Centre spatial OTAN, établi à Ramstein (Allemagne) en 2020.

Évolution

Sur la base de l’expérience que ses pays membres ont acquise au cours des récentes opérations, l’Alliance cherche à mettre en place un système ISR permanent et efficace. L’OTAN vise à fournir aux Alliés un mécanisme qui permette de regrouper les données et informations recueillies par des capacités multinationales, telles que l’AGS ou les AWACS, ainsi que par une large gamme de capacités ISR nationales : troupes au sol, moyens maritimes et aériens, plateformes spatiales (satellites, par exemple) et forces d’opérations spéciales.

Pour concrétiser son ambition dans le domaine JISR, l’Alliance a développé une capacité destinée à fournir les éléments ci-après.

  • Entraînement et formation
    Il s’agira de donner au personnel ayant des responsabilités liées à la capacité JISR de l’OTAN les compétences nécessaires pour garantir l’efficacité de « l’entreprise JISR ». Ce volet du projet consiste à examiner comment faire en sorte que le personnel de l’OTAN bénéficie des meilleurs entraînements et formations ISR.
     
  • Doctrine et procédures
    Dans un souci d’amélioration de l’interopérabilité, de l’efficience, de la cohérence et de l’efficacité, un travail constant de développement et de révision de la doctrine et des procédures JISR sera effectué, depuis la réflexion stratégique jusqu’aux procédures tactiques.
     
  • Environnement réseau
    Les systèmes d’information et de communication de l’OTAN garantiront l’efficacité de la collaboration et du partage de données, produits et applications ISR entre les Alliés. Ils constituent l’élément central des activités de l’OTAN dans le domaine JISR.

Au sommet de Chicago, en 2012, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance ont manifesté l’ambition de doter l’OTAN d’une capacité JISR durable et disponible en permanence, qui donnerait à l’Alliance les « yeux » et les « oreilles » dont elle a besoin pour prendre l’avantage en matière de décision stratégique. Au sommet du pays de Galles, en 2014, les Alliés ont réaffirmé que le JISR restait une question hautement prioritaire pour l’OTAN.

À leur réunion du 10 février 2016, les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont déclaré la capacité opérationnelle initiale (IOC) du JISR, résultat important qui rend possible une plus grande connectivité entre les capacités de l’OTAN et celles des Alliés, et qui permet à l’ensemble de la Force de réaction de l’OTAN (NRF) de disposer d’une meilleure connaissance de la situation.

Pour autant, l’IOC n’est que la première étape de l’initiative JISR : des travaux supplémentaires ont été réalisés pour pérenniser les résultats obtenus et les étendre au-delà du cadre de la NRF. L’environnement de sécurité étant actuellement en évolution rapide, le JISR doit s’adapter afin que l’Alliance puisse disposer des informations et des renseignements nécessaires à la prise de décisions judicieuses en temps voulu. C’est pourquoi, en octobre 2020, les Alliés ont entériné une nouvelle stratégie, qui, avec ses éléments de mise en œuvre, guide un développement et une mise en service plus agiles de capacités de renseignement interopérables, et permet notamment d’exploiter le potentiel de technologies de pointe telles que le big data, l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes.


Légende photo : Dans la salle de contrôle de l’essai Unified Vision, principal événement JISR organisé par l’OTAN, des officiers analysent les données recueillies sur le terrain.

337 mètres de puissance et 100 000 tonnes, voici le porte-avions qui règne sur l’Océan

337 mètres de puissance et 100 000 tonnes, voici le porte-avions qui règne sur l’Océan


Symbole de puissance militaire, les porte-avions représentent un atout stratégique majeur pour les nations qui les possèdent. Mais quel est le plus imposant d’entre eux ?

[Cet article a déjà été publié le 3 juin 2024]

Depuis toujours, les humains ont cherché à maîtriser les océans. Ces vastes étendues d’eau, autrefois redoutées, sont aujourd’hui parcourues par une multitude de navires. On y trouve des ferrys imposants, souvent critiqués pour leurs croisières coûteuses, des petits optimists qui amusent les familles pendant les vacances, et les célèbres tankers qui transportent des marchandises à travers le monde. Mais il existe aussi d’autres géants des mers, comme les porte-avions. Savez-vous quel est le plus grand d’entre eux ?

Quelle est l’utilité d’un porte-avions ?

Avant de nous intéresser au colosse militaire des mers, place à la définition même de ce qu’est un porte-avion. En se basant sur le site du Centre Nationale de Ressources Textuelles et Lexicales, nous apprenons qu’il s’agit d’un “navire de guerre de grandes dimensions, transportant des avions de combat, et dont le pont est aménagé en plate-forme permettant l’envol et l’appontage de ces avions. “ 

De quand datent les premiers tests du genre ? Il faut se référer au site de la Marine nationale pour apprendre que le premier “décollage d’un avion en mer a eu lieu à titre expérimental en 1910 à bord du croiseur américain Birmingham”. Une histoire qui dure et qui s’est perfectionnée avec le temps.

Car c’est tout l’intérêt d’un tel engin : pouvoir faire décoller rapidement et à proximité des cibles visées, des avions de chasse et autres aéronefs. Au-delà de l’utilité primaire avec sa fonction militaire, il s’agit véritablement d’une petite-ville sur l’eau avec une population avoisinant les milliers d’individus parfois avec énormément de fonctions diverses. 

Et le plus grand porte-avions du monde est… 

Comme souvent dans le domaine militaire, l’excès nous vient des États-Unis. C’est le cas pour le plus grand porte-avions au monde. Depuis 2017, un navire militaire règne sur les océans : l’USS Gerald R. Ford CVN-78. Construit par Northrop Grumman, il est le plus récent des porte-aéronefs américains et détient le record du plus grand navire militaire déployé au monde. Un géant d’acier et de technologie, décrit en détail par nos confrères du Parisien en 2023.

Après plus d’une décennie de construction, il a été livré il y a 7 ans et nommé en l’honneur du président américain Gerald Ford (1974-1977). Mais qu’ont obtenu les forces armées américaines pour 13 milliards de dollars ? Le quotidien décrit un colosse de 337 mètres de long, 78 mètres de large, légèrement plus grand que la Tour Eiffel, pesant environ 100 000 tonnes et capable de se déplacer à près de 55 km/h, soit environ 30 nœuds. Cette structure impressionnante peut héberger près de 4500 personnes, établissant également un record.

Combien d’avions, l’USS Gerald R. Ford, peut-il transporter ?

C’est précisément l’avantage de posséder un tel navire. Il permet de déployer rapidement et efficacement des aéronefs sur des zones de conflit ou pour des missions de surveillance. L’USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions au monde, peut embarquer près de 90 appareils, qu’il s’agisse d’avions, d’hélicoptères ou de drones.

À titre de comparaison, le porte-avions français, le Charles de Gaulle, peut mobiliser 1900 personnes et 40 avions  : Rafale Marine, E-2C Hawkeye, hélicoptères dont Dauphin Pedro et Caïman Marine précise-t-on sur le site de la Défense.

L’armée de Terre a commandé 49 véhicules utilitaires Mercedes Sprinter 4×4 pour les régiments du Génie

L’armée de Terre a commandé 49 véhicules utilitaires Mercedes Sprinter 4×4 pour les régiments du Génie


En 2017, le programme VLTP-NP SAN [pour Véhicule léger tactique polyvalent non protégé SANitaire] étant encore dans les limbes, l’armée de Terre fit savoir qu’elle avait commandé, en urgence, quatre-vingts véhicules utilitaires Sprinter 4×4 du constructeur allemand Mercedes, via l’Union des groupements d’achats publics [UGAP], c’est-à-dire la centrale d’achat interministérielle.

Cet achat, qui allait lui permettre de remplacer ses véhicules C-25 [Citroën] et J5 [Peugeot], ne devait pas remettre en cause le VLTP-NP SAN, dont la réalisation devait être renvoyée après 2020. Il s’agissait alors de répondre de « manière immédiate et optimale » à ses besoins en matière de soutien sanitaire.

En décembre 2023, dans le cadre, justement du programme VLTP-NP SAN, la Direction générale de l’armement [DGA] annonça qu’elle avait retenu le Ford Ranger, transformé par l’entreprise BSE. Et d’ajouter qu’elle allait en commander 103 exemplaires, via l’UGAP, pour un peu plus de 10 millions d’euros.

Pour autant, cela ne signifie pas la fin du Sprinter 4×4 au sein de l’armée de Terre. En effet, le 22 janvier, celle-ci en a commandé 49 nouveaux exemplaires [toujours via l’UGAP] pour ses régiments du Génie. C’est ce qu’a annoncé Mercedes France, dans un communiqué publié le 22 janvier.

« Suite à un appel d’offres de l’UGAP, le service des achats de matériel a récemment pris livraison de près de 50 Sprinter », a indiqué l’industriel. Et d’ajouter que « deux types d’utilisation sont prévus pour ces Sprinter 319 4×4 boite automatique 9G TRONIC à convertisseur et répondant aux dernières normes de sécurité GSR II ».

Dans le détail, trente Sprinter 319 CDI [vingt-trois bennes et sept plateaux] ont été carrossées par JPM. Ils seront utilisés pour acheminer outils et matériaux sur les terrains de manœuvre. Quant aux dix-neuf autres, transformés par la PME Cornut, ils seront dédiés au transport de matières dangereuses, conformément à la réglementation ADR.

L’armée de Terre a donné la priorité à « des véhicules fiables, dotés d’excellentes capacités routières et offroad », explique Mercedes France, pour qui ses Sprinter, avec leur transmission 4×4 « à la demande », seront « parfaitement adaptés pour rouler sur les pistes de pierre et de terre et accéder aux chantiers ».

Ces véhicules sont « destinés à être conservés au-delà de sept ans et à parcourir plusieurs centaines de milliers de kilomètres », poursuit l’industriel, pour qui les « coûts d’entretien bas qui en découlent ont également été un critère décisif ».

Photo : Mercedes Benz France

L’avenir de la supériorité aérienne. Maîtriser le ciel en haute intensité

L’avenir de la supériorité aérienne. Maîtriser le ciel en haute intensité

Études
par Adrien GORREMANS et Jean-Christophe NOËL – IFRI – Date de publication
Etude Supériorité aérienne

La supériorité aérienne, concept clé dans l’art de la guerre occidental, définit le degré de maîtrise de l’air dans un conflit armé. Condition nécessaire mais non suffisante à la victoire militaire, elle permet de concentrer les efforts aériens au profit des autres objectifs stratégiques et de prémunir les autres armées d’une attrition insupportable. Elle s’obtient par un emploi offensif de la puissance aérienne dans un effort interarmées, afin de neutraliser la puissance aérienne adverse.

Rafale et Mirage 2000 volant en formation
Rafale et Mirage 2000 volant en formation – Armée de l’Air et de l’Espace

Les évolutions récentes de la menace aérienne russe et chinoise remettent en question la capacité occidentale à acquérir la supériorité aérienne, en particulier dans le domaine des défenses sol-air qui présentent un formidable défi aux forces aériennes européennes. La prolifération de technologies balistiques et hypersoniques, la dronisation, l’accès à des moyens avancés de guerre électronique et l’exploitation naissante de la très haute altitude constituent des ruptures capacitaires ayant le potentiel de contourner ou d’épuiser la domination aérienne occidentale.

Le combat aérien de la décennie à venir devrait rester dominé par la furtivité radar et l’impératif de neutralisation des défenses sol-air adverses (SEAD), mais verra aussi un avantage donné aux modèles de force qui auront basculé de la logique de plateformes vers une logique de saturation et de distribution tout en maîtrisant un certain nombre de technologies clés.

Le modèle de force français est construit autour de la dissuasion et de la défense aérienne du territoire métropolitain. Il atteint ses limites pour peser efficacement en coalition dans un conflit de haute intensité, en particulier en raison d’impasses sur la furtivité et la SEAD, et du volume insuffisants des flottes, des équipements de mission et des munitions.

Plusieurs recommandations sont formulées dans cette étude :

  • maintenir la pertinence à court et moyen termes de la flotte actuelle d’avions de combat français en modernisant leurs équipements de mission et leur armement ;
  • passer d’une logique de plateformes à une logique de capteurs et d’armement distribués travaillant collaborativement pour massifier l’engagement des forces aériennes ;
  • à moyen terme, sortir l’aviation de chasse de la spirale augustinienne en ne payant le prix des capacités les plus haut de spectre que là où elles sont indispensables, et construire une force différenciée entre stand-in et standoff.

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L’avenir de la supériorité aérienne. Maîtriser le ciel en haute intensité